Mouvement des Focolari
« Pour une sainteté de peuple »

« Pour une sainteté de peuple »

 

Des quatre coins du monde
Les actes de contestation et de rébellion de ces jours-ci à Haïti, les contrastes ethniques du Burundi et du Congo, les dramatiques inondations du nord-est du Brésil, la situation vécue par les minorités chrétiennes en terre islamique, de l’Afrique du Nord au Kazakhstan : tels sont les contextes dans lesquels vivent quelques-uns des 105 évêques amis du Mouvement des Focolari qui se sont rassemblés du 14 au 20 février au centre Mariapolis de Castel Gandolfo pour leur 28e congrès international, à l’invitation du cardinal Miloslav Vlk, archevêque de Prague.

Les évêques autour du pape
Les évêques ont participé à l’audience générale du mercredi 18 février. Le pape y est apparu entouré des évêques, comme une icône de la collégialité effective et affective. Dans son message destiné aux évêques, Jean-Paul II a adressé une salutation particulière à Chiara Lubich présente avec eux, et a vivement apprécié les thèmes abordés au congrès, en ajoutant : « Seule une communauté chrétienne resplendissante de sainteté peut accomplir efficacement la mission confiée par le Christ, qui est de répandre l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre ». Il a insisté sur l’exigence pour les baptisés de « vivre avec cohérence l’évangile dans la vie de tous les jours… C’est dans l’ordinaire qu’il faut vivre l’extraordinaire ».

Fraternité vécue
Ces évêques des cinq continents se sont réunis pour vivre un temps d’intense fraternité et pour partager, dans une communion à l’échelle mondiale, les douleurs, les joies, les soucis et les défis à relever. « Je suis arrivé ici avec une grande souffrance, mais votre présence, votre attention et votre amour m’ont remis debout », a confié à la fin de la rencontre un évêque venu d’un pays en guerre civile. Et un de ses confrères d’Afrique du Nord : « Nous vivons ici un temps de grâce, parce que nous nous rencontrons, nous nous connaissons et nous vivons comme un seul corps ».

Partir de l’évangile
Rencontre de fraternité donc, mais aussi de spiritualité, comme l’indique le thème du congrès : « Pour une sainteté de peuple : vivre et proposer à nouveau la vie chrétienne sans craindre de mettre “la barre haute” ». Exigence nullement théorique, mais possible et tout à fait actuelle, comme l’ont prouvé les témoignages des évêques, familles, jeunes, prêtres et personnes engagées dans la vie paroissiale et dans la société. En partant de l’évangile et de l’art d’aimer caractéristique qui en découle, se forment des familles qui, par leur vie à contre-courant, deviennent les avant-postes de la nouvelle évangélisation et des communautés chrétiennes qui séduisent et attirent ceux qui se situent en marge de l’Église.

Le frère, voie privilégiée de l’union à Dieu
Chiara Lubich
a fait une intervention sur « L’union à Dieu », en montrant en particulier comment le frère en est le chemin. « Pour nous – a-t-elle affirmé – la voie typique, indiscutable, impossible à éluder et expérimentée avec succès, est celle-ci : nous arrivons à l’union à Dieu en aimant nos frères ». Elle a rappelé le trinôme synthétique par lequel Igino Giordani, co-fondateur du Mouvement, aimait définir cette voie : « Moi, le frère, Dieu ».
« Si nous avançons sur cette route – a expliqué la fondatrice des Focolari – Dieu se manifeste en nous. Nous percevons sa présence. Nous ne sommes plus seuls avec nous-mêmes. Nous sommes deux : Lui et nous ». C’est valable pour toutes les circonstances de la vie.
« Nous devons tous devenir des mystiques, pour pouvoir vivre le christianisme dans le monde d’aujourd’hui », a commenté un évêque de Hongrie, citant Karl Rahner : « le chrétien de l’avenir est un mystique ou n’est pas ».

Interventions des cardinaux Kasper et Re
L’Exhortation post-synodale Pastores gregis
a servi de base aux réflexions des évêques, surtout la seconde partie consacrée à la vie spirituelle de l’évêque. Prenant appui sur ce document, le cardinal Walter Kasper, qui a présidé l’une des concélébrations, a parlé de l’évêque comme de « l’homme des béatitudes ».

Le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation des évêques, a lui aussi présidé une concélébration. Il a dit sa joie pour ce congrès qui offrait l’occasion « d’approfondir le rapport avec le Christ et la fraternité entre évêques ».

La spiritualité de communion et son incidence sur la société
Le catalyseur de cette expérience a été la spiritualité de communion développée dans le Mouvement des Focolari, qui porte des fruits au sein de l’Église et dans le dialogue entre cultures et religions. « Il ne s’agit pas seulement d’une expérience spirituelle, mais d’un élan qui a une incidence universelle sur l’économie, la politique et toute la société », a constaté un évêque suisse après la projection des films qui retracent, décennie par décennie, les 60 ans du Mouvement des Focolari. Une histoire pleine d’espérance, qui témoigne que Dieu est à l’œuvre, même en ces temps où des vents glacés éteignent souvent la foi, et qu’il prépare un nouvel épanouissement de la vie évangélique.

Apôtres du dialogue
A la fin du congrès, qui a souligné la convergence entre les orientations actuelles de l’Église et les effets du charisme de l’unité, une conversation entre les évêques et Chiara Lubich a porté sur l’expression inédite employée par le pape pour définir les Focolari (dans son message pour le 60e anniversaire du Mouvement) : « apôtres du dialogue », dans l’Église, entre les Églises, avec les personnes des autres religions et avec les non-croyants. C’est ce que veulent être les évêques en retournant dans leurs pays.

Ouvrir de nouvelles voies au dialogue

Ouvrir de nouvelles voies au dialogue

 

« Le professeur Ehrlich est l’une des grandes figures du dialogue judéo-chrétien », a déclaré dans la laudatio Hans Hermann Henrix, directeur de l’université catholique d’Aix-la-Chapelle. « Marqué par sa douloureuse histoire personnelle de juif dans l’Allemagne nazie, il avait toutes les raisons de couper les ponts plutôt que d’ouvrir courageusement de nouvelles voies ». C’est un homme du dialogue, « qui ne cherche pas à effacer les différences ni les divisions, mais qui sait apprécier l’autre sans trahir ses propres convictions ». Ces paroles ont été prononcées lors de la remise du prix Klaus Hemmerle, institué pour le dixième anniversaire de la disparition de l’évêque d’Aix-la-Chapelle. Destiné à récompenser des personnes qui s’engagent pour l’unité et le dialogue au sein des Églises et entre les Églises et les religions, il a été conféré après une liturgie solennelle célébrée dans la cathédrale d’Aix-la-Chapelle par le cardinal de Prague Miloslav Vlk et par l’évêque d’Aix-la-Chapelle, Mgr Heinrich Mussinghoff.

Mgr Mussinghoff s’est réjoui du choix du premier lauréat en rappelant qu’Ernst Ehrlich a joué un rôle décisif dans la fondation du premier groupe de dialogue judéo-chrétien au sein du Comité central des catholiques allemands, où il s’est d’ailleurs lié d’amitié avec Mgr Hemmerle. Ernst Ehrlich : mon amitié avec Mgr Hemmerle Dans son discours de remerciement, Ernst Ehrlich a évoqué quelques-unes de ses rencontres avec Klaus Hemmerle, son vieil ami et compagnon. Il s’est dit impressionné par la façon dont celui-ci comprenait le judaïsme « de l’intérieur ». Sans avoir beaucoup écrit sur le dialogue judéo-chrétien, il l’a vécu intensément, avec dignité et en esprit de fraternité. Il a évoqué aussi le pape Jean-Paul II qui, de même, a réussi établir des signes d’amitié et de fraternité lors de rencontres avec des représentants du judaïsme. Le cardinal Vlk : Mgr Hemmerle, une vie pour l’unité Dans son homélie, le cardinal Vlk a mis en évidence les liens étroits entre Klaus Hemmerle et le Mouvement des Focolari, soulignant à quel point Mgr Hemmerle a été un homme d’unité, qui savait trouver les liens entre l’Église et le monde, entre les croyants et les non-croyants, les intellectuels et les ouvriers. Une capacité à vivre l’unité, à « élargir son âme sur Dieu et sur tout homme… » que lui-même attribuait à sa rencontre avec Chiara Lubich et la spiritualité du Mouvement des Focolari. Chiara Lubich : devenir apôtres du dialogue et de la communion Dans un message envoyé pour la circonstance, Chiara Lubich parle de Mgr Hemmerle comme d’un co-fondateur de cette communauté spirituelle et internationale, et invite les personnes présentes à devenir comme lui « … des apôtres du dialogue et de la communion ».

   

ENSEMBLE POUR L’EUROPE, pour contribuer à donner une âme au continent

ENSEMBLE POUR L’EUROPE, pour contribuer à donner une âme au continent

   A l’heure où se dessine l’unité de l’Europe et avec l’entrée dans l’Union de populations de l’Est et du Sud du continent, des Mouvements, Communautés et groupes de diverses Églises ou Communautés ecclésiales européennes tracent, pour la première fois dans l’histoire, un chemin de communion et de collaboration : ils veulent contribuer ensemble à l’unité spirituelle du continent, pour que l’Europe réalise sa vocation universelle de paix et d’unité entre les peuples.

Des Mouvements, Communautés et groupes chrétiens veulent rendre visible : un réseau de fraternité qui existe déjà sur tout le continent et fait éclater nationalismes et barrières historiques ; le renouveau spirituel qui découle de l’évangile vécu et se manifeste en de nombreux secteurs de la société. la contribution des peuples à une Europe des citoyens.

Dans une vaste manifestation à STUTTGART (Allemagne), au palais des sports Hanns Martin Schleyer, en liaison vidéo par satellite avec des rencontres simultanées dans une centaine de villes d’Europe.

Au programme : interventions de fondateurs et responsables de Mouvements, Communautés et groupes chrétiens, dont Chiara Lubich et Andrea Riccardi ; les pasteurs évangéliques Friedrich Aschoff et Ulrich Parzany ; le père Heikki Huttunen, orthodoxe. Avec la participation de Romano Prodi, président de la commission européenne, du cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens et de Johannes Friedrich, évêque de l’Église évangélique-luthérienne de Bavière Témoignages apportés par des Mouvements, Communautés et groupes, en réponse aux grandes questions de notre temps : la paix, un nouveau style de vie qui instaure un véritable dialogue entre Européens ; l’intégration des peuples et des différentes cultures ; les valeurs de la famille, la solidarité avec les plus pauvres en Europe et dans le monde. Les jeunes diront comment ils voient l’Europe de demain et de quelle manière ils s’engagent. Des intermèdes artistiques manifesteront la richesse de la diversité des peuples, avec entre autres : Judy Bailey, Albert Frey, Beatbetrieb, Gen Rosso, Gen Verde, la Compagnie de ballet de Liliana Cosi et Marinel Stefanescu…   La retransmission par satellite sera réalisée grâce à TELESPAZIO, CRC/Canada et MEDIA SPACE Alliance

Comment est née l’idée de la journée ENSEMBLE POUR L’EUROPE ?

* A l’occasion d’une rencontre en mai 2002 à Rome entre fondateurs et responsables de quelques Mouvements et Communautés catholiques et évangéliques, l’idée a germé d’organiser un grand rassemblement en Allemagne, pour contribuer à donner une âme à l’Europe. Les participants à cette rencontre étaient : la Communauté Sant’Egidio, le Conseil des responsables des Communautés et Mouvements évangéliques, les Cursillos de Cristiandad, le Mouvement des Focolari, le Mouvement Schönstatt, le Renouveau charismatique dans l’Église catholique (Italie), le Renouveau de l’Esprit dans l’Église évangélique (GGE) et les YMCA. * La manifestation « Ensemble pour l’Europe » se situe au carrefour de deux routes : le chemin parcouru depuis 1969 par les évangéliques avec plus de 120 Mouvements, Communautés et groupes en Allemagne, et celui parcouru par les catholiques depuis le grand rassemblement autour de Jean-Paul II, la veille de la Pentecôte 1998. A ce jour, plus de 240 Communautés et Mouvements chrétiens dans le monde sont partie prenante. * Depuis le 31 octobre 1999 – date de la signature de la Déclaration conjointe entre l’Église catholique et la Fédération luthérienne mondiale sur la Doctrine de la Justification – lors d’une rencontre au Centre œcuménique d’Ottmaring, près d’Augsbourg (Allemagne), qui réunissait des responsables de Mouvements, Communautés ou groupes catholiques et évangéliques, une nouvelle expérience de communion et de collaboration est engagée, qui s’étend aussi aux orthodoxes, aux anglicans et aux autres chrétiens. LES MOUVEMENTS, COMMUNAUTÉS ET GROUPES CHRÉTIENS D’EUROPE PRÉSENTS À STUTTGART * Nés en divers pays d’Europe avant ou après la seconde guerre mondiale, ils sont pour la plupart répandus dans toute l’Europe et dans le monde ; * Différents par leur importance, leur diffusion et leurs domaines d’action, en majorité laïcs, ils touchent des personnes de tous âges et de toutes catégories sociales ; * Ils ouvrent de larges espaces de dialogue à différents niveaux ; * Ils ont pour point commun un retour à l’authenticité de l’évangile et la conscience de ne pas être le fruit d’un projet humain, mais d’un don de l’Esprit, pour apporter une réponse aux défis de notre temps. LA MANIFESTATION S’INSCRIT DANS UNE SEMAINE IMPORTANTE POUR L’EUROPE * 1er mai : élargissement de l’Union européenne avec l’entrée de l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Slovénie, la Slovaquie, la République tchèque, la Hongrie, Malte et Chypre. * 8 mai : anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale (8 mai 1945) * 9 mai : fête de l’Europe, pour l’anniversaire de la déclaration de Robert Schuman en 1950, qui proposait la formation d’une communauté au service de la paix, précurseur de l’Union européenne.

Schoolmates (Copains de classe)

Schoolmates (Copains de classe)

Schoolmates propose deux possibilités : SE CONNAITRE : Au moyen d’un site Internet, des jeunes de différents pays peuvent correspondre et constituer un réseau international entre classes pour un échange de leurs richesses réciproques : partage de culture, langue, traditions et initiatives destinées à construire le monde uni. S’ENTRAIDER : Au moyen d’un fonds de solidarité, les classes qui le souhaitent peuvent vivre la « culture du donner » en constituant des bourses d’études en faveur de jeunes qui, dans certains pays pauvres, ne peuvent pas aller à l’école faute de pouvoir payer la scolarité.

22e rencontre internationale des évêques de différentes Eglises :

22e rencontre internationale des évêques de différentes Eglises :

Une expérience d’unité

« Bombes et missiles continuent à semer la douleur et la haine. J’ai voulu, avec mes frères évêques, entendre d’autres voix, des bombes et des missiles spirituels, plus forts, qui sèment l’amour, la concorde, la compréhension, l’unité. » Ce sont les parolesde l’évêque irakien, Mgr Shlemon Warduni, de Bagdad. Ils étaient 34 évêques orthodoxes, siro-orthodoxes, anglicans, évangéliques-luthériens et catholiques de plusieurs rites, provenant de plusieurs pays d’Europe, du Proche Orient et d’Amérique, qui ont conclu, le 1er décembre, leur rencontre annuelle qui s’est déroulée au Centre international du Mouvement des Focolari, à Rocca di Papa (Rome).

La rencontre était déplacée d’Istanbul à Rome à cause des tragiques attentats

La rencontre devait, à l’origine, avoir lieu à Istanbul et d’importantes rencontres étaient prévues, avec le Patriarche œcuménique Bartholomée Ier, le Patriarche arminien apostolique mesrob II et d’autres personnalités religieuses. Mais, à cause des attentats, le second trois jours avant le début de la rencontre, celle-ci a dû être déplacée à Rome : « Nous nous étions préparés depuis longtemps à aller à Istanbul – dit l’évêque évangélique luthérien émérite de Stokholm, Henrik Svenungsson – et les Eglises orthodoxes du lieu nous avaient préparé un grand accueil. Puis tout a changé? Mais c’est déjà décidé : Istanbul sera la destination de notre prochaine rencontre. »

« La haine détruit les programmes et coupe les routes mais l’émour crée de nouveaux programmes et ouvre de nouvelles routes »,a commenté le promoteur de la rencontre, le cardinal Miloslav Vlk. La rencontre née d’une profonde souffrance a porté beaucoup de fruits. »

Le message du Patriarche œcuménique de Constantinople

Un très beau message est arrivé du Patriarche œcuménique Bartholomée Ier. Citant Jean-Paul II, il répète que « l’humanité a besoin de ponts et non de murs », et il poursuit : « Nous aurions voulu être au milieu de vous et vous parler face à face , pour que notre joie soit complète. » « Mais cette opportunité nous a été enlevée de manière imprévue et violente. »

Il a souligné le contexte particulier de la rencontre : « En ces temps qui se distinguent par un manque de stabilité et de sécurité (…), c’est un motif de joie, très prometteur, qu’il y ait des personnes, des organisations ou des Mouvements, comme le cher Mouvement des Focolari, qui se soient rendu compte que l’unité entre eux et l’unité du monde en Christ est l’élément fondamental de la vérité et de la vie. Mais il est encore plus prometteur qu’ils aient fait de la réalisation de cette unité le motif principal de leur activité. »

Chiara Lubich sur le thème

« La présence de Jésus au milieu des siens et le « dialogue de la vie »

Jour après jour, les évêques ont vécu le « dialogue de la vie » et ils ont expérimenté comme il porte en lui la faculté de potentialiser les différentes dimensions de l’œcuménisme. Avant tout « la prière en commun », au cours des célébrations liturgiques des différentes Eglises qui ont recueilli les trésors spirituels des différentes traditions. Et le dialogue de la charité, de « l’accueil réciproque. »

Le thème du Congrès des évêques était la rencontre avec « Jésus, spirituellement présent dans la communauté, là où deux ou plus sont unis en son nom, c’est-à-dire dans son amour. » Chiara Lubich a approfondi cette réalité avec une intervention sur « La présence du Christ Au milieu des siens et le ’dialogue de la vie’ ».

Se référant aux 60 années d’histoire du Mouvement des Focolari, la fondatrice a mis en évidence la manière dont les personnes entraînées dans cette aventure, dès le début, étaient portées à donner vie partout à des cellules vivantes du Corps mystique. « Se sont formées ainsi et se forment – a-t-elle dit -, dans l’Eglise catholique, dans les autres Eglises entre membres de différentes Eglises des parcelles de chrétienté unies au nom de Jésus, en attente du dernier lien d’unité, l’Eucharistie, lorsque Dieu le voudra. » C’est l’expérience du « dialogue de la vie », du « dialogue du peuple », « car nous sentons que nous composons entre nous ’un unique peuple chrétien’ qui concerne les laïcs mais aussi des moines, des religieux, des diacres, des prêtres, des pasteurs, des évêques ».

Et Jésus au milieu des siens a été, en effet, la grande expérience de cette rencontre. La promesse de Matthieu 18,20, Jésus au milieu des siens, est apparue comme la voie pour regarder avec espérance notre époque, la clef pour porter l’esprit de l’Evangile à l’humanité d’aujourd’hui : aux familles et aux jeunes, à la politique, aux médias, à l’économie, au monde de la culture, comme l’ont montré de nombeux témoignages.

L’évêque évangélique-luthérien, Helge Klassohn, a commenté : « C’est la première fois que je rencontre le Mouvement des Focolari. Je pense que cette communuaté œcuménique est très importante : elle ne nous confime pas seulement dans notre service mais est aussi un signe pour le chemin de l’Eglise. »

Chiara Lubich sur le thème

« La présence de Jésus au milieu des siens et le « dialogue de la vie »

Jour après jour, les évêques ont vécu le « dialogue de la vie » et ils ont expérimenté comme il porte en lui la faculté de potentialiser les différentes dimensions de l’œcuménisme. Avant tout « la prière en commun », au cours des célébrations liturgiques des différentes Eglises qui ont recueilli les trésors spirituels des différentes traditions. Et le dialogue de la charité, de « l’accueil réciproque. »

Le thème du Congrès des évêques était la rencontre avec « Jésus, spirituellement présent dans la communauté, là où deux ou plus sont unis en son nom, c’est-à-dire dans son amour. » Chiara Lubich a approfondi cette réalité avec une intervention sur « La présence du Christ Au milieu des siens et le ’dialogue de la vie’ ».

Se référant aux 60 années d’histoire du Mouvement des Focolari, la fondatrice a mis en évidence la manière dont les personnes entraînées dans cette aventure, dès le début, étaient portées à donner vie partout à des cellules vivantes du Corps mystique. « Se sont formées ainsi et se forment – a-t-elle dit -, dans l’Eglise catholique, dans les autres Eglises entre membres de différentes Eglises des parcelles de chrétienté unies au nom de Jésus, en attente du dernier lien d’unité, l’Eucharistie, lorsque Dieu le voudra. » C’est l’expérience du « dialogue de la vie », du « dialogue du peuple », « car nous sentons que nous composons entre nous ’un unique peuple chrétien’ qui concerne les laïcs mais aussi des moines, des religieux, des diacres, des prêtres, des pasteurs, des évêques ».

Et Jésus au milieu des siens a été, en effet, la grande expérience de cette rencontre. La promesse de Matthieu 18,20, Jésus au milieu des siens, est apparue comme la voie pour regarder avec espérance notre époque, la clef pour porter l’esprit de l’Evangile à l’humanité d’aujourd’hui : aux familles et aux jeunes, à la politique, aux médias, à l’économie, au monde de la culture, comme l’ont montré de nombeux témoignages.

L’évêque évangélique-luthérien, Helge Klassohn, a commenté : « C’est la première fois que je rencontre le Mouvement des Focolari. Je pense que cette communuaté œcuménique est très importante : elle ne nous confime pas seulement dans notre service mais est aussi un signe pour le chemin de l’Eglise. »

Un riche échange de dons

Ouverture de la rencontre à l’abbaye greque byzantine de Saint Nil Plus de 60 évêques étaient inscrits pour participer à la rencontre d’Istanbul ; 34 d’entre eux ont réussi, au dernier moment, à changer leurs programmes et à venir à Rome. Mais il y a eu là aussi un accueil tout spécial, avec une célébration d’ouverture solennelle et joyeuse, à l’abbaye catholique de rite byzantin de Saint Nil, fondée il y a mille ans, en 1004. . Message du Pape et dialogue avec le cardinal Kasper Le cardinal Walter Kasper, Président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, a accueilli les évêques au Vatican, au siège de ce Conseil. Il a tout de suite lu le message que le Pape leur avait envoyé : « … Je vous accueille avec une grande affection (…), l’Eglise de Pierre et Paul à Rome et je vous offre l’hospitalité réservée aux frères dans le Christ ». Faisant référence au mot d’ordre du Congrès : « Vous êtes tous un dans le Christ Jésus (Ga 3,24), le Pape en a souligné le thème : « Il s’agit d’un thème plus que jamais actuel : il peut fournir une réponse aux grandes lacérations qui meurtrissent le monde d’aujourd’hui. » Le card. Kasper a ensuite entamé avec les évêques un dialogue intense et ouvert dans tous les domaines, traçant un cadre interessant des relations œcuméniques actuelles de l’Eglise catholique : relations marquées par le dialogue théologique mais aussi par un esprit de participation aux joies et aux souffrances des autres Eglises. Et là, il a focalisé l’attention sur l’espérance qui, malgré les difficultés, traverse les innombrables démarches œcuméniques et sur la contribution que le Mouvement des Focolari leur apporte. Il a ensuite encouragé les évêques à poursuivre le « dialogue de la vie » caractéristique du Mouvement des focolari et de sa spiritualité. Le « dialogue théologique », a-t-il dit, doit toujours être accompagné d’une forte spiritualité œcuménique : « Ce dialogue de la vie est pour nous essentiel, a-t-il affirmé encore, car nous ne sommes pas seulement divisés sur la doctrine, nous ne nous connaissons pas ; nous devons vivre ensemble pour nous connaître et devenir des amis. Je suis très reconnaissant aux focolarini qui offrent un modèle de cet oecuménisme de la vie et de l’amitié. » Message de l’archevêque de Cantorbery et visite au Centre anglican de Rome Un autre rendez-vous significatif a eu lieu au Centre anglican – au Palais Doria Pamphili de Rome -, où le nouveau directeur, l’évêque John Flack qui participait à la rencontre, a accueilli le groupe des évêques. Il a affirmé que le lien avec le focolare est essentiel pour lui, dans la nouvelle tâche qui lui est confié. Il a remis aux évêques un message de Rowan Williams, l’archevêque de Cantorbery, qui soulignait notamment : « Il n’est pas nécessaire de vous rappeler que l’amour de Dieu, exprimé de manière tangible, n’a jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui, dans ce monde troublé et divisé. » Et il les assurait de ses prières « pour votre réflexion commune sur l’approfondissement des idéaux inspirateurs de Chiara Lubich ». A l’Eglise greque orthodoxe de Rome et au siège de la communauté luthérienne suédoise La participation aux Vêpres pour la fête de saint André, fondateur et patron du Patriarcat œcuménique, à l’Eglise greque orthodoxe de Saint André de Rome et la visite à la Maison de sainte Brigitte où vécut cette sainte du 12e siècle, et qui accueille à présent l’Eglise de la communauté luthérienne suédoise, ont offert d’autres occasions d’une meilleure connaissance réciproque. Visite aux catacombes et pacte de l’amour réciproque Un autre moment fondamental de la rencontre a été la visite aux catacombes de Domitille, lieu de racines communes avec l’Eglise des premiers chrétiens. Dans un climat recueilli et solennel, moment de grande émotion : les évêques ont scellé entre eux, justement en ce lieu, un pacte d’amour réciproque, en se promettant de s’aimer l’un l’autre, avec la mesure donnée par Jésus, afin que la croix de l’un devienne celle de l’autre, la joie de l’un celle de l’autre, de manière à aimer l’Eglise d’autrui comme la sienne. A été revécu là, d’une certaine manière, ce qui est écrit des premiers chrétiens d’Antioche : « La multitude des croyants avait un seul cœur et une seule âme » (act 4,32).

Meilleurs vœux pour un Noël et une nouvelle Année de Paix !

Meilleurs vœux pour un Noël et une nouvelle Année de Paix !

  Pour que l’humanité puisse continuer à vivre nous devons avoir le courage « d’inventer la paix ». Nous nous sommes sûrement demandé comment les kamikazes peuvent en venir à sacrifier leur vie pour la cause du terrorisme. Nous devrions être capables de donner notre vie Pour la cause de cet immense idéal qu’est l’amour pour Dieu et pour nos frères. Un amour à la portée de tous, parce que l’amour fraternel est inscrit dans le cœur de tout homme. On verrait alors fleurir partout cette fraternité que Jésus a apportée sur la terre en se faisant notre frère et en nous faisant frères les uns des autres. Peut-être la providence divine se sert-elle aussi des destructions et des catastrophes pour susciter un sursaut inattendu des consciences et des énergies insoupçonnées afin de construire une paix nouvelle et de « redonner souffle » à l’humanité. Bon Noël, un Noël de Paix ! Chiara Lubich

7 décembre 1943 : « le début d’une aventure imaginée par un Autre »

7 décembre 1943 : « le début d’une aventure imaginée par un Autre »

   Après avoir lu le message du pape, et après l’interminable applaudissement qui a suivi, le président du Conseil pontifical pour les laïcs a développé quelques pensées de Jean-Paul II, en particulier les raisons de son action de grâces « pour cet immense don qu’on appelle le charisme ». Il définit le charisme comme « la chose la plus précieuse qui vous a été confiée par l’intermédiaire de la fondatrice du Mouvement : Chiara ». Merci « au Seigneur pour ce qu’il a fait avec vous pendant ces 60 ans, pour les grandes œuvres de Dieu », et pour le sens des responsabilités que comporte le don : fidélité et accueil radical « avec une totale ouverture à Dieu pour se laisser guider par la grâce du charisme et avec un approfondissement continuel de ce don pour lui faire porter du fruit dans la vie personnelle, dans la vie de l’Église et du monde ». Mgr Rylko a fait remarquer qu’un « charisme est complet dès le début, mais que le fondateur lui-même n’en connaît pas les détails. Si vous demandiez à Chiara si le 7 décembre 1943 elle avait l’intention de fonder un mouvement, elle vous répondrait : “Sûrement pas !” ». Cette date – a-t-il rappelé – « a été le début d’une aventure imaginée par un Autre. C’est l’Esprit Saint lui-même qui dévoile petit à petit l’immense richesse contenue dans le charisme ». Ainsi, « la garantie de la jeunesse et de la fraîcheur permanente d’un charisme réside dans le fait qu’il surprend toujours par les nouveautés qu’il dévoile à nos yeux », parce que « lorsque l’Esprit Saint intervient, il étonne toujours ». Mgr Rylko a terminé en soulignant l’importance de la mémoire des « événements fondateurs » qui sont à l’origine d’un mouvement. Dans cette « mémoire se trouvent la force et la lumière qui permettent de cheminer et d’avancer dans la certitude que le Seigneur est avec nous ». Puis il a souhaité à Chiara Lubich « beaucoup de forces pendant de longues années encore ».

Un centre de spiritualité et d’études sur le lieu où, selon la tradition, Jésus a prononcé la prière de l’unité

Un centre de spiritualité et d’études sur le lieu où, selon la tradition, Jésus a prononcé la prière de l’unité

  Pour ce soixantième anniversaire, nous avons appris qu’en signe d’unité, un centre de spiritualité et d’études des Focolari allait pouvoir se construire dans le vieux Jérusalem, à côté de l’escalier de pierre où, selon la tradition, Jésus aurait demandé l’unité au Père. A cette occasion, les membres du Mouvement dans le monde ont recueilli les premiers fonds destinés à la réalisation de ce projet. Le mois dernier, un accord a été signé par lequel le patriarche latin de Jérusalem concède aux Focolari, à usage perpétuel, une parcelle de terrain située tout près de « cet escalier ».

C’est un rêve vieux de cinquante ans qui se réalise. Il date de la première visite de Chiara Lubich en Terre Sainte, en 1956. C’est en fait dans cette page de l’évangile, lue dans un refuge durant la seconde guerre mondiale, que Chiara et ses premières compagnes ont découvert le but de leur vie. Depuis 25 ans, le Mouvement des Focolari est présent en Israël avec quelques centres à Jérusalem et à Haïfa, qui contribuent à porter la paix.

PAROLE DE VIE DE DECEMBRE 2003

En cette période de l’Avent, qui nous prépare à Noël, la figure de Jean le Baptiste nous est proposée. Dieu l’avait envoyé préparer le chemin du Messie. À ceux qui accouraient vers lui, il demandait un profond changement de vie : « Produisez donc des fruits qui témoignent de votre conversion ». Et à ceux qui lui demandaient : « Que nous faut-il donc faire ? », il répondait :

« Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même. »

Pourquoi donner à l’autre ce qui m’appartient ? Créé par Dieu, tout comme moi, l’autre est mon frère, ma sœur ; il fait donc partie de moi. « Je ne peux pas te faire de mal sans me blesser » disait Gandhi. Nous avons été créés comme un cadeau les uns pour les autres, à l’image de Dieu, qui est Amour. La loi divine de l’amour est inscrite dans nos veines. Jésus, en venant au milieu de nous, nous l’a révélé clairement en nous donnant son nouveau commandement : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés ». C’est la « loi du Ciel », la vie de la Trinité reproduite sur la terre, le cœur de l’Evangile. De même que le Père, le Fils et l’Esprit Saint vivent au Ciel une pleine communion, au point de n’être qu’un, ainsi sur terre nous sommes nous-mêmes dans la mesure où nous vivons la réciprocité de l’amour. Et tout comme le Fils dit au Père : « Tout ce qui est à toi est à moi », entre nous l’amour s’actualise pleinement lorsque nous partageons non seulement nos biens spirituels mais aussi nos biens matériels.
Les besoins de notre prochain sont aussi les nôtres. Quelqu’un manque de travail ? C’est comme si je n’en avais pas. La maman d’un autre est malade ? Je l’aide comme si c’était la mienne. D’autres ont faim ? C’est comme si moi j’avais faim et je cherche à leur trouver de la nourriture, comme je le ferais pour moi.
C’est l’expérience des premiers chrétiens de Jérusalem : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avait qu’un seul cœur et qu’une seule âme et nul ne considérait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en commun ». Cette communion des biens, sans être obligatoire, était vécue toutefois entre eux intensément. Il ne s’agissait pas, comme l’expliquera l’apôtre Paul, de mettre quelqu’un dans la gêne pour en soulager d’autres, mais « d’établir l’égalité ».
Saint Basile de Césarée disait : « C’est à l’affamé qu’appartient le pain que tu mets de côté ; à l’homme nu le manteau que tu gardes dans tes malles ; aux indigents l’argent que tu tiens bien caché ». Et saint Augustin : « Le superflu des riches appartient aux pauvres ». « Les pauvres aussi ont de quoi s’aider les uns les autres : l’un peut prêter ses jambes au boiteux, l’autre prêter ses yeux à l’aveugle pour le guider ; un autre encore peut visiter les malades. »

« Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même. »

Cela nous pouvons encore le vivre aujourd’hui, comme les premiers chrétiens. L’Évangile n’est pas une utopie. C’est ce que montrent, par exemple, les nouveaux mouvements d’Eglise que l’Esprit Saint a suscités pour rapporter la fraîcheur et l’aspect radical de l’Evangile tel que le vivaient les premiers chrétiens, afin de répondre aux grands défis de la société actuelle, où les injustices et la pauvreté sont si fortes.
Je me souviens du début du Mouvement des Focolari, lorsque le nouveau charisme nous enflammait d’un grand amour pour les pauvres. Lorsque nous les rencontrions dans les rues, nous notions leur adresse dans un carnet pour aller ensuite les aider. Ils étaient Jésus : « C’est à moi que vous l’avez fait ». Après les avoir visités dans leurs taudis, nous les invitions à manger chez nous. Pour eux, nous mettions la plus belle nappe, les meilleurs couverts, la meilleure nourriture. A notre table, dans le premier focolare, prenaient place côte à côte une focolarine et un pauvre, une focolarine et un pauvre…
À un moment donné il nous sembla que le Seigneur nous demandait de devenir pauvres pour servir les pauvres et tous les hommes. Alors, dans une pièce du premier focolare chacune a mis au centre ce qu’elle pensait avoir en trop : un gilet, une paire de gants, un chapeau, ou même un manteau… Et aujourd’hui, des entreprises inventent une autre façon de donner aux pauvres en leur distribuant une partie de leurs bénéfices et en créant des emplois.

« Si quelqu’un a deux tuniques, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; si quelqu’un a de quoi manger, qu’il fasse de même. »

Nous avons tant de richesses à mettre en commun. En sommes-nous bien conscients ? Pour cela, nous devons former notre sensibilité, apprendre à aider concrètement, et vivre ainsi la fraternité. Nous avons de l’affection à donner, de la cordialité à manifester, de la joie à communiquer. Nous avons du temps à donner, des prières, des richesses intérieures à mettre en commun, de vive voix ou par écrit ; mais nous avons aussi parfois des objets, des sacs, des stylos, des livres, de l’argent, des maisons, des voitures à mettre à disposition… Nous accumulons peut-être beaucoup d’objets, pensant qu’ils nous seront peut-être utiles un jour. Mais en attendant, certains autour de nous en ont un besoin urgent.
De même que chaque plante n’absorbe que la quantité d’eau dont elle a besoin, cherchons nous aussi à n’avoir que ce qui nous est nécessaire. Et même si nous nous rendons compte qu’il nous manque quelque chose, mieux vaut être un peu pauvre qu’un peu riche. « Si nous nous contentions tous du nécessaire, disait saint Basile, et si nous donnions notre superflu à ceux qui en ont besoin, il n’y aurait plus ni riche ni pauvre. »
Essayons de vivre ainsi. Jésus ne manquera certainement pas de nous faire arriver le centuple ; nous pourrons continuer de donner. À la fin, il nous dira que tout ce que nous avons donné, c’est à lui que nous l’avons donné.

Chiara LUBICH

 

«Vivre l’espérance dans la société mondiale du risque»

«Vivre l’espérance dans la société mondiale du risque»


Les ACLI, un organisme représentatif de la vie associative catholique italienne, organisent chaque année un Congrès national pour approfondir les défis culturels, économiques et politiques du monde actuel et préparer la réponse spécifique des catholiques.
Le Congrès de cette année se tenait à Orvieto du 5 au 7 septembre et avait pour titre : « Vivre l’espérance dans la société mondiale du risque ». 400 personnalités du monde de la culture et de la politique internationales y participaient.
Le président Louis Bobba a invité Chiara : « S’agissant d’espérance, je ne pouvais pas ne pas penser à une femme qui incarne cette vertu. »
La session consacrée aux défis multiculturels a été introduite par le message vidéo de Chiara.
« Le modèle de l’unité appliqué – a affirmé Chiara – constitue une énorme ressource pour la mondialisation aujourd’hui en cours, parce qu’il contient en germe un modèle d’intégration entre les peuples et une méthode pour l’atteindre : l’amour réciproque.
Il fait naître l’exigence de mettre à disposition de tous les peuples les biens de la création, qui sont des dons de Dieu, et de mettre fin de cette manière au sous-développement de certains et au sur-développement des autres : c’est l’idée de la communion, de la fraternité universelle qui se réalise. »

Un nouvel élan sur le chemin de la communion

Un nouvel élan sur le chemin de la communion


Le 12 septembre, Chiara Lubich et Andrea Riccardi ont été invités par la présidente de l’Action Catholique, Paola Bignardi, et par son aumônier général, Mgr Francesco Lambiasi, à intervenir à l’Assemblée nationale extraordinaire. Réunie pour modifier les Statuts inchangés depuis 1969, elle a opéré un tournant vers une plus grande communion et a donné un nouvel élan missionnaire, tout en maintenant le caractère diocésain des activités et de la structure de l’Action Catholique. Dans son message, le pape leur a déclaré : « L’Église a besoin de vous, elle a besoin de laïcs qui ont trouvé dans l’Action Catholique une école de sainteté et qui y ont appris à vivre l’évangile de manière authentique dans leur vie quotidienne ». La présidente nationale, dans une interview à Città Nuova, a souligné que les relations avec les mouvements et les nouvelles communautés d’Église ont besoin d’être renouvelées. Elle précisait, qu’on ne peut plus se borner à « vivre en paix les uns à côté des autres, mais qu’il faut rechercher une voie qui nous permette de vivre les uns pour les autres, les uns avec les autres ». La salle de la Domus Pacis, à Rome, accueillait plus de 800 délégués venant de plus de 200 diocèses italiens, dans une atmosphère détendue, joyeuse et profonde. On sentait, dans la façon d’accueillir Chiara et Andrea Riccardi, le nouveau climat qui s’est instauré. Chiara, invitée à la table de la présidence, a commencé son discours en disant : « Je connais bien l’Action Catholique pour avoir passé une bonne partie de ma jeunesse dans ses rangs. L’Association vivait alors des années de grâce, car Armida Barelli et ses compagnes étaient vivantes. C’étaient pour moi des années heureuses, car j’ai participé à de nombreuses rencontres à Trente, ma ville natale, et à des congrès pour la jeunesse étudiante où j’ai reçu une solide formation chrétienne de base. » Elle a retracé les étapes de la communion qui s’est instaurée entre les mouvements et les communautés nouvelles depuis la Pentecôte 1998 et, pour finir, a posé cette question : « Le moment est-il venu de commencer ce que le Saint-Père désire de l’Action Catholique, du Mouvement des Focolari et des autres Mouvements ? Au nom du Mouvement des Focolari, que je représente, je peux dire que nous sommes disponibles. Que l’Esprit Saint vous en indique, à vous, chers frères et sœurs, les temps et les moyens. » La réponse positive de la présidente et les applaudissements de l’assemblée ont été immédiats. Andrea Riccardi a parlé de la « dette que nous avons envers ce grand laboratoire chrétien qu’est l’Action Catholique ». Il a souhaité que s’instaure une « communion plus profonde, vécue dans la conscience de la mission d’aujourd’hui. » Paola Bignardi a terminé ainsi : « Merci du témoignage d’amitié que vous nous avez apporté, à une époque de communion et de dialogue qui, loin d’être un nivellement des différences, est un enrichissement mutuel. »

JOURNEE MONDIALE DE L’INTERDEPENDANCE


Monsieur le Gouverneur de Pennsylvanie, Monsieur Edward Rendell, Monsieur le Professeur Barber, Mesdames, Messieurs, C’est un grand honneur pour moi que de pouvoir m’adresser par ce message au public si qualifié rassemblé ici à Philadelphie pour déclarer sa décision de vouloir construire un monde plus uni, plus juste, plus fraternel. Ne pouvant être présente comme je l’aurais désiré, permettez-moi de vous offrir par ce message quelques réflexions. Au cours d’un entretien chaleureux que j’ai eu avec le professeur Benjamin Barber, à Rome en juin dernier, j’ai adhéré bien volontiers et avec joie à cette première Journée mondiale de l’Interdépendance. L’interdépendance évoque pour moi un Idéal qui m’est cher et pour lequel j’ai décidé – avec d’autres personnes de bonne volonté engagées dans la politique, l’économie et les différents secteurs de l’activité et du savoir humains – de consacrer ma vie : l’unité de la famille humaine. Au lendemain du 11 septembre, nous avons été nombreux à ressentir le besoin de réfléchir aux causes profondes [de ces attentats], mais aussi de d’offrir une alternative authentique, responsable, résolue, à la terreur et à la guerre. En ce qui me concerne j’ai un peu revécu l’expérience de destruction et j’ai éprouvé la même sensation d’impuissance que j’avais à Trente, pendant les bombardements de la seconde guerre mondiale. Car c’est sous les bombardements que mes premières compagnes et moi-même avons découvert la page lumineuse de l’Évangile sur l’amour réciproque et que nous nous sommes déclaré réciproquement que nous étions prêtes à donner la vie les unes pour les autres. C’est au milieu des décombres que, convaincues que « l’amour triomphe de tout », nous avons eu le désir de répandre cet amour le plus possible autour de nous, sans distinction de conditions sociales, de cultures ni de convictions religieuses. De même, nous sommes nombreux aujourd’hui à nous demander – à New York comme à Bogota, à Rome comme à Nairobi, à Londres comme à Bagdad – s’il est possible de vivre dans un monde de peuples libres, égaux, unis qui, non seulement prônent le respect de l’identité de l’autre, mais s’occupent aussi de leurs nécessités. La réponse n’est pas équivoque : non seulement c’est possible, mais c’est l’essence même du projet politique de l’humanité. L’objectif même de la politique est l’unité des peuples dans le respect des multiples identités. Aujourd’hui la violence des terrorismes, la guerre, l’injuste répartition des ressources du monde et les inégalités sociales et sociales sembleraient remettre cela en question. De nombreux points de la terre monte aujourd’hui le cri d’abandon de millions de réfugiés, de millions d’affamés, de millions d’exploités, de millions de chômeurs qui sont exclus, coupés du corps politique. C’est cette séparation, plus encore que les privations et les difficultés économiques, qui est leur vraie pauvreté et qui augmente, si c’est possible, leur désespoir. La politique n’aura pas atteint son but, elle ne sera pas conforme à sa vocation tant qu’elle n’aura pas reconstruit l’unité et soigné les plaies béantes dans le corps politique de l’humanité. Mais comment atteindre un tel objectif qui semble au-delà de nos forces ? La liberté et l’égalité, face aux défis du présent et de l’avenir de l’humanité, ne suffisent pas. Notre expérience nous enseigne qu’il y faut un troisième élément, longtemps ignoré de la pensée et de la pratique politique : la fraternité. Sans la fraternité, aucun homme et aucun peuple n’est vraiment libre ni égal aux autres. L’égalité et la liberté seront toujours incomplètes et précaires tant que la fraternité ne sera pas partie intégrante des programmes et des processus politiques dans toutes les régions du monde. Chers amis, le nom de la ville où vous êtes rassemblés – Philadelphie – n’évoque-t-il pas un programme d’amour fraternel ? C’est la fraternité qui peut donner aujourd’hui de nouveaux contenus à l’interdépendance. C’est la fraternité qui peut susciter des projets et des actions dans l’enchevêtrement complexe de la politique, de l’économie, de la culture et du social de notre monde. C’est la fraternité qui fait sortir les peuples de l’isolement et leur ouvre la porte du développement. C’est la fraternité qui indique comment résoudre de façon pacifique les dissensions et qui relègue la guerre dans les livres d’histoire. C’est par la fraternité vécue que l’on peut rêver et même espérer une certaine communion des biens entre les pays riches et pauvres, puisque le déséquilibre scandaleux qui existe aujourd’hui dans le monde est l’une des causes principales du terrorisme. Le besoin profond de paix exprimé par l’humanité d’aujourd’hui prouve que la fraternité n’est pas seulement une valeur, une méthode, mais un modèle universel du développement politique. Voilà pourquoi un monde qui est toujours davantage interdépendant a besoin d’hommes politiques, d’entrepreneurs, d’intellectuels et d’artistes qui mettent la fraternité – instrument d’unité – au centre de leur action et de leurs pensées. C’était le rêve de Martin Luther King que la fraternité devienne l’ordre du jour d’un homme d’affaires et le mot d’ordre d’un gouvernant. Chers amis, comme les relations entre les personnes et les groupes, et les peuples changeraient si nous étions conscients que nous sommes tous fils d’un seul Père, Dieu, qui est Amour, qui aime chacun personnellement et immensément et qui prend soin de tous ! Cet amour, conjugué dans des modes infinis, y compris politique et économique, conduirait à dépasser d’étroits nationalismes et des visions partielles, ouvrirait les esprits et les cœurs des peuples et de leurs gouvernants, incitant chacun – comme je l’ai dit dans mon intervention aux Nations Unies à New York en 1997 – à aimer la patrie d’autrui comme la sienne. Telle est l’expérience de plusieurs décennies du Mouvement des Focolari désormais présent en 182 pays du monde et auquel adhèrent des millions de personnes de toutes les latitudes. Je souhaite à ceux qui ont adhéré à cette première Journée mondiale de l’interdépendance qu’elle soit pour eux une occasion de renouveler leur résolution de vivre et de travailler ensemble pour l’unité de la famille humaine, avec confiance et détermination et en ne cessant de se soutenir les uns les autres. Chiara Lubich

Citoyens du monde pour construire l’avenir

Citoyens du monde pour construire l’avenir

« We, the people of the world… »
« Nous, le peuple du monde, nous déclarons notre interdépendance comme individus et membres de communautés et de nations différentes. Nous nous engageons à être citoyens d’une unique ville-monde… »

En 1776, les pères fondateurs des Etats-Unis avaient signé à Philadelphie la déclaration d’indépendance. Se séparant et se distinguant du Vieux Monde, l’Amérique trouvait ainsi sa liberté et son autonomie.
Plus de deux siècles après, au lendemain de la tragédie du 11 septembre, les Américains se sont redécouverts fragiles. En Afghanistan comme en Irak, la force des armes a répondu à la terreur, semant une autre terreur.
Deux ans plus tard, après deux guerres déclarées au nom de la lutte contre le terrorisme, L’Amérique et le monde se sentent aujourd’hui encore moins en sécurité.

L’événement qui a eu lieu le 12 septembre 2003 à Philadelphie revêt une signification hautement symbolique : en face du palais où a été signée il y a 227 ans la déclaration d’indépendance des Etats-Unis, un nouveau document a été signé, la Déclaration d’interdépendance. Une résolution partagée par de nombreux Américains qui proclament leur foi dans le multilatéralisme, dans le dialogue entre les cultures, dans la nécessité d’une citoyenneté universelle.
L’initiative en revient à Benjamin Barber, politologue et professeur à l’université de Maryland, ancien conseiller politique de Bill Clinton. Des leaders politiques internationaux, des intellectuels, des artistes et de simples citoyens ont déclaré être « citoyens du monde » et endosser la responsabilité de construire un avenir valable pour la famille humaine.

Face à l’interdépendance négative qui s’est manifestée par le terrorisme international et des épidémies comme le sida et le SRAS, ils mettent en avant une interdépendance positive de citoyens universels qui soient les promoteurs du bien commun. « Nous devons opposer à la guerre préventive une démocratie préventive », explique Benjamin Barber.
Il y a deux siècles, l’Amérique a trouvé sa liberté en se déparant du Vieux Monde : « Aujourd’hui, au contraire, nous ne pouvons trouver la liberté qu’en travaillant pour la liberté de tous ».

C’est donc une exigence de passer de l’indépendance à l’interdépendance, en encourageant un mouvement de la base qui transforme les individus en citoyens du monde en relation les uns avec les autres.

Le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, l’ancien président de la République tchèque Vaclav Havel, la fondatrice du Mouvement des Focolari Chiara Lubich, le maire de Rome Walter Veltroni…, ont envoyé leur message d’adhésion à la déclaration.
« C’est la fraternité – a souligné la fondatrice des Focolari dans son message, lu au cours de la cérémonie à Philadelphie – qui peut donner aujourd’hui de nouveaux contenus à l’interdépendance ».
Cette journée de haute valeur symbolique qui s’est vécue à Philadelphie a montré la volonté et l’engagement de nombreuses personnes pour le bien commun et la fraternité de la famille humaine.

Au même moment, l’Interdependence Day, le jour de l’interdépendance, était célébré en d’autres points des Etats-Unis, comme l’université du Maryland, le College Park, l’université Roosevelt de Chicago et le Suny-Stonybrook à New York, ainsi qu’à Budapest, où Ivan Vitanyi, membre du Parlement, secondé par Arpad Goencz, premier président démocratique de Hongrie, a animé une table ronde consacrée à l’interdépendance.
En 2004, il est prévu de célébrer le jour de l’interdépendance à Rome, à Calcutta, à Johannesburg, à Pékin et dans d’autres grandes métropoles.

Silences d’amour

J’effectuais des gardes de nuit à l’hôpital avec un autre médecin qui se disait chrétien, mais qui n’était pas pratiquant et qui se moquait souvent de moi en voyant que j’allais à la messe presque tous les jours. Nous devions rester à disposition toute la nuit, mais il partait à la fin de l’après-midi et je restais seul, et ça me faisait beaucoup de travail en plus. C’était injuste, mais : « Heureux les pauvres en esprit… », et j’ai essayé de garder avec lui une attitude ouverte, sans le juger, un mois…, puis deux… Un jour, il me dit qu’il voulait venir à la messe avec moi parce que, « ces derniers mois, à ta façon d’aimer en silence, j’ai beaucoup appris ». A partir de ce jour, il n’a plus quitté l’hôpital avant l’heure et il faisait attention à ce que je ne me fatigue pas trop pendant la nuit. A une autre période, j’ai partagé ma chambre à l’hôpital avec un médecin musulman. Il me faisait souvent remarquer que nous vivions le carême d’une façon beaucoup plus légère qu’eux le ramadan. J’ai appris un jour que sa mère était morte depuis un an et qu’il n’avait plus personne pour s’occuper de ses vêtements. J’avais remarqué en effet que sa chemise était souvent sale et qu’il lui manquait des boutons. Une nuit, je lui ai lavé sa chemise, je l’ai repassée et j’y ai recousu des boutons. Le lendemain, il avait du mal à la reconnaître et a demandé qui avait fait cela. Quand il a su que c’était moi, il m’est tombé dans les bras en disant : « Maintenant, je comprends. En aimant en silence, tu as donné à la “mortification” un sens beaucoup plus profond que ce que je m’imaginais ».

PAROLE DE VIE DE NOVEMBRE 2003

Jésus commence sa vie publique. Il invite à la conversion, annonce l’avènement du royaume de Dieu, guérit les malades. Les foules commencent à la suivre. Il gravit alors une montagne et annonce son programme de vie. C’est ce qu’on appelle « le sermon sur la montagne ».
Dès les premiers mots, la nouveauté du discours de Jésus apparaît. Qui proclame-t-il bienheureux ? Les riches, les puissants, les influents ? Non : les humbles, les petits, ceux qui ont le cœur pur, qui pleurent, qui sont opprimés. Cela inverse notre manière de juger, surtout dans une société comme la nôtre qui exalte la consommation, le plaisir, le prestige… C’est cela, la « bonne nouvelle » qui donne joie et espérance aux plus petits, qui incite à faire confiance à l’amour de Dieu, lui qui se rend proche de ceux qui connaissent l’épreuve et la souffrance. Cette annonce de joie et de salut est déjà contenue dans la première des huit béatitudes, celle qui assure le royaume de Dieu aux pauvres de cœur :

« Heureux les pauvres de cœur… »

Mais que signifie donc « être pauvres de cœur » ? Tout simplement être détachés de ce que nous possédons, des créatures, de nous-mêmes… Autrement dit, nous désencombrer de ce qui nous empêche de nous ouvrir à Dieu, à sa volonté. Et aussi de nous ouvrir au prochain en nous faisant un avec lui, pour l’aimer comme nous-mêmes, disposés à tout laisser : père, mère, « champs » et patrie, si Dieu nous le demande.
En étant « pauvres de cœur », nous plaçons notre confiance non dans les richesses, mais dans l’amour de Dieu et sa providence. Bien souvent, nous sommes « encombrés » de préoccupations pour notre santé, nos proches, notre travail, telle ou telle décision à prendre, les incertitudes de l’avenir. Tout ceci peut bloquer notre âme et l’amener à se refermer sur elle-même, l’empêchant ainsi de s’ouvrir à Dieu et aux autres. Eh bien, c’est dans ces moments de doute que le « pauvre de cœur » croit à l’amour de Dieu et dépose en lui toutes ses préoccupations, se confiant à son amour de Père.
Comment devenir « pauvres de cœur » ? En nous laissant guider par l’amour des autres. Alors nous partageons, nous mettons tout ce que nous avons à la disposition des autres : un sourire, notre temps, nos biens, nos capacités. Quand on a tout donné par amour, on est pauvre, vide, libre. On n’est plus rien, on a le cœur pur.
Une telle pauvreté, fruit de l’amour, devient à son tour source d’amour : en étant vide de soi-même, et donc libre, on peut accueillir pleinement la volonté de Dieu, de même que chaque frère que nous rencontrons.
À ceux qui vivent cette pureté, cette pauvreté de l’esprit et du cœur, Jésus promet le royaume de Dieu : bienheureux sont-ils

«… car le Royaume des cieux est à eux »

On n’accède pas au royaume des cieux par la richesse, ni par le pouvoir. On le reçoit comme un don. Jésus nous demande pour cela d’être comme des enfants ou comme des pauvres qui ont besoin de tout recevoir des autres. L’Esprit Saint, attiré alors par ce vide d’amour, pourra remplir notre âme, il ne trouvera aucun obstacle qui empêche la pleine communion.
Le « pauvre de cœur », qui n’a rien gardé pour lui, possède tout : il est pauvre de lui-même et riche de Dieu. C’est encore la parole de l’Évangile qui se vérifie : « Donnez et on vous donnera »  : donnons ce que nous avons et ce que nous recevrons ne sera rien de moins que le royaume des cieux.
C’est l’expérience qu’a faite une maman argentine. Elle raconte :
« Ma belle-mère n’a jamais renoncé à son amour très possessif pour son fils, mon mari. Cette attitude a toujours provoqué des difficultés entre nous, me durcissant le cœur vis-à-vis d’elle. Il y a un an, on a découvert qu’elle avait une tumeur : elle avait besoin de soins et d’assistance et son unique fille n’était pas en mesure de lui venir en aide. Les paroles de l’Évangile que j’essaye de vivre depuis quelque temps m’ont changé le cœur : je suis en train d’apprendre à aimer. En dépassant mes craintes, j’ai décidé d’accueillir ma belle-mère à la maison. J’ai commencé à la regarder avec des yeux neufs et à l’aimer : en elle c’était Jésus que je soignais et que j’assistais.
À ma grande surprise, elle s’est montrée très sensible à l’amour et le moindre de mes gestes était récompensé en retour. La grâce de Dieu a opéré le miracle de la réciprocité ! Nous avons passé des mois de sacrifices qui ne m’ont pas pesé et quand ma belle-mère est partie, sereine, pour le Ciel, la paix est restée en nous. Je viens de découvrir que j’attends un enfant tant désiré depuis 9 ans ! Il est pour nous le signe tangible de l’amour de Dieu qui nous comble. »

Chiara LUBICH

 

La révolution de l’Evangile

Dans la classe de Paul (Grande Bretagne), deux de ses camarades lui font toujours des méchancetés. « J’ai essayé de ne pas répondre, raconte-t-il à Cristoph, un ami plus grand , mais ils continuent quand même. » « Demandons à Jésus qu’il te donne la force de les aimer encore plus », suggère Christoph. Un jour, Paul apporte à l’école un grand plateau de gâteaux pour fêter son anniversaire. La maîtresse lui propose d’aller en offrir aussi aux enfants des autres classes. « Choisis deux camarades pour venir avec toi », lui dit-elle. Paul aimerait bien faire appel à ses amis préférés mais il pense ensuite… « Aime ton ennemi. » « Est-ce que Tom et Luis peuvent venir avec moi ? » demande-t-il à la maîtresse. Justement les deux camarades qui lui jouent toujours des mauvais tours. Paul raconte ensuite tout à Christoph : « Tu as vu ? Jésus m’a donné la force et… tu sais, maintenant il ne sont plus méchants avec moi. » Flor de Maria, du Guatemala, raconte : « L’autre jour, papa et maman se sont disputés. J’étais triste et j’ai pensé : ‘’ Comme j’aimerais qu’ils soient heureux. Qu’est-ce que je peux faire ? ‘’Je suis allé trouver mes petits frères et sœurs. Nous avons pris un morceau de papier et nous avons découpé des cœurs et des fleurs que nous avons fixés sur le mur. Papa et maman regardaient la télévision en silence. Nous l’avons arrêtée un moment et je leur ai chanté une chanson sur l’amour entre nous. Papa et maman étaient émus et ils se sont demandé pardon. Maman pleurait de joie. J’étais heureux. Et tous sont partis se coucher heureux. Et moi, j’ai dit à Jésus : ‘’ Merci !’’ » Elisa, de Trente, reçoit beaucoup d’argent de ses grands parents pour ses petites dents qui sont tombées. Heureuse, elle veut les donner pour les pauvres que nous cherchons à aider dans tout le Mouvement. « Gardes-en au moins une partie pour t’acheter une paire de chaussures, lui conseille son papa. Tu en as vraiment besoin » En effet, ils n’ont pas beaucoup de moyens. « Mais papa, répond Elisa, les enfants pauvres n’ont pas de chaussures ! » et elle réussit à le convaincre. Quelque temps plus tard lui arrive un cadeau de son oncle et sa tante : et ce sont justement les chaussures dont elle avait besoin. Elaine, cinq ans, est de Sao Paulo, la plus grande ville du Brésil. Monsieur Carlos l’accompagne chaque jour à l’école. Il ne croit pas en Dieu et beaucoup disent de lui que c’est quelqu’un de revêche. Un matin, tandis qu’il sont dans la voiture, Elaine lui demande : « Est-ce que tu sais ce qu’est un acte d’amour ? » « Non, lui répond-il, qu’est-ce que ça signifie ? » « Ca veut dire aimer Jésus en tous et faire pour chacun ce qu’on ferait pour Jésus. » Monsieur Carlos reste tout sérieux et pensif. Quelques jours plus tard, à table, le papa d’Elaine raconte que, depuis quelques jours, Monsieur Carlos est différent et qu’il ne se met plus aussi souvent en colère. Et le papa continue : « Savez-vous ce qu’il a répondu à celui qui lui demandait en plaisantant ce qu’il lui était arrivé ? Demandez-le à la petite Elaine. Nous apprenons parfois beaucoup de choses des enfants ! »

 

Faire de chaque obstacle un tremplin

Faire de chaque obstacle un tremplin

« Très chers jeunes, ne vous laissez pas arrêter par les difficultés qui sans aucun doute existent et seront toujours là, mais faites de l’obstacle même un tremplin par un amour plus grand, plus profond, plus authentique. » Tel est le cœur du message que Chiara Lubich a adressé à des milliers de jeunes de 105 villes du monde. C’était le dimanche 12 octobre, lors d’une liaison téléphonique qui concluait la VIIe édition de la Semaine Monde Uni.

Se sont succédés ensuite des interventions de jeunes éprouvés par les guerres, les discriminations de toute sorte, la pauvreté, l’injustice : Jérusalem, Irak, New York, Côte d’Ivoire, Cebu (Philippines), Ouganda, République Centrafricaine, Recife, etc.

Leurs expériences l’ont emporté sur le profond sentiment d’impuissance qui domine parfois, surtout parmi les jeunes européens, face aux maux du monde ; faisant comprendre clairement que l’amour est plus fort que tout et qu’ensemble, il est possible de soulever le monde. De jeunes Burundais d’un camp de réfugiés de Tanzanie sont intervenus. Medan, en Indonésie, était reliée pour la première fois, avec 50 jeunes chrétiens, bouddhistes et musulmans, tous rapprochés par le même idéal : le monde uni !

« Si vous continuez, avec un élan renouvelé, à porter l’amour de Dieu dans le monde (…), alors oui, vous êtes libres de vous-mêmes ! Oui, vous allez contre le sens du courant, et vous créez même sur notre planète un courant tout nouveau, d’amour, de feu. Telle est la consigne que Chiara a donnée aux jeunes.

Qu’est-ce que la Semaine Monde Uni ?

C’est une proposition faite aux jeunes, aux Institutions nationales et internationales, publiques et privées, de mettre en valeur les initiatives qui promeuvent l’unité à tous les niveaux. Pendant une semaine, du 5 au 12 octobre, s’étaient succédé plusieurs rendez-vous, dans des villes petites et grandes, avec des initiatives de solidarité, des concerts, des compétitions sportives, des veillées, des débats, avec comme thème principal « La fraternité, voie pour le monde uni ». De nombreuses interviews sont passées sur les télévisions nationales et locales, à la radio et dans les journaux, diffusant le message de la Semaine Monde Uni.

Initiatives dans le monde

A Rosario, en Argentine, la Semaine Monde Unie a été déclarée « d’intérêt municipal » et la commune s’est engagée à en faire la publicité, aussi les mois suivants, sur les billets de tram et de bus de la ville.

Dans l’Etat de Sao Paulo, au Brésil, 70 000 carnets ont été distribués, qui proposaient chaque jour de la semaine, un mot d’ordre à mettre en pratique. L’initiative a dépassé toutes les attentes, trouvant un écho favorable auprès des étudiants de nombreuses écoles, des professeurs et des représentants d’Institutions.

La Nouvelle Calédonie a été tapissée d’activités des jeunes qui ont mis dans le coup toutes les ethnies qui, d’habitude, sont en lutte entre elles.

A Kampala, en Ouganda, les jeunes ont rendu visite à des enfants touchés par le virus du sida, dans un orphelinat de la capitale. Et ils se sont engagés dans une récolte de vêtements et de produits de première nécessité pour la communauté de Gulu, au Nord du Pays, une région affligées par de nombreuses nécessités àdu fait de la guérilla.

En Sicile : calendrier serré d’engagements et d’activités. Le quotidien italien l’Avvenire a publié le communiqué de presse que nous reportons ici :

Sous le signe de la fraternité

Tel est le titre de l’initiative qui a vu les Jeunes pour un Monde Uni, expression jeune du mouvement des Focolari, engagés dans des initiatives à l’enseigne de la fraternité et de la paix sur les cinq continents. Depuis hier et jusqu’au 12 octobre, des centaines de Jeunes pour un Monde Uni de Sicile ont été les acteurs d’une quinzaine d’activités dans les villes et provinces de Palerme, Caltanissette, Messine, Catane, Syracuse, Raguse.

Le fruit de ces différentes initiatives servira à financer des bourses d’études pour des jeunes de pays du Proche Orient, d’Argentine, et contribuera à la réalisation du projet Afrique. Relancé par Chiara Lubich en l’an 2000, il prévoit cette année, la mise en route de petites activités artisanales et éducatives dans un camp de 60000 réfugiés des Grands Lacs, en Tanzanie et la constitution d’un fonds de bourses d’étude pour des jeunes du Congo qui n’ont pas les moyens de poursuivre des études universitaires.

Une nouvelle espérance

Cette impression à chaud d’un jeune ougandais exprime bien ce qu’a suscité la Semaine Monde Uni en de très nombreux jeunes : « Parfois, lorsque l’amour, la fraternité et Dieu semblent s’éteindre en nous, apparaissent des signes comme celui-ci, qui nous donnent envie de continuer la route. »

Mère Teresa :  » passée maître dans l’art d’aimer « 

Mère Teresa :  » passée maître dans l’art d’aimer « 

De Mère Teresa reste gravé en moi la chaleureuse étreinte que nous nous sommes donnée à New York en nous quittant, la dernière fois que je l’ai rencontrée, en mai 1997.

Elle était malade, au lit. J’y étais allée dans l’intention de passer un moment avec elle. Puis elle commença à parler, à parler de son œuvre. C’était son chant du Magnificat, quelque chose de magnifique. Elle était très heureuse. Cette étreinte est restée gravée en moi comme un signe, une promesse : qu’elle continuerait à nous aimer d’un amour de prédilection, car c’est ainsi qu’elle nous aimait lorsqu’elle était en vie. Et c’est pour cela que, dès le moment de son départ, je l’ai comptée parmi nos protecteurs, certaine, comme tous, qu’elle serait bientôt proclamée sainte.

Elle a réalisé pleinement ce que le pape qualifie de « génie féminin » et qui réside justement en ce que Marie avait de caractéristique : elle n’était pas investie d’un ministère mais elle était investie par l’amour, par la charité qui est le plus grand don, le plus grand charisme qui vient du Ciel.

Elle est pour nous un modèle.

Elle est, en effet, passée maître dans l’« art d’aimer ».

Elle aimait vraiment tous. Elle ne demandait pas à son prochain s’il était catholique, hindou ou musulman. Il lui suffisait que ce soit un homme ou une femme, dont elle redécouvrait toute la dignité.

Mère Teresa aimait en premier : c’était elle qui allait à la recherche des plus pauvres pour lesquels elle avait été envoyée par Dieu.

Mère Teresa voyait, peut-être plus que quiconque, Jésus en chacun : « C’est à moi que tu l’as fait » était justement son mot d’ordre.

Mère Teresa « se faisait un » avec tous. Elle s’est fait pauvre avec les pauvres, mais surtout « comme » les pauvres. C’est là qu’elle se différencie de la simple assistante sociale ou de quiconque se dédie au volontariat.

Elle n’acceptait rien que les pauvres ne puissent aussi avoir.

On connaît bien, par exemple, son refus d’une simple machine à laver, renoncement que beaucoup ne comprennent pas – en disant : de nos jours ! -, mais elle faisait ainsi car les pauvres n’en ont pas et donc elle non plus.

Elle a pris sur elle, elle a fait sienne la misère des pauvres, leurs peines, leurs maladies, leur mort.

Mère Teresa a aimé tous comme elle-même, jusqu’à leur offrir son idéal. Elle invitait par exemple les volontaires, qui prêtaient pendant un certain temps leurs services à son Œuvre, à rechercher leur propre Calcutta là où chacun retournait. « Car, disait-elle, les pauvres sont un peu partout. »

Mère Teresa a sans nul doute aimé ses ennemis. Elle n’a jamais pris la peine de contester les accusations absurdes qu’on lui adressait, mais elle priait pour ses ennemis.

Après son départ, je l’ai connue encore plus profondément, j’ai lu les livres sur elle avec avidité. J’ai admiré Mère Teresa de manière toute spéciale pour sa détermination. Elle avait un Idéal : les plus pauvres parmi les pauvres. Et elle y est restée fidèle. Toute sa vie a été orientée vers cet unique objectif. Et aussi en cela, elle est pour moi un modèle de fidélité à l’Idéal que Dieu m’a confié.

Le merci au Pape artisan de l’Église de demain : l’Église communion

Le merci au Pape artisan de l’Église de demain : l’Église communion

Giuseppe Garagnani interviewe Chiara Lubich

Q. quelle est votre expérience directe dans le lien avec le pape ? R. Ce lien est devenu, avec les années, toujours plus profond. J’ai même vécu une ou deux fois une expérience un peu particulière. Après une audience, par exemple, où j’avais vécu un moment de grande unité avec le pape, comme de fille à père, j’ai eu l’impression que le ciel s’ouvrait et j’ai expérimenté une union à Dieu toute spéciale. Elle était caractérisée par le fait que je ne voyais plus d’intermédiaires. Le pape est « médiateur » mais lorsque le médiateur a contribué à nous unir à Dieu, il disparaît. Il m’a semblé comprendre que cela dépend aussi du fait que le pape a reçu les clefs pour nous ouvrir le ciel. : « Je te remettrai les clefs du Royaume des cieux…. » Peut-être que ces clefs ne lui servent pas seulement à effacer les péchés mais également à nous ouvrir à une union à Dieu plus profonde. Est-ce là que réside le secret des retournements dans les âmes et dans l’histoire qu’il a opérés en ces 25 années ? Il communique Dieu et Dieu fait « toutes choses nouvelles ». Une « Présence » qui devient toujours plus forte, au fur et à mesure qu’elle passe au creuset de la souffrance. Q. vous souvenez-vous d’un épisode particulier dans ces rencontres avec le Pape, au cours de ces 25 années ? R. De nombreux moments me reviennent en mémoire qui ont marqué autant de moments fondateurs dans notre histoire et pas seulement dans la nôtre. Comme ce jour où, c’était le 23 septembre 1985 – c’est un fait désormais connu -, à la fin d’une audience, sur le pas de la porte, considérant l’avenir, je me suis hasardée à demander au pape : « Vous semble-t-il possible que le président du mouvement des Focolari, de cette Œuvre, qui est celle de Marie, soit toujours une femme ? » « Oui, avait-il répondu, s’il pouvait en être ainsi ! » C’est à partir de ces paroles du pape, qui motivaient ce « oui », que c’est ouvert pour moi, pour la première fois, une nouvelle conscience de l’Eglise dans ses deux dimensions : la dimension de Pierre, « institutionnelle » et la dimension mariale, « charismatique ». « On les retrouve dans l’Eglise naissante – avait-il affirmé, citant le théologien Hans Urs von Balthasar -, et elles doivent rester ! » Et, les années suivantes, le pape a souvent rappelé cette grande nouveauté. Ce qui surprend, c’est que le Saint Père ne voit pas le « profil marial » de l’Eglise seulement comme une réalité spirituelle ou mystique, mais également comme une réalité historique et il en témoigne par les faits, en ouvrant tout grand les portes aux nouveautés de l’Esprit. Q. Pouvez-vous nous rapporter un autre fait ? Avec les années sont nées aussi parmi les jeunes, les familles, les personnes des catégories les plus variées – anglicans, luthériens, orthodoxes et membres d’autres Eglises -, les mêmes vocations qui avaient fleuri dans l’Oeuvre de Marie, parmi les catholiques. Une nouveauté au cours des années où nous étions sous observation de la part de nombreux canonistes. Il semblait que l’on ne pouvait pas trouver d’issue. A un certain point, j’en ai parlé au pape. Il s’est montré très ouvert ! A la seconde audience sur cet argument, debout cette fois encore, il me dit de son air malicieux : « J’ai compris. Je dois dire : laissez tranquille l’Oeuvre de Marie qui est de Marie. » Et la situation s’est débloquée. Je me souviens qu’au cours de la nuit, une pensée m’a traversé l’esprit : « S’il y a bien un point qui est encore un obstacle sur le chemin de l’œcuménisme, c’est bien le ministère du pape. Mais qui a ‘’ accueilli ‘’ ces focolarini des autres Eglises ? Justement le pape. » Cela restera toujours dans notre histoire. Le pape est allé encore plus loin : c’est lui qui a suggéré que même les évêques d’autres Eglises se rencontrent régulièrement et ils le font désormais depuis des années, pour alimenter leur ministère à la spiritualité de l’unité, déjà partagée par de nombreux évêques catholiques. Et il a approuvé le lien de ces derniers, non pas juridique mais spirituel ,avec l’Œuvre de Marie. Q. Parmi les différents aspects prophétiques du pontificat de Jean-Paul II, on peut compter sans aucun doute la page nouvelle ouverte la veille de Pentecôte 98, à cette première rencontre historique avec une centaine de milliers d’adhérents des Mouvements et nouvelles communautés ecclésiales. Il les avait reconnus publiquement comme « des expressions charismatiques significatives de l’Eglise » et avait réaffirmé le caractère « co-essentiel » entre la dimension institutionnelle de Pierre et la dimension charismatique mariale. A partir de cette vision de l’Eglise par le pape, quelles perspectives s’ouvrent pour l’avenir ? R. Depuis ce jour, le pape a allumé en nous un rêve pour le troisième millénaire : celui d’une « Eglise communion ». En ce temps de redécouverte des charismes, non pas en opposition mais en profonde communion avec le Pape et les évêques, s’est ouvert en moi l’espérance que vienne surtout en lumière l’œuvre de l’Esprit Saint, attirant le monde à Jésus. Depuis ce jour, pour répondre au désir exprimé par le pape d’une communion entre les Mouvements, j’avais pris l’engagement de donner le départ d’un chemin de communion entre nous, Mouvements et nouvelles communautés. Je ne pouvais pas alors imaginer les développements auxquels nous assistons aujourd’hui : la Pentecôte 98 s’est répétée depuis lors dans d’innombrables diocèses, des cinq continents, avec la présence d’évêques et la participation de centaines de Mouvements et communautés ecclésiales. Avec des fruits d’une vitalité et d’une espérance nouvelles. L’écho du chemin entrepris est parvenu aussi aux mouvements et communautés nés ces dernières décennies dans d’autres Eglises, comme par exemple, dans les Eglises évangéliques en Allemagne. C’est un phénomène inconnu jusqu’alors. Et de là est née, à partir de 1999, une fraternité telle qu’elle a fait naître l’idée d’y donner une visibilité, par exemple par une grande rencontre, le 8 mai 2004, à Stuttgart. Avec elle, nous chercherons nous aussi à apporter, par nos charismes, une contribution à « l’Europe de l’esprit ».

157 congrès marials sur les cinq continents

157 congrès marials sur les cinq continents

Des évêques, des personnalités politiques, des artistes y ont participé, de même que des représentants de la culture, des Mouvements ecclésiaux, des frères et des sœurs de différentes Eglises, des fidèles d’autres religions.

« Dans ce monde, marqué par le terrorisme, les guerres, les vengeances, le Congrès marial nous annonce l’aube d’un monde d’espérance, de paix, d’amour et de sainteté », disait à chaud l’un des participants de Taiwan. Et un jeune autrichien : « Tout était d’une fraîcheur incroyable. Rien de vieux. Voir Marie ainsi est la chose la plus géniale du monde ! » Des Philippines : « J’ai découvert que le Rosaire est vraiment une prière de paix. C’est un antidote à la guerre ! » D’Argentine : « Aujourd’hui, j’ai découvert Marie comme femme de paix, femme forte, modèle pour l’humanité. » D’Ouganda : « C’est merveilleux de comprendre Marie de manière nouvelle. Cela nous pousse à amener Marie chez nous et à vivre avec elle dans notre société en mutation. »

Ce ne sont que quelques échos arrivés des 157 Congrès marials qui se sont déroulés dans le monde en cette Année du Rosaire. Marie a été redécouverte en particulier comme mère et comme modèle de vie. Elle a éclairé le chemin de beaucoup qui désirent à présent marcher à sa suite. L’un des points forts a été le Congrès marial international de Castelgandolfo, auquel sont venus faire écho de nombreux autres Congrès qui ont couvert les cinq continents. Une louange à Marie vraiment planétaire est montée de tous les coins de la terre. 9000 personnes ont participé au Congrès marial de Milan, il y a eu, en Slovaquie, 1900 participants, 2250 en Corée, 1800 à Manille, 1300 en Malaisie, 1200 au Mexique, 3400 à Buenos Aires, 2000 au Paraguay, 1500 au Congo, 3000 au Burundi. Pour ne citer que quelques rencontres.

Partout, les Congrès ont été une forte expérience ecclésiale, vécue à plusieurs reprises avec le diocèse tout entier et préparés en communion avec les autres Mouvements et associations de la région : cela a mis en évidence l’aspect charismatique de l’Eglise, sa dimension mariale. Journaux et télévisions en ont parlé. Des évêques, des hommes politiques, des artistes, des représentants de la culture et des Mouvements ecclésiaux ont offert des contributions notoires. Une autre caractéristique : la présence, et dans plusieurs cas, le témoignage de frères et sœurs de différentes Eglises. Quelques fidèles des grandes religions ont donné également leur apport concernant Marie. A partir de novembre 2002, la revue Città Nuova a ouvert une nouvelle rubrique : « Année du Rosaire », reprise en partie par les publications des différents pays, dont Nouvelle cité. Un nouvel ouvrage de Chiara Lubich est paru : « Marie transparence de Dieu. », de même qu’un autre livre très colorée destiné aux enfants : « Elle était si belle… »

Mais revenons au 16 octobre 2002, place Saint Pierre : ce jour-là, Jean-Paul II remettait à Chiara Lubich une lettre personnelle où il lui écrivait notamment : « (…) Je voudrais remettre ‘idéalement’ à tous les Focolarini la prière du Saint Rosaire (…). Offrez votre contribution afin que ces mois deviennent pour chaque communauté chrétienne l’occasion d’un renouvellement intérieur. L’adhésion de Chiara Lubich a été immédiate. En réponse au désir du pape, ont fleuri tout de suite des idées et des projets qui allaient être concrétisés au cours de cette année mariale. Et on a senti l’exigence de le remercier par des messages, depuis les différentes parties du monde, pour les fruits imprévisibles de vie qui en ont jailli. (15.10.2003)

PAROLE DE VIE D’OCTOBRE 2003

Les actes comme les paroles de Jésus déconcertent toujours. Entre autres à propos des enfants. Son époque les considérait comme socialement insignifiants et n’ayant pas leur place dans le monde des « adultes ». Les apôtres n’en voulaient donc pas autour de Jésus. Ils dérangeaient ! Même attitude chez les grands prêtres et les scribes. « Voyant les enfants qui criaient dans le temple : « Hosanna au Fils de David », ils s’en indignèrent » et demandèrent à Jésus de remettre de l’ordre . Jésus a, lui, une toute autre attitude. Les enfants, il les appelle, il les attire à lui, étend la main sur eux pour les bénir. Il les présente même comme des modèles à ses disciples :

« le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux »

Dans un autre passage de l’Evangile, Jésus dit que si nous ne changeons pas et si nous ne devenons pas comme des enfants, nous n’entrerons pas dans le royaume des cieux .
Pourquoi le royaume de Dieu leur appartient-il ? Parce que l’enfant s’abandonne avec confiance à son père et à sa mère : il croit à leur amour. Quand il est dans leurs bras, il se sent en sécurité, il n’a peur de rien. Même s’il prend conscience d’un danger autour de lui, il lui suffit de se serrer encore plus fort contre son papa ou sa maman pour se sentir tout de suite protégé. Quelquefois c’est le papa lui-même qui le place dans une situation difficile, pour lui faire faire un saut, par exemple. Même dans ce cas-là l’enfant s’élance avec confiance.
C’est ainsi que Jésus voit le disciple du royaume des cieux, le chrétien authentique. Comme l’enfant, il croit à l’amour de Dieu, se jette dans ses bras en toute confiance. Il ignore la peur, ne se sentant jamais seul. Il croit que tout ce qui lui arrive est pour son bien. A-t-il une préoccupation ? Il la confie au Père, sûr que tout se résoudra. Comme un enfant, il s’abandonne totalement à lui.

« le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux »

Les enfants dépendent complètement de leurs parents. Ceux-ci leur donnent nourriture, vêtements, soins, éducation… « Enfants de l’Evangile », nous dépendons nous aussi du Père. Il nous nourrit comme il nourrit les oiseaux du ciel, nous habille comme les lys des champs. Il connaît et satisfait nos besoins, même avant que nous les exprimions . Le royaume de Dieu même, nous n’avons pas à le conquérir. Nous le recevons comme un don des mains du Père.
Tant que l’enfant ne connaît pas le mal, il ne le commet pas. De même, le disciple de l’Evangile, en aimant, fuit le mal et redevient innocent. Sans expérience, l’enfant affronte la vie avec confiance, comme une aventure toujours nouvelle. De même, l'« enfant de l’Evangile » confie tout à la miséricorde de Dieu. Oubliant le passé, il commence chaque jour une vie nouvelle, ouvert aux suggestions de l’Esprit, toujours créatif. Seul, l’enfant ne peut apprendre à parler. Il a besoin qu’on le lui enseigne. De même, le disciple de Jésus ne suit pas son propre raisonnement. Il apprend tout de la Parole de Dieu, y compris parler et vivre selon l’Evangile.
L’enfant a tendance à imiter son propre père. Si on lui demande ce qu’il fera plus tard, il dit souvent qu’il aura le métier de son père. Ainsi l’« enfant de l’Evangile » imite le Père céleste, qui est Amour, et il aime comme lui : il aime tout le monde, car le Père « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes »  ; il est le premier à aimer, car le Christ nous a aimés alors que nous étions encore pécheurs  ; il aime gratuitement, de façon désintéressée, comme notre Père du ciel…
C’est pourquoi Jésus aime s’entourer de petits enfants et les désigne comme modèles :

« Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux »

En effet, les enfants continuent à nous surprendre. « Hier papa m’a demandé d’aller chercher quelque chose à la cave, m’écrit Betty, une petite fille de 6 ans de Milan. Il faisait noir dans l’escalier et j’avais peur. Alors j’ai prié Jésus et j’ai senti qu’il était près de moi. »
Irène, Ilaria, Laura, trois sœurs qui habitent Florence, s’en vont en voiture avec leur maman pour faire les courses. En passant devant la maison de leur grand père, elles demandent de pouvoir aller lui dire bonjour. « Allez-y – dit la maman – je vous attends ». Quand elles reviennent, elles demandent : « Pourquoi n’es-tu pas venue ? » « Grand père ne s’est pas bien comporté vis-à-vis de moi. Comme ça, il comprendra… » Et Ilaria : « Mais maman, nous devons aimer tout le monde, même nos ennemis… » La maman ne sait plus quoi dire. Elle les regarde et sourit : « Vous avez raison. Attendez-moi là. » Et elle monte toute seule voir le grand père.
Les enfants nous apprennent à accueillir le royaume de Dieu.

Chiara LUBICH

 

Parole de vie de Septembre 2003

Ces paroles peuvent nous désorienter. Jésus dit de nous couper le pied ou la main, de nous arracher l’œil s’ils sont un sujet de scandale (s’ils nous incitent à pécher). Nous le savons, ces mots ne sont pas à prendre à la lettre bien qu’ils aient toute la force du « glaive à double tranchant » qu’est la Parole selon la définition de l’épître aux Hébreux (He 4,12). C’est donc plutôt une façon de parler qui exprime que, si une occasion de pécher se présente à nous, nous devons être disposés à renoncer à tout ce que nous pouvons avoir de plus cher – choses ou personnes – plutôt que de manquer l’entrée dans la vraie vie, c’est-à-dire la communion avec Dieu et notre pleine réalisation.
Dans les évangiles le mot « scandale » indique tout ce qui s’interpose entre Dieu et nous et constitue un obstacle à l’accomplissement de sa volonté ; c’est un peu comme des bâtons dans les roues qui bloquent notre route à la suite de Jésus, comme des embûches qui tendent à nous faire tomber dans le péché. Il y a dans la vie des moments où notre œil, notre main, notre pied « sont des occasions de scandale, de péché » ; en d’autres termes ils cherchent à nous inciter à renier Jésus, à le trahir, à lui préférer quelque chose d’autre.
C’est ce qu’a bien compris une jeune fille de 23 ans, Santa Scorese, qui en 1991, à Bari (Italie du Sud) a préféré mourir plutôt que de répondre aux avances malhonnêtes d’un garçon de son âge. Pour elle, Dieu valait plus que sa propre vie.

« Si ton pied entraîne ta chute, coupe-le; il vaut mieux que tu entres estropié dans la vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne ».

Cette Parole de vie arrache le masque du « vieil homme »  qui est en nous. Le péché ne vient pas de ce qui est hors de nous, mais jaillit de notre propre cœur. Le « vieil homme » vit en nous lorsque nous cédons aux pièges du mal et que nous nous laissons dominer par nos mauvaises inclinations : l’égoïsme, la soif de pouvoir, de gloire, d’argent…
Notre « vieil homme » doit céder la place à « l’homme nouveau », à Jésus en nous.
Sommes-nous capables par nos propres forces de déraciner nos passions désordonnées et de faire naître en nous la vie divine ? Non, seul Jésus, par sa mort, peut faire mourir notre « vieil homme » et, par sa résurrection, peut faire de nous des hommes nouveaux. Lui seul peut nous donner le courage et la détermination de lutter contre le mal, lui seul peut nous remplir d’un amour absolu pour le bien. C’est de lui que proviennent la liberté intérieure, la paix et la joie ineffable qui nous élèvent au-dessus des bassesses du monde et nous font expérimenter dès maintenant l’avant-goût du Ciel.

« Si ton pied entraîne ta chute, coupe-le; il vaut mieux que tu entres estropié dans la vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne ».

L’ « homme nouveau » en nous doit grandir et se protéger des pièges du « vieil homme ». Que pouvons-nous faire pour cela ? J’écrivais en 1949 : « Il existe bien des façons de faire le ménage dans une pièce : on peut ramasser chaque brindille une à une ; on peut se servir d’un petit balai, d’un grand balai, d’un gros aspirateur, etc. Ou bien – pour se trouver dans un lieu propre – on peut changer de pièce et tout est fait. Il en va de même en ce qui concerne notre sanctification. Plutôt que de faire de gros efforts, nous  pouvons immédiatement mettre notre moi de côté et laisser vivre Jésus en nous. C'est à dire vivre « transférés » dans l’autre : dans notre prochain, par exemple, qui – à tout instant – est proche de nous : vivre sa vie dans toute sa plénitude. »
Aimer ! Cela résume toute la doctrine de Jésus. Affiner notre cœur pour qu’il soit capable d’écoute, faire nôtres les problèmes et les soucis de nos prochains, partager leurs joies et leurs douleurs, faire tomber les barrières qui nous divisent encore, dépasser les jugements et les critiques, sortir de notre isolement pour nous mettre à la disposition de ceux qui sont dans le besoin ou qui sont seuls, construire dans notre entourage l’unité que Jésus désire.
Si nous vivons ainsi, Dieu nous attire dans une communion toujours plus profonde avec lui, il nous rend forts et presque inattaquables devant les erreurs et l’attrait du monde.

« Si ton pied entraîne ta chute, coupe-le; il vaut mieux que tu entres estropié dans la vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne ».

Jésus ajoute qu’il faut couper énergiquement ce qui est pour nous une occasion de péché, qu’il s’agisse de choses, de personnes, de situations. Cela équivaut à cette autre Parole de l’Évangile : « Renie-toi toi-même » . Le chrétien est quelqu’un qui a le courage de lutter contre ses tendances égoïstes, pour qu’elles ne se transforment pas en style de vie.
Au cours de ce mois, sortons de nous-mêmes pour aimer ceux qui nous sont proches ; soyons attentifs à nous détacher de ce qui ne mérite pas notre amour, ce qui entrave la vie de l’homme nouveau en nous, bref, arrachons ce qui doit être enlevé de notre cœur. Aucun sacrifice n’est trop grand pour maintenir la communion avec Dieu. Chaque émondage fera jaillir de notre cœur la joie, la vraie joie, celle que le monde ne connaît pas.

Chiara Lubich

 

PAROLE DE VIE D’AOÛT 2003

Le peuple d’Israël était fier d’avoir un Dieu aussi proche, lui parlant comme à des amis, pour lui donner des lois et coutumes aussi justes, comme nous pouvons le lire dans le Deutéronome.
Mais comme la Parole de Dieu nous fascine, nous courons le danger de croire qu’une fois écoutée, tout est fait. La Parole est à vivre, c’est le point important.
C’est contre cette tentation que l’apôtre Jacques mettait en garde les premiers chrétiens : « Soyez les réalisateurs de la parole et pas seulement des auditeurs qui s’abuseraient eux-mêmes ». Moïse n’enseignait rien d’autre quand il se tournait vers le peuple entier en disant :

« Et maintenant, Israël, écoute les lois et les coutumes que je vous apprends moi-même à mettre en pratique. »

Écouter la Parole, donc, et en vivre.
Lorsqu’il s’agit des paroles de Jésus, c’est lui-même qui est présent. Il prononce des paroles éternelles, actuelles à chaque instant ; universelles, c’est-à-dire valables pour tous les hommes et toutes les cultures. Contrairement aux paroles humaines, il ne s’agit pas de simples suggestions, exhortations ou même commandements. Ses Paroles contiennent et transmettent la vie.
À la fin de son grand sermon sur la montagne, Jésus nous a laissé à dessein une célèbre parabole  : il compare celui qui écoute avec enthousiasme ses Paroles, mais sans les traduire ensuite en vie, à une maison construite sur le sable ; surviennent les vents et les pluies, ou plutôt d’autres propositions humaines plus faciles et plus séduisantes, des doctrines qui enchantent et plongent dans l’illusion avec leurs lueurs éphémères, et la personne s’effondre misérablement parce que le message évangélique n’est pas devenu vie en elle.
Jésus compare ensuite celui qui met sa Parole en pratique à une personne qui bâtit sa maison sur le roc : les épreuves, les tentations, les doutes, les désarrois peuvent survenir, mais cette personne a la force de rester sur le chemin de l’Évangile, elle continue à croire dans les Paroles de Dieu parce qu’elle en a expérimenté la vérité.
Vivre la Parole de Dieu suscite une véritable révolution dans notre vie et dans celle de la communauté des hommes et des femmes qui partagent la vie de l’Évangile avec nous.
Vivons donc les Paroles de Jésus avec la simplicité des enfants ! Il nous dit : « Donnez et on vous donnera » (Lc 6, 38). Combien de fois avons-nous expérimenté que plus nous donnons, plus nous recevons ! Et combien de fois nous sommes-nous retrouvés les mains pleines, parce que chaque fois que nous avons donné à qui se trouvait dans le besoin, nous avons reçu cent fois plus. Et quand nous n’avions rien à donner ? Jésus n’a-t-il pas dit : « Demandez, on vous donnera » (Mt 7, 7) ? Nous demandions… et notre maison se remplissait de toute sorte de biens envoyés par Dieu, afin que nous puissions donner encore.
Quand nous sommes écrasés par les soucis, devant une situation qui nous semble dépasser nos forces, quand nous sommes paralysés par l’angoisse, nous nous souvenons des Paroles de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos… » (Mt 11, 28). Si nous jetons en Lui toute inquiétude, nous verrons la paix revenir et avec elle la solution à nos préoccupations.
La Parole de Dieu brise notre moi, anéantit notre égoïsme, remplace notre manière de penser, de vouloir, d’agir par celle de Jésus. Si nous la mettons en pratique, la logique divine et la mentalité évangélique pénétreront en nous et nous verrons tout avec des yeux neufs ; notre relation aux autres changera : des personnes qui ne se connaissaient pas auparavant, vivront ensemble la Parole de Dieu et partageront les expériences qu’elle suscite, se retrouveront frères, formant ainsi un peuple, une Église vivante. Une seule Parole de l’Évangile vécue par beaucoup pourrait changer le cours de l’histoire.
Vécue, la Parole de Dieu opère des miracles. Naît ainsi, dans notre cœur, une nouvelle confiance, illimitée, dans l’amour du Père, qui intervient chaque jour pour assister ses enfants. Ses Paroles sont vraies : si nous les vivons, Lui aussi les met en pratique, à la lettre, et Il nous donne ce qu’Il promet : le centuple ici sur la terre, la plénitude de la vie et la joie sans fin du paradis.

Chiara LUBICH

 

« Les religions peuvent-elles être partenaires dans la recherche de la paix ? »

« Les religions peuvent-elles être partenaires dans la recherche de la paix ? »

 « Pas de paix sans fraternité »

Le pluralisme religieux peut sembler au premier abord une source de divisions et de guerres. Il constitue en réalité un défi, affirme Chiara Lubich dans son intervention. Toutes les religions sont appelées à rétablir ensemble l’unité de la famille humaine, puisque dans toutes les religions, « l’Esprit Saint est, d’une manière ou d’une autre, présent et actif ». Le fait même du terrorisme, que l’on ne parvient pas à combattre par des moyens conventionnels, montre que les religions ont un grand rôle à jouer dans la recherche de la paix. « La cause la plus profonde du terrorisme » est « l’insupportable souffrance » face à un monde où le fossé entre riches et pauvres continue à s’élargir, a souligné Chiara Lubich à Caux. Une plus grande égalité, une solidarité plus vraie et surtout une plus juste distribution des biens sont indispensables. « Mais les biens ne bougent pas tout seuls, il faut faire bouger le cœur des gens ». « D’où donc, sinon des grandes traditions religieuses, pourrait émerger une stratégie de la fraternité capable de marquer un tournant jusque dans les relations internationales ? ». Pas de paix sans fraternité, soutient Chiara Lubich.

Sans perdre leur identité

L’idée de l’unité et de l’amour est enracinée en toute religion : « En pratique, cela signifie que nous sommes partenaires sur le chemin de la fraternité et de la paix. Les grandes traditions religieuses de l’humanité peuvent se rencontrer et se comprendre, sans perdre leur identité ». La fondatrice du Mouvement des Focolari a indiqué l’amour comme voie royale pour la compréhension entre les religions. « Si nous engageons le dialogue les uns avec les autres, si nous nous ouvrons l’un à l’autre dans un dialogue fait de bienveillance, d’estime réciproque, de respect et de miséricorde, nous nous ouvrons aussi à Dieu et faisons en sorte – ce sont les mots de Jean-Paul II – que Dieu soit présent au milieu de nous ». Chiara Lubich a dit sa conviction que c’est avec la présence de Dieu que l’on trouvera de véritables solutions aux problèmes actuels.

Le secret du dialogue

Le Mouvement des Focolari a acquis une riche expérience dans le dialogue interreligieux : « dans un climat d’amour réciproque, on peut en fait établir le dialogue avec ses partenaires, un dialogue où l’on cherche à se faire rien pour “entrer” en eux, en quelque sorte. Cette attitude qui consiste à “se faire un avec l’autre”, Chiara Lubich la présente comme le secret d’un dialogue qui peut conduire à l’unité. Elle demande une réelle pauvreté d’esprit : « vider notre tête de ses idées, libérer notre cœur de ses affections, notre volonté de ses désirs », pour pouvoir s’identifier avec l’autre et comprendre celui qui est en face de nous. Touché par une telle attitude, l’autre se met à son tour à poser des questions (c’est l’expérience de Chiara Lubich). « Nous pouvons alors passer à une “annonce respectueuse” et, par loyauté envers Dieu et envers nous-mêmes, mais aussi par honnêteté envers le prochain, dire ce que notre religion affirme sur le sujet dont il est question, sans rien imposer à l’autre, sans prosélytisme, seulement par amour. Et pour nous chrétiens, c’est le moment où le dialogue débouche sur l’annonce de l’évangile ».

Grande simplicité

Dans l’intervention suivante, Cornelio Sommaruga, président d’ « Initiatives et Changement », a souligné la grande simplicité avec laquelle Chiara Lubich répand son message d’amour. Rajmohan Gandhi, petit-fils du Mahatma Gandhi, professeur à l’université de New Delhi et responsable lui aussi de la structure qui a organisé le colloque, a ajouté : « Cette femme s’adresse au cœur des gens. Pas comme beaucoup le font, la voix puissante et passionnée, mais avec douceur et force. Le dialogue interreligieux tel que le conçoit Mme Lubich est d’une extrême importance, surtout à notre époque ». Le rabbin Marc Raphaël Guedj, fondateur de « Racine et Source », s’est dit impressionné par « la personnalité de Chiara, qui parle d’amour en étant amour, sagesse, sagesse de la vie quotidienne, … amour qui transforme le monde ». D’après le reportage de Beatrix Ledergerber-Baumer pour l’agence KIPA, 3 août 2003 16-08-2003

   

Les religions peuvent-elles être partenaires sur le chemin de la paix ?

Les religions peuvent-elles être partenaires sur le chemin de la paix ?

Je voudrais d’abord vous dire ma joie de me trouver ici dans ce Centre de Caux, qui a multiplié les initiatives pour consolider la société dans ses fondements moraux et spirituels et pour promouvoir la rencontre pacifique des cultures, des civilisations et des religions. Je remercie particulièrement Monsieur Cornelio Sommaruga de m’avoir invitée à donner ma contribution à cet important séminaire interreligieux.

Le sujet que l’on m’a demandé de traiter aujourd’hui a pour titre : « Les religions peuvent-elles être partenaires sur le chemin de la paix ? » C’est évidemment une question très importante et tout à fait d’actualité. Beaucoup croient que le nombre croissant d’actes terroristes, les guerres menées dans le monde en guise de réponse, la tension permanente au Moyen Orient, sont les symptômes d’un « conflit de civilisations » que les religions auraient provoqué et parfois exaspéré. Toutefois, cette façon de voir – qui peut venir des extrémismes et des fanatismes qui ne sont que des déformations des religions – résulte tout à fait partiale. Les croyants et les responsables de toutes les religions, aujourd’hui plus que jamais, se sentent en devoir de travailler ensemble pour le bien commun de toute l’humanité. Des organisations comme la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix ou des initiatives comme la Journée de prière pour la Paix organisée par Jean-Paul II à Assise en janvier 2002, en sont la preuve. À cette occasion le Pape avait répété, au nom de tous les participants que « celui qui utilise la religion pour fomenter la violence en contredit l’inspiration la plus authentique et la plus profonde » et qu’ « aucune finalité religieuse ne peut justifier la pratique de la violence de l’homme sur l’homme » parce que « Offenser l’homme revient en définitive à offenser Dieu. » Après le 11 septembre 2001, l’humanité a découvert avec effroi le grand danger que représente le terrorisme. Ce n’est pas une guerre comme les autres, parce que les autres guerres – aujourd’hui, il y en a une quarantaine dans le monde – sont générées par la haine, le mécontentement, les rivalités, les intérêts personnels ou collectifs. Mais le terrorisme, comme l’a affirmé encore le Pape, est le fruit du Mal avec un M majuscule, des Ténèbres. Or ce genre de choses ne se combat pas avec les moyens humains, diplomatiques ou politiques. Les forces du Bien, avec un B majuscule, sont l’arme adéquate ; et le Bien avec un B majuscule, c’est, comme nous le savons, Dieu et tout ce qui vient de Lui. On peut donc le combattre avec des forces spirituelles, comme la prière, le jeûne, comme l’ont fait les représentants des religions du monde dans la ville de saint François. Nous savons que parmi les différentes causes du terrorisme, l’une d’elles, la plus profonde, est la déchirure insupportable d’un monde mi-pauvre mi-riche, ce qui génère dans les esprits le ressentiment, incite à la violence, à la vengeance. On voudrait un peu plus d’égalité, de solidarité, un plus juste partage des ressources. Mais les ressources ne bougent pas d’elles-mêmes, ce sont les cœurs qu’il faut changer. Ce sont les cœurs qui doivent communier. C’est pourquoi il faut diffuser l’idée de la fraternité et en répandre le style de vie, et même l’idée de la fraternité universelle puisque le problème est universel. Un frère s’occupe de son propre frère, il sait comment l’aider, il sait partager. Pour répondre à ce défi sans précédent, la contribution des religions est décisive. D’où, sinon des grandes traditions religieuses, peut partir une stratégie de fraternité, stratégie susceptible de marquer un tournant dans les relations internationales ? Le sentiment religieux est porteur d’énormes ressources spirituelles et morales, parce que les croyants vivent pour un Idéal, aspirent à une plus grande justice, s’engagent en faveur des démunis. Il faut ajouter à cela le poids politique de millions de croyants. Or tous ces éléments peuvent s’unir dans le champ des relations humaines et se traduire en actions susceptibles d’influencer positivement l’ordre international. Les Organisations Non gouvernementales font déjà beaucoup dans le domaine de la solidarité internationale. Ce qui manque, c’est que les États fassent des choix politiques et économiques aptes à construire une communauté fraternelle de peuples engagée pour la justice. Face à la stratégie de mort et de haine, la seule réponse valide est l’édification de la paix dans la justice. Mais sans fraternité il n’y a pas de paix. Seule la fraternité entre les individus et les peuples peut assurer un avenir pacifique. Du reste l’idée de la fraternité universelle et la paix, son corollaire, ne datent pas d’aujourd’hui. De grandes personnalités les ont prônées parce que « le plan de Dieu sur l’humanité est la fraternité ; l’amour fraternel est inscrit dans le cœur de tout un chacun ». « La règle d’or, disait le Mahatma Gandhi, est d’être amis du monde et de considérer la famille humaine “une”. » Et Martin Luther King : « Je fais le rêve que les hommes, un jour, [�] comprendront qu’ils sont faits pour vivre ensemble comme des frères. [�] ; que la fraternité deviendra le premier sujet à traiter d’un homme d’affaire et le mot d’ordre d’un gouvernant. » Dans le même sens, le Dalai Lama écrivait à ses disciples après les événements de septembre 2001 aux États-Unis : « Pour nous, la cause de ces événements est claire. […] Nous avons oublié les vérités les plus fondamentales. […] Nous sommes tous un. C’est un message complètement négligé par la race humaine. L’oubli de cette vérité est l’unique cause de la haine et de la guerre ». Malgré les destructions, une grande vérité de toujours peut surgir des décombres du terrorisme : nous constituons tous ensemble sur la terre une grande famille. Celui qui a indiqué à l’humanité cette vérité et lui en a fait don, un don essentiel, c’est Jésus. Avant de mourir, il a prié ainsi : « Père que tous soient un » (cf. Jn 17,21). En révélant que Dieu est Père et que les hommes sont, pour cette raison, tous frères entre eux, Jésus introduit l’idée de la fraternité universelle. Ce faisant, il détruit les murs érigés entre ceux qui sont « égaux » et ceux qui sont « différents », entre amis et ennemis. Chacun de nous, mû par sa propre foi religieuse, a sans aucun doute des expériences positives qui peuvent servir à la solution de problèmes semblables à ceux de notre époque. Et comme notre époque est celle où – pour reprendre l’expression d’un évêque spécialiste en ce domaine – « les religions doivent faire émerger de la profondeur de leurs traditions les forces spirituelles qui pourront aider l’humanité et la conduire sur la voie de la solidarité et de la paix » , permettez-moi de vous présenter mon expérience au contact de personnes de tout âge, langue, race et surtout religion, un peu partout dans le monde. C’est une expérience de dialogue qui peut fournir une clé pour un « vivre ensemble » fraternel et pacifique, et me paraît dans la ligne des sessions de Caux qui privilégient le témoignage personnel par rapport à l’exposition théorique. L’art d’aimer Soixante ans ont passé depuis le début de l’expérience du mouvement des Focolari, et pourtant nous ne cessons de nous surprendre car le chemin spirituel à travers lequel Dieu nous a conduits recoupe les autres chemins spirituels des chrétiens ainsi que celui de fidèles d’autres religions. Bref, nous nous émerveillons de pouvoir devenir partenaires dans le chemin de la fraternité et de la paix. Tout en gardant notre propre identité, ce chemin nous permet de nous rencontrer et de nous comprendre avec les grandes traditions religieuses de l’humanité. En d’autres termes, en nous mettant dans une attitude d’écoute obéissante de l’Esprit, nous avons appris comment réussir à mettre en pratique l’amour, l’amour du prochain, l’amour de nos frères, amour qui est inscrit dans les gènes de tout homme et de toute femme, créés à l’image de Dieu-Amour, de Dieu-Père. C’est la seule parole qui puisse faire de l’humanité une seule famille. Cet amour n’est pas un amour quelconque, mais un comportement qui nécessite certaines qualités. Pour les chrétiens, cet amour est participation à l’amour même de Dieu, tandis que, pour les autres fidèles, il n’est pas absent de leurs Livres Saints. Ce fut pendant la deuxième Guerre Mondiale que nous avons été éclairés sur la première qualité de cet amour, de ce style de vie. Face à l’écroulement de tous nos idéaux, à la perte de tous nos biens matériels, nous étions poussées à nous agripper à quelque chose qui ne passe pas, qu’aucune bombe ne puisse détruire : Dieu. Nous l’avons choisi comme unique Idéal de notre vie, en croyant, quelles que soient les adversités, à son Amour de Père, amour qui n’exclut aucun homme de la terre. Il ne suffisait pas, cependant, de croire à l’amour de Dieu. Il ne suffisait pas de l’avoir choisi comme Idéal de notre vie. Le sentiment de la présence de ce Père et les soins tendres qu’il nous prodiguait nous incitaient à nous faire « fils », à l’aimer à notre tour, à réaliser au fil des jours le projet particulier d’amour qu’il a sur chacun de nous, en d’autres termes à faire sa volonté. Or la première volonté d’un Père n’est-elle pas que ses enfants, tous ses enfants, se traitent en frères, s’aiment entre eux ? Il désire que nous aimions chacun, sans faire de discrimination, tout comme lui. Il n’est donc pas question de choisir entre le sympathique et l’antipathique, le beau ou le laid, le blanc, le noir ou le jaune, l’européen ou l’américain, le chrétien ou le juif, le musulman ou l’hindou. L’amour ne connaît aucune forme de discrimination. Cette foi dans l’amour que Dieu a pour ses créatures se retrouve, nous l’avons constaté, chez de nombreux frères et sœurs d’autres religions, à commencer par les religions abrahamiques qui affirment l’unité du genre humain, la sollicitude de Dieu pour toute l’humanité et le devoir de tout homme d’imiter le Créateur dans son comportement immensément miséricordieux envers chacun. Un dicton musulman affirme : « Dieu pardonne cent fois, mais il réserve sa suprême miséricorde à celui dont la piété a épargné la plus petite de ses créatures. » On reste sans paroles devant la compassion infinie pour chaque être vivant que le Bouddha a enseignée à ses disciples : « Vous, moines, vous devriez travailler au bien-être de beaucoup, au bonheur de beaucoup, mus de compassion pour le monde, pour le bien-être (…) des hommes ». Pour les chrétiens, il faut aimer chaque homme, car en chaque homme on aime le Christ. Lui-même nous dira un jour : « C’est à moi que vous l’avez fait » (cf. Mt 25,40). Aimer tous les hommes, sans distinction. Un autre trait de cet amour est universellement connu et mentionné dans les livres sacrés. Vivre cela pourrait suffire à faire du monde une grande famille : aimer comme soi-même, faire aux autres ce que l’on voudrait que l’on vous fasse à vous-même, ne pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’on vous fasse. C’est ce qu’on appelle la « Règle d’or » mentionnée dans la présentation de ce Séminaire. Elle a été exprimée par Gandhi en ces beaux termes : « Toi et moi nous ne sommes qu’un. Je ne peux te faire de mal sans me blesser moi-même. » La tradition musulmane dit : « Aucun parmi vous n’est un vrai croyant, s’il ne désire pour son frère ce qu’il désire pour lui-même » . L’Évangile l’énonce ainsi : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux » (Mt 7,12). Et Jésus commente : « C’est la Loi et les Prophètes. » (Ibid) Cette simple norme que l’Esprit a répandue dans toutes les religions est un condensé de tous les commandements de Dieu. Il faut donc lui faire une large place dans le dialogue interreligieux. De cette règle – qui à juste titre a été appelée « d’or » – découle une norme qui, si elle était appliquée, pourrait être à elle seule un puissant moteur pour l’harmonie entre les individus et les groupes. Pour mettre en pratique l’amour authentique envers les autres il faut encore quelque chose qui se condense en une formule toute simple, de trois mots seulement : « Se faire un ». Se faire un avec les autres signifie nous charger de leurs poids, de leurs soucis, de leurs souffrances et de leurs joies. Se faire un est d’une extrême importance dans le dialogue interreligieux. Quelqu’un a dit : « Connaître la religion de l’autre implique que l’on entre dans sa peau, que l’on voie le monde tel qu’il le voit et que l’on pénètre la signification qu’a pour l’autre d’être bouddhiste, musulman, hindou, etc. » Or « vivre l’autre » touche tous les aspects de la vie et est l’expression du plus grand amour. En effet, en vivant ainsi, on est mort à soi-même, à son « moi » et à tout attachement. On parvient au « rien de soi » auquel aspirent les grandes spiritualités et au vide d’amour qui se réalise au moment où l’on accueille l’autre. Cette attitude consiste à se placer face à chacun dans l’attitude d’apprendre, et l’on a réellement quelque chose à apprendre. L’étape suivante de l’art d’aimer est peut-être celle qui requiert le plus d’efforts. Elle est la pierre de touche de l’authenticité de notre amour, de sa pureté et, par conséquent, de sa réelle capacité d’engendrer l’unité entre les hommes et la fraternité universelle. Il s’agit d’être les premiers à aimer, c’est-à-dire de ne pas attendre que l’autre fasse le premier pas, mais être les premiers à prendre l’initiative. Cette manière d’aimer est un risque que nous prenons personnellement, mais si nous voulons aimer à l’image de l’amour de Dieu et développer la capacité d’amour qu’Il a déposée en nos cœurs, nous devons faire comme Lui qui n’a pas attendu d’être aimé de nous, mais au contraire nous prouve depuis toujours et de mille manières qu’Il nous aime en premier, quelle que soit notre réponse. Nous avons été créés comme un don les uns pour les autres et nous nous réalisons dans la mesure où nous nous mettons au service de nos frères et sœurs dans cette attitude d’amour qui devance l’amour de l’autre. C’est un enseignement que nous ont transmis par leur exemple les grands fondateurs des religions. Jésus nous en a donné l’exemple. Lui qui a dit : « Nul n’a de plus grand amour que celui qui donne sa vie pour celui qu’il aime » (Jn 15,13), il l’a réellement donnée, lorsque nous étions pécheurs et que nous n’aimions pas. Lorsque deux ou plusieurs personnes sont dans l’attitude d’aimer en premier, l’amour entre elles devient réciproque. Or l’amour réciproque est le le plus sûr fondement de la paix et de l’unité dans le monde. Certes, nous en avons fait l’expérience, pour quiconque entreprend aujourd’hui de déplacer les montagnes de la haine et de la violence, la tâche est immense et ardue. Mais ce qui est impossible à des millions d’hommes isolés et divisés semble devenir possible à des personnes qui ont fait de l’amour mutuel, de la compréhension réciproque, de l’unité, la dynamique essentielle de leur vie. Tout cela a une raison, possède une clé de voûte et porte un nom. Lorsque nous entrons en dialogue entre nous, fidèles de religions différentes, que nous nous ouvrons les uns aux autres pour établir un dialogue où se mêlent la bienveillance, l’estime réciproque et le respect, nous nous ouvrons en même temps à Dieu et « nous permettons – l’expression est de Jean-Paul II – que Dieu soit présent au milieu de nous » . Cette présence, fruit de notre amour réciproque, est la force secrète qui dynamise nos efforts en faveur de la paix et de la fraternité universelle et permet qu’ils soient couronnés de succès. L’Évangile l’annonce aux chrétiens en ces termes : si deux ou plusieurs personnes s’unissent dans l’amour authentique, le Christ lui-même, qui est la Paix, est présent au milieu d’elles et donc en chacune d’elles. Peut-il y avoir de plus grande garantie, de meilleure chance pour ceux qui s’efforcent d’être des instruments de fraternité et de paix ? Cet amour réciproque, cette unité qui procure tant de joie à ceux qui les mettent en pratique, demande quoi qu’il en soit détermination, entraînement quotidien, sacrifice. C’est ici qu’entre en jeu, dans le langage chrétien, un mot à la fois éblouissant de lumière et profondément dramatique, un mot que le monde ne veut pas entendre prononcer, car il le considère folie, absurdité, non-sens. C’est le mot « croix ». On ne réalise rien de bon, d’utile, de fécond en ce monde, si l’on ignore, si l’on refuse l’effort, la souffrance, en un mot, la croix. S’engager à vivre et à porter la paix, à susciter la fraternité, n’est pas une partie de plaisir ! Il faut du courage, il faut savoir souffrir. Je ne suis pas en train de vous parler d’une utopie mais d’une réalité vécue depuis plus de 50 ans par des millions de personnes, une expérience pilote de la fraternité universelle et de l’unité que nous désirons tous. Grâce à ce style d’amour, des dialogues féconds ont été entrepris entre notre mouvement et des chrétiens de nombreuses Églises, avec des fidèles de différentes religions et avec des personnes de cultures les plus disparates. Ensemble nous avançons vers la plénitude de vérité à laquelle nous aspirons tous. L’expérience de dialogue interreligieux du mouvement des Focolari Je vais donc vous parler des occasions de rencontre que nous avons eues, dès les débuts du mouvement, avec des frères et des sœurs d’autres credo. La première expérience vraiment forte que nous avons faite fut un contact avec la tribu des Bangwa, une tribu du Cameroun profondément ancrée dans sa religion traditionnelle, qui était décimée par une grave mortalité infantile et à laquelle nous allions prêter assistance. Un jour leur chef, appelé « Fon », a réuni les milliers de membres de son peuple dans une grande clairière dans la forêt, pour nous fêter en nous présentant leurs chants et leurs danses. J’étais présente et j’ai eu une très forte impression, comme si Dieu, comme un immense soleil, nous embrassait tous de son amour, eux et nous. Pour la première fois de ma vie j’ai eu l’intuition que nous aurions eu des relations avec des personnes de traditions non chrétiennes. L’événement fondateur de ce dialogue s’est produit à Londres, en 1977, à l’occasion de la cérémonie de remise du Prix Templeton pour le progrès des religions. À l’issue du discours que j’avais tenu, tandis que je sortais de la salle, les premiers à venir vers moi pour me féliciter ont été des juifs, des musulmans, des bouddhistes, des sikhs, des Hindous. L’esprit chrétien dont j’avais parlé les avait impressionnés, si bien que je compris avec clarté que nous ne devions plus nous occuper seulement de notre Église et des autres Églises, mais aussi de ces frères et sœurs d’autres crédos. C’est ainsi qu’a commencé notre dialogue interreligieux. Deux ans plus tard, j’ai eu l’occasion de rencontrer une personnalité bouddhiste, M. Nikkyo Niwano, fondateur au Japon de la Rissho Kosei-kai. Il m’a invitée à aller parler à Tokyo de mon expérience spirituelle devant 10 000 bouddhistes. Depuis, entre focolarini et membres de la Rissho Kosei-kai, des relations fraternelles sont établies partout où nous nous rencontrons dans le monde. De façon plus surprenante encore, toujours avec le bouddhisme, nous sommes entrés en contact avec d’éminentes personnalités du monachisme thaïlandais. Durant un long séjour dans notre cité-pilote internationale de Loppiano (Italie), une petite cité où les 800 habitants s’efforcent de vivre la fidélité à l’Évangile, deux moines ont très touchés de découvrir l’unité et la vie d’amour évangélique qu’ils ne connaissaient pas. De retour en Thaïlande, ces deux moines ont saisi toutes les occasions pour raconter à des milliers de fidèles et à des centaines de moines, leur expérience au contact du mouvement des Focolari. C’est ainsi qu’est né ce que j’appellerais un mouvement bouddhiste-focolarino, ou plutôt bouddhiste-chrétien, une sorte d’oasis de fraternité parmi celles que nous sommes en train de construire dans le monde. Par la suite j’ai été invitée en Thaïlande dans l’une de leurs Universités bouddhiste et dans un temple, où j’ai pu parler à des nonnes, des moines bouddhistes et des laïcs et laïques. Ils ont prêté une grande attention à mes paroles tandis que nous-mêmes nous avons été édifiés par le détachement qui les caractérise, par leur ascèse. Et le dialogue avec l’Islam ? 6 500 amis musulmans sont en contact avec le mouvement. Ce qui nous lie entre nous c’est notre spiritualité qui leur donne un nouvel élan et les encourage à mieux vivre ce que la spiritualité islamique a d’essentiel. Nous avons organisé plusieurs rencontres avec eux. Chacune d’elles a été caractérisée par une présence de Dieu tangible notamment lorsqu’ils prient, ce qui nous donne beaucoup d’espoir. J’ai personnellement touché du doigt que cette espoir n’est pas vain dans la mosquée Malcom Shabazz de Harlem aux États-Unis. C’était il y a six ans. Je me trouvais devant 3 000 musulmans afro-américains à qui j’avais été invitée à parler de mon expérience chrétienne. Leur accueil, à commencer par celui de leur leader, l’Imam W.D. Mohammed, a été si chaleureux, si sincère, si enthousiaste que nous pouvons entrevoir un avenir très prometteur. Je suis retournée aux États-Unis il y a trois ans, à Washington, pour participer à un Grand Rassemblement organisé par ce mouvement et y parler de notre collaboration. Sept mille personnes, chrétiens et musulmans, y participaient. La joie qui nous envahissait n’était pas simplement humaine, nous nous sommes donnés une accolade sincère au milieu des applaudissements et nous nous sommes promis d’avancer dans cette voie aussi unis qu’il est possible, diffusant ce style de vie au plus grand nombre. Une autre oasis de fraternité. Il faut également évoquer les contacts toujours plus étroits que nous avons avec des frères et des sœurs juifs en Israël et un peu partout dans le monde. Ma dernière rencontre en date a eu lieu à Buenos Aires avec une nombreuse communauté. D’autres membres du mouvement ont eu d’autres contacts à différentes occasions. Nous nous sommes retrouvés avec une grande émotion et nous avons scellé entre nous un pacte d’amour réciproque si profond et si sincère que nous avons eu l’impression de dépasser d’un seul coup des siècles de persécution et d’incompréhension. Depuis trois ans nous avons commencé également un dialogue prometteur en Inde, avec les Hindous. Nous avons des contacts fraternels et intenses avec des mouvements gandhiens au Sud de ce grand pays. À Mumbai un dialogue profond s’est instauré avec des professeurs de l’Université Somaiya et de l’Institut culturel indien. Plus récemment nous avons établi de bonnes relations avec un mouvement numériquement très important, le Swadhyaya, dont l’objectif – l’unité dans la diversité et la fraternité – ressemble beaucoup au nôtre. Il y a un an nous avons tenu le premier colloque hindou-chrétien. L’atmosphère qui s’y est créée était d’une telle profondeur que nous avons pu leur faire connaître de nombreuses vérités de notre foi. C’était un peu comme si un horizon impensable jusqu’à présent s’était ouvert devant nous. Il y a quelques mois, je suis retournée en Inde et nous avons pu poursuivre ce dialogue au niveau de la spiritualité, niveau défini par un dignitaire de mon Église : « le point culminant des différentes formes de dialogue qui répond aux attentes les plus profondes des hommes de bonne volonté » . Nous envisageons de faire d’autres colloques du même genre, bouddhiste-chrétien et islamo-chrétien. En ce qui concerne l’expansion universelle de notre mouvement, nous sommes en contact avec les principales religions du monde, et environ 30 000 fidèles de ces religions partagent, dans la mesure du possible, la spiritualité et les buts du mouvement. Comment dialoguer ? Si notre dialogue interreligieux a connu une évolution aussi rapide et féconde, c’est parce que l’élément décisif et caractéristique a été l’art d’aimer dont j’ai parlé tout à l’heure. Dans le climat d’amour réciproque suscité par la mise en pratique de la règle d’or, on peut établir un dialogue avec ses partenaires, on s’efforce de se faire « rien » pour pouvoir entrer, d’une certaine manière, en eux. « Se faire rien », ce qui est synonyme de « se faire un » avec les autres. J’ai déjà parlé de « se faire un » et ces trois simples mots contiennent le secret du dialogue qui peut engendre l’unité. « Se faire un », en effet, n’est pas une tactique, une attitude extérieure ; ce n’est pas seulement un sentiment de bienveillance, d’ouverture et de respect, une absence de préjugés. C’est tout cela ensemble, avec quelque chose de plus. Cette pratique de « se faire un » exige que l’on chasse de sa tête les idées, de son cœur les affections, de la volonté tout ce qui nous empêche de nous identifier aux autres. On n’arrivera jamais comprendre un frère, le connaître, partager ses souffrances ou ses joies, si notre esprit est riche d’une préoccupation, d’un jugement, d’une idée… ou de quoi que ce soit d’autre. Pour se « faire un » il faut des esprits pauvres, des pauvres en esprit qui soient riches d’amour. Cette attitude très importante et incontournable, provoque un double effet : elle nous aide à nous inculturer dans la situation d’autrui, à connaître sa culture et son langage, et elle dispose notre interlocuteur à nous écouter. Nous avons remarqué, en effet, que lorsque l’on meurt à soi-même pour se « faire un » avec les autres, ceux-ci sont frappés et demandent des explications. On peut ainsi passer à « l’annonce respectueuse » c’est-à-dire à une annonce mue par un devoir de loyauté envers Dieu et envers nous-mêmes et de sincérité envers notre prochain : nous proposons à notre interlocuteur ce que notre foi affirme sur le sujet abordé, sans rien imposer, sans un soupçon de prosélytisme, uniquement par amour. Pour nous chrétiens, à ce moment-là le dialogue débouche sur l’annonce de l’Évangile. Nous travaillons avec de nombreux frères et sœurs des grandes religions et nous expérimentons avec eux la fraternité. Dès lors nous sommes convaincus que le pluralisme religieux de l’humanité peut perdre peu à peu sa connotation de division et de conflit et représenter, dans la conscience de millions d’hommes et de femmes, une sorte de défi : celui de recomposer l’unité de la famille humaine, parce que l’Esprit Saint est présent et actif d’une façon ou de l’autre dans toutes les religions, non seulement dans les personnes prises individuellement mais aussi dans les traditions religieuses elles-mêmes. Jean-Paul II a défini la magnifique Journée mondiale de prière pour la paix à Assise de 1986 « une manifestation admirable de l’unité qui nous lie au-delà des différences et des divisions. » Que notre cœur soit empli d’amour authentique. Nous aurons alors de bonnes raisons de nourrir une grande espérance quant à l’unité entre les fidèles des grandes religions et à la fraternité vécue par toute l’humanité. Merci de votre écoute. Que Dieu, dans son amour, nous prenne dans une seule étreinte. Chiara Lubich    

Initiatives et Changement

Initiatives et Changement

L’ancien président de la Croix rouge internationale est aujourd’hui président de la Fondation suisse « Caux – Initiatives et Changement » et de l’association internationale Initiatives et Changement. Toutes deux sont issues du groupe d’Oxford et sont, selon les termes de Cornelio Sommaruga, « comme le Mouvement des Focolari, un produit de la deuxième guerre mondiale ». En 1938, alors que les états se préparaient à la guerre, le fondateur du mouvement, Frank Buchmann, a lancé un appel à « un réarmement moral et spirituel » pour « un monde sans haine, sans peur et sans avarice ». Après la guerre, sous le nom de Réarmement Moral (MRA), le mouvement a soutenu le processus de réconciliation entre les ennemis, et en premier lieu entre l’Allemagne et la France. Aujourd’hui, Initiatives et Changement consiste en un réseau de personnes de cultures, religions et générations différentes, engagées dans un processus toujours nécessaire qui vise à « renouveler le monde ». A Caux, près de Montreux, dans le canton de Vaud (Suisse), se déroulent tous les ans des colloques sur des thèmes divers. Ceux de cette année portaient sur : « Du conflit à la communion », « Le facteur spirituel et religieux dans une société laïque », « Initiatives de paix » et « Sécurité humaine pour la prévention des conflits ». Par Beatrix Lederberger-Baumer pour l’agence KIPA, 3 août 2003

   

PAROLE DE VIE DE JUILLET 2003

Dans un arbre, nous voyons le feuillage, les fleurs et les fruits, mais non les racines dont l’arbre tire sa vie. De même pour chacun de nous. Nous sommes appelés à aimer, à servir, à créer des rapports de fraternité, à travailler à la construction d’un monde plus juste. Mais comment y arriver sans racines, sans vie d’union avec Dieu, sans rapport d’amour personnel avec lui soutenant notre action ?
D’autre part, il est vrai aussi qu’à travers les feuilles la lumière et la chaleur fortifient les racines de l’arbre. De même notre amour envers notre prochain nourrira à son tour notre amour pour Dieu, le vivifiera, lui permettra de se concrétiser. L’amour de Dieu et celui du prochain expriment un unique amour. La vie intérieure est la racine de la vie extérieure et réciproquement.
Cette vie intérieure, la parole de vie de ce mois nous invite à la cultiver, surtout par le recueillement, la solitude, le silence, afin d’approfondir notre rapport personnel avec Dieu. Tout comme si Jésus nous redisait les paroles qu’il adressa à ses disciples, un jour qu’il les voyait fatigués après s’être beaucoup donnés aux autres.

« Venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. »

Jésus lui-même prenait parfois de la distance par rapport à ses nombreuses occupations. Il y avait des malades à guérir, des foules à instruire et à rassasier, des pécheurs à convertir, des pauvres à aider et à consoler, des disciples à guider… Et pourtant, même quand tout le monde le cherchait, il savait se retirer hors des lieux habités, seul avec son Père . C’était comme s’il rentrait chez lui. Dans cet entretien avec son Père, il trouvait les paroles qu’il allait adresser aux foules , il repensait sa mission, il retrouvait des forces pour affronter le jour nouveau. Et cela, il nous demande à nous aussi de le faire.

« Venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. »

Qu’il est donc difficile de nous arrêter ! Nous sommes quelquefois pris dans un tourbillon de travail et d’activités, dans une sorte d’engrenage dont nous avons perdu le contrôle. La société nous impose souvent un rythme de vie frénétique : il faut produire toujours davantage, faire carrière, se distinguer… Comment alors parler de solitude et de silence au dehors et au-dedans de nous ? Et pourtant ils sont la condition pour écouter la voix de Dieu, pour imprégner notre vie de sa parole, pour approfondir notre rapport d’amour avec lui. Que pouvons-nous entreprendre de fructueux sans cette sève intérieure ?
D’où la nécessité de périodes, même brèves, de repos physique et mental, ne serait-ce que pour nous dégager du stress. Serait-ce perdre notre temps que de répondre à l’invitation de Jésus ?

« Venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu »

En restant avec Jésus, les disciples trouveront en lui le repos : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos […] et vous trouverez le repos de vos âmes ». Le meilleur repos consiste à prendre le temps de « rester » avec Jésus, de vivre dans sa grâce, dans l’amour, en se laissant façonner et guider par sa Parole. Surtout avant la prière, qui est le moment privilégié pour « rester » avec lui, il est bon de se détacher de tout, de se reposer un peu, de se recueillir, d’entrer dans le secret et le silence de notre « chambre intérieure » . Ne mesurons pas le temps consacré à la prière. Là, plus nous croyons en perdre, plus nous en gagnons. Dans l’union avec Dieu, nous trouverons la paix. Ainsi nous parviendrons à nous entretenir en permanence avec lui, dans un recueillement constant, même au-delà du temps de la prière. C’est mon expérience depuis tant d’années.
Un jour j’ai écrit :
« Seigneur ;
Je te porte en mon cœur, tu es le trésor
qui doit pénétrer tous mes actes.
Prends soin de moi, garde-moi,
il est tien l’amour : joie et peine.
Que nul autre ne recueille un soupir.
Cachée en ton tabernacle,
je vis, je travaille pour tous.
Que soit tienne la caresse de ma main,
et tien aussi l’accent de ma voix. »
Même si nous ne pouvons nous isoler du tourbillon du monde, nous pouvons toujours aller au fond de notre cœur, à la recherche de Dieu. Il est toujours là. Il suffit de lui dire avant chaque action : « C’est pour toi, Jésus ». Ainsi nous pourrons nous mettre un peu à l’écart, voyant et vivant tout dans le surnaturel. Offrons-lui chaque souffrance, petite ou grande.
Notre communion avec lui s’intensifiera. Notre équilibre en tirera un bénéfice. Nous en serons régénérés pour retourner à nos activités et aimer davantage encore.

Chiara LUBICH

 

Le dialogue : clef de voûte de la construction de l’unité

Le dialogue : clef de voûte de la construction de l’unité

« Le christianisme, malgré la crise spirituelle où se trouve aujourd’hui la civilisation, est capable de se renouveler continuellement. » Dans ces paroles du Pr Peter Blaho, Recteur de l’Université d’Etat de Trnava (Slovaquie), est contenue la signification profonde de la cérémonie solennelle qui s’est déroulée, ce matin là, dans la grande salle du Centre Mariapolis de Castelgandolfo. Là, les plus hautes autorités académiques de cette Université ont conféré à Chiara Lubich le doctorat honoris causa en théologie. Sur scène, se côtoyaient les drapeaux slovaque, européen et italien. Une image éloquente. La Slovaquie fait en effet partie des dix pays qui entreront dans l’Union Européenne en mai 2004. Des différentes interventions émergeaient les racines chrétiennes, toujours vivantes, de la culture slovaque qui a donné vie à l’Université de Trnava, en 1635. Les paroles du Doyen de la Faculté de Théologie, le Pr Ladislav Csontos, qui a suscité cette reconnaissance, révélaient l’héroïsme vécu sous le régime communiste : une histoire de fidélité, de persécutions, d’arrestations des enseignants de l’Institut de Théologie – fondé par les Jésuites et repris depuis 1992 par l’Université de Trnava -, et des étudiants, le plus souvent prêtres ou religieux ordonnés clandestinement. Venait en évidence l’activité intense qui a permis, malgré le régime, d’alimenter les études par l’enseignement du Concile Vatican II. D’où la place réservée au dialogue par la faculté, à tous les niveaux : dans les activités didactiques, par les séminaires scientifiques interdisciplinaires, les conférences et les publications. « Pour ces raisons – a déclaré le doyen, qui a présenté la personnalité et l’œuvre de la lauréate -, la théologie de l’unité et du dialogue de Chiara Lubich est très proche de notre faculté et sa contribution est la raison principale qui nous a poussé à proposer cette reconnaissance. » Il a qualifié la fondatrice des Focolari de « personnage-clef du mouvement œcuménique et du dialogue interreligieux. » Et il a rappelé que « son œuvre est apparue en Slovaquie avec le Mouvement des Focolari, qui y avait déjà mis des racines à l’époque du régime communiste, apportant à ceux qui y adhéraient un grand soutien spirituel et, dans la vie de l’Eglise locale, l’esprit du Concile Vatican II. » Le Recteur de l’Université a parlé des « chemins » et des « modèles nouveaux » dans les rapports interpersonnels ouverts par Chiara Lubich, avec des retombées innovantes dans les domaines économique, politique et culturel, sur la base du dialogue qu’elle promeut, qui s’appuie sur le commandement évangélique de l’amour. « Il faut construire l’unité du monde sur ce fondement spirituel, a-t-il affirmé, si nous ne voulons pas périr. »

Dans sa leçon magistrale, Chiara Lubich a communiqué les racines profondes de ce dialogue qui plongent au cœur même de la vie trinitaire. Elle en a montré le dynamisme : « Il se manifeste, a-t-elle expliqué -, comme un don de soi réciproque et inconditionnel, une mutuelle abstraction de soi, une communion totale. » Il exige un « rien d’amour », ce «’’ non être ‘’ qui révèle l’Etre comme Amour. » Elle en a montré la force de transformation dans la vie de la famille, dans les différents domaines de la société, dans la vie de l’Eglise, dans le domaine œcuménique et interreligieux. C’est donc un entrelacement de cultures différentes, de charismes anciens et nouveaux qui a émergé de cet événement. Et il aura des retombées. Une promesse solennelle a été demandée à la lauréate : ne pas faire manquer l’université de Trnava de son conseil éclairé et continuer à faire connaître la vérité au cœur de laquelle est contenue le Salut du genre humain. 26.06.2003

Chiara Lubich, docteur honoris causa en théologie

Chiara Lubich, docteur honoris causa en théologie

 En conférant le titre de « docteur honoris causa » à la fondatrice du Mouvement des Focolari, une des plus importantes personnalités chrétiennes de notre temps, l’université de Trnava veut témoigner l’orientation chrétienne qui l’inspire et promouvoir dans la société slovaque l’ouverture au dialogue entre foi et science, culture et politique, pour que les conflits engendrés par les différences culturelles deviennent enrichissement et progrès social. Cette reconnaissance attribuée à Chiara Lubich a été proposée par la faculté de théologie en raison de la profonde consonance entre les valeurs incarnées par cette personne et la tradition de l’Universitas Tyrnaviensis, la première université slovaque, fondée en 1635, caractérisée par des valeurs spirituelles et une liberté de pensée puisées dans les racines historiques du peuple slovaque, c’est-à-dire les valeurs du christianisme, de la culture européenne et de la démocratie. Ces dix dernières années, depuis sa réouverture, l’université de Trnava s’attache à mettre en valeur les personnes qui ont particulièrement contribué au développement et à l’affirmation de ces valeurs dans la société.

PAROLE DE VIE DE JUIN 2003

Ces paroles, Jésus ressuscité les adresse à ses apôtres avant de monter au ciel. Il avait accompli la mission reçue du Père : il avait vécu, était mort et ressuscité pour libérer l’humanité du mal, la réconcilier avec Dieu, l’unifier en une seule famille. Maintenant, avant de retourner vers le Père, il confie à ses apôtres la tâche de continuer son œuvre et d’être ses témoins dans le monde entier.
Cette mission les dépasse infiniment, Jésus le sait bien. C’est pour cela qu’il leur promet l’Esprit Saint, lui qui, à la Pentecôte, transformera les simples pêcheurs craintifs de Galilée en courageux annonciateurs de l’Évangile. Rien ne pourra plus les arrêter. À tous ceux qui voudront les empêcher de témoigner, ils répondront : « Nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu » .
À travers les apôtres, Jésus confie la tâche de témoigner à l’Église entière. C’est l’expérience de la première communauté chrétienne de Jérusalem qui, vivant « dans l’allégresse et la simplicité du cœur », attirait chaque jour de nouveaux membres . C’est aussi celle des membres de la première communauté de l’apôtre Jean. Ils annonçaient ce qu’ils avaient entendu, vu de leurs yeux, contemplé et touché de leurs mains, c’est-à-dire le Verbe de la vie…
Par notre baptême et notre confirmation, nous aussi nous avons reçu l’Esprit Saint (Ac 2,38). Il nous pousse à témoigner et à annoncer l’Évangile. Et à nous aussi, Jésus assure :

« Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous. »

C’est lui, le don du Seigneur ressuscité. Il habite en nous comme en son temple, il nous éclaire et il nous guide. Esprit de vérité, il fait comprendre les paroles de Jésus, les rend vivantes et actuelles, il nous fait aimer la sagesse, nous suggère ce que nous devons dire et comment le faire. Esprit d’amour, il nous enflamme de son amour même, nous rend capables d’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces, et d’aimer tous ceux que nous rencontrons sur notre chemin. Esprit de force, il nous donne le courage et la force d’être cohérents avec l’Évangile et de toujours témoigner de la vérité. Seul le feu de l’amour qu’il insuffle dans nos cœurs nous permet d’accomplir la grande mission que Jésus nous confie :

« vous serez alors mes témoins… »

Comment être témoins de Jésus ? En vivant la vie nouvelle qu’il a apportée sur la terre, l’amour, et en en montrant les fruits. Je dois suivre l’Esprit Saint qui, chaque fois que je rencontre un frère ou une sœur, me rend prêt à me « faire un » avec lui ou avec elle, à les servir à la perfection ; qui me donne la force de les aimer lorsque je les considère comme mes ennemis ; qui emplit mon cœur de miséricorde pour savoir pardonner et me préoccuper de leurs besoins ; qui me pousse à communiquer au moment opportun ce que j’ai de plus beau dans le cœur…
À travers mon amour, c’est celui de Jésus qui se révèle et se transmet. Pensons à la loupe qui concentre les rayons du soleil. Elle peut enflammer ainsi une touffe d’herbe, alors que, mise directement face au soleil, celle-ci ne prend pas feu. Il se produit parfois la même chose pour ceux que la religion semble laisser indifférents : ils peuvent s’enflammer en rencontrant quelqu’un qui participe à l’amour de Dieu. Une telle personne joue alors le rôle de la loupe qui éclaire et enflamme.
Avec cet amour de Dieu dans le cœur, et grâce à lui, on peut aller loin, et faire partager notre découverte à bien d’autres :

«… jusqu’aux extrémités de la terre. »

Les « extrémités de la terre » ne sont pas simplement géographiques. Elles indiquent aussi, par exemple, des personnes proches de nous qui n’ont pas encore eu la joie de connaître véritablement l’Évangile. Notre témoignage devrait aussi les atteindre.
Nous voulons vivre la « règle d’or », présente dans toutes les religions : faire aux autres ce que nous voudrions qu’ils fassent pour nous.
L’amour de Jésus nous demande également de nous « faire un » avec chacun, dans le complet oubli de soi, jusqu’à ce que l’autre, doucement touché par l’amour de Dieu en nous, veuille se « faire un » avec nous, dans un échange réciproque d’aides, d’idéaux, de projets, d’affection. Ce n’est qu’alors que nous pourrons parler, et ce sera un don, dans la réciprocité de l’amour.
Que Dieu fasse de nous ses témoins devant les hommes afin qu’au Ciel, Jésus – comme il nous l’a promis – se déclare pour nous devant son Père.

Chiara LUBICH