PAROLE DE VIE DE NOVEMBRE 2003
Jésus commence sa vie publique. Il invite à la conversion, annonce l’avènement du royaume de Dieu, guérit les malades. Les foules commencent à la suivre. Il gravit alors une montagne et annonce son programme de vie. C’est ce qu’on appelle « le sermon sur la montagne ».
Dès les premiers mots, la nouveauté du discours de Jésus apparaît. Qui proclame-t-il bienheureux ? Les riches, les puissants, les influents ? Non : les humbles, les petits, ceux qui ont le cœur pur, qui pleurent, qui sont opprimés. Cela inverse notre manière de juger, surtout dans une société comme la nôtre qui exalte la consommation, le plaisir, le prestige… C’est cela, la « bonne nouvelle » qui donne joie et espérance aux plus petits, qui incite à faire confiance à l’amour de Dieu, lui qui se rend proche de ceux qui connaissent l’épreuve et la souffrance. Cette annonce de joie et de salut est déjà contenue dans la première des huit béatitudes, celle qui assure le royaume de Dieu aux pauvres de cœur :
« Heureux les pauvres de cœur… »
Mais que signifie donc « être pauvres de cœur » ? Tout simplement être détachés de ce que nous possédons, des créatures, de nous-mêmes… Autrement dit, nous désencombrer de ce qui nous empêche de nous ouvrir à Dieu, à sa volonté. Et aussi de nous ouvrir au prochain en nous faisant un avec lui, pour l’aimer comme nous-mêmes, disposés à tout laisser : père, mère, « champs » et patrie, si Dieu nous le demande.
En étant « pauvres de cœur », nous plaçons notre confiance non dans les richesses, mais dans l’amour de Dieu et sa providence. Bien souvent, nous sommes « encombrés » de préoccupations pour notre santé, nos proches, notre travail, telle ou telle décision à prendre, les incertitudes de l’avenir. Tout ceci peut bloquer notre âme et l’amener à se refermer sur elle-même, l’empêchant ainsi de s’ouvrir à Dieu et aux autres. Eh bien, c’est dans ces moments de doute que le « pauvre de cœur » croit à l’amour de Dieu et dépose en lui toutes ses préoccupations, se confiant à son amour de Père.
Comment devenir « pauvres de cœur » ? En nous laissant guider par l’amour des autres. Alors nous partageons, nous mettons tout ce que nous avons à la disposition des autres : un sourire, notre temps, nos biens, nos capacités. Quand on a tout donné par amour, on est pauvre, vide, libre. On n’est plus rien, on a le cœur pur.
Une telle pauvreté, fruit de l’amour, devient à son tour source d’amour : en étant vide de soi-même, et donc libre, on peut accueillir pleinement la volonté de Dieu, de même que chaque frère que nous rencontrons.
À ceux qui vivent cette pureté, cette pauvreté de l’esprit et du cœur, Jésus promet le royaume de Dieu : bienheureux sont-ils
«… car le Royaume des cieux est à eux »
On n’accède pas au royaume des cieux par la richesse, ni par le pouvoir. On le reçoit comme un don. Jésus nous demande pour cela d’être comme des enfants ou comme des pauvres qui ont besoin de tout recevoir des autres. L’Esprit Saint, attiré alors par ce vide d’amour, pourra remplir notre âme, il ne trouvera aucun obstacle qui empêche la pleine communion.
Le « pauvre de cœur », qui n’a rien gardé pour lui, possède tout : il est pauvre de lui-même et riche de Dieu. C’est encore la parole de l’Évangile qui se vérifie : « Donnez et on vous donnera » : donnons ce que nous avons et ce que nous recevrons ne sera rien de moins que le royaume des cieux.
C’est l’expérience qu’a faite une maman argentine. Elle raconte :
« Ma belle-mère n’a jamais renoncé à son amour très possessif pour son fils, mon mari. Cette attitude a toujours provoqué des difficultés entre nous, me durcissant le cœur vis-à-vis d’elle. Il y a un an, on a découvert qu’elle avait une tumeur : elle avait besoin de soins et d’assistance et son unique fille n’était pas en mesure de lui venir en aide. Les paroles de l’Évangile que j’essaye de vivre depuis quelque temps m’ont changé le cœur : je suis en train d’apprendre à aimer. En dépassant mes craintes, j’ai décidé d’accueillir ma belle-mère à la maison. J’ai commencé à la regarder avec des yeux neufs et à l’aimer : en elle c’était Jésus que je soignais et que j’assistais.
À ma grande surprise, elle s’est montrée très sensible à l’amour et le moindre de mes gestes était récompensé en retour. La grâce de Dieu a opéré le miracle de la réciprocité ! Nous avons passé des mois de sacrifices qui ne m’ont pas pesé et quand ma belle-mère est partie, sereine, pour le Ciel, la paix est restée en nous. Je viens de découvrir que j’attends un enfant tant désiré depuis 9 ans ! Il est pour nous le signe tangible de l’amour de Dieu qui nous comble. »
Chiara LUBICH
La révolution de l’Evangile
Dans la classe de Paul (Grande Bretagne), deux de ses camarades lui font toujours des méchancetés. « J’ai essayé de ne pas répondre, raconte-t-il à Cristoph, un ami plus grand , mais ils continuent quand même. » « Demandons à Jésus qu’il te donne la force de les aimer encore plus », suggère Christoph. Un jour, Paul apporte à l’école un grand plateau de gâteaux pour fêter son anniversaire. La maîtresse lui propose d’aller en offrir aussi aux enfants des autres classes. « Choisis deux camarades pour venir avec toi », lui dit-elle. Paul aimerait bien faire appel à ses amis préférés mais il pense ensuite… « Aime ton ennemi. » « Est-ce que Tom et Luis peuvent venir avec moi ? » demande-t-il à la maîtresse. Justement les deux camarades qui lui jouent toujours des mauvais tours. Paul raconte ensuite tout à Christoph : « Tu as vu ? Jésus m’a donné la force et… tu sais, maintenant il ne sont plus méchants avec moi. » Flor de Maria, du Guatemala, raconte : « L’autre jour, papa et maman se sont disputés. J’étais triste et j’ai pensé : ‘’ Comme j’aimerais qu’ils soient heureux. Qu’est-ce que je peux faire ? ‘’Je suis allé trouver mes petits frères et sœurs. Nous avons pris un morceau de papier et nous avons découpé des cœurs et des fleurs que nous avons fixés sur le mur. Papa et maman regardaient la télévision en silence. Nous l’avons arrêtée un moment et je leur ai chanté une chanson sur l’amour entre nous. Papa et maman étaient émus et ils se sont demandé pardon. Maman pleurait de joie. J’étais heureux. Et tous sont partis se coucher heureux. Et moi, j’ai dit à Jésus : ‘’ Merci !’’ » Elisa, de Trente, reçoit beaucoup d’argent de ses grands parents pour ses petites dents qui sont tombées. Heureuse, elle veut les donner pour les pauvres que nous cherchons à aider dans tout le Mouvement. « Gardes-en au moins une partie pour t’acheter une paire de chaussures, lui conseille son papa. Tu en as vraiment besoin » En effet, ils n’ont pas beaucoup de moyens. « Mais papa, répond Elisa, les enfants pauvres n’ont pas de chaussures ! » et elle réussit à le convaincre. Quelque temps plus tard lui arrive un cadeau de son oncle et sa tante : et ce sont justement les chaussures dont elle avait besoin. Elaine, cinq ans, est de Sao Paulo, la plus grande ville du Brésil. Monsieur Carlos l’accompagne chaque jour à l’école. Il ne croit pas en Dieu et beaucoup disent de lui que c’est quelqu’un de revêche. Un matin, tandis qu’il sont dans la voiture, Elaine lui demande : « Est-ce que tu sais ce qu’est un acte d’amour ? » « Non, lui répond-il, qu’est-ce que ça signifie ? » « Ca veut dire aimer Jésus en tous et faire pour chacun ce qu’on ferait pour Jésus. » Monsieur Carlos reste tout sérieux et pensif. Quelques jours plus tard, à table, le papa d’Elaine raconte que, depuis quelques jours, Monsieur Carlos est différent et qu’il ne se met plus aussi souvent en colère. Et le papa continue : « Savez-vous ce qu’il a répondu à celui qui lui demandait en plaisantant ce qu’il lui était arrivé ? Demandez-le à la petite Elaine. Nous apprenons parfois beaucoup de choses des enfants ! »
Faire de chaque obstacle un tremplin
« Très chers jeunes, ne vous laissez pas arrêter par les difficultés qui sans aucun doute existent et seront toujours là, mais faites de l’obstacle même un tremplin par un amour plus grand, plus profond, plus authentique. » Tel est le cœur du message que Chiara Lubich a adressé à des milliers de jeunes de 105 villes du monde. C’était le dimanche 12 octobre, lors d’une liaison téléphonique qui concluait la VIIe édition de la Semaine Monde Uni.
Se sont succédés ensuite des interventions de jeunes éprouvés par les guerres, les discriminations de toute sorte, la pauvreté, l’injustice : Jérusalem, Irak, New York, Côte d’Ivoire, Cebu (Philippines), Ouganda, République Centrafricaine, Recife, etc.
Leurs expériences l’ont emporté sur le profond sentiment d’impuissance qui domine parfois, surtout parmi les jeunes européens, face aux maux du monde ; faisant comprendre clairement que l’amour est plus fort que tout et qu’ensemble, il est possible de soulever le monde. De jeunes Burundais d’un camp de réfugiés de Tanzanie sont intervenus. Medan, en Indonésie, était reliée pour la première fois, avec 50 jeunes chrétiens, bouddhistes et musulmans, tous rapprochés par le même idéal : le monde uni !
« Si vous continuez, avec un élan renouvelé, à porter l’amour de Dieu dans le monde (…), alors oui, vous êtes libres de vous-mêmes ! Oui, vous allez contre le sens du courant, et vous créez même sur notre planète un courant tout nouveau, d’amour, de feu. Telle est la consigne que Chiara a donnée aux jeunes.
Qu’est-ce que la Semaine Monde Uni ?
C’est une proposition faite aux jeunes, aux Institutions nationales et internationales, publiques et privées, de mettre en valeur les initiatives qui promeuvent l’unité à tous les niveaux. Pendant une semaine, du 5 au 12 octobre, s’étaient succédé plusieurs rendez-vous, dans des villes petites et grandes, avec des initiatives de solidarité, des concerts, des compétitions sportives, des veillées, des débats, avec comme thème principal « La fraternité, voie pour le monde uni ». De nombreuses interviews sont passées sur les télévisions nationales et locales, à la radio et dans les journaux, diffusant le message de la Semaine Monde Uni.
Initiatives dans le monde
A Rosario, en Argentine, la Semaine Monde Unie a été déclarée « d’intérêt municipal » et la commune s’est engagée à en faire la publicité, aussi les mois suivants, sur les billets de tram et de bus de la ville.
Dans l’Etat de Sao Paulo, au Brésil, 70 000 carnets ont été distribués, qui proposaient chaque jour de la semaine, un mot d’ordre à mettre en pratique. L’initiative a dépassé toutes les attentes, trouvant un écho favorable auprès des étudiants de nombreuses écoles, des professeurs et des représentants d’Institutions.
La Nouvelle Calédonie a été tapissée d’activités des jeunes qui ont mis dans le coup toutes les ethnies qui, d’habitude, sont en lutte entre elles.
A Kampala, en Ouganda, les jeunes ont rendu visite à des enfants touchés par le virus du sida, dans un orphelinat de la capitale. Et ils se sont engagés dans une récolte de vêtements et de produits de première nécessité pour la communauté de Gulu, au Nord du Pays, une région affligées par de nombreuses nécessités àdu fait de la guérilla.
En Sicile : calendrier serré d’engagements et d’activités. Le quotidien italien l’Avvenire a publié le communiqué de presse que nous reportons ici :
Sous le signe de la fraternité
Tel est le titre de l’initiative qui a vu les Jeunes pour un Monde Uni, expression jeune du mouvement des Focolari, engagés dans des initiatives à l’enseigne de la fraternité et de la paix sur les cinq continents. Depuis hier et jusqu’au 12 octobre, des centaines de Jeunes pour un Monde Uni de Sicile ont été les acteurs d’une quinzaine d’activités dans les villes et provinces de Palerme, Caltanissette, Messine, Catane, Syracuse, Raguse.
Le fruit de ces différentes initiatives servira à financer des bourses d’études pour des jeunes de pays du Proche Orient, d’Argentine, et contribuera à la réalisation du projet Afrique. Relancé par Chiara Lubich en l’an 2000, il prévoit cette année, la mise en route de petites activités artisanales et éducatives dans un camp de 60000 réfugiés des Grands Lacs, en Tanzanie et la constitution d’un fonds de bourses d’étude pour des jeunes du Congo qui n’ont pas les moyens de poursuivre des études universitaires.
Une nouvelle espérance
Cette impression à chaud d’un jeune ougandais exprime bien ce qu’a suscité la Semaine Monde Uni en de très nombreux jeunes : « Parfois, lorsque l’amour, la fraternité et Dieu semblent s’éteindre en nous, apparaissent des signes comme celui-ci, qui nous donnent envie de continuer la route. »
Mère Teresa : » passée maître dans l’art d’aimer «
De Mère Teresa reste gravé en moi la chaleureuse étreinte que nous nous sommes donnée à New York en nous quittant, la dernière fois que je l’ai rencontrée, en mai 1997.
Elle était malade, au lit. J’y étais allée dans l’intention de passer un moment avec elle. Puis elle commença à parler, à parler de son œuvre. C’était son chant du Magnificat, quelque chose de magnifique. Elle était très heureuse. Cette étreinte est restée gravée en moi comme un signe, une promesse : qu’elle continuerait à nous aimer d’un amour de prédilection, car c’est ainsi qu’elle nous aimait lorsqu’elle était en vie. Et c’est pour cela que, dès le moment de son départ, je l’ai comptée parmi nos protecteurs, certaine, comme tous, qu’elle serait bientôt proclamée sainte.
Elle a réalisé pleinement ce que le pape qualifie de « génie féminin » et qui réside justement en ce que Marie avait de caractéristique : elle n’était pas investie d’un ministère mais elle était investie par l’amour, par la charité qui est le plus grand don, le plus grand charisme qui vient du Ciel.
Elle est pour nous un modèle.
Elle est, en effet, passée maître dans l’« art d’aimer ».
Elle aimait vraiment tous. Elle ne demandait pas à son prochain s’il était catholique, hindou ou musulman. Il lui suffisait que ce soit un homme ou une femme, dont elle redécouvrait toute la dignité.
Mère Teresa aimait en premier : c’était elle qui allait à la recherche des plus pauvres pour lesquels elle avait été envoyée par Dieu.
Mère Teresa voyait, peut-être plus que quiconque, Jésus en chacun : « C’est à moi que tu l’as fait » était justement son mot d’ordre.
Mère Teresa « se faisait un » avec tous. Elle s’est fait pauvre avec les pauvres, mais surtout « comme » les pauvres. C’est là qu’elle se différencie de la simple assistante sociale ou de quiconque se dédie au volontariat.
Elle n’acceptait rien que les pauvres ne puissent aussi avoir.
On connaît bien, par exemple, son refus d’une simple machine à laver, renoncement que beaucoup ne comprennent pas – en disant : de nos jours ! -, mais elle faisait ainsi car les pauvres n’en ont pas et donc elle non plus.
Elle a pris sur elle, elle a fait sienne la misère des pauvres, leurs peines, leurs maladies, leur mort.
Mère Teresa a aimé tous comme elle-même, jusqu’à leur offrir son idéal. Elle invitait par exemple les volontaires, qui prêtaient pendant un certain temps leurs services à son Œuvre, à rechercher leur propre Calcutta là où chacun retournait. « Car, disait-elle, les pauvres sont un peu partout. »
Mère Teresa a sans nul doute aimé ses ennemis. Elle n’a jamais pris la peine de contester les accusations absurdes qu’on lui adressait, mais elle priait pour ses ennemis.
Après son départ, je l’ai connue encore plus profondément, j’ai lu les livres sur elle avec avidité. J’ai admiré Mère Teresa de manière toute spéciale pour sa détermination. Elle avait un Idéal : les plus pauvres parmi les pauvres. Et elle y est restée fidèle. Toute sa vie a été orientée vers cet unique objectif. Et aussi en cela, elle est pour moi un modèle de fidélité à l’Idéal que Dieu m’a confié.
Le merci au Pape artisan de l’Église de demain : l’Église communion
Giuseppe Garagnani interviewe Chiara Lubich
Q. quelle est votre expérience directe dans le lien avec le pape ? R. Ce lien est devenu, avec les années, toujours plus profond. J’ai même vécu une ou deux fois une expérience un peu particulière. Après une audience, par exemple, où j’avais vécu un moment de grande unité avec le pape, comme de fille à père, j’ai eu l’impression que le ciel s’ouvrait et j’ai expérimenté une union à Dieu toute spéciale. Elle était caractérisée par le fait que je ne voyais plus d’intermédiaires. Le pape est « médiateur » mais lorsque le médiateur a contribué à nous unir à Dieu, il disparaît. Il m’a semblé comprendre que cela dépend aussi du fait que le pape a reçu les clefs pour nous ouvrir le ciel. : « Je te remettrai les clefs du Royaume des cieux…. » Peut-être que ces clefs ne lui servent pas seulement à effacer les péchés mais également à nous ouvrir à une union à Dieu plus profonde. Est-ce là que réside le secret des retournements dans les âmes et dans l’histoire qu’il a opérés en ces 25 années ? Il communique Dieu et Dieu fait « toutes choses nouvelles ». Une « Présence » qui devient toujours plus forte, au fur et à mesure qu’elle passe au creuset de la souffrance. Q. vous souvenez-vous d’un épisode particulier dans ces rencontres avec le Pape, au cours de ces 25 années ? R. De nombreux moments me reviennent en mémoire qui ont marqué autant de moments fondateurs dans notre histoire et pas seulement dans la nôtre. Comme ce jour où, c’était le 23 septembre 1985 – c’est un fait désormais connu -, à la fin d’une audience, sur le pas de la porte, considérant l’avenir, je me suis hasardée à demander au pape : « Vous semble-t-il possible que le président du mouvement des Focolari, de cette Œuvre, qui est celle de Marie, soit toujours une femme ? » « Oui, avait-il répondu, s’il pouvait en être ainsi ! » C’est à partir de ces paroles du pape, qui motivaient ce « oui », que c’est ouvert pour moi, pour la première fois, une nouvelle conscience de l’Eglise dans ses deux dimensions : la dimension de Pierre, « institutionnelle » et la dimension mariale, « charismatique ». « On les retrouve dans l’Eglise naissante – avait-il affirmé, citant le théologien Hans Urs von Balthasar -, et elles doivent rester ! » Et, les années suivantes, le pape a souvent rappelé cette grande nouveauté. Ce qui surprend, c’est que le Saint Père ne voit pas le « profil marial » de l’Eglise seulement comme une réalité spirituelle ou mystique, mais également comme une réalité historique et il en témoigne par les faits, en ouvrant tout grand les portes aux nouveautés de l’Esprit. Q. Pouvez-vous nous rapporter un autre fait ? Avec les années sont nées aussi parmi les jeunes, les familles, les personnes des catégories les plus variées – anglicans, luthériens, orthodoxes et membres d’autres Eglises -, les mêmes vocations qui avaient fleuri dans l’Oeuvre de Marie, parmi les catholiques. Une nouveauté au cours des années où nous étions sous observation de la part de nombreux canonistes. Il semblait que l’on ne pouvait pas trouver d’issue. A un certain point, j’en ai parlé au pape. Il s’est montré très ouvert ! A la seconde audience sur cet argument, debout cette fois encore, il me dit de son air malicieux : « J’ai compris. Je dois dire : laissez tranquille l’Oeuvre de Marie qui est de Marie. » Et la situation s’est débloquée. Je me souviens qu’au cours de la nuit, une pensée m’a traversé l’esprit : « S’il y a bien un point qui est encore un obstacle sur le chemin de l’œcuménisme, c’est bien le ministère du pape. Mais qui a ‘’ accueilli ‘’ ces focolarini des autres Eglises ? Justement le pape. » Cela restera toujours dans notre histoire. Le pape est allé encore plus loin : c’est lui qui a suggéré que même les évêques d’autres Eglises se rencontrent régulièrement et ils le font désormais depuis des années, pour alimenter leur ministère à la spiritualité de l’unité, déjà partagée par de nombreux évêques catholiques. Et il a approuvé le lien de ces derniers, non pas juridique mais spirituel ,avec l’Œuvre de Marie. Q. Parmi les différents aspects prophétiques du pontificat de Jean-Paul II, on peut compter sans aucun doute la page nouvelle ouverte la veille de Pentecôte 98, à cette première rencontre historique avec une centaine de milliers d’adhérents des Mouvements et nouvelles communautés ecclésiales. Il les avait reconnus publiquement comme « des expressions charismatiques significatives de l’Eglise » et avait réaffirmé le caractère « co-essentiel » entre la dimension institutionnelle de Pierre et la dimension charismatique mariale. A partir de cette vision de l’Eglise par le pape, quelles perspectives s’ouvrent pour l’avenir ? R. Depuis ce jour, le pape a allumé en nous un rêve pour le troisième millénaire : celui d’une « Eglise communion ». En ce temps de redécouverte des charismes, non pas en opposition mais en profonde communion avec le Pape et les évêques, s’est ouvert en moi l’espérance que vienne surtout en lumière l’œuvre de l’Esprit Saint, attirant le monde à Jésus. Depuis ce jour, pour répondre au désir exprimé par le pape d’une communion entre les Mouvements, j’avais pris l’engagement de donner le départ d’un chemin de communion entre nous, Mouvements et nouvelles communautés. Je ne pouvais pas alors imaginer les développements auxquels nous assistons aujourd’hui : la Pentecôte 98 s’est répétée depuis lors dans d’innombrables diocèses, des cinq continents, avec la présence d’évêques et la participation de centaines de Mouvements et communautés ecclésiales. Avec des fruits d’une vitalité et d’une espérance nouvelles. L’écho du chemin entrepris est parvenu aussi aux mouvements et communautés nés ces dernières décennies dans d’autres Eglises, comme par exemple, dans les Eglises évangéliques en Allemagne. C’est un phénomène inconnu jusqu’alors. Et de là est née, à partir de 1999, une fraternité telle qu’elle a fait naître l’idée d’y donner une visibilité, par exemple par une grande rencontre, le 8 mai 2004, à Stuttgart. Avec elle, nous chercherons nous aussi à apporter, par nos charismes, une contribution à « l’Europe de l’esprit ».
