Mouvement des Focolari
1956 : J’ai vu la Terre sainte

1956 : J’ai vu la Terre sainte


La pierre trouée

Survolant la côte toute bleue du golfe de Beyrouth, je contemplais la ville, récemment ébranlée pas un tremblement de terre, adossée à des collines constellées de milliers de petites maisons. L’avion se dirigeait vers la mer pour prendre de l’altitude et passer, en revenant vers la côte, au-dessus des premières montagnes de Palestine. Je n’imaginais pas alors quelle incidence Jérusalem et les Lieux saints allaient avoir sur moi.

Je ne m’y rendais pas en pèlerinage. Certes, des noms comme Bethléem, Jéricho, Jérusalem, Béthanie, ne me laissaient pas indifférente, mais le but premier de ce voyage était un devoir à accomplir.

Depuis Rome, j’étais en compagnie de quelques amis qui m’accompagnaient dans mon voyage si bien que, lorsque le bimoteur qui nous emportait de Beyrouth à Jérusalem atterrit, après un vol intrépide au-dessus des montagnes du Liban, couvertes de neige, sur laquelle se détachait le Mont Hermon, l’amie qui m’attendait nous fit monter dans deux taxis qui se dirigèrent vers Jérusalem.

La joie de nous retrouver après une longue séparation, l’échange de nouvelles de part et d’autre, m’empêchèrent de me rendre compte du chemin parcouru, quand brusquement on nous invita à descendre, les voitures ne pouvant aller plus avant. Il fallait maintenant continuer à pied.

C’était une vieille rue de Jérusalem, qui montait, entrecoupée de temps en temps de marches de pierre à gravir. Une rue misérable, large peut-être de trois mètres, où résonnaient les cris des marchands qui, de chaque côté, vantaient leur marchandise. Elle exhalait une odeur, mélange de sueur, de saleté, de peaux d’animaux, de fruits parfumés et de pâtisseries multicolores. La foule déambulait, jouait des coudes, vêtue des costumes les plus variés de l’Orient et de l’Occident. Les boutiques étaient installées sous les arcades des maisons antiques, presque dans des sous-sols, sous de vieilles voûtes qui rendaient l’atmosphère encore plus sombre. Avec la foule bigarrée, avec les mouches qui bourdonnaient autour des gâteaux, il y avait aussi chèvres et moutons. Sous le turban de couleur blanche dénoué, des visages d’hommes sombres, plus ou moins résignés à cette vie de misère. Des visages invisibles de femmes aussi, couverts d’un voile noir.

Nous montions, et tout au long de ce bazar, de temps en temps, l’ami – notre ami aussi désormais – nous indiquait une porte un peu plus propre que les autres, porte de chapelle sans doute, bien que fort peu de choses la distinguât des maisons voisines, et nous disait : « Voici une station, ici la troisième, là la quatrième… Ici Jésus rencontra Marie, là Simon de Cyrène … »

De toute évidence, cette rue était la via crucis, le chemin de croix que Jésus parcourut jadis. Et elle était demeurée une via crucis pour ceux qui y habitaient et ceux qui y passaient.

Quelques mètres plus loin, on nous annonça : « Nous sommes arrivés au sépulcre. Ici, dans cette église, à la charpente robuste, vraiment laide, se trouve ce que l’on peut imaginer de plus sacré : le calvaire et le sépulcre ».

A vrai dire, j’étais un peu préparée à affronter ce lieu, parce que la dernière partie du chemin m’avait inspiré un vif sentiment de douleur et presque d’effarement. Il me semblait que Jésus était encore entre les mains de ses bourreaux et que des luttes sans fin avaient empêché ceux qui en avaient le droit de garder, avec amour et vénération, ces pierres, ces lieux où il était passé.

Nous entrâmes. Le chemin dans l’église, je n’en garde pas souvenir. nous empruntâmes un petit escalier étroit, au marbre poli par les millions de pèlerins qui l’avaient gravi, et nous nous trouvâmes en face d’un autel. Les Grecs orthodoxes et les Arméniens pouvaient également y célébrer leurs offices.

Un guide nous montra un trou, à travers une vitre qui protégeait un rocher, et nous dit : « C’est dans ce trou que fut plantée la croix ».

Soudain, sans nous être concertés, nous nous trouvâmes tous à genoux.

Je me recueillis un instant.

Dans ce trou avait été plantée la croix… la première croix.

S’il n’y avait pas eu cette première croix, ma vie, la vie de millions de chrétiens qui suivent Jésus en portant leur croix, mes souffrances, les souffrances de millions de chrétiens n’auraient pas eu de nom, n’auraient pas eu de sens. C’est lui qui, élevé ici en croix comme un malfaiteur, donna valeur et raison d’être à l’océan d’angoisse qui envahit l’humanité en chacun de ses membres, et parfois la submerge.

Je ne dis rien à Jésus à ce moment-là. Cette pierre trouée avait tout exprimé.

J’ajoutai seulement, comme un enfant extasié : « C’est ici, Jésus, que je veux, à nouveau, planter ma croix, nos croix, les croix de tous ceux qui te connaissent et de tous ceux qui ne te connaissent pas. »

Je sortis du sépulcre avec un sentiment bien différent de celui que j’avais en entrant. J’étais confiante, pleine d’espérance : un jour peut-être ce ciel de Jérusalem, qui aujourd’hui couvre une multitude de frères éloignés les uns des autres, entendra-t-il à nouveau, si quelqu’un demande à voir un frère qui n’est encore pleinement uni, les paroles de l’ange à Marie-Madeleine : « Il est ressuscité, il n’est pas ici [76]. »


Extraits de Scritti Spirituali 1 “L’attrattiva del tempo moderno” – Città Nuova,  3° ed.1991

1956 : J’ai vu la Terre sainte

Voyage en terre Sainte/1

Voici la rencontre avec quelques représentants des mouvements ecclésiaux présents à Jérusalem. Ici, où la Grande Histoire a connu un nouveau départ, et où également la petite « histoire sainte » de chaque groupe cherche son espace et son chemin spécifique. Une centaine de personnes présentes, dans une salle de la Custodie de Terre Sainte, juste derrière la Nouvelle Porte.

Le Chemin Neuf, les Béatitudes et l’Emmanuel de France ; Chanson nouvelle, Fils de Marie, Œuvre de Marie et Communauté Shalom du Brésil ; Regnum Christi du Mexique ; Association Jean XXIII, Communion et libération et Focolari d’Italie (mais de dimension internationale), ont raconté avec simplicité leur aventure, chacune très originale, et en même temps très semblables. Chemins qui, pratiquement presque tous, travaillent en fin de compte dans l’accueil : ils rencontrent les pèlerins, travaillent à favoriser la connaissance de la Terre Sainte et de ses trésors (jusqu’aux dimensions œcuméniques et interreligieuses), et favorisent le tourisme dans les lieux saints. De nombreux mouvements et communautés, ensuite, se spécialisent dans l’évangélisation à travers les médias. Et les activités communes, de deux ou plusieurs communautés ensemble, ne sont pas ici l’exception.

Comme tout ce qui concerne la chrétienté, ici à Jérusalem, cette rencontre n’a cependant pas une dimension quantitative, mais qualitative. C’est la qualité des rapports qui est mise en relief. « C’est peut-être même un devoir des mouvements et des nouvelles communautés que de porter à l’Eglise catholique et plus généralement à la chrétienté l’unique primauté évangélique, celle de l’amour », explique une jeune de la communauté du Chemin Neuf.

Les mouvements présents en ces lieux depuis des décennies et d’autres présents seulement depuis quelques mois à peine se sont retrouvés. Convivialité et fraternité : telles furent les caractéristiques du rendez-vous, notées par Maria Voce dans le  récit de cet évènement.

Au cours d’un franc dialogue avec les personnes présentes, Maria Voce a décrit surtout le sens du dialogue entre mouvements et nouvelles communautés : « Ici, je me trouve face à des personnes et des groupes qui veulent témoigner de cet amour réciproque qui construit l’Eglise ».

En particulier, en répondant à une question d’un représentant de Communion et Libération, elle a dit : « Certainement, après la veille de Pentecôte 1998 », sur la place Saint-Pierre, convoqués par Jean-Paul II, « nous nous sommes sentis liés, unis par un appel du Pape qui invoquait l’Esprit Saint. Depuis ce moment-là, Chiara Lubich a perçu chez le Pape le désir que les mouvements soient davantage en communion entre eux ». Pour favoriser « cette présence charismatique qui est « coessentielle » à la dimension pétrinienne ». Ainsi, depuis lors « là où se trouve le Mouvement des Focolari, il y a aussi ce désir d’unité entre les mouvements et les nouvelles communautés ».

« Comment vivre le dialogue œcuménique et interreligieux en Terre Sainte ? » a demandé une jeune brésilienne. « Le dialogue est un style de vie – a répondu Maria Voce –, plus que quelque chose qui se fait. C’est se mettre face à l’autre dans l’amour ». En aimant de façon désintéressée, toujours, en premier, tous, même les autres chrétiens, même les fidèles des autres religions. « Pour nous, le dialogue a toujours été un dialogue entre personnes, non entre idéologies ou religions… Parce qu’il y a l’amour à l’intérieur de tous les hommes de la Terre. » Et puis « l’unité vient de Dieu, qui a seulement demandé aux hommes de s’aimer ».

par Michele Zanzucchi

Du 11 au 20 février, Maria Voce et Giancarlo Faletti se rendront en Terre Sainte

Sont prévus lors de ce voyage :

  • Rencontre avec les focolarines et les focolarini de Terre Sainte
  • Visite au patriarche latin de Jérusalem, Sa Béatitude Mgr Foud Twal
  • Rencontre avec l’évêque luthérien Munib Younan, président de la Fédération mondiale luthérienne
  • Rencontre avec le rabbin Ron Kronish, directeur de l’ICCI
  • Visite au patriarcat arménien orthodoxe : rencontre avec l’évêque Son Éminence Aris Shirvanian
  • Visite au patriarche grec ortodoxe S.B. Theofilos III
  • Messe et visite du Petit escalier, le lieu où Jésus a adressé à son Père la prière pour l’unité, charte de la spiritualité des Focolari
  • Visite à l’archevêque maronite de Terre Sainte, Mgr Paul Nabil Sayah
  • Rencontre avec le maire adjoint de Jérusalem, Mme Neomi Tzur
  • Conférence à l’Université hébraïque de Jérusalem sur le thème : « Le rôle du dialogue dans la promotion de la paix »
  • Rencontre interreligieuse
  • Visite des mosquées sur l’esplanade du Temple
  • Visite au délégué apostolique Son Éminence Mgr Antonio Franco
  • Rencontre avec la communauté des Focolari
  • Rencontre avec Mgr Elias Chakour, archevêque gréco-catholique de Galilée. Le conseil général de l’Œuvre de Marie poursuivra son voyage par trois jours de retraite, puis par un pèlerinage. Un rendez-vous des Jeunes pour un monde uni de Terre Sainte est également prévu fin février.

Photos de l’arrivée en Terre Sainte le 11 février :

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1956 : J’ai vu la Terre sainte

Renata Borlone

Renata voit le jour le 30 mai 1930 à Civitavecchia. Elle vit une enfance calme, entourée de l’amour des siens, dans une famille animée de grandes valeurs humaines. En quête perpétuelle de vérité, elle s’inscrit à la faculté de chimie : elle rêve de « travailler dans un laboratoire et de collaborer à une grande découverte ». À l’âge de 19 ans, elle rencontre le mouvement des Focolari : « Tandis qu’une jeune focolarine parlait de la nouvelle vie inspirée de l’Évangile, née ces années-là à Trente, j’ai senti de tout mon être que Dieu existait, que Dieu m’aimait immensément. » Une lumière profonde l’envahit alors : c’est ce Dieu-Vérité qu’elle cherche ! Renata décide de Lui consacrer sa vie. Deux mois plus tard, elle rencontre Chiara Lubich, qui lui confirme qu’elle est appelée à suivre Dieu et à vivre afin que « tous soient un » (cf. Jn 17,21). Ainsi commence son extraordinaire aventure qui, pendant 40 ans, l’amène à témoigner partout de l’Évangile, contribuant ainsi à construire cette nouvelle œuvre de l’Église.

En 1967, elle arrive à Loppiano où, dans une fidélité inconditionnelle au charisme de l’unité, elle contribue de façon unique au développement de la première cité-pilote des Focolari. En même temps, elle est un guide sûr pour plus de mille jeunes qui s’engagent sur la voie du focolare.

À 59 ans, elle apprend qu’elle est atteinte d’une grave maladie. La phrase de l’Évangile : « Celui qui croit en moi ne mourra pas » l’éclaire et l’aide à transformer la dernière étape de son pèlerinage sur la terre en un extraordinaire hymne à la Vie. Malgré la souffrance, Renata répète jusqu’à ses derniers instants : « Je suis heureuse, je veux témoigner que la mort est Vie. » Le 27 février 1990, elle s’éteint sereinement.

Renata a été un cadeau très spécial pour beaucoup de personnes, et elle continue aujourd’hui de l’être en nous invitant à croire qu’il nous est possible de faire quelque chose de plus pour rendre le monde meilleur. Tous ceux qui ont eu la chance de la connaître ont expérimenté la présence à leurs côtés d’un Dieu qui est Amour et une maternité spirituelle qui sait accueillir l’autre et pardonne toujours.

Galerie de photos  – Renata Borlone