Le courage de mettre sa vie en jeu

 
A vos marques : c’est le moment pour moi d’approcher le monde du travail. Garantie de succès ou engagement civil à risque ?

Le formulaire pour la demande d’enseignement que j’ai devant moi me confirme que ma vie d’étudiant est désormais révolue. Arrivé sur la case où indiquer la province choisie, le doute me tenaille. Est-il mieux de rester dans ma ville du Sud ou d’aller ailleurs ? Il m’est demandé là de faire un choix de vie.

Beaucoup de mes collègues choisissent le Nord pour avoir de plus grandes possibilités de travail et pour s’éloigner de cette réalité souvent portée sur le devant de la scène dans l’actualité : illégalité, déviances, criminalité. Et pourtant, beaucoup de choses me lient à ma ville ! Et pas seulement la famille, les affections, les amis, les intérêts, mais également l’espérance de pouvoir faire quelque chose pour elle, de remonter le courant, et cela malgré mes limites. Il me revient à l’esprit l’exhortation de Chiara Lubich aux jeunes : « Donner sa vie pour son peuple… » L’idée de rester, au risque de me heurter à des chances de travail moindres ou à des « écoles difficiles » fait son chemin en moi, avec une part d’inconscience. J’en parle chez moi, à ma fiancée, aux collègues.

Il est tard et demain marque la date limite pour l’expédition du formulaire. Mon choix est fait : je reste.
A la périphérie de la ville et dans les zones défavorisées il y a plus de possibilités de travail, les postes n’étant pas convoités. Et je pense au fond de moi : « Qu’est-ce que je peux faire, moi, dans ce quartier, lieu de luttes d’influence de la Camorra – ndlr la mafia – , où on se tire dessus et où l’on se tue ? Je peux aimer ! Que Dieu me vienne en aide ! »  Et ainsi, j’indique quelques écoles un peu « en marge », à côté d’écoles d’ « élite ». Dieu me fera comprendre où il me veut.

Quelque temps plus tard, je reçois ma nomination pour l’année qui vient. Incroyable, j’entre dans le monde de l’école par la porte principale, avec le meilleur contrat ! Le jour où je me présente à l’école, les cours sont suspendus à cause d’actes de vandalisme commis la veille. Je comprends tout de suite que Dieu m’a pris au mot : le moment de l’épreuve est arrivé.

Le contexte est particulier, le malaise social se fait sentir. Les journées se succèdent entre moments difficiles, où tout semble aller de travers, et d’autres moments où les yeux des jeunes s’éclairent, cherchent à me rencontrer car ils veulent s’en sortir et se préparer un avenir meilleur. Je m’accroche à cet espoir, et ma souffrance trouve son sens.

Je ne sais pas si je tiendrai le coup, car c’est parfois très dur d’affronter la situation, d’obtenir le respect et de parler de maths dans ce contexte . mais je sais qu’instant après instant, je peux chercher à faire entrer Dieu dans les salles de classe ; le rendre présent dans les réprimandes, dans les notes, les entretiens, dans les disputes, les explications, dans les silences, les annotations sur les carnets de classe. Si Dieu m’a voulu là, il sait certainement pourquoi…

(D.P. – Italie)

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