Mouvement des Focolari
Chiara Lubich : le caractère concret de l’amour

Chiara Lubich : le caractère concret de l’amour

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Foto: Pixabay

Maintenir allumée la flamme de l’amour, cet amour que l’Esprit Saint a répandu en nos cœurs et qui doit s’exprimer par des faits concrets comme nous l’avons vu récemment. Pendant les quinze jours prochains, nous devons nous arrêter précisément sur cet aspect de l’amour, son caractère concret, et travailler à le rendre authentique. Comment ? […] Nous savons combien, en vivant dans le monde, il est facile de se laisser envahir par la poussière, d’accumuler avec le temps des choses plus ou moins utiles ou superflues et de les garder chez soi. Il s’agit peut-être d’un crayon en trop, d’un livre, d’un vêtement, d’un instrument, d’un tableau, d’un tapis, de linge, de meubles, d’objets petits ou grands, d’une somme d’argent… Pourquoi ne pas rassembler tous ces objets et les mettre à la disposition de celui qui n’en a pas dans notre communauté ou des personnes pauvres, ou pour le “Jésus Abandonné au quotidien”, comme nous appelons chaque catastrophe qui plonge tant de gens dans la souffrance, dans l’angoisse, dans le froid et dans des situations terribles. Chaque matin, à peine levé, on se lave le visage. Ne serait-il pas nécessaire, peut-être, de revoir chaque année, au début de l’année, quel est notre superflu et de le donner pour concrétiser ce à quoi la charité nous engage ? Je l’ai déjà dit aux focolarini. Dans le focolare on fait de temps en temps ce qu’on appelle “le tas”, c’est-à-dire qu’on rassemble tout ce qu’on a en plus et on le distribue. Ne pourrions-nous pas, nous tous faire de même ? […] En rassemblant le superflu et en le donnant, notre charité envers le prochain sera vraie et nous sauverons ainsi la présence du Ressuscité vivante en nous. J’ai expérimenté que pour réaliser cela, il faut un peu de temps. Il faut bien prendre en considération chaque chose l’une après l’autre. Nous ne devons bien sûr, disposer que de ce qui nous appartient personnellement et bien déterminer : ceci est superflu, cela ne l’est pas. Et soyons généreux, en pensant qu’il est préférable de manquer de quelque chose d’utile plutôt que d’en avoir en trop. […] Fuyons, nous aussi, ces attachements, tout ce qui est conséquence plus ou moins importante, même involontaire, de la société de consommation dans notre vie. Nous nous sentirons plus libres, plus légers, plus aptes à travailler pour […] faire du présent une année riche de fruits.   Da “Cercando le cose di lassù” – Città Nuova 1992 – p. 122 et suivantes.

Maria Voce: “ De l’espace, mais pas de revanche ”

Maria Voce: “ De l’espace, mais pas de revanche ”

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© Osservatore Romano

« Les femmes, futur de l’Église ? », titre l’article-interview d’Alberto Chiara, sur deux pages, illustrées de grandes photos, dans le numéro spécial de fin d’année de la revue éditée par la San Paolo. Mais au cours de l’interview le thème s’élargit, passant du rôle de la femme dans l’Église aux défis ouverts du pontificat de François pour aller à la rencontre des pauvres et des laissés-pour-compte, jusqu’à l’engagement du dialogue avec les nouvelles générations, qui fera l’objet du Synode des évêques en octobre prochain, précédé par une série d’événements pré synodaux de grande envergure. Les femmes sauveront-elles l’Église ? « Jésus Christ l’a déjà sauvée » répond synthétiquement Maria Voce. « Ce qui compte c’est ce que font, ensemble, les hommes et les femmes des différentes communautés ». Le journaliste insiste en rappelant les récentes nominations de deux femmes par le pape François, dans deux Dicastères clés – pour les laïcs et pour la famille et la vie – toutes deux mariées avec enfants, Linda Ghisoni et Gabriella Gambino (professeur universitaire et juge d’instruction au Tribunal pour les causes de nullité de mariage dans le Lazio. La première, professeure de bioéthique et philosophie du droit à l’Université romaine de Tor Vergata, la seconde, professeure de Sciences du Mariage et de la Famille à l’Institut théologique Pontifical Jean Paul II). « Il me semble que chez le pape François il y ait l’intention d’affirmer qu’un rapport authentique, vrai et complémentaire se trouve entre la femme et l’homme » réplique Maria Voce. « Naturellement ce rapport a toujours existé. Au début « Dieu créa l’homme, homme et femme il les créa ». Il créa deux êtres différenciés qui ensemble constituent l’humanité ».  Après tant de masculinité, le moment est-il venu pour les femmes de prendre leur revanche ? » « Le pape François veut que la femme ait la possibilité, comme l’homme, de dire ce qu’elle pense à l’intérieur de l’Église, en assumant aussi des rôles de responsabilité grandissante, sans pour autant écraser l’homme, mais au besoin en mettant en valeur ses propres qualités, en particulier sa capacité d’engendrer et de maternité. Aucune revanche donc, même si jusqu’à présent les femmes n’ont pas eu d’espace adéquat. Dans l’Église comme dans la société ».  A propos de l’état de santé de l’Église ces temps-ci, Maria Voce commente : « Je suis très contente de vivre en cette époque, avec cette Église ». « Nous ne pourrions nous trouver à une meilleure époque ». Et d’ajouter : le signe caractéristique qui me convainc le plus est la sérénité profonde qui marque le rapport entre le Pontife et le peuple de Dieu. François est un pape toujours généreux, accueillant, prêt à s’ouvrir, soucieux de comprendre les difficultés de l’humanité ». Il ne cache pas les difficultés du moment, même à l’intérieur de l’Église, mais « à chaque époque, ses difficultés. La règle s’applique aussi à nos jours. Combien de fois je pense à ce que doit souffrir le pape Bergoglio de ne pas se sentir compris, lapidé par des jugements sévères à cause de propos rapportés hors de leur contexte… ». Devant choisir un puis deux mots qui caractérisent le pontife actuel, la présidente des Focolari indique « charité » et « vérité », mais elle précise : « L’un n’exclut pas l’autre. Bergoglio sait que tout ce qu’il dit ou fait peut déranger, peut ne pas être compris en profondeur par tout le monde. Mais il avance, mû par l’amour, pour améliorer, corriger, certaines situations ». A propos des champs d’actions privilégiés du Pontife actuel, Emmaüs observe : « L’attention insistante du pape envers les pauvres, les malades, les marginaux, sa capacité à se pencher sur celui qui se trompe, ne lui fait pas oublier les autres aspects ».  En présence d’une Église toujours plus ouverte au dialogue d’égal à égal avec tout le monde Maria Voce exprime un rêve : « Que le pape organise une journée de prière commune et invite les responsables des autres Églises, orthodoxe, anglicane, luthérienne, méthodiste, baptiste… à prier ensemble une fois par an, pendant la semaine de prière pour l’unité des chrétiens ou à un autre moment. Je crois que si les croyants voyaient leurs responsables prier ensemble habituellement, ils découvriraient que l’unité dans la diversité est possible ». L’interview se termine par une boutade au sujet des jeunes auxquels l ‘Église entend accorder cette année une attention particulière :  » Nous, adultes, devrions les écouter ».    

Le Pape François au Chili et au Pérou

  « Je viens chez vous en tant que pèlerin de la joie de l’Évangile, pour partager avec tous ‘’la paix du Seigneur’’ et ‘’vous confirmer dans la même espérance’’ ». C’est ainsi que commence le message vidéo que François adresse à tous ceux qui l’accueilleront ces prochains jours en Amérique du Sud, du 15 au 22 janvier. « Je désire vous rencontrer, vous regarder dans les yeux, voir vos visages et pouvoir tous ensemble, expérimenter la proximité de Dieu, sa tendresse et sa miséricorde qui nous enveloppent et nous consolent ». Le Pape connaît l’histoire de ces deux pays, « tissée  d’engagement et de dévouement », et désire « rendre grâce à Dieu pour votre foi et votre amour envers Dieu et vos frères qui sont dans le besoin, spécialement pour l’amour que vous avez pour ceux qui sont rejetés de la société ». Le Pape François exprime son désir de « partager avec vous vos joies, tristesses, difficultés et espérances », la paix que « seul Lui peut donner ». Une paix qui « se base sur la justice et qui nous permet d’accueillir les exigences de communion et d’harmonie ». Le Pape conclut le message vidéo en remettant « dans les mains de la Vierge Sainte, Mère de l’Amérique, ce Voyage Apostolique ainsi que toutes les intentions que nous portons dans le cœur afin qu’Elle, comme une bonne Mère, puisse les accueillir et nous montrer le chemin qui conduit vers Son Fils ».

Famille : le pari de Rosy et Léo

Famille : le pari de Rosy et Léo

2017-12-21-PHOTO-00000351Napolitains, lui travaille aux chemins de fer, elle comme comptable, Rosy et Léo Prisco sont tous deux retraités, sans en avoir d’ailleurs ni l’air, ni l’esprit. Leur histoire commence il y a 40 ans, à une époque où les couples qui en Italie choisissent de se marier civilement sont encore très rares. Mais ils sont agnostiques et pour se marier, ils vont à la mairie. Ce sont deux types tellement différents que personne, mis à part eux-mêmes, n’est disposé à parier un seul sou que leur couple tiendra. A la naissance du premier enfant, un doute apparaît : on le baptise ou non ? Ils en parlent avec le curé. « Pour nous agnostiques et marxistes convaincus – se souvient Rosy – il était impensable qu’un prêtre nous accueille d’une manière ouverte et amicale. Don Salvatore, non seulement n’a exprimé aucun jugement sur notre situation conjugale, mais il est devenu un ami, au point qu’on lui a raconté qu’on se disputait tout le temps. Oui, parce que c’était facile de faire les révolutionnaires en dehors, mais à la maison, qui devait cuisiner et tout faire ? C’était moi. Je me souviens que pour me faire entendre de Léo, (j’étais un peu folle, mais parfois ça marchait!) je faisais comme quand on allait  manifester dans les rues : je pendais aux murs de la cuisine, des affiches telles que : ‘’Tu es un tyran’’, ‘’Tu es en train de piétiner la parité homme-femme’’, etc. Don Salvatore nous a fait connaître d’autres couples. Eux aussi avaient des difficultés mais ils avaient appris à dialoguer, aussi parce qu’ils connaissaient un secret : se demander pardon et recommencer. Un exercice que nous avons nous aussi essayé de faire, à l’avantage de notre relation qui s’améliorait de jour en jour. Entre-temps, don Salvatore a accepté de célébrer le baptême de Francesco et six ans après, celui de Nunzio ». « Grâce à don Salvatore et aux autres familles – explique Léo – nous avons rencontré Dieu et son amour, et petit-à-petit, s’est éveillé en nous le désir d’être une famille selon son cœur. Nous nous sommes rendu compte que même si nous lui avions tourné le dos, Lui, étant amour, n’avait jamais cessé de nous parler. Comme il avait fait en ‘93, dans une chambre mortuaire d’hôpital. C’est là que, par hasard, nous avions croisé la douleur de deux parents : leur petit ange de trois ans était mort. Pour nous cela avait été un message fort : et si cela nous était arrivé à nous ? C’était ce même couple que, des années après, nous avons revus lors d’une rencontre des Focolari, invités par don Salvatore. De cette souffrance étaient nées trois maisons-famille pour enfants en difficultés ». 2017-12-21-PHOTO-00000353Pour Rosy et Léo, qui en ‘95 ont dit leur ‘oui’ dans le sacrement de mariage, avoir retrouvé Gino et Élisa dans le cadre des Focolari, n’a pas été un simple hasard. « Un lien s’est tout de suite établi – raconte Rosy – qui nous a amenés à offrir ma collaboration à temps plein comme maman de substitution dans une des maisons -famille de la Fondation Ferraro. Leo nous rejoignait après le travail. Ce furent six années merveilleuses, au cours desquelles nous avons eu la possibilité d’aimer avec le cœur beaucoup d’enfants qui passaient dans la Maison ‘Sorriso’ (‘Sourire’) des périodes plus ou moins longues, selon la situation dans laquelle se trouvait leur famille». « Cette expérience – confie Léo – nous a permis de prendre conscience que nous sommes des instruments dans les mains de Dieu et que le fait de pouvoir aider ne dépendait pas de qui sait quelles aptitudes. Nous deux, aujourd’hui comme hier, nous ne sommes pas une famille parfaite : nous voulons simplement nous mettre au service de qui nous représente Jésus. Comme cela fut pour les deux fillettes russes que nous avons accueillies dans notre maison, un rapport qui continue encore aujourd’hui alors qu’elles sont adultes ». Au début de l’année 2017, désormais en retraite, ils décident de fêter le 50ème anniversaire de Familles Nouvelles en se mettant encore plus au service de la réalisation des différents événements qui seront célébrés. Ils collaborent aussi dans une cantine pour la formation des jeunes. Mais si 2017 est terminé, le désir de donation ne l’est pas ! Depuis octobre dernier, ils se sont transférés à Loppiano pour y rester jusqu’en juillet et pouvoir suivre ainsi de près la logistique, les démarches administratives, les transports… au service de ces familles qui, de différents coins du monde, ont rejoint la Scuola Loreto (l’École Loreto) pour apprendre à être une famille selon le cœur de Dieu.      

Amour en acte. Et c’est toujours Noël

Amour en acte. Et c’est toujours Noël

IMG-20171213-WA0282La chaleur estivale de l’hémisphère austral a récemment servi de cadre à une rencontre avec la sociologie latino-américaine, que ses participants ont qualifiée de « fulgurante ». « Chaque fois que nous aimons, chaque fois que nous donnons, c’est Noël », résume au nom du secrétariat de Social-One Silvia Cataldi, chercheuse à l’Université « la Sapienza » de Rome, et co-auteur (avec Vera Araujo et Gennaro Iorio) du livre intitulé «L’amour à l’époque de la globalisation. Vers un nouveau concept sociologique » (Città Nuova, 2015), qui développe la dimension « publique » et sociale de l’amour comme force transformatrice au sein de la vie des communautés et des comportements collectifs. C’est au sujet de cette dimension de l’amour caractérisé par l’agapè que  le groupe de sociologues s’est interrogé, avec des moments de réflexion et de travaux pratiques.

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Vera Araujo

“En Uruguay – explique Silvia Cataldi – nous avons participé à un congrès international de 5000 sociologues, organisé par l’Association Latino-Américaine de Sociologie (Alas) avec la présentation d’un recensement et d’une méta-analyse des actions mues par l’amour agapè  dans le monde. Ensuite a eu lieu une table ronde sur le manifeste de la Convivialité, signé en 2013 par des philosophes, des sociologues, des économistes et anthropologues du monde entier, comme contribution des sciences humaines à l’art du « vivre ensemble ». Une occasion de connaître la sociologie latino-américaine et de remettre en lumière ce que  l’Amérique Latine peut donner au monde : une vision très vitale de la culture où l’étude, la coopération et la transformation sociale forment un tout, au service de l’humanité ». Ensuite, l’équipe de Social One – 60 étudiants et professeurs en provenance du Brésil, de Colombie, d’Argentine, du Chili et d’Italie – s’est rendue à Recife, au Brésil, où elle a participé à un séminaire auprès de l’Université Fédérale du Pernambouc, puis dans la Cité pilote Santa Maria où s’est déroulée la Summer School intitulée « l’ Agir – agapè et la réalité sociale : recherche sociologique en vue de  promouvoir le développement, pour construire l’avenir » : « Une école d’apprentissage réciproque sur le thème de l’agapè en action dans le domaine social, suivie d’un workshop dans les communautés des favelas voisines ». Les impressions recueillies à la fin traduisaient un profond renouvellement personnel, communautaire et spirituel. Nous avons parlé constamment et exclusivement de sociologie, mais l’amour qui régnait en nous et les idées de Chiara Lubich ont touché non seulement les esprits, mais aussi les cœurs ». IMG-20171218-WA0147Une étudiante brésilienne, assistante sociale, a commenté: “La Summer School a été pour moi la confirmation du rôle important de l’interdisciplinarité. Je travaille comme assistante sociale, en  contact avec la souffrance de personnes qui ont perdu leur dignité. Une compréhension nouvelle de la  personne engendre de nouvelles pratiques qui mettent en mouvement des forces latentes de la nature humaine ». Un professeur de Recife : « L’agapè n’est pas seulement un concept sociologique, mais il recouvre aussi  les domaines de la philosophie et de la métaphysique. J’ai vu que l’amour  agit aussi dans votre groupe. Dans cette perspective s’ouvre un dialogue animé par l’amour et la générosité ». Giuseppe Pellegrini, de l’Université de Padoue : « La rencontre avec les cultures latino-américaines est toujours enrichissante. C’est pour moi une façon de mieux connaître  mon Pays. La nécessité de mettre à l’épreuve nos catégories mentales et nos idées, la capacité d’interpréter la réalité sociale et ses mutations sont quelques uns des éléments les plus stimulants que j’ai trouvés. Trente ans après ma première expérience au Brésil, j’ai senti vibrer les mêmes sentiments,  la même énergie qui anime ce peuple si divers dans les manifestations de sa vie communautaire. L’effort accompli par les nombreuses personnes qui s’inspirent de l’idéal de Chiara Lubich a porté des fruits authentiques et respectueux de la vie latino-américaine. Agir selon cet amour-agapè est un effet de l’amour  réciproque, un élément générateur et contagieux, à la fois théorique et pratique, en mesure d’influencer les mutations sociales, culturelles et politiques ». Prochaine étape de Social One :  le congrès des 7 et 8 juin à l’Université italienne de Salerne (Italie), pour poursuivre le dialogue avec la sociologie contemporaine, mais aussi pour accueillir une Expo qui mettra en valeur les bonnes pratiques d’associations et d’institutions qui œuvrent dans le social.