Mouvement des Focolari

Bruxelles: « Fraternité en chœur » entre musulmans et chrétiens

« Il y a trois mois, cette soirée devait avoir lieu ici. La folie des hommes nous a fait changer de programme. » Noufissa Boulif, musulmane, organisatrice de l’événement, ouvre ainsi la soirée: en effet, le lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, on ne reconnaissait pas Bruxelles où certains des terroristes impliqués avaient leur base. Pour des raisons de sécurité, le concert avait été annulé et repoussé au 20 février 2016. Cette rencontre  musicale et culturelle interreligieuse est devenue une plateforme de rencontre entre musulmans, chrétiens et aussi agnostiques, qui croient au dialogue et qui, sachant accueillir l’autre, se découvrent des qualités et valeurs cachées. Mais le risque n’était-il quand même pas élevé pour un événement islamo-chrétien précisément au centre de Bruxelles? Demandons-nous à Noufissa. « Si le concert a pu se réaliser, c’est grâce à l’incroyable solidarité entre musulmans et chrétiens, et certainement sous la protection divine. Heureusement, tout le programme a pu se dérouler sans incidents ni tensions. » Le concert a été dédié à tous les enfants qui souffrent, en mettant la soirée « sous le signe de l’enfance et de la jeunesse, mais aussi de la diversité qui caractérise notre pays ». Depuis plus de vingt ans, Noufissa connaît et vit la spiritualité de l’unité, promue par Chiara Lubich. Elle voudrait témoigner à tous que la fraternité entre musulmans et chrétiens est possible et aussi entre ces deux cultures souvent antagonistes. C’est dans cet esprit qu’elle a organisé son premier concert islamo-chrétien en octobre 2014. https://vimeo.com/114676415 « C’est un travail de longue haleine », raconte encore Noufissa. « Avec mon mari et mes enfants, nous sommes engagés dans le dialogue interreligieux. Il fait désormais partie de ma vie. Pour moi, en tant que musulmane qui porte le voile, il n’est pas toujours facile de vivre en harmonie avec les autres, parce que tu sens que tu attires les regards curieux ou les attitudes manifestes de méfiance. Mais, chaque fois, j’essaie d’approcher l’autre sans préjugés, avec le sourire. La Règle d’Or, présente dans toutes les grandes religions, m’aide beaucoup: ‘Aucun de vous ne croit vraiment s’il ne désire pas pour son frère ce qu’il désire pour lui-même’ (Mahomet, Hadith 13 de al-Nawawi). On peut comprendre les réactions islamophobes et l’influence, pas toujours constructive, des médias, mais je suis convaincue, en tant que musulmane, qu’il est essentiel de surmonter tout cela. Le prophète Mohamed, dans un hadith, souligne que ‘Le sourire est une charité’ (c’est-à-dire un don gratuit pour l’autre). » Revenons au 20 février de cette année. Différents chœurs se sont succédé sur la scène: enfants, jeunes, chrétiens et musulmans, blancs et noirs, de langue néerlandaise ou française – ce qui est aussi un des défis de la Belgique. Rissala, Les petits choristes, Les Voix des 4 Horizons, I.TOUCH’, un groupe de jeunes femmes musulmanes en situation de handicap. Vers la fin, les rappeurs – Mc ‘Youns, Antis et Mamz-I – invitaient tout le monde, avec leurs paroles incisives, à ne pas baisser les bras, mais à continuer à croire à la vie. L’association La lumière du cœur naît au bout de 25 ans d’engagement de Noufissa dans le dialogue interreligieux et des 10 ans de service de son amie musulmane dans les soins palliatifs: ensemble, elles visitent les malades dans leur maison, répondant à leur soif de relation dans cette phase particulière de la vie. Avec cette association, après une année de dur labeur pour la préparation de « Fraternité en chœur », elles travaillent déjà à un prochain événement islamo-chrétien qui aura lieu le 23 avril, intitulé « Ensemble avec Marie », à Bruxelles, dans la cathédrale St-Michel.

Colombie : des gens capables de paix

Colombie : des gens capables de paix

Cristina-Montoya

Cristina Montoya,

« En Colombie, ce conflit armé qui sévit depuis plus de 50 ans, le second de l’histoire contemporaine par sa durée, est tout le contraire de la paix. Un affrontement àdimensions multiples, né de l’inégalité et du déséquilibre politique, porté à son comble par l’instauration de logiques d’économies illégales comme le trafic de drogue. Plus de 4.500.000 personnes déplacées, 220.000 assassinats et 25.000 « disparus » officiellement enregistrés. Mais le conflit ne se réduit pas uniquement au combat sur le front : il touche tout, il s’approprie les biens sociaux et culturels, l’espace public, les interactions quotidiennes, il blesse la vie des familles. Lorsqu’on vit dans un pays qui pendant trois générations a connu la violence comme moteur des liens sociaux, un véritable changement anthropologique est nécessaire ; la logique du don, de la confiance, de la gratuité semble disparaître. Cependant la guerre ne consume pas tout ; nombreuses sont les initiatives, la créativité, les communautés qui travaillent pour construire un tissu social ainsi que la fidélité de Dieu qui ne manque pas à tout moment historique. Un journal qui traînait dans une poubelle a communiqué la bonne nouvelle à un religieux colombien : il existait des gens qui croyaient sérieusement à l’évangile et le vivaient. Ses presque 78 ans se remplirent d’une vie qui devint immédiatement contagieuse. L’histoire de Chiara Lubich et de ses premières compagnes et de ceux qui vivaient comme elles dans d’autres coins du monde, a déclenché l’espérance. Ce sont des parcours et des visages comme celui de Rose, qui habite la périphérie de Medellin, parmi les régions les plus touchées. Son fils fut assassiné par un ami ; la réponse normale aurait été la vengeance, mais croire à l’amour implique d’avoir le courage de pardonner. Une blessure qui continue à faire mal, mais sa réponse a été de vivre pour le quartier : voilà une démarche de paix. Ou bien Nubia, qui a dû s’enfuir un matin très tôt parce que la guérilla a occupé son village. Elle laisse derrière elle maison et champs : tout ce qu’elle a. Elle arrive dans une nouvelle ville, enceinte, avec son fils encore petit et une fille adolescente. Et la voilà qui perd son mari et son fils aîné sur un chantier exposé à des conditions de travail dangereuses. Une absurdité qu’on a peine à imaginer. L’amour de la communauté des focolari la soutient pendant des années, en lui donnant la force de commencer une nouvelle vie. La paix n’est pas un bien en soi, pour la construire, il faut garantir la justice, combattre les causes qui lui font obstacle. C’est ce qu’ont fait Gabrielina et Macedonio, en donnant leur pauvre maison pour construire un centre social devenu par la suite un bureau d’étude pour le renouvellement architectural de la ville. Il faut aussi rendre possible un autre avenir et pour cela travailler donner priorité à l’éducation. La mise en commun des biens a permis de créer une crèche qui accueille les enfants les plus pauvres : aujourd’hui c’est un lycée avec plus de 400 élèves avec un projet éducatif centré sur l’amour et la générosité, pour construire une Colombie en paix et pluraliste. Nombreuses sont les initiatives concrètes parce qu’aucun peuple ne peut entrer en contact avec Chiara Lubich et rester comme avant. Son charisme qui porte à découvrir et croire en l’Amour produit un changement de mentalité, on se découvre capables d’aimer, on devient des sujets capables de paix. Comme l’affirme Raphaël Grasa, Président de l’Institut International pour la paix de Catalogne et professeur invité à Medellin, « la paix commence par les personnes, continue avec les rapports interpersonnels, les groupes. La paix est dynamique, sa réalisation concerne toute l’harmonie de l’être humain avec lui-même, avec les autres, avec la nature ». Maintenant qu’est prévue d’ici la fin du mois à La Havane la signature avec les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de la Colombie) de l’accord de paix tant désiré, il faut réapprendre à la vivre – comme la création qui attend dans les douleurs de l’enfantement – et il se peut que le pays attende que les tenants de ce charisme se manifestent encore davantage ».

Guerre des Balkans : Chiara était à nos côtés

Guerre des Balkans : Chiara était à nos côtés

Avec la chute du mur de Berlin tout semblait résolu. Personne n’imaginait que les murs de la méfiance, de la haine, du préjugé continuaient à s’ériger dans l’ex-Yougoslavie, faisant ainsi obstacle à ce que les communautés des Focolari présentes depuis tant d’années avaient essayé de construire : l’unité entre tous, malgré la variété des ethnies, des langues, des religions. Diversités que tous sont arrivés à percevoir comme autant de richesses. L’annonce du conflit a été un choc, mais aussi un élan pour continuer à croire que même dans l’absurdité d’une guerre fratricide, l’immense amour de Dieu ne manquait pas. 20160314-02“ C’était en août 1991 – raconte au nom de la communauté de Zagreb Minka Fabjan, experte en administration et engagée dans le domaine de l’Economie de Communion – après des centaines de complications, un groupe d’entre nous est allé à Katowice (Pologne) parce que nous avions appris que nous aurions pu rencontrer Chiara Lubich. Là, elle nous a invités à témoigner de l’évangile par tous les moyens possibles, à ‘le crier sur les toits’. En Croatie déjà les premiers symptômes de guerre : fermeture des écoles, blocage des les autoroutes… Au milieu de ces bouffées de guerre, il était impressionnant d’entendre répéter à la télé et à la radio les messages de paix que nous avions envoyés aux différents émetteurs. Malgré cela les hostilités s’intensifiaient de plus en plus. Chiara nous téléphonait souvent pour savoir comment nous allions et pour nous encourager : « Démontrez par votre vie que l’amour est vainqueur de tout ». C’est elle qui nous a suggéré de récolter des signatures pour la paix : dans les écoles, aux parvis des églises, sur les places, en Slovénie, en Servie, partout. En Croatie, mettant à profit les alarmes, nous les récoltions dans les abris. En quelques jours nous avions envoyé 65.000 signatures aux différents chefs d’Etat ». “Entre temps nos maisons se remplissaient de réfugiés : c’étaient nos parents, des amis, et même des personnes inconnues. Chiara alors a invité le mouvement dans le monde à se mobiliser pour envoyer de l’aide. En automne est arrivé le premier camion de vivres et de produits alimentaires de première nécessité, une action qui durera des années. Des caves, des maisons en construction, des sièges de la Croix Rouge, des salles de conférence se sont transformés en magasins pour stocker ce qui arrivait et le partager avec les voisins et les réfugiés, qu’ils soient serbes, musulmans ou chrétiens. Nous faisions jusqu’à 300 paquets par jour. Avec ces aides humanitaires nous avons réussi à aider régulièrement 7000 personnes ». “Nous étions déjà fatigués, lorsqu’en 1993 le pape Jean Paul II nous a demandé d’ouvrir nos cœurs et nos maisons aux femmes bosniaques qui arrivaient de Zagreb après les incroyables cruautés subies dans les camps de concentration. Nous sentions Chiara à nos côtés, alors nous nous sommes tous mobilisés. Au Familyfest de 1993 nous avons lancé en mondovision une collecte de fonds qui a permis de donner un toit à 50 familles réfugiées et d’aider plus de 150 femmes. A travers le soutien à distance, des milliers d’enfants ont été secourus. Certaines de ces femmes, victimes de viol, ont trouvé la force héroïque de porter à terme leur grossesse. En Serbie 700 hommes, dont un bon nombre du mouvement, ont été mobilisés pour être enrôlés dans l’armée fédérale. Lorsque Chiara l’a su, elle nous a tous invités à prier pour eux, afin qu’ils aient la force de s’opposer à la violence et de ne pas tirer. Et les prières ont été exaucées : ‘ceux du mouvement’ ont été envoyés au service civil ». La guerre avait aussi entraîné derrière elle le Kosovo et Belgrade ; malgré cela Chiara a voulu se rendre dans la Croatie voisine. A la question d’un journaliste (Ottone Novosel pour Večernji list, le quotidien le plus répandu) lui demandant si elle avait une pensée pour ces populations, Chiara n’a pas hésité : « Prouver que le miracle de l’unité est possible même entre manières différentes de penser, entre peuples différents, entre religions différentes. C’est Dieu qui dirige l’histoire. Cette guerre, par réaction, pourrait susciter un grand courant d’amour qui pourrait devenir un exemple pour tant et tant de peuples » (12.4.1999). Ce message de Chiara Lubich est vraiment d’une actualité impressionnante, il vaut aussi pour les nombreux conflits qui continuent encore aujourd’hui de ravager la planète et de déshonorer notre humanité.

Syrie: Dieu peut vaincre le Mal.

Syrie: Dieu peut vaincre le Mal.

20160312-04Alep, 8 mars 2016 – Je me suis réveillé à quatre heures du matin à cause du bruit des bombardements et je n’ai plus réussi à dormir. Je cherchais à n’en pas croire mes oreilles. Non, ce n’est pas vrai Seigneur! Encore à nouveau des bombardements! Juste au moment où l’on espérait que la situation allait s’améliorer, alors que l’électricité venait d’être rétablie après cinq mois et l’eau après 45 jours! Pourquoi ? Cette trêve devait durer et devenir définitive! C’est la supplication qui montait du plus profond de mon cœur vers le Seigneur de l’Histoire, en lui demandant son aide pour que se consolide le cessez-le-feu proclamé il y a à peine une semaine dans toute la Syrie. . Mais le bruit des combats sur la ligne de front qui divise la ville d’Alep en deux s’intensifiait avec de fortes explosions qu’on entend très bien de nuit. En attendant l’aube et le retour du calme, tandis que je cherchais à prier, je pensais : certes nous voulons tous la Paix, mais y croyons-nous vraiment ou pensons-nous peut-être qu’on la gagne à bon prix ? Il y a des gens convaincus que la guerre est le chemin à parcourir ! Ils sont prêts à sacrifier non seulement leur propre vie mais aussi celle des autres parce qu’ils y croient, et il y a des puissants qui tirent profit de tout ce qui arrive : ils ne veulent pas que la guerre s’arrête, bien plus ils mettent de l’huile sur le feu. 20160312-02Et nous qui croyons en de grands idéaux, à la paix civile fondée sur le respect des cultures entre elles et sur la solidarité, y croyons-nous vraiment? Et quel prix sommes-nous disposés à payer ? La guerre en Syrie n’est vraiment pas anodine. Qui est-ce qui a la force de détruire un Pays qui, il y a six ans, se développait, plein de vie et d’espérances, où musulmans et chrétiens de diverses confessions, ainsi que beaucoup d’autres minorités, vivaient ensemble, dans la paix et le respect mutuel ? Ce ne sont certainement pas de simples individus. M’est alors revenue à l’esprit une réponse que Chiara Lubich avait faite en 2002 à l’un de nos amis musulmans qui lui demandait si l’on peut espérer que l’amour et la paix l’emportent un jour sur la guerre. Elle lui répondit – en rappelant les attentats du 11 septembre 2001 – que « le terrorisme est le fruit des forces du Mal avec un grand M , contre lequel les forces humaines ne suffisent pas (…) Il faut les forces du Bien, avec un grand B (…) celles de ceux qui aiment Dieu. Et alors que faut-il faire ? La prière ! Nous devons nous mettre ensemble, nous tous qui vivons pour la fraternité universelle, être unis dans la prière pour que le terrorisme soit vraiment vaincu. Nous pourrions le faire, Jésus dit que là ou deux ou trois sont unis en son nom, dans son amour, quelle que soit la chose demandée, ils l’obtiendront. Et nous sommes beaucoup plus que deux ou trois (…), partir d’ici avec une idée : nous unir tous ensemble dans la prière. Mais cela ne suffit pas. La cause principale du terrorisme est cette indifférence en face d’un monde dont une moitié est riche et l’autre pauvre. Ils voudraient – et ils n’ont pas tort – qu’il y ait un peu plus de communion des biens (…), un peu plus de solidarité. Nous devons changer les cœurs. C’est seulement si nous mettons en œuvre la fraternité universelle que nous réussirons à nous convaincre et à convaincre qu’il faut mettre aussi les biens en commun, en commencer d’abord par la base, en tant que citoyens, ensuite les idées font leur chemin, remontent vers le haut, jusqu’aux chefs d’Etat. Avoir cette certitude : qu’avec Dieu les choses impossibles sont possibles, qu’avec Dieu – en commençant à vivre la fraternité entre nous – nous parviendrons aussi à cet objectif sublime : faire que toute l’humanité soit vraiment une seule famille (…) C’est cela notre objectif ». . 20160312-03Ne nous faisons pas d’illusions: la Paix dépend de nous. Nous ne pouvons pas attendre que les autres fassent quelque chose. Nous aussi nous sommes responsables ! Si nous croyons que Dieu peut vaincre le Mal et qu’Il nous écoute, nous devons prier incessamment le Père avec foi pour qu’Il nous vienne en aide, sans quoi nous péchons par omission. Tous nous nous rappelons, il y a deux ans, les bombardements qui se sont arrêtés en Syrie grâce au jeûne et à la prière du pape et de nombreuses autres personnalités. Et Dieu nous a exaucés ! Il peut le faire encore. Alors continuons toujours en ce sens, afin qu’arrive le règne de la Paix, non seulement en Syrie, mais sur toute la Terre. CRF : Chiara Lubich, Castel Gandolfo, 3 novembre 2002, réponses aux amis musulmans des Focolari.      

Fontem : un Jubilée pour remercier

Fontem : un Jubilée pour remercier

VISITA DI MONS LYSINGE E MONS ANDREW INSIEME A 40 PELLEGRINI DELLA DIOCESI DI MAMFE« Nous ne pouvons pas parler d’évangélisation à Fontem sans le mouvement des Focolari », déclare Mgr. Nkea devant les caméras de télévisions en conclusion de sa visite au Centre International de Rocca di Papa le 8 mars dernier. « Chiara Lubich est venue à Fontem il y a 50 ans et a porté l’idéal (de l’unité). Voilà pourquoi nous sommes venus ici : pour remercier Chiara et le mouvement pour tout ce qu’ils ont fait pour nous durant ces 50 années. C’est un pèlerinage de remerciement ». Le diocèse de Mamfe n’existait pas il y a 50 ans. Et Fontem était un village perdu dans la forêt camerounaise, difficile d’accès. On ne peut pas comprendre les paroles de l’évêque si l’on ne se réfère quelque peu à l’histoire de cette région, qui fut décrite comme un « miracle dans la forêt ». Fontem est la première cité-pilote africaine : en 1966 quelques focolarini médecins s’y rendirent pour aider le peuple bangwa, décimé par les maladies qui entraînaient une mortalité infantile de 98%. Quelques mois plus tard Chiara Lubich elle-même faisait le voyage : « Cette grande masse de personnes réunie sur une esplanade face au palais de leur roi, le Fon – racontera-t-elle en 1995 – m’est apparue tellement unie et tellement impatiente de progresser, qu’elle m’a semblé être un peuple préparé depuis longtemps par Marie pour le christianisme dans sa forme la plus intégrale et la plus authentique ». « Les focolarini ont été acceptés et crus parce qu’ils ont fait à Jésus ce qu’ils ont fait aux Bangwa, en portant surtout le témoignage de l’amour entre eux puis envers tout le peuple ». 20160310-01Aujourd’hui à Fontem s’élève un hôpital, Mary Health of Africa, pour une grande partie de la région, et un collège, Mary seat of Wisdom, où les jeunes sont formés dans l’école secondaire. Des paroisses ont été créées à Menji, Fotabong, Fonjumetaw, avec au début l’aide de prêtres focolarini. « Nous avons surtout appris l’amour réciproque et l’unité, déclare encore Mgr. Nkea. Moi aussi je suis bangwa et donc je parle au nom de mon peuple ». « Nous avons appris le dialogue interreligieux : ce qui importe maintenant est de nous aimer les uns les autres, chrétiens ou non, vivre l’unité entre nous ». 20160310-02La délégation qui rendait hommage à Chiara Lubich était composée d’évêques, Mgr. Nkea et l’évêque émérite Mgr. Lysinge, qui fêtait le 50ème anniversaire de son ordination sacerdotale, des prêtres, des sœurs et beaucoup de laïcs témoignant de cette communion en acte dans le diocèse, souhaitée par que les deux évêques. Au Centre mariapoli international des Focolari, la présidente Maria Voce les a accueillis – elle qui a fait son premier voyage, en tant que nouvelle présidente des Focolari, précisément à Fontem en janvier 2009 – ainsi que le coprésident Jesús Morán, qui ira visiter la cité-pilote du Cameroun pour la première fois en décembre prochain. La visite de la délégation a donné le départ des célébrations du 50ème anniversaire de l’arrivée de la spiritualité de l’unité à Fontem (1966-2016), célébrations qui dureront toute l’année. Un moment particulièrement touchant a été la visite de la maison où Chiara Lubich a vécu ses dernières décennies. En conclusion, une messe recueillie et solennelle dans la chapelle où repose son corps. “Votre “pèlerinage” ici montre aujourd’hui les fruits de cette première visite de Chiara, lorsqu’elle a déclenché une aventure divine que personne n’imaginait, affirme Maria Voce en souhaitant la bienvenue à la délégation. Vous êtes le fruit de la vie de ces 50 ans. Pour nous c’est une grande joie : cela nous montre la grande vitalité de l’Afrique. 50 ans se sont passés, le souhait maintenant est de commencer une nouvelle période, espérons qu’elle soit longue, pour offrir à Dieu des arbres pleins de fleurs et de fruits mûrs ». « Avec l’Afrique – commente Jesús Morán – nous vivons un échange de dons : le charisme de l’unité, un don pour l’Afrique, l’Afrique, un don pour tout le mouvement”. https://www.focolare.org/news/2013/02/11/50-dei-focolari-in-africa/ Le témoignage du Fon de Fontem Lucas Njifua https://vimeo.com/91699633 https://vimeo.com/91699633

Évangile vécu : quatre chaises et deux courges…

Évangile vécu : quatre chaises et deux courges…

20160307-01 »Nous avons connu une famille Burundaise qui, comme beaucoup d’autres familles, – à cause de la terrible actualité, souvent méconnue, de ce pays, – s’est réfugiée ici à  Kampala où nous habitons »,  écrivez-nous de de l’Ouganda. Le père est retourné au Burundi pour garder son poste de travail, car cela permet de pays le loyer de la maison en Ouganda, qui n’est pas vraiment bon marché, ainsi que la nourriture pour leurs enfants encore en bas âge et pour la petite dernière, née il y a à peine trois semaines. La mère n’a pas pu rester là quand les tirs ont commencé en ville: le souvenir de ce qu’elle avait vécu en personne dans les années ’90, lorsqu’ une autre crise avait éclaté au Burundi, était trop fort. Elle avait échappé miraculeusement à la mort, après deux jours de tractations où le directeur de l’école qu’elle fréquentait à l’époque, avait réussi à renvoyer les soldats venus la chercher, ainsi que d’autres filles, contre un peu d’argent. Dès les signes avant-coureurs des horreurs, elle a décidé de fuir avec toute la famille, en laissant tout ce qu’ils avaient à Bujumbura. Avec eux habitent d’autres personnes : ils sont 8 en tout. Nous avons cependant appris que le loyer de la maison ne comprenait pas les meubles : la salle de séjour, il y avait seulement quatre chaises: comment faire ? On s’est dit que nous avions des chaises pliables que nous utilisons à l’occasion lorsque nous sommes nombreux à la maison : celles-ci pouvaient assurément être mieux mises à profit dans cette maison, chacun pouvant alors avoir au moins une chaise pour s’asseoir et manger plus confortablement. En partant, nous avons aussi pris deux courges du jardin : semées presque par hasard quelque temps auparavant, elles avaient bien repris après la dernière saison sèche et s’étaient révélées plusieurs fois utiles au cours de ces derniers mois ! La veille nous venions juste de recevoir en cadeau certaines provisions : la Providence n’a jamais manqué ces mois-ci et c’est justement en partageant à notre tour que cette promesse de l’Evangile –  »Donnez et il vous sera donné » – se réalise encore et se propage. Nous sommes donc allés leur rendre visite en ajoutant deux kg de sucre, deux de riz, un de sel et un litre d’huile. Leur maison est neuve et propre, le grenier est équipé d’un bel abat-jour et présente quelques finitions originales, mais dans les chambres il n’y a pas de lit, juste quelques matelas. Dans le salon, une petite table ronde en plastique et quatre chaises, une petite télévision dans le coin, posée par terre, avec le câble de l’antenne qui se balade en l’air au-dessus des têtes des visiteurs. Nous ne voyons ni jouets, ni d’autres meubles. Nous entrons avec nos chaises et passons deux heures très agréables en faisant connaissance plus en profondeur les uns avec les autres, en évoquant le passé et les espérances pour le futur. Les enfants ont pour le moment interrompu leurs études : les aînés voudraient aller à l’université, mais en Ouganda, les frais sont beaucoup plus élevés qu’au Burundi. Ici c’est impossible pour eux, du moins pour l’instant. Par ailleurs il est difficile de trouver du travail à cause d’un taux de chômage élevé et pour un étranger, à moins de connaître quelqu’un, c’est pratiquement impossible. De plus, ils ne parlent pas l’ougandais, la langue locale, et l’anglais n’est pas leur langue maternelle. Mais, me disent-ils :  »…Nous mettons notre confiance en Dieu ! ». Il est désormais 7.30 de l’après-midi, nous devons rentrer. On se salue. Ils sont très heureux de cette visite, mais à peine leur propose-t-on de garder les chaises pliantes, (qu’ils pourront rendre lorsqu’ils quitteront la maison), que leurs visages s’illuminent : ils reviennent encore nous saluer et nous remercier! Avant de remonter dans la voiture, ils veulent nous donner encore leur bénédiction ! Tout en retournant à la maison, je me dis qu’offrant quatre simples chaises et deux courges on peut contribuer à remplir de joie le cœur de celui qui reçoit et de celui qui donne… ». (S.M. Ouganda)