Mouvement des Focolari
Un prix décerné à un « ingénieur des relations »

Un prix décerné à un « ingénieur des relations »

Tonadico, petit village des Dolomites, dans le nord de l’Italie, est devenu en 1949 un lieu d’une immense importance pour le Mouvement des Focolari. L’expérience mystique vécue dans ces montagnes par la fondatrice du Mouvement, Chiara Lubich, aux côtés de ses premiers compagnons et du célèbre parlementaire et journaliste italien Igino Giordani, continue de façonner la spiritualité du Mouvement à travers le monde. Aujourd’hui, 77 ans plus tard, la commune de Primiero (Italie) et le Mouvement des Focolari ont décerné pour la première fois le prix international « Tonadico – Ville du Pacte ». Celui-ci a été attribué à Gerhard Pross, du YMCA d’Esslingen, en Allemagne. De confession évangélique luthérienne, il est cofondateur et ancien modérateur du mouvement œcuménique « Insieme per l’Europa » (Ensemble pour l’Europe).

Un pacte qui reste d’actualité

Le 16 juillet 1949, Chiara Lubich et Igino Giordani ont échangé un pacte d’unité lors d’une célébration eucharistique à l’église, qui a donné naissance à une expérience mystique restée dans les mémoires sous le nom de Paradiso ’49 (Paradis 1949). Les compagnons de Chiara Lubich se sont ensuite joints à ce pacte. Ce « moment historique » reste bien plus qu’un simple souvenir, a souligné le maire de Primiero, Daniele Depaoli, lors de la cérémonie de remise des prix. Grâce à une spiritualité qui « pénètre le monde séculier, la vie civile et politique », ce pacte reste d’actualité, a affirmé M. Depaoli, dont les propos ont également été rapportés par Vatican News.

La décision d’attribuer ce prix, nouvellement créé, en premier lieu à l’Allemand Gerhard Pross a été expliquée par le sociologue Bruno Turra au cours de l’événement : Pross est un « ingénieur des relations », un « maître dans l’art de tisser des communautés ».

Un œcuménisme des cœurs

Au cours de la cérémonie, Pross a retracé les débuts du mouvement œcuménique « Ensemble pour l’Europe », en décrivant une rencontre au centre œcuménique du Mouvement des Focolari à Ottmaring (Allemagne), immédiatement après la signature de la déclaration commune sur la doctrine de la justification par les représentants de l’Église catholique romaine et de la Fédération luthérienne mondiale à Augsbourg. Là, une cinquantaine de responsables de différentes Églises et mouvements chrétiens, en présence de Chiara Lubich, avaient prié ensemble et s’étaient mutuellement demandé pardon pour les souffrances du passé. « Après cela, c’était comme si les cieux s’étaient ouverts et qu’un océan de grâce s’était déversé sur nous », se souvient Pross à Tonadico. Il n’avait jamais vécu un moment aussi profond. C’est là qu’était né un « véritable œcuménisme du cœur ».

Il n’y a pas de frontières entre le ciel et la terre.

Pour lui, ce fut un moment tout aussi mystique que le pacte entre Chiara Lubich et Igino Giordani : « Ici, à Tonadico, le ciel et la terre se sont unis, car l’expérience mystique de Chiara Lubich a aboli les frontières entre le ciel et la terre ».

Extrait d’une page du site Startseite | Movimento dei Focolari – Svizzera (Startseite | Mouvement des Focolari – Suisse)

L’enregistrement de l’événement de Tonadico est disponible en italien sur la chaîne YouTube focolaritalia: La registrazione dell’evento di Tonadico

Photo © L. Taite – D. Goller – R. Di Pietro

Enracinée entre deux rives : dialogue entre foi et identité

Enracinée entre deux rives : dialogue entre foi et identité

Je m’appelle Sarra Marta Lupășteanu, j’ai dix-neuf ans et je suis née à Trente (Italie). Chaque fois que je prononce cette phrase, je réalise à quel point mon histoire entrelace des lieux, des cultures et des croyances qui, souvent, ne se rencontrent pas facilement. Je suis italo-roumaine et surtout orthodoxe, fille du père Ioan, prêtre de l’Église roumaine ici en ville, et de Delia Rodica. Notre église se trouve via San Marco, au cœur du centre historique : un petit monde roumain niché entre le château du Buonconsiglio, des rues et des maisons qui racontent des siècles de catholicisme trentin.

Grandir ici a signifié, dès mon enfance, vivre tout naturellement avec la conscience d’appartenir à une minorité. Pas une minorité fermée ou isolée, mais une présence différente, qui doit souvent se justifier. Quand mes camarades me demandaient pourquoi, à Pâques, nous suivions un calendrier différent ou pourquoi il y avait tant d’icônes dans notre église, je comprenais que mon quotidien et le leur ne coïncidaient pas. Pourtant, je ne me suis jamais sentie divisée : catholiques et orthodoxes, nous croyons au même Dieu, mais avec des traditions, des rites et des sensibilités différentes. C’est précisément sur ce point que naît une réflexion que je garde toujours à l’esprit : il faut dialoguer entre les communautés, mais faire preuve aussi de bonne volonté car la compréhension ne vient pas d’elle-même, il faut la vouloir.

Aujourd’hui, j’étudie la philosophie à l’université de Trente, et ce choix a amplifié ma capacité à observer et à comprendre ce que je vis. Entrer dans un milieu universitaire, où les identités se mélangent et s’affrontent, m’a fait réfléchir encore davantage à ce que signifie appartenir à une confession perçue comme « autre » par rapport à celle de la majorité.

Parfois, j’ai l’impression de marcher sur un pont : d’un côté, ma communauté orthodoxe, avec ses racines, ses chants et ses traditions que j’ai absorbés depuis toute petite ; de l’autre, la société de Trente où je suis née, où j’ai étudié, où j’ai grandi et qui, depuis deux ans maintenant, est aussi ma patrie officielle après avoir obtenu la nationalité italienne. Je parle roumain, je connais les traditions de mon pays d’origine et ma famille m’a appris à les préserver, mais je suis aussi profondément attachée à Trente, à ses rythmes et à ses habitudes. Quand j’entre dans notre église de la rue San Marco, je me sens enveloppée d’une familiarité qu’aucun autre lieu ne m’offre : les icônes dorées, les voix du chœur pendant la liturgie, la communauté qui salue mon père en l’appelant « Părinte ». Et pourtant, cette différence ne m’a jamais fait me sentir étrangère. Au contraire, elle m’a appris à regarder le monde sous plusieurs angles. Dans une ville à forte tradition catholique, la présence d’autres confessions chrétiennes montre que la foi peut être plurielle sans perdre en vérité.

Aujourd’hui, en tant que jeune qui construit son avenir, je sais que mon identité naît de la rencontre de deux dimensions ; c’est une lentille à travers laquelle je me lis moi-même et le monde. C’est la conscience que les racines n’empêchent pas de grandir ailleurs. Je suis un « pont », et j’ai désormais cessé de craindre de rester suspendue : c’est précisément là, entre deux rives, que j’ai appris à vivre. Et c’est dans cet espace que j’ai découvert ma liberté la plus authentique : celle de porter en moi ces deux mondes sans avoir à choisir, en les laissant dialoguer, se compléter et me rendre entière : enracinée et en chemin, le cœur ouvert à l’avenir.

Sarra Marta Lupășteanu
Article publié dans le bulletin des paroisses des Saints Pierre et Paul et de Saint Martin à Trente de décembre 2025
Foto: Chiesa romena di Trento – e Magda Ehlers by Pexels

L’œcuménisme naît de la rencontre

L’œcuménisme naît de la rencontre

Le 22 avril, une trentaine de responsables d’Églises et d’organisations chrétiennes mondiales ont visité le Centre international du mouvement des Focolari à Rocca di Papa. Cette visite s’inscrivait dans le programme de la rencontre annuelle du Comité international du Global Christian Forum (GCF – Forum Chrétien Mondial), qui se tenait à Rome et a constitué une opportunité importante de connaissance mutuelle et de dialogue œcuménique.

La rencontre a permis d’approfondir l’histoire, le charisme et l’engagement du Mouvement des Focolari en faveur de l’unité des chrétiens. Après une présentation introductive, un dialogue intense et animé s’est engagé, ponctué de nombreuses questions et réflexions. À la fin, Margaret Karram, Présidente du Mouvement des Focolari, a prononcé quelques paroles, en partageant également un témoignage personnel qui a suscité un vif écho parmi les participants.

Les membres du Comité ont exprimé leur gratitude pour l’accueil reçu et pour la lumière qui s’est dégagée de la rencontre. La commissaire Jane Paone, de l’Armée du Salut internationale, a commenté : « Pour moi, ce fut une expérience très “vibrante” : j’ai été touchée par la joie et l’hospitalité ».
Le Dr Hanns Lessing, représentant de la Communion Mondiale des Églises Réformées, a déclaré : « J’ai été particulièrement touché par la façon dont le commandement évangélique, « Aime ton prochain comme toi-même », peut se traduire aujourd’hui par « une invitation à aimer l’autre communauté ecclésiale comme la sienne ».
Le professeur Dirk Lange, de la Fédération Luthérienne Mondiale, a mis en lumière le lien profond entre les témoignages entendus et l’identité du Global Christian Forum : « Les témoignages de foi de Chiara Lubich et de Margaret Karram nous ont conduits au cœur du GCF : construire des relations par le don de soi, dans la confiance que Dieu pourvoit toujours. L’amour de Dieu est au centre et l’amour réciproque unit. »

Fondé en 1998 à l’initiative du Conseil œcuménique des Églises, sous le mandat de son Secrétaire Général de l’époque, le Dr Konrad Raiser, le Global Christian Forum est un espace œcuménique unique qui rassemble tous les principaux courants du christianisme mondial, y compris les Églises pentecôtistes et libres. Son charisme spécifique est le partage de témoignages de foi personnels comme moyen privilégié pour construire des relations, surmonter les distances historiques et promouvoir l’unité dans la diversité. Comme l’a souligné ces derniers jours le Dr David Wells, de la Pentecostal World Fellowship : « Le GCF favorise un dialogue qui ne part pas de positions doctrinales ou politiques, mais des personnes. »

Le Comité international, composé d’une trentaine de responsables ecclésiaux – dont fera également partie, à partir de 2026, le mouvement des Focolari –, a réfléchi aux défis de l’avenir, dans un monde marqué par des polarisations croissantes qui touchent également les Églises. Une question centrale s’est alors posée : comment être aujourd’hui des artisans de réconciliation ?

Il est apparu clairement à tous que le GCF occupe une place unique dans le paysage œcuménique. Comme l’a ajouté David Wells, en utilisant une métaphore efficace : « Le GCF est comme un engrais : il agit sous la surface. On ne le voit pas toujours tout de suite, mais ses fruits apparaissent avec le temps, orientés vers l’unité visible. »

Une forte consonance s’est ainsi mise en évidence entre l’objectif et la méthode de dialogue du Global Christian Forum et le charisme et le « dialogue de la vie » du mouvement des Focolari, ouvrant des perspectives de collaboration pleines d’espoir pour le chemin vers l’unité de l’Église et de toute la famille humaine.

Enno Dijkema

Une force prophétique aujourd’hui

Une force prophétique aujourd’hui

Du 16 au 18 avril 2026, le Comité d’Orientation du réseau « Ensemble pour l’Europe » (EpE) s’est réuni pour sa retraite annuelle, cette fois au Centre Schoenstatt de Vienne, Autriche, sur le Kahlenberg. 26 participants, représentant huit des mouvements chrétiens qui composent le réseau, ont dressé le bilan de l’année écoulée et défini les objectifs pour les projets futurs.

Un aspect central de la rencontre de cette année a été le renouvellement de certains membres au sein du Comité d’Orientation. Cette transition a été préparée au cours des deux dernières années dans un climat d’écoute de l’Esprit, afin de garantir à la fois la continuité et de nouvelles impulsions.

Margaret Karram, Présidente du mouvement des Focolari, a exprimé dans une lettre sa profonde gratitude envers les membres sortants pour le grand engagement dont ils ont fait preuve au cours des dernières décennies dans la construction d’EpE. Ont pris congé du groupe : Gerhard Pross (CVJM Esslingen), cofondateur d’EpE et modérateur de longue date, ainsi que Thomas Römer et Walter Kriechbaum (tous deux du CVJM Munich, engagés dans EpE depuis ses débuts).

Diego Goller (IT) et Ilona Toth (HO), représentants de la Présidente du mouvement des Focolari au sein du Comité d’Orientation, ont souhaité la bienvenue à leurs successeurs : Liz Taite (GB), forte d’une longue expérience dans l’oecuménisme, et Alberto Lo Presti (IT). Les fonctions de la Secrétaire Générale seront assumées par Maria Wienken (DE), secondée par Elisabeth Danner (A), toutes deux membres du mouvement des Focolari. La passation de pouvoir a été célébrée solennellement lors de la prière du soir et scellée par le « Pacte de l’amour réciproque ». Gerhard Pross a souligné la grandeur de la mission d’EpE et ses riches fruits, qui ont marqué des étapes importantes dans l’histoire de l’Église, comme le décrit le livre « Sternstunden der Einheit » (Moments forts d’unité).

Le rôle de modérateur d’EpE sera désormais assumé par un groupe composé de trois membres du Comité actuel : Soeur Nicole Grochowina (Communauté Christusbruderschaft Selbitz), le Père Raffael Rieger (Mouvement de Schönstatt) et Matthias Bühlmann (Vineyard). « Ce changement marque non seulement la fin d’une époque, mais aussi le début d’une nouvelle phase de collaboration au niveau européen », a commenté l’un des participants.

Un autre membre a ajouté : « Les journées passées au Kahlenberg ont montré que notre diversité est notre force. Avec la nouvelle équipe, nous envoyons un signal clair de continuité et de nouveaux horizons. » Un autre participant a souligné : « EpE écrit une histoire d’espoir en ces temps apparemment sans espoir. C’est pourquoi il est aujourd’hui plus important que jamais de marcher ensemble ».

Un autre point central des discussions a été le travail des Comités Nationaux, qui assument une responsabilité croissante dans l’ancrage d’EpE dans leurs pays respectifs.

Les prochains rendez-vous importants ont également été abordés :

  • 9-13 mai 2026 : À l’occasion de la Fête de l’Europe, 120 jeunes Européens visiteront le Parlement Européen. Impressionnés par l’unité chrétienne vécue au sein d’EpE, ces jeunes ont rédigé un « Pacte entre les générations » qu’ils présenteront aux députés.
  • 29-31 octobre 2026 : Prochaine « Rencontre des Amis » au Centre Vineyard de Würzburg, Allemagne.
  • 4-6 mai 2028 (date prévue) : Grand événement à Castel Gandolfo et Rome, Italie.

La réunion de 2026 du Comité d’Orientation a ainsi marqué une étape importante pour l’orientation future du réseau, qui continue à s’engager pour l’unité et la fraternité sur tout le continent.

Beatriz Lauenroth
Photo : avec la gentile autorisation d’« Insieme per l’Europa »

« Soyez la bonne nouvelle pour votre pays »

« Soyez la bonne nouvelle pour votre pays »

Premier Pontife de l’histoire moderne à avoir une connaissance directe de l’Afrique, le pape Prevost, dès l’époque où il était à la tête de l’Ordre des Augustins, avait visité en personne toutes les régions d’Afrique : centrale, méridionale, occidentale, australe !

À bord de l’avion papal reliant Rome à Alger, le pape Léon XIV a déclaré aux journalistes : « Dès le mois de mai dernier, j’avais dit que lors de mon premier voyage, je souhaitais me rendre en Afrique. Beaucoup m’ont tout de suite suggéré l’Algérie en raison de saint Augustin ».

11 jours, 18 vols, plus de 18 000 km. Algérie, Cameroun, Angola, Guinée équatoriale. 25 discours et homélies, huit messes publiques célébrées, des rencontres avec des présidents, des évêques et des imams. Dans ses interventions, le Souverain Pontife a mis en avant les œuvres de miséricorde de l’Église à travers des rencontres en marge avec des détenus, des orphelins et des personnes âgées, et il a rencontré des centaines de milliers de fidèles. Le talent polyglotte du pape a été mis en pleine lumière : « il nous a parlé en français, en portugais, en espagnol et en anglais pour entrer en contact personnel avec les différentes populations locales ».

Dans un discours historique prononcé devant les autorités camerounaises le 15 avril, jour de son arrivée, Léon a abordé de front la crise humanitaire, politique et sociale qui afflige le pays depuis une décennie. Il a décrit le coût humain en termes clairs — des vies perdues, des familles déplacées, des enfants privés d’éducation et une génération de jeunes sans espoir — tout en louant la diversité culturelle et linguistique du pays comme un « trésor » plutôt qu’un fardeau.

Une étape fondamentale du voyage au Cameroun s’est déroulée à Bamenda, au cœur d’une région déchirée par la violence séparatiste depuis dix ans. Le pape Léon XIV a présidé une rencontre sur la paix dans la cathédrale Saint-Joseph. Autour de la table, un chef traditionnel, un modérateur presbytérien, un imam et une religieuse catholique. « Une image forte qui continuera à nourrir notre imaginaire pendant très longtemps », a déclaré Elisabeth, une habitante de Bamenda : « un pape entouré de représentants de différentes confessions et communautés dans une ville au cœur d’un conflit en cours, qui appelle au dialogue plutôt qu’à la violence, à la réconciliation plutôt qu’à la vengeance ».

Le pape s’est adressé à toute la communauté composée de personnes venues du nord-est et du sud-est, qui avaient parcouru de nombreux kilomètres en surmontant la peur et les obstacles pour être présentes à cette journée. Il a remercié tous ceux qui choisissent de jeter des ponts au quotidien et qui soignent les blessures. Mais il a également lancé un avertissement « à ceux qui déforment les religions et le nom même de Dieu pour poursuivre leurs propres objectifs militaires, économiques et politiques ». Une dénonciation à l’encontre de tous ceux qui, a affirmé le pape, « dépouillent votre terre de ses ressources et investissent généralement une grande partie des profits dans les armes, dans une spirale de déstabilisation et de mort sans fin ».

La deuxième journée du pape au Cameroun a été entièrement consacrée aux jeunes. C’est précisément à cette jeunesse, pleine de vie et en mouvement, que Léon XIV a choisi de s’adresser directement dans son homélie, devant 120 000 fidèles au stade de Japoma, à Douala, puis devant les étudiants de l’Université catholique d’Afrique centrale. Léon XIV a multiplié les appels à résister à l’émigration, à la corruption et aux illusions du monde numérique. Avec, en filigrane, un message réitéré deux fois le même jour : l’avenir du continent se construira ici, et nulle part ailleurs.

Le Pape n’a pas éludé la réalité du pays au stade de Japoma en parlant de la pauvreté, tant matérielle que spirituelle, et en lançant un appel aux jeunes : « Pour faire de votre esprit fier une prophétie du monde nouveau, prenez pour exemple ce que nous avons entendu dans les Actes des Apôtres. Les premiers chrétiens ont en effet rendu un témoignage courageux du Seigneur Jésus face aux difficultés et aux menaces », et en pensant à la façon dont ils ont persévéré même au milieu des outrages, il a invité à « refuser toute forme d’abus et de violence, qui trompent en promettant des gains faciles et endurcissent le cœur ». Il leur a rappelé la véritable richesse du peuple : « la foi, la famille, l’hospitalité, le travail ». Pour illustrer son discours, Léon XIV a cité le bienheureux Floribert Bwana Chui, un martyr congolais tué en 2007 pour avoir refusé, en tant que douanier, de laisser passer une cargaison de médicaments contrefaits. Il est présenté comme un saint de la résistance à la corruption, un modèle pour la jeunesse africaine : Le Souverain Pontife a en outre poursuivi en disant : « Soyez la bonne nouvelle pour votre pays ».

Dans l’après-midi à Yaoundé, le pape est attendu à l’Université catholique d’Afrique centrale, fleuron de l’enseignement supérieur de la région, qui attire chaque année plus de 5 000 étudiants venus notamment du Gabon, du Tchad, de Guinée Équatoriale et d’autres pays. Ils sont 8 000 à accueillir Léon XIV avec l’enthousiasme typique du monde universitaire.

Devant cet auditoire de jeunes africains, le pape Léon a choisi d’aborder des sujets sensibles et d’actualité : la corruption, l’intelligence artificielle et ses dérives, les migrations, etc.

C’est précisément cette tension entre la tentation de l’exil et le devoir envers son propre pays que Léon XIV a placée au centre de son discours. « Face à cette tendance à vouloir émigrer, qui peut faire croire qu’on trouvera facilement ailleurs un avenir meilleur, je vous invite avant tout à répondre par un ardent désir de servir votre pays », a-t-il déclaré aux étudiants, leur rappelant que l’université a été fondée il y a trente-cinq ans précisément pour former « des témoins de sagesse et d’équité dont le continent africain a besoin ».

Évoquant l’intelligence artificielle, le pape a déclaré, avec une gravité inhabituelle : « Lorsque la simulation devient la norme, nous vivons comme dans des bulles imperméables les unes aux autres, nous nous sentons menacés par celui qui est différent ». Sa conclusion est directe, sans détours : « C’est ainsi que se propagent la polarisation, les conflits, les peurs et la violence. Ce n’est pas un simple risque d’erreur qui est en jeu, mais une transformation du rapport même à la vérité ».

L’Afrique paie le coût environnemental et humain de l’extraction du cobalt, minéral indispensable aux batteries qui alimentent les centres de données et les appareils connectés à Internet. Le Pape n’a pas mâché ses mots sur ce point : « La face cachée des ravages environnementaux et sociaux causés par la course effrénée aux matières premières et aux terres rares » doit être dénoncée, a-t-il réaffirmé avec force.

Liliane Mugombozi (Cameroun)


Photo : avec l’aimable autorisation de la Nonciature apostolique au Cameroun

L’Évangile qui met « l’autre » au centre

L’Évangile qui met « l’autre » au centre

Je suis un prêtre anglican d’Ouganda et j’ai découvert la spiritualité du Mouvement des Focolari il y a quinze ans, lorsque j’étais au séminaire pour ma formation ministérielle. Elle m’a profondément marqué, ainsi que ma famille et mon Église, car elle exprime de manière idéale deux aspects fondamentaux : l’Amour et l’Unité. Nulle part dans la Bible nous ne trouvons un passage qui mette l’accent sur la division, la séparation, la haine, la malveillance, le tribalisme, les divisions confessionnelles ou la ségrégation raciale. Au contraire, la Bible invite à l’unité et à l’amour entre les personnes, même lorsqu’il existe des différences.
Nous sommes appelés à aimer avant tout notre prochain, car c’est à travers lui que nous aimons Dieu. J’ai ainsi appris à voir Jésus dans chaque personne qui m’est proche (cf. Mt 25) et je reçois beaucoup de paix chaque fois que je partage le peu que j’ai avec ceux qui en ont besoin.

Jésus, dans l’une de ses dernières prières avant l’Ascension, dit : « Qu’ils soient un, comme moi je suis un avec toi, Père » (Jean 17, 21). Cela implique que l’unité devrait être notre objectif dans la vie. Grâce à cette prise de conscience, j’ai eu l’occasion de rencontrer et de dialoguer avec de nombreuses personnes de différentes confessions, telles que des catholiques, des orthodoxes, des luthériens, mais aussi des personnes d’autres religions, des bouddhistes et des adeptes de religions traditionnelles, à tous les niveaux et de tous âges. Cela m’a donné une vision plus large de la manière de vivre et de gérer la vie dans tous ses aspects. J’ai éprouvé la joie de voir en eux des frères et des sœurs.

J’ai également vu des évêques de l’Église anglicane d’Ouganda accueillir cette spiritualité à travers notre expérience, l’expression de notre vie et notre témoignage. Actuellement, cinq évêques sont amis du Mouvement, dont l’archevêque de l’Église anglicane d’Ouganda. Certains d’entre eux ont également participé aux conférences œcuméniques (conferenze ecumeniche) internationales des évêques organisées par le Mouvement des Focolari.

Nous avons actuellement lancé un groupe de communion à l’Université Chrétienne d’Ouganda, dans le but de mettre en pratique l’amour et l’unité parmi les jeunes étudiants universitaires ; en même temps, nous transmettons également la valeur de l’« Ubuntu »[1], dans le cadre de l’initiative Together for a New Africa , à laquelle je participe en tant que tuteur de cette deuxième édition. Après tout cela, les gens me posent souvent des questions auxquelles j’ai du mal à répondre : « Pourquoi es-tu toujours heureux ? Tu ne te mets jamais en colère ? Pourquoi es-tu toujours disponible ? Tu n’as rien d’autre à faire ? Pourquoi es-tu si généreux ? », et ma réponse a toujours été : « Faites le bien, la récompense est au Ciel ».




Après les quatre Évangiles du Nouveau Testament, le cinquième Évangile que tout le monde devrait lire est celui qui se trouve dans notre prochain, dans l’autre. Nous devons nous considérer comme un témoignage vivant, afin que nos œuvres et nos actions reflètent l’image de Dieu, en faisant aux autres ce que nous aimerions qu’ils nous fassent. Mettre en pratique ce que la Bible enseigne : aimer Dieu de tout son cœur, de tout son esprit et de toute son âme, et aimer son prochain comme soi-même.

Révérend Chanoine Bwanika Michael Eric


[1] Ubuntu est un mot d’origine bantoue d’Afrique subsaharienne qui exprime une philosophie de vie centrée sur la compassion, le respect et l’interdépendance humaine, qui peut se résumer par la maxime « Je suis parce que nous sommes », soulignant par là que l’individu se réalise à travers la communauté, le partage et le bien-être collectif.