Dans la société d’aujourd’hui, pardonner est vraiment un choix à contre-courant. « Certains pensent que le pardon est un signe de faiblesse – écrit Chiara Lubich dans le passage que nous publions – Non bien au contraire, c’est l’expression d’un grand courage, d’un amour vrai, le plus authentique parce que le plus désintéressé. » En effet, si nous voulons contribuer à réaliser un monde nouveau, la voie est de faire comme Dieu qui non seulement pardonne, mais en plus oublie.« Miséricordieux et bienveillant, lent à la colère et plein de fidélité[1] », le Seigneur pardonne toutes nos fautes. Il « détourne les yeux des péchés des hommes pour les amener au repentir[2] ». Il « jette derrière nous tous nos péchés[3] ». Comme tout père ou toute mère, Dieu pardonne, car il aime ses enfants, et donc il les excuse toujours, couvre leurs erreurs, leur fait confiance et les encourage sans jamais se lasser. Mais étant père et mère, Dieu ne se contente pas d’aimer et de pardonner à ses enfants. Son grand désir est de les voir se traiter en frères et sœurs, s’entendre et s’aimer. Le grand projet de Dieu sur l’humanité ? La fraternité universelle, plus forte que les inévitables divisions, tensions et rancœurs qui s’insinuent si facilement après les incompréhensions et les fautes. Souvent les familles se défont parce que nous ne savons pas nous pardonner. De vieilles haines entretiennent les divisions entre les membres d’une même famille, les groupes sociaux et les peuples. Certains même enseignent à ne pas oublier les torts subis, à nourrir des sentiments de vengeance… Une rancœur sourde empoisonne l’âme et corrompt le cœur. Certains pensent que le pardon est un signe de faiblesse. Bien au contraire, c’est l’expression d’un grand courage, d’un amour vrai, d’autant plus authentique qu’il est plus désintéressé. « Si vous aimez ceux qui vous aiment – dit Jésus – quelle récompense allez-vous en avoir ? » Tout le monde en fait autant. « Vous, aimez vos ennemis[4]. » Demandons donc à Jésus un amour de père, un amour de mère, un amour de miséricorde envers les personnes que nous rencontrons au cours de la journée, surtout envers ceux qui sont dans l’erreur. Et à ceux qui sont appelés à vivre une spiritualité de communion, comme l’est la spiritualité chrétienne, le Nouveau Testament demande encore plus : « Pardonnez-vous mutuellement[5]. » L’amour réciproque exige presque un pacte entre nous : celui d’être toujours prêts à nous pardonner. C’est la seule manière de contribuer à créer la fraternité universelle.
Chiara Lubich
(Chiara Lubich, in Parole di Vita, Città Nuova, 2017, p. 666-667) [1] Cf. Ps 103,8. [2] Cf. Sg 11,23. [3] Cf. Es 38,17. [4] Cf. Mt 5,42-47. [5] Cf. Col 3,13.
Le projet d’éducation à la paix « Living Peace », né en 2012, promeut une culture de paix et de fraternité. Il implique plus d’un million de jeunes, d’adolescents et d’enfants de 130 pays et s’inspire de l’art d’aimer de Chiara Lubich. Le 5 février 2022, un événement en ligne sur la chaîne Youtube de Living Peace International fêtera son 10e anniversaire. « J’enseignais dans une école américaine au Caire, en Égypte, et là est née l’idée de contribuer à la paix et à sa culture afin de répondre aux nombreux défis du Moyen-Orient ». Ainsi commence l’histoire de Carlos Palma, focolarino et enseignant, créateur du projet « Living Peace », né le 5 février 2012 dans le but de promouvoir une culture de paix, de fraternité et de solidarité. Aujourd’hui, après 10 ans, ce parcours d’éducation à la paix s’est développé dans le monde entier. Elle est promue par l’ASBL AMU – (Action pour un Monde Uni), en partenariat avec Teens4Unity et New Humanity, plus de 80 organisations internationales et plus de 1000 écoles et groupes y participent, impliquant plus d’un million d’enfants et de jeunes. Le 5 février de 14h30 à 16h00 (UTC+1) la chaîne YouTube de Living Peace International, à l’occasion du dixième anniversaire du projet, transmettra un événement en ligne traduit en anglais, espagnol, portugais, français et italien. « Living Peace » se base sur le « dé de la paix » dont les faces ne comportent pas de chiffres, mais des phrases qui aident à construire des relations de paix entre tous. Il s’inspire des points de «L’art d’aimer » que Chiara Lubich avait proposé auparavant aux enfants du mouvement des Focolari en utilisant un dé. En même temps que le dé, un « Time Out » est également proposé à midi chaque jour, dans chaque fuseau horaire, un moment de silence, de réflexion ou de prière pour la paix. Conçu au départ pour les écoles primaires, il s’est rapidement développé dans les écoles secondaires et a touché les universités, les mouvements de jeunesse, les associations, les fondations, les prisons, les communautés religieuses, les centres de formations artistiques, etc. Que signifie l’éducation à la paix ? L’Acte constitutif de l’Unesco déclare : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes qu’on doit édifier la défense de la Paix ». Éduquer à la paix, ce n’est pas ajouter une discipline de plus, mais faire de chaque domaine de l’éducation un instrument de paix, un parcours dont l’objectif est de développer la créativité et l’autonomie des enfants face aux problèmes et aux conflits, en apprenant à dialoguer. Éduquer à la paix signifie donc promouvoir des actions concrètes en faveur de la paix et de la réconciliation, en partant des écoles et en atteignant tous les centres de formation possibles. « En 2013, j’ai été nommé ambassadeur de la paix par le Cercle universel des ambassadeurs de la paix (France/Suisse), raconte Carlos Palma, deux ans plus tard est née l’idée de nommer également de jeunes ambassadeurs de la paix allant de 6 à 25 ans. Aujourd’hui, ce sont 600 jeunes ambassadeurs dans le monde qui portent partout le dé de la paix, protagonistes des actions les plus variées dans tous les domaines. Il est également devenu un sujet d’étude dans certaines universités. Grâce aux jeunes ambassadeurs, le « dé de la paix » en braille a été créé pour les aveugles et le format « Peace Got Talent » a été conçu qui, s’inspirant du format télévisé connu dans diverses parties du monde, donne la parole aux jeunes talents pour promouvoir la paix ». Puis vint la pandémie. « Mais malgré cela, conclut Carlos Palma, les jeunes ont continué et continuent de mille manières, à travers le web et les médias sociaux, à promouvoir la paix et la fraternité ». Pour plus d’informations, visitez le site web à ce lien.
À cette occasion, nous nous attardons sur la pierre angulaire fondamentale de la spiritualité de l’unité. Chiara Lubich nous montre le chemin pour obtenir du Père la grâce de l’unité. […] Dans ce point fondamental, qui est spécifiquement nôtre, le « plus » est évident par rapport à ce qui est requis, en général, dans les spiritualités individuelles, tout au moins le long de l’itinéraire qu’elles proposent. Ce « plus« , comme nous le savons, est la réciprocité et l’unité. L’unité. Qu’est-ce que l’unité ? Peut-on parvenir à l’unité ? L’unité est ce que Dieu veut de nous. L’unité, c’est la réalisation de la prière de Jésus : « Que tous soient un, Père, comme toi et moi. (…) Moi en eux et toi en moi afin qu’ils soient parfaits dans l’unité » (cf. Jn 17,21-23). Cependant, nous ne pouvons parvenir à l’unité par nos seules forces. Seule une grâce spéciale, qui vient du Père, peut la réaliser si elle trouve une disposition particulière en nous, une condition précise et nécessaire. Il s’agit de l’amour réciproque, que Jésus nous a commandé, et que nous devons mettre en pratique : son amour réciproque, celui qu’il désire et qui n’est pas – nous le savons – une simple amitié spirituelle, un accord ou une bonne entente. Il exige que nous nous aimions les uns les autres comme il nous a aimés, c’est-à-dire, jusqu’à l’abandon ; jusqu’au détachement complet des choses et des créatures, matérielles et spirituelles, afin de pouvoir nous faire un réciproquement et de façon parfaite. C’est ainsi que nous ferons notre part et que nous pourrons recevoir la grâce de l’unité, qui ne manquera pas, qui ne peut manquer. […] Il ne faut pas oublier que, dans notre spiritualité communautaire, il y a une grâce en plus ; que le Ciel, à chaque instant, peut s’ouvrir pour nous et que si nous faisons ce qu’Il demande, nous serons remplis de cette grâce et pourrons œuvrer toujours plus pour le Royaume de Dieu. […] Le mois prochain, efforçons-nous de nous procurer toujours ce don. Et ne l’attendons pas seulement pour notre propre bonheur, mais pour qu’il nous rende aptes à réaliser notre évangélisation spécifique. Vous la connaissez : « Que tous soient un (…) afin que le monde croie » (Jn 17,21). Le monde a beaucoup besoin de foi, de croire ! Or, nous sommes tous appelés à évangéliser. […] Que tous ceux qui voient deux ou trois d’entre nous unis (au focolare, dans les noyaux, dans les unités, dans les rencontres que nous organisons ou quand nous sommes ensemble fortuitement), soient touchés par un rayon de notre foi et croient. Qu’ils croient à l’amour parce qu’ils l’ont vu. Mettons-nous à l’œuvre. C’est ce que le Seigneur veut de nous. Il le veut à travers notre charisme, tel qu’il est inscrit dans nos Statuts : l’unité est la première de toute autre volonté de Dieu. Ensuite, nous pourrons aussi parler pour faire rayonner l’Evangile. Mais après seulement.
Chiara Lubich
(Chiara Lubich, Conversazioni, Cittá Nuova, 2019, p. 523-524) https://youtu.be/taGHlHvPsF0
Les Gen, les jeunes des Focolari, visent la sainteté. Ces jeunes, comme tous les autres, sont pétris de joies, de peines, de rêves, de difficultés. Mais ils savent qu’un objectif aussi ambitieux ne peut être atteint du jour au lendemain mais se construit moment après moment et non pas seuls, mais ensemble.Ils l’ont exprimé par des récits de vie, des chansons et des paroles lors d’une journée mondiale qui les a réunis virtuellement pendant plus de deux heures, le dimanche 19 décembre 2021.Margaret Karram, Présidente du mouvement des Focolari, les a salués et les a invités àêtre attentifs à construire des relations vraies et profondes avec tous, en s’arrêtant devant chaque personne pour la découvrir « ici et maintenant ».Nous leur donnons la parole à travers cette sélection d’expériences de vie racontées au cours de la journée.L’unité dans la diversité La République d’Indonésie reconnaît un certain nombre de religions officielles : l’Islam, le Christianisme, l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Confucianisme et les croyances traditionnelles. La plus grande partie de la population est musulmane. Cette diversité fait du dialogue interreligieux un dialogue de la vie quotidienne. J’étudie actuellement pour un master en Sciences Pharmaceutiques. À l’université, je rencontre de nombreux amis de différentes îles, appartenant à différentes religions. Certaines amies me sont très proches, elles sont comme mes sœurs. Je suis catholique, l’amie à côté de moi est hindoue et les autres sont musulmanes. Pendant le mois de Ramadan, j’accompagne souvent mes amis pour rompre le jeûne. Une fois, je les ai invités à rompre le jeûne au focolare. Ils se sont sentis aimés. Après la rencontre, l’un d’entre eux a écrit sur son profil Instagram : « Nous n’avons pas le même milieu, la même religion, le même âge et nous ne venons même pas du même pays, mais nous avons un rêve : créer un meilleur foyer pour tous, espérer et prier pour un avenir prospère ». Nous attendons un monde universel, comme le dit la devise de notre pays « Bhineka Tunggal Ika – Unité dans la diversité ». Je vis dans une pension où la plupart des filles sont musulmanes. Lorsqu’elles s’y sont installées, elles avaient peur de moi au début car j’avais l’air sérieuse et la plupart d’entre elles n’avaient jamais vécu avec des non-musulmanes. Un jour, j’avais beaucoup de sucreries et j’ai pensé les partager avec elles. La relation entre nous s’est approfondie. Ensemble, nous cuisinons, mangeons, faisons du sport, jouons ensemble. Notre expérience de vie commune a élargi nos horizons et nous en sommes heureuses. Tika (Indonésie)Aimer au-delà de nos forces J’ai une sœur qui étudie l’architecture. Depuis trois mois, elle travaille pour l’obtention de son diplôme et elle passe de nombreuses nuits blanches. Elle doit présenter un projet de ville : elle prépare la documentation de présentation et les maquettes. Habituellement, les élèves de première année aident les élèves de deuxième année, mais à cause de COVID-19, ma sœur doit le faire toute seule. À un moment donné, elle a demandé de l’aide à ma mère et à moi. J’ai répondu avec joie : « D’accord ! Je vais t’aider ! Cependant, je me suis dit : J’ai déjà assez à faire avec mes devoirs en ce moment. Était-ce un choix judicieux de lui dire que j’allais l’aider ? C’est une tâche importante pour son diplôme, serai-je capable de bien faire ? Ne serait-il pas préférable que ce soit quelqu’un d’autre qui connaît le sujet ? » Cependant, en voyant ma sœur en difficulté, je me suis dit : « Si je finis mes devoirs plus tôt, je pourrai l’aider ». Alors, chaque soir, je l’aidais de tout cœur à faire ses devoirs, comme si c’était les miens. En fin de compte, elle a pu rendre son travail achevé dans les délais, avec succès. Elle m’a beaucoup remercié et elle était heureuse que ce travail ne soit pas réalisé seulement par elle mais avec la force de tous. Ce serait un mensonge si je disais que j’ai aidé ma sœur en l’aimant à cent pour cent, sans me plaindre, mais je n’ai pas regretté de l’avoir fait, mon cœur était soulagé et heureux. De plus, j’avais une petite joie. Il m’est venu à l’esprit une phrase de l’Évangile qui dit : « Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui », et j’ai pensé : « Dieu aurait-il élu domicile en moi ? ». Rosa (Corée)Entre la guerre et l’espérance J’étudie l’ingénierie informatique. J’essaie de vivre la spiritualité des Focolari depuis que je suis enfant. Dans la dernière période, j’ai senti que ma relation avec Jésus et Marie était distante. Je me demandais où est Dieu ? Comment permet-il les difficultés que nous rencontrons ici en Syrie comme le manque d’électricité, les prix élevés et la situation économique difficile. De plus, cela avait un effet sur ma relation avec les autres. Récemment, je suis allée à Londres rendre visite à mes sœurs pendant un mois et j’ai participé à un week-end avec les Gen, les jeunes des Focolari. Cette expérience m’a aidé à trouver de nombreuses réponses et à me redécouvrir en vivant la spiritualité de l’unité. Je n’oublierai jamais l’amour que j’ai trouvé parmi les Gen, un amour qui a rempli mon cœur… c’était comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Ces expériences m’ont ébranlé et j’ai senti que quelque chose commençait à changer en moi. Dès que je suis retourné en Syrie, il y a eu un congrès Gen ici auquel j’ai participé. Pour la première fois en 10 ans, nous avons pu nous rencontrer en raison des situations difficiles de la guerre. Ce fut une expérience riche, marquée par l’amour mutuel et vécue comme dans une seule famille. J’ai fait l’expérience que la paix intérieure grandissait en moi jour après jour. Les expériences que j’ai vécues pendant ces deux week-ends avec les Gen et les personnes que j’ai rencontrées ont laissé une profonde impression dans mon cœur et m’ont aidé à redevenir cette personne positive qui regarde vers l’avenir avec courage. Il y a des moments où, à cause des pressions que nous subissons dans la vie, nous perdons l’espoir… comme si c’était la fin du monde et que plus rien n’existe. Mais si nous essayons, Dieu, par sa grâce, nous permet de revenir à Lui et nous découvrons que les choses difficiles que nous avons vécues ont été comme une petite participation aux souffrances de Jésus sur la croix. Nous nous rendons compte que nos douleurs étaient petites en comparaison de Ses souffrances vécues pour nous racheter. Une chose que je me dois de dire est que lorsque nous vivons des moments douloureux dans la vie qui semblent ne pas finir, ils peuvent se terminer dans la lumière mais c’est à nous de demander l’aide de Dieu dans la prière. Il est toujours prêt à nous aider et c’est plein d’espérance que nous pouvons recommencer et aussi avoir une relation toujours plus forte avec Lui. Paolo (Alep, Syrie)A la rencontre de ceux qui souffrent le plus Après le tremblement de terre survenu il y a deux ans en Croatie, nous avons décidé d’agir en nous rendant dans la région de l’épicentre. Cherchant la meilleure façon de nous rendre utile, le curé de Sisak nous a surpris en nous demandant de travailler avec lui pour préparer un groupe d’enfants Rom à leur première communion. Nous avons convenu de nous rendre chaque semaine pendant quelques mois dans le village de Capranske Poljane où vivent des Roms musulmans et des chrétiens (orthodoxes et catholiques). Nous avons fait du catéchisme avec eux, des sketches, des jeux… De cette rencontre sont nées de belles relations qui continuent et grandissent encore aujourd’hui. Grâce aux focolarini, nous avons également rencontré et visité une famille de Petrinja qui vit dans une situation très difficile (à la fois à cause du tremblement de terre et de la réalité socio-économique dans laquelle elle se trouve). Avec l’aide de Caritas, nous avons pu acheter des matériaux et des outils pour réparer la maison et reprendre le travail. Un nouvel espoir a fleuri en eux! Lors d’une réunion avec les Gen, j’ai senti que je devais sortir de ma zone de confort – inspirée par l’exemple de tant de personnes dans le monde – je voulais « sortir dans la rue » pour essayer d’aimer les autres comme moi-même. Un jour, nous sommes allés à Sisak pour parler au curé de la paroisse de la manière de progresser avec les Roms, puis nous avons rendu visite à cette famille à Petrinja et nous leur avons apporté divers produits de première nécessité. Nous avons vu comment ils ont utilisé l’argent que nous avions récolté pour rénover leur salon qui est maintenant très accueillant ! Nous avons également apporté un ordinateur portable pour que les enfants puissent suivre l’école en ligne. Je me sentais comme à la maison. Il y avait une belle atmosphère familiale. Bien que je n’aie rien fait de concret pour leur situation jusque-là, j’ai donné ce que je pouvais : moi-même, ma bonne volonté et un peu de mon temps. Je suis reconnaissant à Dieu qui m’a donné cette opportunité d’aimer et je veux continuer à aimer parce que j’ai retrouvé la joie au centuple, joie que je veux partager avec les autres et maintenant avec vous. Thiana et Peter (Croatie)
Une rencontre capable de surmonter de grands obstacles ; un saut dans l’amour qui rapproche et génère l’unité. Bella Gal, une juive vivant près de Tel Aviv, raconte son amitié particulière avec E., une chrétienne palestinienne. Il y a quelques années, j’ai fait une rencontre très intéressante et profonde avec une femme palestinienne, chrétienne, professeur d’université, lors d’une conférence à Jérusalem où elle faisait un exposé. Elle s’appelle E. Elle a élevé seule ses enfants, alors que son mari était dans une prison israélienne depuis 10 ans. Il a été libéré en raison de problèmes de santé et peu après, malheureusement, il est décédé. Bien que souffrante, E. n’a pas renoncé à vivre et a éduqué ses enfants qui ont aujourd’hui leurs professions, chacun dans son domaine de compétence. Son intervention était très intéressante mais, en même temps, très triste. À la fin du discours, sans attendre la séance de questions-réponses, j’ai quitté la salle. Je ne pouvais pas supporter d’entendre son histoire. Cela m’a rappelé ma souffrance, ma petite enfance et mes parents, qui sont morts pendant l’Holocauste. C’était peut-être égoïste de ma part, mais E. m’a donné un exemple et une leçon très importante pour « faire en sorte que chaque réunion en vaille la peine ». En sortant de la salle, je suis allée m’asseoir à la cafétéria. Soudain, j’ai senti quelqu’un poser une main sur mon épaule. C’est E. qui m’a dit : « Je vous ai vu à ma conférence et je vous ai vu partir à la fin. S’est-il passé quelque chose ? Vous ai-je offensée ? » Bien que E. ait toutes les raisons du monde d’être hostile à mon égard, nous nous sommes rapprochées l’un de l’autre avec beaucoup de compassion, réalisant que nous avions toutes deux souffert mais nous avions trouvé la force intérieure, nous avions ramassé les morceaux et embrassé la situation. E. et moi, avons parlé et pleuré. Nous nous sentions immédiatement liées l’une à l’autre et ressentions un grand amour et une grande reconnaissance l’une envers l’autre. Nous avons été capables de nous unir profondément en tant que femmes et de voir au-delà des différences de notre nation. Au fil des ans, E. a également occupé des fonctions politiques importantes, ce qui, d’un point de vue historique, constitue une réussite majeure pour une femme chrétienne vivant dans ce contexte. Aujourd’hui, je dois admettre que E. est mon âme sœur au-delà du mur.
Le livre « L’Unité. Un regard du Paradis de ’49 de Chiara Lubich », édité par Stefan Tobler et Judith Povilus (Città Nuova, Rome 2021) est sorti de presse. Il sera bientôt publié dans d’autres langues. Un approfondissement à plusieurs voix qui nous aide à comprendre ce qu’est l’unité, pivot central de la spiritualité des Focolari. « L’unité est notre vocation spécifique »[1] ; « L’unité est donc notre idéal, et non pas un autre »[2]. Chiara Lubich était bien consciente de la mission de l’œuvre à laquelle elle avait donné vie. Si « l’unité est ce qui caractérise le Mouvement des Focolari »[3], celui-ci est appelé à s’interroger sur l’héritage qu’il a reçu et sur la manière de le développer de façon créative et fidèle. Comment vivre l’unité aujourd’hui dans les focolares, dans les noyaux, parmi ceux qui partagent la « Parole de Vie » ? Comment pouvons-nous marcher avec audace et liberté sur un chemin qui évite les autoritarismes et les individualismes, qui permette le plein développement des dons personnels et la poursuite d’objectifs communs ? Comment pouvons-nous parcourir le difficile chemin de la communion qui exige la sauvegarde de l’autonomie légitime et la recherche de l’identité et de l’accueil, de l’intégration et de l’ouverture à la diversité ? Le thème touche au vif, l’ensemble de l’Œuvre. En même temps, l’héritage de Chiara Lubich est beaucoup plus large : l’unité concerne le monde ecclésial, les relations entre les religions, les cultures, les nations… À la demande du Centre de l’Œuvre de Marie, l’École Abbà se penche depuis quelques années sur ce thème, en partant, comme c’est sa nature, de l’expérience de Chiara Lubich dans les années 1949-1951. Le livre « Unité. Un regard du Paradis de ‘49 de Chiara Lubich ». Il est divisé en trois parties. Le premier – ‘’Fondements’’ – offre un regard global sur l’unité d’un point de vue biblique, théologique et spirituel. Les écrits de Chiara sont traversés dans toute leur profondeur et leur audace. Pris dans leur contexte, ils montrent la ‘’logique’’ divine, celle d’un Dieu dont ‘’l’intérieur’’ « ne doit pas être pensé comme un tout en soi, dans lequel les différences disparaissent, au contraire : Dieu est l’Un précisément en étant une multiplicité infinie », une dynamique qui se reflète dans la création. Comme l’écrit Chiara, le Père « dit ‘’Amour’’ sur des tons infinis », en indiquant l’extraordinaire richesse des manifestations infinies de son amour. La deuxième partie de l’ouvrage propose une lecture de quelques textes du Paradis de ‘49 afin de faire émerger les intuitions fondamentales sur l’unité. Ainsi, des pages ou des formules que l’usure du temps ou la répétition paresseuse ont parfois rendues incompréhensibles ou inacceptables sont éclairées d’une lumière nouvelle. Pour vivre l’unité, faut-il ‘’annuler sa propre personnalité’’, ou non pas plutôt « vivre le don sans réserve de soi, dans la logique de la vie de Dieu, qui conduit à ‘’courir le risque’’ de ‘’perdre la sienne’’ »? Que signifie vivre « à la manière de la Trinité » ? Dans l’unité, y a-t-il un nivellement ou n’est-ce pas plutôt l’épiphanie de la pluralité ? Le livre traite de malentendus et de dérives auxquels peut conduire une compréhension inexacte d’expressions telles que ‘’se perdre’’, ‘’mourir’’, ‘’s’annuler’’, et il met en évidence la fécondité d’un amour exigeant et total qui conduit à la pleine réalisation de soi : « Nous avons clairement vu – affirme Chiara – que chacun de nous a une personnalité distincte et inimitable », qui est « la parole que Dieu a prononcée quand il nous a créés ». L’unité apparaît alors dynamique, en constant devenir, créative, ayant besoin de la contribution de chacun et de tous, respectueuse de chacun et de tous. Cela inclut également la contribution et la position unique et irremplaçable de la personne de Chiara comme fondatrice et comme instrument de médiation du charisme. La troisième partie du livre est ouverte à différentes disciplines qui s’inspirent du texte du Paradis de’49 pour faire une proposition en rapport avec leur domaine spécifique. Cette dernière partie est celle qui a nécessité une plus grande attention méthodologique. Le langage du Paradis de ’49 étant essentiellement de nature religieuse, nous nous sommes demandé comment écrire un livre transdisciplinaire autour d’une parole multi-sémantique – l’unité – sans risquer de parler de choses différentes et de mélanger les langages. Si un Mouvement et une spiritualité qui se définissent comme ‘’ de l’unité’’ ont donné lieu à des réalités sociales et à des contributions académiques dans les domaines les plus divers, cela signifie qu’il existe un dénominateur commun, un point de départ, et un fondement stable qui rende possible à tous, tout en travaillant dans des domaines différents, de reconnaître dans l’unité, un horizon commun, également lorsqu’ils s’expriment dans le langage spécifique de leur propre discipline. Ils viennent seulement tracer quelques lignes intuitives dans quelques domaines de la vie sociale et de la pensée, qui demanderont d’ultérieurs développements. Le livre est le fruit d’un lent processus de l’École Abbà. Pendant plus de deux ans, en commençant autour de 2017, le Paradis de ‘49 a été lu à la lumière de cette thématique spécifique. Chacune des douze contributions porte la signature de son auteur respectif, qui conserve son style, son expertise et sa méthodologie spécifiques. En même temps, il est le fruit de la communion de tout le groupe ; une façon de travailler qui a exigé un exercice d’ ‘’unité’’ – en accord avec le thème lui-même ! – ce qui n’a pas toujours été facile – afin d’accueillir et de comprendre l’autre dans sa diversité, due au fait qu’il vient d’un pays différent, a des formations scientifiques différentes et des domaines disciplinaires et méthodologiques spécifiques. Le livre se limite à la lecture de quelques pages du Paradis de ’49. Il ne prétend donc pas épuiser un thème aussi vaste et exigeant, même si, grâce à la profondeur des textes de référence, il offre une grande richesse d’intuitions et de propositions.
Fabio Ciardi
[1]L’unité et Jésus Abandonné, Città Nuova, Rome1984, p.26.[2]Idem, p.43.[3]Idem, p.26.