Audience avec le pape
« Un moment spécial d’une grande intensité… qui m’a laissé dans l’âme une joie profonde ». Ainsi s’est exprimée Maria Voce à la sortie de son entretien avec le Saint-Père vendredi 23 avril.
De retour d’un long voyage dans plusieurs pays d’Asie, à la rencontre des communautés du Mouvement et sous le signe du dialogue interreligieux, la présidente des Focolari a informé le pape de ses contacts avec les différentes cultures, pour lesquelles l’Évangile devient souvent porteur d’espérance.
Durant l’entretien ont été abordé de nombreux sujets concernant la vie du Mouvement et en particulier la prochaine béatification de la jeune Chiara Luce Badano.
Les causes de béatification en cours pour des membres du mouvement des Focolari sont au nombre de 17, parmi lesquelles on peut citer celle de l’homme politique et écrivain Igino Giordani.
L’audience s’est terminée par la bénédiction du pape, qui a chargé Maria Voce de la transmettre, ainsi que ses salutations, à tout le Mouvement.
Let’s face the challenge!
Trois, deux, un, c’est parti! Le compte à rebours est lancé. Du 1er au 9 mai, la “Semaine du monde uni” se déroulera lieu au moment aux quatre coins de la planète. Une initiative promue depuis 1996 par les Jeunes pour un monde uni, la branche très développée des jeunes du mouvement des Focolari, pour sensibiliser l’opinion publique.
Des manifestations, des soirées culturelles, des fêtes et des tournois sportifs auront lieu. Il y aura des rencontres sur des sujets qui tiennent particulièrement à cœur aux jeunes, tel que le désarmement ou l’accueil des immigrés. Mais aussi et surtout, des projets concrets de solidarité seront lancés dans les quartiers les plus à risque. Le tout dans un seul but: diffuser les valeurs de fraternité, de paix et d’unité entre les peuples, et montrer que la fraternité universelle est possible. “United World: let’s face the challenge” (“Monde uni: à nous de relever le défi”) est le slogan choisi par les jeunes pour les manifestations de l’année 2010.
“Les activités qui se seront proposées dans le monde entier avec les Jeunes pour un monde uni sont comme une mosaïque d’amour fraternel, où les jeunes cherchent à mettre en pratique la vraie signification du mot “amour” et, à travers le mot “fraternel”, à transmettre l’idée d’égalité et de fraternité”, peut-on lire dans une des très nombreuses présentations des différentes initiatives, publiée ces jours-ci dans la revue américaine Living City.
“Votre rôle principal consiste à appliquer l’Évangile aux réalités terrestres pour le rendre vivant”, disait Chiara Lubich aux jeunes. Ils ont accueilli ses paroles avec un grand enthousiasme, pour s’apercevoir ensuite qu’il s’agissait d’un message véhiculé également par de nombreuses autres grandes religions et plusieurs leaders spirituels. Mahatma Gandhi, par exemple, disait: “ Toi et moi, nous sommes un. Je ne peux pas te faire du mal sans m’en faire à moi aussi.” Et dans le Coran, on lit: “Donne aux tiens tout ce qui leur est dû, et fais de même avec le pauvre et le voyageur.” En somme, c’est l’application de la Règle d’or, présente dans toutes les grandes religions, qui enseigne: “Fais aux autres ce que tu voudrais que l’on te fasse” (Lc 6:31).
Nombreuses sont les références web où il est possible de “se connecter” aux “petites affiches” colorées et rédigées dans toutes les langues, qui annoncent projets et rendez-vous. On peut consulter le lien http://settimanamondounito2010.blogspot.com/p/gmu-nel-mondo.html ou, plus simplement, www.mondounito.net.
Les jeunes aiment désigner leurs initiatives par une expression qui leur a été suggérée par Chiara Lubich: FRAGMENTS DE FRATERNITÉ. Fragments, parce qu’ils peuvent être présents aussi bien dans une maison de retraite que dans un asile ou une école. Fraternité, parce que ce sont des projets qui ont un but: promouvoir dans le monde où nous vivons, avec tous les moyens suggérés par l’amour, une culture de communion, d’interdépendance et d’amour entre les peuples, les races et les différentes cultures.
Semaine du monde uni : “Un monde meilleur existe!”
Asie. “Nous nous sommes rendus dans un quartier très pauvre”, nous écrivent de Tagaytay les Jeunes pour un monde uni des Philippines. “Et nous avons marché près de deux kilomètres avant de trouver le point d'eau qui approvisionne la région. Nous l'avons désinfectée parce qu’elle était très sale et provoquait de nombreuses maladies. Cela a été l'occasion pour nous d’apprendre aux habitants comment la garder propre, et de nouer des liens d’amitié étroits avec beaucoup de jeunes de cet endroit.” À Karachi, au Pakistan, les jeunes rendent souvent visite aux pensionnaires d’un hospice pour malades mentaux, “dont la plupart ont été abandonnés par leurs familles”, écrivent les jeunes du Pakistan. Pour certains d’entre nous, “c’était la première fois qu’ils se confrontaient à cette ‘blessure’ de notre société. Cela nous a ouvert les yeux et le cœur, et nous nous sommes demandé: “Et si c’était moi qui étais à leur place?”
Afrique. À Luanda, en Angola, les jeunes ont choisi de “donner un peu d'amour” à des enfants qui vivaient auparavant dans la rue et sont à présent accueillis dans un centre. Une réalité qui ne tarde pas à révéler son lot de récits d’abus et de vexations. “Beaucoup d’entre eux ont de graves problèmes familiaux. Certains ont même été accusés de sorcellerie et chassés de chez eux, d’autres avaient été victimes d’abus, racontent les jeunes de Luanda. Nous nous sommes mis tout de suite à les aimer concrètement, en faisant par exemple le ménage et la lessive. Nous leur avons parlé de la Règle d'or et nous les avons invités à la mettre en pratique avec nous.” Toujours en Afrique, à Yaoundé (Cameroun), les jeunes se sont rendus, le premier jour de la semaine du monde uni, dans la section pour mineurs de la prison de la ville, où 250 jeunes de 10 à 17 ans sont détenus. “Nous nous sommes présentés et nous leur avons raconté en quoi nous croyons, puis nous avons partagé avec eux ce que nous avions apporté: chips, sandwiches, pop-corns.”
Nord du Brésil. Les pluies torrentielles ont fait sortir nos fleuves de leur lit, ce qui a causé des inondations dans les zones environnantes, des pertes humaines et des dégâts matériels. Les jeunes se sont alors mobilisés. “Dans de nombreuses villes, nous avons collecté des biens de première nécessité, des vêtements et des médicaments, pour les apporter à ceux qui avaient tout perdu, nous écrit-on du Brésil. Des centaines de jeunes ont déployé un grand enthousiasme pour tisser une chaîne de solidarité.”
À Manaus, en Amazonie brésilienne, les jeunes ont organisé un événement qui rassemblait 700 d’entre eux au sein du groupe d’action “Fermes de l’espérance”, au profit des jeunes qui tentent de sortir de la toxicomanie. “Cela a été un moment vraiment spécial et une occasion de montrer à ces jeunes qu’un monde meilleur existe, et qu’eux aussi peuvent en faire partie.”
Publié par les Jeunes pour un monde uni
L’héritage reçu
Il l’attendait près de l’ascenseur et, dès son arrivée, Maria Voce a reçu un accueil sympathique et chaleureux de Mgr. Julián Carrón, à l’Université du Sacré-Cœur de Milan, située dans le quartier du Lambrate. C’est dans l’église de l’université qu’avait été dressée une chapelle ardente pour don Luigi Giussani, disparu le 22 février 2005.
Appelé à Milan par le fondateur en septembre 2004, le prêtre espagnol, qui venait d’avoir 60 ans, a été nommé président de la diaconie centrale du mouvement Communion et Libération,
le 19 mars 2005. Le 8 mars 2008, il a été reconduit pour six ans.
Ils ne s’étaient plus vus depuis octobre 2008, date à laquelle ils avaient été tous deux invités par Benoît XVI à participer au synode des évêques sur la Parole de Dieu. La présidente des Focolari se trouvait à Milan pour assister aux célébrations organisées à Milan, pour le deuxième anniversaire de la mort de Chiara Lubich et, à cette occasion, elle a souhaité rencontrer le président de Communion et Libération. Au terme de cette entrevue, les voilà prêts à répondre tous deux aux mêmes questions.
Une rencontre entre présidents de mouvements est toujours importante. Quelle
est la signification de celle-ci ?
JULIÁN CARRÓN : Il est important de prendre le temps de nous voir et de reconnaître que ce qui nous unit c’est, plus que toute autre chose, notre gratitude pour la foi, pour le charisme que chacun a reçu et qui nous permet de vivre cette foi encore plus intensément, et pour le soutien amical que nous nous apportons mutuellement pour vivre chacun notre charisme, afin d’atteindre la plénitude de la vie. Ainsi, en vivant chacun selon l’appel par lequel le Seigneur nous a attirés, nous apportons notre part au service de l’Église.
MARIA VOCE : Cette rencontre nous a fait expérimenter la communion entre les différents charismes. Cette communion entre Chiara et don Giussani, qui avait déjà commencé lors de de la rencontre mémorable entre les mouvements réunis à l’appel de Jean-Paul II à Rome, en 1998. Un rendez-vous qui avait fait naître en nous une grande joie, parce qu’elle nous avait fait voir deux charismes différents, mais tous deux s’efforçant de faire grandir la communion au sein de l’Église, à tous les niveaux. Reconnaître cela de façon réciproque et se réjouir les uns pour les œuvres des autres est très important, et plus particulièrement aujourd’hui.
Votre présidence possède une caractéristique unique, historique : vous êtes les successeurs des fondateurs. L’héritage que vous avez reçu est-il un frein pour vous aujourd’hui ?
JULIÁN CARRÓN : Je suis parfaitement conscient que l’œuvre a été créée par un autre. Donc, ce que j’essaie de faire en toute simplicité, c’est de servir cette œuvre de la meilleure façon possible, avec mes traits de caractère, différents de ceux de don Giussani.
MARIA VOCE : L’œuvre est à Dieu, et pour construire le mouvement des Focolari, Dieu s’est servi d’une créature unique, Chiara. Á présent que Chiara a quitté cette œuvre, Dieu la fait avancer à travers l’inspiration qu’elle continue de nous donner par sa spiritualité, ses écrits, l’exemple de sa vie, et Mgr. Carrón peut en dire autant de don Giussani. Aujourd’hui, l’œuvre de Dieu est entre nos mains mais, comme nous nous le disions récemment, c’est Dieu qui nous l’a confiée, et nous nous efforçons d’accomplir notre mission de premiers responsables du mieux que nous pouvons.
Comment vivez-vous les comparaisons que l’on ne manque pas de faire avec le fondateur, même à l’intérieur de vos mouvements respectifs ?
JULIÁN CARRÓN : Les comparaisons sont impossibles, parce que la grâce dont don Giussani et Chiara ont été investis leur est propre. Nous avons “des grâces”, et nous sommes donc reconnaissants de pouvoir prendre part à une grâce qui nous a engendrés, nous aussi. Ainsi, dans la mesure où nous éprouvons le désir d’être constamment réengendrés, nous pouvons contribuer à assurer la continuité de nos charismes respectifs.
MARIA VOCE : C’est un moment délicat, car nous savons que nous ne pouvons pas faire de comparaisons. D’autres en font peut-être, mais ce sont des comparaisons qui ne se vérifient pas dans la réalité, parce que l’un est le fondateur, celui qui a été investi d’un charisme par Dieu, et les autres sont ses disciples, qui font avancer les choses nées de ce charisme, toujours dans la gratitude pour ce don de Dieu, car eux aussi sont ses enfants.
À présent que le fondateur est parti, à quel danger votre mouvement doit-il faire face ?
MARIA VOCE : À un double danger. D’abord, celui de rester arrimés à quelque chose qui se rattachait forcément à la période de la fondation, en refusant d’affronter une situation nouvelle pour l’humanité ou les nouveaux défis, ou encore de chercher à relever ces défis avec Chiara, mais en restant en dehors de l’histoire. D’autre part, le désir de nouveauté – que nous portons tous en nous, parce qu’il fait partie de la de vie – pourrait nous faire envisager le passé comme quelque chose à classer aux archives. En ce sens, la période de la génération qui vient après le fondateur est particulièrement cruciale, parce qu’il faut témoigner qu’il ne peut y avoir de nouveauté sans continuité, que la nouveauté inclut et exprime tout le passé, qui est notre histoire à tous.
JULIÁN CARRÓN : Don Giussani utilisait cette expression : “Combien de fois nous attachons-nous au ‘comment’, à la ‘manière’ et non à ‘l’objet’. Il est évident que chacun d’entre nous a découvert le charisme selon un “comment”, une “manière”, à travers des personnes, des visages, dans des situations données. Mais la nature historique du christianisme exige que ce “comment”, cette “manière” change. C’est le “comment” – la manière – qui change, et non l’ “objet“, le contenu de ce que nous découvrons.
En quoi l’expérience des Focolari répond-elle particulièrement aux attentes de l’homme d’aujourd’hui ?
MARIA VOCE : Dans ce monde si fragmenté et fragmentaire, où d’innombrables contacts se nouent, les moyens de communication nous offrent des possibilités insoupçonnées pour nous mettre en rapport avec l’autre. Malgré cela, ces contacts ne cessent de perdre de leur sens, deviennent plus incomplets, fugaces. Pourtant, le cœur humain a besoin de se sentir proche des autres cœurs. C’est pourquoi je pense que le témoignage de l’amour réciproque et de la communion, donné par les chrétiens, est ce qui peut redonner un sens à la vie des hommes qui nous entourent ; c’est ce qui peut faire saisir la beauté de ces liens, des liens pouvant s’inscrire dans la durée et susciter de vraies relations.
Mais comment ?
MARIA VOCE : Nous avons besoin d’un amour surnaturel, qui nous fait accepter l’autre tel qu’il est, sans rien attendre en retour, et nous fait dépasser les innombrables différences que l’humanité nous présente. Je crois que les mouvements apportent ce témoignage et font renaître l’espérance, précisément parce qu’ils se tiennent proches des personnes, à travers le monde entier. Et l’espérance est ce dont l’humanité d’aujourd’hui a le plus besoin. Ce n’est pas un hasard si le pape a écrit une encyclique sur l’espérance. Il me semble que les mouvements peuvent être un signe prophétique de cette espérance. Chacun avec son propre charisme et en communion avec les autres charismes.
Qu’est-ce qui rend la proposition de Communion et Libération si attirante aujourd’hui ?
JULIÁN CARRÓN : Nous nous trouvons face à une situation d’où l’humain est de plus en plus absent – on parle, en effet, d’urgence éducative –, où la personne rencontre de plus en plus de difficultés dans sa créativité, son désir d’apprendre et de grandir. Dans ce contexte, don Giussani nous invite à faire appel à ce que l’homme possède de plus original : son cœur, son expérience, qui aura de plus en plus une importance décisive ; car, nous le voyons malheureusement, nous sommes dans un contexte de désaffection envers la tradition de l’Eglise. C’est pourquoi nous devons faire appel à ce qu’aucun pouvoir ne peut enlever à l’homme : son désir de bonheur, son exigence de beauté et de justice.
Sur quoi misez-vous, alors ?
JULIÁN CARRÓN : Le vrai défi que nous devons relever, c’est celui de vivre notre expérience chrétienne avec un enthousiasme capable de toucher les cœurs, de leur faire voir la possibilité de vivre leur vie plus intensément et de montrer la foi chrétienne comme quelque chose de rationnel.
Paolo Lòriga
Milan redevient protagoniste des événements
Les idées et la spiritualité des Focolari, une inspiration pour l’avenir de la ville de saint Ambroise
C’est poussés par leur désir de se libérer du joug de l’oppression et de participer à la construction d’une nation italienne libre, que les Milanais se soulevèrent contre le général Radetzky. La ville était alors la capitale du royaume de Lombardie-Vénétie, et ces événements aboutirent à la fameuse bataille de cinq jours (18-22 mars 1848), fêtée encore aujourd’hui. C’est lors de ces commémorations que l’on a rendu hommage à Chiara Lubich lors d’un congrès. La prestigieuse salle Alessi du Palazzo Marino – là où, en 2004, Chiara s’était vu remettre le titre de citoyenne d’honneur –, accueillait de très nombreuses personnalités du monde de la politique, de la finance et de l’entreprise. La ville voulait se sentir libérée, aujourd’hui comme au temps de Radetzky, des nouvelles formes d’oppression. Libérée des nombreuses blessures qui, chaque jour, l’affectent profondément. Elle voulait entendre un message de paix, de partage, de fraternité, et elle le cherchait dans le projet de vie proposé par le charisme des Focolari. Parmi les intervenants, Maria Voce, présidente du mouvement, les professeurs Baggio et Zamagni, Mgr. Zappa, à la tête de l’archidiocèse, et Emanuela Scandolara, de l’association Arcobaleno, qui œuvre en faveur des personnes d’autres pays habitant la ville. La réflexion était animée par le vice-directeur du Corriere della Sera, Gian Giacomo Schiavi. La présidente des Focolari offre à la population l’image d’une Chiara vivante, prompte à répondre aux exigences les plus impérieuses, jusqu’à faire dire au maire, Mme Letizia Moratti, que la ville doit parier sur l’amour, sur la fraternité universelle, sur cette vocation ambroisienne fondée sur des valeurs de solidarité, d’accueil et de dialogue, qui se retrouvent dans la vie de Chiara, citoyenne d’honneur de Milan. La messe, célébrée dans la cathédrale Saint-Ambroise, est l’occasion, pour l’Église ambroisienne, de souligner, à travers les paroles de l’archevêque Tettamanzi, la nouveauté et le caractère moderne du rapport profond unissant Chiara à Dieu, qui constitue le fondement d’une société créative et est à l’origine de l’intuition du focolare en tant que cellule vivante servant à instaurer des relations sociales nouvelles et sensées.
Les deux rencontres ont permis de définir une sorte de programme pour donner un nouveau souffle à Milan, à travers une prise de conscience : la recherche constante du dialogue et la spiritualité vécue, témoignent du sens concret que l’amour envers le prochain peut donner à la construction d’une citoyenneté active. Un point fondamental dont la politique devrait toujours s’inspirer. D’où la responsabilité du peuple de Chiara, qui veut propulser une culture qui soit l’âme authentique de Milan, et lui fasse retrouver sa place de protagoniste des événements, à l’échelle nationale et internationale.
Carlo Genovese
