Mouvement des Focolari

40 ans au service du Conseil œcuménique des Églises (COE)

Sep 18, 2026

Luzia Wehrle, focolarine suisse, a travaillé au Conseil œcuménique des Églises (COE) pendant quatre décennies. Elle revient sur les circonstances qui l’ont amenée à rejoindre le COE en 1969, à l’âge de 23 ans ; sur les visites de Chiara Lubich, fondatrice du Mouvement des Focolari ; et sur les raisons pour lesquelles elle estime que rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu.

Comment avez-vous été amenée à travailler au COE ?

Wehrle : Le docteur Lukas Vischer, théologien suisse de renom qui a longtemps dirigé la Commission de Foi et Constitution du COE, avait rencontré Chiara Lubich en 1962 à Rome. À son retour à Genève, il a raconté avoir rencontré une catholique romaine, désireuse de consacrer sa vie à un mouvement pour l’unité. Il en a parlé à ses collègues du COE et ils ont décidé de l’inviter à Genève en 1967 pour qu’elle leur présente cette spiritualité de l’unité. À cette occasion, afin de faciliter, d’entretenir et d’approfondir la relation avec Chiara Lubich et le Mouvement des Focolari, ils ont demandé si une personne du mouvement pourrait travailler au COE. C’est ainsi que j’ai commencé à travailler au COE en 1969.

J’étais pleine d’enthousiasme à l’idée de pouvoir contribuer à la mission du COE. J’avais 23 ans. Je pensais qu’en vivant cette spiritualité de l’unité, en la partageant, le rêve d’être un, la prière de Jésus « afin que tous soient un », deviendrait bientôt réalité. J’ai écrit cela à Chiara Lubich. Elle m’a répondu immédiatement : « Doucement, doucement, Luzia, tu dois seulement aimer, tu n’as pas d’autres responsabilités. Marie ne se souciait pas d’être active, par son amour, elle donnait de l’espace et de la visibilité à Jésus ». Cette phrase m’a libérée de toute pression et m’a accompagnée pendant les années où je travaillais au COE. Je n’étais pas et je ne suis toujours pas théologienne ni œcuméniste. Chiara n’en a pas tenu compte lorsqu’elle m’a demandé d’aller à Genève. Pour elle, l’important était d’aimer. Aimer Jésus en chaque personne.

En effet, ces 40 années ont été un immense cadeau et ont laissé dans mon cœur une empreinte indélébile – non seulement en raison de l’expérience œcuménique acquise au fil des nombreuses conférences à travers le monde, mais surtout grâce à l’immense cadeau que représente le fait de vivre pour l’unité des Églises. Ce fut un véritable privilège et, d’une certaine manière, une action de grâce continue envers Dieu qui, me semble-t-il, m’a permis de faire l’expérience de son amour personnel à travers cette période vraiment riche de ma vie au COE à Genève. Ce qui m’a profondément marquée, c’est de voir chez mes collègues la générosité avec laquelle ils ont consacré des années de leur vie au mouvement œcuménique, quittant notamment leur pays d’origine ainsi que leur famille, leur vie culturelle, leur confort et leur carrière. Quel enrichissement que de vivre aux côtés de tant de cultures différentes !

Quand a eu lieu la visite suivante de Chiara Lubich ?

Wehrle : Chiara Lubich est revenue au COE en 1982, à l’invitation du secrétaire général, Philip Potter, pour parler de sa spiritualité aux membres du personnel du COE. Philip Potter a forgé l’expression : « Elle a un style de vie œcuménique », qui a depuis souvent été utilisée pour décrire l’engagement des Focolari.

Lorsqu’au cours de la réunion plénière, un membre du personnel a demandé à Chiara comment mettre en pratique cette spiritualité dans la vie quotidienne, elle a proposé « La Parole de Vie », un feuillet mensuel – que vous connaissez peut-être – qui contient une phrase de l’Évangile accompagnée d’un commentaire, rédigé à l’époque par Chiara Lubich, sur la manière de la vivre. Environ 120 membres du personnel du COE avaient demandé à la recevoir régulièrement.

Il arrivait parfois que des personnes extérieures me demandent si je n’étais pas influencée par les mentalités protestantes et orthodoxes. Je répondais que oui. En effet, elles m’ont beaucoup influencée et m’ont aidée à devenir une meilleure catholique, un membre plus fidèle de mon Église. Elles ont renforcé ma foi par leur témoignage. J’ai également été profondément émue par le grand respect qu’elles manifestaient à l’égard de la pratique de ma foi catholique romaine. Les membres de la communauté catholique des Focolari assistent à la messe quotidienne. C’est pourquoi le COE me permettait de commencer à travailler un peu plus tard le matin, afin que je puisse assister à la messe de 8 heures. On m’accordait la même faveur chaque fois que nous voyagions pour participer à des conférences.

Je me souviens d’une conférence en Thaïlande. À notre arrivée, l’une des premières questions que m’a posées mon directeur était de savoir où et quand je pourrais assister à la messe. L’horaire de la réunion avec le comité de direction était donc fixé en tenant compte de mes engagements. Quand je revenais de l’église, mon directeur me demandait comment s’était déroulée la célébration et quelles avaient été les lectures des Écritures. J’ai dû lui dire en toute franchise que je ne me souvenais pas des passages lus. Je peux vous assurer que depuis ce jour-là, j’ai écouté la Parole de Dieu avec beaucoup plus d’attention !

Quels autres moments vous ont particulièrement marquée ?

Wehrle : Encore un petit épisode : mon directeur avait un rendez-vous important avec le secrétaire général. Quelques minutes auparavant, ce directeur est venu dans mon bureau et m’a demandé de faire venir la femme de ménage dans son bureau, car il venait de la croiser alors qu’elle pleurait. Comme elle ne parlait pas français, il m’a demandé de l’accompagner jusqu’à son bureau. Il voulait voir s’il pouvait l’aider. Je lui ai rappelé son rendez-vous, mais il m’a demandé d’appeler l’adjoint du secrétaire général pour le reporter. Je lui ai répondu que cela me semblait difficile et qu’il pourrait rencontrer la femme de ménage après son entretien avec le secrétaire général. Il a toutefois insisté et s’est entretenu avec elle pendant une heure, l’aidant à résoudre son problème. Très souvent, cette expérience m’a été d’une grande aide dans diverses situations de ma vie.

Les nombreuses assemblées du COE ont sans aucun doute constitué une expérience unique, en particulier lors des moments de prière. La joie de célébrer la présence de Dieu qui nous unit tous a été et reste un événement tangible et inoubliable qui renforce ma foi.

Même si lors d’Assemblées des opinions divergentes pouvaient parfois être source de tensions, prier ensemble a contribué à maintenir la présence de Jésus parmi nous et a guéri ces blessures afin que des solutions puissent être trouvées. L’un des moments les plus tristes a peut-être été le décès de l’un de nos collègues dans des circonstances vraiment tragiques, mais, là encore, le fait de pouvoir vivre l’expérience de la famille œcuménique nous a aidés et nous a permis de panser la blessure que beaucoup d’entre nous portaient dans le cœur.

Quand a eu lieu la troisième visite de Chiara Lubich ?

Wehrle : J’ai été profondément impressionnée par les préparatifs de la troisième visite de Chiara Lubich au Centre œcuménique en 2002. Cette visite a été préparée avec beaucoup de soin et d’efficacité. Pendant un an, les membres de la haute direction du COE ont organisé des rencontres mensuelles avec les membres de l’Église protestante locale et ceux du Mouvement des Focolari en Suisse. Toujours dans la perspective de cet événement, en tant qu’interprète, j’ai accompagné le docteur Raiser, alors secrétaire général, à la rencontre de Chiara Lubich, qui était en vacances dans le Valais (une région de Suisse), afin de discuter du programme. J’ai été profondément marquée par l’attention que Chiara accordait à Konrad Raiser, par son intérêt pour le COE et par l’estime qu’elle portait au travail de cette organisation. Elle a également évoqué Jésus crucifié et abandonné comme clé pour parvenir à l’unité. Elle a ensuite demandé à Konrad Raiser lequel des deux thèmes il souhaitait qu’elle aborde : « Une spiritualité de l’unité » ou « L’unité et Jésus crucifié et abandonné, fondement d’une spiritualité de communion ». Je me souviens que Konrad Raiser n’a pas hésité un seul instant à choisir le second.

À l’issue de cette visite, Konrad Raiser et Chiara Lubich ont rédigé et signé une réflexion commune intitulée « Spiritualité de l’unité », qui a mis en évidence un espoir renouvelé pour notre cheminement œcuménique commun.

Les nombreuses rencontres et les contacts entre le Conseil œcuménique des Églises (COE) et le Mouvement des Focolari ont suscité un désir croissant de collaboration plus étroite : participation réciproque à des congrès (à Rome, à Genève ou ailleurs) et dans divers domaines tels que la spiritualité, la théologie, l’économie, les relations internationales, l’éducation, la justice, la paix et la jeunesse. Le COE a également été associé à un projet intitulé « Ensemble pour l’Europe ». Le groupe musical des Focolari, « Gen Rosso », a été invité à se produire dans le cadre de la « Décennie pour vaincre la violence », qui s’est déroulée dans les Caraïbes en 2009.

L’un des moments marquants de ces 40 années s’est produit fin janvier 2008 – quelques semaines avant le décès de Chiara Lubich. Une fois encore, en tant qu’interprète, j’ai accompagné le docteur Sam Kobia, alors secrétaire général du COE, qui, avec Yorgo Lemopoulos [1] et Martin Robra [2], a rendu visite à Chiara chez elle, à Rome. Ils voulaient la remercier pour tout ce qu’elle avait fait pour promouvoir l’unité, non seulement des Églises, mais de toute l’humanité, fondée avant tout sur Jésus crucifié. Ils voulaient également encourager Chiara à poursuivre son chemin. Cette visite fut un moment unique de joie, de communion profonde.

À sa mort, Samuel Kobia lui a rendu hommage en déclarant : « Notre amour pour Chiara et notre immense gratitude pour le don de Dieu qu’elle a représenté pour le mouvement œcuménique continueront à nous motiver et à nous inspirer dans notre travail pour l’unité visible de l’Église ».

Qu’espérez-vous encore pour le mouvement œcuménique ?

Wehrle : Je suis très optimiste quant au mouvement œcuménique, notamment parce que, au cours de mes 40 années de travail au COE, au cours desquelles j’ai participé à de nombreuses conférences à travers le monde, j’ai compris ce que signifie l’unité des chrétiens : construire des relations personnelles qui ne nous séparent pas, mais qui favorisent l’intérêt pour la diversité des nombreuses confessions chrétiennes et qui nous enrichissent mutuellement. De plus, lorsqu’il y avait des tensions, parfois même graves, nous discutions entre nous, nous nous écoutions les uns les autres, renforçant ainsi la foi en une unité visible et, très souvent, ouvrant de nouvelles portes à travers lesquelles la lumière de Dieu était palpable !

Souhaiteriez-vous partager un autre souvenir ?

Wehrle : Je me souviens de ma fête d’adieu. En regardant les personnes présentes, j’ai ressenti profondément – et je l’ai d’ailleurs dit à haute voix – que rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu, car si j’essaie de demeurer dans Son amour, de le vivre, notre relation ne peut que grandir et ne sera jamais oubliée. Pour moi, c’était et c’est encore aujourd’hui cette famille avec la présence de Dieu au milieu de nous. « Car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20). Cette réalité de Jésus parmi nous m’a aidée dans de nombreuses situations.

Entretien original publié sur le site du Conseil œcuménique des Églises : https://www.oikoumene.org
Photo: Albin Hillert e Valter Muniz/CEC


[1] Vice-secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises
[2] Directeur exécutif du Conseil œcuménique des Églises

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