Igino Giordani: du Palais Montecitorio au monde


«La politique est faite pour le peuple et non pas le peuple pour la politique. Celle-ci est un moyen, non pas une fin. Avant tout la morale, avant tout l’homme, avant tout la collectivité, ensuite le parti, ensuite les listes de programme, ensuite les théories de gouvernement». C’est avec cette citation de Giordani, que commence Gianfranco Fini, président de la Chambre des députés italienne, ouvrant la rencontre dédiée au député populaire qui a connu les temps difficiles des persécutions fascistes, les atrocités de la guerre, l’incertitude de la reconstruction.

Ce 15 juin, nous sommes dans la Salle de la Louve bondée avec ses 200 personnes. Devant ce public, G.Fini a ensuite repéré les trois fondements de l’action de Giordani: la dignité de l’homme, la liberté, le travail. Des batailles qu’il a parfois conduites en avant garde, au risque d’incompréhensions comme pour la loi sur l’objection de conscience. Le président rappelle aussi sa bataille personnelle qui s’est mal terminée: la demande au Parlement européen  de ne pas désavouer le rôle du christianisme dans les racines de l’Europe. La défaite politique, les incompréhensions ont certes un goût amer, mais Giordani, dans les moments critiques de l’histoire parlementaire bien qu’entre cris et contrastes idéologiques importants, réussit à ce que le bon-sens, l’humanisme, l’esprit chrétien qui convainc même les marxistes, l’emportent. Alberto Lo Presti , directeur du Centre Giordani qui en esquisse les grands traits, le rappelle à différents moments et lui donne plusieurs fois la parole à travers de petits films de ses interventions.

‘De Montecitorio au monde’ était le titre choisi pour la cérémonie commémorative indiquant l’universalité du message de Giordani, et en même temps la particularité d’une rencontre qui eu lieu à Montecitorio et qui transforma littéralement sa vie au point de le rendre méconnaissable de ses propres compagnons de parti.

C’est Maria Voce, l’actuelle présidente du Mouvement des focolari, qui raconte les détails de cette rencontre avec Chiara Lubich, fondatrice du Mouvement, qui transmit à Giordani la passion pour l’unité et pour un évangile qui entre dans l’histoire et peut résoudre les problématiques sociales les plus complexes. «(Chiara) rendait Dieu plus proche: elle le faisait sentir Père, frère, ami, présent à l’humanité» citait Maria Voce qui explicite la vision politique de Chiara Lubich centrée sur le principe de fraternité qui «permet de comprendre et de faire sien le point de vue de l’autre de telle sorte qu’aucun intérêt ni aucune exigence ne restent étrangers». «Il faut un pacte de fraternité pour l’Italie – souhaite la présidente des Focolari – parce que le sort de la nation est l’affaire de tous».

L’héritage de C. Lubich et de I. Giordani, rassemblé par le Mppu (Mouvement politique pour l’unité), propose aux parlementaires et politiques, aux administrateurs et fonctionnaires, aux chercheurs du monde entier, de décliner le principe de fraternité à l’intérieur de l’action politique. Deux parlementaires italiens, de partis opposés et qui ont accueilli ce défi, expliquent justement comment appliquer concrètement ce principe de fraternité.

Giacomo Santini, sénateur du Peuple de la liberté (PDL), admet la difficulté de «considérer frère celui qui, à l’autre bout de l’hémicycle, t’a insulté quelques minutes avant, comme invite à le faire Chiara Lubich de façon provocante». Et pourtant c’est possible, et I. Giordani l’a démontré en restant dans le sillon politique, dans les oppositions idéologiques, mais dans le respect de la diversité. Letizia De Torre, députée du Parti démocrate (PD), rappelle un Giordani «sûr de ses propres convictions, mais non retranché, capable de voir le positif, capable de dialoguer». Recueillir à présent son héritage, pour L. De Torre, signifie «reconstruire une démocratie de la communauté et non pas du 50 pour cent plus un, une démocratie de la réciprocité dans le Parlement et dans le pays».

La parole est ensuite donnée aux étudiants des écoles de participation animées dans le monde entier par le mouvement politique, qui ouvrent des horizons d’espérance et de renouveau, en partant même de situations extrêmes de crise, comme par exemple en Argentine. Carlos, en Italie pour obtenir une spécialisation en droit du travail, raconte que pendant la crise de l’an 2000, quand son pays était sur la paille, le choix d’investir dans une formation politique pouvait paraître utopique et certainement pas apporter une solution aux drames quotidiens. Aujourd’hui cela lui a amené 200 administrateurs locaux qui, dans l’optique de la fraternité, essaient d’apporter une réponse aux problèmes du pays, alors que les écoles se sont multipliées jusqu’à la Terre de Feu. Au Brésil également, la dénonciation des inégalités sociales et de la pauvreté opprimante n’a pas paru suffisante à Daniel, journaliste entrain de préparer un master en Science politique à l’Université Sophia de Loppiano. Revenir à la logique du service, à une conscience formée au bien commun, au fait de se pencher jusqu’au bout sur les problèmes de son pays ont été les lignes directrices de son choix d’engagement, empruntées à l’expérience du mouvement politique et à la pensée de Giordani. De façon sans aucun doute jamais imaginée par celui-ci, de la petite salle de Montecitorio, il est devenu désormais un maître de vie et d’engagement dans le monde entier.

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