Mouvement des Focolari

Guinée Bissau : pardonner aux ennemis, c’est possible ?

Juil 22, 2011

Père Celso Corbioli, en mission dans différents Pays africains depuis plus de 30 ans, nous raconte quelques épisodes dans lesquels les protagonistes passent du désir de vengeance au pardon, ou vont même jusqu’à l’amitié. Le truc ? L’engagement à vivre la ‘’Parole de Vie’’ mois après mois.

J’étais prêtre de la Mission de Farim, en Guinée Bissau, une ville au nord de la capitale Bissau, à la frontière du Sénégal. On allait dans un village pour le catéchisme, pour la  préparation au Baptême.  Ce qu’on enseignait était important, mais personnellement j’avais l’impression qu’on restait souvent sur le théorique. Durant les années passées à Fonjumetaw, au Cameroun, j’avais expérimenté combien la Parole de Vie nous aidait pour le travail d’évangélisation. Ainsi j’ai commencé à prendre la Parole de Vie du mois, et après une simple explication, j’ai invité tout le monde à la mettre en pratique, pour ensuite se partager les fruits la semaine suivante. Pour faciliter les choses, j’ai donné à chacun un feuillet sur lequel était inscrit la phrase d’Evangile en disant de la coller à côté du lit et de la lire le matin en se levant et le soir en allant se coucher. A ceux qui ne savaient pas lire, je suggérais de se faire aider par leurs enfants. Les semaines suivantes ceux qui avaient ‘’quelque chose à dire’’ étaient toujours plus nombreux. Un après-midi, dans le village de Sandjal, à une vingtaine de kilomètres de Farim, au moment de partager leurs expériences, un homme a raconté ce qui lui était arrivé la semaine précédente. La Parole de Vie était « Aimez vos ennemis » (Mt. 5,44). « Une nuit, les vaches du voisin sont entrées dans ma plantation de haricots et ont tout détruit. Ce n’était pas la première fois. Pour ce motif, nous ne nous sommes plus parlé avec ce voisin pendant des mois. Cette fois-ci,  nous étions décidés à le faire payer. Il était temps qu’il comprenne le mal qui avait été provoqué.  Ma femme, mes enfants et moi, nous avons pris chacun un beau morceau de bois et nous sommes partis vers la maison du voisin. Mais après les premiers pas, j’ai pensé à la Parole de Vie et j’ai dit : « Stop ! On ne peut pas y aller. La semaine passée j’ai reçu un feuillet qui dit de pardonner aux ennemis, et dans quelques jours je dois retourner au catéchisme. Qu’est-ce que je vais raconter si maintenant je vais punir notre voisin ? » – Mais alors lui, il va continuer à faire comme avant ! » Nous sommes rentrés à la maison et nous nous sommes assis. Faire comme si rien ne s’était passé ne nous semblait pas juste. Nous avons décidé d’aller vers lui, non pas avec un air menaçant, mais pour dialoguer. Nous avons expliqué à notre ami les dégâts causés et nous lui avons demandé de faire attention à ses vaches. Notre voisin ne pouvait plus parler. Il s’est jeté à mes pieds et m’a demandé plusieurs fois pardon. A partir de ce moment nous avons recommencé à nous saluer, et je dirais que nous sommes devenus amis. Il y avait des mois que nous ne nous parlions plus ! Une joie nouvelle est entrée dans ma maison. » Dans un autre village, Sarioba, à 5 km de Farim, même scène, un étudiant se lève et raconte : « Chaque lundi nous devons aller à Farim à pieds pour l’école. Il y a un commerçant qui habite un village pas très éloigné, qui va aussi à Farim, avec sa camionnette. Normalement il n’a personne avec lui. Plusieurs fois nous lui avons demandé une place, mais il a toujours refusé. Lundi passé, ce fut la même chose. Seulement cette fois, après nous avoir dépassés et être arrivé  à une distance d’environ 1km, il s’est arrêté. Il avait des problèmes avec la machine et ne pouvait pas continuer. Arrivés là, on se demande si nous lui donnons un coup de pouce pour mettre en route la camionnette. Mes amis me disent : « Laissons-le se débrouiller, qu’il s’arrange. Lui ne nous a jamais aidés. » J’étais du même avis, et puis j’ai rappelé la Parole de Vie à mes collègues. Alors nous avons décidé de l’aider à mettre en route sa voiture. Elle repartit et le monsieur nous a offert de monter, mais nous lui avons dit que non n’avions pas besoin et nous avons continué à pieds. » P. Celso Corbioli, missionnaire OMI

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