Lumière de Pâques… Je souhaite que nous ayons tous un regard, Capable de scruter La mort jusqu’à voir la vie, La faute jusqu’à voir le pardon, La séparation jusqu’à voir l’unité, Les blessures jusqu’à voir la gloire, L’homme jusqu’à voir Dieu, Dieu jusqu’à voir l’homme, Notre Moi jusqu’à voir l’Autre. Et de surcroît, la force généreuse de Pâques ! »
(Pâques 1993)
Klaus Hemmerle (La luce dentro le cose, Città Nuova, Roma 1998, pag. 110)
La solitude, dans le silence, n’effraye pas: elle est faite pour protéger, non pas pour faire peur. Quoi qu’il en soit, on profite aussi de cette souffrance. La grandeur maximale du Christ est la croix. Jamais il ne fut aussi proche du Père et aussi proche des frères que quand, nu, blessé, il cria de l’échafaud: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Avec cette souffrance, il se repentit: dans cette fracture, il rejoignit les hommes avec Dieu.
[…] Vas-y, écoute, contemple, à l’intérieur du silence dans lequel Dieu parle. Dans la journée de la vie, c’est l’heure tardive de la contemplation, lorsque les créatures se rassemblent pour faire le bilan du travail accompli et préparent l’action du lendemain: un lendemain gravé dans l’éternité. […] Un détachement du monde, donc, et une attaque sur Dieu: par conséquent, ce n’est pas une séparation des hommes, en tant que frères, membres de la même famille divine et humaine.
Igino Giordani (Extraits tirés de « Città Nuova » XXIII/13 10 juillet 1979, pp.32-33)
Cette année, je perçois la Semaine Sainte de façon toute particulière.
Hier, Mercredi Saint, la lecture de la Passion de Jésus m’a particulièrement touchée. J’ai redécouvert (et comme c’est important !) la valeur si nouvelle de la souffrance dans notre vie chrétienne. J’ai reçu à nouveau l’appel – si je puis dire – à la vocation qui, parmi les vocations de chaque jour, de chaque heure de notre vie, est la plus sublime. Jésus, l’homme de douleur : là est le point culminant de sa vocation.
(…) Aujourd’hui, une vague de tendresse m’envahit. C’est le jour du Commandement Nouveau, de l’Eucharistie, du sacerdoce, du service fraternel.
Quelles richesses infinies Jésus a réservées pour le dernier jour de sa vie ici-bas !
Quel désir de faire de chaque jour un Jeudi Saint !
Jésus, toi qui nous as choisis pour cette voie, si proche de ton cœur, aide-nous à la parcourir comme il se doit, chaque jour, jusqu’au bout.
(Chiara Lubich, Diario 1964-1980, préparé par Fabio Ciardi, 2023, Città Nuova, Rome, p. 324)
La nuit est le symbole des ténèbres, de l’inconnu, de l’absence de cette lumière que nous ne parvenons pas à trouver si nous n’avons ni lampe ni compagnon de route. La nuit est celle qui enveloppe notre planète, meurtrie et ravagée par des luttes fratricides, par des guerres qui continuent d’être organisées par soif de pouvoir et d’argent. La nuit est celle que vivent des millions de personnes qui n’ont plus de voix pour dénoncer les injustices et les abus. Et nous? Comment continuer à croire en un monde renouvelé qui ne se manifeste pas selon nos attentes? Comment reconnaître les signes de ce qu’il y a de bon dans nos relations quotidiennes? Ce sont là des questions aux quelles nous ne savons pas toujours répondre, mais qui nous incitent à rechercher un compagnon de route que nous ne voyons souvent pas, à reconnaître le besoin universel d’une spiritualité propre à l’être humain, et qui peut se manifester si nous vivons entre nous l’amour réciproque. Ce sont parfois de brefs éclairs de lumière qui brillent de la manière la plus inattendue, même sur les réseaux sociaux, pour éclairer la nuit. Comme l’histoire de Chiara Badano et Sara Cornelio, deux amies à travers le temps. Sara, née en 1998, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant «fait la connaissanc » de Chiara, décédée à l’âge de 19 ans en 1990, lors d’une des nombreuses rencontres qui racontent son extraordinaire histoire. Elle la découvre comme une amie, une compagne dans ses rêves, une confidente et une présence forte. Sara est une jeune fille qui vit, chante, danse, étudie, a des amis, grandit, enchante. Sara, en même temps, vit le quotidien d’une maladie congénitale qui – et pas seulement au sens figuré – «lui coupe le souffle». Elle vit avec la certitude que «l’amour triomphe de tout» (le sujet de son mémoire de fin d’études); elle vit le don de la greffe de poumon, et devient elle-même un don, dont elle témoignera à travers des livres, des rencontres dans les écoles, des morceaux de musique et des courts-métrages, un blog, une pièce de théâtre. Elle vit l’amour dans sa merveilleuse famille, puis l’amour, le coup de foudre… Sa mort en 2022, alors qu’elle n’avait même pas 24 ans, laisse consternés et très seuls tous ceux qui l’aimaient, même ceux qui l’avaient simplement rencontrée sur Facebook. Au cours de son passage passionnant sur cette terre, Sara trouve en Chiara une amie toujours présente qui l’accompagne, l’encourage, la soutient et qui se «révèle» dans les moments et les occasions les plus inattendus: une amie qui sait «être à ses côtés» dans la joie débordante comme dans la souffrance et la solitude d’un hôpital ou d’une unité de soins intensifs. Dans ses derniers instants, marqués par la solitude et la faiblesse, la présence de Chiara devient mystérieusement silencieuse, presque insaisissable, mais peut-être justement pour cette raison plus authentique et vouée à devenir une amitié «pour toujours». Chiara et Sara: uniques, comme chaque histoire est unique.
La route qui mène au village d’Emmaüs nous situe le chemin parcouru par deux disciples de Jésus. Déçus par leurs rêves, leurs projets, les moments forts des journées passées avec le Maître, ils rentrent chez eux pour reprendre la vie qu’ils avaient laissée, celle d’avant leur rencontre avec lui. Trois jours seulement se sont écoulés depuis sa crucifixion, la déception, la peur et les doutes règnent parmi les disciples.
Ils s’éloignaient de Jérusalem, du rêve qui ne s’est pas réalisé, prenant leurs distances avec le Christ et son message, “tristes“ parce qu’ils avaient en quelque sorte déjà pris la décision d’abandonner le projet pour lequel ils l’avaient suivi.
C’est l’histoire de nous tous lorsque nous nous égarons face à des situations qui nous obligent à faire des choix face à de nombreux carrefours et que nous croyons souvent que la solution qui consiste à revenir en arrière, à abandonner, à nous résigner est la seule réponse à notre mal-être.
« Qui d’entre nous ne connaît pas l’auberge d’Emmaüs ? Qui n’a pas marché sur cette route un soir où tout semblait perdu ? Le Christ était mort en nous… Il n’y avait plus de Jésus sur terre »[1].
« Reste avec nous car le soir vient et la journée déjà est avancée. »
Au cours du chemin, un inconnu se joint à eux, ignorant tout des événements qui viennent de se passer. Il commence à poser des questions précises, qui font ressortir toute l’amertume et le découragement. Avant tout il les écoute puis commence à leur expliquer les Écritures : C’est un dialogue qui s’instaure, une rencontre qui laisse une empreinte, à tel point que, même s’ils n’ont pas encore reconnu Jésus, ils le prient de rester avec eux car le soir tombe[2].
C’est peut-être l’une des plus belles prières que l’on trouve dans les Évangiles. C’est la première prière que les disciples adressent au Ressuscité, et cette invitation que nous pouvons tous lui adresser afin qu’il reste avec nous et parmi nous, est émouvante.
Les yeux des deux disciples s’ouvriront à la fraction du pain et la joie de l’avoir enfin reconnu les poussera à retourner à Jérusalem pour annoncer à leurs amis qu’il est ressuscité.
« Reste avec nous car le soir vient et la journée déjà est avancée. »
Chiara Lubich écrit : « Peut-être rien n’explique mieux que ces mots, l’expérience que nous, focolarines, avons faite depuis le début, celle de vivre avec Jésus parmi nous.
Jésus est toujours Jésus, et même s’il n’est présent que spirituellement, lorsqu’il l’est, il explique les Écritures et sa charité brûle dans nos cœurs : c’est la Vie. Cela nous fait dire avec une nostalgie infinie, lorsque nous l’avons reconnu : » Reste avec nous, Seigneur, car le soir tombe » : sans Toi, c’est la nuit noire (…) ». [3].
La nuit est le symbole des ténèbres, de l’inconnu, de l’absence de cette lumière que nous ne parvenons pas à trouver parce que nous ne croyons pas en Sa présence qui continue à nous accompagner, toujours.
La nuit enveloppe notre planète, blessée et violée par des luttes fratricides, par des guerres qui continuent à être déclenchées par soif de pouvoir et d’argent.
La nuit est celle que vivent des millions de personnes qui n’ont plus de voix pour crier les injustices et les oppressions.
Et nous, comment pouvons-nous prendre conscience de la présence de Jésus, qui ne se manifeste pas toujours selon nos attentes ? Comment comprendre qu’il marche avec nous et qu’il cherche à nous faire reconnaître les signes de sa présence ? Et surtout, comment créer les conditions pour qu’il se manifeste et reste avec nous ?
Ce sont des questions auxquelles nous ne savons peut-être pas toujours répondre, mais qui nous incitent à ne pas abandonner dans notre recherche de Jésus, à concentrer notre regard sur ce compagnon de voyage que, souvent, nous ne voyons pas, à reconnaître Celui qui peut se rendre présent si nous vivons parmi nous l’amour réciproque.
La route d’Emmaüs est le symbole de toutes nos routes, c’est la route de la rencontre avec le Seigneur, c’est la route qui nous redonne la joie du cœur, qui nous ramène vers la communauté pour témoigner ensemble que le Christ est bien ressuscité.
D’après Patrizia Mazzola et l’équipe de la Parole de Vie.