« Cette initiative fait vibrer mon cœur ». Après avoir vécu 24 ans à Jérusalem, Margaret Karram revient dans la Ville Sainte pour participer à l’inauguration du forum « Within Your Gates », organisé par le Patriarche Pizzaballa et l’Université Notre-Dame. Ce forum se veut un espace ouvert aux chercheurs, aux intellectuels, aux responsables de Mouvements et aux personnes de différentes religions, appelés à se rencontrer et à travailler ensemble. L’objectif est ambitieux et nécessaire : redonner à Jérusalem sa mission universelle de ville de réconciliation et de paix pour toute l’humanité.
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Pour visionner l’enregistrement intégral de l’inauguration du forum « Within Your Gates », organisé par le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, et mis en place en collaboration avec le centre universitaire de l’université de Notre Dame à Jérusalem, cliquez ici
Je m’appelle Tony et mon épouse s’appelle Walaa. Nous vivons à Bethléem, la terre où l’Enfant Jésus est né, et nous sommes mariés depuis seize ans. Dieu nous a donné trois enfants : John (14 ans), Maria (11 ans) et Andros (6 ans).
Nous avons découvert le Mouvement des Focolari il y a une dizaine d’années, lorsque le focolare de Bethléem se trouvait à côté de notre maison. Nous n’imaginions pas alors que cette proximité deviendrait un véritable chemin de vie. Depuis que nous participons aux rencontres du Mouvement et aux Mariapolis – les rassemblements annuels des communautés destinés à construire le dialogue et la fraternité –, beaucoup de choses ont changé en nous : l’Évangile est devenu le compagnon quotidien de notre vie et l’esprit d’unité a transformé notre relation de couple, notre manière d’éduquer nos enfants ainsi que notre regard sur le monde.
Mais la vie en Terre Sainte n’est pas facile. Nous vivons dans un lieu où l’on construit davantage de murs que de ponts et où l’on sème plus de peur que de sérénité. Nous faisons partie de cette réalité et nous en portons chaque jour le poids.
La famille Ballout
Je travaille à la municipalité de Bethléem, tandis que Walaa est enseignante dans une école à al-Eizariya (Béthanie). Pour se rendre à son travail, elle doit franchir un poste de contrôle militaire. Très souvent, en plus de devoir attendre longtemps avant d’être autorisée à passer, elle risque, à cause des fermetures, de rester bloquée pendant des heures, parfois jusque tard dans la nuit. Nous avons traversé de nombreuses épreuves douloureuses. Lorsque la dignité de l’un des parents est atteinte, les enfants le ressentent eux aussi, et l’on éprouve un immense sentiment d’impuissance face à l’incapacité de protéger sa famille.
Le mur est devenu une partie du paysage quotidien. À cela s’ajoute la crise économique que traverse Bethléem : le chômage est élevé, les salaires sont irréguliers et, bien souvent, nous ne recevons qu’une partie de notre rémunération, tandis que les responsabilités et les engagements restent les mêmes.
Au milieu de tout cela, nous n’avons pas perdu l’espérance.
Dans l’Évangile, nous avons trouvé une réponse à chacune des questions de nos enfants, et dans la famille des Focolari un véritable espace d’amour, d’unité, de communion et de vie évangélique. Nous avons fait l’expérience de la présence de Jésus Abandonné parmi nous et découvert que l’Évangile n’est pas seulement un livre à lire, mais une vie à vivre chaque jour ; que l’unité est un choix qui commence par un geste d’amour envers l’autre, même dans les circonstances les plus difficiles. C’est l’héritage que nous voulons transmettre à nos enfants.
En approfondissant la spiritualité des Focolari, il nous a été proposé de participer à la LFE 2026 (Loppiano Family Experience), l’école de formation estivale destinée aux animateurs du Mouvement Familles Nouvelles, une branche du Mouvement des Focolari composée de familles qui s’engagent à vivre la spiritualité de l’unité et à diffuser, dans le monde de la famille, les valeurs qui favorisent la fraternité universelle.
Moments de la « Loppiano Family Experience 2026 »
Cette étape était considérée comme importante dans notre parcours de famille et dans notre engagement au sein du Mouvement des Focolari en Terre Sainte. L’année dernière, nous n’avions pas pu y participer parce que nos documents de voyage n’étaient pas prêts. Nous rendons grâce à Dieu d’avoir pu vivre cette expérience cette année.
Dès les premiers jours, nous avons eu le sentiment de faire partie d’une grande famille. Nous avons rencontré des familles venues de pays, de cultures et de langues différentes. La diversité est une richesse, et l’amour possède un langage que tous comprennent.
Nos enfants ont vécu des expériences qui peuvent sembler simples pour beaucoup, mais qui, pour eux, étaient extraordinaires : marcher parmi les arbres et les montagnes sans peur, sans voir d’armes, jouer librement, se lier d’amitié avec des enfants de différents pays et vivre avec eux une véritable expérience d’amour. Tout cela a été pour eux une découverte nouvelle du sens de l’enfance.
Quant à nous, les rencontres et les échanges avec les autres familles ont été une véritable école de vie. Nous avons écouté des témoignages marqués par de nombreux défis, mais aussi remplis d’espérance. Nous avons fait l’expérience que la diversité des cultures, des habitudes et des traditions ne fait pas obstacle à l’unité ; au contraire, elle la rend plus belle, en réalisant la prière de Jésus : « Que tous soient un. »
Les thèmes abordés durant l’École ont profondément touché notre vie. Nous avons compris que les difficultés familiales ne marquent pas la fin du chemin, mais qu’elles peuvent devenir une occasion de grandir dans l’amour lorsqu’elles sont vécues avec Jésus Abandonné. Nous en faisons également l’expérience dans notre réalité en Terre Sainte : même la souffrance peut devenir un lieu où fleurit l’espérance lorsqu’elle est vécue avec Dieu.
Nous retournerons à Bethléem plus unis que jamais, davantage convaincus que la diversité est une richesse et que l’unité est une mission.
Cette expérience nous a ramenés au cœur de notre vocation : être une famille qui vit l’Évangile et témoigne de l’amour précisément là où cela semble impossible. Porter la lumière de l’unité sur la terre où Jésus est né.
En octobre 2024, le projet Together WE connect a démarré à Bethléem. Il s’agit d’une formation du mouvement des Focolari qui s’adresse aux jeunes et aux adolescents dans le but de les former à un avenir meilleur en renforçant le tissu social fragilisé. Le programme, d’une durée de trois ans, a débuté avec la participation de cinq écoles du district de Bethléem et de Jérusalem-Est. Environ 300 jeunes âgés de 13 à 15 ans y participent.
Des sessions de formation sont prévues, ainsi que des activités utilisant des méthodes interactives capables d’impliquer et de stimuler les jeunes avec des langages qui leur sont familiers, tels que des ateliers de théâtre, de musique, de photographie et de sport. Au cours de la première année, trois thèmes sont développés : la connaissance de soi, l’estime de soi et le développement personnel. Ensuite, la gestion des conflits, l’ouverture à la rencontre dans le travail de groupe. Enfin, le dialogue intergénérationnel. Chaque thème est associé à une action du dé de la paix afin que chaque thème abordé ait pour effet de le mettre en pratique en créant de nouvelles relations.
Les groupes internationaux Gen Rosso et Gen Verde ont apporté leur contribution grâce à leur expérience dans les domaines de l’art, de la musique, de la danse et du théâtre.
Au cours de la première semaine de mai 2025, un événement a été organisé pour célébrer ces mois de travail. Gen Verde et Gen Rosso, ainsi qu’une centaine de ces jeunes, ont participé à trois jours d’ateliers avant l’événement final qui s’est tenu à Bethléem quelques jours plus tard. « Ce fut une expérience extraordinaire, et nous sommes reconnaissants à Dieu et à tous ceux qui ont collaboré pour ses fruits », racontent les participants.
Comment le projet est-il né ?
De Terre Sainte, ils racontent : « Depuis longtemps, nous avions envie d’apporter notre contribution, afin que notre action ait un impact sur la société, en promouvant des activités qui aient une continuité. Il y a quelque temps, le patriarche de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, a déclaré : « Nous devons vraiment nous engager pour que dans les écoles, les institutions, les médias, les lieux de culte, le nom de Dieu, de frère et de compagnon de vie retentisse ». Cela nous a encouragés à nous concentrer sur les écoles, avec les jeunes. Nous sommes tous conscients de la situation dans laquelle nous nous trouvons, dans laquelle se trouve l’humanité aujourd’hui. Combien de difficultés, combien de souffrances : nous voulons apporter notre contribution afin que les jeunes puissent avoir une perspective différente de celle qu’ils voient chaque jour ».
C’est ainsi qu’est né le projet Together WE connect. L’objectif est de réveiller l’espoir, de nourrir la foi et de promouvoir une spiritualité enracinée dans l’Évangile, chez les jeunes générations, et de former les femmes et les hommes de demain, capables d’être des promoteurs de réconciliation et de dialogue. De jeunes leaders d’une nouvelle culture de coopération, de fraternité, de partage, de citoyenneté active. Une culture de la bienveillance et de la rencontre.
Voici quelques impressions des jeunes : « Je vous remercie de tout cœur car ce que nous faisons nous fait sentir importants, et que notre existence et nos opinions comptent. » « La première chose que nous avons apprise, ce sont les valeurs : l’amour, l’humilité, le pardon et l’entraide. En classe, nous nous sentions comme une seule famille, nous nous comprenons mieux et nous nous aidons davantage. J’ai moi aussi compris comment je pouvais être une lumière pour les autres et j’ai compris que le focolare n’est pas un mot mais un mode de vie ». « J’ai beaucoup aimé l’activité « Together We connect », il y avait de nouvelles personnes, c’était sympa et cela m’a renforcé ». « J’ai mieux appris à me connaître et à connaître les autres grâce à ce projet ». « J’ai appris des méthodes pour résoudre les conflits, écouter et dialoguer ». « Je suis personnellement très sensible, et ce projet m’a fait aimer davantage la vie ». « C’était un projet utile et amusant, par exemple le dialogue entre les générations, quand je l’ai fait avec ma grand-mère, j’ai appris des choses que je ne savais pas auparavant ».