Mouvement des Focolari
Sophia et la vie de la Parole

Sophia et la vie de la Parole

«L’inauguration de la nouvelle année académique de l’institut universitaire Sophia, au seuil de sa quatrième année d’existence, constitue indubitablement une occasion opportune pour nous arrêter et jeter un regard rapide sur le chemin parcouru jusqu’ici, afin d’en tirer une motivation pour ce qui nous attend encore. Les résultats académiques obtenus sont un fait encourageant. Les travaux de thèse, qui ont marqué la fin du parcours d’un certain nombre d’étudiants, en sont un signe particulièrement éloquent. En effet, ces travaux sont le fruit d’un travail intellectuel conduit avec sérieux et compétence, mais ils sont aussi le fruit d’une expérience qui a des caractéristiques tout à fait uniques. Cette expérience, fidèle à l’esprit du charisme de l’unité qui anime l’institut, conjugue la pensée et la vie concrète, les études, qui ont une place centrale, et les rapports qui sont à construire et à alimenter quotidiennement au sein de l’ensemble de la communauté académique. Tout ceci nous permet d’envisager l’avenir de Sophia avec un optimisme réaliste, car, tout en étant conscients des difficultés qui ne pourront manquer sur le chemin, nous poursuivons avec conviction un projet lumineux qui s’est manifesté et dont nous voyons déjà en germe la réalisation. Et, pour que ce projet dont Sophia est la dépositaire aille vers sa pleine réalisation, je désire cette année attirer votre attention sur l’un des points fondamentaux autour desquels se développe l’expérience de Sophia, à savoir, la vie de la Parole. Je voudrais pour cela vous inviter à vous laisser imprégner profondément par la Parole, c’est-à-dire par la façon de penser de Jésus, par sa façon de vouloir et d’aimer. Vivre la Parole, laisser la Parole vivre en nous : c’est à cela que nous exhortait Chiara Lubich, qui voyait là une condition indispensable pour accéder à une nouvelle manière d’être et de connaître. En effet, seul un homme transformé par la Parole peut effectuer une vraie conversion de l’esprit. Cet homme peut alors devenir un transmetteur crédible de la vérité annoncée, mais aussi de la vérité vécue. Il peut avoir une incidence efficace dans les différents milieux sociaux et culturels où il agit, et y introduire le germe fécond de la vie de l’Évangile. C’est ce dont Sophia peut donner un témoignage authentique, grâce à l’apport de chacun de vous. C’est aussi le souhait que je vous adresse de tout cœur.» Maria Voce


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Sophia et la vie de la Parole

Inauguration de la quatrième année académique de l’Institut universitaire Sophia (IUS)

Espérances et doutes : « tels sont les sentiments dans nos cœurs lorsque nous sommes arrivés à l’IUS » raconte Gabriel Almeida, représentant des étudiants. Sophia est pour nous la réponse à un appel personnel que Dieu adresse à chacun et qui rencontre l’histoire de tant de personnes, prêtes à être toujours mieux une petite communauté itinérante désireuse de construire, non sans efforts, la civilisation de l’amour. » On respire un air de changement, de croissance et de nouveauté à l’aube de cette quatrième année académique. Environ un millier de professeurs, étudiants, amis de toute l’Italie ont participé le 17 octobre à Loppiano, à l’inauguration de cette année académique, comme d’ailleurs des maires de Toscane, des personnalités religieuses et politiques et différents professeurs d’institutions européennes avec lesquelles Sophia entretient des relations fructueuses. « Sophia est une réalité jeune dans son acte fondateur, a affirmé Mgr. Betori, grand chancelier de l’Institut et archevêque de Florence, dans son discours d’ouverture, « mais qui trouve une large place au sein du monde académique, au sein duquel il a été possible de présenter une proposition nouvelle dans le contexte culturel actuel, propre à enseigner le dialogue et la communion. Je vous adresse l’exhortation du Pape au séminaire de Fribourg : «Nous sommes l’Église. Soyons-la ! Soyons la pour nous ouvrir pour aller au-delà de nous-mêmes et pour être ensemble aux autres » ». Les résultats obtenus par Sophia au cours de ces quatre premières années de vie s’avèrent encourageants : à ce jour, 83 étudiants ordinaires se sont inscrits aux cours de maîtrise, dont 34 cette année. 33 ont défendu leur thèse et ont obtenu le titre académique en « Fondements et prospectives d’une culture de l’unité ». 15 sont inscrits dans le cycle du doctorat, tandis que 7 sont issus d’un parcours de maîtrise d’autres institutions académiques et sont en train d’acquérir les crédits nécessaires pour accéder au doctorat. Il convient aussi de relever la présence d’étudiants à titre extraordinaire pour lesquels des parcours appropriés et personnalisés ont été prévus. » Et ce sont justement les résultats académiques qui sont l’élément le plus encourageant de l’IUS, comme le relève la Vice-Chancelière et Présidente du Mouvement des Focolari, Maria Voce : «Chaque fois que je signe un diplôme, je ressens la joie de déclarer qu’une autre personne est arrivée à acquérir les principes de cette culture de l’unité pour la porter au monde. Ce qui a été construit jusqu’à présent nous permet de regarder l’avenir avec un optimisme réaliste ». Le pivot de base sur lequel il convient de développer aussi l’expérience de Sophia est établi dans la vie de la Parole évangélique : « Je vous invite à vous laisser envahir profondément par la vie de la Parole évangélique, donc de la façon de penser, de vouloir et d’aimer de Jésus. » Illustrant les défis et les perspectives pour le futur de cette communauté académique, le président Piero Coda a expliqué qu’il serait nécessaire de requalifier le cursus des études, de façon à rendre les titres plus correspondants au niveau scientifique et plus négociables sur le plan académique et professionnel. C’est la raison pour laquelle nous sommes en train de définir trois nouvelles filières de maîtrise spécialisée en Études politiques, Économie et gestion, Ontologie trinitaire ». Un espace plus important sera donné, au sein de l’Institut, à l’étude et à la recherche en sciences sociales par l’instauration d’une chaire de « Fondements des sciences sociales » et par un prochain congrès en collaboration avec l’Université de Trente. Vera Aranjo, une sociologue brésilienne, dans son discours officiel, se déclare convaincue qu’« il n’y a jamais eu meilleure époque que l’époque actuelle pour un sociologue ». « Nous voudrions nous aussi dire un mot de la possibilité de trouver de nouveaux paradigmes et de nouveaux modèles : la personne, la fraternité, la communion, l’amour-agapé, l’unité. Il ne s’agit pas seulement de concepts ou de paradigmes, mais aussi d’outils à insérer dans la boîte à outils des opérateurs sociaux». Cette réflexion a la saveur d’un encouragement et d’un espoir pour la nouvelle sociologie mais aussi, et peut-être surtout, pour l’aventure académique de Sophia, appelée à imprégner la société d’une culture nouvelle. [nggallery id=72] Altre foto: Flickr photostream

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Spiritualité de l’unité: l’amour réciproque

L’Évangile que Chiara et ses compagnes lisaient dans les refuges était une découverte continuelle, c’était un livre qu’elles ne connaissaient pas vraiment auparavant : personne ne leur en avait jamais parlé en ces termes. « Jésus agit toujours en tant que Dieu. Pour le peu que l’on donne, il nous comble de dons. On est seule et on se retrouve entourée de mille mères, pères, frères, sœurs et de tous les biens de Dieu que l’on peut distribuer à ceux qui n’ont rien ». Ainsi pour chacune d’elles se consolidait la conviction, parce que basée sur l’expérience, qu’il n’existe pas de situation humaine problématique qui ne puisse trouver une réponse, explicite ou implicite, dans ce petit livre qui rapportait des paroles célestes. Les personnes qui adhéraient au mouvement naissant s’y immergeaient, s’en nourrissaient, se ré-évangélisaient et expérimentaient que tout ce que disait et promettait Jésus se réalisait immanquablement. Chiara écrivait : « La guerre continuait. Les bombardements se succédaient. Les refuges n’étaient pas suffisamment sûrs et la possibilité de comparaître rapidement devant Dieu se faisait toujours plus grande. Tout cela faisait naître un désir dans notre cœur : mettre en pratique dans ces moments, qui pouvaient être les derniers de notre vie, la volonté de Dieu qui lui tenait le plus à cœur. Nous nous sommes alors rappelées le commandement que Jésus déclare sien et nouveau : “Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a d’amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime” (Jn 15,12-13). La découverte du « commandement nouveau » les enflamma à tel point que l’amour réciproque devint leur habitus, leur façon d’être. C’était ce même amour qui attirait à leurs réunions tant de gens, de tous âges et classes sociales. S’aimer réciproquement n’était pas pour eux une option mais leur façon même d’être et de se présenter au monde. « Jésus, disait-on, comme un émigrant, a apporté parmi nous les us et coutumes de sa propre patrie. En nous donnant “son” commandement, il a apporté sur la terre la loi du Ciel, qui est l’amour entre les trois personnes de la sainte Trinité. Nous nous sommes regardées dans les yeux et nous avons décidé : “Je veux être prête à mourir pour toi”. “Moi pour toi”. Toutes pour chacune. Mais, si nous devions être prêtes à donner la vie l’une pour l’autre, il était logique que, dans le même temps, il fallait répondre aux mille exigences que l’amour réciproque réclamait : il fallait partager les joies, les douleurs, le peu de biens que nous avions, nos expériences spirituelles personnelles. Nous nous sommes efforcées de faire ainsi pour que soit vivant entre nous, avant tout autre chose, l’amour réciproque. « Un jour, dans le premier focolare, nous avons sorti de l’armoire le peu choses que nous possédions, nous en avons fait un tas au milieu de la chambre, et nous avons donné ensuite à chacune le peu dont elle avait besoin et aux pauvres le superflu. Prêtes à mettre notre salaire en commun, ainsi que tous les biens, petits et grands, que nous avions ou que nous pourrions avoir par la suite. Prêtes à mettre en commun également les biens spirituels… Le désir même de sainteté était passé au second plan, derrière notre unique choix : Dieu, qui excluait tout autre objectif mais incluait, évidemment, la sainteté qu’il avait pensée pour nous. « Lorsque, par la suite, il y eut inévitablement des difficultés du fait des imperfections de chacune de nous, nous avons décidé de ne plus nous regarder avec nos yeux humains, qui nous font découvrir la paille de l’autre en oubliant notre poutre, mais avec celui qui pardonne tout et oublie. Et nous sentions si nécessaire le pardon réciproque, à l’image de Dieu miséricordieux, qu’on s’est proposé entre nous une sorte de vœu de miséricorde : celui de se lever chaque matin en se voyant comme des personnes “nouvelles”, qui n’étaient jamais tombées dans ces défauts ».