4 Avr 2020 | Non classifié(e)
En cette période de coronavirus, souvent nous n’avons plus la possibilité de rendre visite à des parents, des amis ou des connaissances que nous savons dans le besoin. Les moyens de communication semblent l’unique moyen possible pour faire arriver notre amour concrètement. Le texte suivant nous montre aussi une autre forme d’action. Comme il est sage de passer le temps qui nous reste, à vivre à la perfection la volonté de Dieu dans le moment présent ! Parfois, cependant, nous sommes assaillis par de graves préoccupations. Elles peuvent concerner le passé aussi bien que l’avenir, le présent, des lieux, des circonstances ou des personnes et nous ne pouvons nous y consacrer directement. Il nous en coûte alors de garder le cap choisi, de nous maintenir sur le chemin que Dieu désire de nous dans l’instant présent. Aussi, pour vivre à la perfection, il faut de la volonté, de la décision, mais surtout une confiance en Dieu qui peut aller jusqu’à l’héroïsme. «Je ne peux rien faire dans ce cas, pour cette personne chère qui est en danger ou malade, pour dénouer cette situation impossible… Eh bien, je ferai ce que Dieu désire de moi en cet instant: étudier le mieux possible, balayer ma chambre, prier, bien m’occuper de mes enfants… C’est Dieu qui veillera à démêler cette affaire, à réconforter celui qui souffre, à trouver une solution à l’imprévu». Ce travail à deux, réalisé en parfaite communion, nous demande une grande foi dans l’amour de Dieu pour ses enfants et permet à Dieu d’avoir confiance en nous pour nos actions. Une telle confiance réciproque fait des miracles. Là où nous ne pouvons agir, un Autre agit véritablement, qui fait immensément mieux que nous. L’acte héroïque de confiance sera récompensé. Notre vie, limitée à un seul domaine, acquerra une nouvelle dimension. Nous serons au contact de l’infini, auquel nous aspirons, et la foi renforcera avec vigueur l’amour en nous. Nous ne nous souviendrons plus de la solitude. Avec évidence, nous ferons l’expérience que nous sommes réellement enfants de Dieu-Père qui peut tout.
Chiara Lubich
Extrait de : Chiara Lubich, Pensée et Spiritualité, Nouvelle Cité 2003 p. 108-109.
3 Avr 2020 | Non classifié(e)
L’engagement des enfants du Mouvement des Focolari et de leurs animateurs en ce moment d’urgence planétaire. Un nouveau site Web est en ligne pour eux aussi. « Ces jours-ci, nous devons rester à la maison, mais nous avons un secret pour être tout aussi heureux : l’amour. Alors chaque matin, nous lançons le dé et nous mettons en pratique ce qui est écrit. » Les Gen4, les enfants du mouvement des Focolari, ne s’arrêtent pas : même isolés, ils commencent chaque jour à lancer « le dé de l’amour », dont chaque facette rappelle un point de l’art d’aimer, et ils s’engagent à le vivre. Dans certaines villes, les Gen4, ont réalisé des affiches, écrit des lettres et mobilisé leurs parents pour offrir leur aide aux personnes âgées de leur immeuble. « Personne ne nous a demandé un service concret – a écrit une maman – mais ce fut l’occasion de faire connaissance avec les voisins qui nous ont téléphoné et nous ont beaucoup remerciés. » Niccolò et Margherita, des Gen4 italiens, se sont demandé si certains enfants de leur immeuble possédaient autant de jouets qu’eux. Ils ont donc placé une boîte à l’entrée de leur immeuble avec cet écriteau : « Ciao ! Nous avons trouvé chez nous des jeux dont nous n’avons plus besoin. Si vous le souhaitez, vous pouvez les prendre et vous n’avez pas à les rendre. N’attendez pas ! » Et comme en ce moment « maison » pourrait faire penser à « contrainte », à Rome on a eu l’idée de proposer aux Gen 4 de construire une petite maison en carton où ils pourraient regrouper leurs actes d’amour. Et tandis que ces maisonnettes se remplissent de petits mots et de dessins, les adultes aussi apprennent des enfants que, dans ce confinement, nous pouvons tous enrichir nos maisons de petits actes d’amour. Les Gen4 sont présents dans le monde entier et, si cette pandémie touche tous les pays, il est naturel qu’ils se sentent particulièrement solidaires de ceux qui vivent là où l’on souffre davantage. Voici le message vidéo de deux Gen 4 d’Asie qui, montrant le dessin d’un arc-en-ciel, s’exclament : « Forza Italia » ou celui d’un pays africain où ils encouragent tout le monde avec leur message : « Ensemble, nous y arriverons ! » Aux côtés des enfants, les animateurs des Focolari sont en première ligne pour les accompagner dans cette période délicate: de nombreuses idées voient le jour de partout. Ils nous écrivent de Bilbao (Espagne) : « Nous avons eu l’idée de rencontrer les Gen4 et leurs familles chaque semaine sur le web. Nous nous racontons comment nous vivons cette nouvelle situation, en mettant en valeur les actes d’amour. Nous nous quittons avec l’engagement de prier pour la paix, pour les malades, pour ceux qui souffrent. » Au Portugal, des adultes réalisent chaque dimanche une vidéo représentant une scène de l’Évangile et la partagent sur les réseaux sociaux. En ce moment le Web s’avère donc important, y compris pour les enfants. C’est précisément ces jours-ci que le Centre international Gen4 a mis en ligne un nouveau site (https://gen4.focolare.org/fr) destiné aux enfants et à leurs éducateurs, enrichi de documents et de parcours de formation à la spiritualité du mouvement des Focolari, destinés à cette tranche d’âge. Ce nouveau site coïncide avec une date importante : le 29 mars 1972, Chiara Lubich fondait le Mouvement Gen4, la plus jeune génération du mouvement des Focolari. Quelques années plus tard, comparant le Mouvement à un grand arbre, elle les définit « comme les petits bourgeons d’un arbre. (…) Une réalité précieuse, très précieuse : celle qui garantit la vie de l’arbre. »
Anna Lisa Innocenti
2 Avr 2020 | Non classifié(e)
Gen Verde en direct de Loppiano… #distantimauniti Riccardo, Anna, Cristian, Paola… et la liste ne finirait jamais. Ce ne sont là que quelques-uns des plus de 4 000 fans qui ont regardé, la semaine dernière, la transmission en direct du Gen Verde depuis leur domicile. Ce n’est pas le moment des concerts, les rassemblements publics sont interdits et donc certaines questions reviennent pour nous hanter: comment faire sentir notre soutien à ceux qui sont seuls, à ceux qui vivent cette épidémie sur la ligne de front. Comment être porteurs de paix et d’espoir dans ce contexte? C’est ainsi que l’idée de « Live from Home Gen Verde » est née: les places et les arènes sont transformées en salon de maison. Les instruments sont là : une guitare, un clavier, une flûte, des micros et… un ordinateur qui nous aide à entrer sur la pointe des pieds dans toutes les maisons de ceux qui se connectent. Ce n’est pas un concert mais un rendez-vous un peu extraordinaire: on chante, on raconte des expériences de vie. C’est le résultat de la créativité de ce moment et… comme l’a dit Richard Wagner: « La musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots. » En temps réel, tout le monde de la maison peut exprimer une pensée, lancer un message et littéralement le clavardage en ligne explose et on ne parvient pas à contenir la gratitude et l’enthousiasme de toutes les personnes connectées des 5 continents. Personne ne manque à l’appel : de l’Argentine à la Corée, du Canada à la Hongrie, de l’Italie à l’Australie. Soudain, presque par un fruit miracle de la technologie, le salon ouvert à beaucoup devient en même temps un endroit intime où chanter et prier sont synonymes, où célébrer un anniversaire et se souvenir de ceux qui ont perdu la bataille contre le COVID-19 ont la même importance et tout devient un don d’amour. « Ces derniers temps, dit Colomba, j’entends beaucoup de nouvelles, non seulement de la télévision, mais aussi de nos voisins, des membres de la famille, etc. Malheureusement, les nouvelles sont tristes. Je ressens tellement de peur, d’inquiétude, et même un fort sentiment d’impuissance… ne pouvant rien faire pour ceux qui souffrent. Je me demande « pourquoi ? jusqu’à ce quand? » Au cours des derniers jours, un matin, en nettoyant la maison, j’ai senti une voix intérieure me disant: « Reste calme, si, où que tu sois, tu fais les petites choses avec amour, cela sera ta contribution à soutenir l’humanité. » Une expérience simple de Colomba qui, comme celles des autres du Gen Verde donne un sens au fait de rester à la maison, de faire des tâches ménagères comme tant d’autres femmes à travers le monde. « Depuis ce jour, la situation n’a pas tellement changé – continue Colomba – mais je peux changer mon attitude croyant que cela peut transformer le monde. » Voici la recette pour transformer les 4 murs de la maison (qui semblent parfois aussi très étroits) en un salon grand ouvert à toute l’humanité, une recette à partager et à vivre. Et Colomba est déjà au travail et entre un coup de fil et une tâche ménagère, son expérience est devenue une musique… prête à être partagée lors de la transmission en direct, le 3 avril à 16h (heure italienne). Une occasion à ne pas manquer. Connectez-vous en cliquant sur https://youtu.be/NLsPTyuITu0
Tiziana Nicastro
30 Mar 2020 | Non classifié(e)
Fraternité, tendresse et créativité : les bons ingrédients pour affronter la crise du Coronavirus avec des milliers d’expériences d’amour envers le prochain. Touchée d’une manière particulièrement forte par la pandémie du Coronavirus, l’Italie est en train de vivre une des épreuves les plus grandes depuis la seconde guerre mondiale. Mais les italiens l’affrontent avec d’innombrables gestes de solidarité, de fraternité et de tendresse. De la province de Naples, I.V. nous écrit, elle est infirmière dans le service des patients qui sont positifs au Covid-19 : « Au début, j’avais peur d’être contaminée, et donc je me hâtais afin de vite terminer les soins médicaux. Un patient m’a demandé s’il pouvait avoir un café de la petite machine à café typique italienne. En guise de première réponse, je lui ai dit que ce n’était pas possible. Mais avec une autre collègue, ensuite, nous avons trouvé deux machines à café pour tous les patients ». Le fait de devoir rester à la maison a changé la vie de la famille de Salvo et Enza avec leurs fils Emanuele et Marco à Viareggio. Enza nous raconte : « Jusqu’il y a quelques jours, nos fils, pris par de nombreuses obligations, réussissaient à peine à saluer rapidement la grand-mère malade et alitée. Maintenant, ils s’arrêtent plus longtemps et essaient de m’aider en donnant même simplement un verre d’eau à leur grand-mère. Aux repas de midi et du soir, nous avons plus de temps pour parler et aussi pour rire ensemble ».
A Lucca, Paolo et Daniela se sont proposés pour faire les courses pour tous leurs voisins, en partageant aussi quelques masques. Toujours à Lucca, Rosa et Luigi, un jeune couple avec deux enfants, tous à la maison maintenant, ont prêté leur voiture à une famille qui connaît de graves problèmes financiers. A Sienne, Giada et Francesca se sont mises à la disposition comme baby-sitter d’enfants d’infirmiers qui habitent à côté de chez elles afin de les soutenir. A Pisa, Carla et Giacomo, ont préparé à manger à quelques familles proches alors qu’à Arezzo, il y a eu une course de solidarité entre Rosanna, Rita et Mario pour aider deux personnes qui ne peuvent pas sortir, en leur faisant les courses et en leur préparant des repas. Afin d’aider ses jeunes collègues contraints de rester en isolement, Barbara de Latina a commencé à enregistrer des vidéos afin de partager ses recettes culinaires. Ils l’ont beaucoup remerciée car ainsi elle les aide à se sentir à la maison, comme dans leur famille. Emanuele et Simonetta de la Sardaigne, avec leurs trois enfants sont en quarantaine depuis quinze jours. Ils écrivent : « On a tout de suite eu l’intuition que c’était l’occasion de construire des rapports profonds en tant que famille. Depuis que nous sommes entrés en contact avec le virus, nous avons commencé à partager nos expériences dans un groupe de tchat avec d’autres personnes qui vivent la même souffrance. Un jour, quelques-uns d’entre eux avaient besoin de vivres alimentaires. Ne pouvant pas faire les courses nous-mêmes, nous avons trouvé un autre couple qui les a tout de suite faites. Et nous avons compris que nous ne devons jamais nous arrêter face aux besoins d’un frère ».
De la Sicile, Orsolina, infirmière, nous raconte : « Dans mon travail de thérapie intensive en cardiologie, je me suis retrouvée face à une jeune patiente ayant souffert d’un infarctus compliqué. Je voyais par son regard, qu’elle avait peur et se sentait dans une situation inconfortable, aussi parce qu’elle ne pouvait pas bénéficier du réconfort de sa famille et de ses enfants en bas-âge. J’ai donc senti que, je pouvais, moi, lui faire office de famille. Je l’ai donc aidée dans son hygiène personnelle en pensant à ce que j’aurais voulu si j’avais été à sa place, en faisant son lit avec attention, en lui arrangeant les cheveux. Son regard avait changé, on a éprouvé ensemble une grande joie, en ce moment-même, nous avons été une famille ». A Rome, Mascia et Mario avec leur fils Samuel, sont en train de découvrir que « ce virus, en plus de nous rappeler que nous sommes tous interconnectés, nous donne l’occasion d’apprécier les petites choses, de remettre au centre la famille et les affections, de donner libre cours à la créativité plutôt qu’aux programmes et aux rythmes frénétiques auxquels nous sommes habitués ». En tant que déléguée de classe, Masha essaie de la meilleure des façons d’aimer les familles et les institutrices, en gardant toujours vivante, la relation par le biais du tchat et du téléphone. Comme le disait Jesús Morán, Coprésident des Focolari, il y a quelques jours : « C’est le moment de la sagesse (…) qui mène à une intelligence de la réalité illuminée par l’amour et qui (…) déclenche un formidable mouvement de fraternité. Dieu peut vraiment faire des choses prodigieuses, même au milieu du mal. Il le vainc avec son dessein d’amour . »
Lorenzo Russo
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27 Mar 2020 | Non classifié(e)
Beaucoup de personnes, en ces jours de pandémie qui afflige l’humanité, se demandent où est Dieu. Dans cet écrit, Chiara Lubich nous invite à croire que rien de ce que nous vivons, même si c’est très douloureux, n’échappe à son amour et que, derrière chaque chose, se cache une finalité positive même si, sur le moment, nous ne la voyons pas. Nous parlons de St Voyage. Nous nous encourageons à parcourir le chemin de la vie comme un St Voyage.[…] Nous l’imaginons souvent ainsi : une suite de journées que nous désirons toutes plus parfaites l’une que l’autre, avec notre travail réalisé au mieux, avec les études ou le repos, les moments passés en famille, avec les réunions, les congrès, avec le sport, les moments de détente… le tout accompli harmonieusement et dans la paix. Nous le voyons comme cela, nous sommes humainement et instinctivement portés à l’espérer ainsi, parce que la vie est une aspiration permanente à l’ordre, à l’harmonie, à la santé, à la paix. […] Si nous faisons ainsi, c’est bien sûr, parce que le reste est imprévisible, mais aussi parce qu’il y a toujours dans le cœur humain l’espoir que cela se passe comme cela et seulement comme cela. Mais dans la réalité, notre St Voyage se révèle tout autre, parce que Dieu le veut tout autre. Alors lui-même se charge d’introduire dans nos projets d’autres éléments – qu’il veut ou qu’il permet – afin que notre existence prenne le vrai sens et atteignent le but pour lequel elle a été créée. Et ce sont les souffrances physiques ou morales, les maladies ; ce sont les mille et une souffrances qui parlent davantage de mort que de vie. Pourquoi ? Dieu voudrait-il la mort ? Non, bien au contraire car Dieu aime la vie, mais une vie si pleine, si féconde, que nous ne l’aurions jamais imaginée malgré toute notre aspiration au bien, au positif, à la paix. La Parole de vie […] nous éclaire sur ce point : « Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance » (Jn 12, 24). S’il ne meurt pas, le grain de blé reste beau, intact, mais seul. S’il meurt, il se multiplie. Dieu veut que durant notre vie, nous fassions l’expérience d’une certaine mort ou parfois de plusieurs sortes de mort. Car, pour lui, le St Voyage c’est ceci porter du fruit, faire des choses dignes de lui et non de nous, simples mortels. Et le sens de la vie pour lui, le voici : une vie pleine, riche, surabondante, une vie qui soit le reflet de la sienne. Alors il nous faut prendre en compte ces morts et nous tenir prêts à les accepter le mieux possible. Ce choix de Jésus abandonné que nous faisons chaque jour, cet amour préférentiel que nous voulons avoir pour Lui, est donc sage, indispensable. C’est cela le christianisme authentique. Cet amour nous prédispose à […] accepter les ‘’morts’ petites ou grandes, mais aussi reconnaître que tout ce que nous avions programmé a été dépassé de beaucoup, multiplié, fécondé. […] Ce sont des purifications passives […]: maladies justement, mort de nos proches, perte de nos biens, perte de la réputation, difficultés en tout genre… Ce sont les nuits des sens et les nuits de l’esprit par lesquelles le corps et l’âme sont purifiés de mille manières par des tentations, aridités spirituelles les, doutes, sentiment de l’abandon de Dieu, ébranlement de la foi, de l’espérance et de la charité. Ce sont de véritables purgatoires anticipés quand ce ne sont pas des enfers. Que faire ? Abandonner notre St Voyage en espérant qu’avec une vie plus normale, en suivant le courant du monde, toutes ces épreuves, ou du moins quelques-unes, pourront être évitées ? Non, nous ne pouvons pas retourner en arrière. Ici, je n’ai fait qu’énumérer les purifications, mais il faut aussi voir les consolations, les ‘’béatitudes » (cf. Mt 5,3-11= qu’apporte dès ici-bas une vie selon le St Voyage. La mort de Jésus, en effet, appelle la résurrection ; la mort du grain de blé, les « fruits en abondance« . Et, d’une certaine manière, « résurrection » et « fruits en abondance » signifient le Paradis anticipé, la plénitude de la joie, cette joie que le monde ne connaît pas. Alors, continuons à avancer ! Regardons au-delà de chaque souffrance. Ne nous arrêtons pas seulement à tel doute, à telle angoisse, à telle maladie, à telle épreuve… Regardons vers la moisson qui en naîtra […] en voyant et en goûtant par avance les fruits abondants qui vont arriver.
Chiara Lubich
Extrait d’une liaison téléphonique, Rocca di Papa, 25 février 1988
23 Mar 2020 | Non classifié(e)
L’histoire d’un couple de Croatie et son expérience dans le cadre du projet « Chemins de lumière » promu par le mouvement des Focolari « Comme les petits enfants qui apprennent à partir de rien, nous avons aussi appris à nous comprendre d’abord nous-mêmes, à comprendre nos sentiments, à les reconnaître, à comprendre l’autre, à apprendre qu’une pensée différente ne doit pas toujours aboutir à un conflit. Nous avons compris que les couples qui nous entourent enrichissent nos relations et que nous devons éviter de nous isoler. » Melita et Slavko sont mariés depuis une vingtaine d’années, sont parents et vivent en Croatie. Ils racontent leur expérience de couple avec franchise, sans artifices, sans taire ces moments d’épreuve qui jalonnent leur parcours comme un défi : une « maison » à construire chaque jour, souvent sans savoir avec quels outils. Ce n’est pas une autoroute toute droite qu’on emprunte avec une voiture puissante, mais un chemin de terre à parcourir à vélo avec la seule force des jambes, des poumons et du cœur, où s’alternent montées fatigantes et descentes reposantes. Une histoire, la leur, qui ressemble peut-être à celle de nombreux couples, mais qui offre, à propos de la famille, une clé de lecture qui ne va pas de soi. Nous avon fait leur connaissance en Italie, à l’occasion d’une session Chemins de lumière, que le Mouvement des Focolari propose aux couples, en prêtant une attention particulière à ceux qui traversent une crise. Dans un des moments les plus sombres de leur relation, expliquent-ils, c’est grâce à des réunions comme celle-ci qu’ils ont découvert des outils à « utiliser tous les jours pour que notre famille soit heureuse et que notre relation grandisse. » Des outils « qui facilitent l’ascension qui nous attend dans notre vie de couple pour réaliser les plans de Dieu sur notre famille. » Leurs propos laissent clairement appparaître que l’image du couple parfait est une douloureuse illusion. L’attente d’un parcours linéaire et ensoleillé, nourri par l’enthousiasme d’avoir rencontré avec le « bon » conjoint, se heurte à la réalité d’un « jeu » tout à fait inédit, où le coéquipier se transforme parfois en adversaire et où l’on ne peut gagner qu’à deux. Un jeu qui n’a pas de règles écrites mais qui doit être joué avec un objectif clair, à défaut de quoi il faut le reformuler s’il s’efface. Un jeu où chacun est appelé à donner sa contribution et à affronter les variables négatives, sans détours : « En l’état actuel – disent-ils – nous pouvons témoigner que le mariage n’est pas une réalité fixe ni statique, qu’une session comme celle-ci n’est pas un coup de baguette magique qui résout définitivement tous nos problèmes. » Ici, au contraire, « nous avons appris que notre premier enfant – notre couple – a besoin de la plus grande attention et considération, car ce n’est que lorsque nous sommes en paix et en harmonie que nous pouvons être en mesure de donner de l’amour aux enfants et aux personnes qui nous entourent. C’est le seul moyen de nous réaliser en tant que personnes. » Tout invite , en effet, à se croire déjà réalisés dès qu’on est sur le départ. Melita raconte ses débuts : « C’était une très belle période, j’avais enfin réalisé le rêve d’avoir un garçon qui pouvait m’écouter, me consoler, me comprendre. La personne avec qui partager des points de vue convergents sur la vie, la foi, l’amour. Nous avons vite compris que nous voulions nous épouser et célébrer notre amour par le mariage. » Mais la première épreuve n’a pas tardé à se présenter : la perte d’un enfant en route a obligé Melita et Slavko à revoir leurs plans, à se concentrer sur l’organisation pratique de leur vie, du travail et de la maison. C’est un moment fécond en fait, où ils font l’expérience d’une unité croissante entre eux et avec leurs familles respectives, ils partagent tout – dit Slavko – trouvant « la force, la volonté et le désir de choses communes. » « Nous avons idéalisé notre vie – ajoute-t-elle – « en complétant les galets de notre mosaïque et en attendant que la famille s’agrandisse.» Après trois ans, la joie du premier enfant arrive, mais avec elle aussi la nécessité de trouver un travail moins contraignant et plus rémunérateur. Un emploi se présente pour Slavko, mais ce nouveau contexte crée des tensions, des malentendus, des blessures profondes dans le couple. « La sécurité que nous avions construite et la confiance que nous avions l’un dans l’autre ont disparu – dit Melita – une période d’insatisfaction dans nos relations a commencé, de reproches pour les erreurs commises. Slavko n’était pas conscient de mon mécontentement et je ne savais pas comment lui faire prendre conscience des choses qui me gênaient. » Et lui : « Je me contentais de la vie, en pensant : que veux-tu de plus, nous nous aimons, nous sommes mariés, la vie suit son cours, pourquoi devrais-je encore montrer ma fidélité et mon affection ? C’est elle qui ne comprend pas que je l’aime et que je la soutiens. Au lieu de cela, j’étais sourd à ses cris et je pensais que c’était elle qui devait changer et accepter les nouvelles circonstances. Il y avait en nous un sentiment croissant d’incapacité, de désespoir, nous sommes tombés dans un abîme dont nous ne voyions pas la sortie. » L’idée de la séparation les traverse également. Ils avaient touché le fond. Mais dans ce désert, la vie s’est lentement remise à fleurir. « A ce moment, le Seigneur nous a envoyé nos parrains et amis que nous avions effacés de notre vie, comme tous les autres : à travers eux Il nous a indiqué des pistes à suivre », poursuit Slavko. C’est en échangeant avec d’autres couples qui ont participé aux Chemins de lumière qu’ils parviennent enfin à entrevoir une issue. « Seuls l’un en face de l’autre et devant Dieu, nous avons recommencé à nous comprendre et à nous connaître, nous avons appris que la différence d’opinion ne signifie pas que l’autre ne m’aime pas, au contraire nous avons de nouveau appris que la diversité nous enrichit, nous complète en tant que couple. » Apprendre, découvrir, grandir et se fortifier en tant que personne et en tant que couple. C’est peut-être la conquête inattendue d’un voyage authentique et courageux, imprévisible et plein d’épreuves, mais aussi d’horizons nouveaux et de satisfactions. Melita et Slavko ont découvert que les plans de Dieu pour leur couple et leur famille ne sont pas du tout prévisibles, mais exigent leur détermination à s’aimer. Et ils ont appris que c’est grâce à cet engagement que l’homme et la femme se réalisent en tant que personnes.
Claudia Di Lorenzi