Mouvement des Focolari

Paradis de 49 : la dimension mystique de Chiara Lubich

Mai 23, 2026

Hier, 22 mai 2026, s'est tenue dans la salle Paul VI de l'Université pontificale du Latran à Rome, la présentation de l'ouvrage « Paradiso '49 » (Paradis de 1949) de Chiara Lubich, fondatrice du Mouvement des Focolari. Les mots du Père Fabio Ciardi nous introduisent dans l'expérience et à la lecture de ces écrits mystiques.

« Remercions ensemble le Seigneur pour la grande famille spirituelle née du charisme de Chiara Lubich. » Telles sont les paroles adressées par le pape Léon XIV, le 21 mars 2026, aux participants de l’Assemblée Générale de l’Œuvre de Marie – Mouvement des Focolari. Comme le rappelle le Pape, Chiara Lubich est connue pour son action de fondatrice, et pour sa « spiritualité de communion », notamment grâce à ses nombreuses publications. Moins connue est l’expérience mystique qui est à l’origine de son Œuvre et dont elle a constamment puisé son inspiration. La publication du Paradis de 49, dans le cadre du vaste projet éditorial de ses « Œuvres » entrepris par la maison d’édition Città Nuova – dont le présent ouvrage constitue le sixième volume – lève aujourd’hui le voile sur cette période contemplative intense, que l’auteur avait volontairement gardée secrète, qui s’étend du 16 juillet 1949 jusqu’à fin 1951 ; période connue précisément sous le nom de « Paradis de 49 ».

Avant de nous concentrer sur le livre, revenons sur l’événement lui-même, dont le livre est le récit. Le 16 juillet 1949, après avoir assisté à la messe, Chiara veut s’adresser à Jésus et l’appeler par son nom, mais elle n’y parvient pas. Ce qu’elle vient de vivre l’a transformée en Jésus ; elle ne peut donc pas s’appeler elle-même, et de sa bouche sort le mot que Jésus prononçait dans sa prière : « Abbà, Père. » « J’ai cru comprendre – écrit-elle plus tard – que celui qui m’avait mis sur les lèvres le mot “Père” était l’Esprit Saint. » Ce n’est pas simplement un mot, c’est une réalité : « Aussitôt, je me suis trouvée dans le Sein du Père. […] J’étais donc entrée dans le Sein du Père, qui apparaissait aux yeux de mon âme (mais c’était comme si je le voyais avec mes yeux de chair) comme un gouffre immense, cosmique. Et il était tout or et flammes, en haut et en bas, à droite et à gauche. » Dès le premier instant, l’événement revêt des connotations de caractère mystique, que l’on retrouve dans des phénomènes analogues vécus par d’autres mystiques. Cependant, il présente aussi une particularité qui lui est propre, due avant tout à sa dimension unitive, « collective », ecclésiale.

Avant de participer à la messe, Chiara avait scellé un « pacte d’unité » avec Igino Giordani, écrivain italien de renom, parlementaire et père de famille. Ensemble, ils avaient demandé que ce soit Jésus – qui venait par l’Eucharistie dans l’une -, à « sceller» l’unité avec Jésus dans l’autre, tous deux dans une ouverture et une disponibilité totales à son action, comme dans un « calice vide ». C’est ainsi que cela s’était passé : sur elle et sur lui, devenus « vide d’amour », Jésus seul était descendu et était resté. Les deux étaient devenus un unique Christ. L’expérience de l’apôtre Paul se répétait : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20) : leurs deux âmes étaient devenues une seule âme, celle du Christ. C’est cette âme unique qui entre dans le Sein du Père. L’expérience mystique qui est en train de se produire ne concerne pas seulement une personne, mais d’abord deux, puis tout un groupe auquel Chiara communique ce qu’elle vit, en associant sans cesse de nouvelles personnes à cette même expérience : « J’ai eu l’impression de voir dans le Sein du Père une petite troupe : c’était nous. » Dans le Sein du Père, on vit comme une seule Âme (la majuscule est une constante dans la narration de Chiara).

Quelques moments de la présentation à l’Université pontificale du Latran

Lorsque, peu après, survient le phénomène – commun à de nombreux mystiques – des « noces mystiques », ce n’est plus la personne seule qui est « épousée », mais l’ensemble du groupe, devenu une seule Âme. Dès lors commence ce que Chiara appelle « voyager le Paradis », une sorte de voyage de noces durant lequel l’Époux lui montre les réalités du Ciel qui désormais lui appartiennent aussi. Et là, nous pénétrons dans les contenus de ce qu’elle appelle « lumières », « révélations », « compréhensions », expérience et intelligence de la Révélation, d’une telle intensité que Chiara s’identifie à ce qu’elle « voit », découvrant presque de l’intérieur les mystères de la foi. Ce sont des intuitions sur l’Œuvre qui est en train de naître, des orientations pour une pédagogie de la spiritualité de communion, des indications qui se traduisent dans la prière et dans la vie quotidienne : « Sur la terre comme au Ciel. »

Le texte n’est pas de lecture facile, tant du fait du langage mystique, ponctué de paradoxes, de métaphores et d’oxymores, que, surtout, de la densité de son contenu. L’auteur a composé son œuvre sur une longue période, pratiquement jusqu’à la fin de sa vie, sélectionnant et ordonnant les écrits de cette période d’illumination. Nous sommes devant une multiplicité de genres littéraires : des lettres, des pages intimes dans le style d’un journal spirituel, des annotations en vue de conversations, des articles de journaux et des commentaires sur la « Parole de vie », des moments autobiographiques et spéculatifs, et même une fable.
Quoi qu’il en soit, l’expérience, bien que variée, progresse comme suivant un fil d’or qui s’inspire d’une pédagogie divine, « une révélation de mystères joyeux et suaves comme le Paradis, logiques et progressifs comme la vie ». L’ouvrage reproduit le texte dans son intégralité, tel qu’elle a souhaité le transmettre, avec les annotations élaborées au cours d’une minutieuse relecture.

Les intervenants de la présentation : Alessandro Clemenzia, doyen de la Faculté de théologie de l’Italie centrale ; Angela Ales Bello, professeure émérite de philosophie contemporaine à l’Université pontificale du Latran ; Stefan Tobler, théologien et directeur de l’Institut de recherche œcuménique de l’Université « Lucian Blaga » de Sibiu (Roumanie), Brendan Leahy, théologien et évêque de Limerick (Irlande)

L’ouvrage s’ouvre sur deux essais : l’un, d’ordre historique, rédigé par Alba Sgariglia[1], retrace l’histoire et la composition laborieuse du texte ; l’autre, d’ordre théologique, rédigé par Piero Coda[2], met en lumière la nature de l’expérience et la manière dont elle s’inscrit dans le parcours historique de l’Église, tout en en soulignant la nouveauté. Le livre est enrichi d’un glossaire, d’une bibliographie, d’index bibliques et thématiques.

Nous sommes devant un texte fondamental pour la compréhension du charisme de Chiara Lubich, qui va bien au-delà de son Mouvement. C’est une œuvre destinée à faire partie du patrimoine mystico-doctrinal de l’Église, susceptible de parler à chaque homme, « un héritage à partager et à faire fructifier », comme l’écrit Piero Coda.

Comment lire cette œuvre ? « Toutes ces pages que j’ai écrites ne valent rien – annotait déjà l’auteur le 25 juillet 1949 – si celui qui les lit n’aime pas, n’est pas en Dieu. Elles ont de la valeur si c’est Dieu qui les lit en lui. » C’est une règle élémentaire pour la compréhension de toute œuvre : se mettre au même niveau qu’elle. Pour appréhender de manière adéquate le Paradis de 49, il est indispensable de se mettre avec sincérité à l’écoute de l’expérience de son auteur et presque d’entrer avec elle dans ce « Paradis » dont le livre donne témoignage. Chiara Lubich en était convaincue. Lorsque, le 22 novembre 2003, elle reprit la lecture de son écrit, accompagnée d’un petit cénacle de professeurs qu’elle avait réunis autour d’elle – connu sous le nom d’« École Abbà » -, elle nota sur son texte : « Cette fois, nous le lisons dans le but de nous convertir, de le traduire en vie. Nous devons faire en sorte que l’École Abbà devienne ‘Paradis’. Au demeurant, c’est seulement ainsi que l’on peut comprendre les contenus de ces volumes… »

Fabio Ciardi, OMI
Photo: © Carlos Mana – CSC Audiovisivi


[1] Alba Sgariglia est chargée de recherche au Centre d’études du Mouvement des Focolari et membre de l’École Abbà pour le domaine théologique et mariologique.

[2] Piero Coda est Secrétaire général de la Commission théologique internationale et professeur d’Ontologie trinitaire à l’Institut Universitaire « Sophia ». Il a été président de l’Association théologique italienne de 2004 à 2011.

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