Mouvement des Focolari
Giordani: la tâche de l’écrivain

Giordani: la tâche de l’écrivain

IginoGiordani_scrittore-a«Dans un monde rationnel, l’écrivain devrait se sentir au centre de la vie collective : comme celui qui dirige et interprète l’âme du peuple.

Mais le monde est pour une part dirigé par la rationalité : d’un autre côté, il est dirigé par l’instinct, par des passions irrationnelles : par exemple par la peur, et alors, l’écrivain devient populaire en fonction de ce qu’il recueille et peut-être en fonction des instincts des masses qu’il exaspère.

Aujourd’hui sont souverains la technique, la mécanique, le sport, le cinéma d’une part, la démagogie, l’affairisme, la politique d’abord de l’autre : et l’écrivain – s’il ne veut pas se réduire à la fonction marginale – doit se mettre au service d’intérêts matériels et passionnels ; écrire pour un journalisme souvent nécessairement asservi, par son énorme coût, à des groupes industriels, à des partis politiques, à des idéologies et à des professions qui ne visent que la rentabilité. La liberté de presse se perd parce que la presse se raréfie sous la pression financière ; et la liberté de l’écrivain se perd. Ceci aide à expliquer la disparition du type de grand écrivain ; et cela aide à expliquer pourquoi plus d’un, transfère son exercice dans l’arène politique ou cherche un soulagement dans d’autres domaines.

Par ailleurs, si c’est la décadence rationnelle des peuples qui produit la raréfaction, l’épuisement de l’écrivain et le réduit à la marginalité, c’est également vrai que c’est aussi la décadence spirituelle, morale et intellectuelle de celui qui écrit qui produit l’éloignement des lecteurs. La vérité est que l’écrivain est la cause et l’effet de son milieu social. Il faudrait qu’il y ait plus de cause que d’effet. Que s’il était ce qu’il doit être : un maître ou presque dirais-je, un apôtre ou un prophète, le peuple le suivrait et le lapiderait : il montrerait en somme un vif intérêt aux manifestations de son esprit. La place de l’écrivain est d’avant-garde : presque de reconnaissance : dans tous les cas de risque. En effet, pour accomplir une mission apostolique, de formation et d’élévation, l’écrivain risque pauvreté et incompréhension.

La position de l’écrivain est relative à la valeur du message qu’il porte ainsi qu’à la force et aux façons de l’expression artistique avec lesquelles il le porte.

Dans un monde où la technique et l’organisation, la planification et le centralisme, l’esprit grégaire et la fatigue de la liberté ont submergé l’âme de l’homme, en l’accablant de bruits et d’ordres, un écrivain libre qui concourrait à la libération spirituelle – à la rédemption de l’homme – en aidant à surmonter le  »déséquilibre »entre monde extérieur immense et monde intérieur exigu, il accomplirait une tâche plus grande que celle des hommes d’État les plus en vogue.

Dans un monde lézardé par les scissions et tremblant de la peur produite par la haine, une parole de fraternité et d’humanité, c’est – à- dire de charité, dite avec clarté, beauté et puissance, consacrerait son auteur à la gratitude des peuples, en lui conférant une situation de centre dans l’orbite de la civilisation ».

(De : Igino Giordani, Il compito dello scrittore, « La Via », 2.2.1952, p.3)

Libye dans le chaos : une voix courageuse

« Mgr Giovanni Martinelli est un  »petit-grand homme ». Un homme de courage qui, malgré un grave problème de santé qui l’a touché il y a deux ans, continue obstinément à vouloir rester dans sa Libye, pour assister, comme un pasteur affectueux, ses brebis désormais réduites à une poignée de philippines qui travaillent dans les hôpitaux en tant qu’infirmières et qui  »ne peuvent » quitter le Pays. « Je n’ai rien de particulier à dire – commence-t-il – nous sommes devenus orphelins de l’ambassadeur qui est parti. Mais je le répète, je n’ai rien à dire, nous sommes ici parce que Jésus nous veut ici. Je suis au service du peuple, je ne suis pas ici pour je ne sais quel pouvoir ». Et la communauté catholique ?  » La communauté chrétienne existe encore, nous sommes tranquilles ». Vous êtes tranquilles ? ‘‘Nous avons à peine célébré la messe, Dieu est avec nous, pourquoi devrions-nous avoir peur ? ». Le père Sylvester est-il aussi encore à Bengasi ?  »Certainement – répond Mgr Martinelli – lui aussi dit qu’on peut encore rester pour être proches de ce peuple tellement éprouvé » Que supposez-vous qu’il pourrait arriver dans le futur ?  » Les prévisions sont très difficiles à faire, il est même préférable de ne pas en faire car bien trop souvent nous avons émis des hypothèses qui ne se sont ensuite pas réalisées. Il vaut mieux vivre jour après jour, je dirais même plus, moment par moment. Dans le moment présent, tout y est. En ce moment je rencontre Jésus, je rencontre les frères, j’aime ce peuple ». Comment la situation à Tripoli est-elle ?  » Elle me semble assez calme, ils ne nous ont rien interdit. L’atmosphère est tranquille et pacifique. Il n’y a pas de grand danger à circuler pendant le jour. Bien sûr, le soir, nous restons à la maison ». Peur ?  »Pour le moment, nous n’avons pas reçu de menaces directes. On est en train de voir comment se dérouleront les choses. Peut-être nous couperont-ils la tête…Mais je la leur donnerai sur un plateau, car je suis ici pour mourir pour mes gens ». Comment voyez-vous le rôle de l’Italie dans cette histoire ?  »Elle s’est beaucoup engagée, en particulier l’ambassadeur, pour garder ouvert le canal du dialogue entre les différentes tribus, entre les différentes factions. L’Italie a fait jusqu’à présent une propagande de paix ». Comment voyez-vous une intervention armée étrangère ?  »Je ne crois pas que ce soit la solution ». En 2011, quand soufflaient des menaces de guerre, vous disiez que si cela s’était passé, la Libye risquait d’exploser dans ses divisions tribales et politiques. Mais malheureusement les européens semblaient certains que la démocratie élective aurait contagionné positivement le Pays… » La prudence aurait été utile, à cette époque comme actuellement. La diplomatie internationale devrait faire sa part pour remettre ensemble les morceaux de la Libye. Ils ne doivent pas imposer des visions politiques qui n’appartiennent pas à ces gens ». Puis il reprend et conclut : » Si on vient ici seulement avec les armes et sans une forte volonté de dialogue, cela ne sert à rien. Il faut venir ici pour aimer ce peuple, non pour servir les intérêts des occidentaux, non pour exploiter le pétrole ou d’autres ressources. Ici, on ne peut venir que si on a la volonté de dialoguer avec les musulmans. Je suis ici pour cela et pour aucun autre but ». Source : Città Nuova online

#DoYouCare? Le dialogue, ça t’intéresse?

#DoYouCare? Le dialogue, ça t’intéresse?

20150219-01Un groupe de 80 jeunes chrétiens et musulmans. Un sujet : le multiculturalisme, les différentes religions, le dialogue. Une question : ça t’intéresse ? Une formule : celle de « Regenerate», deux jours dans l’Hertfordshire, dans un climat de détente où l’on peut affronter aussi des questions brûlantes. C’est une initiative des jeunes du Mouvement des Focolari de Grande-Bretagne et d’Irlande. Cette année ils se retrouvent avec un groupe de l’Islamic Unity Society avec lesquels depuis des mois l’amitié et l’estime réciproque grandissent grâce à des actions communes aussi diverses qu’organiser des sessions d’étude ou planter des arbres pour la paix.

Les participants ont écouté en direct l’expérience du Professeur Mohammad Ali Shomali, Imam et directeur du centre Islamic d’Angleterre, qui s’est adressé à eux par visioconférence depuis Paris. Il a encouragé le groupe à « créer des occasions de dialogue avec chacun : le dialogue est ce qui nous caractérise en tant qu’êtres humains. Accepter de dialoguer avec quelqu’un de différent ne nous diminue pas, mais nous rend plus vrais envers nous-mêmes ».

20150219-02Invitée d’honneur Angela Graham, journaliste qui a travaillé pour la BBC. A travers sa propre expérience de femme ayant grandi en Irlande du Nord, elle a encouragé les jeunes à devenir « des personnes de dialogue » dans leurs propre milieu et à chercher à construire des ponts avec des personnes de culture et de foi différentes.

Au cours du week-end du 14-15 février, au Focolar Center for Unity de Welwyn Garden City, se sont aussi déroulés des workshops sur des sujets allant du dialogue interreligieux aux réseaux sociaux, de la politique à l’engagement au sein de la société. « C’est impressionnant de voir qu’ici il y a des personnes aussi passionnées de vivre et de travailler avec Dieu », affirme Mohammed Mozaffari, un des jeunes musulmans de l’Islamic Unity Society. Et Lucia du groupe des Jeunes pour un Monde Uni : « Les différences ne sont pas un obstacle, mais une aide pour bâtir quelque chose ensemble ». « Même celui qui avait plus de difficulté à s’identifier avec une foi précise – racontent Nino e Mil, de l’équipe animatrice – s’est trouvé à l’aise et pleinement acteur».

Ce rendez-vous n’est pas passé inaperçu aux yeux des autorités civiles : « C’est encourageant de voir de jeunes adultes de diverses aires culturelles et religieuses s’engager de part et d’autre dans le dialogue – affirme le conseiller municipal Michal Siewniak – et chercher ensemble des réponses pour vivre en harmonie dans une société multiculturelle et multiconfessionnelle ».

Chiara Lubich, une autre conception du pouvoir et de son exercice.

Chiara Lubich, une autre conception du pouvoir et de son exercice.

PaoloGiusti

Paolo Giusta

«La vie et la pensée de Chiara Lubich ont introduit une nouveauté radicale qui dépasse une fois pour toutes la conception du pouvoir comme domination. L’idée, toujours présente, d’un pouvoir exercé seul au sommet d’une pyramide est largement répandue: souvent nous avons tendance à penser qu’un seul homme, ayant les idées claires et suffisamment de force pour les imposer, est solution la meilleure et la plus rassurante… Chiara a toujours eu un sens élevé et un total respect du pouvoir… Mais en même temps, ses rapports avec les personnes qui se trouvent au sommet de la hiérarchie civile (chefs l’Etat et de gouvernement, présidents d’institutions européennes) ou religieuses (pape, patriarches…) n’ont jamais rien eu de servile. Bien au contraire, son respect pour l’autorité s’exprimait de façon créative, en offrant des idées et des propositions dans une attitude de dialogue et de stimulant, et en mettant sa personne et les ressources du mouvement (des Focolari ndr) à disposition des projets en faveur de la société, surtout des plus pauvres.

Coresponsabilité. Dans l’exercice du pouvoir au sein du mouvement qu’elle a fondé, Chiara a voulu (…) une gestion collective de la responsabilité, dans la ligne de la spiritualité de communion, typique de son charisme. C’est seulement au niveau de la présidence du mouvement, en particulier pour des motifs juridiques, qu’il n’y a qu’une seule personne, et Chiara a voulu que ce soit une femme, sur le modèle de Marie, mère de Jésus, qui n’avait aucun pouvoir en dehors de l’amour (…). C’est une des idées-clés de son charisme: la hiérarchie existe, elle a un rôle irremplaçable, mais elle reste à l’arrière-plan ; ce qui émerge c’est qu’avant tout nous sommes tous frères et sœurs, tous enfants d’un unique Père, qui est amour (…). Tous à l’école de Jésus, le seul véritable maître.

Un leadership collectif. J’ai eu la chance d’assister personnellement à la manière dont Chiara exerçait son rôle de leader au cours de la préparation des deux rencontres des mouvements et communautés de diverses Eglises chrétiennes à Stuttgart en 2004 et 2007 (…). J’ai été frappé par sa manière de donner sa place à chaque personne, à ses idées et à son questionnement. C’était comme si elle était à l’écoute d’une parole que Dieu aurait pu prononcer par la bouche d’un des participants (…). Elle prenait chaque parole au sérieux et la soumettait à la décision commune, un véritable exemple de leadership collectif en action (…).

Exercer son propre rôle et faire de la place à l’autre. C’est l’essence de la conception de Chiara du pouvoir, avec sa dimension paradoxale : la personne qui se trouve dans une position de pouvoir doit exercer pleinement son rôle (être), et en même temps faire totalement place à l’autre, jusqu’à se placer au-dessous de lui (ne pas être). C’est une dynamique qui crée la communion, l’unité dans la diversité. L’unité en effet pour Chiara n’est jamais statique, quelque chose qui efface les composants, mais chaque fois nouvelle et surprenante parce que toujours dans un mouvement vital, à l’image de Dieu et du rapport d’amour entre les trois personnes de la Trinité (…).

Résoudre ensemble les conflits. Un exemple pratique de l’exercice du pouvoir en tant qu’amour, comme Chiara l’entend, est la gestion et la résolution des conflits. Face à un conflit diverses options se présentent : éviter d’affronter la difficulté, laisser décider le chef à la place des autres, ou bien décider de se mettre ensemble en chemin, avec toutes les personnes impliquées dans le conflit : une longue marche qui même peut être douloureuse, pour traverser le conflit et en sortir, non pas grâce à une décision individuelle, mais après avoir fait une expérience ensemble. Cette solution ne vient ni d’en haut ni simplement d’en bas, mais se trouve être le résultat d’un effort commun où chacun donne sa part de vérité, dans le but d’arriver à une solution commune ».

Lire le texte intégral

Chiara Lubich

Politcs for Unity

Making a world of difference

Mars 2015

Info: http://www.politicsforunity.com/

Prix Renata Borlone 2015

Prix Renata Borlone 2015

20150217-01

L’infiniment petit et l’infiniment grand qui nous interpellent pour expliquer l’univers, l’application des découvertes comme le “boson de Higgs” dans le domaine médical, technologique, social, ce sont les questions abordées par la scientifique Fabiola Gianotti, prochaine directrice du CERN de Genève, le 15 février à Loppiano, devant 800 scientifiques, de nombreuses personnes passionnées par les sciences, des artistes, des amis, des familles et environ deux cents étudiants d’écoles supérieures.

Il semble que la science revienne enfin à la mode en cette année 2015 où les gens sont encore sous le coup de la crise économique, mais en même temps en recherche « d’espaces d’infini, qui redéfinissent qui nous sommes, ce qu’est notre dignité et notre mission dans la vie », selon les dires d’un des présents. Le mérite en revient bien sûr aux scientifiques comme Gianotti, mais aussi grâce à des rendez-vous comme le prix ‘Renata Borlone, femme en dialogue’. Evénement de grande valeur éducative où foi et culture s’entrecroisent pour donner vie à une possibilité de croissance personnelle et sociale.

Beaucoup de messages de félicitations sont parvenus à la Doctoresse Gianotti, parmi lesquels celui de Maria Voce : L’association culturelle Renata Borlone et l’Institut Universitaire Sophia (IUS) ont fait chœur pour l’applaudir tous ensemble, et souligner en particulier les valeurs dont la doctoresse inspire sa vie de femme et de scientifique ». La présidente des Focolari souligne « la correspondance d’idéaux et de buts entre ces deux figures” (Gianotti et Borlone), même si leur champ d’action sont différents.

“On parle de Boson de Higgs en tant que lieu donnant consistance à toutes les autres particules, affirme Lida Ciccarelli, postulateur de la cause de béatification de Renata Borlone. Renata aussi, passionnée non seulement par la science mais encore par tout ce qui touche l’homme, avait trouvé le lieu, le terrain qui a donné saveur à toute sa vie et sens à ses journées : Dieu. Et de même que la scientifique se consacre à dévoiler pour nous les secrets du monde de la science – continue-t-elle – elle a trouvé en Dieu celui qui lui a révélé ‘le frère’ qui lui demande amour, accueil, compréhension, partage des joies et des peines, avec un cœur de chair. Elle a vécu dans cet espace divin et toute personne qui l’approchait, retrouvait la dignité de se découvrir enfant de Dieu ».

20150217-03La troisième édition du prix est destinée aux personnes oeuvrant dans le monde scientifique et vise à développer le dialogue, y compris dans les universités, avec ceux qui s’engagent pour une culture qui respecte la dignité de la personne humaine. Le motif de la remise du prix à Fabiola Gianotti, est lu par le professeur Sergio Rondinara de l’IUS : « Pour ses hautes capacités professionnelles, pour la passion qu’elle a exprimée dans la recherche scientifique et pour les capacités humaines qu’elle a montrées en coordonnant de manière fructueuse le nombre élevé de scientifiques et chercheurs présents au cours de l’expérience ATLAS au CERN ». La récompense est une œuvre de l’artiste chinois Hung et représente un accélérateur de particules en miniature.

L’intervention de la doctoresse Gianotti est une intense et passionnante exposition qui captive la salle et accompagne les participants dans un tour virtuel à l’intérieur de l’univers de l’infiniment petit. C’est celui des particules élémentaires et en particulier du boson de Higgs, découvert fin 2012 grâce au travail constant de 3.000 scientifiques de 38 pays et à la technologie de l’accélérateur de particules LHC (Large Hadron Collider), d’une longueur de 27 km, qui se déploie à une centaine de mètres sous terre entre la Suisse et la France.

« L’un d’entre vous se demandera : mais qu’est-ce qu’on en a à faire de la masse des particules ? affirme la scientifique. En réalité cette question est très proche de notre vie parce que si les particules n’avaient pas la masse qu’elles ont, nous ne serions pas ici. Si les électrons n’avaient pas de masse, l’atome n’aurait pas de consistance et donc la chimie n’existerait pas, il n’y aurait pas de matière comme nous la connaissons. Donc nous sommes ici grâce aussi à ce mécanisme de Higgs ». Et à propos des applications des accélérateurs de particules, elle explique qu’elles sont amplement utilisées dans le domaine médical pour soigner les tumeurs. La doctoresse conclut que la recherche au CERN affronte des questions fondamentales sur les particules élémentaires et donc sur la structure et l’évolution de l’univers, importantes pour ses conséquences sur la vie quotidienne. « Mais la connaissance fondamentale – conclut-elle – est importante en soi, parce que c’est un des droits-devoirs de l’homme auxquels on ne peut pas renoncer, au-delà des applications concrètes, un peu comme l’art qui est parmi les expressions les plus élevées de l’homme en tant qu’être pensant. Donc nier l’importance absolue de ces activités humaines, veut dire dénaturer la nature humaine elle-même ».


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