Mouvement des Focolari

Juillet 2007

Dans les années 50, Paul se rend en Galatie, une région située au centre de l'Asie mineure, qui correspond à la Turquie actuelle. Là, étaient nées des communautés de chrétiens qui avaient embrassé la foi avec beaucoup d'enthousiasme. À la prédication de Paul qui leur présentait Jésus crucifié et ressuscité, ils avaient reçu le baptême, revêtant ainsi le Christ et recevant la liberté des enfants de Dieu. L’apôtre lui-même reconnaît leur progression dans cette voie (cf. Ga 5,7).
Et voilà que, tout à coup, ces chrétiens se mettent à chercher ailleurs leur liberté. Paul s'étonne qu'ils aient si vite tourné le dos au Christ. Et il leur adresse une invitation pressante à retrouver cette liberté que le Christ leur avait donnée.

« Vous (…) c'est à la liberté que vous avez été appelés. »

À quelle liberté suis-je appelé ? Ne puis-je pas faire tout ce que je veux ? « Jamais personne ne nous a réduits en esclavage » disaient à Jésus ses contemporains quand il affirmait que la vérité qu'il leur apportait les rendrait libres. « Celui qui commet le péché est esclave du péché » avait répondu Jésus .
Il existe un esclavage subtil, fruit du péché, qui oppresse le cœur humain. Nous en connaissons bien les nombreuses manifestations : le repliement sur soi, l'attachement aux biens matériels, la recherche du plaisir, l'orgueil, la colère…
Nous ne sommes pas capables de nous dégager par nous-mêmes de cet esclavage. La liberté est un don de Jésus : il nous a libérés en se faisant notre serviteur et en donnant sa vie pour chacun de nous. D'où cette invitation à être cohérents avec cette liberté qu'il nous a donnée. Elle ne consiste pas tant à avoir « la possibilité de choisir entre le bien et le mal, mais à nous diriger toujours davantage vers le bien ». C'est ce que Chiara Lubich déclarait à des jeunes. « J'ai constaté que le bien libère et que le mal rend esclave. Donc pour être libre il faut aimer. Car c'est notre moi qui nous rend esclaves. Quand au contraire on est attentif aux autres, ou à la volonté de Dieu en accomplissant nos devoirs, on ne pense plus à soi, on est libéré de soi-même. »

« Vous (…) c'est à la liberté que vous avez été appelés. »

Comment vivre alors cette Parole de vie ? Après avoir rappelé que nous sommes appelés à la liberté, Paul explique qu’elle consiste à nous mettre « au service les uns des autres », « par l'amour », « car la loi tout entière trouve son accomplissement en cette seule phrase : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » . Là est le paradoxe de l'amour : quand nous nous plaçons par amour au service des autres, et quand, renonçant à nos tendances égoïstes, nous nous oublions nous-mêmes et sommes attentifs aux besoins des autres, alors nous sommes libres. Nous sommes appelés à la liberté de l'amour : nous sommes libres d'aimer ! Oui, pour être libres, il faut aimer.

« Vous (…) c'est à la liberté que vous avez été appelés. »

L'évêque François-Xavier Nguyen Van Thuan, emprisonné pour sa foi, resta 13 années en prison. Il se sentait pourtant encore libre car il lui restait toujours la possibilité d'aimer au moins ses geôliers. « Quand je fus mis en quartier d'isolement – raconte-t-il – je fus confié à cinq gardiens : à tour de rôle, deux d'entre eux étaient toujours avec moi. Leurs chefs leur avaient dit : « Nous vous remplacerons tous les quinze jours par un autre groupe, pour que vous ne soyez pas 'contaminés' par cet évêque. » Par la suite ils ont décidé : « Nous ne vous changerons plus : autrement cet évêque contaminera tous les gardiens ».
Au début les gardes ne m'adressaient pas la parole. Ils répondaient seulement par oui et par non. C'était vraiment triste. (…) Ils évitaient de parler avec moi.
Une nuit, une pensée m'est venue : « François, tu es encore très riche, car tu as l'amour du Christ dans le cœur ; aime-les comme Jésus t'a aimé ».
Le lendemain je me suis mis à les aimer encore plus, à aimer Jésus en eux, leur souriant, leur disant des mots aimables. J'ai commencé à raconter des histoires sur mes voyages à l'étranger (…). Peu à peu nous sommes devenus amis. Ils ont voulu apprendre les langues étrangères : le français, l'anglais… Mes gardiens sont devenus mes élèves ! »

Fabio CIARDI et Gabriella FALLACARA

Les enfants de Krizevci

Les enfants de Krizevci

Krizevci, ville située à 60 kilomètres de Zagreb (Croatie), n’a pas été touchée directement par le conflit qui a accompagné le morcellement de l’ex-Yougoslavie dans les années 90. Tous ses habitants cependant en ont éprouvé les conséquences, en particulier avec le grand nombre de réfugiés qui ont afflué dans cette petite ville de 23 000 habitants. Dès ses débuts en 1995, l’école maternelle a été un fidèle reflet de la situation : parmi les premiers élèves, âgés de 3 à 6 ans, plusieurs étaient des enfants de réfugiés que la guerre avait chassés de Bosnie et des zones occupées de Croatie. L’école comporte aujourd’hui 110 élèves et en a vu passer plus de 400. Elle constitue une avancée en vue de la reconstruction du tissu social d’une société dévastée par la guerre. C’est pour cette raison sans doute que lorsque Mgr Miklovs a offert un terrain pour y construire l’école maternelle, la solidarité internationale s’est aussitôt mise en mouvement. Le gros œuvre, les finitions et l’équipement intérieur ont pu être réalisés et le matériel didactique mis à disposition des enseignants grâce à la participation de l’AMU, association « Azione per un mondo unito » (Action pour un monde uni), ONG liée au mouvement des Focolari, à l’organisation de diverses initiatives associatives et à des contributions individuelles. « En des temps aussi difficiles – avait dit le maire de Krizevci lors de l’inauguration – lorsqu’il semble que la haine, la violence et la guerre dominent le monde, Krizevci est un phare qui veut porter la lumière et la joie dans ce monde de larmes ». Un rayon de soleil – Ce n’est donc pas un hasard si l’école a été appelée « Rayon de Soleil ». Oui, ils sont bien un véritable rayon de soleil sur cette terre martyrisée les sourires et la vitalité contagieuse de ces tout petits, acteurs en ce lieu où l’espérance d’un monde de paix est une réalité palpable. C’est peut-être grâce à eux que, d’abord produit de la solidarité, l’école a su devenir un moteur d’initiatives de communes et d’associations, qui ne sont pas seulement d’inspiration religieuse. La méthode pédagogique choisie s’appuie sur la pédagogie de communion et applique, pour la première fois en Croatie, la méthode Agazzi (éducatrices italiennes de l’après-guerre), qui utilise un matériel didactique très simple et naturel que l’enfant réélabore à l’aide de son imagination avec ceux de son âge, développant ainsi sa capacité de collaboration et d’intégration. « Mais la valeur fondamentale – explique une des enseignantes – veut être l’amour qui crée une communauté vivante. J’avais déjà travaillé dans une école maternelle, mais ici, c’est tout à fait nouveau. C’est un travail d’équipe dans lequel sont impliqués aussi les parents ». Ici on éduque à la paix – Les activités de l’école maternelle de Krizevci se développent  selon les lignes d’un projet « d’éducation à la paix ». Les enfants vivent des expériences fortes de culture du donner, en se rendant par exemple dans un orphelinat proche ou en établissant des contacts avec d’autres écoles maternelles, en Italie par exemple, accompagnés d’une correspondance suivie. « Rayon de Soleil » est située dans la mariapolis Faro et en est une des expressions. Il s’agit d’une cité-pilote du mouvement des Focolari qui propose en terre croate un style de vie citoyenne fondé sur l’amour réciproque. La mariapolis Faro est située au sein de la commune de Krizevci. Cette cité-pilote est habitée par une centaine de personnes aux histoires, traditions, langues, cultures et religions les plus diverses : Croates, Slovènes, Italiens, Bosniaques, Hongrois, Roumains et Ruthènes. Si l’on y entre, on ne peut rester indifférent. La joie profonde de ses habitants – qui ont vécu la guerre – a ses racines dans la douleur dépassée par l’amour.

Les enfants de Krizevci

Une école laboratoire d’une culture de paix

  C’est la première expérience de ce genre en Macédoine, république issue de l’ex-Yougoslavie et sortie du système socialiste. Le régime passé ne permettait pas les initiatives dans le domaine de l’éducation, mais on assiste désormais à une recherche de nouveaux points de références et de valeurs. Dans un pays multiethnique et multi religieux, marqué par de violents conflits dans un passé récent, cette école insérée dans l’université trilingue (macédonien, albanais et turc) sera un laboratoire destiné à expérimenter l’éducation à la paix et les étudiants pourront y faire leur stage et être formés aux nouveaux principes pédagogiques. Lors de l’inauguration, le ministre Adnan Ćahil a souhaité que ces initiatives soient un stimulant pour l’avenir de leur société et se multiplient en Macédoine et dans les Balkans. « Une idée courageuse et novatrice » : c’est ainsi que Chiara Lubich a qualifié l’initiative dans le message qu’elle a adressé pour l’inauguration de l’école, à laquelle ont participé des représentants du gouvernement, de l’université Saint Kliment Ohridski et de plusieurs instances éducatives et plus de 150 personnes. Les interventions du recteur et du doyen ont été suivies de celle de Valeria Ronchetti, qui représentait Chiara Lubich. « C’est une idée – continue Chiara – qui trouve son sens le plus profond dans la promotion de l’unité entre les personnes, les peuples, les cultures et les religions ». « Je souhaite aux enfants qui fréquenteront cette école de devenir « de petites perles », des exemples pour les autres ! Et je souhaite à leurs éducateurs de faire l’expérience de cette véritable culture de dialogue et d’amour réciproque qui est un parcours éducatif unique pour la construction d’une nouvelle société fondée sur la fraternité et sur la paix ». L’école Biseri s’inspire de la méthode éducative expérimentée depuis plusieurs années dans l’école maternelle Rayon de Soleil, à Faro (Krizevci), cité-pilote du mouvement des Focolari en Croatie. Fondée en 1995 sur les principes éducatifs de la pédagogie de communion du mouvement des Focolari et de la méthode des sœurs Agazzi – éducatrices italiennes de l’après-guerre – qui utilise un matériel didactique que l’enfant s’approprie et réélabore avec ses camarades, développant ainsi sa capacité de collaboration et d’intégration. De 1995 à ce jour, de nombreuses avancées ont eu lieu dans le domaine de l’enseignement primaire pour reconstruire, en commençant par les plus jeunes, le tissu social d’une région – le sud-est européen – marquée par des années de conflits. Après Rayon de Soleil en Croatie s’est ouverte l’école Fantasy à Belgrade (Serbie) et, en février 2007, pour approfondir le sujet, un cours de spécialisation de 180 heures en pédagogie de communion et méthode Agazzi a été ouvert à l’université de Zagreb (Croatie). L’expérience éducative de l’école maternelle Rayon de Soleil, où travaille la pédagogue Anna Lisa Gasparini entourée d’une équipe qualifiée, a fait plusieurs fois l’objet de séminaires d’études, avec la contribution de EDU-Educazione-Unità, qui ont suscité l’intérêt du ministre de l’Instruction publique de Croatie et de plusieurs universités de pays voisins : Serbie, Slovénie, Macédoine et Albanie. De là est né le désir d’ouvrir en Macédoine une école qui permette de surmonter les barrières ethniques et de jeter les bases d’un espoir de paix.

juin 2007

Avec ses paroles de vérité, l'Évangile nous fascine. C'est là que s'exprime Celui qui a dit : « Je suis la vérité ». Il donne accès au mystère infini de Dieu et fait connaître son projet d'amour sur l'humanité : il nous transmet la Vérité. Mais, si la Vérité a la profondeur infinie d'un mystère, comment la comprendre et la vivre pleinement ? Jésus sait que nous ne sommes pas capables d'en porter le poids. C'est pourquoi, lors de son dernier repas avec ses disciples, avant de retourner vers le Père, il promet d'envoyer son Esprit, qui pourra expliquer ses paroles et nous les faire vivre.

« Lorsque viendra l'Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. »

Vivant du Christ, la communauté des croyants connaît la vérité. Mais, en même temps, elle chemine vers la « vérité tout entière », guidée de façon sûre par l'Esprit.
On peut lire l'histoire de l'Église comme une prise de conscience progressive et de plus en plus profonde du mystère de Jésus et de sa Parole. Pour cela, l'Esprit la conduit de multiples manières : par la contemplation et l'étude des textes bibliques qu'en font les croyants, par les charismes qu’ils reçoivent et par le discernement fidèle de l'Église.
L'Esprit parle aussi au cœur de tout croyant ; c'est là qu'il habite, faisant entendre sa « voix ». Il suggère de pardonner, de servir, de donner, d'aimer. Il enseigne ce qui est bien et ce qui est mal. Il rappelle et fait vivre les Paroles de vie que l'Évangile sème en nous de mois en mois.

« Lorsque viendra l'Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. »

Comment vivre cette Parole de vie ? Mais, en écoutant la « voix » qui parle en nous, en restant docile à l'Esprit Saint qui nous guide, nous exhorte et nous stimule ! « Le chrétien – explique Chiara Lubich – doit cheminer sous l'impulsion de l'Esprit, afin que celui-ci puisse opérer dans son cœur avec sa puissance créatrice, le menant à la sanctification, la divinisation, la résurrection. »
Pour mieux comprendre cette « voix » et qu'elle résonne davantage, Chiara nous invite à vivre plus unis. Ainsi, nous entendrons l'Esprit présent non seulement en nous, mais aussi « entre ceux qui sont unis dans le Ressuscité ». En effet quand Jésus est au milieu de nous, l'Esprit « perfectionne l'écoute de sa voix en chacun de nous. Jésus présent entre nous amplifie alors la voix de l'Esprit en nous. Y a-t-il une meilleure manière d’aimer l’Esprit Saint, de l’honorer, de le rendre présent dans notre cœur que d’écouter sa voix qui peut éclairer chaque instant de notre vie (…) ? Et l’écoute de cette voix, nous l’avons si souvent constaté, conduit à la perfection : les défauts disparaissent peu à peu et nous devenons meilleurs. »

« Lorsque viendra l'Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. »

Cette Parole de vie, lue le dimanche de la Sainte Trinité, nous invite à invoquer l'Esprit Saint : « O Esprit Saint, nous ne te demandons rien d'autre que Dieu pour Dieu. (…) Donne-nous de vivre ce temps qui nous reste (…) seulement et toujours, à chaque instant, en fonction de toi seul, que seul nous voulons aimer et servir.
Dieu ! Dieu, pur esprit, notre humanité peut te servir de coupe, pour être emplie de toi…
Dieu doit transparaître de notre être, de notre cœur, de notre visage, de nos paroles, de nos actes, de notre silence, de notre vie, de notre mort, de notre apparence, une fois que nous aurons quitté cette terre, où nous pouvons et devons laisser un sillage lumineux de sa présence parmi nous. Au milieu des ruines et des décombres du monde, monde vivant ou monde mourant, dans la louange ou la vanité de toutes choses, cette présence lumineuse doit faire place au Seul, au Tout, à l'Amour »
Fabio CIARDI et Gabriella FALLACARA

La Parole de Vie est extraite des textes du dimanche 3 juin 2007.
Le mois prochain : « Vous (…) c’est à la liberté que vous avez été appelés. » (Ga 5, 13)

(suite…)

Les enfants de Krizevci

AMU : 20 ans ensemble sur les fronts de la solidarité internationale

AMU – Action pour un Monde Uni :  un nom qui commence désormais à être connu dans le domaine de la coopération internationale. Cette ONG est née dans le but de promouvoir des projets dans les pays du sud du monde et de diffuser partout la culture du dialogue et de l’unité entre les peuples. Durant des années, l’AMU a réalisé 20 projets de développement en Argentine, au Brésil, au Guatemala, en Côte d’Ivoire, en Ouganda, aux Philippines, en Croatie, et elle a soutenu plus de 260 micro réalisations, définies et réalisées pour répondre aux besoins locaux, ensemble avec les communautés de nombreux pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique Latine, du Proche Orient et de l’Europe de l’Est. L’objectif de toute activité de coopération de l’AMU est en effet le développement intégral des communautés destinataires de ces interventions, grâce à l’engagement éducatif et social des membres du Mouvement des Focolari, présents dans ces pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique Latine, du Proche Orient et d’Europe de l’Est. Le congrès des 2 et 3 juin s’adressait aux animateurs de l’AMU et à ceux qui s’intéressent à la coopération internationale. Il s’agissait de re-parcourir les différentes étapes de l’histoire de cette ONG avec des interviews réalisés avec ceux qui en sont les premiers acteurs. Des projets de développement ont été présentés, avec, par exemple, des documentaires sur ces actions en Palestine, au Congo, en Argentine, en Indonésie. Depuis des situations d’urgence jusqu’à leur réhabilitation. L’éducation à la citoyenneté responsable a été proposée dans le cadre de la session : « L’AMU pour une culture de la fraternité. » La dernière session a proposé un approfondissement culturel sur « développement et réciprocité ». La rencontre s’est conclue par les perspectives d’avenir, avec des projets en Italie et dans différents pays du monde. www.azionemondounito.org