Mouvement des Focolari
Franco Fortuna, un saint de la porte d’à côté

Franco Fortuna, un saint de la porte d’à côté

Franco et Anna se marient en 1991 et ont trois enfants : Benedetta, Francesca et Federico. En août 2025, Franco part soudainement au Ciel, à l’âge de 63 ans. Cette nouvelle bouleverse de nombreuses personnes, non seulement dans leur ville, Poggio Mirteto (Italie), mais aussi parmi les nombreux amis du mouvement des Focolari qui l’ont connu, soit lorsqu’il était Gen (jeune des Focolari) et, enflammé par l’idéal de l’unité, il avait dit son « oui » à l’appel à vivre pour Jésus, soit à travers sa profession (il a travaillé pendant des années à la maison d’édition Città Nuova) où il avait rencontré de nombreuses personnes.

Avec Anna, leur « oui » initial à la création d’une famille fidèle à « là où deux ou trois … », s’enrichit, tout au long de leur parcours de vie commune, par leur engagement au sein de la communauté locale, en particulier au sein du Mouvement des Familles Nouvelles (une ramification des Focolari composée de familles qui se proposent de vivre la spiritualité de l’unité) et par l’accompagnement de couples dans leur cheminement de préparation au mariage et au baptême de leurs enfants.

Après une longue période passée au sein de la maison d’édition, Franco se lance dans une nouvelle expérience professionnelle en tant que professeur de religion dans un lycée technique, se consacrant entièrement à aider ses élèves à grandir sereinement, malgré les difficultés et les souffrances personnelles que les jeunes lui confient. Ce dont tout le monde se souvient, ce sont les cours en plein air, à l’ombre des arbres, dans le jardin à l’extérieur de l’école, sa grande capacité d’écoute et son sourire. Un sourire que ses collègues ont connu eux aussi, tout comme son engagement à créer une atmosphère familiale au sein de l’établissement à travers des randonnées en montagne et des moments de convivialité.

Dans les derniers moments de sa vie, il répond « oui » à l’appel à devenir diacre au service de l’Église. Il le fait avec humilité, dans le silence et est toujours présent, prêt à aider ceux qui étaient en difficulté. Ceux qui l’ont rencontré se souviennent, qu’il parvenait, par son grand sourire, à transformer le cœur de ceux qui croisaient son chemin.

Sur les photos : Franco avec toute sa famille ; une sortie à la montagne ; dans le cadre de son ministère de diacre

Leur maison était toujours ouverte à tous et l’est encore aujourd’hui : de nombreux amis soutiennent Anna et leurs enfants, grâce à l’amour semé au fil de ces années.

Même pendant l’hospitalisation de Franco, la dernière semaine avant son décès, les médecins sont impressionnés par l’afflux continu de jeunes venus lui rendre visite pour un dernier adieu, embrasser sa famille, ou simplement être présents à leurs côtés pour prier.

Un de ses collègues, qui se disait non-croyant, l’a salué comme « la personne la plus proche de l’Évangile » qu’il ait jamais connue.

Lors de ses funérailles, l’église était bondée, et de très nombreux jeunes se trouvaient même sur le parvis : « Tu as parlé de foi, mais tu nous as enseigné l’amour », pouvait-on lire sur l’une de leurs banderoles ; une foule de prêtres et de diacres entourait l’évêque Mgr Ernesto Mandara à l’autel.

Durant l’homélie, don Mauro Guida, curé de la cathédrale Sainte-Marie-de-l’Assomption à Poggio Mirteto, citant les saints Laurent, Claire, Jeanne, Pontien et Hippolyte, commémorés par l’Église les jours précédents, déclarait : « À chaque fois, chaque nom, chaque mot, chaque visage de sainteté semblait être le portrait de notre cher Franco. Tout comme autrefois les enfants, en se montrant leurs vignettes, répétaient le refrain « je l’ai, je l’ai aussi… », ainsi Franco était soudain devenu l’image de celui qui possédait toutes les qualités que l’on pouvait décrire ou simplement imaginer ; « la sainteté d’à côté », comme l’avait appelée le pape François ».

« Nous sommes profondément émus par la nouvelle de l’appel de Franco au Ciel et nous sommes émerveillés de suivre son parcours », ont déclaré dans une lettre Margaret Karram et Jesus Moran, présidente et coprésident (en 2025) des Focolari. « Nos prières et notre profonde gratitude pour sa vie si belle et si lumineuse. Convaincus qu’il est déjà accueilli par Jésus, nous le sentons comme le protecteur des Familles Nouvelles et des Générations Nouvelles. Nous sommes unis d’une manière toute particulière à Anna et aux enfants ».

Sur les photos : inauguration de la salle de classe en plein air dans l’école où il enseignait

L’établissement scolaire où Franco a travaillé, l’IIS Gregorio da Catino de Poggio Mirteto, a souhaité créer une salle de classe en plein air qui porte son nom. Voici le message publié sur la page Facebook de l’établissement : « Des professeurs laissent une empreinte indélébile par leur façon de regarder le monde : Franco Fortuna était l’un d’entre eux. Pour rendre hommage à son amour des cours en plein air, nous avons inauguré aujourd’hui (5 juin 2026) une véritable salle de classe en plein air (…). Nous espérons qu’elle deviendra un lieu où les élèves pourront continuer à apprendre, à échanger et à rêver, exactement comme l’aurait souhaité le professeur Fortuna ».

Lorenzo Russo
Foto: per gentile concessione della famiglia Fortuna

En route vers les JMJ 2027 à Séoul

En route vers les JMJ 2027 à Séoul

Du 3 au 8 août 2027, les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) se dérouleront à Séoul, en Corée du Sud, sur le thème : « Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33). Il s’agira des deuxièmes JMJ organisées en Asie, après celles de Manille (Philippines) en 1995, mais la première à se tenir dans un pays où les chrétiens sont minoritaires.

Le 3 août dernier, à un an du début de ce grand rendez-vous, l‘hymne officiel, intitulé Confidite, ego vici mundum, a été présenté. Deux versions sont proposées : une première, plus solennelle, interprétée par un orchestre et un chœur ; une seconde, arrangée dans un style pop. L’hymne transmet un message clair : même face aux déceptions ou aux peurs, le Seigneur demeure toujours proche des jeunes.

Par ailleurs, la campagne mondiale de plantation d’arbres, baptisée « Breath of Life », a été lancée. Elle invite les jeunes à planter des arbres et des arbustes dans leur propre pays. Cette initiative s’inscrit dans la continuité de celle menée à Lisbonne (Portugal) lors des JMJ de 2023 et s’inspire de l’encyclique “Laudato si’” du pape François.

Les jeunes du Mouvement des Focolari participeront eux aussi aux JMJ. Ces derniers jours, une école internationale destinée aux jeunes de 16 à 20 ans s’est tenue à Trente (Italie), où l’invitation du groupe coréen à participer aux JMJ de Séoul a été accueillie avec enthousiasme. Cette année marque ainsi le début du parcours de préparation dans les différents pays, également pour les jeunes des Focolari qui souhaitent vivre avec courage et espérance au service d’un monde de paix et d’unité.

Photo: Pixabay

« En quarante ans d’histoire, les Journées Mondiales de la Jeunesse se sont progressivement enrichies grâce à la foi, à l’enthousiasme et à la participation active des jeunes ainsi que des Églises locales », souligne le cardinal Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, dans une interview accordée aux médias du Vatican.
S’adressant aux évêques et aux responsables de la pastorale des jeunes du monde entier, le cardinal renouvelle son invitation à cheminer avec les jeunes vers Séoul 2027, « en valorisant ces outils dans les parcours de préparation, afin de les aider à vivre ce pèlerinage comme une véritable expérience de foi, de communion ecclésiale et de rencontre personnelle avec Jésus ».

Comme pour chaque édition des JMJ, cinq saints patrons ont été choisis afin d’être proposés aux jeunes comme modèles de foi, à travers le témoignage de leur vie et de leur spiritualité. Pour l’édition 2027, le comité local d’organisation (COL) a retenu :
· Saint Jean-Paul II, le pape fondateur des Journées mondiales de la jeunesse ;
· Saint André Kim Taegon, premier prêtre catholique coréen, symbole de foi et de courage ;
· Sainte Françoise-Xavier Cabrini, patronne des migrants, née à Sant’Angelo Lodigiano (Italie) et décédée en 1917 à Chicago, ville natale de Robert Francis Prevost ;
· Sainte Joséphine Bakhita, ancienne esclave soudanaise devenue religieuse, témoin d’une foi transformée à travers la souffrance ;
· Saint Carlo Acutis, le jeune Italien canonisé le 7 septembre 2025, exemple particulièrement actuel d’évangélisation dans le monde numérique.

Les deux symboles des JMJ, la Croix et l’icône mariale, sont arrivés en Corée en décembre 2025. Dès le mois suivant, ils ont commencé leur pèlerinage à travers les diocèses du pays.
« Nous ferons tout notre possible, souligne Mgr Peter Soon-taick Chung, archevêque métropolitain de Séoul et président du comité local d’organisation, pour que les JMJ 2027 soient une célébration de l’espérance ainsi qu’un témoignage d’hospitalité et de solidarité. »

À Séoul, de nombreux volontaires sont déjà à pied d’œuvre. Environ 400 jeunes accompagnent le comité local d’organisation. Ils ont été formés à partir de l’exhortation apostolique post-synodale “Christus Vivit”, selon la méthode de la « Conversation dans l’Esprit ». Aujourd’hui, ils sont engagés dans l’organisation des événements, la logistique, la formation d’autres volontaires ainsi que la communication.

Pour plus d’informations, il est possible de consulter le site officiel des JMJ Séoul 2027 ainsi que les réseaux sociaux de l’événement.

Lorenzo Russo

L’intelligence artificielle au service de l’humanité

L’intelligence artificielle au service de l’humanité

Une matinée qui entre dans l’histoire de l’Église. Le 25 mai 2026, dans la salle du Synode au Vatican, le Pape Léon XIV présente sa première encyclique Magnifica Humanitas, sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Jamais auparavant un Pape n’avait été présent dans la salle où l’un de ses documents magistériels était présenté au public.

L’encyclique porte la date du 15 mai, jour du 135e anniversaire de la promulgation de la lettre encyclique Rerum Novarum du Pape Léon XIII, qui sut reconnaître dans les transformations industrielles de son époque une question profondément humaine et sociale. Cette encyclique défend la personne humaine à l’ère actuelle de l’intelligence artificielle (IA) et appelle à de nouvelles réflexions urgentes sur le rôle et l’avenir du progrès technologique.

Après diverses interventions d’experts et de théologiens, le Souverain Pontife prend la parole et s’attarde sur la « gravité du moment » que nous vivons et qui suscite l’inquiétude au sein de l’Église, appelée à « déchiffrer les choses nouvelles à la lumière de l’Évangile et de la dignité de l’homme ». Il explique qu’elle est née de « l’écoute » des scientifiques et des ingénieurs qui « travaillent avec un enthousiasme sur des technologies capables d’atténuer « d’immenses souffrances ; l’écoute de dirigeants politiques et de fonctionnaires qui ont cherché avec persévérance des règles justes ; l’écoute de parents et d’enseignants profondément inquiets pour l’avenir des jeunes générations ». Et il utilise des mots forts : « L’intelligence artificielle doit être désarmée. Le mot est fort, je le sais – admet Léon –, mais il a été choisi délibérément car ce moment a besoin de mots capables d’attirer l’attention, de réveiller les consciences et d’indiquer des voies à suivre pour l’humanité ».

Le Souverain Pontife rappelle que depuis longtemps « l’Église s’engage en faveur du désarmement nucléaire, au service de la paix et de la dignité de la famille humaine ». Ainsi, « l’Intelligence artificielle doit aujourd’hui être désarmée, car, tout comme l’énergie nucléaire, elle doit être au service de tous et du bien commun. (…) Les décisions concernant la technologie ne doivent jamais être dissociées de la conscience et de la responsabilité ». « Mais lorsque la technologie affaiblit notre sens critique, c’est la paix elle-même qui est menacée. Désarmer, cependant, ne suffit pas. Nous devons construire ». Ensemble.

« Magnifica Humanitas est l’aboutissement d’un parcours du Saint-Siège entamé il y a dix ans », a déclaré Mgr Paul Desmond Tighe, secrétaire du Dicastère pour la culture et l’éducation, lors du point presse avec les journalistes à la Salle de presse. En 2016, un prêtre français a commencé à approfondir certains thèmes liés à la communication et à la technologie. « À San Francisco (États-Unis), il a rencontré des experts qui souhaitaient informer le Saint-Siège des avancées technologiques susceptibles d’influencer l’avenir du monde », poursuit Mgr Tighe. « Pour ces scientifiques, il était important d’avoir l’avis de sages ; ils ont donc sollicité la collaboration du Saint-Siège », et une synergie fondée sur l’écoute mutuelle a vu le jour.

Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic (États-Unis), l’une des principales entreprises d’intelligence artificielle au monde, qui est intervenu lors de la présentation au Vatican, lui fait écho : « Nous avons besoin qu’une partie toujours plus grande du monde – les communautés religieuses, la société civile, les universitaires, les gouvernements – fasse ce que Sa Sainteté a fait ici : prendre tout cela au sérieux, observer attentivement les événements au fur et à mesure de leur évolution et contribuer à ce qu’ils prennent une meilleure direction. Aujourd’hui n’est que le début d’une longue collaboration entre nous, qui construisons cette technologie, et ceux qui parviennent à voir ce que nous ne pouvons pas voir de l’intérieur ».

Divisé en cinq chapitres, plus une introduction et une conclusion, Magnifica Humanitas part d’une thèse : la technologie n’est pas une « force antagoniste par rapport à la personne », ni « un mal en soi ». Le Souverain Pontife affirme que « les injustices ne naissent pas seulement de mauvais choix individuels, mais aussi de structures, de mécanismes, d’ordres économiques et culturels qui produisent des inégalités ». Cela vaut également dans le domaine des nouvelles technologies.

La préoccupation de Léon porte sur le pouvoir qui, lorsqu’il est concentré entre quelques mains, « tend à devenir opaque et à échapper au contrôle public », entraînant le risque d’un développement faussé « qui engendre de nouvelles dépendances, des exclusions, des manipulations et des inégalités ». Et dans ce cas, le regard se porte sur ceux qui contrôlent les plateformes, les infrastructures et les données numériques.

Le Pape Léon XIV réaffirme une fois de plus qu’il n’existe pas de « guerre juste ». Il demande que l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire soit soumise aux contraintes éthiques les plus rigoureuses car « il n’existe aucun algorithme capable de rendre la guerre moralement acceptable ».

Il faut « une politique qui n’abdique pas sa mission ». La vérité doit s’inscrire dans une « écologie de la communication » contre les fausses informations. Le Pape indique quelques outils : la transparence dans les logiques de sélection des contenus, la protection des données personnelles, un journalisme sérieux fondé sur l’argumentation et la vérification, une nouvelle prise de conscience dans l’usage « correct et critique » de l’IA, l’intégration des savoirs.

En conclusion de la lettre, le Souverain Pontife invite les fidèles à habiter les nouvelles technologies à la lumière de l’Évangile, en suivant « un chemin de vie chrétienne sobre et exigeant », afin que, même à l’ère de l’IA, tous puissent témoigner « de la beauté d’une humanité magnifique habitée par Dieu ».

Lorenzo Russo
Photo: © Vatican Media

Cliquez ici pour le texte complet de l’encyclique Magnifica Humanitas du Pape Léon XIV

« Soyez la bonne nouvelle pour votre pays »

« Soyez la bonne nouvelle pour votre pays »

Premier Pontife de l’histoire moderne à avoir une connaissance directe de l’Afrique, le pape Prevost, dès l’époque où il était à la tête de l’Ordre des Augustins, avait visité en personne toutes les régions d’Afrique : centrale, méridionale, occidentale, australe !

À bord de l’avion papal reliant Rome à Alger, le pape Léon XIV a déclaré aux journalistes : « Dès le mois de mai dernier, j’avais dit que lors de mon premier voyage, je souhaitais me rendre en Afrique. Beaucoup m’ont tout de suite suggéré l’Algérie en raison de saint Augustin ».

11 jours, 18 vols, plus de 18 000 km. Algérie, Cameroun, Angola, Guinée équatoriale. 25 discours et homélies, huit messes publiques célébrées, des rencontres avec des présidents, des évêques et des imams. Dans ses interventions, le Souverain Pontife a mis en avant les œuvres de miséricorde de l’Église à travers des rencontres en marge avec des détenus, des orphelins et des personnes âgées, et il a rencontré des centaines de milliers de fidèles. Le talent polyglotte du pape a été mis en pleine lumière : « il nous a parlé en français, en portugais, en espagnol et en anglais pour entrer en contact personnel avec les différentes populations locales ».

Dans un discours historique prononcé devant les autorités camerounaises le 15 avril, jour de son arrivée, Léon a abordé de front la crise humanitaire, politique et sociale qui afflige le pays depuis une décennie. Il a décrit le coût humain en termes clairs — des vies perdues, des familles déplacées, des enfants privés d’éducation et une génération de jeunes sans espoir — tout en louant la diversité culturelle et linguistique du pays comme un « trésor » plutôt qu’un fardeau.

Une étape fondamentale du voyage au Cameroun s’est déroulée à Bamenda, au cœur d’une région déchirée par la violence séparatiste depuis dix ans. Le pape Léon XIV a présidé une rencontre sur la paix dans la cathédrale Saint-Joseph. Autour de la table, un chef traditionnel, un modérateur presbytérien, un imam et une religieuse catholique. « Une image forte qui continuera à nourrir notre imaginaire pendant très longtemps », a déclaré Elisabeth, une habitante de Bamenda : « un pape entouré de représentants de différentes confessions et communautés dans une ville au cœur d’un conflit en cours, qui appelle au dialogue plutôt qu’à la violence, à la réconciliation plutôt qu’à la vengeance ».

Le pape s’est adressé à toute la communauté composée de personnes venues du nord-est et du sud-est, qui avaient parcouru de nombreux kilomètres en surmontant la peur et les obstacles pour être présentes à cette journée. Il a remercié tous ceux qui choisissent de jeter des ponts au quotidien et qui soignent les blessures. Mais il a également lancé un avertissement « à ceux qui déforment les religions et le nom même de Dieu pour poursuivre leurs propres objectifs militaires, économiques et politiques ». Une dénonciation à l’encontre de tous ceux qui, a affirmé le pape, « dépouillent votre terre de ses ressources et investissent généralement une grande partie des profits dans les armes, dans une spirale de déstabilisation et de mort sans fin ».

La deuxième journée du pape au Cameroun a été entièrement consacrée aux jeunes. C’est précisément à cette jeunesse, pleine de vie et en mouvement, que Léon XIV a choisi de s’adresser directement dans son homélie, devant 120 000 fidèles au stade de Japoma, à Douala, puis devant les étudiants de l’Université catholique d’Afrique centrale. Léon XIV a multiplié les appels à résister à l’émigration, à la corruption et aux illusions du monde numérique. Avec, en filigrane, un message réitéré deux fois le même jour : l’avenir du continent se construira ici, et nulle part ailleurs.

Le Pape n’a pas éludé la réalité du pays au stade de Japoma en parlant de la pauvreté, tant matérielle que spirituelle, et en lançant un appel aux jeunes : « Pour faire de votre esprit fier une prophétie du monde nouveau, prenez pour exemple ce que nous avons entendu dans les Actes des Apôtres. Les premiers chrétiens ont en effet rendu un témoignage courageux du Seigneur Jésus face aux difficultés et aux menaces », et en pensant à la façon dont ils ont persévéré même au milieu des outrages, il a invité à « refuser toute forme d’abus et de violence, qui trompent en promettant des gains faciles et endurcissent le cœur ». Il leur a rappelé la véritable richesse du peuple : « la foi, la famille, l’hospitalité, le travail ». Pour illustrer son discours, Léon XIV a cité le bienheureux Floribert Bwana Chui, un martyr congolais tué en 2007 pour avoir refusé, en tant que douanier, de laisser passer une cargaison de médicaments contrefaits. Il est présenté comme un saint de la résistance à la corruption, un modèle pour la jeunesse africaine : Le Souverain Pontife a en outre poursuivi en disant : « Soyez la bonne nouvelle pour votre pays ».

Dans l’après-midi à Yaoundé, le pape est attendu à l’Université catholique d’Afrique centrale, fleuron de l’enseignement supérieur de la région, qui attire chaque année plus de 5 000 étudiants venus notamment du Gabon, du Tchad, de Guinée Équatoriale et d’autres pays. Ils sont 8 000 à accueillir Léon XIV avec l’enthousiasme typique du monde universitaire.

Devant cet auditoire de jeunes africains, le pape Léon a choisi d’aborder des sujets sensibles et d’actualité : la corruption, l’intelligence artificielle et ses dérives, les migrations, etc.

C’est précisément cette tension entre la tentation de l’exil et le devoir envers son propre pays que Léon XIV a placée au centre de son discours. « Face à cette tendance à vouloir émigrer, qui peut faire croire qu’on trouvera facilement ailleurs un avenir meilleur, je vous invite avant tout à répondre par un ardent désir de servir votre pays », a-t-il déclaré aux étudiants, leur rappelant que l’université a été fondée il y a trente-cinq ans précisément pour former « des témoins de sagesse et d’équité dont le continent africain a besoin ».

Évoquant l’intelligence artificielle, le pape a déclaré, avec une gravité inhabituelle : « Lorsque la simulation devient la norme, nous vivons comme dans des bulles imperméables les unes aux autres, nous nous sentons menacés par celui qui est différent ». Sa conclusion est directe, sans détours : « C’est ainsi que se propagent la polarisation, les conflits, les peurs et la violence. Ce n’est pas un simple risque d’erreur qui est en jeu, mais une transformation du rapport même à la vérité ».

L’Afrique paie le coût environnemental et humain de l’extraction du cobalt, minéral indispensable aux batteries qui alimentent les centres de données et les appareils connectés à Internet. Le Pape n’a pas mâché ses mots sur ce point : « La face cachée des ravages environnementaux et sociaux causés par la course effrénée aux matières premières et aux terres rares » doit être dénoncée, a-t-il réaffirmé avec force.

Liliane Mugombozi (Cameroun)


Photo : avec l’aimable autorisation de la Nonciature apostolique au Cameroun

Avec le pape Léon pour le dialogue et la paix

Avec le pape Léon pour le dialogue et la paix

Le plus grand pays d’Afrique par sa superficie, où les chrétiens représentent moins de 1% des 48 millions d’habitants. L’Algérie est le pays que le Pape Léon XIV a choisi comme première étape de son voyage sur le continent africain, qui le mènera ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale. Il y est arrivé le 13 avril 2026 et ses premières rencontres avec la communauté algérienne ont également mis en lumière la vie et les activités d’organisations et d’initiatives interreligieuses, parfois peu connues, qui œuvrent dans le pays depuis de nombreuses années.

L’une d’entre elles est le Mouvement des Focolari, un réseau d’unité spirituelle arrivé en Algérie, pays à majorité musulmane, en 1966. Ses activités en Algérie sont animées par des membres musulmans, en majorité des femmes, qui y participent en travaillant en petits groupes dans tout le pays, soit en apportant leur aide dans des centres locaux pour personnes âgées, soit en donnant des cours de soutient aux étudiants ou en étudiant avec eux.

L’expérience d’une foi « véritable » qui « n’isole pas mais ouvre, unit sans confondre, rapproche sans uniformiser et fait grandir une authentique fraternité » a été partagée en français par Monia Zergane, musulmane dont la vie devient « signe d’espérance pour notre monde ». Au sein des services de l’Église catholique en Algérie, chrétiens et musulmans travaillent «côte à côte», a-t-elle témoigné, « avec les mêmes préoccupations» d’«accueillir, servir, écouter, prendre soin des plus fragiles, organiser, trouver des ressources financières et veiller à ce que les centres d’activités « soient des lieux sûrs qui préservent la dignité des personnes ». Un service rendu aux plus « vulnérables », qu’il s’agisse de femmes, d’enfants, de personnes âgées ou de malades, vécu « ensemble » et capable de faire naître une « fraternité authentique », a-t-elle expliqué, fort de la conviction que « servir l’homme, c’est avant tout servir Dieu ». Un engagement, a-t-elle souligné, qui se nourrit de toutes les « belles » choses mises en jeu : compétences, dévouement, patience, pardon, compassion et bienveillance.

Des frères et sœurs qui ont été « d’un immense secours et réconfort » pour Monia dans l’épreuve de la maladie, lorsque, a-t-elle confié avec gratitude, « j’ai pu compter sur leur proximité, leur solidarité inébranlable, leur délicatesse et leurs prières ». En particulier, la proximité d’une communauté du Mouvement des Focolari et l’engagement quotidien à mettre en pratique l’amour du prochain « m’interpellent souvent et me font comprendre que la vie n’est pas faite avant tout de grandes œuvres visibles, mais d’une communion vécue jour après jour », a-t-elle reconnu. Consciente que la fraternité se construit aussi « dans les gestes simples : un sourire, un salut qui vient du cœur, une parole bienveillante, un service rendu sans rien attendre en retour, et dans les petites choses de la vie quotidienne : se souhaiter de bonnes fêtes, partager un repas après un temps de jeûne, écouter la signification spirituelle d’une célébration ».

Par la rédaction

Photo: © Joaquín Masera – CSC Audiovisivi