Marie, parole de Dieu vécue

 

 Castel Gandolfo, 28 avril 2003

« Je suis contre les attentats suicides » ; « Et moi, je suis contre les bombardements sur vos villes » : discussion entre une jeune palestinienne et un soldat israélien à un poste de contrôle. Chronique « inversée » racontée sur la scène de la grande salle du Centre Mariapolis de Castel Gandolfo, où se déroule le congrès marial international organisé en cette année du rosaire demandée par le pape. Jean-Paul II désirait remettre à l’honneur cette prière mariale qu’il définit comme « un abrégé de l’évangile », et amener les hommes d’aujourd’hui à rechercher la paix et une nouvelle dimension de l’Esprit, à « contempler le Christ avec le regard de Marie » et à être comme lui des « constructeurs de paix » et d’un « monde plus conforme au dessein de Dieu ».

Les nombreux témoignages apportés constituent une chronique qui montre la puissance de l’évangile, capable de désamorcer la haine si quelqu’un aime son ennemi. Passage obligé « après le 11 septembre qui nous a placés devant un carrefour, et il nous appartient de prendre la bonne route », comme l’a affirmé Piero Coda. C’est aussi l’expérience de Dieudonné, du Burundi : douze membres de sa famille ont été sauvagement massacrés, mais cela ne lui fait pas changer sa façon de vivre. Il décide de mettre en pratique l’art d’aimer évangélique, même vis-à-vis des militaires si souvent sans pitié. Il lui arrive d’en rencontrer à un moment où ils ont besoin d’aide, comme ce soldat ivre sur le bord d’un pont, qu’il a secouru.

Ces témoignages illustrent les cinq tableaux au programme du congrès : les cinq mystères lumineux qui, accompagnés de réflexions théologiques, aident à comprendre les étapes de la vie de Jésus et de Marie. Premier tableau, le baptême de Jésus : « C’est l’invitation à reconnaître Jésus comme fils de Dieu – dit le père Fabio Ciardi dans son commentaire – de sorte qu’il puisse noyer notre « vieil homme » dans l’eau du baptême et nous faire renaître à une vie nouvelle, afin que nous nous retrouvions tous frères et sœurs dans le cœur de l’unique Père ».

En retraçant l’histoire du rosaire, Mgr Domenico Sorrentino, du sanctuaire de Pompéi, a montré comment Jean-Paul II invite à dépasser l’attitude que nous avions jusqu’à présent : « Il ne se contente pas de confier la paix à l’intercession de Marie, il la présente comme un fruit de cette prière qui est “prière de paix”, parce qu’en nous faisant contempler le Christ, elle exerce une action pacifiante ».

Et c’est bien une expérience de contemplation que vivent à Castel Gandolfo les 1 500 personnes de 70 pays qui sont dans la salle et tous ceux qui sont reliés dans le monde entier, grâce aux onze satellites mis généreusement à disposition par l’ESA, Telepace, EWTN (chaîne américaine) et CRC (canadienne), qui ont permis à des télévisions nationales et locales, et via internet, de transmettre le congrès dans son intégralité. Le premier jour, 7 000 points de connexion à internet, soit environ 20 000 personnes.
Quelques flashes des messages électroniques reçus du monde entier. D’Amersfoort, (Pays-Bas) : « C’est impressionnant de voir combien une spiritualité élevée et sa concrétisation vont bien ensemble » ; d’Edimbourg : « Nous regardons la retransmission. Elle est empreinte de lumière et nous nous sentons dedans ».

L’importante dimension spirituelle de cet événement marial est annoncée dès les premiers mots : « Nous nous arrêterons sur le rosaire, qui est un chant d’amour répété à Marie – prévient Giuseppe Zanghì, directeur de la revue Nuova Umanità – et qui est surtout un éclairage particulier sur les mystères de la vie du Fils de Marie. Et tandis que nous ouvrirons nos esprits et nos cœurs à Jésus, c’est lui qui parlera de Marie à nos cœurs et à nos esprits, avec un langage qui n’aboutit pas à de pauvres paroles, mais fait des créatures nouvelles ».

Un des aspects nouveaux de cet événement marial est la contribution de la dimension charismatique à la compréhension vitale de Marie et du rosaire, en réponse au message remis à Chiara Lubich par le pape place Saint-Pierre le 16 octobre 2002, jour où il remettait à l’honneur la prière du rosaire.

Un des moments les plus importants a été l’intervention de Chiara Lubich, qui a parlé des grâces reçues à l’origine de cette Œuvre, le Mouvement des Focolari, que l’Église reconnaîtra plus tard comme « Œuvre de Marie ». Chiara revit un des moments les plus dramatiques de cette période : « Sous un terrible bombardement, couchée par terre, couverte de poussière, je me suis relevée presque miraculeusement épargnée, calme et en paix au milieu des hurlements, et j’ai pris conscience d’avoir éprouvé une grande douleur au moment où j’étais en danger de mort : celle de ne plus pouvoir réciter le Je vous salue Marie sur cette terre ». Elle comprendra plus tard : « Ce Je vous salue Marie devait être composé de paroles vivantes, de personnes qui, telles de petites Marie, donnent au monde l’Amour ». Cet Amour qui est Jésus lui-même, « que nous pouvons aujourd’hui engendrer spirituellement, comme le promet l’évangile : “Là où deux ou plus sont réunis en mon nom (en mon amour, expliquent les Pères de l’Église) je suis au milieu d’eux” (Mt 18,20) ». Tâche « primordiale dans la société sécularisée actuelle », a précisé durant l’homélie Mgr Miloslav Vlk, archevêque de Prague.

La fondatrice des Focolari a parlé de la découverte du nouveau visage de Marie, « d’une beauté incomparable, toute Parole de Dieu, toute revêtue de la Parole de Dieu » et de l’appel de tout chrétien à redire, comme Marie, Christ, Vérité, Parole, avec la personnalité que Dieu a donnée à chacun ». Une vision « riche de conséquences, dans le domaine œcuménique par exemple ». Des membres des Églises évangélique, luthérienne réformée, roumaine orthodoxe et copte orthodoxe apporteront leur témoignage dans la suite du congrès.

Un autre élément nouveau qui marque tout le congrès est la place privilégiée donnée aux manifestations artistiques : chants, musique, danses, poèmes (Dante, Sartre), parce que de Marie, « on ne parle pas, on chante, l’amour s’épanouit en poésie », comme le chante le Gen Verde, sur une méditation de Chiara.

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