Mouvement des Focolari

Commentaire de Chiara Lubich

Cette journée de sabbat qui venait de s‘écouler à Capharnaüm avait été particulièrement chargée pour Jésus. Il avait parlé dans la synagogue, laissant tout le monde frappé par son enseignement. Il avait libéré un homme possédé par un esprit impur. En sortant de la synagogue il s’était rendu à la maison de Simon et d’André, où il avait guéri la belle-mère de Simon. La nuit venue, on lui avait amené tous les malades et les possédés : il avait guéri des infirmes de maux de toutes sortes et chassé de nombreux démons.
Après une journée et une nuit aussi intense, au matin, tandis qu’il faisait encore noir, Jésus se leva, sortit de la maison, et

«… il s’en alla dans un lieu désert ; là il priait. »

Il avait la nostalgie du Ciel. C’est de là qu’il était venu, pour nous révéler l’amour de Dieu, pour partager notre vie en tout et nous ouvrir le chemin du ciel. Il avait parcouru les routes de Palestine pour enseigner les foules, guérir le peuple de ses maladies et de ses infirmités, former ses disciples.
Mais la sève vitale qui, comme l’eau d’une source, jaillissait de son sein, lui venait d’un rapport constant avec son Père. Lui et son Père se connaissent, s’aiment, Jésus est dans le Père et le Père est en lui, ils ne font qu’un.
Le Père est l’« Abba », ce qui veut dire le papa, celui vers qui on peut se tourner avec une confiance sans bornes et un amour infini.

«… il s’en alla dans un lieu désert ; là il priait. »

Cependant, comme il était venu sur terre par amour pour nous, il a désiré que nous soyons nous aussi dans cette situation privilégiée de prière. En mourant pour nous, afin de nous délivrer, il nous a faits enfants de Dieu, ses frères. Et il nous a donné, à nous aussi, la possibilité de faire nôtre son invocation divine : « Abba, Père ! » avec tout ce qu’elle comporte d’abandon à son amour, de consolations divines, de force et d’ardeur qui naissent au cœur de ceux qui se savent aimés…
Une fois entrés dans la « chambre intérieure » de notre âme, nous pouvons lui parler, l’adorer, lui dire notre amour, le remercier, lui demander pardon, lui confier nos besoins et ceux de l’humanité entière, et pourquoi pas nos rêves et nos désirs… Quand on sait qu’une personne nous aime immensément et qu’elle est toute puissante, ne peut-on pas tout lui dire ?
Nous pouvons parler avec la Parole de Dieu, avec Jésus. Nous pouvons surtout l’écouter, le laisser nous répéter ses paroles : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! », « Je suis avec vous tous les jours » ; et ses invitations : « Viens et suis-moi », « Pardonne soixante-dix fois sept fois », « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le aussi pour eux ».
Nous pouvons prolonger ces instants, ou les renouveler fréquemment tout au long de la journée, presque comme un rapide regard d’amour, en disant : « Tu es, Seigneur, mon unique bien », « C’est pour toi que je fais cette action ».
Nous passer de la prière serait comme vouloir vivre sans respirer. La prière est la respiration de l’âme, l’expression de notre amour pour Dieu.
Nous sortirons raffermis de ce dialogue, de ce rapport de communion et d’amour, prêts à affronter la vie de chaque jour avec une intensité et une confiance nouvelles. Nous trouverons aussi un contact plus vrai avec les autres et avec les événements.

«… il s’en alla dans un lieu désert ; là il priait. »

Si nous ne fermons pas notre âme à toutes les sollicitations de l’extérieur, si nous ne nous recueillons pas, tu ne peux, Seigneur, venir à notre rencontre et t’entretenir avec nous comme ton amour le désire.
Mais une fois détachés de tout, nous ne voudrions plus revenir en arrière, tant l’union avec toi est douce et tout le reste caduc.
Ceux qui t’aiment avec sincérité te trouvent souvent, Seigneur, dans le silence de leur chambre, au plus profond de leur cœur. Cela les émeut comme s’ils étaient chaque fois touchés au vif.
Et ils te remercient de leur être si proche, d’être Tout, celui qui donne un sens à leur vie et à leur mort.
Ils te remercient, mais souvent ils ne savent ni le faire ni le dire. Ils savent seulement que tu les aimes, qu’ils t’aiment, et qu’il n’existe rien sur terre d’aussi doux, rien qui ne soit comparable, même de loin, à cela. Ce qu’ils éprouvent dans leur âme, quand tu te présentes, est paradis et « si le ciel est ainsi, disent-ils, oh, quelle merveille ! »
Ils te remercient, Seigneur, de leur avoir donné toute la vie, de les avoir menés jusque-là. Et s’il reste encore à l’extérieur des ombres qui pourraient obscurcir leur paradis anticipé, quand tu te manifestes, tout cela s’éloigne et n’est plus.
C’est Toi qui es.
Voilà la réalité.

La ville : lieu de défi et de réalisation de la fraternité

La ville : lieu de défi et de réalisation de la fraternité

 

 

Des personnalités politiques, des administrateurs, des personnes de la fonction publique de Vérone et la région, de différents partis et de toutes tendances, se sont interrogés sur le sens de leur expérience politique.
La soirée était consacrée au thème : « La ville : lieu de défi et réalisation de la fraternité », une réflexion sur ce que signifie et implique l’idéal de fraternité pour la vie de la commune. « La fraternité – selon la pensée de Chiara Lubich, fondatrice du mouvement des Focolari -, ne vient pas s’ajouter à la réflexion et à la pratique politique de l’extérieur, mais on peut la considérer comme ’l’âme’ avec laquelle faire face aux problèmes d’aujourd’hui. »

Après la présentation du thème et l’audition par video conférence de l’intervention de Chiara Lubich au Conseil municipal de Trente, en juin 2001, deux expériences de vie ont été présentées, qui montraient comment il est possible de vivre la fraternité, aussi en politique.
Les interventions du public présent ce soir-là ont mis en évidence la difficulté de vivre la valeur de la fraternité à l’intérieur d’un monde complexe et difficile, miné par les luttes, qui porte souvent à perdre la dimension de l’esprit originel du service pour le bien commun.
Néanmoins, d’une part, le témoignage de ceux qui sont engagés dans cette direction depuis un certain temps et, d’autre part, la présence et les interventions de nombreuses personnes, ont laissé entrevoir la possibilité que naisse, dans la ville, un climat de collaboration plus serein en ceux qui sont impliquées dans la politique.

La soirée a été un petit signe de la manière dont, en restaurant la dimension du dialogue et de l’écoute réciproque, on peut créer les conditions pour favoriser une expérience politique qui sache promouvoir la fraternité.

(D’un article de Lino Cattabianchi, dans l’Arena du 6 février 2006)

L’évêque luthérien Christian Krause reçoit le prix « Klaus Hemmerle »

L’évêque luthérien Christian Krause reçoit le prix « Klaus Hemmerle »

  Le Prix Klaus Hemmerlé est donc conféré cette année à l’évêque luthérien Christian Krause, personnalité du dialogue oecuménique. Il lui a été remis officiellement le 20 janvier, au dôme impérial d’Aix la Chapelle en Allemagne. Ce prix revêt pour le lauréat une signification toute particulière : « C’est un prix, a-t-il déclaré – qui me touche profondément car il rappelle le souvenir d’une personne exceptionnelle : Mgr Klaus Hemmerle. » C’est la seconde fois que ce prix est attribué, en souvenir de l’évêque d’Aix la Chapelle à présent décédé : un pionnier de la vie oecuménique de l’Eglise allemande et, en même temps, grand théologien qui disait avoir trouvé chez les Focolari sa « lymphe vitale ». La première édition du prix avait récompensé, en 2003, le professeur juif Ernst-Ludwig Ehrlich. Cette seconde édition a choisi comme lauréat une personnalité éminente de l’Eglise luthérienne et un passionné de l’oecuménisme.   Christian Krause, ami personnel de Klaus Hemmerle, a été dans les circonstances les plus variées de sa vie un constructeur de ponts. En 1971, est appelé par la Fédération luthérienne mondiale à diriger un grand projet en faveur des réfugiés en Tanzanie. De 1972 à 1985, les relations extérieures de l’Eglise Evangélique Luthérienne en Allemagne lui sont confiées. A ce poste puis, plus tard, comme secrétaire général de la « Journée évangélique de l’Eglise » (1985-1994), il se consacre avec beaucoup d’énergie à l’oecuménisme et à la solidarité, au niveau mondial. Une amitié profonde le lie à de nombreux chrétiens dans le monde entier, notamment en Afrique, en Asie et en Amérique Latine. Un des fruits de cette confiance qui lui est faite, est qu’après sa consécration comme évêque de l’Eglise régionale du Braunschweig, au cours de la réunion plénière de la Fédération luthérienne mondiale à Hong Kong, en 1997, il en est élu président. C’est à cette fonction qu’en 1999, il signe à Augsbourg, la Déclaration conjointe sur la Doctrine de la justification, avec le cardinal de l’Eglise catholique, Edward I. Cassidy.   A ce jour, Christian Krause dirige le Centre luthérien de Wittenberg, en Allemagne, ville d’où partit, en 1517, la Réforme de Luther. L’idée qui a donné vie à ce Centre est de pouvoir donner au « tourisme luthérien » qui se développe « un souffle spirituel, oecuménique et mondial ». Pour l’avenir de l’Eglise, l’évêque luthérien, souhaite que des relations nouvelles s’instaurent entre la hiérarchie et les mouvements et charismes nouveaux. « Il pourrait en naître, affirme-t-il, une compréhension de l’Eglise toute nouvelle. » Son modèle pour l’oecuménisme est le même que celui de Mgr Klaus Hemmerle : « Nous devons apprendre, à tous les niveaux, à devenir des amis et à nous traiter comme tels. » (de Joachim Schwind – Revue Città Nuova – n. 1/06)

Compagnons de voyage sur les sentiers de la réconciliation

 Mariés depuis 35 ans, ils ont trois filles et un petit-fils. Elle est catholique, lui est protestant (Église luthérienne). Il y a 35 ans, il n’était pas facile de se marier et d’envisager la vie à deux en appartenant à des Églises différentes.

E. : J’ai grandi dans un petit village où il n’y avait que des catholiques. Je me suis rendu compte de la division entre les confessions au moment de faire des études pour devenir institutrice. J’habitais Nuremberg, où se trouvait une université de pédagogie protestante. Les écoles étaient alors strictement séparées en écoles catholiques et écoles protestantes. Pour ne pas courir le risque de ne jamais obtenir de poste, j’ai dû chercher une université catholique et aller à Eichstätt.

P. : J’ai passé mon enfance à Ochsenfurt sur le Main. Nous, protestants, nous vivions en diaspora. Nous n’avions aucun contact avec la paroisse catholique. A la fin des années soixante, j’ai fréquenté à Munich un cours de spécialisation pour « écoles différentielles ».

E. : Je faisais partie du même cours et c’est là que nous nous sommes connus et fréquentés. Dans un premier temps, nous avions laissé de côté l’idée de fonder une famille. A cette époque-là, nos deux Églises mettaient les personnes en garde à propos des mariages dits « mixtes ».

Par hasard, une amie m’a envoyé une invitation pour un voyage à Rome. Je l’ai parcourue rapidement et, pensant à un voyage touristique, j’ai décidé d’y aller. Je me suis retrouvée à une rencontre œcuménique du Centre « Un » du Mouvement des Focolari, dont je ne connaissais rien. Au début, je n’étais pas du tout enthousiaste, puis j’ai été séduite par l’explication qu’a faite Chiara Lubich de la phrase de Jésus dans l’évangile de Matthieu : « Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20). L’évangile ne disait pas : « Là où deux ou trois catholiques… », ni « Là où deux ou trois protestants… », mais « Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». A la rencontre suivante, j’ai invité mon ami.

P. : Nous avons trouvé le courage de fonder ensemble une famille. Je me suis proposé d’aimer l’Église de ma femme comme la mienne. Naturellement, j’avais moi aussi des difficultés à accepter des formes de piété typiquement catholiques, comme lorsque nos filles ont participé fièrement dans leurs robes blanches à la procession de la Fête-Dieu, fête du Corps du Christ. J’y suis allé moi aussi, mais uniquement par amour pour ma famille.

E. : Pour moi, c’était nouveau et inhabituel de le voir lire tous les jours un passage de la bible, comme le demande la tradition luthérienne. Pendant quelques temps je l’ai laissé lire seul, puis j’ai passé ce moment avec lui, au début seulement par amour pour lui. Aujourd’hui, je ne pourrais plus m’en passer. Depuis que nous avons fait nôtre la méditation de Chiara Lubich sur Jésus au milieu de nous, nous terminons par la promesse commune de tout faire pour qu’Il soit présent parmi nous. Malgré nos erreurs, nos limites et nos faiblesses, nous essayons de rester dans l’amour réciproque et de toujours recommencer.

(E. et P. – Allemagne)

Pas seulement des aides mais une onde d’amitié

Pas seulement des aides mais une onde d’amitié

 

A la date du 16 janvier 2006, les fonds parvenus pour l’urgence dans le Sud Est asiatique par l’intermédiaire de l’AMU (ONG Action pour un Monde Uni, Organisation Non Gouvernementale de développement qui s’inspire de la spiritualité de l’unité), approchaient le million d’euros. La plus grande partie de ces fonds ont été destinés en grande partie à des projets en Indonésie, au Sri Lanka, en Thailande et en Inde.

Le restant des fonds sera attribué conjointement à de nouveaux projets en cours d’évaluation et aux projets réalisés actuellement, en fonction de l’état d’avancement et des nécessités.

Ces fonds, récoltés dans le monde entier, ont souvent comme origine « la petite pierre » posée par une multitude de personnes : des enfants du Kenya, de Colombie, de Russie et de nombreux pays où le don même d’un euro est un acte de grande générosité.

Reportons à présent quelques notes de voyage de Stefano Comazzi, représentant de l’AMU, un an après la catastrophe qui a touché le Sud-Est asiatique.

J’ai effectué un voyage pour visiter les différentes activités effectuées dans la région par nos volontaires et nos collaborateurs. Et j’ai fait une partie de ce parcours avec un groupe de jeunes européens du mouvement des Focolari qui déjà auparavant s’étaient rendu sur place auprès des populations aidées par les projets de l’AMU en Indonésie.

Ces jeunes étaient allé précédemment sur l’île de Nias, au sud de Sumatra, où ils avaient effectué un camp de travail, collaborant à la reconstruction d’un village et animant de nombreuses initiatives pour les enfants. Ils se sont rendu par la suite dans la province de Aceh, la région la plus touchée par le raz de marée du 26 décembre 2004, à l’extrémité septentrionale de l’île de Sumatra.

L’arrivée à Banda Aceh, et au village voisin de Lampuuk – où de jeunes indonésiens des Focolari sont venus également passer quelques semaines, vivant au coude à coude avec la population locale – a été vraiment impressionnant. Plusieurs mois après le raz de marée, beaucoup de choses ont changé, mais quelques signes sont là, encore visibles, pour rappeler la force extraordinaire de la nature et de cet événement. Comme par exemple, un énorme bateau transporté depuis la mer jusqu’à plusieurs kilomètres de la côte, s’abattant sur un quartier de la ville. Des quartiers entiers de Banda Aceh, totalement rasés, sont devenus des marécages d’eau stagnante, de même que dans de nombreux villages alentour, comme à lampuuk.

Nos jeunes collaborateurs ont gagné l’estime et l’amitié de la population (entièrement musulmane), qui s’expriment par de nombreux gestes et attentions : la maison mise à leur disposition gratuitement durant ces mois – et où beaucoup d’entre nous ont été hébergés -, en est un exemple éloquent. A Lampuuk, les fonds de l’AMU ont servi à construire des barques pour les pécheurs.

A Medan, ville la plus étendue de l’île et une des principales villes d’Indonésie, j’ai fait la connaissance de jeunes du lieu, qui ont collaboré les mois précédents au projet soutenu par notre ONG. Il s’agit de jeunes gens et de jeunes filles qui appartiennent au mouvement des Focolari. Parmi eux se trouvent des chrétiens, des bouddhistes et des musulmans et cela constitue déjà un témoignage fort.

Tous, en outre, ne sont pas indonésiens, comme par exemple J.P.W. étudiant de Malaisie qui a suspendu son cursus universitaire pendant quelques mois pour pouvoir se consacrer entièrement aux activités du projet. D’autres jeunes comme lui, se sont engagés à temps plein, tant pour la gestion des activités logistiques et d’organisation , que pour des séjours prolongés dans les provinces de Aceh et de Nias.

Après être passés de Medan à Aceh, nous avons rencontré quelques communautés de pécheurs qui vient dans la partie méridionale de la province. Ce sont devenus désormais des amis de nos volontaires et, à notre arrivée, ils nous ont accueilli chaleureusement, nous manifestant des signes d’amitié extraordinaires. Avec une banderole de bienvenue de leur toute nouvelle association qui s’appelle « Silaturrahmi » (« tous sont les bienvenus »).

Les jeunes indonésiens qui nous accompagnaient les avaient déjà connus lors des précédents voyages. Ils avaient partagé avec eux les quelques biens matériels apportés avec eux, mais surtout écouté l’histoire de chacun, la souffrance et le désarroi des survivants. Grâce aux aides recueillies, ils ont pu revenir et organiser ensemble, avec les habitants des villages, des actions de reconstruction, signes d’une renaissance.

A Blang, Nibong et à Padan Kasab, toujours dans la province d’Aceh, nous avons constaté directement combien de barques avaient été construites et combien étaient en cours de construction. A Blang Nibong, nous étions attendus pour la remise officielle des dix premiers bateaux conçus et distribués suivant les critères de composition des noyaux familiaux (des familles nombreuses recevaient un bateau, tandis que des groupes plus petits partageaient le même bateau) et des pertes subies lors du raz de marée. Les jeunes qui nous accompagnaient ont aussi participé à la mise à l’eau d’une des barques de pêche déjà prêtes, et nous avons tous fait un tour d’inauguration sur la mer chaude de Malacca.

Ce voyage a vraiment été constructif et il nous a confirmé à quel point il est important de travailler « avec » les personnes, sur le terrain, en privilégiant l’écoute et le partage qui devient réciproque.

(Tiré des Nouvelles de l’AMU – AMU Notizie, n°4 2005)