Vivre ensemble à Cannes
Un B&B ouvert aux migrants
https://vimeo.com/131778935 César, un jeune du Ghana, âgé de 18 ans, a été sauvé alors qu’il était en train de se noyer après avoir ingurgité de l’eau et du carburant. 72 personnes de cette même traversée ont été tirées d’affaire, 32 n’en sont pas revenues. Marie, nigériane enceinte de sept mois, en route avec son mari et leur jeune enfant, reçoit un coup de fil de son père. C’est pour leur dire de ne pas rentrer à la maison parce que l’église a été incendiée et leur mère tuée. Ils ont fui avec ce qu’ils avaient et, arrivés en Libye, n’ayant de l’argent que pour un billet vers l’Italie, seule Marie est partie. Son mari et leur enfant sont restés de l’autre côté de la Méditerranée en attendant un prochain embarquement. « Ce sont des vies déchirées qui brisent le cœur. Nous souvenant des paroles de Jésus « J’étais étranger et vous m’avez accueilli », nous voudrions être des bras et un cœur pour chacun de ces réfugiés ». C’est ce que nous disent Carla et David de Florence (Italie) qui ont décidé de s’ouvrir, en tant que famille, aux immigrés. “Au cours de l’été 2013 nous avons participé avec nos trois enfants aux Journées Mondiales de la Jeunesse au Brésil. Nous avons profité de ce voyage pour vivre un temps de mission à Salvador Bahia. Une expérience forte qui a ouvert notre cœur au partage avec de nombreuses personnes dans le besoin. De retour à la maison, nous avons décidé de réserver à l’accueil des migrants une partie du B&B que nous gérons. A partir de ce moment-là c’est la mission qui est venue vers nous!
Depuis sont passées 756 personnes en provenance de la Syrie, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh et de quelques pays d’Afrique. Quelques uns s’arrêtent juste le temps de se restaurer avant de reprendre la route vers d’autres destinations européennes, d’autres y séjournent plus longtemps. C’est alors que des liens se tissent jusqu’à devenir plus que fraternels. Une famille d’Erythrée, en ce moment en route vers la Norvège, est restée chez nous pendant deux mois: lui est musulman, elle chrétienne. Le père laisse leurs six enfants libres de choisir leur religion. A peine arrivés, la maman et son fils ont dû être hospitalisés pour déshydratation, puis ce fut au tour du père pour cause d’infection. Nous avons encore en mémoire leur joie quand nous leur avons mis dans les mains notre téléphone portable pour qu’ils puissent avertir leurs parents qu’ils étaient tous sains et saufs. Le dimanche nous avons été à la messe avec eux et dans la minuscule église, à la périphérie de Florence, il y avait le Cardinal Betori en visite pastorale. Son homélie était entièrement centrée sur l’accueil. A la fin il a embrassé et béni toute la famille.
Trois jeunes filles: une du Mali et l’autre de Libye, toutes deux musulmanes, arrivées avec une jeune réfugiée en provenance du Nigéria qui avait vu tuer ses parents à cause de leur foi chrétienne. Elles se sont tout de suite entendues comme des sœurs et avec nous comme avec des parents. Un dimanche on était en train de nous promener avec elles et Mersi était très triste parce que ce jour-là la TV avait annoncé un nouveau massacre au Nigéria. Finalement un coup de fil : sa petite sœur avait réussi à fuir en Libye avec un ami de son père. Et notre jeune libyenne de se mettre aussitôt en contact avec sa propre famille : la fillette – chrétienne – a été accueillie dans cette famille musulmane. Autre situation: Joy et Lorenz qui a vu tuer son père à cause de sa foi chrétienne. Moi, David, je peux, en tant qu’acteur social, monter dans le bus à l’arrivée des réfugiés. Je le fais au risque d’attraper des maladies, mais je sais que le premier contact est fondamental et que c’est à ce moment-là qu’on peut repérer les groupes qui se sont formés. J’ai vu que Joy était enceinte et ainsi je les ai invités à venir chez nous. Même lorsque la Préfecture les a déplacés nous avons continué à aller les voir. Et à la naissance de l’enfant nous leur avons apporté la poussette et les vêtements pour bébé que les Familles Nouvelles des Focolari avaient recueillis pour eux. Joy et Lorenz nous ont demandé d’être parrain et marraine de leur petit John. Cette famille réside actuellement dans les Pouilles. La séparation a été dure, mais notre relation se poursuit. Ils nous appellent papa et maman. Quand ils auront leur permis de séjour définitif, ils désirent venir vivre près de nous ».
Nouvelle église réalisée par le Centre Ave en Italie et « Dialogues en architecture » à Barcelone
Le 20 mars la nouvelle église paroissiale de Mendicino (Cosenza) a été inaugurée, elle est dédiée au Christ Sauveur. Un événement célébré justement en l’anniversaire de l’archevêque Mgr Nunnari qui a couronné le rêve des 10000 habitants de toute la communauté ecclésiale. Elle dispose maintenant d’un lieu de culte à la structure vraiment originale, avec une quinzaine de salles pour la catéchèse, une salle de rencontre, le presbytère.Le projet, réalisé avec le support technique d’experts de la ville, a été conçu par le Centre Ave Art de Loppiano et a permis cette étonnante construction, fruit de l’inspiration et de la recherche effectuée par l’équipe des architectes de la Cité pilote des focolari au cours des années.
En plus d’une réflexion continuelle partagée entre ses membres, une telle équipe instaure aussi une relation synergique culturelle avec des architectes du monde entier. C’est en décembre dernier, par exemple, qu’un congrès international a été organisé par l’Ordre des Architectes de Catalogne (Espagne) à Barcelone, sur le thème du patrimoine sacré. L’équipe y a participé non seulement pour représenter le centre de Loppiano, mais le plus vaste groupe « Dialogues en architecture », la toile internationale des Focolari composée de chercheurs et de professionnels dont l’activité et les intérêts culturels tournent autour du domaine de l’architecture.
A l’occasion de ce congrès en Espagne il a été demandé à trois d’entre eux, Mario Tancredi et Iole Parisi de l’Italie et Tobias Klodwig de l’Allemagne, de présenter ensemble un exposé sous le titre : ‘Christianisme flexible, entre vie de la communauté et espaces sacrés’ ; dont l’approche a suscité, parmi les 150 architectes venant d’Espagne et autres pays européens, un intérêt non négligeable.
Les trois intervenants, partant du fait que formes et espaces en architecture changent en fonction de l’expérience de la vie des communautés chrétiennes, ils ont proposé quelques réflexions et défis sur le fait que l’architecture s’enrichit justement des éléments ‘immatériels’ que le concept de « sacré » peut assumer dans les divers contextes culturels. Ils mentionnent la forte valeur sociale que l’on perçoit en Amérique latine, la prophétie du signe ancestral dans les réalisations en terre africaine ; l’aspect des expressions symboliques contenues dans les cathédrales européennes et dans les églises des métropoles mondiales. Afin d’exprimer toutes ces idées, ils se sont inspirés de quelques exemples concrets : l’église Maria Théotokos de Loppiano, en tant qu’expression d’un charisme contemporain ; l’église Ste Claire à Fontem en Afrique qui communique les valeurs de la culture locale ; quelques projets de transformation d’églises désaffectées en Allemagne.
A propos de « Dialogues en architecture » la recherche est en continuelle évolution, poussée par l’exigence de conjuguer – justement parce qu’elle entre dans le monde de l’absolu – continuité et innovation. Dans un dialogue toujours plus fécond aussi bien avec la base que le monde académique.
Regard sur le Mexique : la politique et les jeunes
Ciao, je m’appelle Abraham, je viens du Mexique : un peuple composé de personnes nobles qui a une grande foi, un peuple ouvert au monde ». Ainsi commence son récit devant un auditoire de 300 jeunes dans la salle du parlement italien, réunis en souvenir de Chiara Lubich et de sa vision prophétique sur la politique. Abraham porte avec lui le poids d’un pays déchiré par le trafic de drogue et par les seigneurs de la mort. Lui-même s’est retrouvé un pistolet de la police à la tempe : on l’avait pris pour un trafiquant. « En 2006 – poursuit-il – la lutte a commencé contre les trafiquants de drogue, une guerre qui en 8 ans a fait plus de victimes que la guerre du Vietnam, parmi lesquelles beaucoup d’innocents et de gens qui se battent au nom de leur engagement civil : des journalistes, des activistes… Souvent le peuple décide de manifester et le gouvernement perd de sa crédibilité dans une forte crise économique et sociale ». « J’habite la ville de Mexico où chaque jour un nouveau défi se présente ; malgré cela je crois en un monde uni et dans l’idéal de la fraternité universelle. Mais je sais que le changement doit commencer par moi-même, sans l’attendre des autres, même pas des autorités ».
“Si j’étais vous qui avez à cœur le bien commun au Mexique – affirme Luigino Bruni en s’adressant aux jeunes – j’essaierais de regarder les causes de cette maladie, et parmi celles-ci le capitalisme financier qui creuse le fossé de l’inégalité. Ce sont des formes de richesses qui ne marchent plus ». « Le premier pas à faire lorsqu’on veut changer un pays est de l’aimer », souligne encore l’économiste, poussé par le témoignage d’Abraham. « Chaque pays a une vocation vers la beauté, a son génie, son identité, avec ambivalence ». Et puis un conseil : étudiez davantage, apprenez un métier correctement ! « Vous êtes la minorité ? Peu importe. Il suffit d’être peu nombreux, mais bien motivés. Ce sont les minorités prophétiques qui changent le monde. Il ne faut jamais cesser de croire qu’un monde différent est possible. La première lutte à faire quand on est jeune est de ne pas perdre la foi dans l’idéal. Il faut croire en l’impossible pour obtenir quelque chose de bon possible ».
“Bien des fois on m’a offert de la drogue, d’autres fois on m’a volé, continue Abraham. Il y a quelque temps alors que je rentrais à la maison après l’école, un garçon s’est approché de moi pour me demander une cigarette ; au même moment la police est arrivée pour nous prendre. Lui avait la drogue en poche et moi uniquement mes livres dans le sac à dos. Ils ont commencé à le frapper, l’autre a pointé son pistolet sur ma tempe me demandant où j’avais la drogue. Quand les policiers sont partis, j’ai aidé ce garçon à se relever, je lui ai donné le peu d’argent que j’avais. Il m’a embrassé et m’a dit : tu sais qu’avec cet argent ma famille va pouvoir manger aujourd’hui ? Je me suis rendu compte qu’avec un petit acte d’amour tu peux dégager une force très grande et nous ne savons pas jusqu’où elle peut arriver. Malgré mon impuissance, je voudrais essayer de voir mon voisin de palier et les personnes que je rencontre dans la rue avec des yeux neufs et, avec d’autres amis, je voudrais aider concrètement ».
Dans le désir d’un meilleur engagement pour le bien de notre pays, malgré les nombreuses difficultés et le découragement de la plupart, le 20 mars dernier des jeunes de diverses organisations se sont retrouvés au Sénat mexicain pour passer une journée avec les politiciens sur le dialogue, une démarche très importante dans un monde qui attend une réponse à ses plus grands défis ».
L’Argentine honore la mémoire de Chiara Lubich
“ Chiara Lubich a prodigué délicatesse et douceur, mais fondamentalement elle nous a transmis, à travers sa simplicité, un grand courant d’amour envers le prochain. Vivre ensemble, savoir partager, travailler au bien commun, et réussir à construire la fraternité même à travers la diversité des opinions politiques, tel est son message ». Ce sont les propos d’Alicia Monica Pregno, vice gouverneur de la Province de Cordoba (Argentine), dans le cadre de la reconnaissance, toutes nations confondues, de l’héritage que nous laissent la pensée et l’action de Chiara Lubich. Au cours de la session parlementaire du 25 mars 2015, la Chambre de cette Province a approuvé le décret de reconnaissance posthume de l’Œuvre de la fondatrice du Mouvement des Focolari.
La cérémonie s’est déroulée au Parlement, dans la même salle, en présence d’un public venu nombreux : des députés de divers courants politiques, des représentants du Comipaz (Comité Interreligieux pour la Paix), des jeunes participant aux Ecoles de formation du Mouvement Politique pour l’Unité, des universitaires, des membres d’organisations sociales etc.…
es responsables des Focolari à Cordoba ont présenté le profil de Chiara Lubich et tout de suite après le Vice-gouverneur a invité les députés des diverses formations à accomplir un geste symbolique en leur remettant le décret accompagné de la plaque commémorative.
Alicia Monica Pregno a ensuite expliqué les motifs de cette reconnaissance: la contribution qu’offre la spiritualité de l’unité à la construction de la communauté et elle a ajouté que « le message de Chiara Lubich fait surgir des questions qui nous poussent à réfléchir sur la raison des conflits et de notre incapacité à penser ensemble. Je crois que le monde est appelé à cheminer vers un destin meilleur, dans la mesure où nous laissons de côté nos intérêts personnels et où nous sommes disposés à résoudre les problèmes avec un regard commun. Il s’agit d’un grand défi à une époque caractérisée par beaucoup d’individualisme ».
Ont suivi les interventions du Pasteur Raffa, représentant du Comipaz, qui a souligné la contribution du Charisme de Chiara Lubich « à la naissance de cette commission depuis ses débuts » et celle de Soher El Sucaría, aujourd’hui militant politique, qui a découvert, à travers l’expérience vécue dans le Comité Interreligieux pour la Paix – sa valeur de service.
Il faut ajouter quelques expériences de citoyens qui ont raconté leur évolution personnelle et leur engagement au service du bien commun, que ce soit en se mettant d’accord entre voisins pour résoudre les problèmes de quartier ou à travers un engagement politique au niveau d’une province ou de la nation. Cette partie du programme s’est déroulée sous la forme de deux tables rondes. La première s’intitulait : « Fraternité, semence de transformation sociale », à laquelle ont participé Estela Daima, directrice de la Caritas dans le département du Rio III, où l’on gère une entreprise de production de pain qui emploie quarante femmes, Paola Chávez, secrétaire de l’association Fazenda de la Esperanza (avec le témoignage d’Augustine, une jeune sortie d’affaire grâce à la Fazenda) et Riccardo Galli, économiste et entrepreneur de l’Economie de Communion.
Lors de la table ronde intitulée “Contribution de la fraternité à la politique. Expériences et défis », Laura Blanco, militante socialiste, a présenté les Ecoles de formation à la Politique réalisées dans ce Parlement, une façon pour lui de s’engager à vivre la fraternité dans l’action politique. Sont ensuite intervenus Julio Bañuelos, maire de Mina Clavero et Guillermo Castillo, fonctionnaire militant dans la Démocratie Chrétienne.
Chez tous les participants une conviction s’est fait jour : la fraternité vécue comme “catégorie politique” peut donner des réponses aux défis actuels pour favoriser la construction de sociétés plus justes et plus fraternelles. En conclusion le Vice Gouverneur s’est félicité de ce que le Parlement de Cordoba soit le siège d’Ecoles de formation à la Politique pour les jeunes et il a souligné les efforts déjà en cours pour mettre en œuvre cette fraternité au sein même de ce Parlement.


