Mouvement des Focolari
Service et pouvoir

Service et pouvoir

Le pape François a prononcé des paroles fortes durant la messe d’inauguration de son ministère pétrinien : l’une d’entre elles est le service. Comment cela résonne-t-il en vous ?

« Cela résonne en nous indiquant comment – nous tous qui font partie du Mouvement des Focolari – nous devrions vivre notre mission, quelle qu’elle soit. Un service, vraiment, mais un service d’amour. Et celui qui sert par amour, rappelait Chiara Lubich, on peut dire aussi qu’il « règne ». Il ne s’agit pas d’un service qui abaisse ou humilie mais plutôt de l’attitude de celui qui se donne complètement par amour. Celui qui se comporte ainsi met les autres à leur juste place et les met en mesure d’être ce qu’ils doivent être. Il s’ensuit alors que service et pouvoir se répondent l’un à l’autre. »

Une autre parole du pape François, qu’il a proclamée fermement a été prendre soin des pauvres. Y a-t-il quelque chose à revoir dans le Mouvement des Focolari ?

« Nous ne pouvons pas rester seulement à observer le pape François. Je sens que nous devons regarder en nous-même, faire un examen de conscience de façon à faire usage, avec sobriété, uniquement de ce qui nous est vraiment nécessaire, en mettant à la disposition des autres ce que nous pouvons : tout ce que nous pouvons donner. En même temps il m’a semblé percevoir dans les paroles du pape l’écho d’une pauvreté qui n’est pas seulement matérielle, mais qui comprend celui qui est seul, celui qui se sent incompris, celui qui est abandonné, qui ne connait pas Dieu mais qui en a besoin et ne le sait pas. Face à toutes ces pauvretés je crois que chacun de nous devrait se demander : et moi, que puis-je faire ?

Le Mouvement des Focolari est en train de se soumettre à un examen de conscience en cherchant à se convertir à une nouvelle mesure d’amour, de don, de service. Il est toujours possible de progresser dans ce sens. »

Par Victoria Gomez 

Service et pouvoir

Le Pape François: «Nous sommes gardiens les uns des autres»

«Nous avons entendu dans l’Évangile que «Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse» (Mt 1, 24). Dans ces paroles est déjà contenue la mission que Dieu confie à Joseph, celle d’être custos, gardien. Gardien de qui? De Marie et de Jésus; mais c’est une garde qui s’étend ensuite à l’Église […]. Comment Joseph exerce-t-il cette garde? Avec discrétion, avec humilité, dans le silence, mais par une présence constante et une fidélité totale, même quand il ne comprend pas. Depuis son mariage avec Marie jusqu’à l’épisode de Jésus, enfant de douze ans, dans le Temple de Jérusalem, il accompagne chaque moment avec prévenance et avec amour. Il est auprès de Marie son épouse dans les moments sereins et dans les moments difficiles de la vie, dans le voyage à Bethléem pour le recensement et dans les heures d’anxiété et de joie de l’enfantement; au moment dramatique de la fuite en Égypte et dans la recherche inquiète du fils au Temple; et ensuite dans le quotidien de la maison de Nazareth, dans l’atelier où il a enseigné le métier à Jésus. Comment Joseph vit-il sa vocation de gardien de Marie, de Jésus, de l’Église? Dans la constante attention à Dieu, ouvert à ses signes, disponible à son projet, non pas tant au sien propre […]. Joseph est « gardien », parce qu’il sait écouter Dieu, il se laisse guider par sa volonté, et justement pour cela il est encore plus sensible aux personnes qui lui sont confiées, il sait lire avec réalisme les événements, il est attentif à ce qui l’entoure, et il sait prendre les décisions les plus sages. En lui, chers amis, nous voyons comment on répond à la vocation de Dieu, avec disponibilité, avec promptitude, mais nous voyons aussi quel est le centre de la vocation chrétienne : le Christ ! Nous gardons le Christ dans notre vie, pour garder les autres, pour garder la création ! La vocation de garder, cependant, ne nous concerne pas seulement nous les chrétiens, elle a une dimension qui précède et qui est simplement humaine, elle concerne tout le monde. C’est le fait de garder la création tout entière, la beauté de la création, comme il nous est dit dans le Livre de la Genèse et comme nous l’a montré saint François d’Assise : c’est le fait d’avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour l’environnement dans lequel nous vivons. C’est le fait de garder les gens, d’avoir soin de tous, de chaque personne, avec amour, spécialement des enfants, des personnes âgées, de celles qui sont plus fragiles et qui souvent sont dans la périphérie de notre cœur. C’est d’avoir soin l’un de l’autre […]. Au fond, tout est confié à la garde de l’homme, et c’est une responsabilité qui nous concerne tous. Soyez des gardiens des dons de Dieu! Et quand l’homme manque à cette responsabilité, quand nous ne prenons pas soin de la création et des frères, alors la destruction trouve une place et le cœur s’endurcit […]. Je voudrais demander, s’il vous plaît, à tous ceux qui occupent des rôles de responsabilité dans le domaine économique, politique ou social, à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté : nous sommes «gardiens» de la création, du dessein de Dieu inscrit dans la nature, gardiens de l’autre, de l’environnement ; ne permettons pas que des signes de destruction et de mort accompagnent la marche de notre monde ! Mais pour «garder» nous devons aussi avoir soin de nous-mêmes! […] Nous ne devons pas avoir peur de la bonté, et même pas non plus de la tendresse! […] Dans les Évangiles, saint Joseph apparaît comme un homme fort, courageux, travailleur, mais dans son âme émerge une grande tendresse, qui n’est pas la vertu du faible, mais au contraire, dénote une force d’âme et une capacité d’attention, de compassion, de vraie ouverture à l’autre, d’amour.[…] Aujourd’hui, en même temps que la fête de saint Joseph, nous célébrons l’inauguration du ministère du nouvel Évêque de Rome, successeur de Pierre, qui comporte aussi un pouvoir. […] N’oublions jamais que le vrai pouvoir est le service et que le Pape aussi, pour exercer le pouvoir, doit entrer toujours plus dans ce service qui a son sommet lumineux sur la Croix ; il doit regarder vers le service humble, concret, riche de foi, de saint Joseph et comme lui, ouvrir les bras pour garder tout le peuple de Dieu et accueillir avec affection et tendresse l’humanité tout entière, spécialement les plus pauvres, les plus faibles, les plus petits, ceux que Matthieu décrit dans le jugement final sur la charité : celui qui a faim, soif, qui est étranger, nu, malade, en prison (cf. Mt 25, 31-46). Seul celui qui sert avec amour sait garder ! […]». Lire le texte intégral :  http://www.news.va/fr/news/le-pape-francois-soyez-des-gardiens-des-dons-de-di

Fraternité à vivre

L’élection du pape François est un signe qui marque la continuité avec ce que Benoît XVI a laissé à l’Église en renonçant au ministère d’évêque de Rome. En continuité parce qu’en choisissant le nom de François, pour la première fois dans l’histoire de l’Église, le nouveau pape a voulu placer son ministère dans la lumière prophétique du témoignage évangélique de François d’Assise.

Le fait que le pape ait fait référence à la fraternité, une fraternité à vivre, est un signe fort de cette volonté de suivre l’esprit le plus authentique de l’Évangile pour notre temps.

Je trouve aussi très significatif le fait qu’il ait voulu s’adresser avant tout à l’Église de Rome comme son évêque et pasteur et, de là, étendre son salut à toutes les Églises et à toutes les personnes de bonne volonté.

Ce geste aussi de demander au peuple de Rome l’intercession de sa prière pour recevoir la bénédiction de Dieu, avant de la donner lui-même, a une signification profondément évangélique et nous renvoie à l’esprit de Vatican II, qui a mis au centre de la vision de l’Église le « peuple de Dieu », la communauté des croyants.

Je soulignerais en outre le style laïc, si je puis dire, nullement clérical, qu’il a employé pour s’adresser aux personnes rassemblées place Saint-Pierre, avec un simple « bonsoir », puis « bonne nuit, reposez-vous bien ». L’appel à la confiance réciproque est important lui aussi, parce qu’il indique une méthode de service pastoral et est déjà une annonce : le pape Bergoglio semble vouloir affronter les grands défis qui attendent l’évêque de Rome, par une réforme de la curie et une relance de l’évangélisation, comme il l’a dit lui-même, à partir de Rome puis dans le monde entier.

J’ai été touché aussi par sa promesse d’aller demain prier Marie pour mettre son pontificat sous la protection de la mère du Bel amour et de la miséricorde.

Le pape Bergoglio est un jésuite, il a donc l’expérience directe d’un grand charisme qui a éclairé la vie de l’Église. Et il a choisi de porter le nom de François, le charismatique par excellence. Il semble vouloir ainsi unifier le ministère de Pierre avec l’amour et la prophétie dont l’Église fait l’expérience à travers les charismes au cours de son histoire.

Cette première rencontre avec son Église et l’Église universelle est sûrement un signe important d’espérance pour les catholiques, mais aussi pour les chrétiens et pour toute l’humanité. Comme il nous l’a demandé, unissons-nous nous aussi dans la prière pour vivre dans l’unité cette nouvelle étape d’espérance et d’engagement qui nous est demandée aujourd’hui, afin que l’Évangile puisse être levain et sel pour notre temps.

Piero Coda

Source : Città Nuova online

Chiara Lubich : « Mon rêve pour le nouveau millénaire »

, «…Je rêve que notre Église soit enveloppée d’une atmosphère qui corresponde davantage à son être Épouse du Christ ; qu’elle se présente au monde plus belle, plus une, plus sainte, plus charismatique, plus conforme à son modèle Marie, donc plus mariale, plus dynamique, plus familiale, plus intime, et qu’elle se modèle davantage sur le Christ son Époux. Je rêve qu’elle soit un phare pour l’humanité. Et je rêve qu’elle suscite un peuple saint, d’une sainteté jamais vue jusqu’à présent.

Je rêve que l’aspiration à une fraternité vécue, diffusée sur la  terre, réclamée — comme on le constate aujourd’hui — par les consciences de millions de personnes, devienne dans l’avenir, au cours du troisième millénaire, générale, universelle.

Je rêve donc d’une diminution des guerres, des conflits, de la faim, des innombrables maux dont le monde est affligé.

Je rêve d’un dialogue d’amour plus intense entre les Églises qui rapproche l’heure où nous formerons une unique Église.

Je rêve que le dialogue soit vivant et fécond entre les religions et qu’il s’accroisse ; que les personnes des religions les plus variées soient liées entre elles par l’amour, cette “ règle d’or ” qui se trouve dans leurs livres sacrés.

Je rêve que les diverses cultures du monde se rapprochent et s’enrichissent réciproquement, pour former une culture mondiale basée sur les valeurs permanentes, véritable richesse des peuples, qui doivent s’imposer comme sagesse globale.

Je rêve que l’Esprit Saint continue à être la source d’eau vive des Églises ; qu’il consolide, au-delà de leurs frontières, les “ semences du Verbe ”. Ainsi l’avènement de quelque chose de “ nouveau ” — lumière, vie, œuvres nouvelles que seul Lui peut susciter — ne cessera d’inonder le monde. Et toujours davantage d’hommes et de femmes suivront le droit chemin, convergeront vers leur Créateur, se mettront cœur et âme à son service.

Je rêve que les relations basées sur l’évangile s’étendent des personnes aux groupes, aux mouvements, aux associations religieuses et laïques ; aux peuples, aux États… Ainsi, il sera naturel d’aimer la patrie de l’autre comme la sienne et de tendre à une communion des biens universelle : au moins en prospective.

Je rêve d’un monde uni dans la variété des peuples….  Je rêve donc que les Cieux nouveaux et les terres nouvelles commencent à se réaliser sur la terre, autant que possible. Je rêve beaucoup mais nous avons devant nous un millénaire pour réaliser tout cela ».

(extrait de : Chiara Lubich, Actualità leggere il proprio tempo (écrit par Michele Zanzucchi), Editions Città Nuova, Rome 2013)

Service et pouvoir

Chiara Lubich: entre l’histoire et la culture, un charisme

« Vous devez penser que tout ce que vous faites est en fonction des autres », raconte Micaela Gliozzi, chercheuse en pharmacologie de la Calabre. « Je fais de la recherche préclinique, donc je ne pense pas qu’au résultat du travail en soi, mais je me projette toujours vers la signification pour qui est devant moi. »

Felipe De Mato Miller, philosophe de Porto Alegre: « Je suis reconnaissant envers Chiara Lubich pour avoir donné son charisme, qui m’a inspiré pour développer, dans ma discipline, l’épistémologie: une nouvelle piste de recherche sur la dimension relationnelle et sociale de la connaissance ».

Lina O’Bankien, de l’Inde, dans le domaine de l’économie, traite souvent avec le gouvernement. Le problème de la corruption n’est pas une surprise, mais « j’ai découvert que je peux moi aussi contribuer à réaliser un monde meilleur, avec les autres, pas toute seule ».

De l’épistémologie, donc, aux effets sur les maladies cardiovasculaires, à la lutte contre la corruption: qu’ont ces trois entrées en commun? Elles appartiennent à certains des chercheurs, doctorants, étudiants et professeurs, provenant de toutes les parties du monde et participant au congrès international « Chiara Lubich: Charisme Histoire Culture », qui s’est déroulé à Rome le 14 mars, pour continuer à Castelgandolfo le 15, à l’occasion du 5e anniversaire de la disparition de Chiara Lubich. Elles ont en commun la découverte d’une spiritualité qui peut animer chaque profession et pensée.

Plus de 600 personnes ont afflué au congrès, marqué par la nouvelle du nouveau pape. On se souvient de son appel à la fraternité, un terme familier aux focolarini en raison de l’affinité avec leur propre mission, la fraternité contenue dans le « que tous soient un » de Jésus (Jn 17,21), motif inspirateur du Mouvement. Parmi les participants, le représentant de l’UNESCO, l’Ambassadeur Lucio A.  Savoia. Le président de la République italienne, Giorgio Napolitano, et le cardinal Gianfranco Ravasi sont présents à travers des messages.

Chiara avait une grande passion: les études, qu’elle avait abandonnéeson s’en souvient – « en mettant les livres au grenier » pour suivre Dieu et le Mouvement naissant. Mais le charisme qui lui a été confié était destiné à fleurir aussi dans l’aspect culturel, comme le démontrent non seulement les nombreux doctorats reçus, mais aussi les centaines de spécialistes ici présents. Comme le déclarent les organisateurs du Centre d’Études du Mouvement: l’École Abbà, même si cet approfondissement en est à ses débuts, on commence à voir les reflets sur le savoir contemporain. Question environnementale, économie au temps des biens communs, la loi et les nœuds de la politique sont les domaines choisis pour ce moment d’évaluation.

Les réflexions présentées durant la journée trouvent certainement leurs racines dans une dimension théologique et philosophique, qui ont été amplement traitées dans les relations du professeur Piero Coda et de la sociologue Vera Araujo. En particulier, Coda a abordé le « centre » de la doctrine de Chiara Lubich: le regard sur Jésus abandonné, « la plaie qui, durant ces années, [la terreur de la Seconde Guerre mondiale et des totalitarismes, ndlr] avait secrètement attiré la soif de vérité et de justice d’hommes et de femmes (Bonhoeffer, Stein, Weil), qui expérimentent dans toute leur crudité expliquée les conséquences tragiques de cette mort de Dieu… ».

dscf1566Maria Voce parle avec une certaine émotion. En effet, c’est dans cette université qu’elle a eu son premier contact avec l’idéal de Chiara, qu’elle a décidé de suivre toute sa vie, et y retourne maintenant en tant que présidente des Focolari, la première à succéder à la fondatrice. Elle parle de « culture de la résurrection », comme aimait la définir aussi Chiara, une culture fruit de la recherche de l’homme contemporain: « une recherche parfois difficile et obscure, semblable à une nuit historique et collective, à laquelle elle-même a participé dans la dernière partie de son existence terrestre. Mais, en même temps, une recherche dans laquelle Chiara a toujours su voir des ouvertures qui laissaient présager la naissance d’une culture envahie par la lumière qui, mystérieusement mais réellement, jaillit par le passage à travers la mort vers la Vie ».

Une impression de la riche journée nous parvient de Brendan Leahy, évêque irlandais de Limerick nouvellement élu et membre de l’École Abbà pour l’ecclésiologie. « Aujourd’hui, nous sommes nombreux à réfléchir sur la vie et la doctrine d’une femme qui a eu un charisme, dont nous commençons à comprendre la profondeur peut-être seulement maintenant. En réécoutant, dans ce contexte, des paroles que Chiara a dites au fil des ans, nous pouvons saisir ses implications et combien son message sur la clé de l’unité est actuel: ce mystère de Jésus abandonné qui ouvre Dieu, ouvre l’homme pour nous. Le négatif existe et il faut le reconnaître, mais il n’est pas le dernier mot. »