Je suis né et j’ai vécu jusqu’à l’âge de cinq ans et demi au cœur de la forêt amazonienne, dans une famille profondément catholique et très engagée dans la foi. Mon père était diacre, mes deux parents étaient missionnaires, ma grand-mère était considérée comme une femme de grande sainteté, et plusieurs de nos proches étaient prêtres ou religieux. De retour en Italie, j’ai trouvé dans le scoutisme une véritable école de vie, héritant de cet esprit de service qui continue aujourd’hui à inspirer chacun de mes engagements. Je suis actuellement directeur de production dans une entreprise textile.
A., quant à elle, a vécu dans plusieurs villes et pays au gré de sa carrière d’interprète de conférence, profession qu’elle a finalement quittée pour se consacrer à l’enseignement. Nous nous sommes rencontrés il y a quelques années et, environ deux ans et demi plus tard, en pleine pandémie de Covid-19, nous nous sommes mariés civilement, après avoir reçu, dans l’intimité, la bénédiction de notre union par le prêtre de notre paroisse. Nous considérons cette bénédiction comme un don précieux, une grâce qui nous a apporté confiance, force et espérance pour avancer ensemble avec nos cinq enfants.
Notre mariage est né après des parcours de vie très différents.
Mon premier mariage a duré dix-sept ans. J’avais vingt-cinq ans lorsque j’ai décidé de me marier, porté par l’enthousiasme de fonder une famille. Chaque fois que surgissaient des interrogations sur notre compatibilité, je me rassurais avec une certaine naïveté en pensant que la foi suffirait à surmonter toutes les difficultés et tous les obstacles.
L’histoire conjugale de A. a été beaucoup plus brève. À vingt-neuf ans, après de longues années d’études et alors qu’une carrière prometteuse semblait s’ouvrir devant elle, elle s’est retrouvée presque sans s’en rendre compte épouse et mère. Pendant longtemps, elle s’était demandé si sa véritable vocation n’était pas la vie consacrée. Mais, dans une période de grande fragilité, elle avait commencé une relation qui répondait davantage à un besoin de soutien affectif qu’à un amour mûr et véritable.
La séparation est arrivée très rapidement, suivie peu après de la déclaration de nullité de son mariage. Elle s’est retrouvée seule, avec une petite fille à élever, habitée par un profond sentiment de culpabilité et une immense frustration en voyant sa vie prendre une direction totalement différente de celle qu’elle avait rêvée et désirée. Au fil de ces années difficiles, elle s’est aussi progressivement éloignée de ses amis.
Mes quatre fils sont arrivés avec une facilité déconcertante. Les responsabilités liées à leur éducation ont souvent fini par masquer les difficultés de notre couple, qui grandissaient peu à peu. Quelques années seulement après notre mariage, mon épouse et moi avons pris conscience que la distance entre nous s’était creusée jusqu’à rendre la rupture inévitable.
Malgré plusieurs tentatives pour sauver notre relation, convaincu qu’il était encore possible de reconstruire notre mariage, j’ai finalement dû accepter la décision de mon épouse de nous séparer.
Une période particulièrement douloureuse a alors commencé. La solitude est devenue ma compagne quotidienne. La colère alternait avec la culpabilité, l’impuissance avec le découragement. J’ai même choisi d’abandonner mes engagements bénévoles, tant mon histoire personnelle était constamment exposée au regard des autres.
Deux réalités m’ont permis de tenir debout. D’abord, ma vocation de père, qui m’a poussé à continuer à donner le meilleur de moi-même pour mes enfants. Ensuite, ma foi, fragile mais vivante. Je m’y suis accroché avec toutes mes limites, et c’est elle qui m’a donné la force de continuer à avancer.
Entre-temps, A. s’était installée dans une nouvelle ville… celle-là même où je vivais.
C’est lors de la fête d’ouverture de l’année scoute que nos chemins se sont croisés. Nous avons échangé quelques mots, puis commencé à nous écrire. Très vite, nos conversations ont pris une profondeur inattendue. Nous avons parlé librement de notre foi, de nos échecs, mais aussi de nos espérances et de nos rêves pour l’avenir.
Nous avons convenu de nous revoir le mois suivant. Par une nuit doucement pluvieuse, nous sommes montés à pied en pèlerinage vers un sanctuaire. Cette marche, dans le silence de la nuit, a marqué le véritable commencement de notre histoire.
Au cours des semaines qui ont suivi, tout s’est enchaîné avec une étonnante rapidité. Nous nous sentions profondément unis et sincèrement amoureux. Il n’a pas toujours été facile de faire comprendre à notre entourage la vitesse avec laquelle notre relation évoluait. Pourtant, nous étions convaincus qu’à quarante ans, après avoir traversé des épreuves et connu des échecs importants, on possède une conscience plus profonde de soi-même et une meilleure capacité à reconnaître ce qui est vraiment essentiel.
C’est cette maturité qui nous a donné la force d’affronter les nombreuses difficultés des premiers temps.
La prière est rapidement devenue le fondement de notre vie de couple. Chaque fois que nous le pouvions, nous nous rendions dans un sanctuaire ou dans un monastère afin de fortifier notre communion avec Dieu et de nourrir notre amour mutuel. Nous avons également entrepris un chemin de discernement spirituel accompagnés par un moine, tout en partageant nos joies et nos difficultés avec plusieurs prêtres amis qui nous ont soutenus avec une grande bienveillance.
Peu de temps après, nous avons choisi de construire notre vie ensemble.
Bien sûr, nos personnalités sont très différentes. Chacun de nous porte ses qualités, ses fragilités, ses habitudes et une manière de penser façonnée par toute une vie. Chaque jour nous offre ainsi une nouvelle occasion de dépasser notre propre point de vue, d’apprendre à nous pardonner et de poser sur l’autre un regard toujours renouvelé.
Nous savons cependant que notre union nous rend plus forts. Nos différences ne nous divisent pas ; elles nous enrichissent et nous rendent complémentaires.
Nous nous rappelons sans cesse la miséricorde infinie que le Père a manifestée à notre égard. Nous avons aussi compris que, si nous voulons vraiment accueillir la présence du Christ au cœur de notre couple, nous devons accepter d’embrasser également la souffrance, car elle est l’autre visage de l’amour.
Avant de commencer notre vie commune, nous avons communié une dernière fois au cours de la messe. Ensuite, ayant fait le choix conscient de nous unir, et souhaitant avant tout ne pas être une occasion de scandale pour la communauté chrétienne, nous avons décidé de ne plus nous approcher de la communion eucharistique.
Seule A., après un véritable chemin de discernement vécu avec son curé, a repris la communion sacramentelle.
En évoquant ces années sans pouvoir recevoir l’Eucharistie, elle témoigne avoir découvert un Dieu infiniment grand et étonnamment créatif : un Dieu qui, même lorsqu’Il semble absent, sait se rendre présent à travers le désir, la soif de Lui et l’espérance.
Quant à moi, mon chemin se poursuit encore. À chaque messe, après qu’A. a reçu la communion, nous récitons ensemble une prière de communion spirituelle, en demandant au Seigneur de demeurer au cœur de notre amour.
Au fil de notre vie commune, nous avons découvert un Dieu d’une miséricorde infinie et d’une créativité sans limites. Dans sa Providence, Il a permis que nos chemins se croisent afin que quelque chose de beau puisse naître des blessures de notre passé.
Nous ne parvenons pas toujours à écouter sa voix avec fidélité ni à accomplir pleinement sa volonté. Comme tous les couples, nous connaissons des moments de fragilité, des incompréhensions et des recommencements. Pourtant, nous désirons continuer à marcher avec Lui, convaincus qu’Il ne cesse jamais de nous accompagner, même lorsque le chemin devient plus exigeant.
Récemment, après avoir participé à un parcours diocésain destiné aux personnes séparées, divorcées ou engagées dans une nouvelle union, nous avons tous les deux ressenti un appel particulier. Nous avons compris que le Seigneur nous invitait à ne pas garder pour nous le don reçu, mais à mettre notre histoire – avec ses blessures, ses échecs et la miséricorde qui nous a relevés – au service d’autres couples.
C’est pourquoi nous avons choisi d’accompagner des couples qui vivent des situations semblables à la nôtre. Nous souhaitons marcher à leurs côtés avec humilité, non pour apporter des réponses toutes faites, mais pour témoigner qu’aucune histoire n’est hors de portée de la miséricorde de Dieu et que toute vie, lorsqu’elle Lui est confiée, peut redevenir un chemin d’espérance.
Aujourd’hui, lorsque nous relisons notre parcours, nous ne voyons plus seulement une succession d’erreurs ou d’épreuves. Nous y reconnaissons surtout la patience de Dieu, qui n’a jamais cessé de venir à notre rencontre, même lorsque nous avions du mal à discerner sa présence.
Notre histoire n’est pas parfaite, et notre chemin continue. Mais nous avons appris que l’amour n’est pas la récompense de ceux qui ne se trompent jamais. Il est un don offert à celles et ceux qui acceptent, jour après jour, de pardonner, de recommencer et de se laisser transformer par la grâce.
Photo créée par l’IA
(Source : Famiglie in Azione – Éd. Città Nuova)
Questions pour nourrir le dialogue dans le couple
- En relisant notre histoire, quels sont les moments où nous pouvons reconnaître que Dieu a transformé nos blessures en source de vie et de croissance pour notre couple ?
- Face aux difficultés ou aux échecs, savons-nous y voir uniquement des obstacles ou pouvons-nous les accueillir comme des occasions de grandir dans la confiance, le pardon et l’amour mutuel ?
- Comment notre propre expérience, avec ses joies comme avec ses fragilités, peut-elle devenir un signe d’espérance et un soutien pour d’autres couples qui traversent des épreuves semblables ?



