Mouvement des Focolari

La fraternité en politique : pour remettre l’histoire sur le chemin de la paix

 ANSA, 4 septembre – La fraternité en politique « est la solution qui remettra l’histoire de nos pays et de l’humanité sur le chemin de la paix ». C’est ce qu’affirme à Berne Chiara Lubich, fondatrice des Focolari, devant 450 personnalités politiques et jeunes réunis au palais des congrès pour réfléchir à la question : « Fraternité en politique, utopie ou nécessité ? », lors d’une rencontre organisée par un groupe de personnalités politiques suisses du Mouvement politique pour l’unité.

La fraternité en politique nécessaire et urgente Sur fond de terrorisme, la fraternité proposée comme « catégorie politique fondamentale » s’impose comme nécessaire et, de plus, urgente. « La fraternité en politique est on ne peut plus actuelle face à la terreur, aux morts et aux violences », avait affirmé à l’ouverture du congrès le chancelier de la Confédération helvétique, Anne-Marie Huber Holz.

Nouvelles perspectives de l’Économie de communion

Le système économique actuel apparaît de plus en plus fragile et indéfendable : krach financier de grandes entreprises ou crise de l’énergie, tout révèle que l’économie telle que nous l’avons conçue ces deux derniers siècles est gravement malade. Dans le même temps et plus que jamais, la société voit fleurir de nouvelles formes d’économie sociale : commerce équitable, banque éthique, consommation réfléchie. Un phénomène qui laisse entrevoir la possibilité d’une économie et d’un développement défendables. C’est dans ce contexte que se situe l’Économie de communion. Le congrès international qui se tiendra du 10 au 12 septembre à Castel Gandolfo (Italie) présentera un bilan des résultats atteints après plus de dix années d’expérimentation au niveau international et proposera de nouvelles perspectives. Le congrès présentera les expériences les plus importantes sur le partage des bénéfices des entreprises avec les pauvres ; les thèses de doctorat sur ce thème – 130 thèses – présentées dans des universités de plusieurs pays ; les pôles d’entreprises qui existent en Amérique latine et celui qui se construit en Italie. Ce sont quelques-unes des réalisations du projet de l’Économie de communion lancé par Chiara Lubich au Brésil en 1991 pour répondre à la fracture entre riches et pauvres. L’un des thèmes les plus importants sera : « Pauvreté et développement dans la perspective de la communion ». La fondatrice des Focolari traitera le thème central : « Nouvelles perspectives de l’Économie de communion ». Un nouveauté à ce congrès : un dialogue entre diverses formes d’économie sociale réalisées dans d’autres univers culturels. Par exemple des expériences de micro-crédit inspirées de l’économie gandhienne, des expériences novatrices nées au sein de la culture hindoue et jaïniste et des modes de vie marqués par la sobriété comme l’expérience hollandaise de « l’Economy of enough ». Les intervenants dans ce dialogue seront des spécialistes en économie sociale au niveau international, comme Michael Noughton et Stefano Zamagni, et des chefs d’entreprises de divers continents. « Économie, mais aussi humanisme de communion », c’est le titre de la dernière partie du congrès, qui intègrera les réalisations de ce projet dans le cadre plus large d’un humanisme de communion. Dans ce cadre interviendront des spécialistes d’autres disciplines, comme l’écologie, la politique et l’urbanisme.

Rome, gare Termini : le courage de risquer sa vie

Je me rends ce jour-là à Rome pour un contrôle médical et, en descendant gare Termini, je suis bousculée par un jeune étranger poursuivi par trois hommes qui crient : « Au voleur, arrêtez-le ! ». La foule l’arrête et le fait tomber à terre. Ses poursuivants l’insultent, le frappent et le bourrent de coups de pied dans l’estomac. En voyant ce spectacle brutal, je pense un instant à ma santé, car je fais une grave hypertension, mais je comprends aussitôt qu’en cet instant la vie de ce garçon est plus importante que la mienne. Je ne peux pas laisser les choses se passer selon la mentalité courante et faire semblant de rien. La cohérence avec l’évangile me demande davantage. Je me précipite donc, écartant tout le monde et distribuant des coups à droite et à gauche avec mon sac. Je me jette sur le garçon pour lui servir de bouclier. Il hurle en demandant qu’on le sauve de ses agresseurs. Ceux-ci, voyant mon attitude, s’arrêtent enfin. « Vous n’avez pas honte de le maltraiter de cette façon ? Qu’a-t-il fait de si grave pour mériter cela ? ». « Il m’a volé mon porte-feuilles », répond l’un d’eux. Le garçon – qui avait 16 ans – me dit qu’il a volé pour acheter un peu de pain pour survivre, car il n’a pas mangé depuis deux jours et il dort sous les ponts. Les gendarmes arrivent et le garçon s’explique : il a fui son pays il y a environ deux ans. Toute sa famille a été tuée, il est le seul survivant parce qu’il s’est caché sous une botte de paille. Ensuite, il est passé en Italie parce que des amis lui avaient raconté qu’on y était heureux. Avec les gendarmes, nous le conduisons à l’hôpital. Pendant le transport, il me serre fort la main et me dit : « Maman, tu m’as sauvé la vie. Tu es ma maman italienne ». Aux urgences, on diagnostique un traumatisme crânien et trois côtes fêlées. Une religieuse nous dit qu’il faut l’hospitaliser, mais qu’il n’a pas de vêtements pour son séjour. Je vais acheter le nécessaire et nous pouvons alors l’emmener dans la salle commune. Pendant que je m’occupe de lui, les gendarmes et les religieuses rédigent le rapport médical et me demandent si je suis de la famille. Je dis que non. Je lis dans leurs yeux la perplexité et l’émotion. « Pourquoi avez-vous fait tout ça ? » me demandent-ils. Je réponds que j’essaie chaque jour d’aimer mes frères en essayant de voir en eux le visage de Jésus et de ne jamais regarder en arrière dans les situations difficiles. La religieuse a les yeux rouges et me dit que je lui ai donné une belle leçon d’amour, parce que seul celui qui vit l’évangile peut faire cela, et elle m’encourage à continuer de la sorte. Avant de partir je veux laisser l’argent que j’ai sur moi, pour la visite du spécialiste et pour les besoins du garçon. Mais la religieuse me dit de ne pas me faire de souci pour lui : « Vous lui avez déjà sauvé la vie, maintenant c’est moi qui prendrai soin de lui ». Les gendarmes aussi me remercient pour mon geste et me disent que j’ai pris des risques. La justice a suivi son cours. Je sais qu’aujourd’hui ce garçon vit dans une communauté catholique où il est gardien, c’est la religieuse de l’hôpital qui l’a recommandé. (M. T. – Italie, extrait de Quando Dio interviene, esperienze da tutto il mondo, Città Nuova, Rome 2004)

J’ai choisi Dieu pour toujours, rien que lui. Absolument rien d’autre.

Vincenzo était un enfant très vif, le 4e de huit enfants, que sa première communion a transformé. Lui qui faisait des bêtises à l’école, bavardait au lieu d’écouter et se faisait punir, s’est montré d’un seul coup très différent, comme s’il avait été pris par Dieu. Un jour, à table, il demanda à ses frères à quel âge ils aimeraient mourir. L’un répondit : « tout jeune », l’autre : « à 100 ans », et lui : « Je voudrais mourir à 33 ans, comme Jésus ».

Quelques années plus tard, durant l’été 1951, Vincenzo et deux de ses sœurs partirent en vacances à la montagne, dans les Dolomites. Chiara Lubich s’y trouvait aussi avec des personnes du Mouvement, à Tonadico. Les jeunes Folonari, qui avaient connu le Mouvement à Brescia, leur ville natale, obtinrent la permission de leurs parents de passer les vacances à côté, à San Martino di Castrozza. Ils se rendirent bien vite à Tonadico. En revenant le soir dans le car, Vincenzo était bouleversé et heureux, c’était comme s’il avait trouvé quelque chose qui le comblait, un idéal auquel consacrer sa vie.
Quelques mois plus tard, Vincenzo vint à Rome pour ses études universitaires. Il prit aussitôt contact avec le focolare, mais vivait tout seul. Il était très humble. La veille de la Pentecôte, il se rendit à pied au sanctuaire de la Madone du Divin Amour demander un signe qui lui fasse comprendre sa vocation. Le lendemain, quand Chiara le rencontra, elle lui dit : « Ce n’est pas toi qui as choisi Dieu, c’est Dieu qui t’a choisi ». A partir de ce jour-là, on l’appela Eletto (choisi).

Dans une lettre à Chiara, il écrit : « J’ai choisi Dieu, rien que lui et absolument rien d’autre ». Et il lui fait part de son intention de donner tout son héritage au Mouvement des Focolari (dont les 80 hectares de la cité-pilote de Loppiano) en ajoutant : « je n’ai aucun mérite puisque j’ai reçu tout cela gratuitement ».

Une des caractéristiques d’Eletto était sa relation avec les enfants et les jeunes du Mouvement que Chiara lui avait confiés. Ils étaient toujours autour de lui aux mariapolis de Fiera di Primiero. Ils se promenaient ensemble, préparaient des sketches… Il dit un jour à sa sœur Virgo à qui étaient confiées les jeunes filles : « Imagine un peu, si cet Idéal de l’unité gagnait tous les jeunes… Qu’est-ce que ça pourrait donner ? ».

Le dimanche 12 juillet 1964, Gabriele arriva au Focolare. C’était un des jeunes que suivait Eletto et celui-ci l’invita à faire une promenade en bateau sur le lac de Bracciano. A 200 mètres de la rive, Eletto, sportif et bon nageur, se laissa glisser dans l’eau en se retenant des deux mains au bord de la barque. « Elle est très froide », dit-il à Gabriele et il devint tout pâle. Le lac était agité et une vague détacha ses deux mains l’une après l’autre. Le bateau, allégé, s’éloigna de plusieurs mètres. Gabriele ne savait ni ramer, ni nager : « Je l’ai vu encore quelques secondes, son visage était illuminé d’un sourire radieux ». Puis il disparut, englouti par le lac. Son corps n’a jamais été retrouvé. Le lac de Bracciano est sa tombe bleue. Il avait 33 ans.

Le 19 juillet suivant, Chiara écrivait : « Eletto était si bon, si unique et si humble qu’il appartenait davantage à Dieu qu’à nous et c’est peut-être pour cela que Dieu l’a pris. Il est maintenant avec Jésus qu’il a aimé, avec Marie et avec ceux du Mouvement qui sont au paradis. Lui qui se sentait le dernier, il est devenu le premier.
Mon Dieu, quel abîme que la vie et la mort que chacun de nous doit affronter ! Donne-nous de vivre dans l’amour pour pouvoir mourir dans l’amour.
La dernière action d’Eletto a été un acte d’amour. Il y était habitué, sinon, dans ces moments-là, on ne peut penser qu’à soi.
Du ciel, Eletto, prie maintenant pour nous qui prions pour toi. Nous sommes sûrs que Dieu, parce qu’il t’aime, t’a pris au moment le meilleur. Tu l’as aimé dans ta vie, tu n’avais que lui et Marie.
Tu es arrivé là où nous devons arriver nous aussi. Prépare-nous la route et une place (…). Maintenant que tu vois ce qui a de la valeur, comme tu t’y étais habitué ici-bas, aide-nous à ne pas sortir du chemin et à nous garder dans la charité comme tu l’as fait. ».

Sa mort si soudaine plongea adultes et jeunes dans la stupeur. Chiara écrivit : « Eux aussi [les enfants et les jeunes] ont eu leur épreuve. Terrible et irrémédiable. Souhaitons que sur cette douleur naisse quelque chose pour eux, pour la gloire de Dieu au sein du Mouvement et pour la beauté de l’Église. Eletto n’aurait rien désiré d’autre ». Paroles prophétiques ! Quelques années plus tard, le mouvement Gen est né, qui compte aujourd’hui des milliers de jeunes, d’ados et d’enfants dans le monde entier.

Le 12 juillet, 40 ans après le départ d’Eletto pour le ciel, une journée aura lieu à Trevignano sur le lac de Bracciano (Rome). Elle commencera à 11 heures avec la messe dans l’église de Sainte-Marie de l’Assomption qui domine la ville et se terminera vers 17 heures.
Renseignements : tel. 0033/06/94315300 ; 0033/06/9412419

Dialogue entre les religions et stratégie de fraternité pour un monde nouveau

Dialogue entre les religions et stratégie de fraternité pour un monde nouveau

« Quel avenir pour une société pluriethnique, multiculturelle et multi-religieuse ? » C’est cette question de plus en plus répandue, en particulier dans la société anglaise, la plus cosmopolite d’Europe, que Chiara Lubich a traitée samedi 19 juin après-midi au Westminster Central Hall, devant plus de 2 000 personnes, dont le cardinal Murphy O’Connor, archevêque de Londres, et des personnalités musulmanes, bouddhistes et sikhs. La manifestation, organisée par le Mouvement des Focolari de Grande-Bretagne, s’intitulait : « Imagine un monde… enrichi par la diversité ». Une stratégie de fraternité pour un changement dans les relations internationales Tandis que beaucoup parlent d’une menace d’affrontement entre civilisations, provoquée par le terrorisme, la fondatrice des Focolari a indiqué un moyen d’y remédier de façon préventive : le dialogue interreligieux. Plus encore, ce dialogue interreligieux – a-t-elle dit – peut être le point de départ d’une « stratégie de la fraternité, capable de marquer un changement dans les relations internationales ».

De la société pluriethnique et multi-religieuse peut naître un monde nouveau En faisant un parallèle entre notre époque marquée par de profondes transformations et celle de Saint Augustin, qui avait vu le bouleversement de la société sous la pression des migrations de populations, Chiara Lubich a affirmé avec lui que ce qui arrive est « la naissance d’un monde nouveau ». Le monde nouveau du troisième millénaire, pour Chiara Lubich, sera l’unité de la famille humaine, enrichie par les différences, selon le dessein de Dieu. On a pu en entrevoir une ébauche avec les témoignages, chants et danses aux couleurs et aux rythmes orientaux et africains, et les interventions de représentants de plusieurs religions, comme celle de l’imam iranien Mohammed Somali et de Mme Didi Athavale, leader du grand mouvement hindou Swadhyaya Family. Comment réaliser le dialogue entre les religions ? Le dialogue doit être animé par un amour qui réussit à « se mettre dans la peau de l’autre » – a affirmé Chiara Lubich – parce qu’il sait se faire « un rien d’amour » devant l’autre, il sait se faire cet espace d’accueil et d’écoute qui prépare « une respectueuse annonce de l’évangile ». Elle a rappelé les paroles prononcées par Jean-Paul II en Inde : « Quand nous nous ouvrons l’un à l’autre, nous nous ouvrons aussi à Dieu et nous faisons en sorte que Dieu soit présent au milieu de nous ». En lui est la force secrète qui donne vigueur et succès à nos efforts, pour porter partout l’unité et la fraternité universelle ».

Une vision partagée par des responsables de plusieurs religions et des politiques C’est ce qu’ont exprimé le chef des imams du Royaume-Uni, Zaki Badawi, le chef spirituel des sikhs de Grande-Bretagne et d’Europe, Bai Sahib Mohinder Singh de Birmingham, qui ont parlé juste après Chiara Lubich, et la baroness Kathleen Richardson de la Chambre des Lords, qui a rappelé comment « juste après la guerre, l’assemblée de l’ONU avait tenu sa première assemblée plénière dans cette même salle. La vision qui est exprimée aujourd’hui – a-t-elle ajouté – est encore plus riche, parce qu’elle n’est pas construite seulement sur les aspirations des hommes, mais avec la participation de l’amour de Dieu ».

Les nouvelles technologies au service de la fraternité entre les peuples Unité et fraternité universelle : une expérience vécue au Westminster Central Hall qui a porté, comme en témoignent fax et e-mails, une bouffée d’espoir en de nombreux pays d’Amérique du Nord et du Sud, en Australie, en Europe, au Moyen Orient et en Afrique du Nord, reliés par satellite grâce à Telepace et par Internet. Quelques flashes : De Bulgarie : « Nous avons été conquis par cette fraternité entre les religions et les cultures, que nous voulons réaliser aussi dans notre pays, où vivent près d’un million de musulmans qui sont pour nous le souvenir d’une plaie du passé ». D’Irlande : « Nous avons fait l’expérience d’un pan de fraternité universelle réalisée, en admirant la beauté et la richesse de toutes ces religions et cultures. Aujourd’hui, c’est pour nous le début d’une nouvelle route pleine d’espérance, maintenant que l’Irlande devient de plus en plus multiculturelle ». De Stockholm : « Nous avons entrevu la solution à la violence qui existe dans le monde, une nouvelle espérance que l’unité et la paix sont possibles ».

De l’importance de parler de liberté et d’égalité sans oublier la fraternité : réflexion de Chiara Lubich, invitée au siège du Parlement britannique.

De l’importance de parler de liberté et d’égalité sans oublier la fraternité : réflexion de Chiara Lubich, invitée au siège du Parlement britannique.

    On parle beaucoup de liberté et d’égalité, mais où est passée la fraternité ? Cette question est au centre de l’intervention faite par Chiara Lubich le 21 juin au palais de Westminster, siège du Parlement britannique. On notait aussi la présence du ministre des affaires constitutionnelles, David Lammy, d’origine africaine et d’un membre protestant du parti unioniste d’Irlande du Nord. Il s’agit de la dernière étape du voyage de Chiara Lubich en Grande-Bretagne, après ses rencontres avec les hautes autorités anglicanes et catholiques et des chefs religieux musulmans, hindous et sikhs, qui ont ouverts des perspectives nouvelles. « Un voile de scepticisme entoure aujourd’hui la politique et on ne sait pas comment s’en défaire. Plus personne ne prête attention aux campagnes électorales… Le pouvoir corrompt sournoisement… Comment avancer en gardant à la fois le pouvoir et l’objectif du bien commun ? » : quelques extraits du dialogue entre les responsables politiques et Chiara.

Chiara Lubich propose une vision de la politique tout à fait innovante. Elle se réfère au slogan de la révolution française et remarque qu’avec le temps, liberté et égalité « sont devenus des principes juridiques et sont appliqués comme de véritables catégories politiques ». Elle demande la même reconnaissance pour la fraternité. C’est ensemble que ces trois notions pourront donner naissance à une politique qui réponde au urgences les plus graves de notre époque, y compris le terrorisme. Elle en cite une des causes fondamentales :le fossé entre riches et pauvres. Seule la fraternité peut déplacer les richesses et mettre la solidarité en mouvement. Utopie ? Chiara Lubich cite des faits : 3 000 responsables politiques ont choisi la fraternité comme catégorie politique dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique latine. Ils forment le mouvement politique pour l’unité, qu’elle a lancé il y a une dizaine d’années. Giuseppe Gambale, député italien, apporte son témoignage et parle de plusieurs initiatives. Par exemple celle-ci : des députés de partis différents ont mis sur pied « un groupe de travail transversal sur la réforme de la coopération internationale établie en Commission des affaires étrangères et plusieurs points de convergence ont été découverts entre les propositions de lois déjà présentées. Un façon concrète d’affronter les grands déséquilibres économiques et sociaux entre Nord et Sud ». Sur fond de politique de plus en plus conflictuelle, la fraternité amène à changer complètement d’attitude vis-à-vis des adversaires politiques, a dit encore Chiara Lubich. « On prend conscience que tout formation politique peut être la réponse à un besoin social et par conséquent est nécessaire au bien commun. La critique peut devenir constructive au point de pratiquer le paradoxe apparent d’aimer le parti de l’autre comme le sien, parce que le bien de la nation nécessite le travail de tous ». « Voilà la vraie politique dont chaque pays a besoin – ajoute-t-elle – car si le pouvoir confère la force, c’est l’amour qui donne l’autorité ». Cette rencontre aura des suites. Les rencontres périodiques qui se font déjà dans d’autres pays sont aussi en projet à Londres.

Chiara Lubich reçue en audience par l’archevêque de Canterbury, Rowan Williams

Le premier rendez-vous de Chiara Lubich à Londres a eu lieu au Lambeth Palace, elle a été reçue en audience par l’archevêque de Canterbury, Rowan Williams, Primat de la Communion anglicane. Chiara Lubich a évoqué l’entrevue lors d’une conférence de presse à Londres. « L’archevêque était très intéressé par notre expérience du dialogue interreligieux. Il m’a demandé notre secret. Je me suis référée à la Lettre du Pape « A l’aube du troisième millénaire », où il approfondit le mystère de Jésus sur la croix, qui crie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Après avoir perdu sa mère, ses disciples et même sa vie, Jésus a perdu aussi le sentiment de l’unité avec son Père, qui était tout pour lui. Jésus s’est réduit à néant. C’est un point de notre spiritualité de communion qui nous enseigne, devant des personnes de religion différente, à n’être « rien », un « rien d’amour », pour « entrer » en eux, parce qu’il fait savoir « se mettre dans la peau de l’autre, jusqu’à comprendre ce que signifie pour eux être bouddhistes, musulmans, hindous. Mais on ne peut entrer dans l’autre que si l’on est rien. Alors, le visage de Jésus abandonné est le modèle. » Nous avons ensuite abordé d’autres sujets : le mouvement œcuménique ;notre engagement, avec d’autres mouvements catholiques, anglicans, protestants et orthodoxes, à faire se réaliser le rêve du pape, l’Europe de l’Esprit ; la théologie qui émane de la spiritualité de l’unité. Cela aussi l’a beaucoup intéressé car il est théologien. » « J’ai été très frappé par la qualité du rapport qui s’est établi entre Chiara et l’archevêque – a confié Callan Slipper, ministre de l’Église anglicane et focolarino, présent à l’audience – L’archevêque s’est montré très ouvert, avec l’intelligence de quelqu’un qui sait écouter et apprécier. On l’a vu tout de suite, lorsqu’il a répondu en plaisantant à Chiara qui venait de nommer les primats de l’Église d’Angleterre qu’elle a connus : « Vous connaissez l’Église d’Angleterre mieux que moi ! ». Mis au courant du programme de Chiara pendant son séjour, il a déclaré que ce qui allait se passer arrivait à point nommé, parce que « l’Église et la nation en ont tellement besoin ». Le chapitre œcuménique, pour ce qui est des relations avec l’Église anglicane, commence en 1965, quand quelques ministres anglicans participent à une rencontre à Grotta Ferrata, près de Rome, entre catholiques et protestants. Ils sont frappés par l’atmosphère émanant de l’amour réciproque qui les fait se reconnaître frères et sœurs en Christ. En 1966, à Londres, au Lambeth Palace, Chiara rencontre pour la première fois le Primat de l’Église d’Angleterre d’alors, l’archevêque Michael Ramsay. Celui-ci lui dit : « Je vois la main de Dieu dans cette Œuvre » et il l’encourage à diffuser la spiritualité du Mouvement dans l’Église d’Angleterre. Chiara rencontre ensuite ses successeurs Coggan, Runcie et Carey. En Grande-Bretagne, le Mouvement des Focolari s’est développé parmi les catholiques, les anglicans, les presbytériens, méthodistes et baptistes. A Welwyn Garden City, une cité-pilote œcuménique est en train de naître. L’unité, point central de la spiritualité des Focolari, intéresse particulièrement les anglicans.

« Imagine un monde… enrichi par la diversité »

« Imagine un monde… enrichi par la diversité »

  La manifestation intitulée : « Imagine un monde… enrichi par la diversité » suscite un grand intérêt à Londres, la capitale la plus cosmopolite d’Europe, et dans toute la Grande Bretagne. Lors de ce rassemblement, le 19 juin, interventions, réflexions, témoignages et moments artistiques manifesteront l’engagement commun de chrétiens d’Eglises et de communautés ecclésiales différentes et de membres d’autres religions, à construire un monde de paix et d’unité dans la fraternité. Le choix du lieu est significatif : le Westminster Central Hall, où s’est tenue en 1946 la première assemblée générale des Nations Unies et où Gandhi a pris la parole en 1931. Chiara Lubich y prendra la parole pour traiter la question : « Quel avenir pour une société pluriethnique, multiculturelle et multi-religieuse ? ». Prix Unesco pour l’éducation à la paix 1996, fondatrice et présidente du Mouvement des Focolari, à Londres déjà, en 1977, à l’occasion du prix Templeton pour le progrès de la religion, Chiara Lubich a donné une impulsion décisive au dialogue interreligieux, dans lequel, depuis cette date, le Mouvement des Focolari s’est engagé sur les cinq continents. Au Westminster Central Hall, parmi les 2 000 personnes attendues figurent quelques personnalités de différentes religions : le leader sikh Bhai Sahib Ji Mohinder Singh, de Birmigham ; Zaki Badawi, président du conseil des Imams et des mosquées de Grande Bretagne ; Mme Didi Athavale, responsable du vaste mouvement hindou Swadhyaya Family. Seront aussi présents l’évêque anglican Tom Butler, qui dirige l’organisation « Réseau interreligieux pour la Grande Bretagne », l’archevêque de Glasgow, Mgr Mario Conti, particulièrement engagé dans l’œcuménisme, et la baronne Shirley Williams, leader des démocrates libéraux à la Chambre des Lords.

Mardi 15 juin, Chiara Lubich a été reçue en audience au Lambeth Palace par l’archevêque de Cantorbury, Rowan Williams, primat de l’Église d’Angleterre (anglicane), et premier « inter-pares » des primats de la communion anglicane mondiale. Il a débuté son ministère le 27 février 2003. Le dialogue œcuménique avec l’Église anglicane a commencé en 1965 quand quelques pasteurs anglicans sont venus à Grotta Ferrata près de Rome pour une rencontre entre catholiques et protestants. Ils ont été frappés par l’atmosphère suscitée par l’amour réciproque, qui les fait reconnaître frères et sœurs en Christ. En 1966, à Londres, l’archevêque Michael Ramsey, alors primat de l’Église d’Angleterre, a rencontré Chiara au Lambeth Palace et lui a déclaré : « Je vois la main de Dieu dans cette Œuvre ». Il l’a encouragée à diffuser la spiritualité du Mouvement dans l’Église d’Angleterre. Ses successeurs ont fait de même : Coggan, Runcie et Carey.

Mercredi 16, à l’invitation du recteur du St Mary’ College de l’université de l’état du Surrey (Londres), Chiara Lubich a tenu une conférence sur : « Les nouveaux mouvements et le profil marial ». Elle concluait ainsi un cycle sur « Mission et évangélisation », consacré l’an dernier aux cardinaux Connell, Pulic, Grinze, Napier, Williams, Daly, O’Connor, Stafford, et cette année aux mouvements et communautés ecclésiales.

Ouverture officielle du procès diocésain de béatification d’IGINO GIORDANI

Igino Giordani, écrivain, journaliste, homme politique, œcuméniste et spécialiste en patristique, est une des figures les plus représentatives du XXe siècle, une personnalité complexe qui a laissé une empreinte profonde et ouvert des perspectives prophétiques au niveau culturel, politique, ecclésial et social. Né en 1894 à Tivoli, premier des six enfants d’Orsolina et Mariano, maçon, il fait des études grâce à un bienfaiteur qui en assume la dépense. En 1915, il est mobilisé. Lieutenant dans les tranchées, il avouera plus tard n’avoir jamais voulu tirer contre l’ennemi et mérite cependant la médaille d’argent pour son ardeur et sa générosité, et pour des blessures qui le feront souffrir toute sa vie. Licencié en lettres, il enseigne à Rome et épouse Mya Salvati, tissant une histoire d’amour délicate et forte dont naîtront quatre enfants : Mario, Sergio, Brando et Bonizza.

Son engagement politique commence dans les années 20.

Il fait la connaissance de Don Sturzo, qui le nomme rédacteur en chef du nouveau Parti Populaire. Il publie Rivolta Cattolica, ouvrage défini par Piero Gobetti comme « la synthèse d’une pensée catholique nouvelle ». Il fonde la revue Parte Guelfa. En 1924 et 1925, il élabore et diffuse ses idées sur « l’Union des Églises » et sur « les Etats-Unis d’Europe ». Pour des raisons politiques, il quitte l’enseignement et travaille à la Bibliothèque Vaticane, où il fait entrer aussi Alcide de Gasperi à sa sortie des prisons fascistes. Il devient directeur de Fides, la revue de « l’Œuvre pontificale pour la préservation de la foi ». Il collabore aussi à la revue Frontespicio de Piero Bargellini et est en relation avec le mouvement littéraire florentin. En 1944, il dirige Il Quotidiano, le nouveau journal de l’Action Catholique du second après-guerre. Puis il succède à Gonella à la direction de Il Popolo. Le 2 juin 1946, il est élu député et fait partie des « pères constituants » qui ont posé les fondements idéaux de la République italienne. Il sera réélu en 1948 et, en 1950, deviendra membre du Conseil des peuples d’Europe à Strasbourg.

En résumé, Giordani a été un homme politique militant, non par ambition, mais par amour et au service de la communauté dans des moments difficiles. Dans les années 20, il lutte avec courage pour la liberté face à la dictature. La forte connotation éthique de son engagement politique lui vaut d’être mis à l’écart sous le régime : période de « résistance culturelle » intelligente et continuelle, où il exalte dans ses livres les valeurs de la liberté et d’un ordre différent.

La période allant de 1946 à 1953 est la plus créative et la plus dynamique, avec des initiatives audacieuses et prophétiques en faveur de la paix entre les classes et entre les peuples. Avec aussi un timbre original : sa fameuse « ingénuité », selon sa propre expression, qui lui fait choisir des positions inconfortables comme l’objection de conscience, le refus des dépenses militaires, de la diabolisation des communistes, etc., une « ingénuité » qui le fait sortir assez vite de l’échiquier politique (il ne sera pas réélu en 1953), mais qui le fait redécouvrir aujourd’hui comme (selon l’historien de Rosa) : « un politicien de l’anti-politique, pas fait pour toutes les époques, non disponible aux raisons du pouvoir pour le pouvoir ». En tant qu’écrivain, il a publié plus de 100 ouvrages (deux par an en moyenne), traduites en plusieurs langues, sans compter les essais, opuscules et articles (plus de 4 000), lettres et discours. Une expérience chrétienne exemplaire Au milieu des souffrances endurées à l’hôpital militaire, à 22 ans, il ressent un premier appel à la sainteté, renforcé par les écrits de Catherine de Sienne. Il devient tertiaire dominicain à son exemple, car elle est « la première – dira-t-il plus tard – qui m’enflamma de l’amour de Dieu ». En tant que chrétien, il a vécu toutes ses activités terrestres avec un esprit évangélique, les considérant toujours comme une vocation. Ses écrits les plus marquants, toujours actuels, sont enracinés dans une profonde connaissance de l’histoire du christianisme et des Pères de l’Église. La solide formation théologique et spirituelle qui le caractérise est mise à profit dans une féconde activité d’animation chrétienne de la culture et de formation spirituelle des laïcs, des prêtres et des religieux. Précurseur du dialogue œcuménique, il anticipe dans les années 30 les lignes du futur concile Vatican II. Il étudie, traduit et explique les Pères des débuts du christianisme à une époque où ils étaient pratiquement oubliés. C’est de là qu’il tire son « Messaggio sociale del cristianesimo » (Message social du christianisme), une de ses œuvres les plus connues. Il s’identifie à eux au point qu’Italo Alighiero Chiusano parle de lui comme d’un « antique Père de l’Église à qui Dieu a donné le privilège de ressusciter et de vivre aujourd’hui parmi nous ». Sur les routes de la sainteté L’événement qui conduira davantage encore sa vie sur les sentiers lumineux et exigeants de la sainteté est sa rencontre avec Chiara Lubich, en septembre 1948.

Commence alors pour lui une expérience nouvelle qui l’implique tout entier, une solidarité spirituelle particulière par humilité, transparence, unité. Il dira plus tard : « Toutes mes études, mes idéaux et même les événements de ma vie m’apparaissaient comme tendus vers ce but… Je pourrais dire qu’avant, je cherchais, maintenant, j’ai trouvé ».

Fasciné par la radicalité évangélique de la « spiritualité de communion » annoncée et vécue par Chiara Lubich, il y voit la réalisation possible du rêve des Pères de l’Église : ouvrir tout grand les portes des monastères pour que la sainteté ne soit pas le privilège d’un petit nombre, mais un phénomène de masse dans le peuple chrétien. Il adhère totalement d’esprit et de cœur au Mouvement des Focolari, où il est appelé « Foco », en raison de l’amour qu’il témoigne et diffuse. De plus, par son « oui », il devient un instrument providentiel par lequel la fondatrice des Focolari reçoit des compréhensions ultérieures de son propre charisme.

Giordani semble sortir progressivement de la scène culturelle et politique qu’il foulait jusqu’alors, pour la revivre sur un plan surnaturel. En « se faisant tout petit » devant l’amour totalitaire des appelés à la virginité, il voit s’ouvrir devant lui qui est marié, « dans l’amour sans mesure », un chemin de communion avec eux. Le cœur pur et l’âme dilatée sur l’humanité, il ouvre la voie à une foule de mariés dans le monde, appelés à cette nouvelle consécration. A leur suite sont nés des mouvements de masse pour les familles et pour raviver la vie de l’évangile dans toutes les activités humaines. Il devient ainsi l’un des plus proches collaborateurs de Chiara Lubich, qui le considère comme « co-fondateur » du Mouvement des Focolari.

Sur la voie de la mystique

Dans le creuset du Focolare, Igino Giordani accomplit un voyage de l’âme plus ardu sur les voies de la mystique, dans lequel les épreuves spirituelles, les incompréhensions et les humiliations de sa mise à l’écart progressive, les douleurs physiques aussi, s’estompent devant l’expérience quotidienne de la présence du Christ « au milieu de deux ou plus » unis en son nom, et celle du mystère d’amour d’un Dieu crucifié et abandonné. Il obtient du Ciel d’extraordinaires expériences d’union à Dieu et à Marie, et aussi ces épreuves « obscures » de l’âme que le Seigneur réserve à ceux qu’il aime le plus. Son voyage devient ainsi un « envol » en Dieu, qui se termine le soir du 18 avril 1980. Son corps repose au cimetière de Rocca di Papa (Rome). Définir Giordani en un mot ? Beaucoup, notamment des intellectuels, l’ont appelé « prophète ». Pour Chiara Lubich, il est « l’homme des béatitudes », et elle en dévoile l’amplitude insolite quand elle le définit « âme-humanité ». Pour Tommaso Sorgi, son spécialiste diligent, il est un « amoureux de Dieu et de l’homme ». Nedo Pozzi


Le voyage de l’âme de l’âme d’Igino Giordani, à travers ses écrits et surtout les plus autobiographiques, est retracé dans une récente biographie de Tommaso Sorgi, responsable du Centre d’études « Igino Giordani », qui s’intitule « Un’anima di fuoco » (une âme de feu), éditée par Città Nuova.

En France, sa biographie, écrite par Jean-Marie Wallet et Tommaso Sorgi, est parue en 2003 sous le titre : « Igino Giordani, chrétien, politique, écrivain » aux éditions Nouvelle Cité.

Faire revenir Dieu dans la société, dans la culture et dans la politique : l’idéal d’Igino Giordani

Faire revenir Dieu dans la société, dans la culture et dans la politique : l’idéal d’Igino Giordani

Igino Giordani : on pourrait réécrire les béatitudes de l’évangile avec sa vie. Ainsi s’est exprimée Chiara Lubich, fondatrice du Mouvement des Focolari, le jour de l’ouverture officielle du procès de béatification de cet homme à la personnalité si riche : écrivain, journaliste, politique, œcuméniste, spécialiste des Pères de l’Église et de la doctrine sociale du christianisme. La cérémonie s’est déroulée à la cathédrale Saint-Pierre de Frascati, diocèse où Giordani a passé la fin de sa vie terrestre. La concélébration liturgique solennelle qui a précédé l’installation du tribunal ecclésiastique était présidée par Mgr Giuseppe Matarrese, évêque de Frascati. La foule emplissait la cathédrale et ses enfants Sergio, Brando et Bonizza étaient présents.

« Giordani a marqué le XXe siècle – a dit dans son homélie le théologien Piero Coda, vicaire épiscopal – il a participé à la reconstruction de l’Italie républicaine en tant que membre de l’assemblée constituante puis comme député », il a contribué à préparer, puis à promouvoir « par sa vie et par sa plume » le printemps du concile. « En lui brûlait le désir de faire revenir Dieu dans le monde, dans la société et dans la culture ».

Après sa rencontre avec le charisme de Chiara Lubich, qu’il a vue pour la première fois au parlement italien en 1948, Giordani dira : « J’ai eu l’impression que je passais du Christ que je cherchais au Christ vivant ». Prenant la parole à la fin de la messe, la fondatrice des Focolari a dit à son propos : « C’est la pureté du cœur qui a affiné ses sentiments les plus sacrés et les a concentrés vers sa femme et vers ses enfants ». Il a été « pauvre en esprit, par le détachement complet de ce qu’il possédait et surtout de ce qu’il était ». « Ouvrier de paix, comme le prouve son histoire d’homme politique ».

En Giordani, Chiara reconnaît un cofondateur du Mouvement des Focolari : il a donné un élan exceptionnel aux mouvements à large rayonnement, nés pour mettre un souffle chrétien dans le monde des jeunes, de la famille, de la politique, de l’école, de la médecine, des arts…

C’est lui qui a ouvert une nouvelle voie de consécration pour les époux qui l’a amené à faire l’expérience des « joies de la contemplation et de la vie mystique ». Enfin, il a annulé « l’abîme » – comme il l’appelait – entre les religieux qui suivaient « l’idéal de perfection » et les laïcs qui suivaient « l’idéal de l’imperfection », comme il le disait avec une pointe d’ironie. « Il a été la personnification – a encore dit Chiara Lubich – de l’un des buts les plus importants des Focolari : concourir à l’unification des Églises ».

Giordani, membre de l’assemblée constituante, a fait aussi partie du conseil des peuples de l’Europe à Strasbourg. Il est l’auteur d’une centaine d’ouvrages et de plus de 4 000 articles. Une de ses œuvres les plus connues, traduite en de nombreuses langues dont le chinois, est le « Messagio sociale del cristianesismo » (message social du christianisme). Dès 1924-1925, il élabore et fait connaître ses idées sur l’Union des Églises » et sur les « Etats-Unis d’Europe ».

La période allant de 1946 à 1953 est la plus créative, avec des initiatives audacieuses et des positions inconfortables pour son temps comme l’objection de conscience, le refus des dépenses militaires et de la diabolisation des communistes

Une « ingénuité », selon sa propre expression, qui le fait sortir assez vite de l’échiquier politique (il ne sera pas réélu en 1953), mais qui le fait redécouvrir aujourd’hui comme (selon l’historien de Rosa) : « un politicien de l’anti-politique, pas fait pour toutes les époques, non disponible aux raisons du pouvoir pour le pouvoir ».

Durant les dernières années de sa vie, les douleurs physiques lui donnaient la joie de pouvoir être « co-crucifié » avec le Christ.

Il avait une telle lumière dans les yeux et une telle bonté dans ses relations qu’il inspirait à tous la sérénité et poussait même les plus petits à se sentir sur un pied d’égalité avec lui. Le ciel lui accordait des expériences extraordinaires d’union à Dieu et à Marie, et ces épreuves « obscures » de l’âme que le Seigneur réserve à ceux qu’il choisit. Son « voyage » terrestre était devenu un « envol » en Dieu et s’est terminé le soir du 18 avril 1980.

La décision de proposer « un geste important » : « introduire sa cause de béatification, pour que toute l’Église trouve en lui un modèle, un témoin de l’évangile et un modèle de communion » a été prise lors de l’année du grand Jubilé par Mgr Pietro Garlato, alors évêque de Tivoli, ville natale d’Igino Giordani (1894).

Une vague d’espérance pour une Europe capable de fraternité et de paix

Une vague d’espérance pour une Europe capable de fraternité et de paix

  « Nous nous sommes sentis transformés, renforcés. Cette rencontre est un signe de grande espérance. En cette période, où nous arrivent surtout de l’Europe la société de consommation, la mode, les valeurs matérielles, j’ai compris que nous pouvons apporter des valeurs spirituelles. » C’est ce qu’exprimait une télécopie arrivée de Vilnius, la capitale de Lituanie qui, le 1er mai, fêtait avec 9 autres pays, son entrée dans l’Union Européenne, non sans susciter certaines craintes. Vilnius était l’une des 163 villes d’Europe qui, le 8 mai dernier, étaient reliées par satellite avec le Palais des Sports de Stuttgart. 10000 personnes du continent européen étaient réunies là pour la grande manifestation intitulée : Ensemble pour Europe. Une rencontre que beaucoup ont qualifiée d’historique, aussi parce que c’était la première rencontre à l’échelle européenne de bien 175 mouvements catholiques, évangéliques, orthodoxes et anglicans. Une âme pour l’Europe « Nous sommes ici pour donner une âme à l’Europe qui engendre une unité spirituelle forte » – avait dit Chiara Lubich, fondatrice des Focolari à l’ouverture de la journée – « comme un filet de relations fraternelles qui réunit les peuples, au point de préparer de manière expérimentale, la pleine unité européenne, dans la richesse des différences. » Des paroles qui, à Stuttgart, expriment une réalité vivante : « Ce sont des impressions qui restent, déclarait à Città Nuova Romano Prodi, Président de la Commission européenne. « On a vu aujourd’hui une Europe capable de conclure un chapitre douloureux de l’histoire et de dépasser ses divisions. » L’expérience a été vécue avec la même intensité dans les rencontres qui se tenaient en simultané dans les différentes villes européennes. « Nous ne savions plus de quel côté de l’écran nous étions », expriment les participants de Trente (Italie du Nord).

Une pierre d’angle « Nous avons besoin d’une Europe des cœurs, qui ne soient pas seulement pleins d’euros mais pleins de valeurs, pleins de Dieu », déclare le cardinal Kasper depuis le podium de Stuttgart. « Nous avons besoin de cette Europe spirituelle, poursuit-il, de Mouvements spirituels qui rendent tangible une telle Europe. Nous avons besoin de communautés qui dépassent les frontières des peuples et des pays : la pierre posée aujourd’hui sur ce chemin est une pierre d’angle. » A Genève, parmi les personnalités présentes au siège mondial du conseil œcuménique des Eglises, le Haut Commissaire des droits de l’homme de l’ONU, M. Marie-François Charrin déclarait : « Cette Europe unie, qui a une âme, un cœur, deux poumons, guérira les plaies énormes des pays en conflit. » L’Europe unie naît des ruines de la seconde guerre mondiale Le processus de réconciliation et le rêve d’une Europe unie naît vraiment des ruines d’un conflit, la seconde guerre mondiale. Plusieurs intervenants le soulignent : le pasteur évangélique Friedrich Aschoff, du Renouveau charismatique allemand et l’historien Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté Sant’Egidio. Romano Prodi, Président de la Commission européenne, rappelle la vision de Schumann, De Gasperi, Adenauer et les premiers pas effectués avec le Traité du charbon et de l’acier, en 1951, puis avec l’euro et la Constitution en cours. Il rappelle que ces Pères de l’Europe ont puisé dans leur foi pour construire l’Europe. Encore aujourd’hui, dit-il, les chrétiens sont appelés à « mettre en œuvre leur créativité », « pour que l’Europe grandisse, non comme une forteresse mais comme un acteur politique qui possède une âme et fait de la paix et de la justice son identité et sa vocation. » « Vous êtes, ajoute-t-il, une composante essentielle de cette âme. » L’Europe vue à la lumière des charismes C’est une vision de l’Europe éclairée par la lumière des charismes – suscités par l’Esprit Saint au long des siècles -, qui parcourt la manifestation. Ce n’est pas par hasard, rappelle Friedrish Aschoff, c’est réellement « dans les dures journées de la guerre » que son nés, dans les différentes Eglises, beaucoup de nouveaux mouvements et communautés. « Derrière ces visages, se trouve un cœur renouvelé par l’Evangile », déclare Andrea Riccardi. En réponse au manque « d’élan de l’Europe », ils introduisent « le goût de l’avenir ».

C’est une Europe qui « a besoin d’un nouveau lien entre les hommes », affirme Ulrich Parzany, pasteur luthérien, secrétaire général de l’YMCA en Allemagne, et promoteur d’une vaste initiative d’Evangélisation, « Pro Christ ». « La démocratie elle-même, remarque-t-il, se fonde sur des présupposés qu’elle-même n’est pas en mesure de créer. » Le mot clef lancé à Stuttgart est « fraternité universelle ». Chiara Lubich en parle comme de l’aspiration la plus répandue chez des hommes de religions et de convictions différentes ; fraternité rendue possible par Celui qui « a abattu les murs qui séparent les semblables de ceux qui sont différents, les amis des ennemis, accomplissant une révolution existentielle, culturelle et politique. »

Le témoignage des mouvements et communautés Le rapide panorama brossé par 13 mouvements et communautés en témoigne ; de même que les jeunes qui, par des témoignages et des bandières en différentes langues, disent l’Europe qu’ils souhaitent et pour laquelle ils s’engagent, une Europe capable de pardonner, de dépasser ses frontières et de tendre vers un monde uni.

Un pacte de fraternité Tel est l’engagement exprimé dans le message final : « Intensifier toujours plus cette fraternité qui n’est rien d’autre que l’amour évangélique vécu », dans « un partage équitable des biens et des ressources », « ouverture aux autres cultures et traditions religieuses », « solidarité envers les plus faibles et les plus pauvres de nos villes », « redécouverte du sens profond de la famille et des valeurs de la vie ». C’est le moment culminant de la soirée. Sur scène, des dizaines de représentants des mouvements et communautés qui ont préparé depuis plus d’un an cet événement historique. L’assentiment est unanime, et pas seulement à Stuttgart. Des messages arrivés de partout en témoignent. De Varsovie : « Emotion profonde, debout, comme à Stuttgart pour la lecture du manifeste final. L’âme de l’Europe, aujourd’hui nous l’avons vue et touchée du doigt. » Depuis Namur, en Belgique : « Nous avons vu et expérimenté la force de l’unité. »Des représentants des 50 évêques des Eglises représentées montent aussi sur scène. Avec solennité, ils lisent les passage clefs du Testament de Jésus : « Que tous soient un. » La reine Fabiola, présente également sur scène, conclut par un Notre Père. Une Europe unie pour un monde uni Grâce aux liaisons par satellite, le message de Stuttgart est parvenu jusqu’aux continents extra européens, dans 35 villes du monde. Là aussi, de nombreux messages sont arrivés : De Buenos Aires, où étaient réunis des milliers de participants : « Debout nous aussi, nous avons uni nos mains pour sceller ce pacte. » De Man, en Côte d’Ivoire, ils se sont réjoui de cette Europe ouverte sur tous les peuples du monde, en particulier l’Afrique. Telle est la forte impulsion donnée par Stuttgart, et soulignée également par le message du Pape : « On ne peut construire une maison commune en Europe, sans être attentif au bien de l’humanité entière, et surtout de l’Afrique qui est marquée par des problèmes si nombreux et si graves. De Singapour : « Les distances étaient annulées. Après l’Europe on tend à présent à l’unité du monde entier. » Tel est l’horizon ouvert par Andrea Riccardi et Chiara Lubich : « Une Europe unie pour un monde uni. »

Un premier pas

Un souffle d’espérance est parti de Stuttgart, « comme un premier cercle dans l’eau, dont nous ne savons pas jusqu’où il ira », écrivent-ils encore de Vilnius. Et les organisateurs de la manifestation de Stuttgart confirment que ce n’est qu’un premier pas…

Parole de Vie de Juin 2004

Jésus vient de décider de partir pour Jérusalem où doit s’achever sa mission.  Certains veulent le suivre, mais il les avertit. L’accompagner est un choix qu’il faut bien pondérer : le chemin n’est pas facile et leur demandera la même détermination et le même courage que le sien pour accomplir jusqu’au bout la volonté de Dieu.
Le découragement peut succéder à l’enthousiasme initial. Jésus l’avait dit dans la parabole du semeur : les grains tombés sur le sol pierreux ce sont « ceux qui accueillent la parole avec joie lorsqu’ils l’entendent ; mais ils n’ont pas de racines : pendant un moment ils croient, mais au moment de la tentation ils abandonnent » .
Jésus veut qu’on le suive de tout son être, pas à moitié en disant à la fois oui et non. Quand on a commencé à vivre pour Dieu et pour son règne, on ne peut reprendre ce qu’on a laissé, vivre comme avant, guidé par ses intérêts égoïstes d’autrefois :

« Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »

En nous appelant tous – de manière différente – à le suivre, Jésus nous ouvre l’accès d’un monde nouveau pour lequel il vaut la peine de rompre avec le passé. Pourtant une certaine nostalgie du passé peut nous envahir ou tout simplement la mentalité courante – qui n’a souvent rien à voir avec l’Évangile – peut s’insinuer en nous et nous séduire.
C’est alors que surgissent les difficultés. D’un côté nous voudrions aimer Jésus, d’un autre côté nous voudrions nous laisser aller à nos attachements, à nos faiblesses, à notre médiocrité. Nous voudrions le suivre, mais nous sommes bien souvent tentés de regarder en arrière, de revenir sur nos pas, ou de faire deux pas en arrière après en avoir fait un en avant…
Cette Parole de vie nous appelle à la cohérence, à la persévérance, à la fidélité. Si nous avons éprouvé la beauté de vivre l’Évangile, nous savons qu’il ne peut s’accommoder de notre indécision, de notre paresse spirituelle, de notre manque de générosité. Prenons alors la décision de suivre Jésus, d’entrer dans le monde magnifique qu’il nous a ouvert. Il a promis que « celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » .

« Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »

Comment résister à la tentation de revenir en arrière ?
Avant tout faire taire notre égoïsme qui appartient à notre passé. Sommes-nous tentés de bâcler notre travail, de ne pas étudier sérieusement, de ne pas faire l’effort de prier, de ne pas accepter avec amour une situation qui nous coûte ? De dire du mal d’un autre, de manquer de patience envers lui ou de nous venger ? Il nous faut dire non à ces tentations, dix, vingt fois par jour.
Mais cela ne suffit pas. Avec des non on ne va pas très loin. Il faut surtout des oui pour avancer : oui à ce que Dieu veut et à ce que les autres attendent de nous.
Et de grandes surprises nous attendent.
Je vous raconte ce que j’ai vécu le 13 mai 1944.
Un bombardement avait rendu ma maison inhabitable. Le soir nous nous sommes réfugiés avec ma famille dans un bois à la périphérie de la ville. Je pleurais car je comprenais que je devais laisser ma famille quitter Trente sans moi. Je les aimais tant ! Mais mes compagnes représentaient à mes yeux le Mouvement naissant et je ne pouvais les abandonner. L’amour de Dieu pouvait-il triompher aussi de cette situation ? Fallait-il laisser partir ma famille sans moi qui étais pourtant son seul soutien économique ? Avec la bénédiction de mon père, je le fis.
Par la suite j’appris que les miens s’étaient mis en route dans la paix et qu’ils trouvèrent vite un endroit où s’installer.
Je cherchai mes compagnes au milieu des ruines et des décombres. Grâce à Dieu, elles étaient toutes saines et sauves. On nous offrit un petit appartement. Ce logement était le premier focolare mais nous ne le savions pas encore.

« Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »

Avançons donc toujours vers notre but, le regard fixé sur Jésus  . Plus notre amour pour lui est grand, plus nous expérimentons la beauté du monde nouveau qu’il a fait naître, et plus ce que nous avons laissé derrière nous perdra de son attrait.
Chaque matin, quand une nouvelle journée commence, répétons-nous : aujourd’hui, je veux vivre mieux qu’hier ! Et si cela peut nous aider, essayons de compter d’une certaine manière nos actes d’amour envers Dieu ou envers nos frères. Le soir, nous nous apercevrons que notre cœur est rempli de bonheur.

Chiara LUBICH

 

Un amour radical capable de construire la paix

Un amour radical capable de construire la paix

  « Après l’année sainte 2000 et avec la seconde Intifada, les pèlerinages se sont arrêtés. Les chrétiens d’Israël se sont sentis abandonnés. La plupart d’entre eux vivent des services aux pèlerins et beaucoup de familles n’ont maintenant pratiquement plus de ressources. La reprise des pèlerinages est donc à la fois un soutien spirituel et une aide matérielle », nous a dit le nonce, Mgr Pietro Sambi, à Jérusalem.

L’unité qui s’est construite entre nous tous, les pèlerins, et les amis rencontrés ici a tout de suite été naturelle et concrète. Notre cœur nous dit qu’il faut venir les voir ici, dans leur pays, pour comprendre à quel point ils ont besoin de nous sentir proches d’eux. Le contact avec ce peuple nous a beaucoup apporté à nous aussi : nous avons mieux compris ce qu’ils vivent et offrent pour tous, et nous les en remercions. Nous marchons dans la vieille ville et nous nous regardons, envahis par une foule d’impressions que nous avons du mal à exprimer. Visages, maisons, couleurs et parfums, paroles et silences, paysages et pierres. Sur ces pierres a marché un homme-Dieu dont la présence ici est plus vivante et parlante aujourd’hui que jamais. Il est émouvant de voir des personnes qui continuent à construire la paix en commençant d’abord par elles-mêmes. C’est la plus grande leçon de ce voyage.

Nous avons été témoins d’expériences vécues par des personnes qui ont perdu leur mari, des frères ou des enfants ; par des personnes qui vivent tous les jours dans la peur des postes de contrôle, la peur de voir emmener leurs proches ou s’écrouler leur maison. Des personnes qui n’ont plus d’autre certitude que celle-ci : « c’est en aimant celui qui passe auprès de nous qu’on peut recommencer à sourire » ; « en aimant ce soldat, en souriant à cette “absence”, en offrant toujours quelque chose de positif – malgré mille injustices – à celui qu’on pourrait appeler l’ennemi ». Les initiatives de solidarité ne manquent pas, comme ce bureau de copie ouvert dans un village des Territoires palestiniens, pour créer des emplois. Pendant les jours que nous avons passés en Terre Sainte, nous avons bénéficié nous aussi de cet amour radical. Ils nous ont tellement donné, par leur vie et leurs actes concrets : gâteaux, repas, visites, fêtes… tout a été acte d’amour continuel à notre égard. P. B.

Renata Borlone : étapes d’une ascension

Renata Borlone : étapes d’une ascension

* Le fil rouge
* Rome, dans les années 40 : sous les bombardements
* La découverte
* Personne ne l’effleure en vain
* Le tournant final

Le fil rouge
« Nous lirons bien notre histoire seulement au Paradis, où nous saisirons en entier le fil rouge qui, nous l’espérons, nous portera là où nous devons arriver. » C’est par ces paroles que Renata elle-même commençait le récit de sa vie, qu’elle avait découverte toute tissée de l’amour de Dieu.
Elle naît le 30 mai 1930 à Aurelia, une petite ville du Latium. Par la suite, sa famille se déplace à Rome.
Ses parents ne fréquentaient pas l’Eglise mais c’étaient des personnes droites, sincères, riches de valeurs humaines. « Je n’en finirai jamais, a toujours dit Renata, d’être reconnaissante à Dieu de m’avoir fait expérimenter la vie d’une vraie famille, surtout par l’amour qui régnait entre mes parents. »

Renata a 10 ans lorsque éclate la seconde guerre mondiale. Dans sa grande sensibilité, cela ne la laisse pas indifférente et certains moments forts restent gravés dans sa mémoire.

Rome, dans les années 40 : sous les bombardements
Le 13 juillet 43, alors que les bombes tombent, elle décide de donner une orientation différente à sa vie. Elle écrit : « Je me rendis compte que la mort pouvait arriver d’un moment à l’autre et je réalisai en un éclair la vanité des jeux, de l’argent, du lendemain. Ce fut un moment de grâce… Lorsque je rentrai chez moi, je me sentais différente. J’avais décidé de devenir meilleure. »
Une de ses amies de classe disparaît du jour au lendemain. Elle est juive. « Pourquoi les juifs sont-ils tués, s’interroge-t-elle ? Ne sont-ils pas comme nous ? Elle demande avec insistance des explications à son père.
Le 8 septembre 1943, jour décisif pour l’histoire d’Italie, elle voit de son balcon un soldat allemand qui se traîne difficilement, rasant les murs de peur d’être vu. Un sentiment de compassion pour lui et son peuple la parcourt toute entière…
Des images qui remontent loin dans le temps mais parlent déjà d’un amour sans mesure pour l’homme, pour tous les hommes ; amour qui prédominera en elle durant toute sa vie. En même temps qu’elle avance en âge, grandit en elle l’exigence d’une foi consciente et la question de Dieu se pose à elle. Elle commence à fréquenter l’Eglise, s’insère dans un groupe marial, et parmi ses enseignants, privilégie ceux qui manifestent le plus de droiture.
A 14 ans, se manifeste une sorte de « premier appel » : un élan intérieur à donner sa vie pour que sa famille découvre la foi.
Assoiffée de vérité, entre 15 et 19 ans, elle se lance à corps perdu dans les études pour sonder les réalités profondes, à la recherche de Dieu. Elle s’inscrit à la faculté de Chimie, car elle espère le découvrir en perçant les secrets de l’univers. : « J’étais passionnée de mathématiques, à cause de leur logique. Je vivais des moments d’exultation lorsque mon esprit découvrait quelque chose de nouveau. J’espérais acquérir une connaissance qui puisse, d’une certaine manière, me faire embrasser l’universel. Je cherchais Dieu dans les êtres intelligents qui pouvaient refléter son image. Je ne savais pas encore que, seulement dans le Créateur Amour, je pourrais découvrir le créé et les créatures, et les aimer. »

La découverte
Le 8 mai 1949, jour qu’elle qualifiera d’ « extraordinaire », après un peu d’hésitation car elle ne voulait pas sacrifier le temps consacré à l’étude, elle participe à une rencontre animée par une des premières amies de Chiara Lubich, Graziella de Luca. Celle-ci parle de la redécouverte de Dieu Amour, de la nouvelle vie évangélique, commencée à Trente peu de temps auparavant, tandis que la guerre faisait rage.
« Je ne me souviens pas de ce qu’elle a dit. Je me souviens juste que, lorsque je suis sortie de là, je savais que j’avais trouvé. J’eus l’intuition que Dieu est Amour. Cette expérience a pénétré toutes les fibres de mon être. J’ai perdu l’image que j’avais d’un Dieu juge, qui châtie les mauvais et récompense les bons. J’ai fait l’expérience d’un Dieu proche.
Convaincue d’avoir reçu un appel de Dieu, elle fait prendre à sa vie un tournant décisif. Elle fait, quelque temps après, la connaissance de Chiara. Immédiatement elle perçoit un lien très étroit avec elle, vital, comme entre une mère et sa fille, avec la confirmation, très claire, de se donner complètemùent à dieu dans le mouvement des Focolari. Elle dit son oui à Dieu pour toujours.

Sa longue expérience de donation dans le focolare commence le 15 août 1950. Elle vient d’avoir 20 ans. Son amour, sa disponibilité sans limites, sa sérénité, si l’on pense à son jeune âge, ne passent pas inaperçus. C’est ainsi qu’elle va vivre les 40 années au service du mouvement des Focolari, d’abord dans différents focolares d’Italie, puis en France, à Grenoble.
En 1967, à 37 ans, Renata arrive à l’Ecole de formation de Loppiano, où elle va passer les 23 dernières années de sa vie comme co-responsable de la petite ville. Sa donation se révèle ici dans toute sa puissance. Plus de mille jeunes ont absorbé d’elle cette sagesse, cette force intérieure pour grandir spirituellement.

Personne ne l’effleure en vain
Sa vie est une imbrication étonnante d’amour et de souffrance, dans l’engagement à se perdre elle-même pour laisser vivre Jésus en elle. C’est Jésus que les autres trouvent lorsqu’ils sont en sa présence.
Grâce à son amour sans limite, personne ne passe auprès d’elle en vain, comme en témoigne un grand nombre de personnes de toutes catégories sociales, de toutes conditions, de tous âges, toutes cultures. A son contact, chacun expérimente cet amour qui fait de chaque homme un préféré pour Dieu, aimé et compris comme fils unique.
Cet amour radical, cette passion pour l’homme trouve ses racines dans un amour inconditionnel pour Jésus qui, sur la croix, crie l’abandon du Père ; et en Marie, modèle qui, devant son Fils mourant, croit encore, espère encore, aime encore. De là, son ascension continue, accomplie, selon la Parole de l’Evangile qu’elle considérait comme son programme et qui reflétait bien sa physionomie spirituelle : « Quant à Marie, elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19).
Tension constante à la sainteté, développement des vertus, correspondance fidèle au charisme de la fondatrice : « Que tous soient un » (Jn 17,21), fleurissaient d’un déplacement de soi-même constant et intelligent.

Le tournant final
A 59 ans, on lui diagnostique une maladie qui, très rapidement, se manifeste dans toute sa gravité : elle n’a plus devant elle que quelques mois à vivre. A partir de ce moment, sa vie va être toute orientée vers Dieu, tandis qu’elle continue à être heureuse, comme elle l’avait promis à Jésus, il y a des années.
Sa chambre se transforme en une chaire de vie. Dans le Christ, la mort n’existe pas, il n’y a que la vie. Elle répète jusqu’au dernière instant : « Je veux témoigner que la mort est vie. »
Elle ne se plaint pas et refuse même les calmants. Elle souhaite rester lucide, toujours prête à dire son oui plein à ce Dieu qui l’avait fascinée étant jeune et qui, à présent, lui demande le don de sa vie. Les derniers jours, il semble qu’elle est sous l’effet dune anesthésie divine : elle parvient, malgré les souffrances, à transmettre autour d’elle une atmosphère de sacré et de joie pleine : « Je suis, dit-elle, comme dans un tourbillon d’amour. Je suis trop heureuse. » Immergée dans cette réalité de Paradis, elle part à la rencontre de l’Epoux le 27 février 1990.

« Je veux témoigner que la mort est Vie »

« Je veux témoigner que la mort est Vie »

« La vie des saints est toujours un aliment précieux pour la communauté chrétienne. Pourquoi la vie de Renata ? Parce qu’elle a découvert que Dieu est Amour et, à partir de ce moment, toute sa vie sera enflammée d’amour, jusqu’à sa mort. » C’est ainsi que Mgr Luciano Giovanetti, évêque de Fiesole, a présenté les motifs qui ont poussé à demander la mise en route de la cause de béatification de Renata Borlone.
Le 18 décembre 2003, dans la Salle San Benedetto comble, de la cité pilote Loppiano, sur les collines toscanes d’Incisa (dans le Val D’Arno), l’évêque a ouvert officiellement le procès de canonisation de Renata Borlone (1930-1990), focolarine co-responsable de la cité pilote de Loppiano entre 1967 et 1990. Une vie éclairée par la spiritualité de l’unité, entièrement donnée à Dieu et aux frères, qui continue à laisser derrière elle un sillage lumineux.

Qui était Renata ?
Renata voit le jour le 30 mai 1930 à Aurelia, près de Rome. Elevée dans une famille non pratiquante, à 14 ans, elle commence à se poser la question de l’existence de Dieu et à fréquenter l’Eglise. Assoiffée de vérité, elle se jette à corps perdu dans les études, à la recherche de Dieu. A 19 ans, elle entre en contact avec quelques-unes des premières focolarines, qui venaient d’arriver à Rome, et elle expérimente une joie et une plénitude jamais expérimentées. Une certitude s’impose à elle : Dieu existe, Dieu est amour ! Une découverte fulgurante qui transforme toute sa vie. C’est ainsi que s’ouvre une extraordinaire aventure qui, pendant 40 ans, la verra en première ligne pour construire cette nouvelle Œuvre dans l’Eglise. Très vite, elle remplit des fonctions de responsabilité, en Italie et à l’étranger. Et, à partir de 1967, elle est à Loppiano comme co-responsable de la cité pilote, chargée de la formation spirituelle des focolarines.
Elle meurt le 27 février 1990, laissant à tous l’exemple de sa vie qui interpelle encore aujourd’hui.

 

Parole de Vie de mai 2004

Nous sommes à la dernière Cène. Jésus va quitter ses amis et retourner auprès du Père. Il désire qu’ils soient unis à lui et entre eux par le lien le plus solide, le plus durable qui soit, le lien de l’amour. Lui qui aime « jusqu’à l’extrême », du « plus grand »amour qui va jusqu’à « se dessaisir de sa vie » , leur demande en retour le même amour.
L’amour que Jésus nous demande n’est pas un simple sentiment, mais c’est de faire sa volonté, celle qu’expriment ses commandements. C’est-à-dire avant tout l’amour envers les autres et l’amour réciproque. Cette vérité si importante, Jésus la répète avec force trois fois dans son dernier discours à ses disciples: « Celui qui a mes commandements et qui les observe, celui-là m’aime »; « Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole »; « Celui qui ne m’aime pas n’observe pas mes paroles ».

« Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements. »

Pourquoi devons-nous observer ses commandements ?
Créés « à son image et à sa ressemblance » , nous sommes appelés à nous placer face à Dieu, nous sommes capables d’entretenir avec lui une relation de personne à personne : relation de connaissance, d’amour, d’amitié et de communion.
Je vis, j’existe, dans la mesure où j’adhère au projet d’amour de Dieu sur moi.
Plus notre relation avec lui, essentielle à notre nature humaine, s’approfondit et s’enrichit, plus nous nous réalisons et trouvons notre véritable personnalité.
Regardons Abraham. Il ne cesse de répondre « oui » aux demandes de Dieu, aussi incompréhensibles qu’elles puissent paraître : abandonner sa terre pour s’acheminer vers un destin inconnu, ou sacrifier son fils unique. Il adhère immédiatement, faisant totalement confiance, et un tout autre avenir s’ouvre devant lui.
Regardons aussi Moïse. Sur le mont Sinaï, le Seigneur lui révèle sa propre volonté en lui donnant le décalogue et de cette adhésion naît le peuple de Dieu.
Regardons enfin Jésus. Il répond au Père par un oui sans limite : « Que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se réalise » .
Pour nous, que signifie suivre Jésus ? Ceci : accomplir le mieux possible la volonté du Père qu’il nous a révélée et que lui, le premier, a accomplie.
Les « commandements » de Jésus ne sont ni des contraintes arbitraires, ni une construction artificielle, encore moins une aliénation. Ils représentent simplement une aide pour vivre notre nature de fils et filles d’un Dieu qui est Amour. Ne les considérons donc pas comme des « ordres » donnés à des serviteurs, mais comme expression de l’amour de Dieu et de l’attention qu’il porte à chacun de nous.

« Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements. »

Comment vivre cette Parole de vie ?
Écoutons attentivement les commandements de Jésus. Laissons l’Esprit Saint nous les rappeler tout au long de la journée. Il nous apprend par exemple qu’il ne suffit pas de ne pas tuer, mais qu’il faut éviter de se mettre en colère contre son frère. « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre »  ; « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent ».
Mais vivons surtout ce que Jésus a appelé « son » commandement, celui qui résume tous les autres : l’amour réciproque. La charité est en effet le plein accomplissement de la loi , c’est la « voie supérieure »  que nous sommes appelés à parcourir.
Le Père Dario Porta, un prêtre de Parme (Italie), mort le jeudi saint de 1996, l’avait bien compris. Dans les premières années de son sacerdoce, il avait vécu de façon remarquable sa relation à Dieu ; mais par la suite il découvrit mieux encore : il pouvait voir Jésus dans chaque prochain et il fit de l’amour évangélique le tout de sa vie. Pour rester fidèle à son engagement, il devint de plus en plus attentif aux autres, renonçant même pour eux à ses projets personnels. Et un jour il écrivit dans son journal : « J’ai compris que l’unique chose qu’on voudrait avoir accomplie dans la vie, c’est d’avoir aimé ses frères ».
Chaque soir, comme lui, interrogeons-nous donc : « Aujourd’hui, ai-je toujours aimé mes frères ? »

Chiara LUBICH

 

Europe de l’Esprit : une espérance pour l’Europe

Europe de l’Esprit : une espérance pour l’Europe

  En mars 2004, Chiara s’est rendue pour la quatrième fois en Pologne. Il y a treize ans avait eu lieu la rencontre historique de Chiara avec le mouvement qui venait de sortir de la clandestinité au Palais des sports de Katowice. La rencontre de Gniezno, en mars 2004, montrait le peuple polonais désormais libre qui regarde au-delà de ses frontières, vers l’Europe. Dans cette ville est enterré Saint Adalbert qui a été martyrisé pour avoir cherché à évangéliser les Prussiens. C’est aussi le premier diocèse polonais, créé en l’an 1000, date qui marque également la naissance de l’État polonais et, sans doute aussi, celle d’une certaine idée d’Europe. C’est pour cette raison que la cathédrale de Gniezno est, après Czestochowa, le deuxième lieu de dévotion pour les catholiques polonais. « Europa Ducha », « Europe de l’Esprit », est le titre du congrès organisé à Gniezno, l’ancienne capitale, par un groupe de laïcs en collaboration avec l’Église polonaise et les autorités politiques. Zofia Dietl, une organisatrice, explique : « Nous avons invité les mouvements parce que le congrès, intitulé “L’Europe de l’Esprit”, désire mettre en lumière la spiritualité européenne et ceux qui la construisent. Or, les éléments les plus importants de la spiritualité européenne ce sont justement les mouvements, les Nouvelles Communautés. C’est pourquoi nous avons demandé à Chiara Lubich et à Andrea Riccardi d’ouvrir le congrès ».

600 délégués, 15 pays représentés, 25 associations d’intérêt public, des centaines de journalistes : le 12 mars, la salle circulaire est bondée. Après les discours de présentation, la parole est donnée à Chiara qui traite le sujet : « Charisme de l’unité, charisme de l’Europe ». Piotr Cywinski, modérateur de la matinée, commente : « Le congrès a commencé d’une manière forte et convaincante, grâce à ce discours qui est un véritable traité de théologie de l’unité ». Après Chiara, le professeur Andrea Riccardi brosse un tableau historique de l’Europe. « Partout où je vais – dit-il en commençant son discours – je me rends compte qu’il y a un grand besoin d’Europe ». Durant le dialogue qui s’ensuit, Andrea et Chiara indiquent les grandes lignes d’une Europe de l’esprit, se complétant l’un l’autre, et transmettent un souffle d’espérance d’une Europe qui existe et qui « marche »… L’après-midi, une table ronde sur « Les chrétiens et l’argent » réunit Michel Camdessus, Madame le professeur Gronkiewicz-Waltz et le focolarino marié hollandais Leo Andringa. La proposition de l’économie de communion touche le public. Loin d’apparaître une utopie, elle est perçue comme une réalité prophétique. Hanna Gronkiewicz-Waltz, ancienne présidente de la Banque de Pologne, actuellement présidente de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, affirme : « L’Économie de communion est possible […]. Elle pourrait être la solution au niveau national, régional ou personnel ». Et Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds monétaire international, commente : « Économie et communion peuvent être conjuguées ensemble, oui. Un principe qu’évidemment nous avons tous oublié est le principe de la fraternité ; le monde doit être construit en premier lieu sur ces bases. Nous, chrétiens, nous franchissons un pas de plus en passant de la fraternité à la communion. Nous devons le faire et le suggérer aux autres, parce que nous sommes tous frères ». Le congrès de Gniezno se termine par les interventions de personnalités politiques européennes. En particulier, le président de la Pologne, Aleksander Kwaśniewski, qui commence son discours en reconnaissant l’importance des mouvements chrétiens dans la vie européenne. Ensuite, un intéressant débat a lieu sur le rôle des hommes politiques en ce moment historique, avec M. Rocco Buttiglione et l’ancien premier ministre polonais Tadeusz Mazowiecki. Le cardinal Lehmann, président de la Conférence Épiscopale Allemande, archevêque de Mayence, affirme que le Congrès de Gniezno constitue une étape importante du chemin vers Stuttgart : « En mai, nous nous verrons à Stuttgart et ce sera une bonne continuation de ce congrès. Je crois que de nombreux efforts sont nécessaires, qu’il faut de nombreuses associations… Mais les mouvements ont un esprit fort, sont constants et cela me paraît très important. L’enthousiasme du moment ne suffit pas ni une explosion de joie spontanée ; il faut travailler avec continuité, ce que font les mouvements ».

Chiara intervient à l’université de Poznan

Chiara intervient à l’université de Poznan

Située à 50 kilomètres de Gniezno, à mi-chemin entre Berlin et Varsovie, la ville de Poznan est l’une des plus anciennes de Pologne. Mais sa tradition de plusieurs siècles n’empêche pas Poznan d’être une ville jeune à cause de la présence sur son territoire de 19 universités qui en font l’un des centres universitaires les plus vivants de Pologne. Mgr Stanislaw Gadecki, archevêque de Poznan, affirme : « Quand j’ai entendu dire que Chiara Lubich venait à Gniezno, j’ai aussitôt demandé aux focolares s’il était possible d’organiser une rencontre à Poznan, notamment pour les étudiants. Je ne croyais pas que cela aurait été possible mais, à la fin, nous y sommes arrivés. Et, comme nous l’avons vu aujourd’hui, il s’est créé un tel climat que les participants ont été touchés par la spiritualité de l’unité, par la spiritualité des focolarini ». Le 13 mars, Chiara est invitée à parler à l’Auditorium de l’université « Adam Mickiewicz ». Avant son intervention, les personnes du mouvement montent sur le podium, en face des grandes orgues. C’est le « peuple du mouvement » en Pologne, né lorsqu’on ne pouvait rien faire d’autre que vivre l’Évangile. Lorsque l’on projette une synthèse filmée des rencontres du pape polonais avec le Focolare, les participants sont très émus. L’attention est forte et les visages semblent graves, mais cela est démenti par les applaudissements très vifs. Chiara propose l’amour vécu de façon radicale, la seule solution pour raviver la communauté chrétienne. C’est l’antidote à la société de consommation, à la tiédeur ; c’est la joie et la ferveur. Chiara laisse de côté son discours écrit, et incarne la ferveur dont elle parle. À la conclusion, l’archevêque Mgr Stanislaw Gadecki remet à Chiara une médaille de reconnaissance de la part du diocèse pour sa visite. Le cardinal Józef Glemp, archevêque de Varsovie, s’exprime ainsi : « Dans la salle de l’université de Poznan, nous n’avons pas seulement écouté un discours de Chiara Lubich – que je connais très bien – mais nous avons assisté à ce que j’appellerais un climat de foi. Les jeunes ont pu expérimenter, au-delà du discours et du bien-fondé des arguments, ce climat qui fait que l’on peut s’adresser directement aux autres en les tutoyant. Je pense que c’est cela le grand charisme de Chiara ».

Parole de Vie d'avril 2004

Ce n’est pas la première fois que Luc nous montre les disciples discutant entre eux pour savoir qui d’entre eux est le plus grand . Cette fois nous sommes au dernier repas. Jésus vient d’instituer l’Eucharistie, le plus grand signe de son amour, le don de lui-même sans mesure, anticipation de ce qu’il vivra sur la croix quelques heures plus tard. Il se tient au milieu des siens « comme celui qui sert » . C’est tout le sens du « lavement des pieds » rapporté par l’Évangile de Jean. En ce mois où nous célébrons la Pâque, la Résurrection de Jésus, n’oublions pas cet enseignement.
Les disciples, eux, ne comprennent pas. Ils sont conditionnés par la mentalité courante qui privilégie les personnes qui reçoivent prestige et honneurs, qui se sont élevées au plus haut de l’échelle sociale, qui sont devenues « quelqu’un ». Mais Jésus est venu sur terre justement pour instaurer une société nouvelle, une nouvelle communauté, où règne une autre logique, celle de l’amour.
Lui, qui est le Seigneur et le Maître, a lavé les pieds de ses disciples (geste qui était réservé aux esclaves). Nous aussi, si nous voulons le suivre, et surtout si nous avons des responsabilités élevées, nous sommes appelés à servir notre prochain en nous donnant de manière aussi concrète que Jésus.

« Que le plus grand parmi vous prenne la place du plus jeune, et celui qui commande la place de celui qui sert »

C’est l’un des paradoxes de Jésus. Comment le comprendre ? Rappelons-nous que l’attitude typique du chrétien est l’amour. Or, l’amour nous conduit à nous mettre à la dernière place, à nous faire tout petit devant l’autre, comme un père qui joue avec son enfant ou l’aide dans ses devoirs de classe.
Vincent de Paul appelait les pauvres ses « maîtres ». Il les aimait et les servait comme tels, parce qu’il voyait Jésus en eux. Camille de Lellis se penchait sur les malades, lavant leurs plaies, les installant dans leur lit « avec l’affection – comme il l’écrit lui-même – d’une mère aimante pour son fils unique qui est malade ».
Et comment ne pas évoquer, plus près de nous, la bienheureuse Teresa de Calcutta, qui s’est penchée sur des milliers de moribonds, se faisant « rien » devant chacun d’eux, qui étaient les plus pauvres parmi les pauvres ?
Comment « se faire petit » devant l’autre ? En cherchant à entrer le plus profondément possible dans son âme, jusqu’à partager ses souffrances ou ses intérêts, à nos yeux peut-être insignifiants, mais qui constituent toute sa vie.
Pourquoi « se faire petit » devant chacun ? Ne croyons pas qu’il y ait une différence de niveau entre lui et nous mais prenons plutôt nos précautions : notre moi, si on ne le surveille pas, est toujours prêt, tel un ballon, à se gonfler et à se considérer comme supérieur aux autres.

« Que le plus grand parmi vous prenne la place du plus jeune, et celui qui commande la place de celui qui sert »

Vivons donc « l’autre », au lieu de mener une existence repliée sur nous-même, nos préoccupations, nos idées, nos affaires, bref sur tout ce qui tourne autour de notre moi.
Oublions notre moi, faisons-le passer au second plan pour mettre l’autre au cœur de nos pensées, faisons-nous un avec chacun jusqu’à descendre, si nécessaire, au creux de la vague, pour remonter avec lui. Aidons-le à sortir de ses soucis, de ses souffrances, de ses complexes, de ses handicaps. Ou, plus simplement, aidons-le à sortir de lui-même, à aller vers Dieu et vers ses frères. Avec notre soutien, il trouvera la plénitude de la vie, le vrai bonheur.
À tous les échelons du monde politique et administratif, les dirigeants (« ceux qui commandent » dit Jésus) peuvent concevoir leur responsabilité comme un service d’amour, pour créer et maintenir les conditions qui permettront aux autres expressions de l’amour de s’épanouir : l’amour des jeunes qui, pour se marier, ont besoin d’un logement et d’un travail; l’amour des étudiants qui ont besoin d’écoles et de livres ; l’amour des entrepreneurs qui, pour développer leur entreprise, ont besoin de routes, de chemins de fer, de normes précises.
Dès notre réveil et jusqu’à notre coucher, à la maison, au bureau, à l’école, dans la rue, nous pouvons toujours trouver l’occasion de servir les autres et de les remercier lorsqu’ils nous servent à leur tour. Faisons tout pour Jésus dans nos frères, ne négligeant personne, et en étant toujours les premiers à aimer. C’est en étant petits, au service de tous, que nous serons « grands ».

Chiara LUBICH

 

De l’explosion économique à la recherche d’une véritable dimension éthique

De l’explosion économique à la recherche d’une véritable dimension éthique

 

A la faculté d’Économie de l’université d’État de Dublin, Laurence Crowley, gouverneur de la Banque d’Irlande, a présenté un congrès intitulé : « Humaniser l’économie mondiale : vers une Économie de communion ». Cette proposition économique novatrice, issue de la spiritualité de l’unité des Focolari a suscité un vif intérêt dans le monde universitaire irlandais. 200 personnes étaient présentes : enseignants, chefs d’entreprises, étudiants… L’Économie de communion, pépinière d’idées novatrices et porteuse d’une culture économique nouvelle, a été expliquée par des experts et illustrée de témoignages d’entrepreneurs, notamment du pôle d’activités Spartaco au Brésil. Le gouverneur de la Banque d’Irlande, Laurence Crowley, a déclaré à la fin de la première session : « L’Économie de communion m’intéresse sous l’aspect de la théorie économique et d’entreprise qui la sous-tend. Mais j’ai cru comprendre aussi que le projet naît d’une culture spirituelle très importante à mes yeux. L’économie a besoin d’une forte dimension éthique et l’Économie de communion peut l’apporter à l’Irlande où le dynamisme économique a besoin d’un supplément de valeurs éthiques ».

Parole de Vie de Mars 2004

En exil à Babylone, le peuple d’Israël évoque avec nostalgie son passé, le temps glorieux où Dieu manifesta sa puissance en libérant ses ancêtres, alors esclaves en Égypte. Sa tentation est de penser : Dieu n’enverra plus un nouveau Moïse, il n’opérera plus de grands prodiges comme autrefois, et nous devrons rester pour toujours dans cette terre étrangère.
Mais Cyrus, roi de Perse, libère en 539 av. JC le peuple élu, dont le retour en terre promise sera encore plus extraordinaire que la sortie d’Égypte.
Dieu n’est pas limité par ce qu’il a déjà fait ! Son amour peut réaliser des œuvres encore bien plus grandes, que nous ne pouvons même pas imaginer. D’où cette invitation par la bouche du prophète Isaïe:

« Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? »

Le prophète encore, à la fin du livre d’Isaïe, annonce un futur plus que jamais plein de lumière : la création de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle. Ce que Dieu accomplira sera tellement grand que « on ne se rappellera plus le passé, il ne reviendra plus à l’esprit » .
L’apôtre Paul lui aussi, reprenant les paroles d’Isaïe, annoncera l’intervention inouïe de Dieu dans notre histoire. Dans la mort et la résurrection de Jésus, il renouvelle la créature humaine, il la recrée en son Fils pour une vie nouvelle . Et enfin dans l’Apocalypse, au terme de l’histoire, Dieu annonce que le cosmos entier sera recréé : « Voici, je fais toutes choses nouvelles » .
Les paroles d’Isaïe, qui traversent la Bible entière, nous parlent encore aujourd’hui :

« Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? »

C’est nous qui sommes le « monde nouveau », la « nouvelle création », que Dieu a engendrée. À travers son Fils que nous accueillons dans ses Paroles et dans tout ce qu’il nous donne, c’est notre être et notre façon d’agir qui sont rendus nouveaux. Désormais c’est Jésus qui vit et œuvre en nous. C’est lui qui renouvelle nos rapports avec les autres : en famille, à l’école, au travail. C’est lui qui régénère, à travers nous, la vie sociale, le monde de la culture, des loisirs, de la santé, de l’économie, de la politique… en un mot tous les secteurs de la vie humaine.
Ne nous tournons plus vers le passé pour regretter ce qu’il y avait de beau, ou pour regretter nos erreurs : croyons fortement à l’action de Dieu qui continue à « faire du neuf ».
Dieu nous offre la possibilité de toujours recommencer. Il nous libère des conditionnements et des poids du passé. La vie se simplifie, devient plus légère, plus pure, plus fraîche. Comme l’apôtre Paul, nous aussi, oublieux du passé, nous serons libres de courir vers le Christ, vers la plénitude de la vie et de la joie .

« Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? »

Comment vivre alors cette Parole ? Tout au long de la journée, cherchons à vivre avec amour tout ce que Dieu attend de nous : étudier, travailler, nous occuper des enfants, prier, jouer… en écartant tout ce qui n’est pas volonté de Dieu dans le moment présent. Nous resterons ainsi ouverts à ce qu’il veut opérer en nous et autour de nous, nous serons prêts à accueillir la grâce particulière de chaque instant.

Si nous vivons ainsi, en offrant à Dieu chacune de nos actions, en lui disant explicitement : « Elle est pour toi », Jésus qui vivra en nous accomplira des œuvres qui demeurent.

Chiara LUBICH

 

« Pour une sainteté de peuple »

« Pour une sainteté de peuple »

 

Des quatre coins du monde
Les actes de contestation et de rébellion de ces jours-ci à Haïti, les contrastes ethniques du Burundi et du Congo, les dramatiques inondations du nord-est du Brésil, la situation vécue par les minorités chrétiennes en terre islamique, de l’Afrique du Nord au Kazakhstan : tels sont les contextes dans lesquels vivent quelques-uns des 105 évêques amis du Mouvement des Focolari qui se sont rassemblés du 14 au 20 février au centre Mariapolis de Castel Gandolfo pour leur 28e congrès international, à l’invitation du cardinal Miloslav Vlk, archevêque de Prague.

Les évêques autour du pape
Les évêques ont participé à l’audience générale du mercredi 18 février. Le pape y est apparu entouré des évêques, comme une icône de la collégialité effective et affective. Dans son message destiné aux évêques, Jean-Paul II a adressé une salutation particulière à Chiara Lubich présente avec eux, et a vivement apprécié les thèmes abordés au congrès, en ajoutant : « Seule une communauté chrétienne resplendissante de sainteté peut accomplir efficacement la mission confiée par le Christ, qui est de répandre l’évangile jusqu’aux extrémités de la terre ». Il a insisté sur l’exigence pour les baptisés de « vivre avec cohérence l’évangile dans la vie de tous les jours… C’est dans l’ordinaire qu’il faut vivre l’extraordinaire ».

Fraternité vécue
Ces évêques des cinq continents se sont réunis pour vivre un temps d’intense fraternité et pour partager, dans une communion à l’échelle mondiale, les douleurs, les joies, les soucis et les défis à relever. « Je suis arrivé ici avec une grande souffrance, mais votre présence, votre attention et votre amour m’ont remis debout », a confié à la fin de la rencontre un évêque venu d’un pays en guerre civile. Et un de ses confrères d’Afrique du Nord : « Nous vivons ici un temps de grâce, parce que nous nous rencontrons, nous nous connaissons et nous vivons comme un seul corps ».

Partir de l’évangile
Rencontre de fraternité donc, mais aussi de spiritualité, comme l’indique le thème du congrès : « Pour une sainteté de peuple : vivre et proposer à nouveau la vie chrétienne sans craindre de mettre “la barre haute” ». Exigence nullement théorique, mais possible et tout à fait actuelle, comme l’ont prouvé les témoignages des évêques, familles, jeunes, prêtres et personnes engagées dans la vie paroissiale et dans la société. En partant de l’évangile et de l’art d’aimer caractéristique qui en découle, se forment des familles qui, par leur vie à contre-courant, deviennent les avant-postes de la nouvelle évangélisation et des communautés chrétiennes qui séduisent et attirent ceux qui se situent en marge de l’Église.

Le frère, voie privilégiée de l’union à Dieu
Chiara Lubich
a fait une intervention sur « L’union à Dieu », en montrant en particulier comment le frère en est le chemin. « Pour nous – a-t-elle affirmé – la voie typique, indiscutable, impossible à éluder et expérimentée avec succès, est celle-ci : nous arrivons à l’union à Dieu en aimant nos frères ». Elle a rappelé le trinôme synthétique par lequel Igino Giordani, co-fondateur du Mouvement, aimait définir cette voie : « Moi, le frère, Dieu ».
« Si nous avançons sur cette route – a expliqué la fondatrice des Focolari – Dieu se manifeste en nous. Nous percevons sa présence. Nous ne sommes plus seuls avec nous-mêmes. Nous sommes deux : Lui et nous ». C’est valable pour toutes les circonstances de la vie.
« Nous devons tous devenir des mystiques, pour pouvoir vivre le christianisme dans le monde d’aujourd’hui », a commenté un évêque de Hongrie, citant Karl Rahner : « le chrétien de l’avenir est un mystique ou n’est pas ».

Interventions des cardinaux Kasper et Re
L’Exhortation post-synodale Pastores gregis
a servi de base aux réflexions des évêques, surtout la seconde partie consacrée à la vie spirituelle de l’évêque. Prenant appui sur ce document, le cardinal Walter Kasper, qui a présidé l’une des concélébrations, a parlé de l’évêque comme de « l’homme des béatitudes ».

Le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation des évêques, a lui aussi présidé une concélébration. Il a dit sa joie pour ce congrès qui offrait l’occasion « d’approfondir le rapport avec le Christ et la fraternité entre évêques ».

La spiritualité de communion et son incidence sur la société
Le catalyseur de cette expérience a été la spiritualité de communion développée dans le Mouvement des Focolari, qui porte des fruits au sein de l’Église et dans le dialogue entre cultures et religions. « Il ne s’agit pas seulement d’une expérience spirituelle, mais d’un élan qui a une incidence universelle sur l’économie, la politique et toute la société », a constaté un évêque suisse après la projection des films qui retracent, décennie par décennie, les 60 ans du Mouvement des Focolari. Une histoire pleine d’espérance, qui témoigne que Dieu est à l’œuvre, même en ces temps où des vents glacés éteignent souvent la foi, et qu’il prépare un nouvel épanouissement de la vie évangélique.

Apôtres du dialogue
A la fin du congrès, qui a souligné la convergence entre les orientations actuelles de l’Église et les effets du charisme de l’unité, une conversation entre les évêques et Chiara Lubich a porté sur l’expression inédite employée par le pape pour définir les Focolari (dans son message pour le 60e anniversaire du Mouvement) : « apôtres du dialogue », dans l’Église, entre les Églises, avec les personnes des autres religions et avec les non-croyants. C’est ce que veulent être les évêques en retournant dans leurs pays.