Mouvement des Focolari
Franco Fortuna, un saint de la porte d’à côté

Franco Fortuna, un saint de la porte d’à côté

Franco et Anna se marient en 1991 et ont trois enfants : Benedetta, Francesca et Federico. En août 2025, Franco part soudainement au Ciel, à l’âge de 63 ans. Cette nouvelle bouleverse de nombreuses personnes, non seulement dans leur ville, Poggio Mirteto (Italie), mais aussi parmi les nombreux amis du mouvement des Focolari qui l’ont connu, soit lorsqu’il était Gen (jeune des Focolari) et, enflammé par l’idéal de l’unité, il avait dit son « oui » à l’appel à vivre pour Jésus, soit à travers sa profession (il a travaillé pendant des années à la maison d’édition Città Nuova) où il avait rencontré de nombreuses personnes.

Avec Anna, leur « oui » initial à la création d’une famille fidèle à « là où deux ou trois … », s’enrichit, tout au long de leur parcours de vie commune, par leur engagement au sein de la communauté locale, en particulier au sein du Mouvement des Familles Nouvelles (une ramification des Focolari composée de familles qui se proposent de vivre la spiritualité de l’unité) et par l’accompagnement de couples dans leur cheminement de préparation au mariage et au baptême de leurs enfants.

Après une longue période passée au sein de la maison d’édition, Franco se lance dans une nouvelle expérience professionnelle en tant que professeur de religion dans un lycée technique, se consacrant entièrement à aider ses élèves à grandir sereinement, malgré les difficultés et les souffrances personnelles que les jeunes lui confient. Ce dont tout le monde se souvient, ce sont les cours en plein air, à l’ombre des arbres, dans le jardin à l’extérieur de l’école, sa grande capacité d’écoute et son sourire. Un sourire que ses collègues ont connu eux aussi, tout comme son engagement à créer une atmosphère familiale au sein de l’établissement à travers des randonnées en montagne et des moments de convivialité.

Dans les derniers moments de sa vie, il répond « oui » à l’appel à devenir diacre au service de l’Église. Il le fait avec humilité, dans le silence et est toujours présent, prêt à aider ceux qui étaient en difficulté. Ceux qui l’ont rencontré se souviennent, qu’il parvenait, par son grand sourire, à transformer le cœur de ceux qui croisaient son chemin.

Sur les photos : Franco avec toute sa famille ; une sortie à la montagne ; dans le cadre de son ministère de diacre

Leur maison était toujours ouverte à tous et l’est encore aujourd’hui : de nombreux amis soutiennent Anna et leurs enfants, grâce à l’amour semé au fil de ces années.

Même pendant l’hospitalisation de Franco, la dernière semaine avant son décès, les médecins sont impressionnés par l’afflux continu de jeunes venus lui rendre visite pour un dernier adieu, embrasser sa famille, ou simplement être présents à leurs côtés pour prier.

Un de ses collègues, qui se disait non-croyant, l’a salué comme « la personne la plus proche de l’Évangile » qu’il ait jamais connue.

Lors de ses funérailles, l’église était bondée, et de très nombreux jeunes se trouvaient même sur le parvis : « Tu as parlé de foi, mais tu nous as enseigné l’amour », pouvait-on lire sur l’une de leurs banderoles ; une foule de prêtres et de diacres entourait l’évêque Mgr Ernesto Mandara à l’autel.

Durant l’homélie, don Mauro Guida, curé de la cathédrale Sainte-Marie-de-l’Assomption à Poggio Mirteto, citant les saints Laurent, Claire, Jeanne, Pontien et Hippolyte, commémorés par l’Église les jours précédents, déclarait : « À chaque fois, chaque nom, chaque mot, chaque visage de sainteté semblait être le portrait de notre cher Franco. Tout comme autrefois les enfants, en se montrant leurs vignettes, répétaient le refrain « je l’ai, je l’ai aussi… », ainsi Franco était soudain devenu l’image de celui qui possédait toutes les qualités que l’on pouvait décrire ou simplement imaginer ; « la sainteté d’à côté », comme l’avait appelée le pape François ».

« Nous sommes profondément émus par la nouvelle de l’appel de Franco au Ciel et nous sommes émerveillés de suivre son parcours », ont déclaré dans une lettre Margaret Karram et Jesus Moran, présidente et coprésident (en 2025) des Focolari. « Nos prières et notre profonde gratitude pour sa vie si belle et si lumineuse. Convaincus qu’il est déjà accueilli par Jésus, nous le sentons comme le protecteur des Familles Nouvelles et des Générations Nouvelles. Nous sommes unis d’une manière toute particulière à Anna et aux enfants ».

Sur les photos : inauguration de la salle de classe en plein air dans l’école où il enseignait

L’établissement scolaire où Franco a travaillé, l’IIS Gregorio da Catino de Poggio Mirteto, a souhaité créer une salle de classe en plein air qui porte son nom. Voici le message publié sur la page Facebook de l’établissement : « Des professeurs laissent une empreinte indélébile par leur façon de regarder le monde : Franco Fortuna était l’un d’entre eux. Pour rendre hommage à son amour des cours en plein air, nous avons inauguré aujourd’hui (5 juin 2026) une véritable salle de classe en plein air (…). Nous espérons qu’elle deviendra un lieu où les élèves pourront continuer à apprendre, à échanger et à rêver, exactement comme l’aurait souhaité le professeur Fortuna ».

Lorenzo Russo
Foto: per gentile concessione della famiglia Fortuna

Un prix décerné à un « ingénieur des relations »

Un prix décerné à un « ingénieur des relations »

Tonadico, petit village des Dolomites, dans le nord de l’Italie, est devenu en 1949 un lieu d’une immense importance pour le Mouvement des Focolari. L’expérience mystique vécue dans ces montagnes par la fondatrice du Mouvement, Chiara Lubich, aux côtés de ses premiers compagnons et du célèbre parlementaire et journaliste italien Igino Giordani, continue de façonner la spiritualité du Mouvement à travers le monde. Aujourd’hui, 77 ans plus tard, la commune de Primiero (Italie) et le Mouvement des Focolari ont décerné pour la première fois le prix international « Tonadico – Ville du Pacte ». Celui-ci a été attribué à Gerhard Pross, du YMCA d’Esslingen, en Allemagne. De confession évangélique luthérienne, il est cofondateur et ancien modérateur du mouvement Å“cuménique « Insieme per l’Europa » (Ensemble pour l’Europe).

Un pacte qui reste d’actualité

Le 16 juillet 1949, Chiara Lubich et Igino Giordani ont échangé un pacte d’unité lors d’une célébration eucharistique à l’église, qui a donné naissance à une expérience mystique restée dans les mémoires sous le nom de Paradiso ’49 (Paradis 1949). Les compagnons de Chiara Lubich se sont ensuite joints à ce pacte. Ce « moment historique » reste bien plus qu’un simple souvenir, a souligné le maire de Primiero, Daniele Depaoli, lors de la cérémonie de remise des prix. Grâce à une spiritualité qui « pénètre le monde séculier, la vie civile et politique », ce pacte reste d’actualité, a affirmé M. Depaoli, dont les propos ont également été rapportés par Vatican News.

La décision d’attribuer ce prix, nouvellement créé, en premier lieu à l’Allemand Gerhard Pross a été expliquée par le sociologue Bruno Turra au cours de l’événement : Pross est un « ingénieur des relations », un « maître dans l’art de tisser des communautés ».

Un œcuménisme des cœurs

Au cours de la cérémonie, Pross a retracé les débuts du mouvement œcuménique « Ensemble pour l’Europe », en décrivant une rencontre au centre œcuménique du Mouvement des Focolari à Ottmaring (Allemagne), immédiatement après la signature de la déclaration commune sur la doctrine de la justification par les représentants de l’Église catholique romaine et de la Fédération luthérienne mondiale à Augsbourg. Là, une cinquantaine de responsables de différentes Églises et mouvements chrétiens, en présence de Chiara Lubich, avaient prié ensemble et s’étaient mutuellement demandé pardon pour les souffrances du passé. « Après cela, c’était comme si les cieux s’étaient ouverts et qu’un océan de grâce s’était déversé sur nous », se souvient Pross à Tonadico. Il n’avait jamais vécu un moment aussi profond. C’est là qu’était né un « véritable œcuménisme du cœur ».

Il n’y a pas de frontières entre le ciel et la terre.

Pour lui, ce fut un moment tout aussi mystique que le pacte entre Chiara Lubich et Igino Giordani : « Ici, à Tonadico, le ciel et la terre se sont unis, car l’expérience mystique de Chiara Lubich a aboli les frontières entre le ciel et la terre ».

Extrait d’une page du site Startseite | Movimento dei Focolari – Svizzera (Startseite | Mouvement des Focolari – Suisse)

L’enregistrement de l’événement de Tonadico est disponible en italien sur la chaîne YouTube focolaritalia: La registrazione dell’evento di Tonadico

Photo © L. Taite – D. Goller – R. Di Pietro

Ave Cerquetti : faire de la beauté un chemin vers Dieu

Ave Cerquetti : faire de la beauté un chemin vers Dieu

Silvana « Ave » Cerquetti, artiste, sculptrice et personnalité marquante du Mouvement des Focolari, s’est éteinte le 3 juillet 2026 à Padoue (Italie), à l’âge de 95 ans. Née à Rome le 9 août 1930, elle a consacré toute son existence à la recherche de la beauté comme chemin vers Dieu, laissant une empreinte profonde.

Dès son enfance, passée entre Rome et Montefalco (Ombrie, Italie) pendant les années difficiles de la guerre, Ave manifesta une sensibilité extraordinaire envers la création. C’est précisément dans ce village ombrien qu’eut lieu sa première rencontre avec l’art : pendant des heures, elle observait le travail d’un potier, jusqu’à comprendre que cette même argile pouvait devenir l’instrument pour donner forme au monde qu’elle portait en elle. Avec le soutien de sa mère, elle réalisa une grande crèche qui attira l’attention de tout le village, annonçant déjà une vocation appelée à s’épanouir au cours des années suivantes.

Après des études au Lycée artistique puis à l’Académie des Beaux-Arts de Rome, où elle obtint son diplôme de sculpture en 1953, elle s’imposa rapidement comme l’un des jeunes espoirs de l’art italien. Dès 1952, l’une de ses Å“uvres avait été sélectionnée pour représenter les étudiants de l’Académie à la Biennale de Venise. Mais le succès professionnel ne suffisait pas à combler sa quête intérieure.

L’événement qui allait marquer définitivement son parcours se produisit lors de la visite d’une exposition de Georges Rouault au Palazzo Venezia, à Rome. Devant un visage du Christ peint par l’artiste français, Ave vécut une expérience qu’elle décrivit elle-même comme fulgurante : elle comprit que l’art pouvait devenir un instrument pour communiquer Dieu aux hommes. À partir de ce moment naquit la conviction qui l’accompagnerait toute sa vie : « Je ferai de l’art sacré. »

Au cours des années suivantes, elle se consacra principalement au portrait, obtenant reconnaissance et estime dans le milieu artistique romain ainsi qu’une place de choix dans les expositions de la Via Margutta, la célèbre rue des artistes de Rome. Ceux qui contemplaient ses Å“uvres soulignaient sa capacité à saisir l’intériorité des personnes. Pour Ave, chaque visage méritait un respect presque sacré, parce qu’il reflétait l’Å“uvre créatrice de Dieu.

Une étape décisive survint en 1955, lors d’un séjour à Sassari (Sardaigne, Italie), à une période de profonde recherche intérieure. C’est là qu’elle découvrit le Mouvement des Focolari en visitant le focolare de la ville. Elle décrivit cette rencontre comme la redécouverte de l’harmonie et de la beauté qu’elle avait toujours cherchées. Elle fut accueillie avec joie par Marisa Cerini et Caterina Ruggiu. Ave raconte : « Nous étions encore dans le petit hall d’entrée et j’eus aussitôt l’extraordinaire sensation d’entrer dans cette unité, cette harmonie et cette beauté de la création que j’avais tant de fois contemplées. Je me dis en moi-même : Ici est Dieu, ici est l’Église ! » Cet épisode marqua l’aboutissement de son cheminement vers un retour dans l’Église catholique, après que toute sa famille eut, à un certain moment, adhéré à l’Église vaudoise. C’est pourquoi Ave conservera toute sa vie un amour particulier pour l’Å“cuménisme, sans jamais oublier de prier chaque jour pour l’unité des Églises.

Entre 1958 et 1960, elle vécut une intense expérience en Amérique latine. Invitée à San Salvador dans le cadre d’un échange culturel, elle s’y imposa rapidement. Elle enseigna la sculpture à l’Académie des Beaux-Arts, reçut plusieurs distinctions, participa à la création de la première galerie permanente d’art contemporain du pays et réalisa des Å“uvres importantes, parmi lesquelles une monumentale statue de saint Ignace. Son succès professionnel fut considérable, mais plus importante encore fut la maturation de sa vocation. Son engagement chrétien continua de guider chacun de ses choix et, au cours du voyage de retour en Italie, faisant halte aux sanctuaires de Guadalupe, Lourdes et Montserrat, elle prit la décision de consacrer totalement sa vie à Dieu au sein du focolare, une aventure qui commença en mai 1961.

Répondant à l’invitation de Chiara Lubich, fondatrice des Focolari, à ne pas abandonner l’art ni la sculpture, mais à les mettre pleinement au service de Dieu, elle sentit naître en elle le désir de ne plus créer seule, mais de travailler en communion avec d’autres artistes partageant le même chemin spirituel. C’est ainsi qu’avec la sculptrice Tecla Rantucci et la peintre Marika Tassi, elle fonda le Centre Ave, premier atelier ainsi nommé par Chiara Lubich afin que chaque Å“uvre soit vécue comme un don à Marie. C’est à ce moment-là que Silvana prit le nom d’Ave, dans sa vie comme dans son art. L’atelier s’installa d’abord dans un simple garage à Rome, puis déménagea à Grottaferrata, près de la capitale, avant de s’établir à Loppiano, près de Florence.

Sous sa direction, le Centre Ave devint au fil des années un important laboratoire international d’art sacré. Il donna naissance à des Å“uvres devenues emblématiques dans de nombreux milieux ecclésiaux, telles que Le Bel Accueil, Notre-Dame du Bon Chemin, Notre-Dame des Neiges, ainsi que de nombreuses représentations du Christ et de la Vierge diffusées dans le monde entier. Parallèlement, des projets d’architecture et d’aménagement liturgique furent développés, conduisant à la réalisation d’églises, de centres paroissiaux et d’importantes opérations de rénovation d’édifices religieux.

Le Centre Ave acquit un style clairement reconnu tant par la critique que par l’Église, où l’architecture épouse la sculpture et se laisse envelopper par la lumière colorée des vitraux, dans un équilibre parfait entre les arts. Et Ave demeurait toujours la première et l’infatigable gardienne de cette expérience d’unité, fondée sur l’engagement de chacune à laisser vivre le Maître, Dieu, au milieu d’elles, précisément à travers cette dimension communautaire.

« Que cette soif de beauté que ressent le monde s’étende partout, affirma Chiara Lubich en 1961 en parlant de cette réalité. Qu’elle suscite de grands artistes, mais qu’elle forme aussi de grandes âmes qui, par leur rayonnement, puissent conduire les hommes vers le plus beau des enfants des hommes : Jésus ! »

Cette vision trouva l’une de ses expressions les plus accomplies dans le Sanctuaire Maria Theotokos de Loppiano, où l’on retrouve sa contribution particulière, qu’elle considérait elle-même comme l’aboutissement de toute une vie artistique et spirituelle. Ceux qui l’ont accompagnée dans ses derniers jours racontent que le seul fait d’entendre prononcer le nom de ce sanctuaire illuminait son visage.

À côté de sa créativité, les nombreuses personnes qui ont travaillé avec elle au fil des années retiennent surtout sa capacité à mettre les autres en valeur. Ave savait reconnaître le bien caché en chacun et l’encourager à grandir. Pour plusieurs générations d’artistes, elle fut une maîtresse non seulement de technique, mais surtout de regard : un regard capable de découvrir la beauté jusque dans les réalités les plus simples et les plus quotidiennes.

En 1999, elle contribua également, avec Michel Pochet et Liliana Cosi, à la naissance de la Commission centrale de l’Inondation de l’Art, une magnifique expression forgée par Chiara Lubich pour décrire l’impact de la spiritualité de l’unité sur la culture artistique contemporaine, initiative qui s’est aujourd’hui développée en un réseau mondial d’artistes vivant et itinérant.

Avec son départ, Ave Cerquetti laisse un héritage vivant fait d’Å“uvres, de communautés artistiques et de relations humaines. Une vie entièrement consacrée à traduire, dans le langage de la matière, de la forme et de la lumière, cette parole de l’Évangile devenue son programme de vie :
« Aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu. Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. » (1 Jn 4, 7)

Par la rédaction

Photo © Centro Ave/Archivio Loppiano

Alba Sgariglia : l’expérience mystique du Paradis de 1949

Alba Sgariglia : l’expérience mystique du Paradis de 1949

Alba Sgariglia est diplômée en philosophie et titulaire d’une licence en théologie. Depuis 1975, l’année précédant son entrée dans une communauté des Focolari, elle a travaillé au Centre d’études de ce Mouvement, aux côtés de la fondatrice.

En quoi consistait ton travail au Centre d’études ?

Je me rendais à la bibliothèque de Florence pour faire des photocopies de passages des Pères grecs, que nous traduisions ensuite chez nous afin de rechercher, parmi tant et tant de pages, ces petites phrases qui pouvaient servir à Chiara Lubich pour confirmer ses inspirations. À l’époque, je travaillais avec Marisa Cerini, qui me disait : pour nous, construire l’Ut omnes (Que tous soient Un), signifie entrer dans la pensée des Pères grecs et essayer de comprendre, à partir de là, quelle a été la lumière du charisme que Chiara a reçu. Les années suivantes, j’ai également enseigné la religion dans des lycées de Rome. Puis je suis entrée dans le gouvernement de l’Œuvre pour suivre l’aspect culturel, puis à l’École Abbà, que Chiara a fondée en 1991 pour étudier les écrits de la période dite du Paradis de 49. Enfin, en 2014, Maria Voce (Emmaüs), alors Présidente du Mouvement des Focolari, m’a confié le Centre Chiara Lubich, créé pour préserver, étudier et promouvoir la figure de Chiara.

Que représente ce texte, qui vient d’être publié ?

Le Paradis de 49 est un ouvrage publié à titre posthume, car il a été écrit, préparé et rédigé par Chiara Lubich jusqu’à la fin de sa vie. Elle souhaitait décrire l’expérience mystique qu’elle avait vécue entre 1949 et 1951, en l’accompagnant de notes destinées à en faciliter la compréhension ; ceci afin de remettre au groupe de chercheurs de l’École Abbà un texte accessible, qui puisse servir à la recherche. Le texte contient une expérience mystique que Chiara a toujours dit ne pas pouvoir garder pour elle. Puis, encouragée par de nombreuses personnes, elle a réalisé que c’était un texte pouvant être compris et utilisé par d’autres personnes du Mouvement.

Au début des années 2000, par exemple, elle a expliqué aux jeunes du Mouvement le cÅ“ur de cette expérience. Elle s’est aussi rendu compte, petit à petit, que l’expérience rapportée dans le texte pouvait être partagée avec des personnes d’autres religions : au fil des ans, nous avons organisé des symposiums avec des hindous, des bouddhistes et des musulmans, auxquels elle a proposé quelques passages du Paradis de 49. Nous avons également expérimenté le dialogue autour du texte avec des personnes sans référence religieuse, qui ont proposé des réflexions bien plus profondes que ce que nous aurions pu imaginer, soulignant qu’il s’agit d’un texte de grande valeur. De nombreux fondateurs de charismes ont reçu la possibilité de comprendre l’œuvre qu’ils portaient de l’avant, à travers ce qu’on appelle les « visions intellectuelles », dans lesquelles ils perçoivent avec l’intellect ce que Dieu leur fait entrevoir.

Mais comme il s’agit d’un langage mystique, n’est-ce pas difficile à comprendre pour le commun des mortels ?

Le langage mystique est un genre littéraire particulier ; ce n’est ni de la poésie, ni du théâtre, ni de la littérature, ni de la théologie. Par exemple, on peut parfois rencontrer des difficultés d’ordre théologique, car le mystique cherche des mots qu’il ne trouve pas, il tente d’exprimer l’inexprimable : un exercice difficile, au point que Chiara elle-même, alors que nous relisions ces passages, nous demandait souvent : « Comment ai-je pu écrire ces phrases ? Que signifient-elles ? Pourquoi ai-je écrit cela ? »

Cela confirme que, dans ces situations, les fondateurs tentent d’exprimer ce qu’ils « voient » en utilisant les catégories culturelles et les concepts dont ils disposent, et qui sont parfois inadéquats. Par exemple, dans le Paradis de 1949, on trouve des références à la Divine Comédie, car Chiara la connaissait, ou à des philosophes, comme Kant qu’elle avait étudié. Le cadre extérieur peut également avoir une influence : Chiara et ses premières compagnes ont commencé cette expérience dans les montagnes du Trentin (Nord de l’Italie), à Tonadico : c’est une nature qui parle d’elle-même par sa beauté. Cela aussi l’aidait à exprimer des choses qu’elle percevait pour la première fois de sa vie.

Au cours des 18 années qui se sont écoulées depuis la mort de Chiara, vous avez publié des livres qui permettent de mieux comprendre le contexte de l’aventure du Paradis de 1949…

Nous avons continué à approfondir le texte à travers différentes disciplines, en suivant la méthode que Chiara nous avait transmise, c’est-à-dire celle d’examiner chaque chose à la lumière de « Jésus présent au milieu de nous ». Je pense que l’on peut identifier dans ce volume trois dimensions caractéristiques principales : la première est d’ordre didactique, car elle montre comment vivre le Charisme de l’unité et offre une clé de lecture pour la vie ; la deuxième caractéristique peut être qualifiée d’artistique et littéraire, car le texte présente de nombreux genres littéraires : journal intime, lettres, écrits, notes ; enfin, l’aspect doctrinal, car le texte a sans aucun doute une orientation théologique. Il s’agit en effet d’une expérience mystique qui aide à comprendre, d’une part, les réalités du Ciel – Dieu, la Trinité, le Verbe, Marie, la Création, l’enfer, le paradis – et, d’autre part, l’incarnation du charisme dans une Å’uvre qui allait être fondée les années suivantes, c’est-à-dire après les années 1949-1951. Chaque fois qu’on lit ces textes mystiques, on comprend de nouvelles choses. C’est aussi ce qui m’arrive chaque fois que je lis ces pages, je comprends de nouvelles choses, tant sur le plan intellectuel que spirituel.

En lisant le texte, Chiara ne semble-t-elle pas un peu prétentieuse à certains moments ?

Il faut comprendre pourquoi Chiara dit ces choses de cette manière. Disons que c’est comme si Dieu, pour exprimer des concepts qui ne peuvent être exprimés par une créature humaine, s’identifiait à cette créature, en regardant les choses à travers ses yeux. C’est cela qui amène Chiara à écrire : « Aujourd’hui, je suis la paternité universelle. » Elle en arrive même à se demander : qu’est-ce que cela signifie ? À ce moment-là, elle s’identifie à cette réalité, afin de pouvoir l’exprimer. Dans les notes de bas de page, elle commente et exprime sa stupéfaction et sa joie de voir que d’autres fondateurs avaient vécu plus ou moins la même chose.

Quel conseil donnerais-tu pour la lecture ?

Je dirais : prenez ce livre et lisez-le quand et comme vous le voulez, à n’importe quel moment… Vous pouvez échanger avec d’autres personnes, ou avec un expert, sur certains passages peu clairs ou plus complexes. Mais je suggère de ne pas se laisser conditionner, car ce texte parle directement à la personne. Ouvrons-le au hasard et lisons la page qui nous tombe sous les yeux. Nous comprendrons alors ce dont nous avons besoin à ce moment-là, car le texte, malgré quelques difficultés, nous touche au plus profond. C’est une expérience mystique, « à laquelle nous pouvons participer », d’une certaine manière. C’est là la nouveauté, comme Chiara elle-même nous l’a expliqué. Elle a toujours veillé à ce que tous puissent participer à son expérience et cet ouvrage nous en ouvre la possibilité.

Giulio Meazzini
Interview publiée initialement dans la revue Città Nuova
Photo: © Francesco Frascella

Se former à l’action politique et sociale

Se former à l’action politique et sociale

À la suite de l’expérience enrichissante partagée avec les jeunes lors du Hackathon 2026, la deuxième phase du programme « Une humanité, une planète : leadership synodal » est en cours de lancement. Il s’agit d’un parcours de formation de 6 mois, en ligne, qui combine approfondissement et dialogue à partir des parcours de chacun, échange de projets et d’expériences, développement d’initiatives ayant un impact local et une portée mondiale.

Il s’adresse aux personnes âgées de 18 à 40 ans ayant une expérience dans la représentation politique, la gestion publique, les mouvements sociaux, les partis politiques et les espaces de plaidoyer ; qui sont engagées dans la transformation sociale et politique ou intéressées par le renforcement de leurs capacités de dialogue, de coopération et d’action collective. Qui sont disposées à apporter leur contribution opérationnelle et intellectuelle tout au long du programme.

D’une durée de 6 mois, entièrement en ligne, totalement gratuit et nécessitant un engagement estimé à 3 heures par semaine, le programme vise à toucher 500 jeunes cette année.

«Nous vivons un moment historique marqué par de profondes tensions géopolitiques, des crises socio-environnementales, une fragmentation sociale croissante et des niveaux élevés de polarisation », déclarent les organisateurs dans leur présentation. « Ces défis nous interpellent : ils mettent en évidence les limites des modèles traditionnels de gouvernance et l’urgence de nouvelles formes de leadership capables de générer du dialogue et d’activer des processus d’action collective afin de promouvoir des objectifs de paix et d’unité.
Dans ce contexte, nous avons choisi un style de leadership synodal : un leadership fondé sur l’écoute, la participation, la co-responsabilité et la construction de solutions partagées.
Si tu crois que la politique peut être un espace pour régénérer les liens, promouvoir le bien commun et prendre soin de l’humanité et de la planète, cet appel est pour toi.
Nous t’invitons à faire partie d’un espace international de formation et de cocreation d’initiatives politiques avec d’autres jeunes leaders provenant de différentes régions du monde, afin de repenser la gouvernance face aux défis actuels ».

La date limite de candidature est fixée au vendredi 19 juin 2026.

Pour obtenir plus d’informations et postuler au programme, consulte le PDF suivant

Par Carlos Mana
Photo: © Joaquín Masera – CSC Audiovisivi