Mouvement des Focolari

Chiara Lubich : L’heure de la charité

La Parole choisie pour vivre au cours de ce mois de juillet 2022 dit : « Une seule chose est nécessaire », tirée de l’Évangile de Luc. Et nous savons, aujourd’hui comme au temps de Jésus, que la charité est nécessaire, l’amour du prochain, envers tous, sans exclure personne… Dieu Amour, croire à son amour, répondre à son amour en aimant, sont les grands impératifs d’aujourd’hui. Ils sont l’essentiel de ce qu’attend la génération actuelle. Sans cela, le monde menace de courir puis dérailler, comme un train hors des rails. Découvrir ou, mieux, redécouvrir que Dieu est Amour est la plus grande aventure de l’homme moderne. Dans l’encyclique Ecclesiam Suam, Paul VI déclare : « Nous pensons… que la charité doit, aujourd’hui, occuper la place qui lui revient, la première, la plus haute dans l’échelle des valeurs religieuses et morales, et cela non seulement dans les appréciations théoriques, mais aussi dans la mise en œuvre pratique de l’existence chrétienne. Cela, nous le disons, autant de la charité envers Dieu […] que de la charité, dont nous devons, à notre tour, entourer […] le genre humain. La charité explique tout. La charité inspire tout. La charité rend toute chose possible. La charité renouvelle tout. Cela, qui de nous l’ignore ? Et si nous le savons, ne sommes-nous pas à l’heure de la charité. »

Chiara Lubich

(Lubich, Ch., Scritti spirituali/2, L’essenziale di oggi, Città Nuova, 1978, p. 160)

La nouvelle chanson du Gen Verde : We Choose Peace

La paix est un choix. C’est le message que porte « We Choose Peace » (© Gen Verde), le nouveau morceau du Gen Verde. Le groupe international nous en raconte la genèse en compagnie de Naya, une des jeunes qui a participé au clip vidéo. https://www.youtube.com/watch?v=AxXjkSsE4JY

« Stoc do » – « Je reste ici » en terre Libre

« Stoc do » – « Je reste ici » en terre Libre

Depuis 2017, ‘’XFARM Agricoltura Prossima’’ accueille sur les terres confisquées à la mafia à San Vito dei Normanni (Pouilles, Italie) les camps d’engagement et de formation organisés par ‘’Libera – Associazioni’’, noms et chiffres contre les mafias. Parmi les participants de cette année figurent des jeunes du Mouvement des Focolari. Tu les vois manipuler la terre rouge des Pouilles, dans le sud de l’Italie, tu les vois la pétrir avec de la paille, tu les vois façonner ce matériau pour créer quelque chose d’écologiquement durable. Et tu penses que ce qu’ils font a aussi le pouvoir de la métaphore. Ils ont entre 13 et 17 ans et se sont réunis à San Vito dei Normanni, aux alentours de Brindisi, pour apporter leur contribution à la renaissance d’un bien confisqué aux clans. La plupart d’entre eux sont des enfants de cette terre baignée de soleil et, en ce moment, envahie par les touristes. Mais ils sont aussi venus du Piémont et de Lombardie, où il y a peut-être encore des gens qui pensent que les mafias sont l’affaire de ceux qui vivent  dans le sud de l’Italie. Mais eux, non : ils sont descendus ici, dans le haut Salento, pour passer quelques jours de vacances d’une manière différente et contribuer au changement. Ils sont une vingtaine en tout, avec l’énergie, la légèreté et l’envie de s’amuser typiques de leur âge, ils vivent quatre jours conçus pour eux par Libera et le Mouvement des Focolari en tant que protagonistes. Quelques heures par jour, ils travaillent dans les champs des coopératives sociales qui se sont vues confier la gestion de 50 hectares d’oliveraies et d’autres structures soustraites aux boss. Et dans leur engagement authentique, on peut lire en filigrane le désir de se salir les mains, de retrousser les manches, d’être des porteurs actifs de la nouveauté, même dans une terre marquée par l’arrogance des mafias. « C’est notre terre, rendue à la collectivité », semblent-ils dire en travaillant l’argile, le sable et le limon pour construire des structures en bois conçues pour une société dans laquelle tout peut circuler. Ils sont dirigés par les jeunes du laboratoire urbain Ex Fadda et du projet XFarm, un groupe de personnes passionnées par l’économie civile, la citoyenneté active et les bonnes pratiques agricoles. Après diverses expériences en vadrouille de par le monde, ils se sont retrouvés ici, sur la terre où régnait autrefois la Sacra Corona Unita, pour expérimenter un nouveau modèle de cohabitation, pour tenter de réaliser le rêve de communautés activement impliquées dans des processus régénérateurs. Une utopie réalisée ici, à deux pas de la beauté sauvage de Torre Guaceto (Brindisi-Italie), grâce aussi à la ‘’force du Nous’’. Différentes réalités et associations, laïques et catholiques, des forces syndicales comme la Spi Cgil, contribuent à donner à ces jeunes un terrain commun où ils peuvent s’essayer à la construction d’une société plus solidaire, plus attentive à la préservation de l’environnement et à la justice sociale. « La mémoire, c’est l’espoir, l’engagement, c’est quelque chose qui nous marque et nous pousse à ne pas répéter les erreurs du passé », disent les jeunes lorsque les responsables du projet ‘’E!State Liberi’’ les invitent à réfléchir sur ce concept si central dans l’histoire du réseau d’associations créé par Don Luigi Ciotti. Une mémoire qui devient vive avec le témoignage touchant des époux Fazio, qui racontent à propos de  leur fils Michele, un jeune de l’âge de ceux qui écoutent, tué à 16 ans dans les ruelles de ‘’Bari Vecchia ‘’ parce qu’il s’est retrouvé au centre d’un règlement de comptes entre clans avec lesquels il n’avait rien à voir. ‘’Io stoc do’’, je reste là, dit Lella aujourd’hui en racontant fièrement aux épouses des chefs de la mafia qui pensaient hier quitter le quartier et la ville après le meurtre. Les Fazio sont restés, pour obtenir justice, pour donner un nom à cette terrible souffrance et ensuite pardonner à ceux qui ont tué Michele, mais aussi pour essayer de donner un avenir différent à ce morceau d’Italie souillé par le sang innocent de leur bon garçon. ‘’Nous sommes là’’, répètent ces visages propres qui, aujourd’hui, travaillent , nous rappelant qu’un monde meilleur est encore possible. Il suffit de commencer par prendre un peu de terre et d’essayer d’en faire quelque chose de beau. « Dans ses yeux, j’ai vu une lumière, un éclat que je n’avais jamais vu chez lui », a déclaré une mère en voyant son fils rentrer chez lui après le camp. « Il m’a dit qu’il n’avait jamais connu des jours comme ça »

Gianni Bianco

Chiara Lubich : Ne gardez que le nécessaire

Chiara Lubich s’est toujours adressée aux jeunes en termes très clairs. Il en a été ainsi lorsque, au Supercongrès de 1992 au Palais des glaces de Marino (Italie), ils lui ont demandé ce qu’ils devaient faire pour limiter le consumérisme. […] Nous devons vivre et diffuser la “culture du donner”. Je vous donne un conseil, à vous aussi, si vous le souhaitez : au début de l’année – même de notre année idéale, par conséquent en octobre -, vous devez, chacun de vous, faire un petit “fagot[1]” – comme nous disons – de toutes les choses superflues que vous avez. Vous n’en avez peut-être pas beaucoup, mais sûrement quelques-unes : un livre, un jouet, un crayon, un cartable que vous n’utilisez plus, un vêtement…, quelque chose, quelque chose qui vous est superflu, qui est en trop. Rassemblez ces objets et portez-les à vos centres, aux centres des Juniors pour un Monde Uni ou aux Centres Gen. Puis, comme vous êtes très ingénieux et savez lancer de nombreuses activités, organisez des petits marchés, des loteries ou tout ce que vous pouvez inventer pour faire quelque chose avec tous ces petits ‘’fagots’’ que vous recevrez et gagner un peu d’argent pour le donner aux garçons et filles qui sont pauvres. […] Vous devez garder pour vous – souvenez-vous en – seulement ce qui vous est utile, comme les plantes qui absorbent du terrain seulement l’eau, les sels minéraux et les autres choses qui leur sont nécessaires, mais rien de plus. Ainsi, chacun de nous doit garder ce qui lui est nécessaire et donner tout le reste pour le mettre en commun avec les autres. (appl.) Vous expérimenterez que si vous donnez vous recevrez un tas de choses. C’est l’expérience que fait notre Mouvement sous toutes les latitudes. Pourquoi recevrez-vous ? Parce que l’Évangile dit : « Donnez – c’est la “culture du donner” – et vous recevrez : (…) une mesure – comme si nous avions un tablier plein de blé -, une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans votre tablier… » (Lc 6,38), c’est-à-dire que vous recevrez un tas de choses d’ici, de là, de Monsieur un tel, du jeune un tel, de votre professeur, de votre mère. Vous recevrez de nombreuses choses. […] Vous devez diffuser cette “culture du donner”. Vous racontez donc vos expériences, comme vous le faites déjà, justement pour vous aider réciproquement. Par exemple, vous expliquez que vous avez donné une chose et que vous en avez reçue une autre… Vous racontez ces expériences, ces épisodes, ces promesses de l’Évangile qui se réalisent vraiment. Vous les racontez ou bien vous les écrivez ou vous faites des dessins ou vous réalisez de courts vidéos ou des journaux télévisés pour les jeunes comme vous le faites déjà. Et ainsi vous faites naître en tous la mentalité de la “culture du donner”.

Chiara Lubich

(Lubich, Ch. “Ai Gen 3, 1981 – 1995’’, Città Nuova, 2006, p. 66-68) [1] En référence au tas de bois, le “fagot” (“fagotto”) désigne de façon imagée l’ensemble des objets personnels préparés et regroupés pour être mis en commun avec qui en a plus besoin.

Évangile vécu : la paix qui nous libère

Jésus, à travers sa vie, nous apporte le merveilleux message de la miséricorde de Dieu, l’Amour qui enveloppe et pardonne tout. Construire la paix signifie la réaliser chaque jour dans notre vie quotidienne et découvrir la beauté d’un ‘cadeau’ qui fait revivre les personnes et les rend libres. La paix réalisée Depuis des mois, ma sœur s’était disputée avec une amie. Pour essayer qu’elles fassent la paix l’une avec l’autre, j’ai un jour invité ma sœur chez moi. Mais avant qu’elle n’arrive, j’ai parlé du problème à ma nièce de huit ans, Sandra, et je lui ai demandé de m’aider. La petite fille a dit oui avec plaisir. Je suis allé droit au but avec ma sœur, mais il n’y avait rien à faire, elle ne voulait pas pardonner. Avant de partir, elle s’est approchée de Sandra qui était en train de jouer, lui a demandé ce qu’elle faisait à l’école et si elle avait appris à écrire : « Oui – a répondu la petite fille –  si tu me donnes une feuille de papier, je te montrerai ». Et ayant reçu le papier, elle a écrit quelque chose avec désinvolture. Ma sœur, en lisant ce que l’enfant avait écrit, est immédiatement devenue pensive et ses yeux se sont remplis de larmes. Sandra avait en effet écrit cette phrase : «  Pour vivre l’art d’aimer, il faut aimer tout le monde, aimer en premier, aimer ses ennemis… » . « Il a fallu que ce soit elle qui me dise ce que je devais faire depuis si longtemps ! » a conclu ma sœur qui est immédiatement allée se réconcilier avec son amie. (N.G. – Cameroun) Le pardon qui guérit Quand j’avais dix-neuf ans, mon père nous a abandonnés et la douleur et le ressentiment m’ont accompagnée pendant des années. Comme pour compenser ce vide, quand je me suis mariée, Nat et moi avons toujours essayé de garder notre famille unie. Les enfants respiraient cette atmosphère d’amour à tel point que, lorsque mon mari était nerveux, perdait son sang-froid et élevait la voix, il était touchant de voir comment les enfants, loin d’être effrayés, l’embrassaient, presque comme pour apaiser son agitation. Leur tendresse envers leur papa a contribué à faire fondre l’animosité en moi vis-à-vis de mon propre père; la plaie ouverte par l’abandon subi a commencé à se cicatriser. Et un jour, j’ai fortement ressenti l’envie de lui pardonner. Je l’ai fait dans mon cœur, mais ce n’était pas suffisant. Alors j’en ai parlé avec Nat et ensemble nous sommes allés le chercher. Nous l’avons trouvé et, bien que tremblant, j’ai pu me réconcilier avec lui, au nom des autres membres de ma famille également. Je n’oublierai jamais le sentiment de sérénité et de liberté que j’ai ressenti à cette occasion. (N.M.A. – Philippines) Le linge Je vis dans un quartier de petites maisons séparées les unes des autres uniquement par un mur sur lequel nous avons l’habitude de suspendre notre linge pour le faire sécher. Un jour, m’apercevant que le linge de ma voisine était déjà sec, j’ai demandé à son fils s’il pouvait l’enlever car je devais aussi étendre le mien. Ils se sont offensés et ont commencé à jurer. Sur ce mur se trouvaient deux plantes que j’avais cultivées avec beaucoup de soin. Le soir, lorsque j’ai entendu un bruit sourd, j’ai décidé d’aller voir et je me suis rendu compte que mes voisins laissaient également tomber le deuxième pot. Au fond de moi, je me suis sentie bouillir d’indignation, mais me rappelant que la terre est promise aux doux, je me suis dit : ‘’Tant pis’’. Ma belle-mère, voyant que je ne réagissais pas, a dit : « Donne-moi le bâton, je vais leur donner une leçon ». J’ai dû la convaincre d’être patiente elle aussi. Pendant un certain temps, la situation est restée tendue. Mais un jour, à la surprise générale, la voisine a frappé à la porte. Sa maison n’était plus approvisionnée en eau et elle a demandé si elle pouvait venir laver son linge chez nous. C’était l’occasion de reprendre contact et en l’accueillant, j’ai réalisé à quel point elle avait changé. (R. – Pakistan)

 Maria Grazia Berretta

(Extrait de ‘’Il Vangelo del Giorno’’, Città Nuova, année VIII, n°2, mai-juin 2022)