Sierra Leone: dans l’attente que la vie reprenne


 

Encore des mises en quarantaine au Sierra Leone: du 27 au 29 mars quelques quartiers de la capitale Freetown et d’autres localités au nord du Pays ont été à nouveau isolés à la suite de cas d’Ebola enregistrés les jours précédents. Des groupes de personnes préparées sont allés de maison en maison dans les secteurs les plus à risque pour sensibiliser et identifier les malades ainsi que ceux qui pourraient être contaminés par le virus.

“On espérait arriver à n’avoir plus aucun cas pour la fin février – écrit le père Carlo depuis le Sierra Leone – les écoles étaient prêtes à ouvrir, mais la date a été reporté à la mi-avril. L’incertitude demeure, les gens ont vraiment envie de reprendre une vie normale, mais le virus reste aux aguets ».

“Au début de l’épidémie j’étais à Makéni pour étudier – raconte Antoinette, une jeune au service d’une ONG – . La crise s’est avérée d’emblée si sérieuse que j’ai pensé revenir dans ma ville, épargnée par le virus. Mais ensuite j’ai décidé de rester comme volontaire pour aider les personnes contaminées. J’ai été affectée dans un village qui s’appelle Rosanda », où 54 cas étaient enregistrés, dont 42 décès. « La première période a été très triste, chaque jour une quinzaine de personnes mouraient. J’étais chargée d’informer les familles et, même si je cherchais à le faire avec le plus d’amour possible, ce n’était pas une expérience facile. Deux enfants me demandaient quand leurs parents reviendraient. Je n’étais pas capable de leur dire la vérité. Je cherchais à les consoler par ma présence et avec quelques des petits cadeaux ». « Chaque jour, durant un mois, je me suis rendue dans ce village – poursuit Antoinette – apprenant à ouvrir mon cœur à qui était dans le besoin, même s’il ne faisait pas partie de ma famille ni de mon cercle d’amis. Maintenant Rosanda a fini ses 21 jours de quarantaine. Il n’y a plus eu de nouveaux cas et je remercie Dieu d’avoir pu être pour toutes ces personnes un instrument de Son amour que je recevais chaque matin dans l’Eucharistie ».

Comme Antoinette, d’autres aussi ont mis toute leur énergie à combattre ensemble ce terrible fléau. Des familles ont adopté des enfants restés orphelins, religieux et prêtres n’ont pas ménagé leurs forces. Parmi ceux-ci le Père Peter qui a travaillé dans quelques villages. Grâce à sa vigoureuse intervention il a été possible d’arrêter la contamination et de réduire le nombre de victimes.

Son expérience concerne Small Bumbuna, un village du diocèse de Makéni, situé à 200 km de Kailahum, la ville d’où est partie l’épidémie. « La maladie s’et propagée dans le Sierra Leone comme un incendie en saison sèche. Quand il y a eu les premières victimes on a pensé au choléra, aux mauvais sorts ou à d’autres superstitions. La réponse du bureau médical a été lente : il a fallu deux semaines pour confirmer qu’il s’agissait du virus Ebola. Depuis la paroisse, située dans un autre village, nous aurions voulu rendre visite aux personnes, mais la peur d’être contaminé était trop forte. L’équipe médicale du district ne réussissait pas à maîtriser la situation ni à faire parvenir les approvisionnements. Les routes étaient difficilement accessibles ». En présence de si nombreuses difficultés, le Père Peter, suivi par ses paroissiens, prend « une décision radicale qui nous a conduits à faire face à l’Ebola », précise-t-il. A notre arrivée nous avons trouvé une ville déserte. Le chef du village nous a fait un tableau terrible de la situation. On pouvait lire dans les visages l’absence d’espérance et l’impossibilité de faire quelque chose ». C’est alors que commence une action non-stop qui mobilise la plus haute autorité locale. Le père Peter est envoyé comme « guide » pour parler avec la population et expliquer comment faire pour endiguer la contamination et se laisser soigner. En l’espace de deux semaines le danger a disparu et les personnes ont pu retourner à leurs activités agricoles. « J’ai pris tous les risques, conclut le Père Peter – parce que c’était ma communauté. Comment pouvais-je déserter durant ces moments de souffrance ? Cette question m’a aidé à m’identifier à eux, à présenter la situation aux autorités, et à me proposer comme « guide ». J’ai appris que rien n’est trop petit qui ne soit digne d’être offert ni même trop lourd pour ne pas être pris en charge. Nous continuons à prier pour que l’épidémie soit complètement éradiquée et qu’on puisse revenir à une vie normale ».

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