Mouvement des Focolari

Commentaire de Chiara Lubich à la Parole de vie du mois de aout 2005

Il fait nuit. Les vents contraires rendent difficile la traversée du lac de Tibériade. La barque est ballottée par la tempête. Cette situation, les disciples l’avaient déjà connue ; mais le Maître se trouvait alors avec eux à bord, tandis que cette fois, il est resté à terre, priant sur la montagne.
Cependant Jésus ne les laisse pas seuls dans la tempête. Descendant de la montagne, il va à leur rencontre, marchant sur les eaux, et il cherche à leur redonner courage : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! ». S’agit-il bien de lui ou d’une illusion ? Dans le doute, Pierre demande une preuve : qu’il puisse, lui aussi, marcher sur les eaux. Jésus l’appelle à lui. Pierre sort de la barque, mais le vent lui fait peur et il commence à s’enfoncer. Jésus lui tend alors la main en lui disant :

« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

Ces paroles, Jésus continue de nous les adresser lorsque nous nous sentons seuls et désarmés dans les tempêtes qui bouleversent notre vie. Il peut s’agir de maladies, de douloureuses situations familiales, de violences, d’injustices… Le doute s’infiltre alors dans notre cœur, la révolte aussi peut-être… « Pourquoi Dieu ne voit-il pas ce qui se passe, ne m’écoute-t-il pas, n’intervient-il pas ? Ce Dieu d’amour en qui nous avons cru, n’était-il donc qu’un fantasme, une illusion ? »
Comme aux disciples apeurés et incrédules, Jésus continue de nous répéter : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » À l’époque il était descendu de la montagne pour les soutenir dans le danger ; aujourd’hui le Ressuscité intervient encore dans notre vie. Marchant à côté de nous, il se fait notre compagnon de route. Il ne nous laisse jamais seuls dans les épreuves : il est là pour les vivre avec nous. Y croyons-nous assez ? C’est pourquoi il nous redit :

« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

Un reproche, ces paroles ? Non, plutôt une invitation à raviver en nous la foi. L’Évangile nous rapporte de nombreuses promesses de Jésus, par exemple : « Demandez et vous obtiendrez »; « Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu, et tout cela vous sera donné par surcroît »; et ceux qui auront tout laissé pour lui recevront le centuple en cette vie et, en partage, la vie éternelle.
On peut tout obtenir, mais en croyant. Nous pouvons tout attendre si nous croyons à l'amour de Dieu.
Or, bien souvent, nous nous agitons comme si tout dépendait de nous dans la vie, tels des orphelins sans Père. Tout comme Pierre, nous voyons davantage la menace des flots agités que la présence de Dieu qui nous prend par la main.
Bien sûr, en nous arrêtant pour analyser tout ce qui nous préoccupe, nous sombrons dans la peur et le découragement. Mais justement nous ne sommes pas seuls ! Croyons-le ! Quelqu’un prend soin de nous et c’est lui que nous devons regarder ! Même s’il nous semble absent, il reste proche. Croyons en lui, faisons-lui confiance, confions-nous à lui.
Quand notre foi est éprouvée, luttons, prions, comme Pierre qui s’écrie : « Seigneur, sauve-moi ! » ou encore comme les disciples, dans une situation semblable : « Maître, cela ne te fait rien que nous mourions ? » Son amour infini ne nous manquera jamais. Confions-lui ce qui nous pèse. Il s’en chargera.

« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

Jean-Louis était un jeune de « peu de foi ». À la différence des autres membres de sa famille, tous chrétiens, il doutait de l’existence de Dieu. Il vivait à Man, en Côte d’Ivoire, avec ses jeunes frères et sœurs, loin de leurs parents.
Quand la ville est envahie par les rebelles, quatre hommes pénètrent dans leur maison pour tout piller et, voyant sa belle carrure d’athlète, ils veulent enrôler le jeune de force. En vain ses jeunes frères les supplient de le leur laisser.
Les rebelles sont sur le point de sortir avec Jean Louis, quand leur chef change soudain d’avis et décide de le laisser. Puis il murmure à l’oreille de la sœur aînée : « Partez le plus vite possible, demain nous allons revenir… » et il lui indique le sentier à prendre.
Les jeunes se demandent s’il s’agit d’un piège. Ils partent à l’aube sans un sou en poche, mais avec un brin de foi. Ils parcourent 45 km ; puis quelqu’un leur paie le voyage dans un camion qui va vers la maison de leurs parents. En route, des inconnus les hébergent et leur donnent à manger. Au poste frontière, personne ne contrôle leurs papiers et ils parviennent à leur maison.
« Ils n’étaient pas en bonne condition physique, mais bouleversés par l’amour de Dieu » raconte la maman.
Et la première chose que fait Jean Louis est de demander où se trouve l’église. Et il dit à son père : « Papa, ton Dieu, il est drôlement fort ! ».

 

Chiara Lubich

 

(suite…)

Après les actes terroristes, quel avenir pour une société multiculturelle, pluriethnique et multi religieuse ?

Après les actes terroristes, quel avenir pour une société multiculturelle, pluriethnique et multi religieuse ?

 Quel avenir pour une société multiculturelle, pluriethnique et multi religieuse ?
C’est l’inquiétante question que se pose l’Angleterre, toute l’Europe et bien d’autres pays, après les attentats qui le 7 juillet dernier ont frappé le cœur de Londres, la ville la plus cosmopolite du vieux continent et le 23 juillet Charm el-Cheikh en Égypte.

C’est aussi le titre de la mariapolis, rencontre d’été des Focolari qui se déroule en divers points du monde. A Lake District Windermare, dans le nord de l’Angleterre, elle a commencé le 24 juillet, avec 600 personnes, dont un groupe de musulmans.

A cette question sur l’avenir de la société multiculturelle, Chiara Lubich avait apporté une réponse qui s’avère aujourd’hui d’une grande actualité. C’était à Londres, justement, l’an dernier, le 19 juin 2004 au Westminster Central Hall, devant plus de 2 000 personnes, dont des personnalités musulmanes, bouddhistes, sikhs et hindoues. Ce message est maintenant proposé en vidéo au cours des mariapolis.

Il ne s’agit pas d’un affrontement entre civilisations, mais de la naissance d’un « monde nouveau ». Face aux craintes concernant l’avenir, Chiara Lubich présente la vision de Saint Augustin à une époque de migration de peuples. Elle montre le dialogue comme prévention du terrorisme et les voies pour le vivre : la « règle d’or » commune à la plupart des religions, « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse », l’amour qui sait se faire écoute au point « de se mettre à la place de l’autre et de saisir ce que veut dire pour lui être bouddhiste, musulman ou hindou ». Voilà la voie pour s’inculturer réciproquement et faire naître une société où « les cultures sont ouvertes les unes aux autres dans un profond dialogue d’amour ». Elle propose aux religions une stratégie de fraternité pour combler le fossé entre riches et pauvres et susciter un changement dans les relations internationales.

De nombreux échos nous arrivent par e-mail de chrétiens, musulmans et personnes d’autres religions ayant participé aux mariapolis qui se sont déjà déroulées en ce début d’été. De Los Angeles, où étaient présents des amis musulmans disciples de W.D. Mohammed, leader noir américain, ils nous écrivent : « Écouter ensemble ce message de fraternité universelle alors que nous venions d’apprendre les attentas de Londres a été un grand signe d’espérance. C’était un signe fort de voir la fraternité universelle déjà en actes entre nous ». A la mariapolis de Saint-Vith, en Belgique, 18 nationalités étaient représentées : « Ce qui a le plus marqué les musulmans, c’est l’expérience de Dieu au milieu de la communauté, rendu présent par l’amour réciproque vécu ». Même chose à Amman, en Jordanie, où était présent un groupe venu d’Irak. Ainsi qu’à Istanbul, où un musulman, ancien militaire et actuellement enseignant, écrit : « J’ai vu ici la fraternité prendre une autre dimension. Tout ce que nous avons entendu me rappelle la pensée de Mevlana (grand mystique turc) ». Et une femme musulmane : « Ici les différences se sont transformées en unité. Nous avons fait l’expérience de l’arc en ciel de la paix, aux couleurs de l’amour ».