Cette nuit, je n’arrivais pas à dormir. Dans le chaos qui règne actuellement dans le monde, je me suis souvenue d’un appel téléphonique lumineux avec une famille d’amis de longue date, les époux Lavizzari, parents de cinq enfants, dont Francesca, jeune maman, a quitté ce monde pour rejoindre la patrie céleste.
Ils vivent maintenant dans la coquette petite ville de Poschiavo, dans le canton des Grisons de langue italienne. Un lieu entouré d’une majestueuse couronne de montagnes, où passe une voie ferrée qui relie la Valteline (Italie) à la Suisse orientale. Marco ne s’arrête jamais, en compagnie de son fidèle chien, il parcourt parfois même des sentiers de montagne, car cette merveilleuse créature l’avertit de chaque obstacle qu’il peut rencontrer, une racine, une pierre, etc. Dans sa famille, avec sa femme Maria et ses enfants désormais adultes, règne une grande solidarité, renforcée par la foi en l’amour de Dieu qui les accompagne, même dans les épreuves douloureuses. Devenu aveugle à la suite d’une maladie des yeux, Marco, doté d’une grande sensibilité et d’un sens aigu du devoir, ne s’est pas replié sur lui-même, mais a développé des capacités créatives exceptionnelles pour contribuer à la subsistance de sa famille.
Je ne peux m’exprimer autrement, mais le contact avec Marco, le père de Francesca, a été pour moi comme un rayon de lumière qui a pénétré mon cœur. J’avais appelé cette famille pour leur dire combien je prenais part à leur deuil, mais je n’ai pas eu le temps de parler. Marco, seul à la maison à ce moment-là, de sa voix limpide comme une cascade, a commencé à parler de sa fille.
Non voyant, il m’a pourtant mis au courant de chaque détail. Il a photographié avec une clarté limpide les derniers jours de la famille de Francesca, de son mari et de ses deux enfants encore petits, à travers les récits de Maria, sa femme. Marco est impressionnant. On croit entendre parler une personne plus céleste que terrestre, et pourtant il a bien les pieds sur terre. Il raconte : « Francesca a affronté sa maladie soutenue par une grâce spéciale. Après avoir appris son état de santé, toute la famille a vécu ensemble chaque étape du long chemin qui l’a conduite à son but, comme une réalité naturelle faisant partie de la vie. Les enfants étaient informés de chaque réalité qui se présentait et connaissaient la gravité de la situation : maman va aller à l’hôpital pendant quelques jours, ou bien elle doit aller chez le médecin, etc. Puis sont arrivés les 15 derniers jours passés à la maison ».
Le moment de l’adieu est arrivé de nuit. Gabriele, le petit garçon de 8 ans, n’était pas présent lorsque sa mère a rendu son dernier souffle. Lia, 9 ans, comme si elle avait entendu un appel, était présente avec son père. Marco et Maria, avec leurs enfants Davide, Evelina, Luca, Matteo et Sabina, et avec une amie de Francesca, l’ont accompagnée jusqu’à son départ pour le Ciel. À ce moment-là, Lia s’est exclamée : « Maintenant, maman est guérie ! ».
C’est la première fois que j’entends comment cette famille a réussi à surmonter une réalité aussi crue, d’une manière si naturelle. Comment le mari et les proches ont accompagné Francesca de cette manière, amenant leurs enfants à vivre sereinement une telle séparation, qui a même surpris leurs professeurs et leurs amis.
Oui, je pense que Lia, dans sa spontanéité et sa pureté de cœur, a dit une grande vérité : « Maintenant, maman est guérie ».
(Autrice : Maria Pia di Giacomo – www.cittanuova.it – © Reproduction réservée)
