Mouvement des Focolari

Parole de Vie de Mars 2004

En exil à Babylone, le peuple d’Israël évoque avec nostalgie son passé, le temps glorieux où Dieu manifesta sa puissance en libérant ses ancêtres, alors esclaves en Égypte. Sa tentation est de penser : Dieu n’enverra plus un nouveau Moïse, il n’opérera plus de grands prodiges comme autrefois, et nous devrons rester pour toujours dans cette terre étrangère.
Mais Cyrus, roi de Perse, libère en 539 av. JC le peuple élu, dont le retour en terre promise sera encore plus extraordinaire que la sortie d’Égypte.
Dieu n’est pas limité par ce qu’il a déjà fait ! Son amour peut réaliser des œuvres encore bien plus grandes, que nous ne pouvons même pas imaginer. D’où cette invitation par la bouche du prophète Isaïe:

« Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? »

Le prophète encore, à la fin du livre d’Isaïe, annonce un futur plus que jamais plein de lumière : la création de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle. Ce que Dieu accomplira sera tellement grand que « on ne se rappellera plus le passé, il ne reviendra plus à l’esprit » .
L’apôtre Paul lui aussi, reprenant les paroles d’Isaïe, annoncera l’intervention inouïe de Dieu dans notre histoire. Dans la mort et la résurrection de Jésus, il renouvelle la créature humaine, il la recrée en son Fils pour une vie nouvelle . Et enfin dans l’Apocalypse, au terme de l’histoire, Dieu annonce que le cosmos entier sera recréé : « Voici, je fais toutes choses nouvelles » .
Les paroles d’Isaïe, qui traversent la Bible entière, nous parlent encore aujourd’hui :

« Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? »

C’est nous qui sommes le « monde nouveau », la « nouvelle création », que Dieu a engendrée. À travers son Fils que nous accueillons dans ses Paroles et dans tout ce qu’il nous donne, c’est notre être et notre façon d’agir qui sont rendus nouveaux. Désormais c’est Jésus qui vit et œuvre en nous. C’est lui qui renouvelle nos rapports avec les autres : en famille, à l’école, au travail. C’est lui qui régénère, à travers nous, la vie sociale, le monde de la culture, des loisirs, de la santé, de l’économie, de la politique… en un mot tous les secteurs de la vie humaine.
Ne nous tournons plus vers le passé pour regretter ce qu’il y avait de beau, ou pour regretter nos erreurs : croyons fortement à l’action de Dieu qui continue à « faire du neuf ».
Dieu nous offre la possibilité de toujours recommencer. Il nous libère des conditionnements et des poids du passé. La vie se simplifie, devient plus légère, plus pure, plus fraîche. Comme l’apôtre Paul, nous aussi, oublieux du passé, nous serons libres de courir vers le Christ, vers la plénitude de la vie et de la joie .

« Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? »

Comment vivre alors cette Parole ? Tout au long de la journée, cherchons à vivre avec amour tout ce que Dieu attend de nous : étudier, travailler, nous occuper des enfants, prier, jouer… en écartant tout ce qui n’est pas volonté de Dieu dans le moment présent. Nous resterons ainsi ouverts à ce qu’il veut opérer en nous et autour de nous, nous serons prêts à accueillir la grâce particulière de chaque instant.

Si nous vivons ainsi, en offrant à Dieu chacune de nos actions, en lui disant explicitement : « Elle est pour toi », Jésus qui vivra en nous accomplira des œuvres qui demeurent.

Chiara LUBICH

 

« Pour une sainteté de peuple »

« Pour une sainteté de peuple »

 

Des quatre coins du monde
Les actes de contestation et de rébellion de ces jours-ci à Haïti, les contrastes ethniques du Burundi et du Congo, les dramatiques inondations du nord-est du Brésil, la situation vécue par les minorités chrétiennes en terre islamique, de l’Afrique du Nord au Kazakhstan : tels sont les contextes dans lesquels vivent quelques-uns des 105 évêques amis du Mouvement des Focolari qui se sont rassemblés du 14 au 20 février au centre Mariapolis de Castel Gandolfo pour leur 28e congrès international, à l’invitation du cardinal Miloslav Vlk, archevêque de Prague.

Les évêques autour du pape
Les évêques ont participé à l’audience générale du mercredi 18 février. Le pape y est apparu entouré des évêques, comme une icône de la collégialité effective et affective. Dans son message destiné aux évêques, Jean-Paul II a adressé une salutation particulière à Chiara Lubich présente avec eux, et a vivement apprécié les thèmes abordés au congrès, en ajoutant : « Seule une communauté chrétienne resplendissante de sainteté peut accomplir efficacement la mission confiée par le Christ, qui est de répandre l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre ». Il a insisté sur l’exigence pour les baptisés de « vivre avec cohérence l’évangile dans la vie de tous les jours… C’est dans l’ordinaire qu’il faut vivre l’extraordinaire ».

Fraternité vécue
Ces évêques des cinq continents se sont réunis pour vivre un temps d’intense fraternité et pour partager, dans une communion à l’échelle mondiale, les douleurs, les joies, les soucis et les défis à relever. « Je suis arrivé ici avec une grande souffrance, mais votre présence, votre attention et votre amour m’ont remis debout », a confié à la fin de la rencontre un évêque venu d’un pays en guerre civile. Et un de ses confrères d’Afrique du Nord : « Nous vivons ici un temps de grâce, parce que nous nous rencontrons, nous nous connaissons et nous vivons comme un seul corps ».

Partir de l’évangile
Rencontre de fraternité donc, mais aussi de spiritualité, comme l’indique le thème du congrès : « Pour une sainteté de peuple : vivre et proposer à nouveau la vie chrétienne sans craindre de mettre “la barre haute” ». Exigence nullement théorique, mais possible et tout à fait actuelle, comme l’ont prouvé les témoignages des évêques, familles, jeunes, prêtres et personnes engagées dans la vie paroissiale et dans la société. En partant de l’évangile et de l’art d’aimer caractéristique qui en découle, se forment des familles qui, par leur vie à contre-courant, deviennent les avant-postes de la nouvelle évangélisation et des communautés chrétiennes qui séduisent et attirent ceux qui se situent en marge de l’Église.

Le frère, voie privilégiée de l’union à Dieu
Chiara Lubich
a fait une intervention sur « L’union à Dieu », en montrant en particulier comment le frère en est le chemin. « Pour nous – a-t-elle affirmé – la voie typique, indiscutable, impossible à éluder et expérimentée avec succès, est celle-ci : nous arrivons à l’union à Dieu en aimant nos frères ». Elle a rappelé le trinôme synthétique par lequel Igino Giordani, co-fondateur du Mouvement, aimait définir cette voie : « Moi, le frère, Dieu ».
« Si nous avançons sur cette route – a expliqué la fondatrice des Focolari – Dieu se manifeste en nous. Nous percevons sa présence. Nous ne sommes plus seuls avec nous-mêmes. Nous sommes deux : Lui et nous ». C’est valable pour toutes les circonstances de la vie.
« Nous devons tous devenir des mystiques, pour pouvoir vivre le christianisme dans le monde d’aujourd’hui », a commenté un évêque de Hongrie, citant Karl Rahner : « le chrétien de l’avenir est un mystique ou n’est pas ».

Interventions des cardinaux Kasper et Re
L’Exhortation post-synodale Pastores gregis
a servi de base aux réflexions des évêques, surtout la seconde partie consacrée à la vie spirituelle de l’évêque. Prenant appui sur ce document, le cardinal Walter Kasper, qui a présidé l’une des concélébrations, a parlé de l’évêque comme de « l’homme des béatitudes ».

Le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation des évêques, a lui aussi présidé une concélébration. Il a dit sa joie pour ce congrès qui offrait l’occasion « d’approfondir le rapport avec le Christ et la fraternité entre évêques ».

La spiritualité de communion et son incidence sur la société
Le catalyseur de cette expérience a été la spiritualité de communion développée dans le Mouvement des Focolari, qui porte des fruits au sein de l’Église et dans le dialogue entre cultures et religions. « Il ne s’agit pas seulement d’une expérience spirituelle, mais d’un élan qui a une incidence universelle sur l’économie, la politique et toute la société », a constaté un évêque suisse après la projection des films qui retracent, décennie par décennie, les 60 ans du Mouvement des Focolari. Une histoire pleine d’espérance, qui témoigne que Dieu est à l’œuvre, même en ces temps où des vents glacés éteignent souvent la foi, et qu’il prépare un nouvel épanouissement de la vie évangélique.

Apôtres du dialogue
A la fin du congrès, qui a souligné la convergence entre les orientations actuelles de l’Église et les effets du charisme de l’unité, une conversation entre les évêques et Chiara Lubich a porté sur l’expression inédite employée par le pape pour définir les Focolari (dans son message pour le 60e anniversaire du Mouvement) : « apôtres du dialogue », dans l’Église, entre les Églises, avec les personnes des autres religions et avec les non-croyants. C’est ce que veulent être les évêques en retournant dans leurs pays.

Ouvrir de nouvelles voies au dialogue

Ouvrir de nouvelles voies au dialogue

 

« Le professeur Ehrlich est l’une des grandes figures du dialogue judéo-chrétien », a déclaré dans la laudatio Hans Hermann Henrix, directeur de l’université catholique d’Aix-la-Chapelle. « Marqué par sa douloureuse histoire personnelle de juif dans l’Allemagne nazie, il avait toutes les raisons de couper les ponts plutôt que d’ouvrir courageusement de nouvelles voies ». C’est un homme du dialogue, « qui ne cherche pas à effacer les différences ni les divisions, mais qui sait apprécier l’autre sans trahir ses propres convictions ». Ces paroles ont été prononcées lors de la remise du prix Klaus Hemmerle, institué pour le dixième anniversaire de la disparition de l’évêque d’Aix-la-Chapelle. Destiné à récompenser des personnes qui s’engagent pour l’unité et le dialogue au sein des Églises et entre les Églises et les religions, il a été conféré après une liturgie solennelle célébrée dans la cathédrale d’Aix-la-Chapelle par le cardinal de Prague Miloslav Vlk et par l’évêque d’Aix-la-Chapelle, Mgr Heinrich Mussinghoff.

Mgr Mussinghoff s’est réjoui du choix du premier lauréat en rappelant qu’Ernst Ehrlich a joué un rôle décisif dans la fondation du premier groupe de dialogue judéo-chrétien au sein du Comité central des catholiques allemands, où il s’est d’ailleurs lié d’amitié avec Mgr Hemmerle. Ernst Ehrlich : mon amitié avec Mgr Hemmerle Dans son discours de remerciement, Ernst Ehrlich a évoqué quelques-unes de ses rencontres avec Klaus Hemmerle, son vieil ami et compagnon. Il s’est dit impressionné par la façon dont celui-ci comprenait le judaïsme « de l’intérieur ». Sans avoir beaucoup écrit sur le dialogue judéo-chrétien, il l’a vécu intensément, avec dignité et en esprit de fraternité. Il a évoqué aussi le pape Jean-Paul II qui, de même, a réussi établir des signes d’amitié et de fraternité lors de rencontres avec des représentants du judaïsme. Le cardinal Vlk : Mgr Hemmerle, une vie pour l’unité Dans son homélie, le cardinal Vlk a mis en évidence les liens étroits entre Klaus Hemmerle et le Mouvement des Focolari, soulignant à quel point Mgr Hemmerle a été un homme d’unité, qui savait trouver les liens entre l’Église et le monde, entre les croyants et les non-croyants, les intellectuels et les ouvriers. Une capacité à vivre l’unité, à « élargir son âme sur Dieu et sur tout homme… » que lui-même attribuait à sa rencontre avec Chiara Lubich et la spiritualité du Mouvement des Focolari. Chiara Lubich : devenir apôtres du dialogue et de la communion Dans un message envoyé pour la circonstance, Chiara Lubich parle de Mgr Hemmerle comme d’un co-fondateur de cette communauté spirituelle et internationale, et invite les personnes présentes à devenir comme lui « … des apôtres du dialogue et de la communion ».