Mouvement des Focolari
La joie de se retrouver frères

La joie de se retrouver frères

Tu as eu de nombreux contacts avec des chrétiens non-catholiques. Comment voyais-tu auparavant ces frères et comment les considères-tu maintenant ?

« Vois : devant une bouteille remplie aux trois-quarts, on peut avoir deux réactions bien connues : Ah ! Il en manque encore un quart ! Ou bien : Elle est déjà remplie aux trois-quarts ! La première expression dit comment je voyais auparavant mes frères non catholiques, il y a quinze ans, avant de commencer à travailler, avec tout le mouvement des Focolari, pour l’œcuménisme.

La seconde réaction est celle que j’ai en moi ces dernières années.

En fait, je ne sais comment remercier Dieu de m’avoir mise en contact avec des chrétiens de dénominations les plus variées.

Vivre avec eux, traiter avec eux et surtout les connaître dès l’instant où ils se sont ouverts – car ils ont accepté d’établir avec nous une relation de charité réciproque en Christ -, a mis au fond de moi un grand sens d’étonnement et de gratitude envers la Providence qui, dans ces Églises ou communautés ecclésiales, a veillé sur les nombreuses richesses de foi, parfois d’espérance, des autres liturgies, sur la valeur de la Parole de Dieu… (tout lire)

La joie de se retrouver frères

Liban: un choix courageux

Daisy : nous sommes tous les deux nés de familles chrétiennes. Nous avons connu le mouvement des Focolari au cours d’une mariapolis, et depuis lors le choix de vivre la spiritualité de l’unité a donné un sens à notre vie.

Samir : En 1989, durant la guerre du Liban, la situation était dramatique : le conflit semait la mort et la destruction partout, et donc : le travail manquait, les écoles fermées ainsi que les bureaux. Nous avons déménagé aux Etats Unis, où habitait un de mes frères. Comme professeur d’université je pouvais prendre une année sabbatique. Aux Etats Unis, croisement de cultures, nous avons vécu l’expérience des différents peuples qui vivent ensemble.

Daisy: Nous avons passé une année intense et pleine d’épreuves qui nous ont permis de faire l’expérience de l’amour de Dieu en nous gardant toujours plus unis. Souvent nous nous sommes demandé quelle serait la bonne décision, soit rentrer au Liban ou bien rester dans un pays qui nous offrait beaucoup de choses. Chacun de nous de fait, avait trouvé un travail et nous aurions eu la possibilité d’obtenir la nationalité américaine. De plus, le futur de nos enfants y était assuré.

Samir : la décision n’était pas facile à prendre, mais nous sentions que nous ne pouvions pas abandonner notre pays dans la situation difficile qu’il traversait. Nous en avons parlé avec les enfants et la famille du mouvement et nous avons décidé de retourner au Liban. Nous étions de fait convaincus qu’aimer notre peuple était plus important que les sécurités que nous aurait garanties les Etats Unis.

Daisy: Rentrés au  Liban, notre vie a changé. Nous avons compris que le bonheur ne dépendait pas des circonstances extérieures, mais était le fruit de notre rapport avec Dieu et avec les frères. De fait, dans notre pays nous cohabitons avec les musulmans, et grâce à la spiritualité de l’unité nous avons construit une réelle fraternité avec beaucoup d’entre eux.

Une fois nous devions nous rendre à une rencontre du mouvement en Syrie, le pays qui était en conflit avec le nôtre. Les rapports étaient encore difficiles  et pleins de méfiance et de préjugés. Cependant nous avons fait l’expérience que ce sont nos frères et que nous devions donner la vie aussi pour eux.

Samir : Nous avons compris encore plus notre rôle de témoignage d’amour entre musulmans et chrétiens, comme lorsque nous avons accueilli dans notre Centre mariapolis 150 personnes en majorité musulmanes. Nous avons formé ensemble une famille liée par la fraternité. Nous croyons que notre rôle en tant que chrétiens au Moyen Orient n’est pas uniquement d’y être, mais d’avoir aussi une présence active dans la vie politique et dans les institutions gouvernementales.

Daisy : En ce moment où une grande partie des libanais est angoissée pour l’avenir et beaucoup essaient de quitter le pays, nous sentons l’amour de Dieu qui nous accompagne et nous enracine jour après jour dans notre terre et nous aide à transmettre espérance.

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L’aventure de l’unité: Igino Giordani

Igino Giordani est une figure toute particulière dans l’histoire des Focolari. Enseignant, antifasciste, bibliothécaire, marié et père de quatre enfants, c’était un écrivain critique bien connu du monde catholique, pionnier de l’engagement des chrétiens en politique, écrivain et journaliste. Défenseur de la paix à n’importe quel prix, il devint officier durant la première guerre mondiale, où il fut blessé et décoré.  Après la seconde guerre mondiale, vécue du côté de l’antifascisme contraint à l’exil, il fut élu à l’Assemblée Constituante. Député, laïc éclairé, pionnier de l’œcuménisme. C’est lui aussi qui fit entrer la dimension des laïcs mariés et de la famille au sein du focolare, l’ouvrant, en quelque sorte, sur toute l’humanité.  Chiara Lubich, pour ces différents motifs et d’autres encore, considéra Giordani, familièrement appelé « Foco », comme l’un des « cofondateurs »  du mouvement des Focolari. (suite…)

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Congo, au delà du silence

« Il n’est pas facile de vous raconter ce que nous sommes en train de vivre dans ma région, au Congo, où un conflit permanent secoue le pays.

J’ai connu l’idéal de l’unité quand j’étais encore une enfant et j’étais contente de faire partie d’une communauté qui vivaient l’évangile. Puis j’ai grandi et lorsque je suis entrée à l’université, j’ai rencontré un autre monde. J’ai vu des personnes qui arrivaient à se tuer pour leurs différences tribales et ethniques. Corruption, fraude, mensonge et tant d’autres maux sont le tissu de la vie quotidienne.

Quand j’ai eu mon diplôme, j’ai trouvé un travail dans une organisation non gouvernementale qui œuvre pour les droits des femmes congolaises et en particulier pour celles qui ont subi des abus sexuels. Pour cette raison j’ai fait le tour de beaucoup de régions. Je me suis trouvée devant la misère de tant de gens, même si le Congo est un beau pays et riche d’importantes ressources naturelles.

Je voyais grandir un climat général de résignation. On entendait dire : « Ce pays est déjà mort, ça ne vaut pas la peine de s’en occuper… ».

Vers le début 2012, quelque chose de nouveau s’est allumé en moi. J’ai lu un texte de Chiara Lubich où elle nous invitait à ne pas nous contenter de petites joies, et à viser haut. J’ai compris que pour moi cela voulait dire travailler  pour que change mon pays.

Nous avons fait naître un mouvement de mobilisation de jeunes en ville et nous avons commencé à diffuser les informations, nos analyses et réflexions sur la situation, nos projets pour réagir ensemble. Nous avons dénoncé le manque de travail pour tant de jeunes, frappés par un haut pourcentage de chômage. Puis à l’approche de l’anniversaire de l’indépendance du Congo, nous avons imprimé des tracts pour dénoncer les problèmes présents : la crise de la justice, le chômage très grave et le paradoxe entre les grandes ressources du pays et la pauvreté de la plupart des gens.

Dans la soirée de la veillée, alors que nous étions encore en train de distribuer les tracts, quelques policiers m’ont arrêtée pendant une semaine. Pour ne pas me laisser seule, tout de suite deux autres jeunes se sont fait arrêter avec moi, et après quelques jours deux autres. J’ai subi des dizaines d’interrogatoires. Je sentais que la menace de mort ou de condamnation s’approchait de jour en jour. Ce qui m’a soutenue même pendant ces moments terribles, c’était l’unité qui me liait aux gen de ma ville et aux jeunes qui me soutenaient par leur solidarité.

Une gen s’approchait chaque jour du lieu où je me trouvais et me criait le soutien de tous. A la pensée que Jésus, même sur la croix, n’avait pas cessé d’être Amour, j’ai continué à aimer concrètement en  préparant la nourriture pour les autres détenus et pour les geôliers.

Avec beaucoup de jeunes engagés dans ce mouvement je partage la Parole de vie. Ce qui est le plus important est que j’ai compris que pour réaliser un véritable changement, la force vient de l’amour. Agir avec amour, sans violence, veut dire se mettre du côté de Dieu pour agir.

Que voulons-nous ? Notre but n’est pas de nous opposer à un groupe politique, mais de lutter  pour construire le Congo des citoyens, conscients de leurs droits et de leurs propres devoirs afin de soutenir les nouveaux leaders qui agissent pour la justice. Et quels sont les premiers résultats ? Aujourd’hui le mouvement existe, il est connu dans notre région et en d’autres points du pays ; nous avons conduit plus de 50 actions et obtenu quelques réponses concrètes. Nous sommes encore vivants, malgré les menaces et tentative d’instrumentalisation. Dans notre ville nous sommes le premier groupe de jeunes qui, tout en respectant les lois du pays, ose dénoncer, soutenir, prendre position sur beaucoup de problèmes, même graves, comme celui des sanctions contre les militaires  qui sont impliqués dans des crimes et des extorsions. Je suis convaincue qu’une génération toujours plus nombreuse de congolais reprend confiance et s’engage pour le bien du pays ». (MM. – Congo)

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Les Focolari et le dialogue interreligieux/2

Interview accordée par Maria Voce à Roberto Catalano, du centre des Focolari pour le dialogue interreligieux, à l’occasion de la IX Assemblée Générale des Religions pour la Paix, qui s’est déroulée fin novembre 2013 à Vienne. (seconde partie) Chiara Lubich avait eu l’intuition que la solution aux nombreux défis de notre temps résidait dans le dialogue… « Comme j’ai eu l’occasion de le dire dans mon intervention, ici à Vienne, Chiara nous a mis face à une vision très claire et très simple : nous sommes tous fils de Dieu et donc tous frères. Au début, ce n’était pas une perspective que visait les grandes religions mais plutôt le fait de considérer l’homme. Par la suite, cette attitude a conduit au dialogue et au rapport avec les disciples des autres religions. Il me semble que ce fut prophétique. En effet, Chiara a commencé à ouvrir le Mouvement au dialogue, encore avant le Concile Vatican II. À ce moment-là, les dialogues ont été assumés comme l’une de voies de l’Église justement parce qu’ils font partie de la perspective envers l’homme. En outre, Chiara a préparé les moyens et les instruments pour ces dialogues. Au fur et à mesure que l’on faisait connaissance de personnes d’autres traditions religieuses, elle avait compris qu’il était nécessaire de se spécialiser pour ces contacts. Pour cette raison, elle a fondé des centres spécifiques, […] où l’on essaye de connaître plus profondément des chrétiens d’autres Églises, des fidèles d’autres religions et des personnes ayant une culture différente. En effet, d’une connaissance plus approfondie naît une possibilité d’amour et d’ouverture plus grande. On en découvre les valeurs et on ne se met pas en position de défense mais dans une attitude de dialogue, comme il se doit. […] Aujourd’hui des personnes bouddhistes, musulmanes et d’autres religions font partie intégrante de notre mouvement et, avec nous, elles dialoguent avec les autres. Nous avons donc dépassé la phase du dialogue pour entrer dans une phase d’unité et de collaboration pleine avec eux ». Quelles sont les perspectives du dialogue interreligieux pour le mouvement des Focolari ? « Nous constatons que lorsque nous avons des rencontres de dialogue, il y a toujours des personnes nouvelles, de différentes religions, attirées par le rapport qu’ils ont vu vivre parmi des personnes ayant une foi différente. Ce témoignage ouvre à l’élargissement du dialogue. Il s’agit de rendre possible la tolérance, la compréhension et l’amitié, aspects qui sont tous, le plus souvent compromis par de nombreux jugements. Nous devons justement faire tomber les préjugés pour faire découvrir la beauté qui existe en toute personne, mettant avant tout en lumière ce qui est vraiment le plus précieux : l’appartenance à une religion. Cela permet de mettre en lumière la relation de chacun avec Dieu. […] Les dialogues nous permettent de grandir dans la capacité, non seulement de comprendre ceux avec qui nous vivons […], mais aussi de contenir les autres qui proviennent de traditions et d’inspirations spirituelles différentes des nôtres. Notre mouvement vise […] à l’ut omnes [‘Que tous soient un’ comme Jésus l’a demandé au Père] et pour cette raison, il doit contenir – le plus possible – toutes les dimensions. Il ne peut se contenter de la dimension catholique dans laquelle il est né bien que cette dimension possède en soi une perspective universelle, car catholique signifie universel. Pour être vraiment universels, nous devons parvenir à découvrir la beauté qui existe dans l’humanité ». Lire l’intégrale de l’interview sur Città Nuova online (en italien)