كلمة حياة آذار 2012
Maria et John vivent en Italie depuis de nombreuses années. «Nous nous sommes demandés – raccontent-ils, dans le témoignage donné à l’occasion de l’anniversaire de Renata Borlone – si, tout en étant faits l’un pour l’autre, nous aurions pu être témoins d’unité dans notre propre famille, moi américain et Maria autrichienne, plongés dans la societé italienne». Les différences entre eux sont multiples et semblent s’opposer: le nouveau continent américain et le vieux monde d’Europe. La langue: ils parlent entre eux ni l’allemand ni l’anglais, mais une troisième langue, l’italien. Différence de culture, d’origines familiales, de formation professionelle et intellectuelle, d’âge (13 ans d’écart) et enfin – raconte encore John – «je suis simplement un homme et elle une femme, avec des caractères, des exigences et des sensibilités différentes». «Un épisode significatif de cette diversité s’est justement passé pendant le voyage de noce en Sicile – poursuit-il – Tout est beau, ravissant… nous arrivons à Sélinonte et Maria s’exclame enthousiaste: ″Quels beaux temples, ils évoquent un passé merveilleux !″. Et moi, de lui répondre: ″Pourquoi ces vieilles pierres et ces colonnes à moitié cassées? Ce serait mieux de les retirer pour construire un beau gratte-ciel″. Où sera notre point de rencontre? Sûrs du projet d’amour que Dieu avait sur nous, nous avons eu l’intuition que ce ne serait ni dans les temples – l’histoire – ni dans les gratte-ciel – la terre jeune, nouvelle – que nous nous serions rencontrés, mais dans l’accueil l’un de l’autre».
«Cet accueil, c’est Renata qui nous l’a appris par sa vie. Elle avait une façon spéciale d’écouter, elle mettait toujours l’autre à la première place. Je me sentais pleinement accueillie, comprise, aimée»: c’est Maria qui racconte, évoquant quelques moments difficiles vécus dans le mariage. «Je ne comprenais plus mon mari. Sa façon d’être, de penser me mettait en crise, mais désormais nous avions quatre enfants encore petits. Un soir il me semblait que je n’y arrivais plus et j’ai courru chez Renata. J’ai déversé sur elle mon plus grand doute: je m’étais trompée en épousant John! Comme toujours, elle m’a écoutée en prenant sur elle ma souffrance. Puis, avec une certitude inébranlable, elle m’a rappelé que, lorsque je m’étais mariée, j’étais sûre que John était la personne juste pour moi, au-delà de nos différences. Ce soir-là j’ai trouvé une nouvelle force. Oui, nous aurions réussi à nous aimer jusqu’au bout!». «Encore aujourd’hui, après 40 ans de vie ensemble – conclu John – nous expérimentons combien c’est vrai qu’en accueillant nos différences dans le positif, comme ce quelque chose qui peut nous enrichir et nous compléter, alors une nouvelle harmonie naît et renaît entre nous».
Professeur Luigino Bruni, dans votre article publié sur Nuova Umanità, vous décrivez la figure de l’entrepreneur d’une façon particulière. Pouvez-vous nous expliquer comment les figures de l’investisseur, du manager et du spéculateur ont fini par se confondre avec celle de l’entrepreneur-innovateur ?
Beaucoup dépend de la révolution de la finance, qui a investi l’économie (pratique et théorie) durant les 20 dernières années (…) en raison de la mondialisation. L’Occident a ralenti sa croissance, mais il n’a pas voulu réduire la consommation. La finance créative a alors promis une phase de croissance de la consommation sans croissance du revenu, avec de nouveaux instruments techniques. Il en est résulté que de nombreux entrepreneurs se sont transformés en spéculateurs, pensant faire des profits en spéculant, en laissant leur secteur traditionnel et leur vocation. Une seconde raison a été l’uniformisation des cultures d’entreprise, à la suite d’un fort pouvoir de la culture anglo-saxonne. La tradition européenne et italienne de gestion des entreprises était caractérisée par une forte attention de la dimension communautaire et sociale, à cause de la présence d’un paradigme catholico-communautaire. Il en est résulté, avec la première cause de la révolution financière, que les managers ont assumé un rôle toujours plus central dans les grandes entreprises, au détriment des entrepreneurs traditionnels. Aujourd’hui, il existe un énorme besoin de lancer une nouvelle façon d’être entrepreneurs, si nous voulons sortir de la crise, et de réduire le poids des spéculateurs. En partant de la Théorie de l’évolution économique de Schumpeter, vous décrivez le marché comme un « relais vertueux » entre innovation et imitation, (…) mais le profit, pour l’innovateur, est essentiellement circonscrit au temps qui passe entre l’innovation et l’imitation. Comment éviter que ce « relais vertueux » engendre au contraire un dommage réciproque entre entreprises ?
Ici, la politique a un rôle important, ainsi que les institutions en général, qui devraient faire en sorte que le relais soit vertueux et pas vicieux, avec des réglementations appropriées en faveur de la concurrence et du fonctionnement correct des marchés. Mais la société civile a aussi un rôle essentiel ; les citoyens-consommateurs, avec leurs choix d’achat, doivent récompenser les entreprises qui ont des comportements éthiquement corrects et « punir » (en changeant d’entreprise) celles qui ont une attitude prédatrice et agressive. Le marché fonctionne et produit des fruits lorsqu’il est en contact continu avec les institutions et avec la société civile. Enfin, vous décrivez les caractéristiques de la « concurrence civile », dans laquelle la compétition ne se joue pas selon la formule Entreprise A contre Entreprise B pour attirer le client C, mais plutôt selon la formule Entreprise A pour le client C et Entreprise B pour le client C. Pouvez-vous nous expliquer quels effets positifs cette façon différente de voir la concurrence entraîne ? Quels exemples de « concurrence civile » pouvez-vous nous donner ?
En premier lieu, elle contribue à créer un climat affectif différent dans les échanges sur le marché. Notre lecture et description du monde est très importante pour les comportements que nous assumons. Si je lis que le marché est une lutte pour gagner, lorsque je vis des moments d’échange sur le marché ou aussi au travail, je tends à m’approcher de ces domaines avec une attitude mentale et spirituelle qui influence beaucoup les résultats que j’obtiens ensuite et le bonheur (ou malheur) que j’expérimente. Si, au contraire, je vois le marché comme un grand réseau de relations coopératif, je favorise la création de biens relationnels, y compris dans les moments « économiques » de ma vie, et le bonheur individuel et collectif augmente.
En outre, lire le marché comme une coopération colle plus à la vision des grands classiques de l’histoire de la pensée économique (Smith, Mill, Einaudi, et aujourd’hui Sen ou Hirschman) et s’approche plus de ce que des millions de personnes expérimentent chaque jour en travaillant et en échangeant, et pas uniquement dans l’économie sociale. Et comme exemples de « concurrence civile », je citerais le microcrédit, la coopération sociale, l’économie de communion, le commerce équitable et solidaire. Ce sont des exemples de cette concurrence civile, au moins comme des phénomènes macroscopiques.
L’Union de 50 Etats, connue comme Etats-Unis d’Amérique, s’étend sur un vaste territoire de l’extrême nord-ouest de l’Alaska à l’extrême sud-est de la Floride.
Les premiers focolarini arrivent de l’Italie en 1961. En ces années-là s’ouvrent les premiers centres du Mouvement à Manhattan, Chicago et Boston et à la fin des années 70 à San Antonio et Los Angeles, suivis des centres à Washington DC, Columbus et Atlanta. La «Mariapolis Luminosa», située à Hyde Park (New York) et inaugurée en 1986, est le coeur du Mouvement en Amérique du Nord. «J’ai été profondément touchée par ce pays. J’ai eu une bonne impression – écrit Chiara Lubich en 1964 durant son premier voyage à New York – (…) il me semble particulièrement adapté à l’esprit du Focolare. Il n’y a pas de sentiment de supériorité ethnique, mais un vrai sens de l’internationalité. C’est la simplicité qui domine. A la messe j’ai prié pour le Mouvement sur ce continent et j’espère que Dieu écoute ma prière car je prie pour la diffusion de Son règne».
Sa prière a été entendue. En effet, au long des années fleurissent des communautés dans tout le pays. Contemporainement à la croissance du Mouvement des focolari, se développent les dialogues avec les autres religions. Avec les juifs, qui entrent en contact avec la spiritualité de l’unité, le dialogue s’exprime dans la vie quotidienne, dans la collaboration professionnelle et dans l’étude théologique. Un fraternel «dialogue de la vie» se développe avec les musulmans disciples de l’Imam W.D Mohammed dans tous les coins du pays. Chiara visite les Etats-Unis au moins sept fois. En 1990 elle souligne d’avoir «saisi les différentes marques du monde uni» sur cette terre. En mai 1997, reçue par l’Imam W. Deen Mohammed, elle parle de la spiritualité de l’unité à environ 3000 musulmans réunis à la mosquée Malcolm Shabazz, de Harlem. Par la suite, lors d’un symposium organisé en son honneur par la WCRP (Conférence Mondiale des Religions pour la Paix), elle parle de l’unité des peuples dans le Palais de verre de l’ONU. Enfin, un prix honoris causa lui est attribué par la Sacred Heart University de Fairfield (Connecticut).
En 2000, l’Imam Mohammed l’invite à revenir aux Etats-Unis: «L’Amérique a besoin de ton message», lui dit-il. Le 2 novembre de cette même année, 5000 chrétiens et musulmans se rassemblent à Washington DC pour une rencontre organisée par les deux communautés et intitulée “Faith Communities Together” (Communautés de foi ensemble). Des rencontres de ce genre se multiplient dans différentes villes, avec des événements annuels qui ressemblent plus à des réunions familiales qu’à des rencontres de dialogue. Dans son dernier voyage aux USA, Chiara reçoit un diplôme universitaire honoris causa en pédagogie à l’Université Catholique de Washington DC, dans une salle comble avec plus de 3000 personnes parmi lesquelles des juifs, des bouddhistes, des indous et de nombreux musulmans afro-américains, ceci seulement pour souligner l’apport des Focolari dans le dialogue entre les religions. En même temps, le projet de l’Economie de Communion s’enracine avec 19 entreprises de différents domaines comme l’ingénierie environnementale, l’art, l’instruction, l’agriculture, les loisirs et le conseil en entreprises.
La récente visite, en 2011, de l’actuelle présidente des Focolari, Maria Voce, et du co-président, Giancarlo Faletti, à l’occasion du 50ème anniversaire de l’arrivée du Mouvement en Amérique du Nord, a rassemblé 1300 personnes représentantes de nombreuses communautés du Canada, des Etats-Unis et des Caraïbes, y compris des juifs et des musulmans afro-américains. Toujours pour le 50ème anniversaire, est sorti le livre «Focolare – Living a Spirituality of Unity in the United States». Il essaie de répondre aux questions sur le Mouvement aujourd’hui, à travers les histoires fascinantes d’une variété d’Américains (enfants, jeunes, couples, personnes âgées, célibataires, religieuses, prêtres et évêques qui font partie des Focolari), dont la vie a été transformée par la rencontre avec Jésus. Les lecteurs peuvent y découvrir les valeurs spirituelles et pratiques essentielles des focolari, les différents ‘sentiers de vocation’ de ses membres et sa vigueur dans le soutien des valeurs de la culture américaine comme la joie, la liberté, la vie ensemble et l’engagement pour le bien commun dans la vie publique.