Mouvement des Focolari
Se laisser surprendre

Se laisser surprendre

Le grand scientifique Louis Pasteur disait : « S’émerveiller de tout est le premier pas de la raison vers la découverte. »

C’est ce que nous rappelle également Luigi Ballerini, auteur de livres pour enfants et médecin psychothérapeute, dans son article qui nous a inspiré cette ‘Idée’ : [1]: « Au fond, l’émerveillement n’est rien d’autre qu’une forme de confiance […] C’est l’idée qu’il existe encore un monde à découvrir, à comprendre, à rencontrer. Cela explique pourquoi la perte de l’émerveillement est si grave : sans lui, la vie s’aplatit dans la répétition d’un regard las qui ne voit plus rien. […] Si nous perdons la capacité de nous émerveiller, nous ne devenons pas plus réalistes ni plus efficaces ; nous perdons simplement la possibilité de nous laisser encore interpeller par le réel, de reconnaître que nous-mêmes pouvons continuer à changer et à nous améliorer à travers ce que nous rencontrons. »

L’émerveillement nous rappelle que tout ne dépend pas de nous. C’est une invitation à accueillir les évènements le cœur ouvert, à reconnaître ce que la vie veut nous dire et à en être reconnaissants. L’émerveillement renvoie à l’étonnement, cette extraordinaire capacité des enfants à s’ouvrir à la vie et aux relations ; ces dimensions, constitutives de l’être humain, sont depuis des millénaires une clé de l’aventure de la pensée humaine, nous apprenant à nous décentrer pour aller vers les personnes qui peut-être nous attendent, qui vivent nos mêmes difficultés quotidiennes et nos mêmes espoirs.

Aujourd’hui, les défis posés par les réseaux sociaux et l’Intelligence Artificielle semblent étouffer cette capacité : avons-nous déjà tout vu ? Et surtout : sommes-nous en train de nous habituer à tout ? Ce sont souvent les petits gestes qui parviennent à raviver l’émerveillement.

S’étonner c’est garder vivante la capacité de s’émerveiller, d’apprendre de la nouveauté et de reconnaître la valeur des personnes et des situations que nous rencontrons, sans se résigner à l’indifférence face à la douleur et à la souffrance. Ayons le courage de regarder la réalité avec attention et ouverture d’esprit, en nous mettant à la place des autres, en offrant une écoute et un soutien sans juger, et en prenant soin de ceux qui traversent des moments importants ou compliqués.

Il existe tant d’histoires quotidiennes de souffrance, de maladie, de vies qui semblent perdues ou dénuées de sens : et pourtant, il y a toujours une chance qu’une fin meilleure voie le jour. Au sein des familles, dans les établissements de soins, on peut souvent observer avec émerveillement les signes de la révolution la plus puissante qui soit, celle d’un amour plus grand, capable d’aller au-delà de ce à quoi on pourrait s’attendre.

L’IDÉE DU MOIS est actuellement réalisée par le « Centre pour le dialogue avec les personnes de croyance non religieuse » du Mouvement des Focolari. Il s’agit d’une initiative née en 2014 en Uruguay pour partager avec des amis non croyants les valeurs de la Parole de Vie, c’est-à-dire la phrase de l’Écriture que les membres du Mouvement s’engagent à mettre en œuvre dans la vie quotidienne. Actuellement L’IDÉE DU MOIS est traduite en 12 langues et distribuée dans plus de 25 pays, avec des adaptations du texte pour s’adapter aux différentes sensibilités culturelles. www. dialogue4unity.focolare.org


[1] https://www.avvenire.it/ideeecommenti/lasciarsistupiredallameravigliaquellocheiragazziciricordano_109483)

Photo © Srinivas-Bandari-Unsplash

Alors Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur » (Luc 1, 46).

Alors Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur » (Luc 1, 46).

Dans le premier chapitre de son Évangile, Luc nous offre la seule page du Nouveau Testament où les protagonistes sont deux femmes, Marie et Élisabeth.

Immédiatement après avoir reçu l’annonce de l’ange qu’elle allait devenir la mère de Jésus (Lc 1, 26- 38), Marie entreprend ce long voyage. Nous ne connaissons pas les détails du parcours, nous savons seulement qu’elle se dirigea rapidement vers la montagne. Mais pourquoi se rend-elle làbas ?

Marie va partager cette joie avec celle qui, comme elle, a reçu de Dieu la grâce d’attendre un enfant, afin de lui tenir compagnie et de l’aider pendant les derniers mois de sa grossesse. C’est l’histoire de deux femmes, de deux maternités impossibles. Qui mieux qu’elle pouvait la comprendre pour partager cette expérience ? De cette rencontre jaillit le chant du Magnificat.

Alors Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur. »

« Ses paroles sont l’expression d’un grand amour et d’une joie intense, ce qui explique pourquoi son âme et sa vie s’élèvent dans l’esprit. Marie ne dit pas : « Je magnifie Dieu », mais « mon âme » ; comme si elle voulait dire : toute ma vie et tous mes sens sont comme soutenus par l’amour de Dieu […] », [1] écrit Martin Luther dans son commentaire sur le Magnificat.

Le verbe « magnifier », rendre grand, révèle un sentiment de joie suscité par la découverte que Dieu est plus grand que ce à quoi on s’attendait. Cette joie fait écho à une profonde humilité et à un sentiment profond de gratitude et de reconnaissance.

Comme le souligne Ermes Ronchi[1], « le Magnificat est l’évangile de Marie, sa Bonne nouvelle qui touche toutes les générations. » Dix fois, la jeune fille de Nazareth répète : « C’est Lui qui a fait.. » [2], comme une sorte de nouveau décalogue, de dix nouveaux commandements qui renversent la logique du monde.

On se demande spontanément si nous avons conservé le sens de l’émerveillement et de l’étonnement dans notre vie quotidienne et dans notre prière, face à ce que Dieu a accompli et continue d’accomplir. Sans ouverture à la nouveauté et à ses surprises, sans émerveillement, la foi devient une prière fatiguée qui s’éteint progressivement et devient une habitude sociale [3].

Alors Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur. »

Le cantique de Marie n’est pas simplement une prière de louange intimiste, mais une louange prophétique, caractérisée par un recours constant aux passages de l’Écriture [4],qui indique la direction de l’histoire selon le cœur de Dieu. Louer, c’est se ranger du côté des petits, croire que le monde peut et doit changer.

Les paroles de cet hymne nous invitent à comprendre l’intervention salvifique de Dieu dans notre histoire personnelle et communautaire, de notre expérience personnelle à celle universelle, du moment présent jusqu’aux cieux nouveaux et à la terre nouvelle que la révolution sociale de l’Évangile inaugure.

Alors Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur. »

Ces paroles nous invitent également à faire de notre vie une louange vivante, à reconnaître chaque jour les « grandes choses », à unir notre voix à celle de Marie pour proclamer que Dieu est fidèle, que sa miséricorde s’étend de génération en génération et que son règne de justice et d’amour s’accomplit déjà parmi nous.

Chiara Lubich avait saisi cette dimension révolutionnaire du cantique de Marie lorsqu’elle écrivait aux jeunes : « Relis le Magnificat, et tu y trouveras la première et la plus puissante page du manifeste social des chrétiens. Es-tu d’accord pour la réaliser ? » [5].

La question reste ouverte et nous interpelle. L’intervention de Dieu ne devrait pas rester confinée à l’intimité du cœur, mais elle doit se manifester dans les relations, dans la vie commune, dans le tissu des générations à venir.

D’après Patrizia Mazzola et l’équipe de la Parole de Vie.


[1]Martin Lutero, Commento al Magnificat, 1520, https://www.associazionealec.it

[2] Ermes Ronchi, écrivain, journaliste, professeur de Théologie, est prêtre de la congrégation des Serviteurs de Marie dans une paroisse de Milan.

[3]Cfr. Papa Francesco, Angelus, Piazza San Pietro, Roma, 4 luglio 2021.

[4] Cfr. Gérard Rossé, Il Vangelo di Luca, Città Nuova, 1992, p.69.

[5] Detti Gen, Città Nuova, Roma 1969, p.57 (4a ed. 1974).

Foto © CDC – Unsplash

What’s UP?

What’s UP?

  • « Quoi de neuf ? » – Le voyage continue

    « Quoi de neuf ? » – Le voyage continue

    Dans ce deuxième épisode, nous poursuivons notre voyage au Centre international de Rocca di Papa (Rome) pour vous faire découvrir quelques anecdotes, partager à nouveau les impressions des Conseillers qui, à l’issue de l’Assemblée Générale de mars, ont achevé leur mandat, et frapper à la porte de quelques nouveaux élus afin d’en savoir un peu…

  • What’s UP? C’est parti !

    What’s UP? C’est parti !

    Bienvenue dans “Quoi de neuf ? », un nouveau rendez-vous du Mouvement des Focolari qui permet de réduire les distances et de devenir toujours plus une famille.

Un prix décerné à un « ingénieur des relations »

Un prix décerné à un « ingénieur des relations »

Tonadico, petit village des Dolomites, dans le nord de l’Italie, est devenu en 1949 un lieu d’une immense importance pour le Mouvement des Focolari. L’expérience mystique vécue dans ces montagnes par la fondatrice du Mouvement, Chiara Lubich, aux côtés de ses premiers compagnons et du célèbre parlementaire et journaliste italien Igino Giordani, continue de façonner la spiritualité du Mouvement à travers le monde. Aujourd’hui, 77 ans plus tard, la commune de Primiero (Italie) et le Mouvement des Focolari ont décerné pour la première fois le prix international « Tonadico – Ville du Pacte ». Celui-ci a été attribué à Gerhard Pross, du YMCA d’Esslingen, en Allemagne. De confession évangélique luthérienne, il est cofondateur et ancien modérateur du mouvement œcuménique « Insieme per l’Europa » (Ensemble pour l’Europe).

Un pacte qui reste d’actualité

Le 16 juillet 1949, Chiara Lubich et Igino Giordani ont échangé un pacte d’unité lors d’une célébration eucharistique à l’église, qui a donné naissance à une expérience mystique restée dans les mémoires sous le nom de Paradiso ’49 (Paradis 1949). Les compagnons de Chiara Lubich se sont ensuite joints à ce pacte. Ce « moment historique » reste bien plus qu’un simple souvenir, a souligné le maire de Primiero, Daniele Depaoli, lors de la cérémonie de remise des prix. Grâce à une spiritualité qui « pénètre le monde séculier, la vie civile et politique », ce pacte reste d’actualité, a affirmé M. Depaoli, dont les propos ont également été rapportés par Vatican News.

La décision d’attribuer ce prix, nouvellement créé, en premier lieu à l’Allemand Gerhard Pross a été expliquée par le sociologue Bruno Turra au cours de l’événement : Pross est un « ingénieur des relations », un « maître dans l’art de tisser des communautés ».

Un œcuménisme des cœurs

Au cours de la cérémonie, Pross a retracé les débuts du mouvement œcuménique « Ensemble pour l’Europe », en décrivant une rencontre au centre œcuménique du Mouvement des Focolari à Ottmaring (Allemagne), immédiatement après la signature de la déclaration commune sur la doctrine de la justification par les représentants de l’Église catholique romaine et de la Fédération luthérienne mondiale à Augsbourg. Là, une cinquantaine de responsables de différentes Églises et mouvements chrétiens, en présence de Chiara Lubich, avaient prié ensemble et s’étaient mutuellement demandé pardon pour les souffrances du passé. « Après cela, c’était comme si les cieux s’étaient ouverts et qu’un océan de grâce s’était déversé sur nous », se souvient Pross à Tonadico. Il n’avait jamais vécu un moment aussi profond. C’est là qu’était né un « véritable œcuménisme du cœur ».

Il n’y a pas de frontières entre le ciel et la terre.

Pour lui, ce fut un moment tout aussi mystique que le pacte entre Chiara Lubich et Igino Giordani : « Ici, à Tonadico, le ciel et la terre se sont unis, car l’expérience mystique de Chiara Lubich a aboli les frontières entre le ciel et la terre ».

Extrait d’une page du site Startseite | Movimento dei Focolari – Svizzera (Startseite | Mouvement des Focolari – Suisse)

L’enregistrement de l’événement de Tonadico est disponible en italien sur la chaîne YouTube focolaritalia: La registrazione dell’evento di Tonadico

Photo © L. Taite – D. Goller – R. Di Pietro

À deux doigts de l’abandon

À deux doigts de l’abandon

Cela m’a rappelé pourquoi, il y a des années, nous avions choisi d’être des « hommes nouveaux » pour un Monde Uni.

Je suis à l’hôpital. J’aperçois un jeune garçon qui pleure, seul, à l’écart de son groupe. Il suit une formation pour devenir infirmier instrumentiste. C’est sa dernière année. Il lui reste trois mois avant d’obtenir son diplôme.

Je m’approche. Il me raconte que son père a perdu son emploi. Qu’il se rend à l’université avec un vieux vélo appartenant à son frère et qui a fini par se casser. À cause de cela, il doit prendre quatre bus par jour et n’a plus d’argent pour les tickets.« Je compte tout laisser tomber. Je n’en peux plus », me dit-il. », me dit-il.

Je lui donne de l’argent pour recharger sa carte de bus et rentrer chez lui. Il ne l’accepte qu’à condition que je lui donne mon numéro de compte pour me rembourser. Il tient sa promesse trois jours plus tard mais en même temps me confirme le pire : il va interrompre ses études jusqu’à ce que les conditions soient réunies pour les reprendre.

Cette nuit-là, je ne réussis pas à dormir. J’ai son visage en tête. Je pense aux nombreux jeunes qui, comme lui, sont à deux doigts de baisser les bras, prêts à tout abandonner.

Deux jours plus tard, je décroche un petit boulot inattendu. C’est juste la somme qu’il faut. Une pensée limpide me vient à l’esprit, de celles qui ne se discutent pas : « Et si Dieu me l’envoie spécialement pour lui ? »

Je n’hésite pas. Je lui verse le montant pour trois mois de tickets de bus et pour terminer ses études. Ce jour-là, je ne reçois aucune nouvelle.

Il m’appelle 48 heures plus tard. Il n’arrive pas à parler. Il pleure comme on pleure quand l’espoir revient.

Deux années s’écoulent sans recevoir de ses nouvelles. Jusqu’au jour où je reçois un message provenant d’un numéro inconnu : c’est une photo : son diplôme d’infirmier instrumentiste

accompagnée d’une phrase : « Je dois en partie ce diplôme à une personne qui m’a donné un coup de main sans me connaître ».

Je suis ému. Je pleure de joie. Je pleure parce que j’ai compris une chose :

on ne construit pas un monde uni avec des discours. On le construit avec un ticket de bus. Avec un vélo réparé. Tendre la main sans demander son nom.

D’ailleurs, ce jeune n’a jamais su le mien.

Ce qui compte, c’est que, pendant 90 jours, il ait pu poursuivre ses études. Et qu’aujourd’hui, il y ait un infirmier instrumentiste de plus dans les hôpitaux pour sauver des vies, parce que quelqu’un a cru en lui alors qu’il n’y croyait plus.

Parfois, on pense que pour changer le monde, il faut faire je ne sais quoi.

Alors que le monde change parce que quelqu’un peut prendre quatre bus.

Je partage cela non pas pour moi-même, mais parce que nous avons besoin de nous rappeler que nous ne voyons peut-être pas ce que nous faisons, et que cela ne porte ses fruits que deux ans plus tard, sous la forme d’un diplôme, d’une vie, d’un espoir.

Continuons à être ces « inconnus » qui donnent un coup de main.

Tito Ruiz Diaz (Paraguay)

Photo © Alialcantara-Pexels

Ave Cerquetti : faire de la beauté un chemin vers Dieu

Ave Cerquetti : faire de la beauté un chemin vers Dieu

Silvana « Ave » Cerquetti, artiste, sculptrice et personnalité marquante du Mouvement des Focolari, s’est éteinte le 3 juillet 2026 à Padoue (Italie), à l’âge de 95 ans. Née à Rome le 9 août 1930, elle a consacré toute son existence à la recherche de la beauté comme chemin vers Dieu, laissant une empreinte profonde.

Dès son enfance, passée entre Rome et Montefalco (Ombrie, Italie) pendant les années difficiles de la guerre, Ave manifesta une sensibilité extraordinaire envers la création. C’est précisément dans ce village ombrien qu’eut lieu sa première rencontre avec l’art : pendant des heures, elle observait le travail d’un potier, jusqu’à comprendre que cette même argile pouvait devenir l’instrument pour donner forme au monde qu’elle portait en elle. Avec le soutien de sa mère, elle réalisa une grande crèche qui attira l’attention de tout le village, annonçant déjà une vocation appelée à s’épanouir au cours des années suivantes.

Après des études au Lycée artistique puis à l’Académie des Beaux-Arts de Rome, où elle obtint son diplôme de sculpture en 1953, elle s’imposa rapidement comme l’un des jeunes espoirs de l’art italien. Dès 1952, l’une de ses œuvres avait été sélectionnée pour représenter les étudiants de l’Académie à la Biennale de Venise. Mais le succès professionnel ne suffisait pas à combler sa quête intérieure.

L’événement qui allait marquer définitivement son parcours se produisit lors de la visite d’une exposition de Georges Rouault au Palazzo Venezia, à Rome. Devant un visage du Christ peint par l’artiste français, Ave vécut une expérience qu’elle décrivit elle-même comme fulgurante : elle comprit que l’art pouvait devenir un instrument pour communiquer Dieu aux hommes. À partir de ce moment naquit la conviction qui l’accompagnerait toute sa vie : « Je ferai de l’art sacré. »

Au cours des années suivantes, elle se consacra principalement au portrait, obtenant reconnaissance et estime dans le milieu artistique romain ainsi qu’une place de choix dans les expositions de la Via Margutta, la célèbre rue des artistes de Rome. Ceux qui contemplaient ses œuvres soulignaient sa capacité à saisir l’intériorité des personnes. Pour Ave, chaque visage méritait un respect presque sacré, parce qu’il reflétait l’œuvre créatrice de Dieu.

Une étape décisive survint en 1955, lors d’un séjour à Sassari (Sardaigne, Italie), à une période de profonde recherche intérieure. C’est là qu’elle découvrit le Mouvement des Focolari en visitant le focolare de la ville. Elle décrivit cette rencontre comme la redécouverte de l’harmonie et de la beauté qu’elle avait toujours cherchées. Elle fut accueillie avec joie par Marisa Cerini et Caterina Ruggiu. Ave raconte : « Nous étions encore dans le petit hall d’entrée et j’eus aussitôt l’extraordinaire sensation d’entrer dans cette unité, cette harmonie et cette beauté de la création que j’avais tant de fois contemplées. Je me dis en moi-même : Ici est Dieu, ici est l’Église ! » Cet épisode marqua l’aboutissement de son cheminement vers un retour dans l’Église catholique, après que toute sa famille eut, à un certain moment, adhéré à l’Église vaudoise. C’est pourquoi Ave conservera toute sa vie un amour particulier pour l’œcuménisme, sans jamais oublier de prier chaque jour pour l’unité des Églises.

Entre 1958 et 1960, elle vécut une intense expérience en Amérique latine. Invitée à San Salvador dans le cadre d’un échange culturel, elle s’y imposa rapidement. Elle enseigna la sculpture à l’Académie des Beaux-Arts, reçut plusieurs distinctions, participa à la création de la première galerie permanente d’art contemporain du pays et réalisa des œuvres importantes, parmi lesquelles une monumentale statue de saint Ignace. Son succès professionnel fut considérable, mais plus importante encore fut la maturation de sa vocation. Son engagement chrétien continua de guider chacun de ses choix et, au cours du voyage de retour en Italie, faisant halte aux sanctuaires de Guadalupe, Lourdes et Montserrat, elle prit la décision de consacrer totalement sa vie à Dieu au sein du focolare, une aventure qui commença en mai 1961.

Répondant à l’invitation de Chiara Lubich, fondatrice des Focolari, à ne pas abandonner l’art ni la sculpture, mais à les mettre pleinement au service de Dieu, elle sentit naître en elle le désir de ne plus créer seule, mais de travailler en communion avec d’autres artistes partageant le même chemin spirituel. C’est ainsi qu’avec la sculptrice Tecla Rantucci et la peintre Marika Tassi, elle fonda le Centre Ave, premier atelier ainsi nommé par Chiara Lubich afin que chaque œuvre soit vécue comme un don à Marie. C’est à ce moment-là que Silvana prit le nom d’Ave, dans sa vie comme dans son art. L’atelier s’installa d’abord dans un simple garage à Rome, puis déménagea à Grottaferrata, près de la capitale, avant de s’établir à Loppiano, près de Florence.

Sous sa direction, le Centre Ave devint au fil des années un important laboratoire international d’art sacré. Il donna naissance à des œuvres devenues emblématiques dans de nombreux milieux ecclésiaux, telles que Le Bel Accueil, Notre-Dame du Bon Chemin, Notre-Dame des Neiges, ainsi que de nombreuses représentations du Christ et de la Vierge diffusées dans le monde entier. Parallèlement, des projets d’architecture et d’aménagement liturgique furent développés, conduisant à la réalisation d’églises, de centres paroissiaux et d’importantes opérations de rénovation d’édifices religieux.

Le Centre Ave acquit un style clairement reconnu tant par la critique que par l’Église, où l’architecture épouse la sculpture et se laisse envelopper par la lumière colorée des vitraux, dans un équilibre parfait entre les arts. Et Ave demeurait toujours la première et l’infatigable gardienne de cette expérience d’unité, fondée sur l’engagement de chacune à laisser vivre le Maître, Dieu, au milieu d’elles, précisément à travers cette dimension communautaire.

« Que cette soif de beauté que ressent le monde s’étende partout, affirma Chiara Lubich en 1961 en parlant de cette réalité. Qu’elle suscite de grands artistes, mais qu’elle forme aussi de grandes âmes qui, par leur rayonnement, puissent conduire les hommes vers le plus beau des enfants des hommes : Jésus ! »

Cette vision trouva l’une de ses expressions les plus accomplies dans le Sanctuaire Maria Theotokos de Loppiano, où l’on retrouve sa contribution particulière, qu’elle considérait elle-même comme l’aboutissement de toute une vie artistique et spirituelle. Ceux qui l’ont accompagnée dans ses derniers jours racontent que le seul fait d’entendre prononcer le nom de ce sanctuaire illuminait son visage.

À côté de sa créativité, les nombreuses personnes qui ont travaillé avec elle au fil des années retiennent surtout sa capacité à mettre les autres en valeur. Ave savait reconnaître le bien caché en chacun et l’encourager à grandir. Pour plusieurs générations d’artistes, elle fut une maîtresse non seulement de technique, mais surtout de regard : un regard capable de découvrir la beauté jusque dans les réalités les plus simples et les plus quotidiennes.

En 1999, elle contribua également, avec Michel Pochet et Liliana Cosi, à la naissance de la Commission centrale de l’Inondation de l’Art, une magnifique expression forgée par Chiara Lubich pour décrire l’impact de la spiritualité de l’unité sur la culture artistique contemporaine, initiative qui s’est aujourd’hui développée en un réseau mondial d’artistes vivant et itinérant.

Avec son départ, Ave Cerquetti laisse un héritage vivant fait d’œuvres, de communautés artistiques et de relations humaines. Une vie entièrement consacrée à traduire, dans le langage de la matière, de la forme et de la lumière, cette parole de l’Évangile devenue son programme de vie :
« Aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu. Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. » (1 Jn 4, 7)

Par la rédaction

Photo © Centro Ave/Archivio Loppiano

Chiara Lubich : « Sais-tu où nous sommes ? »

Chiara Lubich : « Sais-tu où nous sommes ? »

« Voici en synthèse le compte-rendu de l’événement (du 16 juillet) qui nous est offert. A la proposition d’Igino Giordani (Foco) de se « lier étroitement » à elle (Chiara Lubich) pour suivre de plus près Jésus – comme sainte Catherine avec ses disciples – Chiara se sent poussée à lui proposer un « pacte », pour être fidèle à la logique évangélique selon laquelle il avait appris à conformer sa vie [1]:

« Tu connais ma vie : je ne suis rien. Je veux vivre, en effet, comme Jésus Abandonné, qui s’est totalement anéanti. Toi aussi tu n’es rien, car tu vis comme moi. »
« Eh bien, demain nous nous rendrons à l’église et, quand Jésus eucharistie viendra dans mon cœur, comme en un calice vide, je lui dirai : “Sur le néant que je suis, fais toi-même un pacte d’unité avec Jésus eucharistie dans le cœur de Foco. Et fais en sorte, Jésus, que s’établisse entre nous le lien que tu veux” […] Et toi, Foco, agis de même. »
(v. 24 et 25 du texte de Chiara Lubich, publié dans “Paradiso 49”, Città Nuova, Rome 2026).

Le récit est sobre et extrêmement simple. Ce qui advient par un don de Dieu une fois le pacte réalisé et dont Chiara témoigne, va bien au-delà de toute attente. Et, sous cette forme, il est aussi inédit dans l’histoire de l’expérience chrétienne.

On peut chercher à en saisir la teneur à partir de ce qu’en raconte Chiara tout d’abord à Foco pour lui expliquer ce qui lui est arrivé. « Sais-tu où nous sommes ? » C’est par cette question qu’elle commence, l’invitant à ouvrir avec elle les yeux de l’âme sur la scène qui s’est offerte avec le pacte. Et l’on comprend que le pacte a posé les conditions pour qu’advienne une grâce de Dieu : la perception mystique de la présence de Jésus survenue dans le fait d’être rendus « un » – unité réalisée en Lui et par Lui, par la Parole vécue et par l’Eucharistie – de Chiara et Foco (et aussitôt étendue à ceux qui furent associés au pacte).
Il en va ainsi pour chacun d’eux. Certes l’identification à Jésus que Chiara expérimente exprime la grâce extraordinaire commune à toutes les authentiques expériences mystiques attestées tout au long de l’histoire de l’Église. Mais ce qui apparaît dans l’expérience ici décrite c’est que tout advient pour Chiara dans l’unité en et avec Jésus vécue avec Foco et, peu à peu, avec les autres personnes auxquelles cette expérience est communiquée. Si bien qu’ils en sont rendus participants.

Piero Coda
(Extrait de P. Coda, «Per una lettura teologica» in Paradiso ’49, (Opere di Chiara Lubich 2),a cura di Piero Coda – Alba Sgariglia, Paradiso ’49, Chiara Lubich, Roma 2026, pp. 19-20.)
Photo : Baita Paradiso. Maison située à Tonadico, en Italie, où Chiara Lubich et certaines de ses premières compagnes ont séjourné pendant la période connue sous le nom de « Paradiso ’49 ». © Jesús María Zamora


[1] Nous nous trouvons face à une spécificité de l’expérience chrétienne développée par le charisme de l’unité : le « pacte ». Quelle qu’en soit l’origine dans la pensée et la pratique de Chiara, il est évident que la dynamique de « faire le pacte » implique une décision commune de fonder la propre existence en Dieu et d’accomplir ensemble sa volonté. Le pacte posé entre ceux qui le vivent exprime donc le pacte, l’alliance, que Dieu lui-même a passée avec son peuple dans l’ancien Testament et qu’il a renouvelé en Jésus « une fois pour toutes ». Nous sommes donc en présence d’un « élément fondamental » de l’expérience de la Révélation. « Auparavant – écrit Chiara en note – nous avions vécu d’autres pactes, comme celui de l’amour réciproque. Le résultat de ce dernier avait été un saut de qualité dans notre vie, qui nous avait fait faire l’expérience de la présence de Jésus au milieu de nous, avec les dons de l’Esprit qu’Il apporte : la paix, la joie, la lumière, la force. Le pacte de miséricorde en outre – ainsi appelions-nous le pacte par lequel nous, focolarines, nous nous engagions à nous voir nouvelles chaque jour, sans plus nous rappeler les défauts de l’autre, comme si nous nous rencontrions pour la première fois –, nous avait aidées à perfectionner notre amour réciproque » (note 30). Le pacte d’unité, suscité par la demande de Foco et vécu selon la modalité décrite par Chiara, engendre un autre « saut qualitatif » décisif – dans la logique, pourrait-on dire, du développement du charisme de l’unité comme don de Dieu : celui d’être identifié à Jésus, et de se retrouver dans le sein du Père.

60e anniversaire du Mouvement des Focolari en Asie et en Océanie

60e anniversaire du Mouvement des Focolari en Asie et en Océanie

En 2026, on célèbre le 60e anniversaire de l’arrivée de l’Idéal de l’unité du Mouvement des Focolari en Asie et en Océanie. C’était le 22 février 1966 que cinq focolarines et focolarini sont arrivés à Manille, envoyés par Chiara Lubich – la fondatrice du Mouvement des Focolari – en réponse à la demande de l’Archevêque de Manille, le cardinal Rufino Santos. Giovanna Vernuccio, Silvio Daneo, Guido Mirti, Ednara Tabosa et Magdalena Brandão étaient les premiers acteurs de l’aventure des Focolari en Asie, et bien au-delà. De Manille, les voyages se sont enchaînés vers le Japon, la Corée, Hong Kong, Taïwan, l’Inde, le Pakistan, la Thaïlande, le Cambodge, le Vietnam, jusqu’en Australie.

Le Mouvement des Focolari s’est ainsi répandu sur le continent asiatique, apportant à ceux qu’il rencontrait l’esprit d’unité qui le caractérise, malgré l’énorme diversité de cultures, de religions et de langues. Ce parcours a ouvert la voie au dialogue œcuménique et interreligieux qui se poursuit encore aujourd’hui.

Pour commémorer cet anniversaire, des événements ont été organisés dans différentes régions d’Asie. Parmi ceux-ci, citons celui organisé par la communauté de Manille et de la Cittadella Pace de Tagaytay du 12 au 14 juin 2026. Le programme s’est concentré sur les origines du Mouvement en Asie et sur son expansion à travers tout le continent dans un partage de témoignages ; un atelier était organisé sur l’immersion dans la réalité du Mouvement dans le monde ; une prière solennelle pour la paix a été prononcée. Le dernier jour, à la Cittadella Pace, 700 participants, dont certains venus de pays voisins, ont participé à la messe. Une atmosphère joyeuse et familiale a imprégné l’événement avec une profonde gratitude envers les pionniers. L’actuel Archevêque métropolitain de Manille, le Cardinal Jose Fuerte Advincula, le Nonce Apostolique, l’Archevêque Charles John Brown, les Évêques Roberto Mallari, Mel Rey Uy, Reynaldo Evangelista, Guillermo Afable, Gerardo Alminaza, l’Ambassadeur d’Italie aux Philippines Davide Giglio et l’Évêque Joel Polares de l’Iglesia Filipina Independiente (l’Église Chrétienne Nationale Indépendante), ainsi qu’une trentaine de prêtres, ont pris part à l’événement, aux côtés de nombreux amis issus d’autres Églises et de diverses religions, et d’une forte présence de jeunes. L’ambassadeur d’Italie a déclaré s’être senti complètement revigoré par cette célébration, suggérant de la renouveler chaque année.

Parmi les impressions les plus marquantes : « Le 60e anniversaire a été pour moi la célébration de toute personne ayant fait un choix clair pour Dieu dans sa vie en suivant Chiara Lubich. Le « oui » de chacun a engendré d’innombrables « oui » qui m’ont conduit là où je suis aujourd’hui ». disait Suzette, Kreng ajoute : « Avec une profonde gratitude envers Dieu et envers vous tous, je pars encore plus convaincu, animé par la passion de faire en sorte que « tous soient un » devienne une réalité pour tous » !

« La célébration a été comme une goutte de divin dans un monde imbu de lui-même, une bouffée d’air frais à un moment où les vies sont étouffées par l’isolement et la division ; ce fut la tendre proximité de Dieu », affirme Floradel, tandis que Merlie ajoute : « La célébration du 60e anniversaire a été vraiment mémorable, émouvante et significative. Elle a également marqué un nouvel engagement et un nouvel espoir ».

Lorenzo Russo

Évangile vécu : de la semence au fruit

Évangile vécu : de la semence au fruit

L’appel

J’avais 16 ans lorsque j’ai commencé à vivre les paroles de Jésus : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même… Chaque fois que vous l’avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »
J’ai commencé par ceux qui étaient près de moi : céder ma place à quelqu’un qui n’en avait pas, refaire le lit des jeunes filles avec qui je partageais ma chambre, prendre le temps d’écouter quelqu’un… et cela aussi dans ma famille, où cela pouvait s’avérer plus difficile. La joie grandissait en moi et bien des questions trouvaient leur réponse. Lorsque quelques amies ont voulu comprendre la raison de ce changement, je leur ai proposé, à elles aussi, de vivre l’aventure consistant à aimer tout le monde, sans distinction. Nous avons alors commencé à mettre en commun le peu de biens que nous possédions, notre temps et nos talents, en cherchant à venir en aide aux plus pauvres. En particulier, nous nous engagions à recueillir des fonds pour la construction d’un hôpital et d’une école au Cameroun. Cela nous semblait juste, en pensant à la grande dette que l’Occident a envers l’Afrique. Cette vie pleine, belle, consacrée à Dieu et à nos frères, m’a préparée à entendre plus tard s’adresser aussi à moi ces autres paroles de Jésus : « Viens et suis-moi. »

(Aurea – Italie)

Dieu est-il jaloux ?

Je savais que la Bible parle d’un Dieu jaloux lorsque, dans le livre de l’Exode, elle raconte comment son peuple se tournait vers les idoles. Mais il m’est arrivé, moi aussi, de faire à petite échelle une expérience semblable.
Je traversais une période où Dieu n’était plus vraiment au centre de ma vie. J’étais absorbé par une multitude d’occupations et d’activités diverses et, je l’avoue, je l’avais négligé.
Puis, un jour, je me suis retrouvé cloué au lit par de violentes douleurs dans le dos. Je ne pouvais plus faire le moindre mouvement sans ressentir une douleur aiguë, et cela a duré plusieurs jours à cause d’une sciatique qui, partant du dos, parcourait toute ma jambe.
Dans ces moments difficiles, je me suis souvenu de Jésus crucifié et abandonné, qui avait certainement souffert bien davantage que moi. Je l’ai reconnu dans cette épreuve et j’ai compris que c’était aussi une manière pour lui de m’attirer à nouveau vers lui. Il était jaloux : il me voulait près de lui. Lui avait toujours été avec moi, comme il est toujours avec chacun de nous. C’était plutôt moi qui ne demeurais plus avec lui.
Cette expérience m’a permis de me remettre debout, non seulement physiquement, mais aussi de relever mon âme.

(F. – Belgique)

Une entreprise de l’Économie de Communion

Je suis tellement convaincu de l’amour de Dieu que je voudrais partager cette certitude avec le plus grand nombre possible de personnes.
C’est ainsi que sont nés, dans mon village et dans les vallées voisines, des groupes où nous nous entraidons pour vivre la Parole de l’Évangile.
Mais ce n’est pas tout. Grâce à mes sacrifices et à ceux de quelques amis, j’ai créé une exploitation agricole qui adhère à l’Économie de Communion (EdC), un modèle entrepreneurial et social présent dans le monde entier. Une partie des bénéfices est destinée à aider les personnes dans le besoin et à créer pour elles de nouveaux emplois ; une autre sert à développer l’entreprise, à améliorer la qualité des produits et à garantir sa pérennité sur le marché ; enfin, une troisième est consacrée à la formation de personnes appelées à promouvoir une nouvelle manière de concevoir l’économie, fondée sur la fraternité et la solidarité.
Que de fois, au cours de ces années, j’ai fait l’expérience de la Providence de Dieu ! Par exemple, lorsque la récolte de courgettes augmentait de façon inattendue, ou lorsque des acheteurs m’offraient davantage que le prix que j’avais prévu de demander…
Mais surtout, en travaillant ainsi, je sens Dieu plus proche de moi, et cela m’encourage à poursuivre sur ce chemin.

(L.F. – Italie)

Par Maria Grazia Berretta

Extrait de L’évangile du jour, Città Nuova, année XII – n° 4 – juillet-aout 2026)

Photo © Elisemertens89 – Kevin120415 – Hans – Pixabay

Les 60 ans du Mouvement Gen

Les 60 ans du Mouvement Gen

« Jeunes du monde entier, unissez-vous » : tel est l’appel que Chiara Lubich a lancé il y a 60 ans aux nouvelles générations afin que chacun puisse répondre à l’appel de Dieu à vivre concrètement pour l’unité. Aujourd’hui, cette mission reste d’actualité et, en ces temps extrêmement déchirés, elle continue d’être un chemin, souvent à contre-courant, qui ne veut pas laisser la haine et les divisions avoir le dernier mot ; un chemin en famille, fait d’espérance et d’actions, qui porte en lui le désir toujours vivant d’un monde uni.

What’s UP? C’est parti !

What’s UP? C’est parti !

Un nouvel espace d’information directe et informelle. Un rendez-vous pour échanger des nouvelles, des histoires et des initiatives, afin de découvrir ce qui se passe au Centre international et dans les différentes régions du monde, et renforcer l’esprit de communauté.

Dans ce premier épisode, nous commençons par le Centre international (à Rocca di Papa, Rome), cœur du gouvernement du Mouvement des Focolari. Après quelques anecdotes, nous ferons plus ample connaissance avec différents Conseillers qui, à l’issue de l’Assemblée Générale de mars 2026, ont achevé leur mandat.

C’est parti !

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Accueillir la sagesse

Accueillir la sagesse

Si nous prêtons attention au monde qui nous entoure, nous nous rendons compte que c’est souvent le brouhaha des opinions qui prévaut. Chacun souhaite donner son avis et les espaces de débat se multiplient, où il semble que tout le monde sache tout. Mais on n’y trouve pas toujours une véritable sagesse ; au contraire, on risque parfois d’encourager la superficialité, l’ignorance et un appauvrissement culturel progressif.

Face à ce tableau, qu’est-ce qui mérite vraiment d’être écouté ? Il y a des mots et des Mots. Qu’est-ce qui les distingue ? Nous pouvons appeler « Mots », avec un M majuscule, ceux — écrits ou prononcés — qui, une fois accueillis, ont le pouvoir de nous transformer. Ce sont des paroles qui expriment la sagesse, car elles offrent une clé de lecture de l’existence humaine, du désir de transcendance et des relations qui lient les êtres humains entre eux et avec la nature. Comme l’écrit Rabindranath Tagore, poète, philosophe et écrivain indien : « Les mots touchent le cœur lorsqu’ils sortent du cœur. »

Les Mots, la Parole, n’appartiennent ni à une époque, ni à un lieu particulier, ni à une religion. Xavier Melloni, anthropologue, théologien et phénoménologue de la religion, observe que, pour certains, la Parole est inspirée par l’Esprit Saint, tandis que, pour d’autres, elle est le fruit de l’illumination de la conscience.
Mais comment reconnaître quand nous nous trouvons face à la Parole ?

« Nous pouvons dire que la Parole est ce qui nous rend capables de nous ouvrir aux autres, de nous donner et de nous attarder dans le silence, en allant au-delà de nous-mêmes vers une profondeur toujours plus grande. La parole authentique est vitale et engendre la vie [2]. »C’est ainsi que la Parole, comprise au sens large, nous libère des contraintes auxquelles nous sommes soumis ; elle ne dépend pas d’intérêts cachés, elle n’est pas coercitive, mais elle devient idolâtrie lorsqu’elle cesse d’être emplie de sagesse.

Pourtant, la Parole ne résonne pas toujours de la même manière en nous, même lorsqu’elle est exprimée avec les mêmes mots. Son accueil est étroitement lié à l’étape de vie que nous traversons. La superficialité, les préoccupations abordées avec suffisance ou indifférence, sont des obstacles qui empêchent la Parole de porter ses fruits en nous et, à travers nous, chez les autres.

La Parole sage devient un point de repère solide sur le chemin de l’être humain. Tantôt elle nous apporte des réponses ; tantôt elle suscite de nouvelles questions ; elle nous permet de considérer les choses sous un angle différent et de nous ouvrir à des dimensions de la réalité que nous ne parvenions pas à percevoir auparavant ; elle nous rend libres et nous conduit à faire l’expérience de ce qui est véritablement essentiel pour notre existence. Seule la Parole authentique, la Parole sage, peut transformer notre façon de penser et d’agir. Accueillie et vécue, elle nous aide à donner plus de sens à notre existence, à vivre des relations plus profondes et à construire ensemble une société plus humaine et plus fraternelle.

Jordi raconte : « Chaque rencontre avec la Parole est personnelle et intime. Ma rencontre avec la Parole est survenue après des années consacrées au travail et à la technologie. La lecture d’ouvrages dans divers domaines – biographies, romans, philosophie, etc. – a réveillé en moi la quête de la sagesse pour donner un sens aux grandes questions de la vie, soutenir mon existence et comprendre pourquoi la Parole se manifeste sous des formes si diverses et apparemment contradictoires. Au cours de ce cheminement, j’ai découvert la sagesse de Chiara Lubich, exprimée dans une relecture nouvelle et vivante de l’Évangile et attestée par un style de vie inspirant. Malgré son caractère confessionnel, cette sagesse s’est révélée capable d’entrer en résonance avec des personnes qui, comme moi, n’ont pas de convictions religieuses, et de les impliquer sur le chemin de la fraternité. »

Ce mois-ci, nourrissons-nous de Paroles sages, faisons-les nôtres et transformons-les en vie. Et si l’occasion se présente, partageons les fruits qu’elles engendrent avec ceux qui, comme nous, sont en chemin. Ainsi, nous construirons ensemble une coexistence plus humaine et riche de sens.

Photo © James Oladujoye – Pixabay

[1] Cette réflexion s’inspire de l’intervention de Jordi Illa lors du Congrès international organisé en 2013 par le Centre pour le dialogue avec les personnes ayant des convictions non religieuses, intitulé « La Parole ».

[2]Xavier Melloni, Vers un temps de síntesi, Fragmenta Editorial, Barcelona, 2011, p. 55.

L’IDÉE DU MOIS est actuellement réalisée par le « Centre pour le dialogue avec les personnes de croyance non religieuse » du Mouvement des Focolari. Il s’agit d’une initiative née en 2014 en Uruguay pour partager avec des amis non croyants les valeurs de la Parole de Vie, c’est-à-dire la phrase de l’Écriture que les membres du Mouvement s’engagent à mettre en œuvre dans la vie quotidienne. Attualmente L’IDEA DEL MESE viene tradotta in 12 lingue e distribuita in più di 25 paesi, con adattamenti del testo alle diverse sensibilità culturali.
dialogue4unity.focolare.org

« Celui qui a été ensemencé dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et qui comprend : alors, il porte du fruit et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente » (Matthieu 13, 23).

« Celui qui a été ensemencé dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et qui comprend : alors, il porte du fruit et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente » (Matthieu 13, 23).

Jésus, après avoir parlé en paraboles à une grande foule au bord du lac de Tibériade, s’adresse à ses disciples et leur explique la signification profonde de ses paroles.

Le sujet du récit est la parole de Dieu, comparée à une petite graine fragile. Les pierres, les épines, les oiseaux peuvent l’empêcher de germer, de prendre racine, de produire des épis mûrs, mais le semeur avisé connaît sa surprenante vitalité.

À travers ces images, Jésus révèle la relation entre l’homme et la Parole que Dieu offre en abondance, mais il y a ceux qui l’accueillent et ceux qui, pour diverses raisons, la laissent tomber sans qu’elle porte de fruits. Dans le cœur humain, en effet, la superficialité et les préoccupations matérielles excessives menacent le miracle de la vie surnaturelle, que Dieu lui-même désire allumer dans ses créatures.

Comme les disciples, nous sommes invités par Jésus à entrer dans le mystère humble de l’amour de Dieu et, en même temps, nous sommes interpellés personnellement sur un point décisif : quel « terrain » voulons-nous être ?

« Celui qui a été ensemencé dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et qui comprend : alors, il porte du fruit et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. »

Écouter et comprendre : tel semble être le secret qui fait de nous un terrain fertile, où la graine de la Parole peut exprimer sa force et porter de bons fruits.

La disponibilité à l’écoute est précieuse : c’est l’espace spirituel qui permet de faire place à la vie de Dieu, qui nous précède toujours avec sa miséricorde, avec la patience du travailleur qui connaît et respecte les temps de maturation.

Les paroles de Dieu, comme l’écrit Chiara Lubich, « illuminent intérieurement non seulement l’esprit, mais l’être tout entier, car elles sont lumière, amour et vie. Elles donnent la paix que Jésus appelle « ma paix « , même dans les moments de trouble et d’angoisse. Elles donnent une joie pleine, même au milieu de la douleur qui parfois serre l’âme. Elles donnent surtout de la force lorsque le désarroi ou le découragement surviennent. Elles rendent libres parce qu’elles ouvrent la voie de la Vérité. […] En nous aussi doit naître un amour passionné pour la parole de Dieu : nous l’accueillons avec attention lorsqu’elle nous est proclamée dans les églises, nous la lisons, nous l’étudions, nous la méditons…Mais surtout, nous sommes appelés à la vivre. En vivant une parole de Jésus, nous vivons tout l’Évangile, car dans chacune de ses Paroles, Il se donne tout entier, Il vient lui-même vivre en nous et remplace notre façon de penser, de vouloir, d’agir dans toutes les circonstances de la vie » [1].

« Celui qui a été ensemencé dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et qui comprend : alors, il porte du fruit et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. »

Wambil, du Mexique, nous raconte : « Il fut un temps où je me sentais pris au piège dans un trou profond. J’étais dans une relation violente, j’essayais de m’échapper et de tout arranger par mes propres moyens. Influencé par les réseaux sociaux et les bavardages extérieurs, je poursuivais souvent des choses qui n’étaient pas guidées par Dieu. Malgré tous mes efforts, je me sentais toujours vide et sans but. Je savais que l’amour est un langage universel. Lorsque j’ai commencé à faire du bénévolat, j’ai commencé à me réaliser et cela ne pouvait venir que de Dieu. Avec le temps, j’ai découvert un endroit où écouter Sa Parole et grandir dans ma relation avec Lui. Je suis profondément reconnaissant. »

Même lorsque nous nous sentons comme une terre aride et rocailleuse, la Parole ellemême peut être efficace, comme le révèle le prophète Isaïe : « Car, comme la pluie et la neige descendent du ciel et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et fait germer, […] ainsi en sera-t-il de ma Parole sortie de ma bouche : elle ne reviendra pas à moi sans effet, sans avoir accompli ce que je désire et sans avoir accompli ce pour quoi je l’ai envoyée » (Is 55, 10-11).

Soutenus par cet espoir, dans une époque dominée par les peurs et les tensions, cultivons également la confiance dans les femmes et les hommes avec lesquels nous partageons notre vie. Croyons en leur capacité à porter de bons fruits, en créant des occasions d’écoute et de dialogue, pour marcher ensemble vers l’horizon de la fraternité.

D’après Letizia Magri et l’équipe de la Parole de vie


[1] C. Lubich, Parole de Vie Mars 2003,

Photo © Horacio30 – Pixabay

Un prix pour Run4Unity

Un prix pour Run4Unity


Chaque année, le premier dimanche de mai, à midi, dans tous les pays du monde, débute Run4Unity, le marathon mondial des Juniors pour l’Unité. C’est ainsi que, tandis que quelques dizaines de jeunes courent avec en toile de fond les pyramides égyptiennes, en Inde on remet les prix du relais qui vient de s’achever et qu’à Asunción, au Paraguay, on se prépare pour des épreuves d’athlétisme qui débuteront sous peu dans un grand parc de la ville. Des compétitions et des tournois placés sous le signe de la paix et de la solidarité qui commencent en Océanie et s’achèvent dans les Amériques, mobilisant, en l’espace de 24 heures, des milliers de jeunes, prêts à prendre le « départ » lorsque leur fuseau horaire indique midi. À cette heure-là, ils reçoivent le relais des pays du fuseau horaire précédent et, une heure plus tard, le transmettent aux pays du fuseau horaire suivant.

Une idée géniale et simple née en 2005 au sein de l’équipe du Centre international des Juniors pour l’Unité, en collaboration avec quelques GEN 3, après que Chiara Lubich, tout juste revenue d’un voyage en Inde, leur eut fait part de la magnifique expérience qu’elle avait vécue lorsqu’elle avait été invitée à participer à un grand rassemblement de jeunes du mouvement hindou Swandhyaya, très attachés au sport : « Peut-être que le sport pourrait être une voie pour les jeunes », avait déclaré Chiara.

Et le format de Run4unity s’est répandu en un clin d’œil, adapté localement en fonction des différents pays et des spécificités de chaque culture : le sport s’associe à des actions de dialogue interreligieux, de développement en faveur des plus démunis, de défense et de préservation de la nature, ainsi qu’à un engagement en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples.

En 2025, la DG EAC (Direction Générale de l’Éducation, de la Jeunesse, du Sport et de la Culture), une direction de la Commission européenne, en collaboration avec l’EACEA (Agence Exécutive Européenne pour l’Éducation et la Culture), qui gère les financements dans les domaines de l’éducation, de la culture, de l’audiovisuel, du sport, de la citoyenneté et du bénévolat, a lancé le #BeActive EU Sport Awards.

New Humanity, l’ONG du Mouvement des Focolari, a présenté le projet international et pluriannuel Run4Unity, qui a été sélectionné comme finaliste dans la catégorie « Paix ». « Il y a quelques semaines, nous avons appris que nous avions été sélectionnés parmi pas moins de 279 actions sportives présentées et que nous figurions donc parmi les 15 finalistes, à raison de 3 par catégorie », nous ont-ils communiqué. « La lettre d’information contenait une invitation, pour deux représentants de chaque projet, à se rendre à Bruxelles, le 23 juin 2026, à la cérémonie de remise des prix. Pour nous, ce sont Agostino Spolti (ancien coresponsable des Juniors pour l’Unité) et Elisabetta De Bernardi (une jeune de Turin qui a participé en tant que GEN 3, puis en tant que GEN 2, à plusieurs Run4Unity axés précisément sur la paix) qui s’y sont rendus… et… nous avons gagné ! ». Une reconnaissance de haut niveau pour cette initiative en cette année 2026 qui, 21 ans après la première édition de Run4Unity, a vu se dérouler dans le monde entier des courses de relais dans plus de 100 pays, réunissant des milliers d’adolescents, accompagnés de jeunes et d’adultes dans le cadre d’une relation intergénérationnelle enrichissante.

Le sport est un moyen de vivre l’inclusion, l’attention envers l’autre, le respect, une dynamique partagée et – comme on pouvait le lire dans l’avis de concours – c’est évidemment un moyen de promouvoir et de diffuser une culture de paix. « Nous avons gagné – ajoute Agostino Spolti – parce que Run4Unity réunit précisément ces éléments : le sport, le passage de relais entre différents pays, le sentiment d’appartenir à une seule famille humaine, le Time Out qui invite à se recueillir pour la paix, soit autant d’aspects qui revêtent une grande valeur éducative ».

Carlos Mana

Photo © Agostino Spolti