Mouvement des Focolari
Chiara Lubich : l’humanité comme une famille

Chiara Lubich : l’humanité comme une famille

L’idée de la fraternité universelle est présente dans la pensée de quelques grandes personnalités, même sans référence chrétienne. Gandhi disait : « La règle d’or est d’être amis du monde et de considérer la famille humaine “une”. Celui qui distingue entre les fidèles de sa religion et les autres, rend un mauvais service aux membres de sa religion et ouvre la voie au rejet et à l’impiété».[1]. (…)

Celui qui a fait don à l’humanité de la fraternité, don essentiel, c’est Jésus. Avant de mourir, il a prié ainsi : « Père, que tous soient un » (cf. Jn 17,21). En révélant que Dieu est Père et que les hommes sont, pour cette raison, tous frères entre eux, Jésus introduit l’idée que l’humanité est une famille, l’idée de la « famille humaine » qui peut se réaliser grâce à la fraternité universelle. Ce faisant, il détruit les murs érigés entre ceux qui sont « égaux » et ceux qui sont « différents », entre amis et ennemis ; il détruit les clivages qui isolent les communes les unes des autres. Il libère l’homme des liens qui le rendent prisonnier, des multiples forms de dépendance, d’esclavage, d’injustice. Il accomplit ainsi une véritable révolution existentielle, culturelle et politique. C’est ainsi que l’idée de fraternité a commencé à se frayer un chemin dans l’histoire. On pourrait retracer l’évolution de la pensée politique en recherchant si ce concept sous-tend plus ou moins explicitement les grandes théories politiques. On peut parler de fraternité vécue, même si de façon imparfaite, chaque fois qu’un peuple s’est uni pour conquérir sa propre liberté, ou lorsque des groupes sociaux ont pris ladéfense des plus faibles, ou que des personnes d’opinions différentes ont réussi à surmonter leur méfiance pour affirmer un droit de l’homme.

Chiara Lubich


[1] « [1] D’après l’ouvrage In buona compagnia, par Claudio Mantovano, Rome 2001, p. 11.

Photo © Horacio Conde-CSC Audiovisivi

Chiara Lubich : « C’est à moi que vous l’avez fait. »

Chiara Lubich : « C’est à moi que vous l’avez fait. »

(…) « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire… » (Mt 25, 35). « Quand donc, Seigneur ? », « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25, 40).

(…)  

Comme nous aimions les pauvres et l’amour éclaire toujours, l’Esprit Saint nous fit comprendre que nous devions aimer non seulement les pauvres, mais toutes les personnes : « Aime ton prochain comme toi-même », quel qu’il soit.

C’est alors que nous avons eu une idée splendide et pris la décision de transformer notre vie quotidienne, au contact de toutes sortes de personnes, en une vaste gamme d’œuvres de miséricorde, matérielles et spirituelles, car là aussi s’applique la parole : « C’est à moi que tu l’as fait. »

Dans tous les frères, qui passaient à côté de nous, nous voyions le Christ, qui demandait aide, réconfort, conseil, avertissement, instruction, lumière, pain, logement, vêtements, prières… (…)

(…) 

Espérons qu’un jour Jésus répondra à chaque personne (…) qui lui demandera : « Seigneur, quand t’ai-je donc rassasié, désaltéré, consolé ? », « Chaque fois que tu l’as fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que tu l’as fait ! »

Chiara Lubich

7 décembre 1943 : le début d’une aventure divine

7 décembre 1943 : le début d’une aventure divine

(…) Le 7 décembre 1943, je me rends seule à l’église. Une violente tempête fait rage. J’ai vraiment l’impression d’avoir le monde entier contre moi.

(…) J’arrive dans la chapelle, un banc a été préparé pour moi près de l’autel. J’ai un missel en mains, un tout petit missel. Je prononce la formule par laquelle je me donne totalement à Dieu pour toujours.
J’étais tellement heureuse de cela que je ne me rendais même pas compte – je crois – de ce que j’étais en train de faire, car j’étais jeune. Mais, lorsque j’ai prononcé la formule, j’ai eu l’impression qu’un pont s’écroulait derrière moi et que je ne pouvais plus revenir en arrière car désormais j’appartenais entièrement à Dieu, je ne pouvais donc plus choisir. À ce moment-là, une larme est tombée sur mon missel.

Cependant mon bonheur était immense ! Et savez-vous pourquoi ? « J’épouse Dieu, je m’attends donc à tout le bien possible. Ce sera fantastique, ce sera une aventure divine, extraordinaire. J’épouse Dieu ! » Nous avons vu qu’ensuite il en a vraiment été ainsi.

Quel conseil vous donner ? Mon conseil, celui que je me donnerais : nous n’avons qu’une seule vie, visons haut, visons haut et risquons le tout pour le tout, cela en vaut la peine, cela en vaut la peine (…) Mais en ce qui vous concerne, vous, faites cet acte de générosité : visez haut, soyez généreux !

Extrait tiré de Chiara Lubich, La quatrième voie, 30 décembre 1984
Photo: © Horacio Conde – CSC Audiovisivi

Chiara Lubich au Genfest 1990

Chiara Lubich au Genfest 1990

Imaginons que défilent devant nos yeux quelques scènes symptomatiques du monde d’aujourd’hui. […]

Nous observons […] dans les pays qui ont connu les récents changements, des personnes qui exultent de joie devant les libertés retrouvées et des personnes apeurées, déçues et déprimées face à l’effondrement de leurs idéaux. […]

Si nous voyions des scènes de luttes raciales, avec des massacres et des violations des droits de l’homme… ou d’interminables conflits comme ceux qui sévissent au Proche-Orient, avec l’effondrement des maisons, des blessés et des morts et l’envoi incessants et destructeur de bombes ou autres engins meurtriers ?… … Demandons-nous encore : Que dirait Jésus face à de tels drames ? « Je vous avais dit de vous aimer ! Aimez-vous comme je vous ai aimés ! »

Oui, c’est ce qu’il dirait devant ces drames et devant les situations les plus graves du monde actuel.

Ce qu’Il dit est d’une énorme importance. Car ce commandement : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », est la clef qui permet de résoudre tous les problèmes, la réponse fondamentale à tous les maux de l’homme.

E ciò che dice è di un’importanza immensa. Perché questo « Amatevi a vicenda come io vi ho amati » è la chiave principale per la soluzione di ogni problema, è la risposta fondamentale ad ogni male dell’uomo. […]

Jésus a défini le Commandement de l’amour comme « sien » et « nouveau », car il est typiquement sien ; Il lui a donné un sens particulier et totalement nouveau. « Aimez-vous, a-t-il dit, comme je vous ai aimés » et Il a donné sa vie pour nous.

Dans cet amour, c’est donc la vie qui est en jeu. Jésus nous demande à nous aussi d’aimer en étant prêts à donner la vie pour nos frères.

Pour Lui, l’amitié, la bienveillance envers les autres ne sont pas suffisantes ; la philanthropie et la simple solidarité ne lui suffisent pas. L’amour qu’il demande va plus loin que la non-violence.

C’est un amour actif, très actif, qui demande de ne plus vivre pour soi mais pour les autres. Et cela exige sacrifice, fatigue. Cela demande à tous […] de se transformer en de petits héros du quotidien qui, jour après jour, sont au service de leurs frères, prêts à donner jusqu’à leur vie pour eux. […]

Cet amour réciproque entre vous aura des conséquences d’une valeur – disons – infinie, car là où règne l’amour, là se trouve Dieu et, comme l’a dit Jésus : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom – c’est-à-dire dans son amour -, je suis au milieu d’eux » […].

Le Christ lui-même, agira avec vous dans vos pays ; parce qu’Il reviendra d’une certaine manière dans le monde partout où vous vous trouverez, rendu présent par votre amour réciproque, par votre unité.

Il vous éclairera sur tout ce que vous aurez à faire, il vous guidera, vous soutiendra, il sera votre force, votre ardeur, votre joie. […]

Amour donc, entre vous, et amour semé dans de nombreux coins de la terre, entre les personnes, entre les groupes, entre les nations, par tous les moyens, afin que l’invasion d’amour dont nous parlons parfois devienne réalité et que prenne consistance, grâce aussi à votre contribution, la civilisation de l’amour que nous attendons tous.

Vous êtes appelés à cela et vous assisterez à de grandes choses.

Chiara Lubich
Photo © Archivio CSC Audiovisivi

Chiara Lubich aux jeunes: la joie des premiers chrétiens

Chiara Lubich aux jeunes: la joie des premiers chrétiens

(…)

La joie des premiers chrétiens (comme du reste celle des chrétiens de tous les temps, de tous les siècles, lorsque le christianisme est compris dans son essence et vécu dans sa radicalité), la joie des premiers chrétiens était une joie vraiment nouvelle, jamais connue jusque-là. Elle n’avait rien à voir avec l’hilarité, l’allégresse, la bonne humeur, elle n’avait rien à voir avec « la joie exaltante de la vie, de l’existence » – comme disait Paul VI -, ni avec « la joie pacifiante – disait-il encore – de la nature », ni avec « la joie du silence ». Ce n’était pas celle-là. Toutes ces joies sont belles…

Mais celle des premiers chrétiens était différente : c’était une joie semblable à cette ivresse qui avait envahi les disciples lors de la venue de l’Esprit Saint.

C’était la joie de Jésus. Parce que, comme Jésus a sa paix, Il a aussi sa joie.

Et la joie des premiers chrétiens, venant spontanément du plus profond de leur être, les comblait entièrement.

Ils avaient trouvé vraiment ce que l’homme d’hier, d’aujourd’hui et de toujours cherche : Dieu, qui – comme nous l’avons vu – le satisfait pleinement. Ils avaient trouvé Dieu, la communion avec Dieu, et cet élément les comblait totalement et les menait à leur pleine réalisation. Ils étaient hommes.

En effet, l’amour, la charité, dont le Christ, grâce au baptême et aux autres sacrements, enrichit le coeur des chrétiens, peut être représenté par une petite plante. Plus elle enfonce ses racines dans le terrain, c’est-à-dire, plus on aime le prochain et plus sa tige pointe vers le ciel : c’est-à-dire, plus les hommes aiment leurs frères, plus augmente en eux l’amour pour Dieu, mais ce n’est pas un amour auquel on croit seulement par la foi, une communion avec Dieu à laquelle on croit seulement par la foi, c’est une communion expérimentée.

Et c’est cela le bonheur, oui, c’est le bonheur : on aime et on se sent aimé. C’était cela la joie des premiers chrétiens (Appl.), c’était cela le bonheur des premiers chrétiens, adultes et jeunes comme vous, qui s’exprimait dans des liturgies merveilleuses, joyeuses et débordantes d’hymnes de louange et d’action de grâces.

(…)

Chiara Lubich

(Pour accéder au texte complet : https://chiaralubich.org/archivio-video-it/la-gioia/)
Photo : © Archivio CSC Audiovisivi

Rechercher la paix : un parcours entre les mains de chacun

Rechercher la paix : un parcours entre les mains de chacun

« Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu. » (Mt 5, 9)

Qui sont ces artisans de paix dont parle Jésus ?

Ce ne sont pas les gens que l’on considère comme pacifiques, ceux qui aiment la tranquillité, qui ne supportent pas les disputes et manifestent une nature conciliante, et qui souvent d’ailleurs révèlent le désir caché de ne pas être dérangés, de ne pas avoir d’ennuis.

Les artisans de paix, ce ne sont pas non plus ces braves personnes qui, s’en remettant à Dieu, ne réagissent pas lorsqu’elles sont provoquées ou offensées. Les artisans de paix, ce sont ceux qui aiment tellement la paix qu’ils ne craignent pas d’intervenir dans les conflits pour la procurer à ceux qui vivent dans la discorde. […]

Pour porter la paix, il faut la posséder en soi.

Il faut être porteur de paix avant tout à travers son comportement personnel de chaque instant, en vivant en accord avec Dieu et sa volonté.

Les artisans de paix s’efforcent ensuite de créer des liens, d’établir des rapports entre les personnes, en calmant les tensions, en désamorçant la situation de « guerre froide » qu’ils rencontrent souvent dans les familles, au travail, à l’école, dans les milieux sportifs, entre nations, etc. […]

La télévision, le journal, la radio te répètent chaque jour que le monde est un immense hôpital et que les nations sont souvent de grands malades qui auraient un besoin extrême d’artisans de paix pour apaiser des rapports tendus ou insoutenables qui font peser la menace de la guerre, quand elle n’a pas déjà éclaté. […]

La paix est un aspect caractéristique des rapports typiquement chrétiens que le croyant cherche à établir avec les personnes qu’il fréquente régulièrement ou qu’il rencontre à l’occasion. Ce sont des rapports d’amour sincère sans fausseté ni tromperie, sans aucune forme de violence cachée ni de rivalité, de concurrence ni d’égocentrisme.

Travailler à établir de tels rapports dans le monde est un acte révolutionnaire. En effet les relations qui existent normalement dans la société relèvent d’une tout autre nature et demeurent malheureusement souvent les mêmes.

Jésus savait que les relations humaines en étaient là. C’est pourquoi il a demandé à ses disciples de faire toujours le premier pas sans attendre l’initiative et la réponse de l’autre, sans prétendre à la réciprocité : « Et moi je vous dis : aimez vos ennemis… Si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? » […]

Jésus est venu porter la paix. Tout son message et tout son comportement vont dans ce sens.

Mais c’est justement ce rapport nouveau entre les personnes qui démasque souvent les rapports sociaux faux, qui révèle la violence cachée dans les relations humaines.

L’homme est irrité lorsque l’on découvre cette vérité et il y a le risque, dans les cas extrêmes, qu’il réponde par la haine et la violence à celui qui ose déranger l’ordre social et les structures établies.

Jésus, le porteur de paix, a été tué par la violence de l’homme. […] « Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu. »

Alors comment vivre cette parole ?

Avant tout en répandant partout dans le monde l’amour. […] Quant à toi, tu interviendras avec prudence lorsque, autour de toi, la paix est menacée. Souvent, il suffit d’écouter avec amour, jusqu’au bout, les parties en désaccord et l’on trouve la solution de la paix.

D’autre part, pour réduire les tensions qui peuvent naître entre les personnes, un moyen à ne pas sous-évaluer est l’humour. Un texte rabbinique affirme : « Le règne futur appartient à ceux qui plaisantent volontiers parce qu’ils sont artisans de paix entre les hommes qui s’opposent. »

Tu n’auras pas la paix tant que des rapports rompus, souvent pour une bêtise, n’auront pas été rétablis.

Peut-être pourras-tu être artisan de paix en donnant naissance, au sein de quelque association dont tu fais partie, à des initiatives particulières orientées à développer une plus grande conscience de la nécessité de la paix. […]

L’important, c’est que tu ne restes pas inactif à voir passer le peu de jours que tu as à disposition sans conclure quelque chose pour tes prochains, sans te préparer convenablement à la vie qui t’attend.

Chiara Lubich

(da Parole di Vita, Opere di Chiara Lubich, Citta Nuova Editrice, Roma 2017, pp. 196-197)