Mouvement des Focolari
Berlin : entre les chrétiens le mur s’écroule

Berlin : entre les chrétiens le mur s’écroule

Le premier Kirchentag œcuménique national a débuté le jeudi 28 mai près de la porte de Brandebourg, monument berlinois hautement symbolique. La liturgie principale en a été présidée par l’archevêque catholique, le cardinal Georg Sterzinsky, et par l’évêque luthérien de Berlin et du Brandebourg, Mgr Wolfgang Huber. Le lieu choisi, les dimensions, la poussée œcuménique de la base donnée par les 200 000 participants soulignent l’importance de l’événement, de même que la présence des plus hautes autorités politiques : le président fédéral Johannes Rau, le chancelier Gerhard Schroeder et le maire Klaus Wowereit. Dès les premiers mots du présentateur : « Enfin, enfin, le moment tant attendu… », une clameur s’élève qui l’empêche de continuer. Un cri de joie, comme l’explosion des désirs de tous les participants, de leurs attentes, de leurs espérances et des souffrances passées… Une réaction qui laisse à penser que c’était le juste moment. La liturgie a été vécue dans la joie et l’enthousiasme avec des moments de profond recueillement. Tous ont conscience que c’est le Christ lui-même qui est au centre de tout. Johannes Rau, président de l’Allemagne, souligne l’importance d’un tel événement dans le pays d’où est partie la Réforme : « Ce qui arrive ici aujourd’hui dépasse le cadre des Églises chrétiennes et est important pour la société tout entière ». Très applaudi, le message du pape est formulé dans un langage particulièrement « évangélique » : « Le Kirchentag doit devenir un grand signe œcuménique, parce que la communion dans la foi est plus forte et plus importante que ce qui nous divise encore ». Le pape encourage aussi à défendre ensemble les valeurs de la famille et de la vie. Il parle ensuite des souffrances dues à l’unité non encore réalisée entre les chrétiens. « Il faut repenser au fondement de notre foi. Je suis content que le Kirchentag œcuménique reprenne “l’année de la Bible” (initiative œcuménique de l’année en Allemagne). Je vous encourage à prier avec la Bible, à lire et à méditer la parole de Dieu et à éclairer votre vie par le message que Dieu nous a révélé et qui nous a été transmis par la communauté des fidèles tout au long des siècles ». Il souligne la nécessité de la conversion comme condition de l’œcuménisme : « Dieu veut que nous soyons un afin que le monde croie ! », et il encourage à poursuivre les efforts sur le chemin œcuménique « avec sensibilité et respect, avec patience et courage, fidèles à la vérité et animés d’un amour authentique ». Il termine ainsi son message : « Si vous vous mettez ensemble sous la bénédiction de Dieu, vous pourrez devenir encore davantage bénédiction les uns pour les autres et pour le monde, surtout là où il souffre et est déchiré ». Le chancelier Gerhard Schroeder prend ensuite la parole : « Malgré la sécularisation, de Berlin part en ce moment ce message : l’Église est vivante, elle est vitale, elle est attirante, en particulier pour les jeunes ». La foule passe sous la porte de Brandebourg, acte symbolique signe de l’espérance que s’écroule aussi le mur invisible qui sépare encore les Églises. Le soir, dans les rues du centre de Berlin, grande fête organisée par les paroisses, mouvements, groupes et associations. Les chrétiens apparaissent sous un jour moderne, jeune, attirant, joyeux, ouvert… un christianisme qui revient à la mode ! Le mot d’ordre et les quatre « domaines d’intérêt » Le mot d’ordre : « Soyez une bénédiction » a été approfondi dans les quatre « domaines d’intérêt » de la Journée œcuménique des Églises :

1 – montrer la foi – vivre en dialogue 2 – chercher l’unité – se rencontrer dans la diversité 3 – respecter la dignité humaine – garder la liberté 4 – vivre dans le monde – agir avec responsabilité

Dans chacun de ces « domaines d’intérêt » se sont déroulés un grand nombre de rencontres, prières, tables rondes, conférences et initiatives variées. Un livret de 720 pages illustre le vaste programme de ces journées.

 

Il a donné sa vie pour son frère

Il a donné sa vie pour son frère

« Il a donné sa vie pour son frère » ont titré les journaux locaux en relatant la mort tragique de Nelson Gomez. Don Nelson était curé, directeur spirituel du séminaire et aumônier de l’hôpital d’Armenia, en Colombie. Une de ses nièces, qui travaillait chez lui comme secrétaire, confie : « Il est mort en vivant la Parole de l’évangile qui dit de donner sa vie pour ses frères. Il nous disait toujours qu’il faut vivre pour les autres et non pour soi ». Un matin, deux malfaiteurs s’introduisent dans le presbytère et enferment don Nelson dans une pièce pour chercher de l’argent à voler. Son frère, marié et père de famille, habite à deux cents mètres. Quelqu’un l’ayant prévenu qu’il se passe quelque chose de bizarre au presbytère, il entre discrètement par une autre porte, mais se retrouve aussitôt le pistolet pointé sur lui. En entendant son frère, Nelson force la porte et s’interpose entre eux, criant aux voleurs : « Ne lui faites pas de mal ! ». L’un des hommes tire et l’atteint en pleine poitrine. C’était le 22 mars. L’amour de don Nelson était le fruit d’une grande maturité et d’une volonté constante, depuis son plus jeune âge. Voici son histoire retracée à grands traits à partir d’une interview faite par Città Nuova il y a quelques années, lors d’un séjour de don Nelson en Italie pour étudier la pastorale de la santé. « Nous étions sept dans la famille et mon père travaillait la terre. Nous étions très pauvres, mais nous avions confiance en Dieu et le peu que nous avions, nous étions heureux de le partager avec ceux qui avaient encore plus besoin que nous. Je me rappellerai toujours un pommier de notre jardin, dont les fruits nous étaient interdits parce qu’ils étaient réservés aux malades de la paroisse. » La pauvreté ainsi vécue, de façon évangélique, s’est transformée en une école d’humanité. Plus difficile a été son rapport avec la maladie. « J’avais 6 ans quand j’ai attrapé un virus qui attaque le système nerveux central et je suis resté paralysé pendant plusieurs mois. C’est un mal qui peut reprendre à tout moment et qui oblige à rester toujours sous traitement. D’autres maladies se sont ajoutées avec les années, et j’ai subi quatre interventions aux yeux. Les traitements et les hospitalisations, je connais ! Si jeune, je ne comprenais pas grand chose au sens de cette souffrance qui m’empêchait de vivre comme les garçons de mon âge. » Il a d’abord le projet de fonder une famille, mais se sent appelé à une donation plus universelle. Il comprend que sa route est autre et, à 21 ans, décide de devenir prêtre. Durant les premières années de séminaire, sa santé ne lui pose pas de problème majeur. Mais au début de son expérience pastorale, il se retrouve paralysé à la suite d’une nouvelle attaque qui le renvoie à l’hôpital. « Même si les médecins m’assuraient que je m’en sortirais et que je pourrais mener une vie normale, j’ai sombré dans la crise la plus noire et je voyais mon avenir compromis. » Dans cette situation, grâce à un prêtre ami qui vit la spiritualité des Focolari, il approfondit un aspect de la vie du Christ : son abandon sur la croix. En s’identifiant à lui, en le reconnaissant en chaque souffrance personnelle ou d’autrui et en l’accueillant par amour dans sa vie, il fait l’expérience d’une véritable renaissance intérieure. « Chaque souffrance physique ou morale a pris pour moi un sens. D’où une force intérieure insolite, un sentiment de paix et de joie. J’avais découvert le trésor le plus précieux et, même si je n’avais pas pu devenir prêtre, il ne m’aurait rien manqué pour me réaliser en tant que chrétien. » De 1983 à 1993, il se donne sans compter pour le diocèse : vicaire dans une grande paroisse, aumônier de l’hôpital, et formateur au grand séminaire d’Armenia. Puis Nelson décide de réaliser un projet qui lui tient à cœur depuis un certain temps : aller à Rome faire des études en pastorale de la santé. Un choix préparé par sa propre expérience de malade et qui veut répondre à la question, fondamentale pour lui : comment vivre la maladie « sainement » du point de vue spirituel, et la mort comme passage de cette vie à l’autre ? « Chez nous, il y avait peu de prêtres préparés dans ce domaine et seul le désir de mieux servir mes frères malades m’a convaincu de partir de l’autre côté de l’océan pendant deux ans, malgré mon état de santé. » Il commence ses études à Rome en 1993. Il vit avec deux autres prêtres, un argentin et un hollandais, et approfondit de façon concrète la spiritualité de l’unité qui l’avait attiré en Colombie. Cette expérience le prépare à un apostolat particulier auprès des malades du sida. Il est amené à en connaître beaucoup au cours de cette période et il a pour chacun un mot ou un silence, il partage sa souffrance, l’aide à se réconcilier avec Dieu. A son retour en Colombie, Nelson se voit confier par son évêque la responsabilité diocésaine de la pastorale de la santé. Une donation continuelle qui ira encore plus loin. Donner sa vie ne s’improvise pas et Nelson est parti sur un dernier et héroïque acte d’amour.

Mon nom était sur la liste noire

 Aucun Burundais n’oubliera l’année 1993. L’assassinat du nouveau Président avait déchaîné une vague de haine entre ethnies, la rage, le désir de vengeance, en particulier en nous, jeunes. Et moi-même, comme tous – hommes, femmes, enfants – j’ai dû apprendre à utiliser un fusil. Une question me hantait : comment mettre fin à cette situation ? Un jour, justement dans mon village, a eu lieu un affrontement entre des militaires du gouvernement et des rebelles, qui a fait 50 morts. C’étaient des amis, des gens que je voyais chaque jour dans la rue. Je ne pouvais pas accepter cela, la vengeance m’apparaissait comme l’unique solution. Je devais prendre les armes et combattre pour défendre mon peuple. Un dimanche, je me suis réfugié dans une église pour me mettre à l’abri de la pluie. Je me suis retrouvé dans une salle où se tenait une rencontre autour de la Parole de Dieu. Invité par quelqu’un à rester parmi eux, j’ai commencé à observer les personnes : elles étaient différentes des autres, elles racontaient des épisodes de leur vie qui avaient un lien avec l’Evangile. Elles parlaient d’unité, de fraternité, et surtout je les voyais vécues entre eux. J’étais bouleversé et je voulais essayer moi aussi de faire mien le défi de l’amour. J’avais choisi l’université comme banc d’essai. Dans ces salles que je fréquentais chaque jour, les divisions étaient très vives à cause de la présence d’étudiants de toutes les ethnies. Beaucoup d’entre eux avaient perdu des parents à la guerre et ils vivaient de haine et de vengeance. Etudier dans ces conditions n’était certes pas facile. Malgré cela, je saluais chacun le matin en arrivant aux cours, même si certains me prenaient pour un fou. J’ai subi des accusations, des critiques des gens de mon ethnie, j’étais conscient d’avancer sur un terrain miné mais je n’ai pas changé d’attitude. Je voulais démontrer que le dialogue est plus puissant que les armes, que l’amour est la solution à nos problèmes. Jésus lui-même était passé par là : je voulais, comme lui, donner ma vie pour un monde plus uni. En dehors de l’université, avec mes amis, nous n’avions pas de temps à perdre : aimer signifiait diffuser une culture de paix, recueillir des vêtements et de la nourriture pour les plus pauvres, organiser des moments de dialogue, des fêtes, des tournois sportifs. Tout cela pour démontrer qu’il est possible de vivre en frères. Ce n’est que deux ans plus tard qu’un de mes camarades de faculté a trouvé le courage de m’avouer qu’il avait mis mon nom sur la liste des ennemis à éliminer. Et c’est mon comportement qui l’avait fait changer d’avis. Il a jeté le pistolet qu’il portait toujours sur lu. Il avait décidé lui aussi de changer de vie. Jovin, du Burundi

Chronique inédite des interventions de Marie dans l’Histoire

Chronique inédite des interventions de Marie dans l’Histoire

                                                                       C’est une chronique inédite que présente au Congrès Marial le Pr Tommaso Sorgi, directeur du Centre Igino Giordani : chronique qui révèle la force de paix de Marie, en acte dans l’histoire des peuples, aux moments de plus grande souffrance. Il met en lumière « l’efficacité, politique aussi, du maniement comme arme, de ‘la couronne’ du chapelet. » Un seul exemple : il parle de ce qui s’est produit aux Philippines il y a quelque temps. A la moitié des années 80, les évêques lancent une campagne de prière pour une conversion personnelle, nécessaire pour obtenir du Ciel la libération de la dictature de Marcos. Cinq millions de Philippins y adhèrent. Le monde assiste à un retournement : « Le dictateur part en exil et la révolution du chapelet libère le peuple, sans effusion de sang. » Le Magnificat en acte : Marie magnifie le Seigneur qui « disperse les orgueilleux et renverse les puissants de leur trône… » Le Magnificat, donc, « peut être choisi comme modèle de l’action politique ». Ce sont les perspectives ouvertes par le Pr Sorgi, justement aujourd’hui, alors qu’il devient urgent de « renverser les catégories fondamentales du pouvoir. » L’intervenant propose « le Magnificat comme ‘charte’ sociale ». Mais la royauté de Marie, précise-t-il, est une « royauté d’amour », « une royauté maternelle ». La politique pourrait ainsi revêtir « la chaleur d’un service d’amour », « l’âme » dont elle a un « besoin extrême ».

« Les grands pays démocratiques choisissent la guerre comme méthode de résolution des conflits. » C’est la dénonciation forte du Pr Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté Sant’Egidio, qui est intervenu durant la seconde journée du Congrès Marial International. Il pose « une interrogation qui inquiète tous » : « La guerre sera-t-elle à nouveau l’avenir du monde ? » Il souligne de manière particulière que « la guerre est encore une activité en grande partie masculine ». De là, le Pr Riccardi met en lumière la force de paix du « trait féminin », montrant en Marie celle qui, sous la croix, « vaincue » par la violence du meurtre de son fils, « cache, au milieu des larmes, une force de vie et d’espérance » ; et « cela ne s’explique pas par la logique du vaincu et du vainqueur, de l’ami et de l’ennemi ». « Le mystère de la foi que nous voyons en Marie – ajoute-t-il -, est que le fort peut se retrouver dans le faible, le petit dans le grand, la vie dans le corps de la mort ». « Marie représente aujourd’hui une force de paix au milieu des conflits. » « La sollicitude maternelle », qui va à la rencontre des nécessités des hommes, « même non-exprimées, est démontrée aux noces de Cana. Ce trait est mis en lumière par Anna Pelli, dans sa réflexion sur ce tableau de l’Evangile, un des Mystères lumineux approfondi à ce Congrès. Cette page de l’Evangile se reflète dans l’expérience racontée par Carmen et Maricel, une famille travaillée par la souffrance : difficultés économiques, alcool, drogue, tensions et répercussions sur les enfants, au nombre de huit. Cela se passe dans une baraque, à la périphérie de Manille : une histoire de résurrection à partie de la découverte de l’amour de Dieu et de Marie, modèle à imiter. Carmen, la maman, raconte à quel point sa vie a changé depuis qu’elle est entrée en contact avec le Centre social de Bukas Palad : elle a pu recommencer à aimer son mari, qui, depuis des années, buvait et jouait. Maricel, une des enfants, est sortie du milieu de la drogue où elle se trouvait depuis sept ans. Elle a pardonné à son père – qui, entre temps, avait changé de vie – et l’a assisté aux derniers jours de sa vie. Un miracle de l’amour, qui s’étend à présent à d’autres familles pauvres du quartier, auxquelles Carmen et Maricel se consacrent, en travaillant comme animateurs sociaux à Bukas Palad.

Le langage de l’Art a atteint, ce jour, un sommet ; il nous a fait pénétrer encore plus profondément dans ce Mystère lumineux et nous a portés au cœur de l’Evangile : le chorégraphe, Marinel Stefanescu, plus que de représenter la fête des Noces, a préféré saisir le sens le plus profond du miracle de l’eau, qui est changée en vin, symbole du sang même que Jésus allait verser pour accomplir le plus grand miracle, la Résurrection. Une autre page de cet événement marial intense, a été marquée par l’apport des nouveaux charismes dans la compréhension vitale de Marie et du Chapelet. Elle s’est ouverte par une table ronde réunissant des représentants de différents mouvements et communautés ecclésiales : le Renouveau Charismatique International, la Communauté Sant’Egidio, les Cursillos, Schoenstatt, les Légionnaires du Christ. « Je jouissais de pouvoir partager le témoignage de nombreux charismes : il me semblait voir Marie présente et vivante en chacun, et au sein de l’Eglise », écrivait un ‘navigateur’ du Paraguay qui a suivi le Congrès via Internet. Et, d’Argentine : « Le panel des intervenants de différents Mouvements a été le témoignage de la variété des dons qui rend l’Eglise belle aujourd’hui. » Au cours de la matinée, le témoignage particulièrement profond de Pasquale Foresi, co-fondateur des Focolari et premier focolarino prêtre. Ressortait de ce témoignage la physionomie du sacerdoce, renouvelée par l’empreinte de Marie, et la fécondité d’une vie toute donnée pour la construction de son Œuvre.

Marie, parole de Dieu vécue

Marie, parole de Dieu vécue

   Castel Gandolfo, 28 avril 2003

« Je suis contre les attentats suicides » ; « Et moi, je suis contre les bombardements sur vos villes » : discussion entre une jeune palestinienne et un soldat israélien à un poste de contrôle. Chronique « inversée » racontée sur la scène de la grande salle du Centre Mariapolis de Castel Gandolfo, où se déroule le congrès marial international organisé en cette année du rosaire demandée par le pape. Jean-Paul II désirait remettre à l’honneur cette prière mariale qu’il définit comme « un abrégé de l’évangile », et amener les hommes d’aujourd’hui à rechercher la paix et une nouvelle dimension de l’Esprit, à « contempler le Christ avec le regard de Marie » et à être comme lui des « constructeurs de paix » et d’un « monde plus conforme au dessein de Dieu ». Les nombreux témoignages apportés constituent une chronique qui montre la puissance de l’évangile, capable de désamorcer la haine si quelqu’un aime son ennemi. Passage obligé « après le 11 septembre qui nous a placés devant un carrefour, et il nous appartient de prendre la bonne route », comme l’a affirmé Piero Coda. C’est aussi l’expérience de Dieudonné, du Burundi : douze membres de sa famille ont été sauvagement massacrés, mais cela ne lui fait pas changer sa façon de vivre. Il décide de mettre en pratique l’art d’aimer évangélique, même vis-à-vis des militaires si souvent sans pitié. Il lui arrive d’en rencontrer à un moment où ils ont besoin d’aide, comme ce soldat ivre sur le bord d’un pont, qu’il a secouru. Ces témoignages illustrent les cinq tableaux au programme du congrès : les cinq mystères lumineux qui, accompagnés de réflexions théologiques, aident à comprendre les étapes de la vie de Jésus et de Marie. Premier tableau, le baptême de Jésus : « C’est l’invitation à reconnaître Jésus comme fils de Dieu – dit le père Fabio Ciardi dans son commentaire – de sorte qu’il puisse noyer notre « vieil homme » dans l’eau du baptême et nous faire renaître à une vie nouvelle, afin que nous nous retrouvions tous frères et sœurs dans le cœur de l’unique Père ». En retraçant l’histoire du rosaire, Mgr Domenico Sorrentino, du sanctuaire de Pompéi, a montré comment Jean-Paul II invite à dépasser l’attitude que nous avions jusqu’à présent : « Il ne se contente pas de confier la paix à l’intercession de Marie, il la présente comme un fruit de cette prière qui est “prière de paix”, parce qu’en nous faisant contempler le Christ, elle exerce une action pacifiante ».

Et c’est bien une expérience de contemplation que vivent à Castel Gandolfo les 1 500 personnes de 70 pays qui sont dans la salle et tous ceux qui sont reliés dans le monde entier, grâce aux onze satellites mis généreusement à disposition par l’ESA, Telepace, EWTN (chaîne américaine) et CRC (canadienne), qui ont permis à des télévisions nationales et locales, et via internet, de transmettre le congrès dans son intégralité. Le premier jour, 7 000 points de connexion à internet, soit environ 20 000 personnes. Quelques flashes des messages électroniques reçus du monde entier. D’Amersfoort, (Pays-Bas) : « C’est impressionnant de voir combien une spiritualité élevée et sa concrétisation vont bien ensemble » ; d’Edimbourg : « Nous regardons la retransmission. Elle est empreinte de lumière et nous nous sentons dedans ». L’importante dimension spirituelle de cet événement marial est annoncée dès les premiers mots : « Nous nous arrêterons sur le rosaire, qui est un chant d’amour répété à Marie – prévient Giuseppe Zanghì, directeur de la revue Nuova Umanità – et qui est surtout un éclairage particulier sur les mystères de la vie du Fils de Marie. Et tandis que nous ouvrirons nos esprits et nos cœurs à Jésus, c’est lui qui parlera de Marie à nos cœurs et à nos esprits, avec un langage qui n’aboutit pas à de pauvres paroles, mais fait des créatures nouvelles ». Un des aspects nouveaux de cet événement marial est la contribution de la dimension charismatique à la compréhension vitale de Marie et du rosaire, en réponse au message remis à Chiara Lubich par le pape place Saint-Pierre le 16 octobre 2002, jour où il remettait à l’honneur la prière du rosaire. Un des moments les plus importants a été l’intervention de Chiara Lubich, qui a parlé des grâces reçues à l’origine de cette Œuvre, le Mouvement des Focolari, que l’Église reconnaîtra plus tard comme « Œuvre de Marie ». Chiara revit un des moments les plus dramatiques de cette période : « Sous un terrible bombardement, couchée par terre, couverte de poussière, je me suis relevée presque miraculeusement épargnée, calme et en paix au milieu des hurlements, et j’ai pris conscience d’avoir éprouvé une grande douleur au moment où j’étais en danger de mort : celle de ne plus pouvoir réciter le Je vous salue Marie sur cette terre ». Elle comprendra plus tard : « Ce Je vous salue Marie devait être composé de paroles vivantes, de personnes qui, telles de petites Marie, donnent au monde l’Amour ». Cet Amour qui est Jésus lui-même, « que nous pouvons aujourd’hui engendrer spirituellement, comme le promet l’évangile : “Là où deux ou plus sont réunis en mon nom (en mon amour, expliquent les Pères de l’Église) je suis au milieu d’eux” (Mt 18,20) ». Tâche « primordiale dans la société sécularisée actuelle », a précisé durant l’homélie Mgr Miloslav Vlk, archevêque de Prague. La fondatrice des Focolari a parlé de la découverte du nouveau visage de Marie, « d’une beauté incomparable, toute Parole de Dieu, toute revêtue de la Parole de Dieu » et de l’appel de tout chrétien à redire, comme Marie, Christ, Vérité, Parole, avec la personnalité que Dieu a donnée à chacun ». Une vision « riche de conséquences, dans le domaine œcuménique par exemple ». Des membres des Églises évangélique, luthérienne réformée, roumaine orthodoxe et copte orthodoxe apporteront leur témoignage dans la suite du congrès. Un autre élément nouveau qui marque tout le congrès est la place privilégiée donnée aux manifestations artistiques : chants, musique, danses, poèmes (Dante, Sartre), parce que de Marie, « on ne parle pas, on chante, l’amour s’épanouit en poésie », comme le chante le Gen Verde, sur une méditation de Chiara.

PAROLE DE VIE DE MAI 2003

Jésus se prépare à retourner vers son Père. Dans sa mort et sa résurrection, désormais imminentes, s’actualise la parabole du grain de blé qui, tombé en terre, meurt et porte du fruit en formant l’épi. Jésus accomplit son œuvre : sur la croix il se donne complètement (c’est le grain de blé qui meurt) et par la résurrection il donne vie à une nouvelle humanité (c’est l’épi formé de grains multiples). Mais Jésus veut que son œuvre continue dans ses disciples : eux aussi devront aimer jusqu’à donner leur vie et engendrer ainsi la communauté. C’est pourquoi, parlant avec eux lors de la dernière Cène, il les compare à des sarments de vigne appelés à porter du fruit.
Comment pouvons-nous être greffés à la vigne ? Jésus explique que demeurer en lui signifie demeurer en son amour , laisser ses paroles vivre en nous , observer ses commandements , surtout «son » commandement : celui de l’amour réciproque . Dans cette dernière Cène, il nous a donné aussi son corps et son sang. En nous et parmi nous, il continuera à porter du fruit et à accomplir son œuvre. Mais si nous refusons ce rapport d’amour, nous nous coupons nous-mêmes de la vigne.

« Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève. »

Cette action sans recours du Père ne peut que réveiller en nous la crainte de Dieu. Nous ne pouvons pas abuser de son amour. Et comme Dieu est amour, il est également juste. S’il enlève le sarment, c’est parce qu’il est déjà mort, il s’est condamné lui-même, il a refusé la sève et ne porte plus de fruit. On peut aussi oublier ce qui a réellement de la valeur : être unis à Jésus, vivre de sa grâce, ou au moins être en paix avec sa conscience, et s’imaginer à tort que porter du fruit rime avec activisme, organisation d’œuvres, efficacité… Mais alors le Père enlèvera le sarment sans vie dont la greffe, malgré les apparences, n’a pas pris.
N’y a-t-il donc plus aucune espérance ? Non, car la vigne du Seigneur est mystérieuse et il sait greffer à nouveau le sarment arraché : on peut toujours se convertir et recommencer.

«… et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il en porte davantage encore »

Comment savoir si je porte du fruit ? Celui qui agit avec droiture devra nécessairement traverser des épreuves. Elles sont à recevoir comme des manifestations de l’amour de Dieu qui nous émonde pour que nous portions du fruit. C’est le sens des souffrances physiques et spirituelles, des maladies, des tentations, des doutes, de la sensation d’être abandonné de Dieu, des situations les plus diverses qui nous parlent plus de mort que de vie. Pourquoi ? Dieu veut-il la mort ? Non, bien au contraire, Dieu aime la vie, mais une vie si pleine, si féconde que nous ne pourrons jamais l’imaginer malgré toute notre tension vers le bien, la paix et tout ce qu’il nous demande. C’est justement pour cela qu’il nous émonde.

« Je suis la vraie vigne et mon père est le vigneron. Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il en porte davantage encore. »

Cette Parole de Vie nous assure que les épreuves et les difficultés ne sont jamais le fruit du hasard. Elles nous sont données pour que nous puissions porter « plus de fruit ». Et le fruit ne consiste pas seulement en fécondité apostolique, c’est-à-dire en la capacité de susciter la foi et d’édifier la communauté chrétienne. Jésus nous indique également d’autres fruits. Il nous promet que si nous demeurons dans son amour et que ses paroles demeurent en nous, nous pourrons demander ce que nous voudrons, cela nous sera donné , nous rendrons gloire au Père , nous aurons la plénitude de la joie.
Cela ne vaut-il la peine de se confier aux mains du Père et de nous laisser travailler par lui ?

Chiara LUBICH

 

Interview de Chiara Lubich

‘- Q – Pouvez-vous expliquer le sens du titre du congrès : « contempler le Christ avec Marie » ? R – Aucune créature n’a jamais connu Jésus mieux que Marie, parce qu’elle est immaculée, parce qu’elle est sa mère, parce qu’elle est évangile vécu, et donc un autre Jésus. Pour le voir, le connaître et le contempler, à travers elle, il nous faudra chercher à l’imiter dans son oui continuel à la volonté de Dieu et ainsi, d’une certaine manière, la faire revivre en nous. Q – Quelle est l’importance de Marie, du rosaire et de la prière dans le monde d’aujourd’hui ? R – Marie et la prière ont aujourd’hui une valeur immense. Avec l’arrivée d’un terrorisme nouveau, plus terrible, effet d’un Mal avec un M majuscule, les moyens ordinaires pour le combattre ne suffisent pas, Il faut recourir au Bien avec un B majuscule, c’est-à-dire à Dieu et à ce qui le concerne. D’où l’importance de la prière, comme cela s’est fait à Assise, et donc aussi du rosaire. Dans ce monde divisé entre pays riche et pays pauvres, cause la plus profonde du terrorisme, et appelés comme nous le sommes à nous engager plus que jamais à susciter solidarité, partage et fraternité pour faire toujours plus de l’humanité une famille, Personne ne peut nous aider mieux que Marie, parce que mère universelle. Q – Que répondre à ceux qui ne croient pas à la prière ni à son efficacité sur les événements ? R – Quand quelqu’un ne croit pas à la prière, c’est en général parce qu’il a peu de foi en Dieu. Il faut alors l’aider à la raviver. Parmi les nombreuses possibilités à notre disposition, la plus efficace est le témoignage que nous donnons, nous chrétiens, lorsque nous nous aimons réciproquement. A l’unité dans l’amour est promise la conversion du monde. Jésus a dit : « Que tous soient un afin que le monde croie » (cf. Jn 17,21). Q – Quels liens entre Marie et la vie spirituelle et esthétique des artistes ? R – Les artistes tendent vers le Beau. J’ai constaté chez eux – s’ils sont croyants – que le meilleur attribut de Dieu est la Beauté. Dieu vrai, Dieu amour, oui, mais plus encore Dieu beau. Et Marie, la « toute belle », est pour ainsi dire l’incarnation du Beau. D’où le rapport entre les artistes et elle. Ils sont réellement attirés par elle, parce qu’ils l’ont peinte, sculptée, chantée… à toutes les époques et de toutes les manières. Q – Quelle est l’origine du congrès marial ? R – Tout a commencé le 16 octobre 2002, à la fin de l’audience du pape après qu’il ait signé la lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae. J’étais présente place Saint-Pierre, avec 600 personnes de notre mouvement. C’est à cette occasion que le saint Père m’a remis un message dans lequel il dit entre autre : « En cette circonstance, je voudrais confier idéalement aux focolarini la prière du rosaire. […] Je suis certain que votre dévotion à la Vierge sainte vous aidera à donner l’importance nécessaire à l’initiative d’une année consacrée au rosaire ». A partir de ce moment, dans le monde entier, diverses réalisations ont vu le jour pour proposer à nouveau la récitation du rosaire. Le congrès marial en est une.

Contempler le Christ avec les yeux de Marie pour être comme lui constructeurs de paix

Contempler le Christ avec les yeux de Marie pour être comme lui constructeurs de paix

Contempler le Christ avec les yeux de Marie pour être comme lui constructeurs de paix

Le Mouvement des Focolari organise, du 28 au 30 avril 2003 au Centre Mariapolis de Castel Gandolfo (Italie), un congrès marial international intitulé « Contempler le Christ avec Marie », en l’Année du Rosaire demandée par le pape pour cette « année troublée par tant de préoccupations concernant le sort de l’humanité », afin que, « contemplant le Christ avec le regard de Marie », nous devenions « des constructeurs de paix » pour « un monde plus conforme au dessein de Dieu ». RETRANSMISSION TÉLÉVISÉE EN DIRECT ET SUR INTERNET Programme additionnel : interviews et reportages – www.focolare.org/live/ La perspective évangélique novatrice de la lettre du pape sur le rosaire et des mystères lumineux serviront de fil conducteur au congrès, avec des réflexions théologiques et des témoignages. Le congrès se propose de montrer les richesses et les potentialités de renouvellement de l’évangile proposées par le rosaire. L’évêque de Pompéi, Mgr Domenico Sorrentino, retracera l’histoire du rosaire à travers les siècles. LES NOUVEAUTÉS *Apport des nouveaux charismes à la compréhension de Marie et du rosaire : – lundi après-midi : Chiara Lubich, fondatrice et présidente des Focolari ; – mardi matin : don Pasquale Foresi, premier focolarino prêtre, co-fondateur des Focolari ; – mardi après-midi : Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant’Egidio et des représentants de plusieurs mouvements et communautés ecclésiales. *Témoignages des territoires occupés, des Etats-Unis, du Burundi, des Philippines, d’Europe de l’Est : Jeunes, familles, personnalités politiques, prêtres et religieuses montreront les semences d’unité qui ont germé dans les situations les plus difficiles. *L’action de Marie dans l’histoire des peuples : – mardi après-midi : Tommaso Sorgi présentera une chronique inédite de plusieurs événements, dont le renversement du régime de Marcos aux Philippines et le conflit en Angola. Suivra le témoignage d’Adam Biela, polonais, spécialiste et homme politique. *Dimension œcuménique : la lettre du pape et Marie vue par les différentes Églises : – mercredi matin : table ronde avec des représentants des Églises roumaine-orthodoxe, copte-orthodoxe (Égypte), anglicane, évangélique réformée (Suisse), évangélique luthérienne (Allemagne). *Dimension interreligieuse : un chant au Père, dans la langue de Marie et Marie vue par l’Islam : – mercredi après-midi : Miriam Meghnagi, chanteuse juive et Shahrzad Hushmand, musulmane iranienne. *Contribution artistique : pour exprimer Marie chef-d’œuvre de beauté, type de l’humanité nouvelle réalisée : Moments musicaux, chants, danses et œuvres d’art de différentes cultures, avec la création des « Noces du miracle » de la compagnie de ballet classique Cosi-Stefanescu. *Retransmission télévisée en direct de tout le congrès : L’événement télévisé sera ultérieurement enrichi d’un programme additionnel qui couvrira les espaces correspondant aux intervalles dans la salle : nombreuses interviews et 27 reportages. Le retransmission en direct sera assurée grâce à la généreuse disponibilité de ESA, TELEPACE, avec les 8 satellites, la chaîne américaine EWTN, CANÇAO NOVA (Brésil), auxquelles se relieront de nombreuses télévisions nationales et locales. *Participants : Plus de 1 400 sont attendus, dont 20 cardinaux et évêques, de plus de 70 pays de tous les continents. *Les liturgies eucharistiques seront présidées par le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Miloslav Vlk, archevêque de Prague, le cardinal Silvano Piovanelli, ancien archevêque de Florence, Mgr Rylko, secrétaire du conseil pontifical pour les laïcs et Mgr Vincenzo Paglia, évêque de Terni. *Pourquoi une telle initiative ? Pour répondre au message que le pape a confié à Chiara Lubich le 16 octobre dernier, jour où il a remis en vigueur dans l’Église la prière mariale du rosaire. Le pape écrivait : « Je voudrais confier idéalement aux focolarini la prière du saint rosaire que j’ai voulu proposer à nouveau à toute l’Église ». Il demandait de « donner l’importance nécessaire à une année consacrée au rosaire ». « Offrez votre contribution pour que ces mois deviennent pour toutes les communautés chrétiennes une occasion de renouvellement intérieur ».

Avec un pistolet pointé sur la tête

L’amour triomphe de tout

Je suis médecin gynécologue, mère de six enfants. L’autre soir, avant de me rendre à une réunion, je raccompagnais un des plus jeunes à la maison ; il s’exclame : « Maman, je m’ennuie tellement de toi ! Qu’est-ce que ce serait si tu n’étais plus là ? » Je l’ai aussitôt rassuré. Puis, au moment où je garais la voiture à l’entrée de la clinique, trois jeunes portant des armes m’ont intimé l’ordre de descendre. J’ai d’abord cru à une plaisanterie. Mais l’un d’entre eux m’a pointé son revolver sur le cou et m’a déclaré très sérieusement : « Si vous ne descendez pas, je vous fais éclater toutes les veines ! » Je descends et, tandis que l’un prend le volant, je réalise qu’ils sont en train de m’emmener. Les paroles de mon fils me martèlent le cœur. Je sens que le moment est venu de faire un pas décisif, un nouveau choix de Dieu . Je me dis que ce sont peut-être mes derniers instants et que je dois les vivre au mieux, en restant dans l’amour. C’est ce que je fais, et une grande paix envahit mon âme. Je m’intéresse à eux comme si j’étais leur mère. Ils veulent de l’argent ; quand je leur dis que j’ai six enfants et que je suis médecin, ils se taisent. Un long temps de silence, pendant lequel la voiture file loin de la ville. Puis : « Madame, ne vous inquiétez pas, il ne vous arrivera rien. Vous retrouverez bientôt votre voiture ! » Puis, une dispute ayant surgi entre eux, ils se sont mis à se bagarrer ; ils discutaient violemment et se menaçaient avec le pistolet. Je suis restée tête baissée, évitant de les regarder, et je priais pour eux. Ils étaient à peine plus âgés que mes propres enfants. Enfin, ils s’arrêtent, pour me déposer au beau milieu de la campagne. Pendant vingt minutes, j’ai marché à la recherche d’un sentier qui me conduise à une route goudronnée et à une cabine téléphonique. J’ai alors pu téléphoner à mon mari pour qu’il vienne me chercher. L’aventure était terminée ! Le lendemain j’ai récupéré ma voiture : j’ai retrouvé mon sac contenant mes papiers d’identité, l’argent, le chéquier, le magnétophone… et pas une égratignure sur la carrosserie ! T.N. – Brésil Extrait tiré de L’ÉVANGILE, ÇA MARCHE, Les « fioretti » de Chiara Lubich et des Focolari, recueillis par DORIANA ZAMBONI, ? Nouvelle Cité, mai 2003, traduction de Odile Perfumo.

PAROLE DE VIE D’AVRIL 2003

Jésus est au jardin des oliviers, sur le domaine appelé Gethsémani. L’heure tant attendue est arrivée, moment crucial de toute son existence. Il tombe à terre et supplie Dieu en l’appelant « Père » avec une tendresse confiante. Il lui demande « d’écarter de lui cette coupe », expression qui signifie sa passion et sa mort. Il lui demande que cette épreuve passe loin de lui… et finalement Jésus s’en remet complètement à la volonté de son Père.

« Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! »

Jésus sait que sa passion n’est pas un événement imprévu, lié à la seule décision des hommes. Ce sont les hommes qui ont rejeté et condamné Jésus, mais la « coupe » appartient au dessein de Dieu. Elle vient des mains du Père.
Jésus nous enseigne que le Père a un dessein d’amour sur chacun d’entre nous et nous aime tous d’un amour personnel. Si nous y croyons et y répondons par notre amour – voilà la condition – tout concourt à notre bien. Pour Jésus, rien n’est arrivé par hasard, pas même sa passion et sa mort. Et puis il y a eu la Résurrection, que nous célébrons solennellement ce mois.
L’exemple de Jésus, le Ressuscité, doit illuminer notre vie. Tout ce qui nous arrive, et notamment tout ce qui nous fait souffrir, est à lire comme une volonté de Dieu qui nous aime ou une permission de sa part, toujours due à son amour. Alors tout prendra un sens dans notre vie, tout servira, même ce qui nous apparaît sur le moment incompréhensible et absurde, même ce qui, comme pour Jésus, peut nous précipiter dans une angoisse mortelle. Il suffira qu’avec lui nous sachions répéter, dans un acte de confiance totale envers l’amour du Père :

« Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! »

Ce qu’il veut, c’est que nous vivions notre vie, que nous profitions avec gratitude des dons de la vie. La volonté de Dieu est bien différente de ce que nous pensons parfois : une perspective, notamment douloureuse, à laquelle il faut se résigner, ou une succession d’actes monotones formant la trame de notre existence.
Pour nous donner sa vie en plénitude, Dieu nous fait connaître sa volonté par la voix de notre conscience et nous invite à la suivre. C’est ainsi qu’il nous manifeste son amour.
Nous pourrions nous la représenter par l’image du soleil et de ses rayons. Les rayons sont comme sa volonté sur chacun de nous. Chacun chemine sur un rayon, dans la volonté de Dieu sur lui, distinct du rayon de celui qui est à côté de lui, mais appartenant au même soleil. Nous tous, donc, nous ne faisons qu’une seule volonté, celle de Dieu, mais elle prend des formes différentes pour chacun. D’ailleurs, plus les rayons se rapprochent du soleil, plus ils deviennent proches les uns des autres. Nous aussi, plus nous nous rapprochons de Dieu, en accomplissant de manière toujours plus parfaite sa volonté, plus nous nous rapprochons entre nous… jusqu’au jour où nous serons tous un.
Vivre ainsi peut transformer notre vie. Au lieu de ne fréquenter que ceux qui nous plaisent et de n’aimer que ceux-là, nous pouvons approcher tous ceux que la volonté de Dieu met à nos côtés. Au lieu de choisir de faire ce qui nous plaît, nous pouvons donner la préférence à ce que la volonté de Dieu nous suggère. En étant entièrement projetés dans la divine volonté de l’instant (« ce que tu veux »), nous serons tout naturellement détachés de notre moi (« non pas ce que je veux »).
Et en cherchant Dieu seul, ce n’est pas le détachement pour lui-même que l’on recherche, mais on le trouve de fait. Alors notre joie sera pleine. Il suffit de se couler dans le moment qui passe en accomplissant, à cet instant, la volonté de Dieu, en répétant :

« Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! »

Le moment passé n’est plus et le futur pas encore là. Nous ne pouvons aimer Dieu que dans le présent qui nous est donné, en lui disant notre propre « oui », à sa volonté. Un voyageur dans le train arriverait-il plus vite à destination en avançant dans le couloir du wagon ? Comme lui, restons assis à notre place, dans le moment présent. Le train du temps avance tout seul.
Aimons donc ce sourire à donner, ce travail à accomplir, cette voiture à conduire, ce repas à préparer, cette activité à organiser, et celui qui souffre à côté de nous.
L’épreuve et la souffrance ne doivent pas non plus nous effrayer si, avec Jésus, nous savons y reconnaître la volonté de Dieu, ou plutôt son amour pour chacun de nous. Et nous pourrons lui adresser cette prière :
« Seigneur, donne-moi de ne rien craindre, car tout ce qui arrivera ne proviendra que de ta volonté ! Seigneur, donne-moi de ne rien désirer, car rien n’est plus désirable que ta seule volonté.
Qu’importe la vie ? Ta volonté importe.
Donne-moi de n’être effrayé par rien, car en toute chose réside ta volonté. Donne-moi de ne me glorifier de rien, car tout vient de ta volonté. »

Chiara LUBICH

 

L’offensive de la paix en action

L’offensive de la paix en action

 Contre-offensive de paix des Focolari

A Notre-Dame de Paris, l’animation du « chapelet pour la paix » par les Focolari, tous les samedis de Carême à 17 h 30, a pris une intensité toute particulière avec les événements. Diffusion du « Time out » à cette occasion (cf. encadré « Time-out » ci-dessous).
A Erstein (près de Strasbourg) plus de 1000 participants au Festival de la paix et de la fraternité. Montrer que la paix est possible, que des groupes différents (chrétiens, juifs, musulmans, autres…) peuvent travailler ensemble, partager leur culture, et créer un moment festif, était l’objectif de ce festival (29 et 30 mars 2003). Les artistes participants ont signé une charte, spécifiant l’adhésion personnelle de chacun à ce projet. Ce festival, organisé par le Mouvement des Focolari, a bénéficié du soutien de la commune d’Erstein, avec la participation active de son maire, du recteur et président de la mosquée de Strasbourg M. Lathai, du grand rabbin de Strasbourg M. René Gutman, du Pasteur Hoeffel représentant les Églises Réformée et de la Confession d’Augsbourg d’Alsace. Lecture a été faite de messages de soutien de Mgr Doré, archevêque de Strasbourg, et de Chiara Lubich, présidente du Mouvement des Focolari, ainsi que d’une lettre de félicitations et d’envouragement du Ministère des Affaires Étrangères. Nombre de participants et de personnalités ont signé un message en réponse à « l’appel des responsables des Églises chrétiennes en Irak » du 26 mars (cf. sur notre site www.focolari.asso.fr)
A Nantes, animation d’une heure de prière avec les Mouvements d’Église et nouvelles communautés… (25 mars)
A Villeneuve d’Asq, soirée-concert pour la paix. (22 mars)
A Milan, marche silencieuse dans les rues de Milan pour la paix en Irak et les 62 pays où subsistent des conflits, organisée avec la Communauté Sant’Egidio. (22 mars)
Aux USA, à Chicago soirée de solidarité en présence des amis musulmans Focolari, moment de silence et lecture de la prière de paix de St François d’Assise. A Sant’Antonio, Houston, Dallas, Denver… contacts avec autres mouvements d’Église et autres Églises chrétiennes, organisation de prières en commun.
A Rome, les jeunes Focolari ont adhéré à l’initiative des « Sentinelles du matin pour un nouveau printemps de l’Évangile », avec Mgr Renato Martino, président du Conseil Pontifical Justice et Paix ». (22 mars)
A Bruxelles, action « Battre tambours pour la paix » promue par les Focolari depuis plusieurs années pour sensibiliser les enfants à la non-violence et à leurs responsabilités de citoyens, en partenariat avec le Ministère de l’Éducation et des Communes. Cette année 60 000 enfants ont participé à la manifestation. (23 mars)
A Lezha (Albanie), marche pour la paix de l’Eglise catholique jusqu’à la mosquée avec la participation de catholiques, musulmans et de diverses autorités civiles et religieuses.
A Vienne (Autriche), lancement de l’opération « Lifestyle4peace » des jeunes Focolari, proposant la Règle d’or (« Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fassent ») comme contribution à un nouveau style de vie en faveur de la paix. Soutien d’hommes politiques de tous partis, du cardinal König et de la communauté musulmane.
Au Caire (Egypte), veillée de paix avec les mouvements d’Action catholique.
A Buenos Aires (Argentine), participation à l’initiative de l’Église locale et de communautés protestantes, juives et musulmanes : une tente de rencontre et de prière pour la paix installée sur la fameuse Place de Mai.

……… et bien d’autres initiatives

dont le Rosaire pour la paix, prière des jeunes qui fait le tour du monde selon les fuseaux horaires

La guerre est un homicide à grande échelle

La guerre est un homicide à grande échelle

   Cinquante ans après sa sortie, L’inutilità della guerra, d’Igino Giordani, vient d’être réédité.

Giampaolo Mattei Un coup de poing dans l’estomac ! C’est l’effet produit par la lecture d’un livre dont le titre – L’inutilité de la guerre – est si éloquent qu’il place son lecteur le dos au mur. Et pourtant ces pages ont été écrites il y a exactement cinquante ans. Elles portent la signature d’Igino Giordani (1894-1980), homme politique, journaliste, écrivain et personnage de premier plan dans la vie ecclésiale et la vie italienne tout court. La maison d’édition Città Nuova a décidé de reproposer l’ouvrage de Giordani (Rome 2003, 116 pages – 6,50€) en cette période de l’histoire où se fait plus que jamais sentir le besoin de paroles authentiques, claires et essentielles. Il est des œuvres – lit-on dans la préface – qui ont la saveur d’une actualité intemporelle. Inspirées certes par les circonstances, elles dispensent cependant un enseignement qui franchit la condition historique et se met au service de tout homme, en tout temps et en tout lieu. C’est de cette constatation qu’est née l’idée de publier à nouveau le livre écrit par Igino Giordani en 1953, quand la « guerre froide » figeait les positions géopolitiques et cristallisait le partage des consciences. Aujourd’hui, le texte permet d’abord de se plonger avec le recul du temps dans l’atmosphère d’alors, tout en ayant entre les mains, si l’on peut dire, les morceaux du mur de Berlin : une expérience d’une immense portée historique et politique. Mais pour les heures délicates que nous vivons aujourd’hui, c’est un coup de poing dans l’estomac, parce que c’est une démonstration preuves à l’appui, de l’inutilité de la guerre et de son évidente stupidité intrinsèque. Attention, Giordani sait de quoi il parle parce qu’au cours de la première guerre mondiale, son comportement au front lui a valu une décoration. Ce n’est pas un naïf. Il ne parle pas non plus par « lâcheté », accusation ridicule, mais courante, portée contre ceux qui se rangent du côté de la paix. Au contraire, les vrais courageux sont les constructeurs de paix et non ceux qui se réfugient derrière les missiles, canons et autres fusils. Giordani affirme clairement, en structurant son raisonnement, que la paix est le résultat d’un projet qui se réalise patiemment et sérieusement et non des mots en l’air ni un paravent pour cacher qui sait quels intérêts.

Les cent pages de ce livre touchent le lecteur parce qu’elles semblent écrites ce matin et non pas il y a cinquante ans. Vraiment l’histoire est « maîtresse de vie », selon l’antique adage. Dommage que les hommes soient trop souvent de mauvais élèves. Dès la première phrase du livre, Giordani met les points sur les i et oblige le lecteur à la souligner en rouge : « La guerre est un homicide à grande échelle ». Il met le doigt sur la rhétorique, sur le mensonge et sur les intérêts qui accompagnent tout conflit, quel que soit le lieu des combats : « Comme la peste sert à empester, la faim à affamer, la guerre sert à tuer ». Un point, c’est tout. Tu peux être fier et garder tête haute, jeune catholique. Oui, tu te sens fier d’appartenir à une culture à laquelle ont contribué des hommes de cette trempe. Giordani n’était ni un marginal ni un radoteur. Giordani est l’un des nombreux personnages de premier plan du monde catholique qui ont contribué de façon décisive, parfois oubliée aujourd’hui, au développement du peuple italien, par des projets porteurs de vie et d’espérance. C’est un devoir enthousiasmant de connaître la pensée de ces hommes si proches de nous et d’une telle richesse spirituelle qu’ils ne passent jamais de mode.

Un ancien combattant des tranchées démontre que la guerre est inutile

Le livre de Giordani est si passionnant qu’il est difficile d’en interrompre la lecture. Après quelques pages, il faut déjà retailler son crayon, tant on éprouve le besoin de souligner presque chaque ligne. L’auteur est polémiste sans cesser d’être frère de tout homme, même de celui qui pense de façon diamétralement opposée. Il n’offense pas les hommes, mais en lutteur infatigable, en ancien combattant des tranchées, il s’élève contre la guerre et démontre son inutilité, sans lâcher prise. Giordani a une manière très personnelle de s’exprimer, captivante et passionnée, issue du désir de communiquer ses idées. Il est en état de mission permanente. Il est au cœur de l’Église. Il n’est pas seulement écrivain, il est « au-delà » et « davantage ». Il sait choisir les mots justes et, au besoin, invente des expressions qui font mouche. Il a le langage caractéristique des mystiques et on retrouve dans ses paroles des échos des Pères de l’Église. C’est un livre d’histoire, un livre de vie, un livre de prière. C’est un ouvrage qui prend parti contre la tentation de la résignation face aux décisions des puissants en place. Giordani soutient que toute personne est acteur de la paix. « Si tu veux la paix, prépare la paix » est son grand message destiné à toutes les catégories humaines. « Seuls les fous et les incurables peuvent désirer la mort – écrit-il – et la guerre est mort. Elle n’est pas désirée par le peuple. Elle est désirée par des minorités auxquelles la violence physique est utile pour s’assurer des avantages économiques ou pour satisfaire des passions mauvaises. Aujourd’hui surtout, par son coût, avec ses morts et ses destructions, la guerre se présente comme un “massacre inutile”. Massacre, et de plus inutile ». L’expression est de Benoît XV. Giordani respire à pleins poumons le magistère des papes et, au fil des pages, on ne perd jamais de vue les successeurs de Pierre. La guerre – affirme-t-il – est toujours une défaite, même pour le vainqueur. Avec l’argent investi dans ce « massacre inutile », il serait possible de s’attaquer réellement à des problèmes dramatiques comme la faim et la pauvreté, des maladies pourraient être définitivement vaincues. C’est une affaire de justice et les mille prétextes – toujours les mêmes – mis en avant pour justifier la guerre ne valent rien. La « rapidité » des opérations militaires est une « bonne excuse » que Giordani méprise et il rappelle que, dans l’idée d’Hitler, la seconde guerre mondiale devait être une « guerre éclair » et que, selon Salandra [chef du gouvernement italien en 1914, ndt], la première guerre mondiale allait être une « promenade ». Il ajoute avec violence : « Je ne crois pas qu’un chef d’état ait jamais admis faire la guerre pour voler ; tous ont toujours déclaré la faire dans des buts plus nobles, plus altruistes ou plus idéaux les uns que les autres. Et – puérilité de la haine – la rapacité est toujours attribuée à l’ennemi et les beaux sentiments à l’ami ».

Renverser une macabre perspective de l’historiographie

La logique dit que celui qui fait la guerre a tort, il ne résout rien et y perd de toute façon. Le peuple n’en veut pas. Et l’on commet une grave erreur en se complaisant dans les biographies de personnages qui ont déchaîné des massacre indicibles – d’Hitler à Staline – et en ignorant les véritables chefs de l’humanité comme – écrit Giordani – par exemple un Cottolengo ou un don Orione. C’est une question d’ordre culturel que de parvenir à renverser cette macabre perspective de l’historiographie. Giordani indique la voie du dialogue pour parvenir à une solution, toujours et de toute façon, sans céder à la fatigue. Il affirme que misère et convoitise sont les premières causes des guerres et que la peur est toujours à la racine. Mais il existe une espérance, une alternative : elle s’appelle charité et le Christ l’a incarnée, lui qui a tout racheté, y compris la politique pour lui donner une fonction de paix et de vie. « Les ennemis s’aiment : voilà la position du christianisme – écrit Giordani – Si l’on mettait en place une politique de la charité, on découvrirait qu’elle coïncide avec la rationalité la plus éclairée et que, socialement et économiquement parlant, elle se révèle être une affaire ». Il définit toute guerre comme un crime, qu’elle soit agressive ou préventive. C’est une action contre la justice, parce que la justice véritable engendre la paix véritable. Les références de Giordani à Saint François et à Dante sont d’une haute sollicitation spirituelle. Il affirme : « Pour mériter le nom de fils de Dieu, les chrétiens doivent travailler à la paix ». Avec un courage libéré de toute timidité, en vivant le ministère de la réconciliation, en abattant les murs qui séparent, en pardonnant à ceux qui leur font du mal, en guidant vers l’unité ceux qui en sont éloignés. Il cite l’Allemand Max Josef Metzger, tué par les nazis en 1944 : « Nous devons organiser la paix comme d’autres ont organisé la guerre ». Il n’est ni sérieux ni crédible de parler de paix tout en préparant la guerre. « L’œuvre pacificatrice commence avec moi et avec toi… » conclut Giordani. Pour supplanter la guerre, il ne suffit pas d’éliminer les armes, il faut avant tout reconstruire une conscience et une culture de paix. C’est un travail de première urgence, que les hommes de foi soutiennent par la stratégie de la prière. Voilà la mission des chrétiens aujourd’hui dans l’histoire : réaliser l’évangile de la paix.

La guerre est un homicide à grande échelle

La guerre est un homicide à grande échelle

Un coup de poing dans l’estomac ! C’est l’effet produit par la lecture d’un livre dont le titre – L’inutilité de la guerre – est si éloquent qu’il place son lecteur le dos au mur. Et pourtant ces pages ont été écrites il y a exactement cinquante ans. Elles portent la signature d’Igino Giordani (1894-1980), homme politique, journaliste, écrivain et personnage de premier plan dans la vie ecclésiale et la vie italienne tout court.
La maison d’édition Città Nuova a décidé de reproposer l’ouvrage de Giordani (Rome 2003, 116 pages – 6,50€) en cette période de l’histoire où se fait plus que jamais sentir le besoin de paroles authentiques, claires et essentielles. Il est des œuvres – lit-on dans la préface – qui ont la saveur d’une actualité intemporelle. Inspirées certes par les circonstances, elles dispensent cependant un enseignement qui franchit la condition historique et se met au service de tout homme, en tout temps et en tout lieu. C’est de cette constatation qu’est née l’idée de publier à nouveau le livre écrit par Igino Giordani en 1953, quand la « guerre froide » figeait les positions géopolitiques et cristallisait le partage des consciences.

Aujourd’hui, le texte permet d’abord de se plonger avec le recul du temps dans l’atmosphère d’alors, tout en ayant entre les mains, si l’on peut dire, les morceaux du mur de Berlin : une expérience d’une immense portée historique et politique. Mais pour les heures délicates que nous vivons aujourd’hui, c’est un coup de poing dans l’estomac, parce que c’est une démonstration preuves à l’appui, de l’inutilité de la guerre et de son évidente stupidité intrinsèque.
Attention, Giordani sait de quoi il parle parce qu’au cours de la première guerre mondiale, son comportement au front lui a valu une décoration. Ce n’est pas un naïf. Il ne parle pas non plus par « lâcheté », accusation ridicule, mais courante, portée contre ceux qui se rangent du côté de la paix. Au contraire, les vrais courageux sont les constructeurs de paix et non ceux qui se réfugient derrière les missiles, canons et autres fusils. Giordani affirme clairement, en structurant son raisonnement, que la paix est le résultat d’un projet qui se réalise patiemment et sérieusement et non des mots en l’air ni un paravent pour cacher qui sait quels intérêts.

Les cent pages de ce livre touchent le lecteur parce qu’elles semblent écrites ce matin et non pas il y a cinquante ans. Vraiment l’histoire est « maîtresse de vie », selon l’antique adage. Dommage que les hommes soient trop souvent de mauvais élèves. Dès la première phrase du livre, Giordani met les points sur les i et oblige le lecteur à la souligner en rouge : « La guerre est un homicide à grande échelle ». Il met le doigt sur la rhétorique, sur le mensonge et sur les intérêts qui accompagnent tout conflit, quel que soit le lieu des combats : « Comme la peste sert à empester, la faim à affamer, la guerre sert à tuer ». Un point, c’est tout.

Tu peux être fier et garder tête haute, jeune catholique. Oui, tu te sens fier d’appartenir à une culture à laquelle ont contribué des hommes de cette trempe. Giordani n’était ni un marginal ni un radoteur. Giordani est l’un des nombreux personnages de premier plan du monde catholique qui ont contribué de façon décisive, parfois oubliée aujourd’hui, au développement du peuple italien, par des projets porteurs de vie et d’espérance. C’est un devoir enthousiasmant de connaître la pensée de ces hommes si proches de nous et d’une telle richesse spirituelle qu’ils ne passent jamais de mode.

Un ancien combattant des tranchées démontre que la guerre est inutile

Le livre de Giordani est si passionnant qu’il est difficile d’en interrompre la lecture. Après quelques pages, il faut déjà retailler son crayon, tant on éprouve le besoin de souligner presque chaque ligne. L’auteur est polémiste sans cesser d’être frère de tout homme, même de celui qui pense de façon diamétralement opposée. Il n’offense pas les hommes, mais en lutteur infatigable, en ancien combattant des tranchées, il s’élève contre la guerre et démontre son inutilité, sans lâcher prise.

Giordani a une manière très personnelle de s’exprimer, captivante et passionnée, issue du désir de communiquer ses idées. Il est en état de mission permanente. Il est au cœur de l’Église. Il n’est pas seulement écrivain, il est « au-delà » et « davantage ». Il sait choisir les mots justes et, au besoin, invente des expressions qui font mouche. Il a le langage caractéristique des mystiques et on retrouve dans ses paroles des échos des Pères de l’Église. C’est un livre d’histoire, un livre de vie, un livre de prière.

C’est un ouvrage qui prend parti contre la tentation de la résignation face aux décisions des puissants en place. Giordani soutient que toute personne est acteur de la paix. « Si tu veux la paix, prépare la paix » est son grand message destiné à toutes les catégories humaines. « Seuls les fous et les incurables peuvent désirer la mort – écrit-il – et la guerre est mort. Elle n’est pas désirée par le peuple. Elle est désirée par des minorités auxquelles la violence physique est utile pour s’assurer des avantages économiques ou pour satisfaire des passions mauvaises. Aujourd’hui surtout, par son coût, avec ses morts et ses destructions, la guerre se présente comme un “massacre inutile”. Massacre, et de plus inutile ». L’expression est de Benoît XV. Giordani respire à pleins poumons le magistère des papes et, au fil des pages, on ne perd jamais de vue les successeurs de Pierre.

La guerre – affirme-t-il – est toujours une défaite, même pour le vainqueur. Avec l’argent investi dans ce « massacre inutile », il serait possible de s’attaquer réellement à des problèmes dramatiques comme la faim et la pauvreté, des maladies pourraient être définitivement vaincues. C’est une affaire de justice et les mille prétextes – toujours les mêmes – mis en avant pour justifier la guerre ne valent rien. La « rapidité » des opérations militaires est une « bonne excuse » que Giordani méprise et il rappelle que, dans l’idée d’Hitler, la seconde guerre mondiale devait être une « guerre éclair » et que, selon Salandra [chef du gouvernement italien en 1914, ndt], la première guerre mondiale allait être une « promenade ». Il ajoute avec violence : « Je ne crois pas qu’un chef d’état ait jamais admis faire la guerre pour voler ; tous ont toujours déclaré la faire dans des buts plus nobles, plus altruistes ou plus idéaux les uns que les autres. Et – puérilité de la haine – la rapacité est toujours attribuée à l’ennemi et les beaux sentiments à l’ami ».

Renverser une macabre perspective de l’historiographie

La logique dit que celui qui fait la guerre a tort, il ne résout rien et y perd de toute façon. Le peuple n’en veut pas. Et l’on commet une grave erreur en se complaisant dans les biographies de personnages qui ont déchaîné des massacre indicibles – d’Hitler à Staline – et en ignorant les véritables chefs de l’humanité comme – écrit Giordani – par exemple un Cottolengo ou un don Orione. C’est une question d’ordre culturel que de parvenir à renverser cette macabre perspective de l’historiographie.

Giordani indique la voie du dialogue pour parvenir à une solution, toujours et de toute façon, sans céder à la fatigue. Il affirme que misère et convoitise sont les premières causes des guerres et que la peur est toujours à la racine. Mais il existe une espérance, une alternative : elle s’appelle charité et le Christ l’a incarnée, lui qui a tout racheté, y compris la politique pour lui donner une fonction de paix et de vie. « Les ennemis s’aiment : voilà la position du christianisme – écrit Giordani – Si l’on mettait en place une politique de la charité, on découvrirait qu’elle coïncide avec la rationalité la plus éclairée et que, socialement et économiquement parlant, elle se révèle être une affaire ».

Il définit toute guerre comme un crime, qu’elle soit agressive ou préventive. C’est une action contre la justice, parce que la justice véritable engendre la paix véritable. Les références de Giordani à Saint François et à Dante sont d’une haute sollicitation spirituelle. Il affirme : « Pour mériter le nom de fils de Dieu, les chrétiens doivent travailler à la paix ». Avec un courage libéré de toute timidité, en vivant le ministère de la réconciliation, en abattant les murs qui séparent, en pardonnant à ceux qui leur font du mal, en guidant vers l’unité ceux qui en sont éloignés. Il cite l’Allemand Max Josef Metzger, tué par les nazis en 1944 : « Nous devons organiser la paix comme d’autres ont organisé la guerre ». Il n’est ni sérieux ni crédible de parler de paix tout en préparant la guerre.

« L’œuvre pacificatrice commence avec moi et avec toi… » conclut Giordani. Pour supplanter la guerre, il ne suffit pas d’éliminer les armes, il faut avant tout reconstruire une conscience et une culture de paix. C’est un travail de première urgence, que les hommes de foi soutiennent par la stratégie de la prière. Voilà la mission des chrétiens aujourd’hui dans l’histoire : réaliser l’évangile de la paix.

Giampaolo Mattei

Parole de vie de mars 2003

Aux foules qui s’empressaient autour de lui, Jésus parlait du royaume de Dieu : des paroles toutes simples, des paraboles tirées d’épisodes de la vie quotidienne, qui pourtant exerçaient un attrait tout spécial sur son auditoire. Ce qui frappait les foules c’était l’autorité avec laquelle Jésus parlait, contrairement aux scribes. « Jamais homme n’a parlé comme cet homme  » répondent aux grands prêtres et aux pharisiens les gardes qui ont enfreint l’ordre de l’arrêter.
L’évangile de Jean rapporte des entretiens lumineux, comme celui de Jésus avec Nicodème ou avec la Samaritaine. Avec ses apôtres, toutefois, Jésus va plus en profondeur : il leur parle ouvertement du Père et des choses du Ciel, en abandonnant tout langage énigmatique  ; ils en sont séduits même s’ils ne comprennent pas entièrement ses paroles ou que celles-ci leur paraissent trop exigeantes.
« Elle est dure, cette parole ! Qui peut l’écouter ?  » commentent de nombreux disciples après le discours du Pain de Vie où il est question de donner son corps à manger et son sang à boire.
Alors, voyant s’éloigner ses disciples, il s’adresse aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ?  »
Pierre, désormais attaché pour toujours à son Maître et fasciné par ce qu’il lui avait dit le jour de leur rencontre, prend la parole au nom de tous et déclare :

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle ».

Pierre avait bien compris que les paroles de son Maître étaient tout à fait différentes de celles des autres maîtres. Les paroles qui vont de la terre à la terre, appartiennent à la terre et ont le destin de la terre. Les paroles de Jésus, en revanche, sont esprit et vie parce qu’elles viennent du Ciel : elles sont une lumière qui descend du Ciel et qui a la puissance du Ciel. Les paroles de Jésus ont une densité et une profondeur que n’ont pas les autres paroles, celles des philosophes, des hommes politiques, des poètes. Elles sont « paroles de vie éternelle  » parce qu’elles contiennent, expriment et communiquent la plénitude de la vie qui n’a pas de fin, parce que c’est la vie même de Dieu.
Jésus est ressuscité et il est vivant. Ses paroles, prononcées dans le passé, ne sont pas de l’ordre du souvenir, mais s’adressent aujourd’hui à chacun de nous, à tous les hommes et femmes de tous les temps et de toutes les cultures : ce sont des paroles universelles et éternelles.
On pourrait dire de Jésus qu’il a excellé dans l’art de la parole : le Verbe lui-même qui s’exprime en paroles humaines. Tout y est inouï : le contenu, l’intensité, l’accent, la voix !
Saint Basile  raconte : « Un jour, je m’éveillai comme d’un profond sommeil, je tournai les yeux vers l’admirable lumière de la vérité évangélique et je vis l’inutilité de la sagesse des princes de ce siècle, ceux qui sont marqués par la déchéance . »
Thérèse de Lisieux, dans une lettre du 9 mai 1897, écrit : « Parfois lorsque je lis certains traités spirituels [?] mon pauvre petit esprit se fatigue bien vite, je ferme le savant livre qui me casse la tête et me dessèche le cœur et je prends l’Écriture Sainte. Alors tout me semble lumineux, une seule parole découvre à mon âme des horizons infinis, la perfection me semble facile. »
Oui, les paroles divines comblent notre esprit fait pour l’infini. Elles n’illuminent pas seulement l’esprit mais tout notre être car elles sont lumière, amour et vie. Elles nous apportent la paix, même dans les moments de trouble et d’angoisse. Elles nous donnent la plénitude de la joie au milieu des souffrances qui parfois nous oppriment. Elles nous donnent la force lorsque nous sombrons dans la crainte ou le découragement. Elles nous rendent libres parce qu’elles ouvrent la voie à la Vérité.

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle ».

La parole de ce mois nous rappelle que Jésus est le maître, l’unique maître que nous voulons suivre, au-delà de l’apparente dureté ou de l’étonnante exigence de ses paroles : honnêteté dans notre travail, pardon, service d’autrui plutôt que bien-être égoïste, fidélité dans la vie conjugale, résistance à la tentation de l’euthanasie auprès d’un malade incurable.
Combien de maîtres nous invitent à des solutions faciles, à des compromis ! Nous ne voulons écouter que notre seul maître et le suivre, Lui qui dit la vérité et « a des paroles de vie éternelle ». Nous pouvons prendre à notre compte ces paroles de Pierre.
Pendant le présent Carême qui nous prépare à la grande fête de la résurrection, nous pouvons nous mettre à l’école de ce Maître et en devenir d’authentiques disciples. L’amour de la Parole de Dieu doit nous habiter : accueillons-la attentivement lorsque nous l’entendons proclamer à l’église, lorsque nous la lisons, l’étudions ou la méditons.
Mais surtout, nous sommes appelés à la vivre, selon l’enseignement de l’Écriture : « Mettez la Parole en pratique. Ne soyez pas seulement des auditeurs qui s’abusent eux-mêmes  ! » C’est pour cette raison que nous portons notre attention sur l’une d’entre elles chaque mois, et que nous la laissons nous pénétrer, nous former, nous « vivre ». Vivre une seule parole de Jésus revient à vivre l’Évangile tout entier car dans chacune de ses paroles c’est Lui-même qui se donne, c’est Lui qui vient vivre en nous. C’est comme une goutte de sa divine sagesse qui, à force de tomber au même endroit, se fraye un chemin et s’installe en nous, y imprimant un nouveau mode de penser, de vouloir et d’agir.

Chiara Lubich

 

Le courage de la cohérence, au risque de perdre son travail

Le courage de la cohérence, au risque de perdre son travail

Je suis étudiante en droit et je travaille en même temps dans un ministère au Paraguay. Je dois souvent aller à contre-courant face à une mentalité opposée au projet de Dieu, pour défendre mes principes jusqu’à en assumer toutes les conséquences. Dans mon milieu de travail, une personne haut placée et qui jouissait de certains privilèges avait un comportement carrément malhonnête. Pour se justifier, elle avait coutume de dire : « si tu veux être avocat et ne rien commettre d’illégal, tu perds ton temps et tu finiras tout simplement par mourir de faim ». Moi, je sentais que ce n’était pas vrai et j’en avais la preuve : je connaissais d’autres personnes qui vivaient de façon cohérente. Je devais le lui dire, avec charité certes, mais je devais le faire, même si je me rendais compte que c’était risqué. Mais la voix intérieure était plus forte et me donnait la certitude que dire à l’autre ce qui ne va pas bien est amour. Comme je le craignais, je perdis mon travail pour avoir manifesté mes convictions. J’en ai terriblement souffert, mais en même temps j’étais en paix parce que je savais que j’avais agi comme il fallait. La conscience d’avoir un Père à qui tout est possible et qui m’aime immensément s’est renforcée en moi. N’est-il pas écrit dans l’évangile que le Père qui prend soin des oiseaux du ciel s’occupe à plus forte raison de nous ? Certes, cela semblait humainement impossible dans la situation économique du Paraguay, pourtant le soir même, j’ai reçu deux propositions d’emploi et le premier entretien d’embauche a été fixé au lendemain. De plus, mon nouveau travail est plus directement en rapport avec mes études et donc plus intéressant et plus formateur. Ma reconnaissance envers le Père est infinie. C’est un nouveau défi qui s’ouvre devant moi et m’offre des occasions d’aimer et de servir par milliers. P.C. – Paraguay Tiré de I Fioretti di Chiara e dei Focolari (Les fioretti de Chiara et des Focolari) – éditions San Paolo

Prière mondiale pour la paix

Prière mondiale pour la paix

   

Prière mondiale pour la paix

Une prière qui fait le tour du monde, 24 heures sur 24 « Les difficultés que la perspective mondiale fait apparaître en ce début de millénaire nous conduisent à penser que seule une intervention divine peut faire espérer un avenir moins sombre, une intervention capable de guider les cœurs de ceux qui vivent des situations conflictuelles et de ceux qui régissent le sort des nations ». Ainsi s’est exprimé le pape à l’angélus du 9 février 2003, en reprenant une phrase de la Lettre apostolique dans laquelle il remet en valeur la prière mariale du rosaire. Réponse enthousiaste des jeunes : le rosaire mondial pour la paix. A toute moment de la journée, grâce aux 24 fuseaux horaires, des jeunes récitent le chapelet, avec la paix comme intention spéciale, là où un conflit existe ou menace, par exemple en Israël, en Côte d’Ivoire, au Congo… Pour ceux qui veulent s’unir à cette initiative des JPMU (Jeunes Pour un Monde Uni), les heures proposées sont les suivantes : Heure française / heure locale et pays concerné 1 18 h : Mexique et Amérique centrale 2 20 h : Chili, Pérou, Colombie 3 22 h : Argentine, Uruguay, Venezuela 4 8 h : Inde 5 8 h, 10 h : Pakistan, Thaïlande 6 12 h : Singapour, Vietnam 7 14 h : Philippines, Hong Kong, Australie (Perth) 8 8 h : Allemagne ; 16 h : Corée, Japon 9 9 h : Belgique, Hollande ; 8 h : Grande Bretagne, Irlande, Côte d’Ivoire ; 18 h : Australie 10 10 h : Italie (Bologne, Castelli romani, Catania, Florence) 11 11 h : Italie (Milan, Naples, Rome), Moyen Orient 12 12 h : Autriche, Suisse ; 11 h : Portugal 13 13 h : France 14 14 h, 15 h : Pologne, Russie 15 15 h : République tchèque, Slovaquie ; 17 h : zone du Kenya 16 16 h : Croatie ; 18 h : Madagascar 17 17 h : Slovénie 18 18 h : Congo ; 14 h : Brésil 19 19 h : Cameroun 20 20 h : Afrique du Sud, Italie (Abruzzes) 21 21 h : Hongrie, Italie (Sardaigne) 22 22 h : Espagne, Italie (Trente et Turin) 23 14 h : Etats-Unis (San Antonio, Los Angeles), Ouest du Canada 24 16 h : Etats-Unis (New York, Chicago), Canada (Toronto)

PAROLE DE VIE DE FÉVRIER 2003

Que nous rappelle le psaume d’où est tirée cette Parole de vie ? Que nous sommes le peuple de Dieu qui, tel un berger, veut nous guider vers la terre promise. Il nous a conçus depuis toujours et sait comment nous devons marcher pour atteindre la plénitude de notre être véritable. Dans son amour il nous montre le chemin, nous indiquant ce qu’il faut faire et éviter.
Voulant nous introduire dans une communion avec lui, Dieu nous parle comme à des amis : si quelqu’un écoute ma voix, conclut le psaume, il entrera dans le repos de Dieu, la terre promise, la joie du Paradis .
Jésus lui aussi se compare à un berger, nous conduisant vers la plénitude de la vie. Ses disciples qui le connaissent écoutent sa voix et le suivent. Il leur promet la vie éternelle.
À chacun, Dieu fait entendre sa voix. Le Concile Vatican II nous le rappelle :
« Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : “Fais ceci, évite cela”. Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme… » .
Lorsque Dieu parle à notre cœur, que devons-nous faire ? Simplement prêter l’oreille à sa parole, sachant que dans le langage biblique, écouter signifie adhérer complètement, se conformer à ce qui nous est dit. Cela revient à se laisser prendre par la main par Dieu et guider par lui . Nous pouvons lui donner toute notre confiance, comme un enfant qui s’abandonne dans les bras de sa mère et se laisse porter par elle. Le chrétien est une personne guidée par l’Esprit-Saint.

« Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? »

Après ces mots, le psaume poursuit : « Ne durcissez pas votre cœur ». La dureté du cœur, Jésus en a parlé bien souvent. À Dieu on peut résister c’est-à-dire se fermer, refuser de l’écouter. Le cœur dur ne se laisse pas façonner.
Par mauvaise volonté ? Pas toujours ; mais notre cœur est si souvent encombré de trop de bruits : penchants désordonnés conduisant au péché, mentalité du monde qui s’oppose au projet de Dieu, modes, slogans publicitaires… Il est si facile de confondre nos opinions, nos désirs avec la voix de l’Esprit en nous, tombant ainsi dans l’arbitraire et le subjectif.
En moi se trouve la réalité par excellence : je ne dois jamais l’oublier. Alors, je ferai tout taire en moi pour y découvrir la voix de Dieu. Puis j’extrairai cette voix comme on extrait un diamant de sa gangue de boue : on enlève ce qui a pu la polluer, on l’expose, et on se laisse guider par elle. Alors je pourrai aussi guider les autres parce que la voix ténue de Dieu qui stimule et éclaire, cette sève qui monte du fond de mon âme, est sagesse, elle est amour, et le propre de l’amour est de se donner.

« Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? »

Notre sensibilité d’âme et notre instinct évangélique peuvent-ils s’affiner pour mieux écouter ce que la voix nous suggère ?
C’est possible d’abord en nous réévangélisant constamment par la lecture et surtout par la pratique de la parole de Dieu. Nous apprendrons à reconnaître sa voix en nous si nous nous habituons à l’écouter de la bouche de Jésus, parole de Dieu faite homme. Demandons-le lui dans la prière.
Et puis laissons vivre le Ressuscité en nous, en renonçant à nous-mêmes, en combattant notre égoïsme, notre « vieil homme », toujours à l’affût. Ayons le réflexe de dire non tout de suite à ce qui s’oppose à la volonté de Dieu et oui à tout ce qu’il veut. Non aux tentations et oui à nos devoirs, à l’amour envers tous les autres, oui aux épreuves et aux difficultés.
Enfin, nous reconnaîtrons plus facilement la voix de Dieu si le Ressuscité vit au milieu de nous, c’est-à-dire si nous nous aimons jusqu’à ce que l’amour devienne réciproque, en créant partout des oasis de communion, de fraternité. Jésus au milieu de nous est comme le haut-parleur qui amplifie la voix de Dieu en chacun de nous. L’apôtre Paul nous apprend que l’amour chrétien, vécu dans la communauté, s’enrichit toujours plus en connaissance et en clairvoyance, et nous aide à discerner ce qui convient le mieux.
Notre vie grandira entre deux flammes : Dieu en nous et Dieu au milieu de nous. Dans ce foyer divin nous pouvons nous former et nous entraîner à écouter et à suivre Jésus.
Que c’est beau une vie guidée autant que possible par l’Esprit-Saint ! Elle de la saveur, de la vigueur, elle est authentique et lumineuse.

Chiara LUBICH

 

Susciter partout des pans de fraternité en vue de la paix entre les peuples : des chrétiens et des hindous s’y engagent ensemble.

Susciter partout des pans de fraternité en vue de la paix entre les peuples : des chrétiens et des hindous s’y engagent ensemble.

   Chiara Lubich a quitté l’Inde, mais ses collaborateurs ont continué le voyage avec une étape à Coimbatore, dans le Tamil Nadu, et une autre à Delhi, pour des rencontres avec le monde hindou et les Églises locales.

Chiara Lubich en Inde

Un an après la grande journée pour la paix du 24 janvier 2002 à Assise (Italie), qui a réuni autour du pape les responsables des grandes religions du monde, les rumeurs de guerre semblent prendre le pas sur les appels à la paix. Cependant des signes à contre-courant nous parviennent de l’Inde, pays qui s’est pourtant signalé cette année par une recrudescence de la violence entre hindous, chrétiens et musulmans. A l’occasion du voyage en Inde de Chiara Lubich et de ses collaborateurs, qui sont arrivés le 4 janvier à Bombay, le dialogue avec les institutions culturelles et sociales hindoues a permis de mettre en évidence la fraternité universelle inscrite dans les racines de la culture indienne en même temps que la tension mystique répandue dans cette culture si mystérieuse.

La rencontre avec la Swadhyaya Family a permis de constater, avec une surprise réciproque, les nombreux éléments communs. Il s’agit d’un vaste mouvement hindou de 8 millions d’adhérents, fondé par Shri Pandurang Shastri Athavale, connu sous le nom de Dada-ji (maître, frère aîné). Celui-ci enseigne que Dieu réside en tout être humain et que l’accomplissement de l’unité spirituelle entraînera la résolution des problèmes mondiaux. Le premier contact entre le Mouvement des Focolari et la Swadhyaya Family avait eu lieu à l’occasion de la Journée pour la paix à Assise, où les deux seules femmes qui ont pris la parole étaient Didi Talwakar, fille et héritière spirituelle du fondateur de la Swadhyaya Family, et Chiara Lubich. Au cours de leur première rencontre, à Rocca di Papa, les deux femmes avaient découvert l’extraordinaire consonance entre l’esprit de la Swadhyaya Family et celui du Mouvement des Focolari et fait aussitôt l’expérience d’une grande fraternité. A Bombay se sont déroulées deux autres rencontres importantes qui ont permis d’approfondir le dialogue commencé deux ans auparavant, lors du premier voyage de Chiara Lubich en Inde. La première au Somaiya College, institut universitaire fort de 25 000 étudiants et 30 facultés et départements, une des institutions hindoues les plus engagées dans le dialogue interreligieux. La seconde rencontre a eu lieu au Bharatiya Vidya Bhavan, centre culturel para universitaire qui compte une centaine d’établissements en Inde et quinze à l’étranger, et dont le but est la redécouverte des racines de la culture hindoue et son développement. Cet organisme regroupe à la fois des hindous, des musulmans, des chrétiens, des zoroastriens et des bouddhistes. Chiara Lubich était arrivée en Inde le 4 janvier et était allée aussitôt rencontrer le cardinal Dias, archevêque de Bombay et son prédécesseur le cardinal Simon Pimenta, afin de commencer son voyage en pleine communion avec l’Église locale. Le cardinal Dias l’a invitée à porter son charisme d’unité au clergé, aux séminaristes et aux religieux et religieuses du diocèse, que Chiara Lubich a rencontrés le 9 janvier. Il l’avait aussi invitée à intervenir à la troisième rencontre des mouvements d’Église qui ont entrepris un chemin de communion, le 12 janvier, devant 3 500 personnes représentant seize mouvements et associations. Chiara Lubich a quitté l’Inde, mais ses collaborateurs ont continué le voyage avec une étape à Coimbatore, dans le Tamil Nadu, et une autre à Delhi, pour des rencontres avec le monde hindou et les Églises locales.

PAROLE DE VIE DE JANVIER 2003

Impressionnés par les prédicateurs de leur époque, les chrétiens de Corinthe avaient tendance à faire le parallèle avec l’apôtre Paul, un homme simple, fragile et physiquement éprouvé, qui renonçait à l’érudition et à l’éloquence de la sagesse humaine. C’est pourtant à lui que, sur la route de Damas, Jésus s’était pleinement révélé. Depuis lors, la lumière de la connaissance du Fils de Dieu n’avait cessé de briller en lui, et Dieu avait fait de lui un instrument de choix pour la porter à tous les hommes. Paul était bien le premier à se rendre compte de l’écart entre la grandeur de sa mission et la faiblesse de sa personne : un trésor placé dans un pauvre vase de terre cuite.
Bien souvent, nous faisons le même constat : notre pauvreté, notre insuffisance, notre impuissance devant des situations qui nous dépassent. Nous percevons notre tendance au mal, et la difficulté à y résister à cause de la faiblesse de notre volonté. Comme Paul, nous nous sentons des vases d’argile.
Et ces faiblesses, ces fragilités, nous les décelons chez les personnes qui nous entourent, en famille, dans la communauté ou le groupe dont nous faisons partie. Tout particulièrement pendant ce mois où l’on célèbre la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous ressentons douloureusement le fait que, malgré le trésor que Dieu nous a donné, nous n’avons pas réussi à vivre en unité.

« Mais ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile. »

À regarder les vases d’argile que nous sommes, nous pourrions perdre courage. Mais ce qui a de la valeur – et sur quoi nous voulons porter toute notre attention – c’est le trésor que nous portons en nous ! Paul, lui, savait que son vase d’argile était habité par la lumière du Christ , ce qui lui donnait l’audace de tout oser pour la diffusion de son Royaume. Comme chrétiens, nous portons, nous aussi un trésor infini : la sainte Trinité. Si je regarde au fond de moi-même, je peux découvrir une immensité d’amour un abîme, un soleil divin. Si je regarde autour de moi, au-delà du « vase d’argile » qui me saute aux yeux chez les autres, je découvre le trésor qui est en eux. Je vais ainsi au-delà des apparences. La lumière de la Trinité qui habite en nous, rappelle Jean Paul II, « doit être aussi perçue sur le visage des frères qui sont à nos côtés » .

« Mais ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile. »

C’est bien à nous que cette Parole de Vie s’adresse. À nous tous. « Les chrétiens doivent faire connaître ensemble ce trésor qui resplendit glorieux dans le visage du Ressuscité. »  Mais il nous faut entrer en communion avec lui pour prendre conscience de la richesse que nous possédons. Oui, nous pouvons apprendre à vivre avec la sainte Trinité, jusqu’à nous perdre en elle. Oui, nous pouvons établir un rapport personnel avec chacune des trois Personnes divines, le Père, le Fils et l’Esprit Saint, afin que ce soit Dieu lui-même qui vive et agisse en nous.
Le Père est en nous, présent dans le vase d’argile que nous sommes. Nous pouvons nous décharger sur lui de tous nos soucis comme nous le suggère l’apôtre Pierre . À un père on se remet en tout et pour tout, en pleine confiance. Un père est le soutien, l’assurance de son fils qui, comme un enfant, se jette avec insouciance dans ses bras.
Le Fils est lui aussi en nous. Le Verbe incarné, Jésus, vit en nous. Nous avons appris à le découvrir et à l’aimer là où il est présent : dans l’Eucharistie, dans la Parole, quand nous sommes unis en Son nom, dans le pauvre, dans l’autorité qui le représente… au plus profond de notre cœur. Nous pouvons même apprendre à l’aimer dans nos limites, nos faiblesses, nos échecs, parce qu’il a assumé notre faiblesse et notre fragilité, sans être lui-même pécheur. Jésus, Verbe incarné, qui a tout partagé avec nous, peut nous soutenir dans toutes les épreuves de la vie, en nous suggérant comment les dépasser, afin de nous redonner lumière, force et paix.
Et à l’Esprit Saint, nous nous confions avec assurance, comme à un autre nous-mêmes. Il nous répond toujours lorsque nous l’invoquons et nous suggère des paroles de sagesse. Il nous réconforte, nous soutient, nous aime comme un véritable ami, en nous donnant sa lumière.
Que voulons-nous de plus ? Un unique Amour règne dans notre cœur : c’est notre trésor. Le vase d’argile, chez nous comme chez les autres, ne nous découragera plus. Il nous rappellera simplement que la lumière et la vie que Dieu veut dégager en nous et autour de nous n’est pas tant le fruit de nos capacités humaines que l’effet de sa présence à l’œuvre en nous, si nous savons la reconnaître et l’aimer.
Alors, comme Paul, nous pourrons nous aussi tout oser pour le Royaume de Dieu, et tendre plus fortement à une communion pleine et visible entre les chrétiens, afin de pouvoir répéter comme lui : « Mais ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile, pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous » (2 Co 4, 7).

Chiara LUBICH

 

PAROLE DE VIE DE DÉCEMBRE 2002

Ces paroles marquent le début de l’aventure divine de Marie. L’Ange vient juste de lui révéler le projet que Dieu a sur elle : qu’elle soit la mère du Messie. Avant de donner son accord, elle a voulu s’assurer que telle était bien la volonté de Dieu et, une fois qu’elle a compris que c’était ce qu’il voulait, elle n’a pas hésité un seul instant à adhérer pleinement à cette volonté. Et dès lors, Marie a continué à s’abandonner complètement au vouloir de Dieu, même dans les moments les plus douloureux et les plus tragiques.
Parce qu’elle a accompli la volonté de Dieu et non la sienne, parce qu’elle a eu totalement confiance en ce que Dieu lui demandait, toutes les générations la proclameront bienheureuse (cf. Lc 1, 48) et elle s’est réalisée pleinement au point de devenir la Femme par excellence.
Car c’est bien ce qui se produit lorsque nous accomplissons la volonté de Dieu : nous réalisons notre personnalité, nous acquérons notre pleine liberté, nous atteignons notre être véritable. Car depuis toujours Dieu a pensé à nous, de toute éternité il nous a aimés ; depuis toujours nous avons une place dans son cœur. Comme à Marie, Dieu veut nous révéler ce qu’il a pensé pour chacun de nous, il veut nous faire connaître notre véritable identité. « Veux-tu que je fasse de toi et de ta vie un chef-d’œuvre ? – semble-t-il nous dire – Suis la route que je t’indique et tu deviendras tel que tu es depuis toujours dans mon cœur. Car, de toute éternité, j’ai pensé à toi et je t’ai aimé, j’ai prononcé ton nom. En te disant quelle est ma volonté, je te révèle qui tu es. »
Sa volonté n’est donc pas une réalité imposée qui nous étouffe, mais la révélation de son amour pour nous, de son projet sur nous ; ce projet est sublime comme Dieu lui-même, fascinant comme son visage : c’est lui-même qui se donne à nous. La volonté de Dieu est un fil d’or, une trame divine qui tisse toute notre vie terrestre et au-delà, une parabole qui va de l’éternité à l’éternité : dans l’esprit de Dieu d’abord, ensuite sur cette terre, et enfin au Paradis.
Mais pour que le dessein de Dieu s’accomplisse pleinement, il demande mon accord et le tien, comme il l’a demandé à Marie. C’est la condition pour que se réalise la parole qu’il a prononcée sur toi, sur moi. Nous sommes alors appelés à dire, comme Marie :

« Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit. »

Bien sûr, sa volonté n’est pas toujours facile à comprendre. Comme Marie, nous devons aussi demander des éclaircissements pour comprendre ce que Dieu veut. Il faut écouter attentivement sa voix en nous, en toute sincérité, en nous faisant conseiller si besoin est par quelqu’un qui puisse nous aider. Mais une fois que nous avons compris sa volonté, disons-lui oui tout de suite. Car si nous avons compris que, dans notre vie, sa volonté est ce qu’il y a de plus grand et de plus beau, nous ne nous résignerons pas à « devoir » faire la volonté de Dieu, mais nous serons heureux de « pouvoir » la faire, de pouvoir seconder son projet pour que se réalise ce qu’il a pensé pour nous. C’est la chose la plus intelligente que nous puissions accomplir.
Les paroles de Marie – « Je suis la servante du Seigneur » – sont donc notre réponse d’amour à l’amour de Dieu. Elles nous maintiennent toujours tournés vers lui, à l’écoute, dans une attitude d’obéissance, avec l’unique désir d’accomplir sa volonté pour être comme il le désire.
Pourtant, ce qu’il nous demande peut parfois nous sembler insensé. Nous avons l’impression qu’il faudrait faire autrement, nous voudrions prendre nous-mêmes notre vie en main. On aurait même parfois envie de donner des conseils à Dieu, de lui indiquer ce qu’il faut faire ou éviter. Mais si je crois que Dieu est amour, et que je lui fais confiance, je crois aussi que ce qu’il a prévu pour ma vie et pour celle de ceux qui m’entourent est pour notre bien. Je m’abandonne pleinement à sa volonté, je la désire de tout mon être, jusqu’à ne plus faire qu’un avec elle, sachant qu’accueillir sa volonté c’est accueillir Dieu, l’étreindre, se nourrir de lui.
Rien, nous devons le croire, ne survient par hasard. Aucun événement joyeux, indifférent ou douloureux, aucune rencontre, aucune situation de famille, de travail, d’école, aucune condition de santé physique ou morale n’est privée de sens. Tout – événements, circonstances, personnes – nous porte un message de la part de Dieu, tout contribue à l’accomplissement du dessein de Dieu, que nous découvrirons peu à peu, jour après jour, en faisant, comme Marie, la volonté de Dieu.

« Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit. »

Comment vivre alors cette Parole ? Notre oui à la Parole de Dieu entraîne concrètement notre adhésion entière, à chaque instant, à l’action que la volonté de Dieu nous demande. Être tout entier dans cette action, en éliminant tout le reste, en abandonnant nos propres pensées, nos désirs, nos souvenirs, ainsi que tout autre travail.
Devant chaque volonté de Dieu, qu’elle soit douloureuse, joyeuse, indifférente, il s’agit de dire à notre tour : « Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit », ou bien, comme Jésus nous l’a enseigné dans le Notre Père : « Que ta volonté soit faite ». Disons « Que ta volonté soit faite » avant chacune de nos actions. Et nous accomplirons, instant par instant, morceau par morceau, la mosaïque merveilleuse et unique de notre vie, que le Seigneur a pensée depuis toujours pour chacun de nous.

Chiara LUBICH

 

PAROLE DE VIE DE NOVEMBRE 2002

Jésus vient de sortir du temple. Ses disciples lui font remarquer avec fierté la majesté et la beauté de cet édifice. Jésus leur répond : « Vous voyez tout cela, n’est-ce pas ? En vérité, je vous le déclare, il ne restera pas ici pierre sur pierre : tout sera détruit. » Puis il se rend au Mont des Oliviers, s’assied et, regardant Jérusalem qui s’étend à ses pieds, se met à parler de la destruction de la ville et de la fin du monde.
Comment se déroulera la fin du monde ? Quand arrivera-t-elle ? À la suite des disciples, toutes les générations de chrétiens se poseront cette question qui nous concerne tous.
L’avenir reste toujours un mystère qui souvent nous effraie. Aujourd’hui encore certains consultent à ce sujet des voyants ou interrogent leur horoscope : quel sera mon avenir ? Que va-t-il se passer ?
La réponse de Jésus est claire. À la fin des temps, lui, le Seigneur de l’histoire, reviendra. Le point lumineux de notre avenir, c’est lui.
Et quand cette rencontre aura-t-elle lieu ? Personne ne le sait. Elle peut avoir lieu à tout moment. Notre vie est entre les mains du Seigneur. Il nous l’a donnée. Il peut nous la reprendre subitement. Il nous avertit cependant : si vous veillez, vous serez prêts pour cet événement.

« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Cette parole de Jésus nous rappelle avant tout qu’il reviendra. Notre vie sur la terre s’achèvera ; une vie nouvelle commencera, qui n’aura pas de fin. Personne ne veut parler de la mort aujourd’hui. Parfois, pour éviter d’y penser, on se plonge à corps perdu dans les activités quotidiennes. Au point même d’en oublier celui qui nous a donné la vie et nous la redemandera pour nous introduire dans la plénitude de sa propre vie, dans la communion avec son Père au Paradis.
Serons-nous prêts pour cette rencontre ? Aurons-nous notre lampe allumée comme les vierges sages attendant l’époux ? Autrement dit : serons-nous dans l’amour ? Ou bien notre lampe sera-t-elle éteinte, car le tourbillon de nos activités, notre poursuite de joies éphémères, la possession des biens matériels nous auront fait oublier la seule chose nécessaire : aimer.

« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Mais comment veiller ? Nous le savons : le bon veilleur, c’est celui qui aime. C’est la femme qui attend son mari qui rentre plus tard que prévu de son travail ou d’un voyage. C’est la mère qui s’inquiète parce que ses enfants ne sont pas encore là. C’est le garçon qui brûle d’impatience de retrouver celle qu’il aime. Et ainsi de suite. Celui qui aime continue à attendre même lorsque l’autre tarde.
On attend Jésus lorsqu’on l’aime et qu’on désire ardemment le rencontrer.
Et l’attente de Jésus se peuple de gestes d’amour concrets, comme le service de nos frères, l’engagement dans la construction d’une société plus juste. Jésus lui-même nous y invite dans la parabole du serviteur fidèle qui, en l’absence de son maître, prend soin des domestiques et de la maison ; ou bien dans celle des serviteurs qui, toujours dans l’attente de leur maître, font fructifier les talents qu’ils ont reçus de lui.

« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

C’est bien parce que nous ne connaissons ni le jour ni l’heure de sa venue que nous pouvons nous concentrer plus facilement sur l’aujourd’hui qui nous est donné et sur chaque moment présent que la providence nous donne à vivre.
J’ai écrit autrefois spontanément, cette prière. Je voudrais la rappeler aujourd’hui : « Jésus, fais que chacune de mes paroles soit comme si c’était la dernière que je prononce. Fais que chacune de mes actions soit comme si c’était la dernière que j’entreprends. Fais que chacune de mes souffrances soit comme si c’était la dernière que je peux t’offrir. Fais que chacune de mes prières soit comme si c’était la dernière occasion que j’ai ici-bas de m’entretenir avec toi. »

Chiara LUBICH

 

Lettera del Papa a Chiara Lubich

Alla Gentile Signorina CHIARA LUBICH Presidente dell’Opera di Maria (Movimento dei Focolari) 1. Con gioia ed affetto rivolgo il mio cordiale saluto a Lei ed ai partecipanti all’Assemblea Generale dell’Opera di Maria, in corso di svolgimento a Castel Gandolfo. Ringrazio per le espressioni di augurio che avete voluto farmi pervenire per l’odierna ricorrenza, che dà inizio al XXV anno del mio ministero nella Sede di Pietro. Ho sempre sentito la spirituale vicinanza degli aderenti al Movimento dei Focolari, e ho ammirato la loro fattiva azione apostolica nella Chiesa e nel mondo. In modo particolare, apprezzo l’Opera di Maria per il valido contributo che offre nel perseguimento stesso del suo fine specifico, cioè la promozione della comunione mediante la ricerca e la pratica del dialogo, sia all’interno della Chiesa cattolica, che con le altre Chiese e comunità ecclesiali, come pure con le diverse religioni e con i non credenti. 2. Mentre in questi giorni state verificando e progettando la vita e l’attività del Movimento, sono lieto di rinnovarvi l’espressione della mia stima e riconoscenza per l’apostolato che svolgete e per le molteplici iniziative che promuovete, affinché la Chiesa diventi sempre più « la casa e la scuola della comunione » (Lett. ap. Novo millennio ineunte, 43). Voi siete ben consapevoli – e il vostro operare ne tiene costantemente conto – di come le azioni concrete debbano essere precedute ed animate da una robusta spiritualità di comunione, quale principio educativo nei luoghi in cui si plasma l’uomo e il cristiano (cfr ibid.). Penso, al riguardo, alle molteplici diramazioni del Movimento dei Focolari: i ragazzi e i giovani, le famiglie, i sacerdoti e i religiosi; penso alla vostra presenza nelle comunità parrocchiali e diocesane, nei vari ambiti della società e della cultura. Vi ringrazio, carissimi, e vi incoraggio a proseguire dappertutto nel testimoniare Dio Amore, Uno e Trino, che risplende in Cristo e nella sua Chiesa. 3. Approfondite poi sempre più il peculiare legame spirituale che vi unisce a Maria Santissima: a Lei, infatti, la vostra Opera è intitolata. Coltivate una fedele devozione verso la Vergine Madre della Chiesa una e santa, la Madre dell’unità nell’amore. In questa singolare ricorrenza, vorrei consegnare idealmente ai Focolarini la preghiera del santo Rosario, che ho voluto riproporre a tutta la Chiesa, quale via privilegiata di contemplazione ed assimilazione del mistero di Cristo. Sono certo che la vostra devozione alla Vergine Santa vi aiuterà a dare il necessario rilievo all’iniziativa di un anno dedicato al Rosario. Offrite il vostro contributo, perché questi mesi diventino per ogni Comunità cristiana occasione di rinnovamento interiore. 4. L’Anno del Rosario sarà anche per voi uno stimolo a intensificare la contemplazione di Cristo con gli occhi di Maria, per conformarvi a Lui e irradiarne la salutare presenza negli ambienti nei quali vivete. In modo speciale so di poter affidare alla vostra preghiera il mistero di Gesù crocifisso e abbandonato quale via per contribuire all’attuazione del suo supremo desiderio di unità tra tutti i suoi discepoli. Certo del costante ricordo che avete per il Successore di Pietro, vi assicuro la mia preghiera e, auspicando ogni successo per la vostra Assemblea, ben volentieri imparto la Benedizione Apostolica a ciascuno di voi ed all’intero Movimento. Dal Vaticano, 16 Ottobre 2002

 

PAROLE DE VIE D’OCTOBRE 2002

Quel est le plus grand commandement de la Loi ? Question classique dans les écoles rabbiniques à l’époque du Christ… On la pose à Jésus, considéré comme maître. Il y répond de manière originale en liant l’amour de Dieu et celui du prochain. Ses disciples ne devront jamais les dissocier, pas plus qu’on ne saurait séparer le tronc des racines d’un arbre. Notre amour pour Dieu intensifie notre amour envers nos frères et plus nous aimons notre prochain, plus s’approfondit notre amour pour Dieu.
Mieux que personne, Jésus connaît ce Dieu que nous devons aimer et comment il doit être aimé : il est son Père et notre Père, son Dieu et notre Dieu (cf. Jn 20, 17). Il aime chacun personnellement. Il est mon Dieu, il est ton Dieu. Il est le Dieu de tous, qui dit à chacun de nous : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ».
Et c’est parce qu’il nous a aimés le premier que nous pouvons répondre à son amour en l’aimant. Tournons-nous vers lui avec la même confiance de Jésus lorsqu’il l’appelait Abbà, Père. Parlons-lui souvent, confions-lui nos besoins, nos résolutions, nos projets. Redisons-lui notre amour exclusif. Attendons avec impatience ce moment de dialogue, de communion, d’intense intimité et de contact profond avec lui qu’est la prière. Nous pouvons alors lui exprimer tout notre amour, l’adorer, chanter sa gloire, lui qui est présent dans l’univers entier, le louer au fond de notre cœur ou vivant dans le tabernacle. A n’importe quel moment nous pouvons penser à lui, là où nous sommes, dans notre chambre, au travail, au bureau, que nous soyons seuls ou avec d’autres…

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée » (Mt 22,37)

Jésus nous enseigne aussi une autre manière d’aimer le Seigneur notre Dieu. Pour lui, aimer voulait dire accomplir la volonté de son Père, en mettant son esprit, son cœur, ses énergies, sa vie même, à sa disposition. Il s’est complètement donné au projet que le Père avait sur lui. L’Évangile nous le montre toujours et totalement tourné vers le Père (cf. Jn 1, 18), toujours en lui, attentif à ne dire que ce qu’il avait entendu du Père, à n’accomplir que ce que le Père lui avait dit de faire. De nous aussi, Dieu attend cet amour total. Aimer signifie faire la volonté de l’Aimé, sans demi-mesure, de tout notre être : « de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre pensée ». Car l’amour n’est pas simplement un sentiment : « Et pourquoi m’appelez-vous « Seigneur, Seigneur » et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Lc 6, 46), demande Jésus à ceux qui n’aiment qu’en paroles.

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée »

Comment vivre alors ce commandement de Jésus ? En entretenant avec Dieu un rapport filial et de confiance, mais surtout en faisant sa volonté. Comme Jésus, notre attitude envers Dieu sera de nous tourner toujours vers le Père, à son écoute, lui obéissant pour accomplir son œuvre et rien d’autre.
Il nous est demandé de l’accomplir de tout notre être, car, à Dieu, on ne peut pas donner moins que tout : tout notre cœur, toute notre âme, toute notre pensée. Cela veut dire bien faire, et complètement, cette action qu’il nous demande.
Pour vivre sa volonté et nous y conformer, il faudra souvent brûler la nôtre, sacrifiant tout ce qui, dans notre cœur et notre esprit, ne concerne pas le présent. Il peut s’agir d’une idée, d’un sentiment, d’une pensée, d’un désir, d’un souvenir, d’un objet, d’une personne…
Nous serons alors tout entiers à ce qui nous est demandé dans l’instant présent. Qu’il s’agisse de parler, de téléphoner, d’écouter, d’aider, d’étudier, de prier, de manger, de dormir… Accomplir tout cela parfaitement, de tout notre cœur, notre âme, notre pensée ; avoir l’amour comme unique moteur de nos actions, au point de pouvoir dire, à chaque instant de la journée : « Oui, mon Dieu, en cet instant, en cette action, je t’ai aimé de tout mon cœur, de tout moi-même ». Et nous pourrons dire que nous aimons Dieu, que nous répondons à son Amour.

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée » (Mt 22,37)

Comment vivre cette Parole de vie ? Il pourra être utile de nous examiner de temps en temps, en nous demandant si Dieu est vraiment à la première place dans notre âme. Mais pour conclure, que devons-nous faire en ce mois ? Choisir à nouveau Dieu comme unique idéal, comme le tout de notre vie, en le remettant à la première place, en vivant à la perfection sa volonté dans le moment présent. Nous devons pouvoir lui dire sincèrement : « Mon Dieu et mon tout », « Je t’aime », « Je suis tout à toi », « Tu es Dieu, tu es mon Dieu, notre Dieu d’amour infini ! »

Chiara LUBICH

 

PAROLE DE VIE DE SEPTEMBRE 2002

D’où vient cette Parole de Vie ? D’un livre de l’Ancien Testament écrit par Ben Sira, un sage, un scribe de Jérusalem. Il enseigne un thème cher à toute la tradition de la sagesse biblique : Dieu est miséricordieux envers les pécheurs et nous devons l’imiter. « Miséricordieux et bienveillant, lent à la colère et plein de fidélité »  , le Seigneur pardonne toutes nos fautes. Il « détourne les yeux des péchés des hommes pour les amener au repentir ». Il « jette derrière nous tous nos péchés ». Comme tout père ou toute mère, il « multiplie le pardon », car il aime ses enfants, leur fait confiance et les encourage sans jamais se lasser.
Mais étant père et mère, Dieu ne se contente pas d’aimer et de pardonner à ses enfants. Son grand désir est de les voir se traiter en frères et sœurs, s’entendre et s’aimer. Le grand projet de Dieu sur l’humanité ? Une fraternité universelle, plus forte que les divisions, tensions et rancœurs qui s’insinuent si facilement après les incompréhensions et les fautes.
Pourquoi les familles se défont-elles ? Parce que nous ne savons pas nous pardonner. De vieilles haines entretiennent les divisions entre les membres d’une même famille, les groupes sociaux et les peuples. Certains même enseignent à ne pas oublier les torts subis, à nourrir des sentiments de vengeance… Une rancœur sourde empoisonne l’âme et corrompt le cœur.
Le pardon serait-il un signe de faiblesse comme certains le pensent ? Bien au contraire. C’est l’expression d’un grand courage, d’un amour vrai, d’autant plus authentique qu’il est plus désintéressé. « Si vous aimez ceux qui vous aiment », dit Jésus, « quelle récompense allez-vous en avoir ? » Tout le monde en fait autant. « Vous, aimez vos ennemis » .
Demandons donc à Jésus un amour de père, de mère, un amour de miséricorde envers nos prochains, surtout envers ceux qui sont dans l’erreur. Et à ceux qui sont appelés à vivre une spiritualité de communion, comme l’est la spiritualité chrétienne, l’Évangile demande encore plus : « Pardonnez-vous mutuellement ». L’amour réciproque exige presque un pacte entre nous : celui d’être toujours prêts à nous pardonner. C’est la seule manière de contribuer à créer la fraternité universelle.

« Pardonne à ton prochain l’injustice commise ; alors, quand tu prieras, tes péchés seront remis »

Ces paroles non seulement nous invitent à pardonner mais elles nous rappellent que, pour être nous-mêmes pardonnés, il nous faut pardonner. Dieu nous écoute et nous pardonne dans la mesure où nous savons pardonner. Jésus lui-même nous met en garde : « C’est la mesure dont vous vous servez qui servira de mesure pour vous »  . « Heureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde ». Car un cœur endurci par la haine n’est même plus capable de reconnaître et d’accueillir l’amour miséricordieux de Dieu.
Comment vivre alors cette Parole de Vie ? D’abord en pardonnant tout de suite à ceux avec qui nous ne sommes pas encore réconciliés. Mais cela ne suffit pas. Nous avons encore à éliminer de notre cœur la simple indifférence, le manque de bienveillance, la moindre attitude de supériorité ou de négligence envers tous ceux que nous côtoyons.
Bien plus encore, il nous faut faire preuve de prévention. Chaque matin regarder les autres d’un œil nouveau, en famille, à l’école, au travail, prêts à ne pas juger, à faire confiance, à espérer, à croire sans cesse. Approcher les autres avec cette amnistie complète dans le cœur, avec ce pardon universel. Ne pas se souvenir de leurs défauts, tout couvrir avec l’amour. Au cours de la journée, essayer de réparer les impolitesses et les mouvements d’humeur en présentant des excuses ou en faisant un geste d’amitié. Remplacer le rejet instinctif de l’autre par une attitude de plein accueil, de miséricorde sans limites, de pardon complet, de partage et d’attention aux besoins des autres.
Alors quand nous prierons le Père et surtout en lui demandant son pardon, nous verrons notre demande exaucée. Car nous pourrons dire avec confiance : « Pardonne-nous nos torts envers toi, comme nous-mêmes nous avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous. »

Chiara LUBICH

Un borsone appeso alla porta

Siamo ad Innsbruck, in pieno inverno. Sono le ventidue e fuori un freddo gelido. Mi imbacucco nella calda giacca a vento e cerco di raggiungere velocemente casa mia. Un giovane uomo mi sbarra la strada, e mi chiede di comprare la sua stufa per 300 scellini. Mi spiega che, se non paga entro il giorno la quota completa dell’alloggio, la padrona di casa lo manda sulla strada. La mia reazione è: « Purtroppo non posso ». Porto nel mio borsellino esattamente 323 scellini, soldi che devono bastare per coprire le spese della seconda metà di febbraio. Ogni scellino è già contato per acquistare i viveri di prima necessità come pane, burro ecc.. I miei amici sono in ferie invernali e non ho nessuno a cui chiedere un prestito. Mentre mi allontano mi sovviene che io ho almeno una stanza calda, mentre quell’uomo non possiede nulla. Mi ricordo delle parole del Vangelo: « Date e vi sarà dato. » Mi giro e lo chiamo; gli do i 300 scellini; la stufa può tenerla per sé. Mentre vado a casa, sta per assalirmi l’angoscia: non ho proprio idea di come arrivare fino all’ultimo giorno del mese. Ma, appena arrivato, ecco cosa trovo: un grosso borsone appeso alla porta della mia stanza. Sorpresa! Contiene pane, carne affumicata (speck), uova, formaggio, miele, burro: tutte cose che sogna uno studente affamato. Fino ad oggi non ho scoperto ancora chi avesse appeso quel borsone alla porta della

PAROLE DE VIE D’AOÛT 2002

Le lac de Tibériade ou « mer de Galilée »… Seulement 24 kilomètres sur 12. Mais quand le vent s’y engouffre, il effraie même les pêcheurs qui sont habitués à y naviguer. Cette nuit-là, les disciples de Jésus ont vraiment peur. Vent contraire et hautes vagues les empêchent de diriger leur barque. Survient alors un événement inattendu. Jésus qui était resté seul à terre pour prier, apparaît tout à coup sur les eaux. Déjà affolés par la tempête, les Douze, pris de panique, poussent des cris, croyant voir un fantôme. Celui qu’ils voient devant eux ne peut être Jésus car seul Dieu, comme il est écrit au livre de Job, peut « fouler les houles de la mer »  . Mais Jésus leur adresse ces paroles : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » Il monte dans la barque et la mer se calme. Non seulement les disciples retrouvent la paix, mais ils le reconnaissent pour la première fois comme « Fils de Dieu » : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! » 

« Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! »

La barque agitée par le vent et battue par les vagues est devenue le symbole de l’Église de tous les temps. Quel chrétien ne connaît, tôt ou tard, la tempête et la peur ? Qui ne s’est jamais senti poussé par un vent contraire là où il ne voulait pas aller, redoutant que sa vie, ou celle de ses proches, ne fasse naufrage…
Personne n’échappe à l’épreuve. Son visage ? L’échec, la pauvreté, la dépression, le doute, la tentation… Ou bien la souffrance de nos proches : un enfant qui se drogue ou qui n’arrive pas à trouver sa voie, un mari alcoolique ou sans travail, la séparation d’un couple qui nous est cher, des parents âgés ou malades… Ou bien nous sommes angoissés par la société matérialiste et individualiste qui nous entoure, avec ses guerres, ses violences, ses injustices… Face à de telles situations, le doute s’insère en nous : où est Dieu, et son amour ? Et s’il n’était qu’une illusion, qu’un phantasme ?
Rien de plus terrible que la solitude au moment de l’épreuve. Sans personne pour nous écouter, nous conseiller, chaque souffrance devient insupportable. Jésus le sait. C’est alors qu’il nous apparaît sur la mer déchaînée. Il vient auprès de nous et nous dit, à nous aussi :

« Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! »

C’est comme s’il nous disait : « Je suis là, au milieu de ta peur : sur la croix, quand j’ai crié mon abandon, j’ai moi aussi été envahi par la peur de me voir abandonné par le Père. Je suis là, dans ton découragement : sur la croix j’ai moi aussi eu l’impression que le secours du Père me manquait. Tu es troublé ? Je l’étais moi aussi, au point de crier « pourquoi ? ». Comme toi, et plus que toi encore, je me suis senti seul, blessé, en proie au doute… J’ai senti sur moi la douleur de la méchanceté humaine… »
Jésus est véritablement entré en toute douleur, il a pris sur lui chacune de nos épreuves, il s’est identifié avec chacun de nous. Il est derrière tout ce qui nous fait mal, ce qui nous effraie. Toute circonstance douloureuse et terrible est l’un de ses visages. Il est l’Amour et l’amour chasse toute crainte.
Chaque fois que la peur nous assaille, que la douleur nous submerge, nous pouvons discerner la réalité cachée derrière cette situation. C’est Jésus qui apparaît dans notre vie, sous l’un de ses nombreux visages. Appelons-le par son nom : C’est toi, Jésus abandonné, « le doute » ; c’est toi, Jésus abandonné « le trahi » ; c’est toi, Jésus abandonné « le malade ». Faisons-le alors monter dans notre « barque », accueillons-le, laissons-le entrer dans notre vie. Et puis continuons à vivre ce que Dieu veut de nous, mettons-nous à aimer le prochain. Nous découvrirons que Jésus est toujours Amour. Nous pourrons lui dire, comme les disciples : « Vraiment tu es Fils de Dieu ! »
En l’accueillant ainsi, nous retrouverons paix, réconfort, courage, équilibre, force… Jésus sera pour nous l’explication et la solution de tout.

Chiara LUBICH

 

[:it]“La fraternità come categoria politica” rilanciata da Chiara Lubich come assoluta necessità dopo l’11 settembre[:en]Chiara Lubich launches “Brotherhood as a political category” – an absolute necessity after Sept. 11.[:es]“La fraternidad como categoría política” lanzada por Chiara Lubich como absoluta necesidad después del 11 de septiembre[:pt] »A fraternidade como categoria política », novamente proposta por Chiara Lubich como absoluta necessidade depois de 11 de setembro