24 Mai 2003 | Non classifié(e)
Aucun Burundais n’oubliera l’année 1993. L’assassinat du nouveau Président avait déchaîné une vague de haine entre ethnies, la rage, le désir de vengeance, en particulier en nous, jeunes. Et moi-même, comme tous – hommes, femmes, enfants – j’ai dû apprendre à utiliser un fusil. Une question me hantait : comment mettre fin à cette situation ? Un jour, justement dans mon village, a eu lieu un affrontement entre des militaires du gouvernement et des rebelles, qui a fait 50 morts. C’étaient des amis, des gens que je voyais chaque jour dans la rue. Je ne pouvais pas accepter cela, la vengeance m’apparaissait comme l’unique solution. Je devais prendre les armes et combattre pour défendre mon peuple. Un dimanche, je me suis réfugié dans une église pour me mettre à l’abri de la pluie. Je me suis retrouvé dans une salle où se tenait une rencontre autour de la Parole de Dieu. Invité par quelqu’un à rester parmi eux, j’ai commencé à observer les personnes : elles étaient différentes des autres, elles racontaient des épisodes de leur vie qui avaient un lien avec l’Evangile. Elles parlaient d’unité, de fraternité, et surtout je les voyais vécues entre eux. J’étais bouleversé et je voulais essayer moi aussi de faire mien le défi de l’amour. J’avais choisi l’université comme banc d’essai. Dans ces salles que je fréquentais chaque jour, les divisions étaient très vives à cause de la présence d’étudiants de toutes les ethnies. Beaucoup d’entre eux avaient perdu des parents à la guerre et ils vivaient de haine et de vengeance. Etudier dans ces conditions n’était certes pas facile. Malgré cela, je saluais chacun le matin en arrivant aux cours, même si certains me prenaient pour un fou. J’ai subi des accusations, des critiques des gens de mon ethnie, j’étais conscient d’avancer sur un terrain miné mais je n’ai pas changé d’attitude. Je voulais démontrer que le dialogue est plus puissant que les armes, que l’amour est la solution à nos problèmes. Jésus lui-même était passé par là : je voulais, comme lui, donner ma vie pour un monde plus uni. En dehors de l’université, avec mes amis, nous n’avions pas de temps à perdre : aimer signifiait diffuser une culture de paix, recueillir des vêtements et de la nourriture pour les plus pauvres, organiser des moments de dialogue, des fêtes, des tournois sportifs. Tout cela pour démontrer qu’il est possible de vivre en frères. Ce n’est que deux ans plus tard qu’un de mes camarades de faculté a trouvé le courage de m’avouer qu’il avait mis mon nom sur la liste des ennemis à éliminer. Et c’est mon comportement qui l’avait fait changer d’avis. Il a jeté le pistolet qu’il portait toujours sur lu. Il avait décidé lui aussi de changer de vie. Jovin, du Burundi
13 Mai 2003 | Non classifié(e)
4 Mai 2003 | Non classifié(e)
C’est une chronique inédite que présente au Congrès Marial le Pr Tommaso Sorgi, directeur du Centre Igino Giordani : chronique qui révèle la force de paix de Marie, en acte dans l’histoire des peuples, aux moments de plus grande souffrance. Il met en lumière « l’efficacité, politique aussi, du maniement comme arme, de ‘la couronne’ du chapelet. » Un seul exemple : il parle de ce qui s’est produit aux Philippines il y a quelque temps. A la moitié des années 80, les évêques lancent une campagne de prière pour une conversion personnelle, nécessaire pour obtenir du Ciel la libération de la dictature de Marcos. Cinq millions de Philippins y adhèrent. Le monde assiste à un retournement : « Le dictateur part en exil et la révolution du chapelet libère le peuple, sans effusion de sang. » Le Magnificat en acte : Marie magnifie le Seigneur qui « disperse les orgueilleux et renverse les puissants de leur trône… » Le Magnificat, donc, « peut être choisi comme modèle de l’action politique ». Ce sont les perspectives ouvertes par le Pr Sorgi, justement aujourd’hui, alors qu’il devient urgent de « renverser les catégories fondamentales du pouvoir. » L’intervenant propose « le Magnificat comme ‘charte’ sociale ». Mais la royauté de Marie, précise-t-il, est une « royauté d’amour », « une royauté maternelle ». La politique pourrait ainsi revêtir « la chaleur d’un service d’amour », « l’âme » dont elle a un « besoin extrême ».
« Les grands pays démocratiques choisissent la guerre comme méthode de résolution des conflits. » C’est la dénonciation forte du Pr Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté Sant’Egidio, qui est intervenu durant la seconde journée du Congrès Marial International. Il pose « une interrogation qui inquiète tous » : « La guerre sera-t-elle à nouveau l’avenir du monde ? » Il souligne de manière particulière que « la guerre est encore une activité en grande partie masculine ». De là, le Pr Riccardi met en lumière la force de paix du « trait féminin », montrant en Marie celle qui, sous la croix, « vaincue » par la violence du meurtre de son fils, « cache, au milieu des larmes, une force de vie et d’espérance » ; et « cela ne s’explique pas par la logique du vaincu et du vainqueur, de l’ami et de l’ennemi ». « Le mystère de la foi que nous voyons en Marie – ajoute-t-il -, est que le fort peut se retrouver dans le faible, le petit dans le grand, la vie dans le corps de la mort ». « Marie représente aujourd’hui une force de paix au milieu des conflits. » « La sollicitude maternelle », qui va à la rencontre des nécessités des hommes, « même non-exprimées, est démontrée aux noces de Cana. Ce trait est mis en lumière par Anna Pelli, dans sa réflexion sur ce tableau de l’Evangile, un des Mystères lumineux approfondi à ce Congrès. Cette page de l’Evangile se reflète dans l’expérience racontée par Carmen et Maricel, une famille travaillée par la souffrance : difficultés économiques, alcool, drogue, tensions et répercussions sur les enfants, au nombre de huit. Cela se passe dans une baraque, à la périphérie de Manille : une histoire de résurrection à partie de la découverte de l’amour de Dieu et de Marie, modèle à imiter. Carmen, la maman, raconte à quel point sa vie a changé depuis qu’elle est entrée en contact avec le Centre social de Bukas Palad : elle a pu recommencer à aimer son mari, qui, depuis des années, buvait et jouait. Maricel, une des enfants, est sortie du milieu de la drogue où elle se trouvait depuis sept ans. Elle a pardonné à son père – qui, entre temps, avait changé de vie – et l’a assisté aux derniers jours de sa vie. Un miracle de l’amour, qui s’étend à présent à d’autres familles pauvres du quartier, auxquelles Carmen et Maricel se consacrent, en travaillant comme animateurs sociaux à Bukas Palad.
Le langage de l’Art a atteint, ce jour, un sommet ; il nous a fait pénétrer encore plus profondément dans ce Mystère lumineux et nous a portés au cœur de l’Evangile : le chorégraphe, Marinel Stefanescu, plus que de représenter la fête des Noces, a préféré saisir le sens le plus profond du miracle de l’eau, qui est changée en vin, symbole du sang même que Jésus allait verser pour accomplir le plus grand miracle, la Résurrection. Une autre page de cet événement marial intense, a été marquée par l’apport des nouveaux charismes dans la compréhension vitale de Marie et du Chapelet. Elle s’est ouverte par une table ronde réunissant des représentants de différents mouvements et communautés ecclésiales : le Renouveau Charismatique International, la Communauté Sant’Egidio, les Cursillos, Schoenstatt, les Légionnaires du Christ. « Je jouissais de pouvoir partager le témoignage de nombreux charismes : il me semblait voir Marie présente et vivante en chacun, et au sein de l’Eglise », écrivait un ‘navigateur’ du Paraguay qui a suivi le Congrès via Internet. Et, d’Argentine : « Le panel des intervenants de différents Mouvements a été le témoignage de la variété des dons qui rend l’Eglise belle aujourd’hui. » Au cours de la matinée, le témoignage particulièrement profond de Pasquale Foresi, co-fondateur des Focolari et premier focolarino prêtre. Ressortait de ce témoignage la physionomie du sacerdoce, renouvelée par l’empreinte de Marie, et la fécondité d’une vie toute donnée pour la construction de son Œuvre.
2 Mai 2003 | Non classifié(e)
Castel Gandolfo, 28 avril 2003
« Je suis contre les attentats suicides » ; « Et moi, je suis contre les bombardements sur vos villes » : discussion entre une jeune palestinienne et un soldat israélien à un poste de contrôle. Chronique « inversée » racontée sur la scène de la grande salle du Centre Mariapolis de Castel Gandolfo, où se déroule le congrès marial international organisé en cette année du rosaire demandée par le pape. Jean-Paul II désirait remettre à l’honneur cette prière mariale qu’il définit comme « un abrégé de l’évangile », et amener les hommes d’aujourd’hui à rechercher la paix et une nouvelle dimension de l’Esprit, à « contempler le Christ avec le regard de Marie » et à être comme lui des « constructeurs de paix » et d’un « monde plus conforme au dessein de Dieu ». Les nombreux témoignages apportés constituent une chronique qui montre la puissance de l’évangile, capable de désamorcer la haine si quelqu’un aime son ennemi. Passage obligé « après le 11 septembre qui nous a placés devant un carrefour, et il nous appartient de prendre la bonne route », comme l’a affirmé Piero Coda. C’est aussi l’expérience de Dieudonné, du Burundi : douze membres de sa famille ont été sauvagement massacrés, mais cela ne lui fait pas changer sa façon de vivre. Il décide de mettre en pratique l’art d’aimer évangélique, même vis-à-vis des militaires si souvent sans pitié. Il lui arrive d’en rencontrer à un moment où ils ont besoin d’aide, comme ce soldat ivre sur le bord d’un pont, qu’il a secouru. Ces témoignages illustrent les cinq tableaux au programme du congrès : les cinq mystères lumineux qui, accompagnés de réflexions théologiques, aident à comprendre les étapes de la vie de Jésus et de Marie. Premier tableau, le baptême de Jésus : « C’est l’invitation à reconnaître Jésus comme fils de Dieu – dit le père Fabio Ciardi dans son commentaire – de sorte qu’il puisse noyer notre « vieil homme » dans l’eau du baptême et nous faire renaître à une vie nouvelle, afin que nous nous retrouvions tous frères et sœurs dans le cœur de l’unique Père ». En retraçant l’histoire du rosaire, Mgr Domenico Sorrentino, du sanctuaire de Pompéi, a montré comment Jean-Paul II invite à dépasser l’attitude que nous avions jusqu’à présent : « Il ne se contente pas de confier la paix à l’intercession de Marie, il la présente comme un fruit de cette prière qui est “prière de paix”, parce qu’en nous faisant contempler le Christ, elle exerce une action pacifiante ».
Et c’est bien une expérience de contemplation que vivent à Castel Gandolfo les 1 500 personnes de 70 pays qui sont dans la salle et tous ceux qui sont reliés dans le monde entier, grâce aux onze satellites mis généreusement à disposition par l’ESA, Telepace, EWTN (chaîne américaine) et CRC (canadienne), qui ont permis à des télévisions nationales et locales, et via internet, de transmettre le congrès dans son intégralité. Le premier jour, 7 000 points de connexion à internet, soit environ 20 000 personnes. Quelques flashes des messages électroniques reçus du monde entier. D’Amersfoort, (Pays-Bas) : « C’est impressionnant de voir combien une spiritualité élevée et sa concrétisation vont bien ensemble » ; d’Edimbourg : « Nous regardons la retransmission. Elle est empreinte de lumière et nous nous sentons dedans ». L’importante dimension spirituelle de cet événement marial est annoncée dès les premiers mots : « Nous nous arrêterons sur le rosaire, qui est un chant d’amour répété à Marie – prévient Giuseppe Zanghì, directeur de la revue Nuova Umanità – et qui est surtout un éclairage particulier sur les mystères de la vie du Fils de Marie. Et tandis que nous ouvrirons nos esprits et nos cœurs à Jésus, c’est lui qui parlera de Marie à nos cœurs et à nos esprits, avec un langage qui n’aboutit pas à de pauvres paroles, mais fait des créatures nouvelles ». Un des aspects nouveaux de cet événement marial est la contribution de la dimension charismatique à la compréhension vitale de Marie et du rosaire, en réponse au message remis à Chiara Lubich par le pape place Saint-Pierre le 16 octobre 2002, jour où il remettait à l’honneur la prière du rosaire. Un des moments les plus importants a été l’intervention de Chiara Lubich, qui a parlé des grâces reçues à l’origine de cette Œuvre, le Mouvement des Focolari, que l’Église reconnaîtra plus tard comme « Œuvre de Marie ». Chiara revit un des moments les plus dramatiques de cette période : « Sous un terrible bombardement, couchée par terre, couverte de poussière, je me suis relevée presque miraculeusement épargnée, calme et en paix au milieu des hurlements, et j’ai pris conscience d’avoir éprouvé une grande douleur au moment où j’étais en danger de mort : celle de ne plus pouvoir réciter le Je vous salue Marie sur cette terre ». Elle comprendra plus tard : « Ce Je vous salue Marie devait être composé de paroles vivantes, de personnes qui, telles de petites Marie, donnent au monde l’Amour ». Cet Amour qui est Jésus lui-même, « que nous pouvons aujourd’hui engendrer spirituellement, comme le promet l’évangile : “Là où deux ou plus sont réunis en mon nom (en mon amour, expliquent les Pères de l’Église) je suis au milieu d’eux” (Mt 18,20) ». Tâche « primordiale dans la société sécularisée actuelle », a précisé durant l’homélie Mgr Miloslav Vlk, archevêque de Prague. La fondatrice des Focolari a parlé de la découverte du nouveau visage de Marie, « d’une beauté incomparable, toute Parole de Dieu, toute revêtue de la Parole de Dieu » et de l’appel de tout chrétien à redire, comme Marie, Christ, Vérité, Parole, avec la personnalité que Dieu a donnée à chacun ». Une vision « riche de conséquences, dans le domaine œcuménique par exemple ». Des membres des Églises évangélique, luthérienne réformée, roumaine orthodoxe et copte orthodoxe apporteront leur témoignage dans la suite du congrès. Un autre élément nouveau qui marque tout le congrès est la place privilégiée donnée aux manifestations artistiques : chants, musique, danses, poèmes (Dante, Sartre), parce que de Marie, « on ne parle pas, on chante, l’amour s’épanouit en poésie », comme le chante le Gen Verde, sur une méditation de Chiara.
30 Avr 2003 | Non classifié(e), Parole di vie
Jésus se prépare à retourner vers son Père. Dans sa mort et sa résurrection, désormais imminentes, s’actualise la parabole du grain de blé qui, tombé en terre, meurt et porte du fruit en formant l’épi. Jésus accomplit son œuvre : sur la croix il se donne complètement (c’est le grain de blé qui meurt) et par la résurrection il donne vie à une nouvelle humanité (c’est l’épi formé de grains multiples). Mais Jésus veut que son œuvre continue dans ses disciples : eux aussi devront aimer jusqu’à donner leur vie et engendrer ainsi la communauté. C’est pourquoi, parlant avec eux lors de la dernière Cène, il les compare à des sarments de vigne appelés à porter du fruit.
Comment pouvons-nous être greffés à la vigne ? Jésus explique que demeurer en lui signifie demeurer en son amour , laisser ses paroles vivre en nous , observer ses commandements , surtout «son » commandement : celui de l’amour réciproque . Dans cette dernière Cène, il nous a donné aussi son corps et son sang. En nous et parmi nous, il continuera à porter du fruit et à accomplir son œuvre. Mais si nous refusons ce rapport d’amour, nous nous coupons nous-mêmes de la vigne.
« Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève. »
Cette action sans recours du Père ne peut que réveiller en nous la crainte de Dieu. Nous ne pouvons pas abuser de son amour. Et comme Dieu est amour, il est également juste. S’il enlève le sarment, c’est parce qu’il est déjà mort, il s’est condamné lui-même, il a refusé la sève et ne porte plus de fruit. On peut aussi oublier ce qui a réellement de la valeur : être unis à Jésus, vivre de sa grâce, ou au moins être en paix avec sa conscience, et s’imaginer à tort que porter du fruit rime avec activisme, organisation d’œuvres, efficacité… Mais alors le Père enlèvera le sarment sans vie dont la greffe, malgré les apparences, n’a pas pris.
N’y a-t-il donc plus aucune espérance ? Non, car la vigne du Seigneur est mystérieuse et il sait greffer à nouveau le sarment arraché : on peut toujours se convertir et recommencer.
«… et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il en porte davantage encore »
Comment savoir si je porte du fruit ? Celui qui agit avec droiture devra nécessairement traverser des épreuves. Elles sont à recevoir comme des manifestations de l’amour de Dieu qui nous émonde pour que nous portions du fruit. C’est le sens des souffrances physiques et spirituelles, des maladies, des tentations, des doutes, de la sensation d’être abandonné de Dieu, des situations les plus diverses qui nous parlent plus de mort que de vie. Pourquoi ? Dieu veut-il la mort ? Non, bien au contraire, Dieu aime la vie, mais une vie si pleine, si féconde que nous ne pourrons jamais l’imaginer malgré toute notre tension vers le bien, la paix et tout ce qu’il nous demande. C’est justement pour cela qu’il nous émonde.
« Je suis la vraie vigne et mon père est le vigneron. Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il en porte davantage encore. »
Cette Parole de Vie nous assure que les épreuves et les difficultés ne sont jamais le fruit du hasard. Elles nous sont données pour que nous puissions porter « plus de fruit ». Et le fruit ne consiste pas seulement en fécondité apostolique, c’est-à-dire en la capacité de susciter la foi et d’édifier la communauté chrétienne. Jésus nous indique également d’autres fruits. Il nous promet que si nous demeurons dans son amour et que ses paroles demeurent en nous, nous pourrons demander ce que nous voudrons, cela nous sera donné , nous rendrons gloire au Père , nous aurons la plénitude de la joie.
Cela ne vaut-il la peine de se confier aux mains du Père et de nous laisser travailler par lui ?
Chiara LUBICH
22 Avr 2003 | Non classifié(e)