Moyen-Orient : la force de l’amour contre le terrorisme

Lara Abou Moussa et George Zahm

Lara Abou Moussa et George Zahm

6 semaines de préparation, 34 acteurs sur scène, et 250 spectateurs. 36 mille roupies récoltées, l’équivalent d’environ 500 euros, pas si mal si l’on pense que la somme permettra à plus ou moins 10 enfants de la ville de participer au programme de 5 jours qui se déroulera à Mumbai.
Le mouvement des Focolari est présent en Inde depuis 1980. Aujourd’hui des centres sont ouverts à Mumbai, Bangalore, Goa et New Delhi avec leurs activités propres : mariapoli, rencontres mensuelles pour adultes, familles et jeunes. Dans différentes villes – Vasai, Pune, Panjim, Margao, Vasco, Trichy – des groupes de personnes s’activent autour de l’esprit des Focolari.
Cette année, un grand but se dessine à l’horizon : la Semaine Monde Uni (SMU), rendez-vous annuel des Jeunes pour un Monde Uni qui a comme objectif de rendre visibles les nombreux pas réalisés sur le chemin vers la fraternité dans les différentes parties du monde.
La SMU 2015 passe par l’Inde. Comme l’année dernière en Afrique, autour du concept de Ubuntu, cette fois-ci c’est le subcontinent berceau d’une énorme variété ethnique et religieuse qui accueillera l’événement central de la semaine à Mumbai, du 27 avril au 1er mai, et la conclusion à Coimbatore, dans le Tamil Nadu (sud de l’Inde), le 4 mai.
Coimbatore avait déjà accueilli en 2009 le “Super congrès Gen 3”, avec des adolescents du monde entier et la collaboration du mouvement gandhien Shanti Ashram.
On peut imaginer le travail énorme de préparation des moindres détails. Cette fois-ci toute la communauté des Focolari sur place a décidé de se retrousser les manches et de soutenir les jeunes dans cette initiative.
Une première réalisation justement a été le musical « le ruisseau dans la forêt », représenté le 22 février dernier. Une histoire écrite à partir du message d’unité que les Gen4 (les enfants du mouvement des Focolari) transmettent aussi dans leurs chansons. Des heures de répétitions, avec l’enthousiasme et l’engagement des enfants, et quelques inconvénients : la veille du musical deux d’entre eux tombent malade avec une forte fièvre et les auteurs ont dû changer le texte !
“Mes enfants sont super contents ! – explique une maman – ils ont rencontré de nouveaux amis et me disent qu’ils ont déjà la nostalgie des répétitions. Ça leur manque plus que les amis d’école parce que, me disent-ils, nous avions tellement de joie à nous retrouver, si différente de celle quand nous rencontrons les copains de classe ».
« Même si les enfants ont des talents, pour chanter ou pour danser – raconte une maman – il est beau de voir ces talents utilisés pour une activité aussi belle, avec des valeurs ».
भारत की ओर से आप सभी को बधाई (Bharat ki ora se aap sabhi ko badhai)
À tous une grande salutation de l’Inde !
La “Règle d’or” « Fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fasse à toi-même » « Mt VII,12), que propose l’Evangile, est présente aussi dans l’Islam et dans les autres religions. Lorsqu’elle est mise à la base de chaque relation, elle engendre – comme cela s’est produit sur ces terres – un amour qui suscite un fécond « dialogue de la vie » avec chaque personne que l’on rencontre. Un dialogue tissé de petits gestes, d’attention à l’autre, de respect, d’écoute. C’est cet amour concret du prochain qui a permis que naisse au Maroc quelques communautés focolari, où l’amour et le respect l’emportent sur les différences de culture, de tradition et de religion. Voici quelques extraits du Journal de bord écrit par Claude, accompagné de Ivano, en visite auprès de ces communautés, fin janvier et début février dernier.Février 2015
« Nous sommes à Fez, ville impériale, très fière de sa tradition hautement spirituelle. De nombreux étudiants subsahariens viennent y faire leurs études supérieures. Ils fréquentent volontiers la paroisse francophone et son curé, le Père Matteo, qui m’a demandé de faire la catéchèse sur les sacrements à une vingtaine d’entre eux, l’occasion de vivre ensemble un échange profond et convivial.
Le groupe Parole de Vie (focolari) de la paroisse a réuni une trentaine d’étudiants en médecine, chimie, informatique, y compris les cinq venus de Rabat. Ensuite dîner chez les Petites Sœurs de Jésus qui vivent en plein cœur de la médina : Lucile raconte son expérience à l’hôpital.
Arrivée à Tanger pour rencontrer le petit groupe d’une quinzaine de personnes, musulmans et chrétiens, qui vivent la spiritualité de l’unité.
Soirée avec un couple qui nous considère désormais plus proches que leurs frères de sang. Lui a été affecté par son travail cette année loin de sa femme, à 24h de route, mais cet éloignement a été finalement bénéfique car ils ont découvert le positif l’un de l’autre.
Amaury m’appelle pour voir le bureau où il donne des cours d’informatique à trois jeunes migrants…
Déjeuner chez Mohamed, sa femme souhaite approfondir la spiritualité de l’unité. Elle raconte son expérience avec le gardien de l’immeuble où elle travaille qui ne la saluait plus : il voulait qu’elle lui rapporte de l’huile de sa patronne espagnole quand elle n’était pas là. Refus de sa part, car l’huile ne lui appartient pas. Mais peu après elle reçoit un litre d’huile d’olive de sa mère, le « mot du jour » invite à partager : elle lui apporte la bouteille en lui expliquant que cette huile est à elle et qu’elle peut donc en faire ce qu’elle veut. L’homme n’en revient pas et se confond en excuses. La réconciliation est faite.
Fawzia nous rejoint : elle a fondé une petite école dans un quartier pauvre de la périphérie. Elle raconte que l’épicier d’à côté se met devant l’entrée pour dire aux mamans d’inscrire leurs enfants dans une autre école qui vient d’ouvrir, alors que l’an dernier elle avait accueilli son fils. Elle ne lui en veut pas : un jour elle lui demande ce qu’il avait contre elle, mais pas de réponse. Elle a su qu’il agissait ainsi parce qu’il avait obtenu deux places pour ses enfants dans cette nouvelle école, dont une gratuite, à condition de ramener les enfants qui voudraient s’inscrire chez Fawzia.
Fawzia est toute contente des fruits de son travail : ce premier semestre, ses élèves de l’an passé, qui ont rejoint l’école primaire publique du quartier, comptent tous parmi les meilleurs. On l’accompagne au garage de son mari associé avec le propriétaire du local, tout content de nous le montrer. Puis on rencontre son frère qui vient d’avoir une voiture d’occasion, mais il doit remplacer le pare-brise : il a voulu aider une femme âgée en prenant ses sacs du marché. Au retour il la retrouve sur la route en train de lancer une pierre pour éloigner un chien, mais celle-ci vient casser le pare-brise de sa voiture. La vieille dame est désolée et veut lui donner le peu d’argent qui lui reste, mais il lui pardonne et lui dit qu’il trouvera un moyen pour le remplacer.
Soirée rencontre avec des familles …. Avant de se quitter Ahmed nous invite à rester dormir chez lui. On accepte, Ahmed est très content. On passe la soirée avec sa famille, il va chercher un tagine viande.
Dimanche après-midi, rencontre détente chez Fawzia avec toute sa famille. Promenade autour de la maison, projection de quelques photos des amis d’Algérie. Fawzia nous raconte que sa grand-mère accueille tout le monde chez elle. Même si elle n’a pas grand-chose, elle partage tout. Elle reçoit aussi beaucoup de cadeaux. Ses propres enfants ne viennent presque pas la voir à cause de leur père qui a perdu la tête, mais elle prend un jour par trimestre pour leur rendre visite malgré l’avis contraire de ses voisins. Elle dit qu’elle fait tout pour Dieu et pour elle-même.
Visite à l’école de Fawzia. Le quartier grouille d’enfants qui jouent dans des rues boueuses et chaotiques. Les maisons y poussent comme des champignons. Toute joyeuse elle raconte que deux enfants lui demandent de s’inscrire à son école qui a très bonne réputation dans le quartier. Six jours après, trois autres nouvelles inscriptions !
Retour par Casablanca. Soirée avec Susana, Mohammed et Nadedj. Demain je rentre en Algérie et Ivan rejoindra l’Italie, tous deux enrichis de la rencontre avec ces personnes qui s’engagent à vivre au quotidien pour un monde plus uni”.
SOR pour School for Oriental Religions ( Ecole pour les religions orientales). Cela a été une des idées typiques de l’aspect génial du charisme de Chiara Lubich », écrit sur son blog, Roberto Catalano, co-responsable du Centre pour le dialogue interreligieux du Mouvement des Focolari.
Arrivée presque au terme de son voyage en Asie en janvier 1982, la fondatrice du Mouvement des Focolari lança une idée qui paraissait être presque un rêve. Il s’agissait de commencer , dans la citadelle des Philippines, Tagaytay, point de référence pour les Focolari en Asie, des cours de formation qui permettent aux catholiques de s’ouvrir, préparés d’une façon adéquate, au dialogue avec des fidèles d’autres religions. Chiara Lubich arrivait du Japon où elle avait eu l’occasion, sur invitation du rev. Nikkyo Niwano, fondateur de la Rissho- Kosei-kai, mouvement de renouvellement bouddhiste japonais, de parler de son expérience chrétienne à des milliers de bouddhistes. L’impact avait été fort, non seulement pour les bouddhistes qui écoutaient une femme catholique qui parlait dans le Temple Sacré en face de la grande statue de Bouddha, mais pour Chiara elle-même. A l’arrivée dans les Philippines, pays chrétien de l’Asie, elle avait eu l’intuition de la nécessité de lancer le Mouvement des Focolari, particulièrement celui de ce continent, à dialoguer avec les bouddhistes, les musulmans et les hindous. Mais elle avait aussi cueilli la nécessité de se préparer d’une manière adéquate pour une tâche engageante qui ne devait pas aller au détriment des identités religieuses de chacun. Après avoir communiqué son rêve à quelques-uns des responsables du Mouvement, une personne avait offert une maison qui pouvait accueillir des professeurs et de brefs cours.
C’est ainsi qu’est née la S.O.R. qui, au cours de ces trois décennies, a proposé des week-end de formation à des chrétiens de l’Asie à propos de sujets qui concernent les différentes religions. A partir de 2009, ensuite, avec la diffusion de tensions religieuses et du fondamentalisme, on a pensé affronter des thèmes spécifiques, transversaux : Dieu dans les traditions asiatiques, le commandement de l’amour, le rôle des Écritures Saintes, et cette année, la place et la signification de la souffrance.
Du 26 février au 1er mars, la Citadelle Pace (Tagaytay) a accueilli ainsi environ 300 personnes provenant pour la plus grande partie, des Philipines, mais aussi avec des délégations du Pakistan, de l’Inde, Myanmar, Thaïlande, Vietnam, Hong Kong, Taïwan, Indonésie, Japon et Corée. Ils sont presque tous catholiques, mais trois bouddhistes, membres actifs des Focolari, ont voulu être présents, venant du Japon et de la Thaïlande. Le sujet : Le sens de la souffrance dans les religions asiatiques : hindouisme, bouddhisme, islam, christianisme. L’objectif : mettre en évidence la valeur et la signification que les traditions respectives donnent à la douleur en général, celle physique, comme celle spirituelle et psychique ou celle provoquée par des désastres naturels.
Les présentateurs étaient experts des différents secteurs, trois évêques aussi étaient présents (Roberto Mallari, de S. José Nueva Ecija dans les Philippines, Brenan Leahy, de Limerick en Irlande et Felix Anthony Machado de Vasai en Inde) et un professeur américain expert en bouddhisme ( Donald Michell de la Purdue University) relié via skype. L’école a ensuite offert l’occasion de partager des expériences de dialogue dans des pays où les chrétiens sont une petite minorité, comme en Inde, en Thaïlande, au Japon, ou à Taïwan.
« Ils sont venus pour apprendre à dialoguer avec les autres religions, mais ce qu’ils ont découvert a été le christianisme dans sa dimension la plus profonde et en même temps, ouvert à tous ceux qui se rencontrent, peu importe à quelle foi ils appartiennent » conclut Catalano. Chiara a compris la nécessité de former les chrétiens au dialogue dans un continent qui vit dans un kaléidoscope de fois. Un dialogue qui ne relativise pas ni n’aplatit, où chacun doit être lui-même et, en rencontrant l’autre, doit redécouvrir ses propres racines.
L’Amérique Latine est faite d’unité et de diversité et ce qui la rend forte, c’est son parcours vers l’intégration. Cet objectif, qui n’est sans doute pas encore atteint, repose sur une unité de sentiments, d’émotions, de liens fraternels, relevant tous d’une histoire commune.
C’est la vision prophétique dont Chiara Lubich a eu l’intuition pour cette région du monde et c’est vers elle que nous nous acheminons tant bien que mal.
En Amérique Latine les démocraties, même si elles se sont peu à peu consolidées grâce à des processus de démocratisation post-dictatoriaux et d’intégration régionale, n’ont pas suivi, pour ce qui est de la qualité, une courbe de progression linéaire. L’Amérique Latine doit affronter un avenir incertain et complexe. La croissance économique des dernières années n’est pas parvenue à éradiquer complètement la pauvreté, ni à résoudre les problèmes d’inégalité sociale et d’insécurité.
Et c’est ici que vient en évidence le lien étroit qui existe entre la politique et l’idée de fraternité. L’idée de fraternité, dont Chiara Lubich a particulièrement témoigné et qu’elle a enseignée, est en rapport avec deux éléments essentiels de la politique. Le premier est l’idée d’une politique conçue comme un projet collectif de l’Amérique Latine qui aille au-delà de nos individualités, qui implique une démarche de communion, un acte de fraternité, parce que fondé sur la reconnaissance de l’autre, sur le respect de la diversité. Le dialogue est l’outil principal pour faire avancer un tel projet.
Le second élément est la perspective à moyen terme. L’idée de travailler à des actions dont on ne verra peut-être jamais les fruits est la plus noble attitude qui témoigne de la grandeur de la politique.
Chiara Lubich a fait naître, non seulement en Amérique Latine mais dans le monde entier, de nombreuses initiatives dans quatre domaines : L’Etat, les organismes sociaux, le secteur privé et celui de la connaissance.
L’accès aux droits fondamentaux, à l’éducation et au travail, ont été et doivent à nouveau être les piliers de la construction d’une identité nationale.
Les institutions doivent être considérées non comme des monuments, mais comme des milieux où sont garantis les droits des personnes, où l’on rend opérationnel l’exercice de ces mêmes droits, afin qu’ils ne se réduisent pas à de belles déclarations de principe, mais puissent être réellement appliqués.
Chiara Lubich a aussi contribué à mettre en évidence la dimension éthique de la politique. L’éthique implique la transparence et elle est directement liée à l’idée de fraternité : elle permet de s’indigner autant de la corruption que de la pauvreté ou des inégalités.
Nous sommes certains que l’Amérique Latine, du point de vu politique, doit retrouver un modèle et un projet de développement économique productif basé sur l’intégration sociale, qui garantisse l’accès aux droits humains dans leur intégralité, qui promeuve et favorise des conditions de vie dignes.
Nous avons besoin de retrouver un leadership fiable, clairvoyant et exemplaire. Nous insistons particulièrement sur l’idée d’exemplarité qui ne se règle ni avec de l’argent, ni en achetant les consciences, mais au contraire par un choix de conduite. Une exemplarité qui ne peut être le fait des individus seulement, mais qui doit tout autant aussi se doter d’un leadership favorisant les dynamiques collectives et participatives.
Un projet de développement qui ne se donne pas comme priorité la résolution des problèmes des secteurs les plus vulnérables et les plus pauvres n’en n’est pas un.
Il faut aussi retrouver l’idée de fraternité comme valeur prioritaire au regard de la gestion du bien public. Il est impératif de retrouver une politique de convictions. Cela suppose d’accepter la diversité.
En Argentine et dans le reste de l’Amérique Latine nous avons besoin de retrouver confiance et tout particulièrement une culture des valeurs, des valeurs éthiques qui s’incarnent dans la pratique et dans la réflexion politique. Et nous rejoignons ici les principes et le témoignage de vie de Chiara Lubich dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire. Pour l’Amérique Latine, Chiara conjugue charisme, savoir, leadership, action et destinée des peuples. Une destinée et un engagement qui nous mobilisent.
Margarita Stolbizer (1) et Cristina Calvo (2)
(1) Avocate argentine, députée nationale, présidente du Parti Génération pour la Rencontre Nationale – GEN et candidate du centre-gauche à l’élection présidentielle 2015 de la République Argentine.
(2) Economiste argentine, dirige la parti Génération pour la Rencontre Nationale – GEN