Entre les conjoints, maman et papa

 
La relation entre mari et femme, ou entre compagnon et compagne, est un bon indicateur de la relation avec la famille d’origine. Il est donc utile d’en avoir conscience pour mieux faire face aux difficultés qui peuvent se présenter.

« Docteur, mon épouse a beaucoup de caractéristiques identiques à celles de ma mère ». « Docteur, j’ai choisi un homme complètement différent de mon père ». Comment se fait-il que les choix soient si différents ? Dans le premier cas, on peut parler de choix complémentaire, dans lequel s’effectue un déplacement sur le conjoint du « premier objet d’amour » : le parent. Un homme choisit alors une femme qui ressemble à sa mère et une femme choisit un homme qui ressemble à son père. Dans le second cas, on peut parler d’un choix par contraste dans lequel le conjoint est investi d’attentes en opposition apparente avec les modèles parentaux. Dans les deux cas, le choix semble donc guidé par une « complémentarité inconsciente » : on choisit une personne en raison de relations non résolues avec ses propres parents. Pour cette raison, certains auteurs pensent que le couple représente « une relation thérapeutique naturelle », parce qu’en permettant la manifestation de relations infantiles non résolues, il peut devenir le lieu de leur résolution. Cette force extraordinaire qu’est l’amour romantique peut donc être convertie en « amour thérapeutique », comme le dit le psychothérapeute Alfredo Canevaro en suivant la belle définition d’Antoine de Saint-Exupéry : « L’amour est peut-être ce processus délicat par lequel je te ramène à la rencontre avec toi-même ». Mais c’est justement pour cette raison, lorsqu’un couple traverse une crise, qu’il peut être très important de comprendre si, dans ce qui se passe, l’un des partenaires n’est pas en train de demander à l’autre de combler des besoins auxquels ses propres parents n’ont pas répondu.

Il faut donc essayer de comprendre le rapport qui existe avec la famille d’origine. Certaines personnes, par exemple, consacrent plus d’espace émotionnel à leur rôle de fils ou de fille qu’à celui de conjoint, même si parfois elles sont en couple depuis un certain temps. Voici une question que je pose souvent aux deux membres d’un couple : « En ce moment, êtes-vous davantage enfant, conjoint ou (s’il y a des enfants) parent ? La hiérarchie qui vous représente est-elle fonctionnelle à ce stade de votre vie ? ».

Nous savons que plus le lien d’alliance entre les conjoints est consolidé par la création d’un ensemble de règles internes à la nouvelle famille qui s’est créée, plus le lien de filiation qui unit les deux conjoints à leur famille d’origine tend à s’affaiblir.

Mais les familles d’origine ne sont pas toutes les mêmes.

Alfredo Canevaro parle de « systèmes familiaux cohésifs », c’est-à-dire de systèmes plus tournés vers l’intérieur et où l’extérieur est perçu comme plus menaçant. Dans ces systèmes, les frontières entre les individus ne sont pas nettes, les valeurs de proximité et d’expression des affections ont une importance parfois exagérée, et les enfants se détachent relativement tard de la cellule familiale.

Et puis, il existe des « systèmes familiaux dispersifs », davantage tournés vers l’extérieur, dans lesquels les valeurs ne se réfèrent pas tant à la famille qu’au monde social. Dans ces systèmes, les frontières entre les individus sont nettes et la distance interpersonnelle plus grande. Le rejet de la proximité physique et la résistance à l’expression de l’affection sont plus fréquents, et les enfants se détachent relativement tôt de la cellule familiale.

Les diverses combinaisons entre ces différents types de systèmes familiaux produit différentes configurations de relations conjugales.

Plus précisément, les conjoints issus tous deux de systèmes familiaux cohésifs semblent très semblables entre eux en termes de valeurs familiales, de classe sociale, de religion, d’éducation et de niveau culturel. La dépendance des deux conjoints à l’égard de leur famille d’origine est très forte et la relation entre eux tend à être intense, fragile et inversement proportionnelle à la proximité de la famille d’origine.

Il peut y avoir aussi un couple formé d’un membre issu d’un système familial cohésif et l’autre issu d’un système familial dispersif. Dans ce cas, la stabilité de la relation de couple dépend fortement du degré d’intégration du conjoint issu du système dispersif au sein du système cohésif. Il y a recherche d’une famille dans la famille de l’autre. Le conjoint dispersif se détache généralement très tôt de sa famille d’origine et établit davantage de liens avec le monde extérieur. Il jouit « apparemment », d’une plus grande autonomie dans les relations sociales. Apparemment, parce qu’il désire implicitement des relations affectives plus étroites et s’attache à un système familial cohésif parce qu’il perçoit ce type de familles comme plus « unies ».

Le problème se pose lorsqu’une personne ne s’intègre pas bien dans la famille du conjoint ou qu’elle n’est pas bien accueillie.

Enfin, il existe une troisième possibilité : celle de conjoints issus tous deux de systèmes familiaux dispersifs. Ils forment généralement un couple dans lequel chacun a tendance à voir l’autre comme un père-époux-frère ou une mère-épouse-sœur, en essayant de compenser les déficits relationnels avec leurs familles d’origine. Si deux systèmes dispersifs s’unissent, « ils s’accueillent comme deux orphelins et ne se séparent plus jusqu’à la mort, même s’ils devaient être en conflit toute leur vie ». (Alfredo Canevaro, 1986). Prendre conscience de tout cela permet aux couples de bien distinguer la cause de leurs problèmes relationnels et d’acquérir la capacité de gérer les crises inévitables avec sagesse et même comme de précieuses opportunités de croissance personnelle et de couple.

 

(Source: www.cittanuova.it – Auhor: Lucia Coco De Angelis)