Mouvement des Focolari

Retrouver un frère dans le prochain

Lorsqu’il s’est laissé spolier de la foi en Dieu, l’homme a été victime de la plus grande escroquerie. Et quand il n’a pas été spolié de sa foi en Dieu, il l’a parfois perdue tout de même parce qu’il l’a oubliée. Or, l’homme paye souvent le prix de ses longs oublis, au fond, il a oublié jusqu’au fait qu’il est homme. Il est dans une maison qu’il ne reconnait plus comme sienne, de fait, elle est devenue prison pour lui. Il vit avec des hommes en qui il  ne reconnait plus des frères. Il fréquente une école, lit des journaux, observe les produits d’une science, voilà pourquoi la vérité lui parvient déformée, de sorte qu’il a fini par ne plus connaître l’objet et douter du sujet. Il est traité et il se traite comme un fantôme.

Cet oubli se résume dans l’oubli de Dieu. Si on reconnaît Dieu, on devient libre envers tous les hommes de la terre. Ces hommes se révèlent alors frères et l’unique sentiment qui leur est dû est l’amour. En retrouvant l’homme, nous voyons à nouveau sa dignité. Dans ses limites, nous voyons sa grandeur tout en constatant sa misère. Il peut s’écrouler, mais reste de la lignée d’un Dieu. La misère est sienne, la grandeur lui est conférée par Quelqu’un de plus grand. Quelqu’un qui veut que dans l’épreuve, nous grandissions, que nous nous servions du malheur pour exercer les grandes vertus de justice, charité, piété ; que nous donnions valeur à la mort par la vie, à la pauvreté matérielle par la richesse spirituelle, au point que notre patrimoine devienne patrimoine de l’esprit et que notre dignité ne dépende pas de notre situation économique, mais de notre force de caractère, de notre résignation héroïque, de la victoire que le bien remporte sur le mal par nous et en nous. Nous sommes alors créateurs de vie.

Si nous traversons les misères en appauvrissant aussi notre âme, si nous réagissons au négatif en nous abrutissant, si nous nous écroulons, prostrés dans le désespoir et épuisés, nous gaspillons stupidement notre fatigue, nous salissons nos larmes sans dignité, nous privons notre âme de nourriture. L’amour héroïque transforme la douleur en joie, nos peines deviennent un instrument pour des exercices spirituels. Les malheurs posent à chacun une exigence de sainteté, c’est-à-dire d’humanité parfaite, puisque perfectionnée par la grâce.

Extrait de : Igino Giordani, La rivolta morale, Capriotti Editore, Rome 1945

www.iginogiordani.info

Congo. Un médecin face au défi du Sida

Congo. Un médecin face au défi du Sida

«Je suis médecin, spécialiste des maladies infectieuses, et depuis 30 ans je suis en contact avec des patients séropositifs et des sidéens. Je suis le référent pour cette pathologie à l’hôpital où je travaille à Kinshasa, la capitale du Congo.

J’ai appris très jeune à participer à la transformation de la société où je vis. Créer une société nouvelle et juste, où l’homme est mis au centre des préoccupations des membres de la communauté, a toujours été l’un des objectifs de ma vie. J’ai décidé de devenir médecin pour pouvoir me mettre au service de mes semblables.

Après avoir terminé mes études de médecine, j’ai dû faire face à un grand défi : les conditions de travail étaient de plus en plus dégradées et les salaires insignifiants. Les conditions matérielles d’un médecin ne portaient pas à la conscience professionnelle ou à l’honnêteté. Afin de survivre, il fallait travailler dans des organismes internationaux ou dans des cliniques privées.

Beaucoup de mes collègues médecins ont émigré en Europe ou aux États-Unis. J’ai été moi aussi un moment tenté d’émigrer, mais après avoir réfléchi avec ma femme, nous avons décidé de rester au pays, en acceptant la situation de la pauvreté des malades, les conditions de travail difficiles, le manque de matériel et parfois les tentatives de corruption.

Ce qui m’a donné du courage c’était de travailler avec d’autres médecins du Mouvement des Focolari et avec d’autres personnes qui, comme moi, voulaient mettre le malade à la première place.

Au début nous avions peur d’être contaminés par le SIDA : les conditions insuffisantes d’hygiène et les faibles structures sanitaires ne nous donnaient aucune garantie. À cette époque, notre pays connaissait des crises socio-économiques et politiques. Nous ne recevions plus aucune aide de la communauté internationale. Puis, la guerre a éclaté avec le fardeau des situations dramatiques que chaque conflit entraîne avec lui. Nous avons connu de grandes difficultés pour soigner les malades, mais nous sommes allés de l’avant et cela a été vraiment l’occasion de vivre l’amour de façon concrète.

Notre action s’est dirigée vers le traitement du SIDA et la prévention.

Pour le traitement des malades, il a été possible avec de l’aide de l’AMU, de construire une structure sanitaire complète avec un laboratoire d’analyses. En plus, un programme de traitement a été lancé à base de produits pharmaceutiques spécifiques finalement mis à la disposition de tous en Afrique, y compris les personnes les plus pauvres. Tout ceci a été le fruit de choix faits récemment par l’ONU dans son programme de lutte contre le SIDA.

Pour la prévention, la formation d’éducateurs et de promoteurs a été mise en marche de façon systématique. Leur rôle est d’intervenir sur le plan psychologique, sociologique et moral auprès des jeunes et des familles, afin de pouvoir produire un changement de comportement. Le contenu principal des cours consiste à donner des renseignements complets et corrects en ce qui concerne la transmission et la prévention de la maladie. En effet, il y a des personnes qui pensent que le virus provient de manipulations en laboratoire, d’autres voient en Dieu l’origine du SIDA à cause du péché, comme une sorte de punition. Ces déformations, souvent liées à la culture africaine, sont très difficiles à éradiquer. C’est pour cette raison, que nous cherchons à approfondir l’origine de la maladie, les effets du virus sur le système immunitaire et les moyens de prévenir le SIDA.

En plus des activités de production agricole que nous avons développées pour améliorer l’alimentation de base, nous avons essayé de garantir le soutien psychosocial des malades et de leurs familles».

 (M.M. Congo)

Congo. Un médecin face au défi du Sida

Brésil. Découvrir la valeur de la souffrance.

Je viens du Brésil et suis le cinquième d’une famille de six enfants, dont deux nés d’une précédente union de mon père, resté veuf.

J’avais à peine un an, lorsque mon père a quitté la maison, laissant ma mère enceinte et sans la possibilité de travailler, parce que nous étions encore petits.

Puisque nous n’avions pas de parents proches et que notre père ne contribuait pas à nos besoins, la situation est devenue critique. Concrètement, nous n’avions rien à manger et beaucoup de factures à payer!

Maman a décidé de vendre quelques-uns de nos meubles pour subvenir aux besoins immédiats et nous n’avons gardé que l’essentiel.

Un de mes demi-frères avait un magasin d’alimentation, où maman prenait ce dont nous avions besoin pour manger. Mais, puisque nous n’avions pas de quoi le payer, un jour, il a pris notre frigo.

Pour la même raison, ils nous ont coupé l’électricité et, ensuite, le gaz. Pendant des années, nous avons vécu en utilisant des lampes à huile et en cuisinant au feu de bois. Souvent, quelques voisins nous sont venus en aide, avec le peu dont ils disposaient.

Lizomar Dos Santos

Pendant ce temps, notre père a eu trois autres enfants avec une autre femme. Pour nous, c’était très dur de ne pas avoir son amour, mais notre maman nous a toujours appris à le respecter en tant que père. Lorsque nous le voyions, elle nous disait: « C’est votre père, allez lui demander la bénédiction ».

Jusqu’à mes dix-huit ans, j’ai été vendeur ambulant. Souvent, je me cachais quand je voyais un ami, parce que j’avais honte. J’ai aussi été paysan et maçon. Ensuite, en 2000, on m’a convoqué pour travailler en tant que bénévole auprès du Ministère de la Justice où, remarquant mon engagement, on m’a embauché au Secrétariat du Tribunal. J’ai aussi réussi à terminer mes études et à obtenir un diplôme en Lettres.

Un jour, un ami m’a invité à une rencontre du Mouvement des Focolari, dont il faisait partie. Là, j’ai découvert que Jésus, qui avait souffert et vécu l’abandon sur la croix, pouvait donner une signification à ma souffrance personnelle et à celle de ma famille. J’ai cru que tout pouvait avoir un sens et que ma douleur avait servi pour faire de moi une personne plus humaine, sensible à la souffrance des autres. Cette découverte m’a mené et me mène à une rencontre personnelle avec Dieu, auquel j’ai décidé de donner ma vie, en servant les frères sur la route du focolare.

Video: Veille de Pentecôte avec le Pape François. 

Juin 2013

« Si, après avoir fait le bien, vous souffrez avec patience, c’est là une grâce aux yeux de Dieu. » L’apôtre recommande à ces personnes de ne pas céder à la réaction instinctive que peuvent susciter de telles situations, mais d’imiter le comportement de Jésus. Pierre les exhorte même à répondre par l’amour, en voyant dans ces difficultés et incompréhensions une grâce, c’est-à-dire une occasion que Dieu permet pour donner la preuve du véritable esprit chrétien. De cette façon, elles pourront conduire au Christ, par amour, même  ceux qui ne les comprennent pas. « Si, après avoir fait le bien, vous souffrez avec patience, c’est là une grâce aux yeux de Dieu. »   Sur la base de ces paroles ou d’autres allant dans le même sens, certains voudraient accuser le christianisme de favoriser une soumission excessive, qui endormirait les consciences, en les rendant moins actives dans la lutte contre les injustices. Il n’en est pas ainsi. Si Jésus nous demande d’aimer même ceux qui ne nous comprennent pas et nous maltraitent, ce n’est certainement pas pour nous rendre insensibles aux injustices. Bien au contraire ! C’est parce qu’il veut nous apprendre comment construire une société vraiment juste. Et l’on peut y parvenir en diffusant l’esprit de l’amour vrai, en commençant nous-mêmes à aimer en premier.   « Si, après avoir fait le bien, vous souffrez avec patience, c’est là une grâce aux yeux de Dieu. »   Comment vivre la Parole de Vie de ce mois ? Les façons dont nous pouvons nous aussi être incompris et maltraités ne nous manquent pas aujourd’hui. Elles peuvent aller des indélicatesses et impolitesses aux jugements malveillants, à l’ingratitude, aux offenses et jusqu’aux véritables injustices. Eh bien, dans toutes ces occasions, il nous faut témoigner l’amour, que Jésus a porté sur la terre, à tous et donc aussi à ceux qui nous traitent mal. Dans la défense légitime de la justice et de la vérité, la Parole de vie de ce mois veut nous rappeler notre premier devoir comme chrétiens : aimer l’autre, conserver à son égard cette attitude nouvelle de compréhension, d’accueil et de miséricorde, celle-là même de Jésus envers nous. Alors, même en défendant notre point de vue, nous ne briserons jamais la relation, nous ne céderons jamais à la tentation du ressentiment ou de la vengeance. Et en agissant ainsi, comme des instruments de l’amour de Jésus, nous serons en mesure nous aussi de conduire à Dieu notre prochain.

CHIARA LUBICH

* Parole de vie publiée en mai 1990

Congo. Un médecin face au défi du Sida

Prêtre Giuseppe (Pino) Puglisi

La béatification de Don Pino Puglisi, le 25 mai dernier, est devenue un symbole de la lutte contre toutes les mafias et l’esclavage d’aujourd’hui.

Le parcours des jeunes des Focolari sur les voies de la légalité. « Ils ne peuvent pas faire cela! Ils ne peuvent pas faire de nous, frères, des esclaves! » Les paroles du pape François tonnent durant l’Angélus du 26 mai, faisant écho à l’anathème que Jean-Paul II avait lancé aux mafieux depuis la Vallée des Temples à Agrigente, en 1993, quelques mois avant l’assassinat de Don Puglisi. Et, 20 ans après sa mort, Don Pino Puglisi a été proclamé bienheureux à Palerme (Italie).

Il avait été tué le 15 septembre 1993 par les assassins de la famille mafieuse qui dominait dans le quartier Brancaccio, dans lequel Don Puglisi vivait et œuvrait sans cesse en tant que prêtre dans l’église San Gaetano. Il « éduquait les jeunes selon l’Évangile » et les soustrayait ainsi à la mafia, comme l’a encore rappelé le pape François. Parmi les 80 000 participants à la cérémonie de béatification, beaucoup de personnes du Mouvement des Focolari ont aussi voulu être présentes, surtout des jeunes provenant de différentes villes de la Sicile.

Le rendez-vous à Palerme pour la béatification de Don Puglisi avait été fixé depuis longtemps. En effet, depuis quelques mois, les Jeunes pour un Monde Uni participent au chantier légalité du Projet Italie et ils voulaient se retrouver à l’occasion de cette célébration, pour vivre une nouvelle expérience de partage avec ceux qui, à Palerme et ailleurs, sont engagés pour la légalité. Pendant que le Père Puglisi devenait bienheureux en Sicile, à Milan, dans le nord de l’Italie, une centaine de jeunes du « Chantier légalité » se sont retrouvés pour parler du phénomène mafieux, discuter de ses racines et ses comportements, et étudier ensemble les stratégies pour combattre son développement.

Le prochain rendez-vous pour les jeunes italiens du Mouvement des Focolari sera à Caserte (29 juillet – 2 août 2013). Ils s’y retrouveront pour partager les expériences et les approfondissements qui, ces derniers mois, mûrissent sur trois thématiques reliées à la légalité: l’accueil des immigrants, la défense de l’environnement et le travail.

L’engagement pour la légalité en Sicile de la part des Focolari a des racines très anciennes. En 1998, à Palerme, Chiara Lubich avait eu l’occasion de s’exprimer sur ce sujet, suite à une question explicite de quelques personnes. Elle avait eu l’idée d’unir tous ceux qui sont sincèrement engagés pour le bien commun, à commencer par des associations et des mouvements catholiques, pour construire la « civilisation de l’amour » et donner toujours une plus grande conscience et consistance à ceux qui s’engagent jour après jour pour contester la présence mafieuse destructrice.

Le parcours accompli ces dernières années a bien sûr donné des résultats: dans les mêmes cars, avec les Jeunes pour un Monde Uni et les Juniors pour un Monde Uni, voyageaient des jeunes d’autres groupes et associations qui partagent le même désir d’un monde plus uni et fraternel.

En outre – le réseau construit précisément à Palerme ces dernières années en témoigne – les jeunes ont eu, l’après-midi, deux très beaux rendez-vous: le premier, au siège de l’association Libera, pour mieux connaître l’activité qui consiste à réutiliser les biens confisqués à la mafia, le second, au siège de la Communauté de Sant’Egidio, qui les a accueillis pour un moment de dialogue avec quelques témoins de la vie de Don Puglisi. À cette occasion, les Juniors pour un Monde Uni de Palerme ont aussi expliqué ce qu’ils font dans leur ville et, en particulier, dans le quartier de Brancaccio. Ils ont peint une magnifique peinture murale – précisément dans la rue où le Père Puglisi a été tué – qui, des mois après, n’a pas été touchée. Ils ont écrit clairement: « La règle d’or: fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fasse ».

Congo. Un médecin face au défi du Sida

Chrétiens et musulmans unis dans l’amour pour Dieu et pour l’homme.

Le Prof. Mohammad Shomali, très actif dans le champ du dialogue interreligieux est Doyen des Etudes  Supérieures auprès de la section internationale de la « Jami’ at al-Zahra » et Directeur de l’Institut International pour les Etudes Islamiques de Qum, en Iran.

Grâce à lui ont été organisés divers moments de dialogue entre musulmans chiites et moines bénédictins et entre chiites et mennonites.

Il a conduit trois délégations d’étudiants iraniens en master et doctorat en visite à Rome pour des contacts spirituels avec le monde chrétien.

Récemment le Prof. Mohammad Shomali est revenu une fois de plus à Rome avec un groupe d’étudiantes. Nous lui avons posé quelques questions et nous en publions deux :

Vous venez de conduire une délégation de femmes iraniennes en visite à Rome. Quelle a été votre expérience et quelle a été la leur ?

« Pendant le mois de mai 2013, ma femme et moi avons accompagné un groupe de dix femmes, étudiantes en Master ou en  Doctorat de la Jami’atul Zahra, le plus grand séminaire théologique pour les femmes en Iran (Qum). C’était la septième visite en Italie, mais ce fut celle qui a eu le plus grand succès (…) parce que, au fil du temps se construit une confiance réciproque, s’établit un rapport d’amitié et, donc, on peut approfondir le niveau de dialogue et d’amitié ».

Quelle a été votre expérience du dialogue avec les Focolari et quelles en sont  les caractéristiques ?

« (…) Pour nous ce mouvement a représenté la porte vers le christianisme.

En fait, avec les amis du Focolare on se sent vraiment  à l’aise, grâce à leur notion d’engagement vers Dieu, d’amour profond pour Dieu, et en même temps, une attitude de grande ouverture. (…) On ressent qu’ils font de leur mieux pour te mettre à l’aise et, en même temps, ils s’assurent  qu’ensemble on puisse construire le bien.

Je suis convaincu que le charisme de Chiara Lubich, sa spiritualité, est un don de Dieu au XXème siècle et nous espérons qu’il puisse porter encore plus de fruit au cours du XXIème. Personnellement j’apprécie beaucoup l’idée de l’unité dans le sens de l’agir en tant que communauté.  Nous devrons penser ensemble, faire des programmes communs, travailler en unité.  Ceci est très proche, me semble-t-il, de ce qu’est le point central du message de l’islam, spécialement de l’école Ahlulbayt (partie de l’islam chiite) qui souligne et se concentre beaucoup sur l’amour qui devrait exister entre les croyants.

Pour cela je trouve la spiritualité du Focolare très intéressante. Par leur manière de  prêcher et par ce qu’ils montrent  dans leur comportement  ils confirment que nous pouvons arriver à de grands résultats si nous avons un amour vrai envers Dieu et envers le prochain ».