Mouvement des Focolari

Cameroun : la douleur de tant de filles exige de nous une réponse

Juin 14, 2019

Un centre, promu par un groupe de volontaires du Mouvement des Focolari, à Douala, accueille des filles victimes d'exploitation, de violence et d'abus et offre une formation intégrale et professionnelle.

Un centre, promu par un groupe de volontaires du Mouvement des Focolari, à Douala, accueille des filles victimes d’exploitation, de violence et d’abus et offre une formation intégrale et professionnelle. « Nous avons regardé autour de nous et, avec un sentiment de douleur et d’impuissance face aux situations dramatiques dans lesquelles vivent les adolescents dans certains quartiers de la ville, nous nous sommes demandé ce que nous pourrions faire’’. C’est par ces mots qu’ Albine Essene, de Douala (Cameroun) explique l’étincelle inspirante qui l’a amenée, avec un groupe de volontaires du Mouvement des Focolari, à s’engager en faveur des filles victimes d’exploitation, de violence et d’abus: en 1998, le centre social HUPJEFI (Halte Utile Pour Jeunes Filles) de Douala (Cameroun) est créé. « Nombreux sont les adolescents – poursuit-elle – qui, tous les soirs dans la rue, surtout devant les hôtels et les bistrots, sont obligés de se prostituer pour obtenir l’argent nécessaire à leur survie. Beaucoup d’entre elles sont mineurs, ce sont donc de véritables abus’’. Comment avez-vous commencé ? « Un soir, l’une d’entre nous et son mari se sont arrêtés pour rencontrer l’une de ces filles et l’accueillir à leur domicile. Puis elle a contacté ses parents en vue de la ramener en famille. Cet épisode nous a posé beaucoup de questions dans nos cœurs: comment pourrions-nous continuer à la suivre ? Comment pouvons-nous aussi aider d’autres filles ? Nous avions besoin d’un centre qui les accueillerait et leur offrirait une formation intégrale. Nous avons fait une communion de biens entre nous: une a offert la maison, d’autres ont pris soin des filles, d’autres ont donné leur temps pour recueillir les renseignements chez les assistantes sociales, d’autres ont offert de l’argent. dé7Le premier centre se trouvait au centre de la ville, où la prostitution était élevée. Nous avons commencé d’abord avec deux filles et par la suite le centre était rempli, au bout de quelques années, le besoin s’est fait ressentir et trois autres centres ont été créés qui accueillent des filles de 14 à 22 ans. Notre activité consiste à les écouter, prendre soin de leur développement intellectuel et social, mais aussi organiser des formations sur l’affectivité et la sexualité à travers le programme EVA (Education for Life and Love). Nous avons également créé un centre professionnel avec des cours de rédaction, droit commercial, coupe, couture…, des activités visant à promouvoir leur intégration sociale. Nous sommes le seul centre au pays à les prendre en charge avec une formation intégrale. Au fil des ans, vous avez rencontré beaucoup de filles, plus de 300. Y a-t-il des histoires dont vous vous souvenez en particulier ? J’ai beaucoup d’histoires dans mon cœur. Je me souviens d’une fille qui nous a confié qu’elle avait des problèmes avec sa maman. C’est pourquoi elle a décidé d’épouser un garçon qu’elle voyait. Nous lui avons demandé si elle l’aimait, lui expliquant que le mariage est une grande décision, pas une échappatoire pour résoudre ses problèmes. Elle nous a écoutés sans rien dire. Le lendemain, dans une lettre, elle nous a expliqué qu’elle n’aimait pas le garçon. Une semaine plus tard, elle est revenue nous remercier: elle avait trouvé le courage de quitter le garçon et avait demandé pardon à sa maman, entre eux la paix était revenue. ‘Maintenant, je me sens libre’, nous a-t-elle dit. Une autre, par contre, commençant à arriver toujours en retard, nous a expliqué que chaque jour, avant de venir au centre, elle voyait un garçon que sa famille ne connaissait pas. Il lui avait fait de nombreuses promesses. Nous l’avons avertie que certains garçons profitent de la faiblesse financière des filles pour abuser d’elles. Et nous avons essayé de savoir si elle avait évalué les conséquences qui peuvent découler de ce genre de fréquentation (traumatisme, maladie sexuellement transmissible, grossesse non désirée …). Si le garçon avait de bonnes intentions, il devait se présenter à ses parents. Elle nous a écoutés. Peu de temps après, elle a mis fin à toutes ses relations avec ce garçon. Elle a commencé à fréquenter un centre professionnel de couture, mais même là, les difficultés ne manquaient pas. N’ayant pas de moyen de transport, elle se rendait toujours à pied jusqu’à ce qu’elle rencontre un monsieur qui, d’abord, lui propose de l’accompagner, puis commence à lui donner des rendez-vous dans les buvettes ou les hôtels. Se sentant en danger, elle est retournée à notre centre pour demander de l’aide. Aujourd’hui, elle est très appréciée par tous les professeurs de l’école qu’elle fréquente et se prépare aux examens finaux du cours.

Anna Lisa Innocenti

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