Mongomo est une petite ville de Guinée équatoriale, à la frontière avec le Gabon. Sœur Maria écrit : « C’est un grand don pour notre communauté de rester avec les gens d’ici, si ouverts à la Parole de Dieu. Chaque mois, les villages voisins l’attendent avec impatience. Le dimanche, comme il n’y a presque jamais de prêtre pour célébrer la messe, ils se réunissent avec l’une de nous pour entendre expliquer la Parole. Ils sont plus de cinq cents à se rassembler. Aux rencontres de la paroisse de Mongomo, en revanche, seule une cinquantaine de personnes peuvent participer. Il faut tenir compte du fait qu’ils n’ont ni montres ni notion précise des dates, ce qui rend très difficile l’organisation des rendez-vous; leur présence n’est donc pas régulière. Parfois, ils doivent parcourir (bien sûr à pied) dix, vingt kilomètres pour arriver. Il est émouvant de constater qu’ils ne se lassent jamais d’entendre parler de Dieu. J’aimerais que vous les entendiez raconter comment ils mettent l’Évangile en pratique: ce sont des expériences simples, concrètes… qui invitent à la conversion rien qu’en les écoutant. Plusieurs fois, j’ai entendu certains d’entre eux répéter que la Parole de Dieu leur est nécessaire comme la nourriture. »
(Sœur Maria – Guinée équatoriale)
Réconciliation
J’avais été particulièrement frappée en entendant cette phrase de l’Évangile : « Si tu présentes ton offrande à l’autel et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère… ». En effet, je n’étais pas en bons termes avec une certaine dame. Prenant mon courage à deux mains, je suis allée la voir. Malheureusement, non seulement elle ne m’a pas écoutée, mais elle m’a renvoyée en criant. Découragée, je ne savais plus quoi faire. Entre-temps, mon fils avait reçu une lettre d’une connaissance qui voulait s’excuser auprès de lui pour un petit malentendu survenu quelques jours auparavant. Il y avait de quoi être surprise : d’abord, parce que mon fils est encore trop petit pour savoir lire, j’ai donc dû lui lire la lettre ; ensuite, parce qu’un adulte s’excusait si sérieusement auprès de lui. Tout cela m’a donné l’élan d’écrire à cette dame pour lui demander pardon. Quelques jours plus tard, je reçois son appel: « Pardonne-moi, toi ! ». Revenue chez elle et après avoir dissipé tout malentendu, pleines de joie, nous nous sommes réconciliées.
L’espérance chrétienne n’est pas une fuite du réel. Elle naît dans un lieu sans lumière, dans l’étroitesse d’un tombeau scellé, où Dieu a déjà renversé le jugement de ce monde. C’est précisément pour cela qu’il ose parler en un temps de guerres (Gaza, Kiev, le Darfour, Téhéran) et où des centaines de millions de personnes ne savent pas comment parvenir au lendemain.
Nos journées sont tissées d’attentes légitimes : la santé, un travail non précaire, un peu de paix, une justice qui ne soit pas seulement un mot. Mais lorsque ces attentes deviennent tout notre horizon, soit nous les sacralisons comme des idoles, soit, à la première fracture sérieuse, nous nous réfugions dans le cynisme et la résignation.
Pâques ne supprime pas ces espérances, elle les recentre. Elle les enracine en un Autre et, précisément ainsi, elle les préserve. L’amour plus fort que la mort ne nous enlève pas le poids de l’agir ; il brise plutôt l’angoisse de devoir sauver le monde avec nos seules mains.
Le dernier mot sur l’histoire n’est pas le nôtre, ni celui des vainqueurs du moment. C’est la parole prononcée sur le corps de Jésus. Et la parole de Pâques dément d’avance toute prétention de la mort à être définitive. Pour Paul, la résurrection du Christ n’est pas un épisode isolé dans la biographie de Jésus. C’est l’ouverture d’une scène nouvelle dans laquelle toute l’humanité est entraînée : « Comme tous meurent en Adam, ainsi tous recevront la vie dans le Christ » (1 Co 15,22). Les Pères de l’Église ont suivi cette voie sans l’atténuer : la résurrection est l’accomplissement de la nature humaine dans sa totalité, non le privilège de quelques heureux. En Christ, Dieu contemple déjà la plénitude de la famille humaine : les visages des réfugiés en Méditerranée, de ceux qui traversent le Sahara, des civils cachés dans les caves du Darfour. C’est pourquoi toute atteinte à la dignité, tout corps rejeté, n’est pas seulement une injustice sociale ; c’est une profanation d’une humanité pensée et aimée dans la lumière même du Ressuscité.
Paul élargit encore le regard : « toute la création gémit et souffre les douleurs de l’enfantement » (Rm 8,22). Ce n’est pas seulement la conscience humaine qui gémit, mais la terre, l’air, les mers. En 2026, le langage des « douleurs » ne sonne pas comme un pieux symbolisme : nous le lisons dans les inondations, dans les récoltes incertaines, dans les villages contraints de se déplacer parce que l’eau a disparu. Ce gémissement prend la forme d’une protestation ; la création refuse d’être traitée comme un matériau jetable, et Pâques lui donne voix. Dans le Christ ressuscité, toute exploitation de la terre apparaît déjà pour ce qu’elle est : un choix contre l’avenir de tous.
Comment vivre, alors, entre un accomplissement déjà inauguré et une histoire encore traversée par trop d’échecs ? Ni dans la paralysie, ni dans un optimisme de façade. On vit en sachant que rien de ce qui est authentiquement bon ne se perd : un geste d’accueil, un choix de renoncement, un travail honnête poursuivi dans des conditions difficiles. Benoît XVI rappelle que « tout agir sérieux et droit de l’homme est une espérance en acte » et inclut parmi ces engagements le fait de travailler pour un monde plus humain, soutenu par la grande espérance fondée sur les promesses de Dieu (Spe Salvi, 35). On peut dire davantage : ce n’est pas un ajout extérieur au Royaume, mais déjà un fragment visible de celui-ci. L’accomplissement appartient à Dieu, et pourtant Dieu s’obstine à passer aussi par nous. Lorsque nous nous engageons pour les réfugiés, pour le désarmement, pour des conditions de travail moins inhumaines, pour une paix concrète et non rhétorique, nous ne faisons pas que « préparer » quelque chose qui viendra ensuite. Nous laissons déjà la vie du Ressuscité prendre forme, humble et fragile, dans notre temps.
L’espérance pascale ne reste pas une idée ou un sentiment ; elle prend corps. La résurrection affirme que les logiques de mort n’ont pas le droit de décider de l’issue finale, et c’est pourquoi toute guerre, tout système d’exploitation, toute indifférence lucide est déjà démasquée et privée de son sens ultime par le tombeau vide. Dans le sépulcre de ce monde, quelque chose a déjà changé pour toujours : la vie a commencé à remonter à travers les fissures de l’histoire. Non comme une vague consolation ni comme une « récompense » dans un ailleurs indéfini, mais comme une réalité qui, en Christ, a déjà été donnée à l’humanité et à la création tout entière. Dans le jugement de Dieu révélé à Pâques — un jugement qui libère, non qui écrase — il est décidé une fois pour toutes que la mort ne pourra se vanter d’avoir le dernier mot sur personne ni sur rien.
Telle est la grande espérance.
Joyeuses Pâques : une espérance qui ne se referme pas dans l’église, mais qui met les mains dans l’histoire.
Lumière de Pâques… Je souhaite que nous ayons tous un regard, Capable de scruter La mort jusqu’à voir la vie, La faute jusqu’à voir le pardon, La séparation jusqu’à voir l’unité, Les blessures jusqu’à voir la gloire, L’homme jusqu’à voir Dieu, Dieu jusqu’à voir l’homme, Notre Moi jusqu’à voir l’Autre. Et de surcroît, la force généreuse de Pâques ! »
(Pâques 1993)
Klaus Hemmerle (La luce dentro le cose, Città Nuova, Roma 1998, pag. 110)
Que la solitude, dans le silence, ne t’effraie pas : elle est faite pour protéger, non pour faire peur. Quoi qu’il en soit, fais fructifier aussi cette souffrance. La grandeur maximale du Christ est la croix. Jamais il ne fut si proche du Père et aussi proche des frères que lorsque, nu, blessé, il cria depuis le gibet : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Par cette souffrance, il opéra la rédemption : dans cette fracture, il réunit les hommes à Dieu.
[…] Mets-toi à l’écoute. Entre en contemplation au cœur du silence dans lequel Dieu parle. Telle est, dans la journée de la vie, l’heure de la contemplation du soir, lorsque les créatures se recueillent pour faire le bilan du travail accompli et prédisposent l’action du lendemain : un lendemain gravé dans l’éternité. […] Détachement du monde, donc, et union à Dieu : pas de séparation des hommes, qui sont tous frères, membres de la même famille humaine et divine.
Igino Giordani (Extraits tirés de « Città Nuova » XXIII/13 10 juillet 1979, pp.32-33)
Cette année, je perçois la Semaine Sainte de façon toute particulière.
Hier, Mercredi Saint, la lecture de la Passion de Jésus m’a particulièrement touchée. J’ai redécouvert (et comme c’est important !) la valeur si nouvelle de la souffrance dans notre vie chrétienne. J’ai reçu à nouveau l’appel – si je puis dire – à la vocation qui, parmi les vocations de chaque jour, de chaque heure de notre vie, est la plus sublime. Jésus, l’homme de douleur : là est le point culminant de sa vocation.
(…) Aujourd’hui, une vague de tendresse m’envahit. C’est le jour du Commandement Nouveau, de l’Eucharistie, du sacerdoce, du service fraternel.
Quelles richesses infinies Jésus a réservées pour le dernier jour de sa vie ici-bas !
Quel désir de faire de chaque jour un Jeudi Saint !
Jésus, toi qui nous as choisis pour cette voie, si proche de ton cœur, aide-nous à la parcourir comme il se doit, chaque jour, jusqu’au bout.
(Chiara Lubich, Diario 1964-1980, préparé par Fabio Ciardi, 2023, Città Nuova, Rome, p. 324)