Mouvement des Focolari
Surmonter la précarité de l’emploi

Surmonter la précarité de l’emploi

20150819-01« Je m’appelle Marco et j’ai 35 ans. Depuis 2008, je suis enseignant remplaçant de religion catholique. Malheureusement – en raison de tracasseries administratives – je suis appelé à travailler de manière sporadique et irrégulière: trois jours dans une école, ensuite des mois passent, et je suis appelé ailleurs pendant une semaine. Puis, quelques jours là et quelques jours ailleurs. J’enseigne en moyenne deux mois par année. En qualité de fonctionnaire de l’État, je ne peux pas avoir deux emplois et je dois toujours être disponible lorsqu’on m’appelle pour enseigner, autrement, si je refuse, je suis remplacé par d’autres. Ayant du temps à disposition, je me consacre à différentes tâches à la maison – je vis avec mes parents – ensuite quelques engagements en paroisse, de la formation des jeunes et adultes du centre paroissial à la coordination de la Parole de Vie une fois par mois. Je fais aussi du bénévolat dans une maison de retraite et je fais partie du bureau diocésain pour l’œcuménisme et le dialogue interreligieux. Grâce à toutes ces activités, mes activités, je reste engagé et actif. Mais lorsque le travail manque, une sensation voilée d’insuffisance, de faible estime de soi, commence à grandir, et tout semble toujours et progressivement plus difficile. Un jour, un ami, connaissant ma situation professionnelle, me téléphone pour me dire qu’il avait rencontré un jeune du Lycée classique qui avait besoin de cours particuliers de latin et de grec. Mon ami comptait sur ma propension aux études et était certain que je puisse très bien le faire. En effet, après le lycée, je n’ai jamais abandonné les langues anciennes. En fait, pour mieux comprendre l’Ancien Testament, j’étudiais même l’hébreu biblique dernièrement. Toutefois, mon premier état d’esprit a été de refuser cette proposition. J’avais dix jours pour décider. Ensuite, le jeune garçon se serait adressé à d’autres professeurs particuliers. Qui est familiarisé avec l’art de la traduction et des langues anciennes sait parfaitement que traduire pour soi-même ou s’amuser à traduire par jeu est bien différent de donner des cours particuliers à quelqu’un qui a besoin de progresser et qui doit rapporter des bonnes notes. J’avais besoin de travailler, même si cela signifiait pour moi de devoir reprendre les règles grammaticales de la langue grecque et de la langue latine en dix jours, les comprendre à nouveau et savoir communiquer avec. J’aurais dû abandonner tous mes engagements pendant sept jours et étudier entre huit et dix heures par jour, assis devant des livres pour y arriver. Je devais faire un saut dans l’inconnu. C’est ce qu’il s’est passé: j’ai commencé à étudier comme un forcené. Quelques jours après, ce même ami me propose d’étudier chez lui et me donne ses clés! Un autre ami, qui a appris pour mon « nouveau travail », m’annonce que son fils aussi a besoin de cours particuliers. Mais, plus qu’un professeur, il a besoin d’un précepteur: non seulement des cours particuliers de latin et de grec, mais aussi de philosophie, littérature italienne et anglaise. En somme, il faut couvrir toutes les sciences humaines. Son cas était désespéré. En plus, le comportement relationnel de ce jeune était très problématique. En dernière année de lycée, il était non promu, en janvier, dans toutes les matières. Je me suis remis à Dieu et j’ai répondu positivement. Aujourd’hui, le jeune a commencé à collectionner plusieurs 8,5 et 9 (sur un maximum de 10), et il y a pris goût. Ses rapports personnels commencent aussi à s’améliorer. Récemment, j’ai fait un mois entier de remplacement. J’ai continué à donner des cours particuliers l’après-midi et à maintenir les engagements que j’avais avant. »

Trente, une ville toujours ardente!

Trente, une ville toujours ardente!

MPMD_06En scrutant du regard la composition de la salle du Centre Chiara Lubich de Trente, on pourrait être surpris cette année par son étonnante hétérogénéité : 250 jeunes âgés de 16 à 30 ans venus de plus de 20 nations, 70 prêtres et séminaristes et une vingtaine d’adultes engagés dans la vie de la spiritualité des Focolari au niveau paroissial et diocésain. Quelle idée à l’origine de cette rencontre prévue du 2 au 8 août à Trente ? Quel lien entre des réalités culturelles si nombreuses et si différentes ? Un premier élément de réponse se trouve dans le titre choisi: “Aujourd’hui aussi comme hier”. Et un second dans la ville même de Trente. Ces jeunes, ces adultes et ces prêtres se réunissent pour réfléchir à partir de la vie du premier groupe qui a donné naissance à leur charisme et pour parcourir à nouveau, y compris physiquement, l’itinéraire qui, depuis 1943, a inspiré et donné forme au Mouvement des Focolari. “Nous avons commencé la rencontre dans un climat de joie explosive – racontent Ludovic et Eléonore -. Au programme une immersion dans la vie des premiers temps, en vivant la Parole avec la même radicalité ». MPMD_03Les temps de réflexion thématique ont alterné avec des promenades où les Focolari ont fait leurs premiers pas : Piazza Cappuccini, Fiera di Primiero, Tonadico, Goccia d’Oro … « Au cours de la messe dans l’église des Capucins – écrit Zbiszek – nous nous sommes déclarés prêts, avec la grâce du Christ, à donner notre vie l’un pour l’autre, en commençant par les petites choses du quotidien. Dans ce lieu où Dieu a scellé le pacte d’unité entre Chiara et Foco (Igino Giordani), nous avons voulu nous aussi renouveler cet amour réciproque, que nous voulons vivre « Aujourd’hui comme hier ». Les interventions des experts en communication, dialogue interreligieux et aussi en matière de coopération et développement (AMU, Action Monde Uni) ont été enrichissantes pour tous. Ces contributions ont permis de réfléchir sur la communication et les défis de notre société multiethniques et pluriconfessionnelle. Par ailleurs un large temps a été consacré à approfondir la question de l’immigration et de l’accueil, à travers la précieuse collaboration offerte par “Progetto Cinformi”, qui a présenté le modèle proposé et appliqué par la ville de Trente : des ateliers ont permis deux visites dans les camps d’accueil ; moments inoubliables de rencontre avec une centaine de réfugiés en quête d’avenir. MPMD_04 Quelques uns sont venus nous voir au Centre. Rita nous confie : « J’ai été très frappée par Lamin, un jeune musulman du Ghana qui a écrit une poésie à sa maman et a voulu nous la lire à tous. Un poème plein de nostalgie mais aussi d’espérance. Les yeux de ces personnes expriment tant de choses, on ne peut les oublier ». En conclusion deux objectifs, l’un à brève échéance, c’est le rendez-vous à la Journée Mondiale de la Jeunesse (JMJ) qui se tiendra l’an prochain à Cracovie (Pologne); l’autre est à long terme et c’est l’unité du monde – selon la prière de Jésus “Que tous soient Un” – pour laquelle nous sommes convaincus qu’il vaut la peine de donner sa vie. “Nous partons avec l’engagement d’être “Parole vivante” – écrivent Danilo et Emanuele” – et de porter « l’eau pure de la source » dans nos pays et dans le quotidien de nos périphéries, en nous donnant à chaque prochain qui passera à nos côtés ».

Mariapolis 2015: « Des routes qui se rencontrent »

Mariapolis 2015: « Des routes qui se rencontrent »

Astorga Mariapoli“Une rencontre de cœur à cœur”, c’est ainsi qu’une personne, venue pour la première fois, a défini la Mariapolis d’Astorga, l’une des nombreuses du même genre qui ont eu lieu ou sont en cours dans toute l’Europe et dans beaucoup d’autres pays. L’événement s’est déroulé du 2 au 6 août et a déclenché l’invasion paisible de la ville par 800 personnes venues des diverses régions d’Espagne mais aussi de France, d’Italie, d’Allemagne et du Brésil. A l’issue de la visite de monuments et des musées de la ville, ou de la messe célébrée dans cathédrale gothique chargée d’histoire ou des soirées musicales de toutes sortes de genres, elles remplissaient les rues et les places. Et les habitants de la ville, à la vue de toutes ces relations tissées de fraternité, répondaient, interpellés, à leurs salutations. Une dame a même arrêté une jeune qui se promenait dans la rue pour la remercier de la présence d’un groupe aussi rayonnant dans la ville. Les participants ont apprécié l’équilibre entre les temps consacrés à la réflexion et à la formation et ceux dédiés au dialogue, aux témoignages et à la détente et aux jeux. Ce bon dosage a contribué aux objectifs de la Mariapolis : faciliter la rencontre avec soi-même, avec Dieu et avec les autres. « Cela n’a pas été un crescendo – a fait remarquer un participant -, nous n’avons pas débuté à un certain niveau pour ensuite progresser en qualité et en intensité. Chaque journée a été pleine, complète, chacune d’une grande valeur en soi ». Parmi les divers rendez-vous proposés aux adolescents et aux enfants, une marche dans la ville, entrecoupée de haltes avec animation dans certaines rues ou sur certaines places. https://www.facebook.com/mariapolisastorga2015 La Mariapoli d’Astorga était relayée par facebook grâce à un espace virtuel de rencontre destiné aussi bien aux participants eux-mêmes qu’aux personnes qui n’avaient pas pu venir. Les apports en photos et en commentaires ne manquent pas et l’on peut toujours y accéder. Quelques impressions : https://www.facebook.com/mariapolisastorga2015 «C’est ma première mariapolis écrit – Caty –. Ces journées ont été sous le signe de la fraternité, de l’amour et de l’unité. Ma fille et moi remercions tous ceux qui ont rendu possible cette rencontre » ; « De retour vers Tolède – écrit Paco – j’en profite pour remercier tout le monde pour ces journées. Je peux dire que ce fut une mariapolis riche en grâces ». 20150816-01Pour incarner l’esprit de la mariapolis dans la vie quotidienne, le projet « Nous sommes tous méditerranéens » http://tousmediterraneens.com/en/#, a été proposé aux participants : il vise à sensibiliser les citoyens européens au drame de l’immigration qui touche le sud de la méditerranée, une mer qui leur est commune, depuis les pays qui sont en guerre ou désavantagés économiquement, en quête de meilleures conditions de vie. Ce projet, en accord avec le thème de la mariapolis « Des routes qui se rencontrent », se concrétise en recueillant des signatures pour demander à l’Union Européenne un changement significatif de la politique migratoire. Le dernier jour, au moment de l’évaluation, les participants se sont déclarés tous satisfaits, en particulier de l’accueil que chacun avait expérimenté depuis le début, même s’il venait pour la première fois. La ville d’Astorga, en raison de sa taille humaine et de son climat tempéré, réunit de nombreux critères qui ont facilité les possibilités de rencontre. En ce sens, « Le Mouvement des Focolari – écrivent les organisateurs – remercie vivement l’Evêché et la Municipalité pour l’excellente qualité de leurs services ».

Cuba se prépare à accueillir François

Cuba se prépare à accueillir François

Plaza de la Revolución

Plaza de la Revolución, José Martí.

La visite du premier pape né en Amérique latine, prévue du 19 au 23 septembre, est très attendue dans l’Île. Une attente qui s’exprime de différentes manières, selon la conscience et la connaissance de qui est le pape et ce qu’il représente. Si on interroge les personnes dans la rue, on entend, en effet, des réponses de toutes sortes: « Je crois qu’il s’agit d’une grande personne, j’espère qu’il se sente chez nous comme chez lui »; « Nous espérons que sa visite apporte des changements bénéfiques pour les personnes »; « On dirait un rêve! Nous nous sentons privilégiés »; « C’est une bénédiction pour ce petit peuple, au grand cœur, d’accueillir trois papes en seulement 13 ans ». En effet, seuls Cuba et le Brésil ont eu ce privilège. De même, beaucoup de Cubains, croyants ou non, ne cachent pas leur orgueil concernant la troisième visite d’un souverain pontife. Les travaux d’installation sont déjà en cours dans les rues, et les façades des édifices de La Havane se trouvant le long de l’itinéraire prévu et, en particulier, ceux de la célèbre « Plaza de la Revolución », où le pape François célébrera la messe, ont été rénovées. Pareil dans la ville de Holguín, jamais visitée par un pape; dans le Sanctuaire national de « La Vierge de la Charité du Cuivre »; et aussi à Santiago de Cuba, deuxième ville du pays dans la partie orientale de l’Île, où la restauration de la belle et historique cathédrale (1522) est désormais terminée. Église catholique et État. Avec le triomphe de « La Revolución » (1959), à partir de 1961, les rapports entre ces deux réalités ont toujours été plus difficiles et traumatisants. « La pensée marxiste dérivée du matérialisme dialectique, que les jeunes rebelles du gouvernement révolutionnaire ont soutenu vers la fin des années 60, a mené au sécularisme »[1]. En effet, durant le Premier Congrès d’Éducation et Culture (1971), les bases pour la sécularisation de la société cubaine ont été posées, imposant comme doctrine officielle de l’État le marxisme orthodoxe, « l’axe recteur des enseignements primaires, secondaires et universitaires ». Dans la Constitution de 1976, la réglementation des activités religieuses a été déterminée et les croyants du Parti Communiste cubain (PCC) ont été exclus. Durant les années 80, l’étau du régime s’est desserré, aussi pour « la participation de prêtres catholiques aux différents mouvements de libération en Amérique latine, dans les guérillas du Salvador, Honduras et Guatemala », ainsi que pour la visite, entre autres, de personnalités religieuses du calibre de Mère Teresa de Calcutta, du Grand Rabbin Israel Meir Lau et des membres de la Conférence épiscopale latino-américaine (CELAM). Durant le IVe Congrès du PCC (1991), la participation a aussi été ouverte aux croyants à l’unique parti politique. Mentionnons les importantes et historiques visites de Jean-Paul II (1998) et, ensuite, de Benoît XVI (2012), qui ont marqué d’autres pas importants vers la réconciliation et la détente qui laissent espérer dans la désormais prochaine venue du pape François.
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Le Sanctuaire national de « La Vierge de la Charité du Cuivre »;

Dégel entre La Havane et Washington. Même si le pape François essaye de minimiser son rôle dans la détente des rapports entre les deux pays, tant Barack Obama que Raúl Castro l’ont reconnu, non sans gratitude. Le 20 juillet, les ambassades dans les deux pays ont été ouvertes et la présence sur l’Île, le 14 août prochain, du Secrétaire d’État américain, John Kerry, est prévue pour l’inauguration officielle de l’ambassade des États-Unis. Il faut encore l’approbation du Congrès américain, et ce n’est pas un hasard si le souverain pontife se rendra aux États-Unis après Cuba, pour la VIIIe rencontre mondiale des Familles (World Meeting of Families: WMOF) qui se tiendra à Philadelphie, après être passé par Washington et New York. Il sera, en effet, le premier pape à parler devant le Congrès des États-Unis. Dans une interview accordée aux nombreux journalistes présents dans l’avion qui le ramenait à Rome, après le long voyage dans trois pays latino-américains, à la question des avantages ou désavantages que pourrait produire ce « dégel » entre Cuba et les États-Unis, François a répondu: « Tous deux gagneront quelque chose et perdront quelque chose, parce que c’est ainsi dans une négociation. Ce qu’ils gagneront tous deux c’est la paix. C’est certain. La rencontre, l’amitié, la collaboration: ça c’est le gain! » Les évêques catholiques cubains. En rappelant les visites des prédécesseurs du pape François « qui arrivera comme Missionnaire de la Miséricorde », et en traçant une continuité spirituelle entre les trois visites, la Conférence des évêques catholiques s’adresse, dans un message, « aux fils de l’Église catholique, aux frères d’autres confessions religieuses et à tout notre peuple ». Il est fait mention de la récente Lettre pastorale du pape François en préparation à l’Année de la Miséricorde, qui s’ouvrira le 8 décembre prochain. Les évêques exhortent les personnes à se préparer à la venue du pape, en faisant « des gestes de miséricorde dans notre vie quotidienne, comme rendre visite aux malades, partager ce que nous avons, pardonner et demander pardon, consoler le malheureux, aimer davantage et mieux les autres. Souhaitons – continuent-ils – qu’en ces jours et pour toujours, nos foyers deviennent des lieux de paix et d’accueil pour tous ceux qui arrivent en cherchant la miséricorde! ». Ensuite, ils invitent à « avoir des initiatives qui préparent le cœur des Cubains à écouter et à accueillir le message d’espérance et miséricorde que nous apportera le pape François ». Un signal positif qui ne peut certainement pas passer inaperçu est la publication, le 17 juillet, dans « Granma » – principal journal cubain et quotidien officiel du Comité central du Parti communiste de Cuba – du texte intégral de ce document. Un tel geste n’était pas arrivé depuis plus de 50 ans. 20150813-01La contribution du Mouvement des Focolari. Les membres des Focolari, dans les différentes communautés dispersées sur l’Île, essayent de donner – avec l’Église – leur contribution spécifique orientée principalement vers la formation des personnes aux valeurs de la fraternité, contre la « culture du gaspillage », privilégiant les plus nécessiteux, promouvant l’unité dans la diversité et proposant le dialogue comme méthode indispensable pour une cohabitation pacifique dans un pays multiculturel. Enfin. Le message des évêques catholiques aux Cubains se conclut par la prière à la « Vierge de la Charité, Patronne de Cuba, que nous appelons aussi ‘Reine et Mère de la miséricorde », afin qu’elle « accorde sa sollicitude maternelle à cette visite tant attendue. Souhaitons qu’elle, qui a accompagné notre peuple dans les bons et mauvais moments, obtienne du ciel une grande bénédiction pour Cuba et ses fils, où qu’ils soient, quoi qu’ils pensent et quelle que soit leur croyance ». Par notre envoyé spécial, Gustavo Clariá __________________________ [1] Dennys Castellano Mogena y Sergio L. Fontanella Monterrey, Sin pecado concebidas, La Caridad del Cobre en las artes visuales cubanas. Editorial UH, 2014, La Habana, pag. 66.

Ce que je ne t’ai pas dit

Ce que je ne t’ai pas dit

Federico_de_Rosa

Federico avec son père

« Je rêve souvent et beaucoup. Un rêve récurrent est une journée ensoleillée durant laquelle mes sentiments et mes pensées se transforment en une source de paroles pour tous mes amis. Ça doit être beau de pouvoir parler! » Federico ne parle pas, même s’il sait que la communication ne passe pas seulement par le langage. Les premiers symptômes sont observés déjà autour de son premier anniversaire. Plus il grandit, plus sa capacité d’interaction avec la réalité diminue. À trois ans, le diagnostic est posé. Il est totalement incapable de communiquer. Il a une des plus sévères formes du Trouble envahissant du développement, un trouble très grave, imputable à l’univers vaste et bigarré de l’autisme. À 8 ans, survient un fait qui change la trajectoire de son manque de communication. Il apprend à écrire avec l’ordinateur et peut finalement taper ses premiers mots, émotions, sentiments. Le mur de silence, avec ceux qu’il appelle les « neurotypiques », est brisé. En août 2002, la famille est en vacances à Palinuro. Federico a toujours exprimé quelques mots, de brèves phrases, mais intenses. « Maman, qu’est-ce que j’ai? » « Pourquoi moi? » Et il écrit sur son ordinateur le mot ‘autisme’. Il en est parfaitement conscient. Le 20 février 2010, il écrit à son ami Gabriele: « J’ai besoin que vous m’aidiez à sortir de ma prison. Tu vois, je suis très seul, parce que ne pas réussir à communiquer oralement est une sérieuse limitation. Je ne comprends pas comment vous faites, vous les non-autistes, pour trouver dans votre tête tous ces mots en vol, aussi justes, pour les dire aussi rapidement et aussi avec des expressions du visage qui expriment ce que vous voulez communiquer. Pour vous, c’est normal, mais, pour moi, c’est un miracle. Je réussis à écrire difficilement une lettre à la fois et seulement si papa est près de moi. » Quello_che_non_ho_dettoMaintenant qu’il sait écrire, son estime de soi grandit, au point de publier un livre Ce que je n’ai jamais dit où, pour la première fois, nous pouvons observer le point de vue d’un jeune qui explique son syndrome avec des observations rares et précieuses. Il sort ainsi de son isolement, il éprouve finalement la joie de partager ses émotions, il conclut avec succès ses études jusqu’à atteindre la Maturité scientifique. Encore aujourd’hui, Federico ne dit presque rien. « Je vous assure – écrit-il – que je suis presque incapable de m’exprimer verbalement, je parle avec des mots uniques, rarement avec une petite phrase. Je sais écrire à la main seulement en caractères d’imprimerie, très grand et irrégulièrement. C’est grâce à l’ordinateur qu’il joue pour la première fois avec un ami, qu’il se présente à ses camarades de l’école primaire et que, des années après, il participe « activement » aux réunions du groupe de confirmation. « Petit à petit – raconte-t-il – mon ordinateur portable est devenu un compagnon inséparable. Avec mon ordinateur et avec le soutien d’une personne préparée à m’assister, je peux vraiment m’exprimer dans chaque situation. » Aujourd’hui, Federico étudie les percussions, il a beaucoup d’amis, il aide des personnes autistes en famille avec des conseils de vie quotidienne, il a beaucoup de projets pour l’avenir. « Maintenant, ma vie a trouvé son cours », écrit-il, « grâce aux personnes qui m’ont enseigné la méthode, à mes parents qui se sont lancés avec enthousiasme dans cette aventure. Aujourd’hui, je suis satisfait de ma vie et le mérite leur revient en grande partie. » Mais il ne pense pas qu’à lui: « Combien d’autistes mentalement perdus auraient pu être d’autres Federico s’ils avaient été diagnostiqués rapidement, bien aidés à l’âge du développement et très aimés? » Son rêve, lorsqu’il sera grand, est: « Je voyagerai dans le monde entier pour voir des femmes enceintes, pour comprendre si leurs enfants sauront parler et soigner l’autisme. Je jouerai avec leurs enfants pour les aider à grandir et à apprendre à parler. Lorsqu’un enfant aura besoin de moi, je serai là pour l’aider. » Source: Città Nuova online

Thaïlande: le souvenir d’une amie hors du commun

Thaïlande: le souvenir d’une amie hors du commun

OLYMPUS DIGITAL CAMERAMême quelques moines bouddhistes qui fréquentent le focolare la connaissaient bien. Benedetta était une femme qui se laissait approcher et connaître, sans crainte et avec délicatesse. Elle savait accueillir et on pouvait aller chez elle à n’importe quel moment : que ce soit pour un problème, important ou non, un besoin urgent, une chose belle à partager. Elle ne se scandalisait de rien, elle connaissait bien le cœur des hommes et des femmes et savait les aimer. Un évêque a dit une fois à son sujet qu’elle était « une sœur d’or et d’argent » à cause de tout l’argent qu’elle savait trouver pour les pauvres. En allant à l’extrême nord de la Thaïlande on ne pouvait pas ne pas passer chez elle et « bavarder un peu» comme elle disait. Elle se réjouissait de toutes les nouvelles du Mouvement qu’elle considérait comme « sa grande famille » et elle transmettait cette vie à de nombreuses autres personnes. Aussi était-il fréquent de rencontrer lors d’une des mariapolis d’été des personnes à qui elle avait parlé de la spiritualité de l’unité ou bien d’accueillir au focolare quelqu’un à qui Sister Bene en avait parlé. Bref, Benedetta était une vraie « mère spirituelle » qui a transmis la vie surnaturelle à de nombreuses personnes. Beaucoup étaient présentes à ses obsèques, parmi elles des évêques, des prêtres et la foule compacte du « peuple de Dieu » qui ont réussi l’exploit de tenir dans la petite église de Wien Pa Pao, juste à côté du couvent où elle habitait. 1966-08-CG-A-Suor-Benedetta-Birmania-4Sister Bene, Benedetta Carnovali selon l’Etat civil, née en 1925, a été une colonne pour le Mouvement: de nombreux membres de la communauté actuelle des focolari en Thaïlande ont été contactés par elle, y compris des bouddhistes. « Une vraie sœur et une vraie focolarina », comme l’a définie quelqu’un : une sœur « hors du commun », toujours en train de porter quelque chose à quelqu’un et en même temps toujours là, aimant personnellement la personne rencontrée. C’était une amie qui t’appelait pour te souhaiter ta fête, même si chaque année sa voix se faisait toujours plus frêle, mais non pas sa force intérieure. En l’approchant on n’avait jamais l’impression de la déranger : elle semblait n’attendre que toi et n’avoir rien d’autre à faire. Mais tel n’était pas le cas quand on pense, par exemple, à toutes les adoptions à distance qu’elle suivait personnellement, et cela jusqu’à ses derniers jours. Sister Bene a connu la spiritualité de l’unité par un religieux, en 1963, et à partir de ce moment elle a donné sa vie pour que de nombreuses personnes puissent connaître et commencer à vivre cette vie d’unité : d’abord à Myanmar où elle se trouvait alors, puis en Thaïlande, après l’expulsion de tous les religieux par le régime. Une fois en Thaïlande, elle a poursuivi et approfondi son amitié avec les focolari. Les rares fois où elle a eu l’occasion de pouvoir passer quelques jours avec nous, elle écoutait avec grand intérêt les discours de Chiara lubich. Comme tous ceux qui suivent réellement Dieu, sœur Benedetta a elle aussi vécu sa nuit, « sa tempête » en suivant Jésus et elle l’a affrontée en vraie disciple du Christ, avec une charité héroïque. Profondément unie à Vale Ronchetti, une des premières focolarine, elle est allée de l’avant, confrontée à de nombreuses incompréhensions : « Comment une sœur peut-elle faire partie d’un mouvement de laïcs ? » s’est-elle souvent entendu dire ; sans parler d’autres petites ou grandes persécutions, humainement absurdes. Et pourtant Dieu s’est certainement et mystérieusement servi aussi de ces épreuves pour rendre sœur Benedetta toujours davantage sœur et aussi toujours davantage « fille spirituelle de Chiara » (comme elle le disait souvent) : cette apôtre de l’unité n’a pas d’égal dans tout le Sud-est asiatique si l’on en juge par les fruits qu’elle a portés ! Elle nous laisse un héritage de douceur, de tendresse, et de grande force d’âme, d’amour et de service envers les plus démunis : par exemple les membres de la tribu Akha. Et aussi le sourire typique de ceux qui expérimentent qu’il est possible de transformer la douleur en Amour et en font leur raison de vivre. Sœur Benedetta s’est envolée au ciel à l’âge de 90 ans, après avoir écouté la chanson qu’elle aimait beaucoup : « Solo Grazie » (Seulement Merci). Elle est morte toute consumée, mais sereine, comme elle avait toujours vécu ; dans la paix parce que certaine que « ces bras » qui l’ont accueillie depuis sa petite enfance (elle n’a pas connu ses parents) et portée de l’avant dans sa vie religieuse, l’attendaient pour une dernière étreinte et pour la dernière partie du voyage : la plus importante. Ce fut donc une femme merveilleuse qui témoigne qu’aujourd’hui aussi la sainteté est possible. Luigi Butori