Mouvement des Focolari
Noël de gratitude

L’aventure de l’unité / les ouvertures

Pour les Focolari, le dialogue n’est pas simplement une idée. En parcourant les étapes du développement du Mouvement, on pressent qu’il n’est pas né d’une théorie mais d’une inspiration charismatique que l’Esprit Saint a donnée à une jeune femme de Trente. Dès les premières années, de nombreux épisodes de la vie de Chiara Lubich et de ses compagnes montrent une réelle capacité d’accueil de l’autre, quel qu’il soit. Et l’accueil est le premier degré du dialogue. Si l’on regarde la diffusion du Mouvement dans le monde, on comprend que la rapidité avec laquelle l’esprit de l’unité s’est développé n’est pas à attribuer seulement à des mots prononcés dans une conversation personnelle, devant un large public ou à la radio,  mais surtout à l’amour vécu selon « l’art d’aimer » que Chiara a toujours proposé comme seule méthode de diffusion : « se faire un ». Cette expression est un néologisme dérivé d’une phrase de l’apôtre Paul : « Je me suis fait tout à tous » (1 Co 9,22) et dans le Mouvement a toujours désigné sa seule « méthode » d’expansion, la principale voie d’évangélisation. Devant la vaste diffusion du Mouvement, on peut comprendre que la spiritualité de l’unité ait conquis des personnes de toutes catégories sociales par son ouverture sur l’humanité et ses nécessités. Une ouverture qui s’exprime d’abord par une attitude de dialogue partout, à tout instant et dans tous les domaines. En outre, le dialogue des Focolari doit être compris au sens le plus fort, avec la mesure de l’Évangile. Loin de sacrifier leur identité en vue de parvenir à des compromis, c’est au contraire grâce à leur identité que les membres du Mouvement peuvent se permettre d’approcher avec un esprit ouvert ceux qui sont différents d’eux-mêmes. Ce n’est ni de l’irénisme ni du syncrétisme. Le 24 janvier 2002 à Assise, appelée avec Andrea Riccardi (fondateur de la communauté de St. Egidio)  à s’exprimer au nom de l’Église catholique en présence du pape et des plus hautes autorités religieuses du monde, peu après l’écroulement des Twin Towers à New York, Chiara a souligné que l’Église veut avoir un comportement qui soit « entièrement dialogue ». Elle a rappelé les quatre dialogues qu’elle mène avec le Mouvement : à l’intérieur de l’Église catholique, l’œcuménisme, les relations avec des fidèles d’autres religions, les contacts avec des personnes sans option religieuse. Ce sont d’ailleurs les quatre dialogues que le concile Vatican II et l’encyclique de Paul VI Ecclesiam suam reconnaissent comme les voies que l’Église veut prendre dans les relations avec les diverses composantes de l’humanité. En 1991 Chiara a écrit : « Jésus considère comme ses alliés et ses amis tous les hommes qui luttent contre le mal et travaillent, bien souvent sans s’en rendre compte, pour la réalisation du Royaume de Dieu. Jésus nous demande un amour capable de devenir dialogue, c’est-à-dire un amour qui, loin de se replier orgueilleusement dans son milieu, sache s’ouvrir à tous et collaborer avec toutes les personnes de bonne volonté pour ensemble construire la paix et l’unité dans le monde. Essayons donc d’ouvrir les yeux sur les prochains que nous rencontrons pour admirer le bien qu’ils opèrent, quelles que soient leurs convictions, pour être solidaires avec eux et nous encourager réciproquement sur la voie de la justice et de l’amour. »

Noël de gratitude

Pour rappeler le mystère de Noël

«Noël est le mystère sublime de l’amour d’un Dieu qui a tellement aimé les hommes qu’il s’est  fait homme. Comme il était écrit, le mystère de l’Incarnation est le document de l’excessive charité de Dieu. Pour étreindre en elle tous les hommes, Lui, en naissant dans une grotte, parmi les animaux, il s’est placé en dessous de tous : les plus pauvres des pauvres le contemplèrent au dessous de leur misère même. Célébrer Noël veut dire raviver la conscience de l’amour que Jésus apporta sur la terre, et qu’il a distribué par sa vie et sa parole. Aujourd’hui on a un besoin spécial de raviver – et re-nettoyer – le concept de l’amour, parce que la vie des hommes en société risque de devenir de plus en plus triste par un défaut d’amour. L’amour place l’homme au niveau du Christ, de fait le bien (ou le mal) fait au prochain a la même valeur, selon le jugement suprême, que s’il était fait au Christ. Le Seigneur est né pour que nous, nous renaissions. Il est la vie, et nous étions,  nous sommes, dans les ténèbres. Nous passons des ténèbres à la vie si nous aimons les frères. L’engagement chrétien exige héroïsme, une secousse contre la médiocrité, une victoire sur le compromis. Il demande la vie dans la liberté, qui est liberté du mal, peu importe d’où il vienne : prostration des forces physiques, faillite financière, déceptions dans les rapports humains, désolation au milieu de ce monde… L’important est de ne pas tomber, peut-être personne ne te dira « bravo » ! Les médailles s’accrochent sur d’autres poitrines. Il se peut que certaines gens nous traitent de fanatiques ou de naïfs. Tu devras faire jaillir de toute la désolation qui t’assaillit, une plus ardente faim de Dieu, et déjà de là tu en tires un encouragement. Il existe des phrases simples et profondes, de la profondeur du divin, qui expriment cette tâche. Des phrases de Jésus : « Vous êtes le sel de la terre… ». « Vous êtes la lumière du monde… ». Le sel donne goût aux aliments en se fondant en eux. La lumière illumine, comme le silence qui en pénétrant clarifie. La conduite du chrétien doit être telle qu’elle donne goût (un sel) à la vie (sinon on ne sait pas à quoi sert la vie) et elle lui donne  un sens. On ne peut pas ne pas penser aux misères du monde, dues en grande partie au manque d’amour… L’amour est vie pour l’homme. En Jésus ce fut l’Amour qui, en s’incarnant en Marie, assuma notre humanité, en y insérant la vie de Dieu». Igino Giordani dans : Città Nuova, 25.12.1967 – n.23/24

Jeunes: un Noël d’accueil et de paix

Noël à Bethléem: “Une occasion unique pour nous de bien finir l’année en rencontrant  les Jeunes pour un Monde Uni de Terre Sainte, pour vivre un Noël d’accueil et de paix » nous confient Maria Guaita, Andrew Camilleri et Claudia Barrero, du secrétariat international Jeunes Pour Un Monde Uni. Et quel est pour vous le sens de ce Noël en Terre Sainte? “Nous avons accueilli cette invitation comme une proposition s’adressant  à tous les Jeunes pour un Monde Uni des cinq continents, précise Maria Guaita. L’Evangile nous dit que Marie et Joseph ne trouvèrent pas de quoi loger à l’auberge, que le Verbe vint parmi les siens, mais que les siens ne l’ont pas accueilli. Nous voulons l’accueillir, spécialement dans les personnes seules ou marginalisées, dans les pauvres et les réfugiés. Aussi nous voudrions nous engager pour que chacune de nos villes  devienne une petite Bethléem qui accueille la Crèche, qui offre à Jésus un berceau » Comment vous êtes-vous organisés? “Nous proposons à tous les Jeunes pour Un Monde Uni de vivre un Noël d’accueil et de paix, nous explique Andrew. Les média nous montrent chaque jour des images de violence, de souffrance et d’exclusion. Nous voulons répondre à tout cela, dès ce prochain Noël, par des initiatives d’amour concret envers nos frères » Maria conclut en disant: ”Nous voudrions mettre dans le coup le plus de personnes possible, dans les paroisses, les institutions, les autres associations ou mouvements, en faisant appel à l’imagination et aux possibilités de chacun, avec la conviction que  rien n’est petit de ce qui est fait par amour  (Chiara Lubich) » Vous pourrez trouver les  photos et les brèves reprises relatant ces initiatives sur la page Facebook  des Jeunes Pour Un Monde Uni  en Terre Sainte : Youth for a United World – Holy Land. « Ce seront comme des fragments  de fraternité, par eux-mêmes très parlants, ajoute Claudia : ils  marqueront une étape importante de United World Project, sur la route qui conduit le monde vers l’unité » Pour information: Jeunes pour un Monde Uni

 

 

Noël de gratitude

Evangelii Gaudium, un commentaire de Maria Voce

Qu’entend le Pape François par « Église-communion »? On le distingue dans les quatre points de l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium sur Non à la guerre entre nous. La phrase-clé qui l’explique – affirme Maria Voce – se trouve dans le point 99: « Je désire demander spécialement aux chrétiens de toutes les communautés du monde un témoignage de communion fraternelle qui devienne attrayante et lumineuse ». Cette demande – continue la présidente des Focolari dans son commentaire – est faite « aux chrétiens, à ceux qui se trouvent dans toutes les communautés, et donc à l’Église ». Une demande qu’ils donnent dans les différentes communautés dans lesquelles ils se trouvent, « un témoignage d’amour réciproque, de communion fraternelle ». Mais de quelles communautés parle le Pape? Selon Maria Voce, on pourrait d’abord penser à des groupes particuliers, mais il faut au contraire avoir un regard plus large: « ils peuvent aussi être des chrétiens – commente-t-elle – qui se trouvent dans des communautés non chrétiennes ou dans des communautés où il faut encore commencer l’annonce de l’Evangile; ou qui se trouvent réunis dans un couvent, dans une association, dans une famille ». Pourquoi cette demande? « Ses deux derniers mots l’expliquent: « (une) communion fraternelle qui devienne attrayante et lumineuse« . Il existe donc toujours le souci de l’évangélisation, qui soit une ‘première’ évangélisation ou qui soit ‘nouvelle’: la communion fraternelle entre les chrétiens doit être capable d’attirer par son simple témoignage ». Une vision qui est rapportée de façon concrète: le Pape « invite à commencer. Commençons par prier pour cette personne qui, en ce moment, nous est antipathique, que nous ne voudrions pas aimer. Il invite à faire un premier pas, même petit, simplement comme celui de s’en souvenir dans la prière. Cela aide à surmonter chaque obstacle en vivant la communion fraternelle… cela rend aussi possible pour ceux qui sont détruits par la haine et la rancœur, qui ont souffert par inimités et trahisons, un ‘joyeux retour’ » Une joie comme caractéristique qui, dès le titre, envahit toute l’exhortation apostolique: « l’Évangile – commente Maria Voce – se témoigne dans la joie ». Quels peuvent être les empêchements? Maria Voce revient au paragraphe précédent: l’obstacle « est la mondanité spirituelle qui « consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien-être personnel » (93). Égoïsme, donc, se regarder soi-même au lieu de regarder Dieu et les autres; chercher la sécurité dans les choses de cette terre, dans l’argent, dans le pouvoir, dans les recommandations, plutôt que se confier complètement à Dieu ». Elle « empêche à la racine les chrétiens d’avoir entre eux une communion fraternelle ». « Le Pape stigmatise particulièrement les querelles et les envies, les jalousies qui peuvent naître entre chrétiens, spécialement s’ils sont à l’intérieur de communautés religieuses ou de communautés de personnes engagées sur la voie du témoignage de l’Évangile ». Selon les paroles du Pape, déduit la présidente des Focolari, il n’est pas possible de penser évangéliser de cette façon: « Il n’y a aucune possibilité de fécondité, si de ces communautés chrétiennes ne part pas un témoignage authentique d’amour fraternel ». Enfin, une confidence: « Une pensée de Chiara Lubich m’est revenue à l’esprit: « À nous – disait-elle à des animateurs paroissiaux en 2005 – le Seigneur a donné un charisme pour le monde d’aujourd’hui, le charisme de l’unité. Je suis sûre qu’il peut aussi aider les communautés paroissiales à se renouveler, à devenir ce qu’elles devraient être: une Église vivante, où tous trouvent Jésus. Nous sentons alors la responsabilité d’avoir reçu ce don de Dieu et nous avons le courage de diffuser la spiritualité de l’unité, spécialement maintenant que Jean-Paul II l’a lancée pour toute l’Église comme ‘spiritualité de communion’ (NMI 43) ». » Aujourd’hui aussi, donc, l’invitation à « être conscients que nous sommes porteurs d’un charisme et nous pouvons contribuer à tisser des liens de communion fraternelle dans toutes les communautés où nous nous trouvons, à l’intérieur de notre Mouvement comme à l’extérieur ». Source: Città Nuova online

Noël de gratitude

Maria Voce, femmes, Eglise et parité de dignité

Quand on lui demande si elle regrette de ne pas être prêtre, elle qui l’une des femmes les plus influentes de l’Église, elle retient son rire : « Écoutez, je connais des femmes pasteurs évangéliques, liées au Mouvement, des amies et des femmes exceptionnelles avec qui tout se passe très bien dans leurs Églises ; cependant, je n’ai jamais pensé que la possibilité de devenir prêtre puisse accroître la dignité de la femme. Ce ne serait qu’un service en plus. En effet, le problème est ailleurs : comme femmes, ce à quoi nous devons tendre – me semble-t-il – est la reconnaissance de la part de l’Église catholique de la même dignité, de l’égalité des chances. Service et non servitude comme le dit lui-même le Pape François… « . Maria Voce dirige depuis 2008, les Focolari – deux millions et demi d’adhérents en 182 pays – seul mouvement dirigé, par statut, par une femme. Elle a succédé à la fondatrice, Chiara Lubich qui l’appelait « Emmaüs ». La tombe de Chiara est toute proche, dans la petite chapelle du centre mondial de Rocca di Papa là où les baies vitrées s’ouvrent sur les pins de sa maison et où, face à la pierre tombale, se trouve une mosaïque représentant Marie, Mère de l’Église. Le 7 décembre, 70 ans ont passé depuis la « consécration à Dieu » de Chiara. Une femme laïque qui développa, en avance sur son temps, plusieurs thèmes du Concile : « L’Église comme ouverture, communion, amour réciproque… ».

Quel est aujourd’hui le rôle des femmes dans l’Église et dans quelle mesure sont-elles écoutées ?

« Leur rôle est celui de tout être humain, homme ou femme, qui appartient à l’Église, corps mystique du Christ. Comment ce rôle est au contraire considéré par d’autres, est une autre chose. Il me semble que les femmes n’ont pas encore vraiment voix au chapitre. On leur reconnaît très souvent les valeurs d’humilité, de docilité, de souplesse mais on en profite un peu. Du reste, le Saint Père a dit qu’il est peiné de voir la femme cantonnée à la servitude et non pas la femme au service : le service est un mot-clé de son pontificat mais en tant que service d’amour ; et non pas dans le sens de service parce que tu es considérée inférieure et donc soumise. Il me semble qu’il reste beaucoup à faire en cela ».

Le Pape a dit qu’il faut penser à une « théologie de la femme ». Pour vous, qu’est-ce que cela signifie ?

« Je ne suis pas théologienne. Cependant, le Pape a donné ce titre : « Marie est plus grande que les apôtres ». C’est beau qu’il le dise ; c’est très fort. Toutefois, la complémentarité doit ressortir de là ; et également, en un certain sens, la participation au magistère… »

En quel sens ?

« Chiara voyait Marie comme le ciel bleu qui contient le soleil, la lune et les étoiles. Dans cette vision, si le soleil est Dieu, et les étoiles, les saints, Marie est le ciel qui les contient, qui contient même Dieu : par la volonté de Dieu lui-même qui s’est incarné en son sein. La femme dans l’Église est là : elle doit avoir cette fonction qui ne peut exister que dans la complémentarité avec le charisme pétrinien. Pour guider l’Église, il ne peut pas y avoir seulement Pierre mais il doit y avoir Pierre avec les apôtres, soutenus et entourés par l’étreinte de cette femme-mère qu’est Marie ».

Pour François, il nous faut réfléchir sur la place de la femme « également là où s’exerce l’autorité ». Comment cela pourrait-il se faire ?

« Les femmes pourraient diriger des dicastères de la Curie, par exemple ; je ne vois de difficultés en cela. Je ne comprends pas, par exemple, pourquoi à la tête d’un dicastère sur la famille, il doit nécessairement y avoir un cardinal. Ce pourrait très bien être un couple de laïcs qui vivent chrétiennement leur mariage et – avec tout le respect dû aux cardinaux -, ces laïcs sont sûrement plus au courant qu’un cardinal, des problèmes de la famille. Ce pourrait être la même chose pour d’autres dicastères. Cela me paraît normal ».

Quel autre encore ?

« Je pense aux Congrégations générales avant le conclave. Les mères générales des grandes congrégations pourraient y participer ; de même que des représentants élus, des diocèses. Si l’assise était plus large, elle aiderait aussi le futur Pape. Du reste, pourquoi ne doit-il prendre conseil que des autres cardinaux ? C’est une limitation ».

Cela peut-il être valable pour le groupe de cardinaux du Conseil voulu par François ?

« Bien sûr. Je ne vois pas seulement un groupe de femmes en plus. Un organisme mixte serait plus utile, avec les femmes et d’autres laïcs. Avec les cardinaux, ils peuvent apporter les informations nécessaires et des perspectives. Cela m’enthousiasmerait ».

Et les femmes cardinales ? On avait parlé de Mère Teresa : qu’en pensez-vous ?

« J’aimerais savoir ce qu’elle en aurait pensé, elle ! Une femme cardinale pourrait être un signe pour l’humanité mais je ne crois pas qu’il en soit un pour moi ni pour les femmes en général. Cela ne m’intéresse pas. Ce serait une personne exceptionnelle devenue cardinal. D’accord. Et après ? De grandes figures, saintes et docteurs de l’Église, ont été mises en valeur. Mais c’est la femme, en tant que telle, qui ne trouve pas sa place. Ce qui doit être reconnu, c’est le génie féminin au quotidien ».

La fameuse complémentarité…

« Oui. Je parlais de charisme pétrinien et de charisme marial. Mais en général, je dirais que, entre homme et femme, la complémentarité est inscrite dans le dessein de Dieu. L’homme à l’image de Dieu ne se réalise pas autrement : « homme et femme, Il les créa ». C’est valable aussi pour les consacrés : même si une personne renonce au rapport sexuel, elle ne peut renoncer à la relation, à la relation avec l’autre ».

Gian Guido Vecchi

Source : Corriere della Sera, 30.11.2013

Lire aussi : Femmes et Eglise, questions à aborder (interview à Città Nuova)