25 Mai 2015 | Focolare Worldwide
Mardiana. C’est tout simplement ainsi qu’on l’appelle. Un prénom qui, comme il arrive parfois en Indonésie, sert aussi de nom. Y compris pour l’état civil. Actuellement elle est vice-présidente, au niveau national, d’une importante compagnie d’assurance multinationale. Récemment Heryanto, journaliste à Indopost, l’a repérée parmi les femmes de Djakarta qui ont réussi et l’a interviewée pour sa rubrique. Le parcours de Mardiana est intéressant et présente un point fort : une profonde spiritualité, vécue avec simplicité et conviction depuis sa rencontre avec les Focolari lorsqu’elle était adolescente. Un an après avoir obtenu son diplôme en Economie auprès de l’Université de Medan (île de Sumatra), elle épouse Mulianta, lui aussi passionné par la spiritualité de l’unité. Tous deux veulent fonder une famille sur des bases profondément chrétiennes et donnent naissance à deux beaux enfants. A un moment donné la compagnie d’assurances où travaille Mardiana ferme ses portes et voilà qu’une occasion se présente, celle d’entrer dans la Reliance Insurance, une autre compagnie d’assurances qui a plusieurs antennes dans le monde. Souvent Mardiana doit se rendre dans la capitale, Djakarta (île de Java), pour participer à des réunions de travail. Et c’est un grand sacrifice pour elle qui aime tant rester avec ses enfants. Mais Mulianta la met en confiance et la soutient. Tous deux s’occupent des enfants à tour de rôle. A la suite d’une promotion, Mulianta se voit offrir un poste à Djakarta, mais il refuse pour rester auprès de son épouse et de ses enfants et, grâce à son esprit d’initiative, il monte sa propre affaire à Medan. Six années passent au cours desquelles l’agence où travaille Mardiana enregistre un bon chiffre d’affaires et un excellent niveau de vie de ses salariés. On propose alors à Mardiana de se transférer à Djakarta pour assumer la vice-présidence de Reliance Insurance Indonesia. Mulianta et Mardiana se donnent un temps de réflexion. Ils pourraient dire non, car au fond, en ce qui les concerne, tout va pour le mieux à Medan. « Mais, se disent-ils, nous ne devons pas considérer les choses de notre seul point de vue. Nous devons nous interroger sur la mission que Dieu veut confier à chacun de nous ». Et c’est Mulianta qui encourage Mardiana à accepter, même si cela implique pour lui de laisser son entreprise de Médan et de trouver un nouvel emploi à Djakarta. Au cours des premiers mois Mardiana voyage continuellement pour transmettre les consignes au nouveau responsable et faire en sorte que ce changement de gestion n’affecte pas la clientèle de Medan. « Je remercie Dieu d’avoir un mari incroyable ! – confie Mardiana au journaliste d’Indopost – s’il ne m’avait pas donné confiance, je n’aurais pas pu y arriver”. « Nous partageons tout ensemble – ajoute-t-elle – surtout notre engagement à mettre en pratique l’amour évangélique qui nous porte à considérer chaque prochain comme un frère à aimer. C’est la raison pour laquelle nous ne faisons pas de discriminations, quelle que soit l’appartenance sociale : nous sommes tous égaux. Quelles que soient la couleur de la peau, l’ethnie ou la religion, pour nous ce sont tous des frères ». Et de raconter au journaliste une expérience personnelle. « Notre femme de ménage, qui est avec nous depuis pas mal de temps, est musulmane. Elle est non seulement honnête et travailleuse, mais aussi intelligente. Aussi lui avons-nous proposé de faire des études universitaires, ce qu’elle a volontiers accepté. Beaucoup de personnes nous ont dit : lorsqu’elle aura une bonne situation, elle vous quittera et vous oubliera. Mais pour nous aimer signifie offrir aux autres des occasions, s’occuper de leur avenir. Elle fera toujours partie de notre famille, mais nous ne devons pas penser qu’une femme de ménage doit l’être à vie, pas plus que notre chauffeur. Eux aussi doivent pour pouvoir accéder à de meilleures conditions de vie ». Le commentaire du journaliste, musulman, dans l’un des deux articles parus sur Indopost, mérite attention: « Pour Mardiana diriger une succursale de Reliance était dans les plans de Dieu, même si c’est une responsabilité qui génère beaucoup de stress, avec des problèmes de toutes sortes. Mais elle parvient à les affronter sereinement parce qu’à la base de sa vie il y a l’amour qu’elle a appris de la spiritualité du Mouvement des focolari dont elle et son mari font partie. Certes, même si elle met toute sa confiance en Dieu, cela ne veut pas dire qu’elle reste passive, au contraire elle s’engage beaucoup dans son travail, et cela depuis qu’elle était au collège et par la suite dans sa vie professionnelle ».
23 Mai 2015 | Chiara Lubich, Cultura, Focolari nel Mondo, Non classifié(e), Spiritualità
Mai 1995. Cité Pilote de Loppiano (Italie). C’est le soir. Au cours du dîner, un groupe de personnes de convictions et d’origines culturelles diverses discute avec vivacité. Elles sont restées ensemble une journée entière pour vérifier s’il est possible de se comprendre, de s’accepter et de s’estimer entre chrétiens et non-croyants, en dépassant les clivages idéologiques et les préjugés millénaires. Cet échange, entre personnes aussi différentes par le langage et les convictions, a débuté à la fin de l’année 1978, avec la création par Chiara Lubich, fondatrice du Mouvement des Focolari, du « Centre pour le dialogue avec les non-croyants », dans le cadre plus vaste de l’expérience conduite par les Focolari. La rencontre qui a eu lieu à Loppiano est donc un bilan et un défi: celui de se regarder dans les yeux pour s’assurer que oui, s’estimer est possible. Au cours des années, en fait, on est devenus vraiment des « amis ». Se confronter et rester ensemble n’est plus seulement un stimulant, c’est devenu un plaisir. Mais à ce dîner, il manque l’un d’eux, peut-être le plus actif : Ugo Radica, un focolarino un peu spécial, a eu une idée. Il est allé se poster près de la maison de Chiara qui devait arriver ce soir-là à Loppiano. Sa patience l’a récompensé : voilà que la voiture arrive. Ugo s’en approche. Chiara, surprise, abaisse la vitre et lui demande : « Ugo, que fais-tu ici ? » Il répond sans hésiter: “ Je suis avec un groupe d’amis de convictions diverses. Pourquoi ne viens-tu pas nous voir demain ? Je pense qu’il serait important pour eux d’avoir un échange direct avec toi ». Chiara, après un instant d’hésitation, accepte. Elle demande que soient préparées quelques questions auxquelles elle répondra. Ugo, enthousiaste, rejoint ses amis.

Loppiano, 7 mai 1995
C’est ainsi que le lendemain, le 7 mai 1995, Chiara Lubich passe une demi-heure avec quelques uns de ceux qui vont devenir les colonnes d’une expérience toute particulière, délicate mais forte : le dialogue entre personnes qui normalement ont de la difficulté à se parler et à s’estimer. Ce qu’on appelle le « Quatrième dialogue » du Mouvement des Focolari naît officiellement dans ce lieu et au cours de cette demi-heure, avec ces réponses adressées à un petit groupe auquel Chiara parle de respect réciproque, de « non-prosélytisme » (un concept presque révolutionnaire à l’époque !), d’amour réciproque possible entre personnes d’idées et de cultures différentes. Une expérience enthousiasmante, digne d’être poursuivie et diffusée avec détermination et conviction parce que, si le but du Mouvement est « Que tous soient un », sans les non-croyants il manquerait une partie essentielle et irremplaçable de l’humanité. Ce soir-là Tito, un des amis arrivés à Loppiano juste au dernier moment, téléphone à sa femme, « une catholique ad hoc », membre du mouvement depuis des années, pour lui annoncer, tout content, qu’il venait de parler en personne à Chiara. Elle qui, au cours de toutes ces années, n’avait jamais réussi à voir Chiara, même de loin!
Mai 2015, vingt ans après. C’est de nouveau la fête à Loppiano. Une commémoration nostalgique? Assurément pas. Armando, Morena, Tito, Dolores, Piero, Luciana, Roberto, Silvano et de nombreuses autres personnes se succèdent sur la scène pour rappeler ces moments, faire le bilan des vingt années écoulées et mettre le cap sur les vingt à venir. Une chose est bien claire pour tous: ce type de dialogue est extrêmement précieux.
A la différence des moments d’échange entre croyants, on ne sait jamais où va nous conduire une rencontre du “quatrième dialogue”. Mais c’est justement là un gage d’authenticité, parce que chacun doit forcément mettre en jeu toute sa personne, prêt à offrir sa propre idée, mais aussi à accueillir celle de l’autre dans un échange exigeant, mais fructueux. Un dialogue qui, au cours des années, non sans difficultés, est devenu international et touche de nombreux pays. Sa diffusion est ressentie par les participants comme une responsabilité encore plus urgente. Un style de vie à promouvoir avant tout entre les membres du Mouvement, pour être ensuite offert à toute l’humanité.
22 Mai 2015 | Non classifié(e)
« La maison qui abrite notre communauté est à proximité de la place Saint-Pierre, à Rome. Il est presque 21 heures. Ma supérieure est sortie depuis peu pour admirer la colonnade de Bernini de nuit avec quelques collègues. Le téléphone sonne. C’est elle: ‘Un homme, environ 35 ans, s’est fait voler ses papiers, son argent et son téléphone dans le métro’. Je descends pour voir ce que je peux faire. Luciano, comme il dit s’appeler, raconte être arrivé à Rome cet après-midi-là, après 27 heures de bus. Il avait réussi à réunir 1300 euros, prévoyant utiliser cette somme jusqu’à ce qu’il trouve un travail en Italie. Je lui demande s’il veut téléphoner à quelqu’un et il me donne le numéro de sa mère dans son pays d’origine. Je compose le numéro et lui passe le téléphone. Il se fait tard. J’appelle une sœur qui travaille à Caritas, à la gare Termini, pour lui demander si elle connaît un endroit où passer la nuit, mais elle dit que ce n’est pas possible sans papiers. Il décide de dormir à la belle étoile et d’aller le lendemain à l’ambassade, pour ensuite retourner au plus vite dans son pays. Je lui demande s’il veut manger, boire, mais il a l’estomac noué par le stress. Il dit avoir encore des sandwichs du voyage. Je propose de l’accompagner chez les sans-abri de place Pie-XII, pour le confier à eux (il y a aussi des compatriotes). Avant de les rejoindre, nous rencontrons B., une sans-abri qui dort dans les niches de façades. Parfois, nous lui apportons quelque chose à manger. Je lui raconte l’histoire de Luciano, sans lui dire, cependant, qu’avec les temps qui courent, je ne sais pas si j’ai raison de le croire. Et si c’était une arnaque? Mais la conviction qu’il s’agit avant tout d’un frère à aimer concrètement est plus forte. La femme lui dit: ‘Prends beaucoup de cartons dans la benne, parce qu’il fait très froid la nuit. Je dormirai tout près, personne ne te fera de mal’. Nous laissons les bagages et allons chercher les cartons, pas faciles à trouver: dans la zone, beaucoup dorment par terre au pied des bâtiments. Entretemps, ma supérieure nous rejoint. Nous retournons auprès de B. avec les cartons et laissons Luciano sous sa garde. Surtout, nous le confions à la Sainte Vierge et aux Anges Gardiens. Je n’arrive pas à dormir. Il fait très froid dehors et il y a beaucoup d’humidité. Le matin, je lui amène au moins du lait chaud et du café. Il dit qu’à cause du froid, de l’inconfort et du bruit des voitures, il n’a pas dormi. Je rentre pour la messe. Les lectures parlent du jeûne, qui consiste non seulement à s’abstenir de manger, mais ‘à partager ton pain avec l’affamé, à ouvrir ta maison aux pauvres, aux sans-abri, à fournir un vêtement à ceux qui n’en ont pas…’ (Es 58,1-9). Je n’arrive pas à lire, je n’arrive pas à répondre au prêtre, j’ai la gorge nouée, les larmes coulent toutes seules… Je comprends – surtout moi qui ne pleure jamais – ce que signifie le ‘don des larmes’ dont le pape François a récemment parlé. Après la messe, je dis à la supérieure: « Nous devons nous occuper de lui jusqu’au bout ». Craignant l’arnaque, elle est hésitante, mais ensuite accepte. Luciano est encore là. Il s’était rappelé que, dans la poche intérieure de son sac à dos, il avait sa carte d’identité. Nous mettons un de ses sacs dans un caddie et nous portons l’autre avec lui. À la gare routière, nous découvrons qu’il y a justement un bus aujourd’hui pour son pays. Nous lui achetons un billet. La caissière nous conseille d’attendre le départ, parce qu’il est arrivé que des types comme lui retournent ensuite à la caisse pour se le faire rembourser. Il manque encore deux heures jusqu’au départ, mais nous continuons à avoir confiance. Nous devons rentrer à la maison et lui payons le déjeuner. Je l’étreins fort et lui laisse mon numéro de téléphone, ainsi qu’un peu d’argent pour le voyage et de l’argent de son pays pour rentrer en train dans sa ville. L’après-midi, nous recevons, d’une personne qui a entendu parler de cette histoire, un don correspondant à ce que nous avons dépensé. Le jour suivant, arrive un SMS reconnaissant de Luciano. « Je vous remercie pour le billet et pour tout. Je suis arrivé chez moi sain et sauf. »