Mouvement des Focolari
Reconstruire des relations de paix

Reconstruire des relations de paix

Luigino_Bruni« J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous. Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu ». Saint Paul, lettre aux Romains, 8, 18-19. Que de guerres sur la terre, dans nos villes, nos quartiers ! Quelles que soient les armes – elles sont de toutes sortes – elles ne font que causer des morts, des blessés, des destructions. Passent les millénaires, mais le frère continue de dire à son frère, comme Caïn à Abel, « allons dehors ». Mais chaque fois que nous rétablissons la paix après les conflits, Abel revit, Adam déambule de nouveau avec Elohim dans le jardin terrestre, et nous nous regardons vraiment « les yeux dans les yeux », gratuitement. Chaque fois, notre construction et reconstruction de la paix s’étend aussi à la création, à la nature, à la terre. Pourtant, quand nous cessons de veiller sur la paix et que nous la refusons, la terre, les animaux, les plantes sont meurtries, tuées, innocemment entraînées dans la spirale de notre violence. On le constate chaque jour plus clairement. La paix, le shalom, est une grande parole biblique, une des plus fréquentes, fortes, exigeantes. La première alliance d’Elohim avec les hommes vise à rétablir une paix-bonheur originelle refusée, à restaurer le shalom primordial trahi par le péché de Caïn et celui tout aussi atroces de ses fils. Il a fallu un premier artisan de paix, Noé, pour faire de nouveau resplendir sur la terre l’arc-en-ciel, pour que soit encore possible une recréation du monde et des hommes. Les artisans de paix sont des constructeurs d’arches pour le salut d’une humanité brisée. Des justes se sentent appelés à quitter leur terre pour sauver celle de tous. Si le monde vit encore malgré tout le mal qu’on génère, c’est grâce à Noé qui ne cesse de construire des arches. Les prophètes et les nombreux « bienheureux » de l’histoire continuent de tendre l’arc-en-ciel en construisant la paix sur une terre toujours plus maculée du sang des frères. La main de Noé et des constructeurs d’arches de paix a été jusqu’à présent plus forte et plus créatrice que les mains de Caïn et des armateurs de navires de guerre. La terre n’est pas promise aux artisans de paix, ni la vision de Dieu, ni la miséricorde. Seul un nom leur est promis : « Ils seront appelés fils de Dieu« . Mais c’est un nom immense, le plus grand de tous, à eux seuls réservé. Les artisans de paix sont les pacificateurs, les raccommodeurs de rapports brisés, ceux qui passent leur vie à résoudre les conflits que d’autres provoquent. Ils renoncent à la tranquillité pour pacifier la vie d’autrui. C’est par vocation qu’on devient artisan de paix, bâtisseur de ce shalom biblique. Ce n’est pas seulement par générosité et altruisme. On ne peut mettre en jeu sa propre vie pour le shalom d’autrui que si une voix forte et profonde nous appelle du dedans. Être artisan de paix n’est jamais seulement un métier, même s’il s’agit bien de construire et reconstruire la paix. Cette voix, cet appel intérieur, est efficace : on n’y résiste pas, même si on ignore d’où et de qui vient cette voix : il suffit de l’entendre et d’y répondre pour être artisan de paix (Lire tout). par Luigino Bruni

Nous sommes en guerre ?

Nous sommes en guerre ?

Monumento_guerra“Vous avez entendu qu’on a dit : ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi je vous dis : faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient, afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux : lequel fait briller le soleil aussi bien sur les justes que sur les méchants, et envoie la pluie sur les justes comme sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel mérite avez-vous ? Les publicains n’en font-ils pas autant ? … Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait” (Mt 5, 43-48). Ce précepte nous demande de pardonner infatigablement, pour toujours nous remettre dans le circuit de la vie, qui passe par les trois points : Dieu, Moi, le Frère. Il implique qu’on œuvre continuellement pour la paix, au point de toujours rétablir la communion en vue de l’unité, partout où elle aurait pu s’interrompre. Et la paix se fait avec nos ennemis, pas avec … ceux avec qui partagent nos vues : chose évidente d’un point de vue chrétien, et pourtant généralement incomprise parce que, lorsqu’on vit dans un climat de peur, on craint la guerre et on craint la paix. Si l’amour porte à partager, la crainte, elle, porte à entasser. L’amour est centrifuge, il engendre la communauté, repousse limites et barrières ; la peur est centripète et provoque l’obstruction des vases communicants. L’un éclaire, l’autre obscurcit : d’un côté c’est la liberté, de l’autre une tyrannie terrifiante. L’amour est l’allié de la raison et cherche des solutions ; la peur empêche de comprendre les raisons, elle fait qu’on agit par instinct et que, voyant des fantômes, on ouvre le feu. L’organisation sociale, qui fait fi de la loi de la charité et ne voit plus de frères, finit par ne voir que des mammifères dont on profite, que l’on tue et que l’on traite encore plus mal que les esclaves de certaines sociétés de l’antiquité. Là où manque la charité, les hommes finissent par être contrôlés par la police et enfermés dans des camps de concentration… Jésus est venu remettre l’homme debout et le libérer ; et ses disciples doivent en appliquer les principes et l’esprit, en redirigeant continuellement l’homme vers Dieu. Sinon, l’existence consiste en une recherche de la mort à travers la fabrication laborieuse de motifs de haine : une hypothermie progressive qui donne l’illusion d’un processus vital. “ L’amour chasse la crainte”. Et celui qui aime n’a donc pas peur : son Moi – sujet possible de la peur – n’existe plus : c’est l’Autre qui existe, celui avec lequel notre Moi s’est identifié ; et l’Autre, même sous les apparences du frère, c’est Jésus. De cette manière, spécialement de nos jours, la plus grande barrière est surmontée : la peur. Sous sa domination le Moi craint parce qu’il est seul : seul, dans l’obscurité, entre quatre murs, qui finissent par lui paraître comme les cloisons d’une tombe. Par contre, s’il sort de sa solitude, il se libère : il rencontre le frère, et, grâce à lui, il s’insère en Dieu ». (Igino Giordani, Il fratello, Città Nuova, Rome 2011 (1954), pp. 85 – 87)

Multiplier les espaces de rencontre et de dialogue

Multiplier les espaces de rencontre et de dialogue

20151120-01En présence des dramatiques événements de Paris et dans de nombreuses autres parties du monde, « le Mouvement des Focolari, tandis qu’il pleure avec ceux qui pleurent, continue à croire à la voie du dialogue, à l’accueil et au respect de l’autre, quel qu’il soit et quelles que soient son origine, sa foi religieuse et son appartenance ethnique », a déclaré la présidente Maria Voce au lendemain des attentats dans la capitale française. “Les Focolari – avec tous ceux qui à des niveaux de responsabilité divers se mobilisent pour la paix, parfois en prenant des risques personnels – renouvellent leur engagement à intensifier et multiplier les actes et les gestes de réconciliation, les espaces de dialogue et de communion, les occasions de rencontre et de partage à tous les niveaux et sous toutes les latitudes, pour recueillir le cri de l’humanité et le transformer en une nouvelle espérance ». Diverses initiatives personnelles et collectives sont en cours. En France, parmi d’autres, cette 20151120-05parisienne qui rend visite à un commerçant marocain et à une pharmacienne algérienne, pour renouveler son amitié ; ce couple de Vendée qui apporte son soutien aux associations locales qui accueillent les migrants, ce membre du GAIC (Groupe d’amitié Islamo-Chrétienne) à Mulhouse (Alsace) qui s’investit encore plus dans semaine interreligieuse : celle-ci a lieu justement en ce mois de novembre (Voir l’interview Radio inBlu) ; ce prêtre de la banlieue parisienne qui rédige une déclaration pour la paix avec les musulmans de son quartier ; la participation active au festival interreligieux « Vivre ensemble à Cannes » depuis ses débuts, une initiative qui a reçu cette année le prix « Chiara Lubich pour la fraternité » ; au même moment l’organisation de la deuxième édition de « Musulmans et Chrétiens, ensemble avec Marie » prévue le 2 avril 2016 à la basilique de Longpont (Essonne). Ces jours-ci, en Italie, retentit un tam-tam qui invite à aller « trouver le monde musulman qui habite dans les divers territoires, en cherchant à bâtir des ponts, tisser des liens, à proposer de mener ensemble des actions concrètes et visibles pour la paix ». Dans quelques villes ces relations sont déjà engagées depuis un certain temps et portent des fruits de fraternité. En Grande-Bretagne une chaîne de prière s’est tout de suite mise en route pour les victimes de la tragédie, demandant à Dieu “d’être chacun un instrument au service de l’unité dans son propre milieu ». En Irlande une soirée pour connaître la culture syrienne avant d’accueillir les réfugiés confiés au Pays. A Bâle et Adliswil, en Suisse, des femmes, chrétiennes et musulmanes, se retrouvent régulièrement tous les deux mois pour partager autour de la foi. A Lugano, un riche échange a eu lieu avec l’Imam Samir Jelassi. En Autriche, à Meiningenpor-la-paz-bahía-blanca-2 (Voralberg), quelques jours avant les attentats 150 personnes s’étaient réunies avec Cenap Aydin, directeur de l’Institut Tevere à Rome et le professeur Siebenrock de l’Université d’Innsbruck, membre d’un groupe d’étude qui réunit des théologiens musulmans iraniens, tunisiens, algériens et turcs, ainsi que des théologiens catholiques. En Allemagne, à Augsbourg, l’initiative « le 7 du mois – Augsbourg prie pour la paix », à 17h précises, dans l’une des grandes églises de la ville, tantôt catholique, tantôt luthérienne, un réfugié, un expert ou le représentant d’une ONG présente la situation d’un pays en difficulté. Sans oublier une marche pour la paix à Loppiano en Italie et un rassemblement sur une place de Bahia Blanca, en Argentine, sans drapeaux ni couleurs politiques. En Californie un dîner solidaire pour recueillir des fonds destinés à des projets pour aider les réfugiés, précédé d’un temps de prière pour les victimes des attentats terroristes de Paris et de Beyrouth, ainsi que de la présentation de United World Project . Au Honduras, le 14 novembre, une marche pour la paix organisée par les Focolari, en signe de solidarité avec la Syrie, a réuni des personnes de divers mouvements de jeunes, porteuse d’un message d’unité et de dialogue. Depuis l’Asie, Luigi Butori écrit : « Je pense aux morts des attentats presque journaliers dans le sud de la Thaïlande, aux réfugiés Rohinya ; je pense à mes amis musulmans de la mosquée de Chiangmai ; je pense à Mae Sot où aujourd’hui encore arrivent des réfugiés du Myanmar en quête d’une vie meilleure ».

DioPiangeConNoi

“Dieu pleure avec nous” © Michel Pochet

Et de rappeler ensuite cette invitation lancée par Chiara Lubich en 1980 : « Et puis s’il y a dans vos villes une mosquée, une synagogue ou quelque autre lieu de culte non chrétien, sachez que votre place est là. Trouvez moyen de rentrer en contact avec ces fidèles, d’établir un dialogue », des mots « qui nous poussent à tisser des liens avec qui ne partage pas la même foi que nous : une relation vraie, profonde, parce que l’autre est pour moi un visage de Dieu ». En Egypte Living Peace Project va de l’avant : ce projet pour l’éducation à la Paix, né au Caire, est désormais répandu dans le monde entier. Il mobilise des centaines d’écoles, des milliers d’étudiants et a obtenu en tant que New Humanity – l’ONG qui le promeut – le Luxembourg Peace Prize 2015. Les artistes aussi donnent leur contribution : ” Dieu pleure avec nous” est le titre de la toile peinte par Michel Pochet, artiste français, après les événements de Paris. Tandis que le 21 novembre se produira à Bruxelles un chœur mixte de musulmans et de chrétiens intitulé « Fraternité en chœurs », un jeu de mots entre « chœur et cœur ».

Bruxelles : concert islamo-chrétien « Fraternité en Chœurs »

Cette initiative est destinée à promouvoir le vivre ensemble par le biais de la culture et de l’art. En nous faisant voyager à travers notre patrimoine culturel respectif, nous découvrons que la diversité peut être un don, un enrichissement réel. Et de ce fait les préjugés et amalgames sont dissipés. Infos : Concert islamo-chrétien « Fraternité en Chœurs »   La dernière édition du concert  https://vimeo.com/114676415