Mouvement des Focolari
Pour dire MERCI

Pour dire MERCI

Une nouvelle vidéo du Gen Verde dédiée à Chiara Lubich Ce n’est ni évident ni superficiel. Dire merci à quelqu’un est à la fois simple et profond. C’est dans ce but que le Gen Verde a publié sur YouTube la nouvelle vidéo de la chanson « Che siano uno » (Qu’ils soient un). Une chanson dédiée à Chiara Lubich et à son idéal, la fraternité universelle. Une vidéo qui veut la rappeler en cette année où nous célébrons le centenaire de sa naissance. Adriana du Mexique dit: « Avec cette vidéo, nous ne voulons pas célébrer ou nous souvenir de Chiara Lubich comme on le fait en famille en feuilletant les albums qui racontent les événements et les récits importants ; aujourd’hui plus que jamais, il est essentiel pour nous que beaucoup de personnes puissent la rencontrer dans l’actualité de la société, dans cet idéal qui est le sien et le nôtre, idéal qui s’est incarné dans les différentes sphères de la vie civile, religieuse et politique. Nous la rappelons parce que c’est elle qui a donné naissance au Gen Verde, c’est elle qui l’a guidé dans ses premiers pas, c’est elle qui a donné les premiers instruments d’où tout a commencé ! Un bon nombre d’entre nous ont été fascinées par ses gestes, ses paroles et sa vie ; nous estimons aujourd’hui que nous devons être les témoins authentiques et crédibles de son message ». Cet idéal fort, né sous les bombes de la Seconde Guerre mondiale, est encore plus actuel aujourd’hui, où la télévision et les réseaux sociaux nous relatent des vagues de racisme et de discrimination. Si l’urgence du covid-19 est discrètement affrontée sur certains continents, il est également vrai que dans d’autres, le fossé s’est creusé entre les riches et les pauvres, les noirs et les blancs, entre les personnes qui peuvent bénéficier des soins médicaux indispensables pour survivre et ceux qui tombent comme des quilles au milieu de la rue. « Nous sommes pleinement convaincues que la fraternité universelle – explique Béatrice de Corée – est possible et n’est pas une utopie ; c’est ce que nous vivons tous les jours et nous essayons de transformer nos expériences en musique. Il s’agit souvent de poser des gestes simples, qui ne vont pas de soi mais qui font tomber les préjugés ou les barrières culturelles ». C’est ce qu’a fait Chiara Lubich depuis 1943, année de la fondation du mouvement des Focolari. Pas à pas, avec constance et ténacité, avec ses amis, elle a construit des relations nouvelles, profondes et même révolutionnaires, en commençant dans sa ville d’origine (Trente, Italie) puis dans le monde entier. Le Gen Verde a capturé dans la vidéo d’importantes photos : Chiara avec des juifs, des sikhs, des hindous, des musulmans et aussi des hautes personnalités de deux tribus du Cameroun. Des images qui relatent des moments historiques qui resteront à jamais dans l’histoire de l’humanité. « Certes, le plus grand merci que nous puissions exprimer à Chiara – explique Nancy des États-Unis – est de vivre pour son idéal ; par cette vidéo, nous voulons vraiment lui dire un immense merci ; c’est elle qui nous a fait naître, sans elle le Gen Verde n’existerait pas. Pour visionner la vidéo, cliquez ici : https://youtu.be/A3xuaqtkOj8

Tiziana Nicastro

« Sans les personnes âgées, il n’y a pas de futur »

Maria Voce fait aussi partie des signataires de l’appel lancé par la Communauté de Saint Égide pour ré-humaniser nos sociétés. L’invitation à le diffuser et à le signer pour requérir l’attention de tous sur les graves conditions des personnes âgées suite au désastre provoqué par la pandémie. Non à des soins de santé sélectifs, non à la « culture du rejet », non à toute expropriation des droits de l’individu ; oui au contraire, à la parité du traitement et au droit universel des soins de santé. «Que la valeur de la vie soit égale pour tous. Celui qui déprécie cette faible et fragile personne âgée, se prépare à les dévaloriser toutes ». C’est une culture de la vie sans ristournes que l’appel international « Sans les personnes âgées, il n’y a pas de futur, pour ré-humaniser nos sociétés – Contre un système de santé sélectif » soutient et a relancé il y a quelques jours, le 15 juin dernier, à l’occasion de la Journée mondiale contre les abus sur les personnes âgées, que Saint Égide a célébré dans tous les pays où il est présent. Parmi les nombreuses excellentes adhésions, il y a celles de l’économiste des États-Unis, Jeffrey Sachs, l’écrivaine italo-britannique Simonetta Agnello Hornby, le philosophe allemand Jurgen Habermas, le sociologue espagnol  Manuel Castells et puis Stefania Giannini, directrice générale adjointe de l’UNESCO, en plus du fondateur de la Communauté de Saint Égide,  Andrea Riccardi, qui est aussi le premier signataire. La présidente des Focolari a également adhéré et signé, tout en invitant les communautés du mouvement dans le monde à faire de même afin de requérir l’attention, surtout de l’Europe, sur les conditions des personnes âgées. « Je partage ce qui est dénoncé dans l’appel et c’est-à-dire, l’émergence, face aux dramatiques conditions sanitaires que le Covid-19 a révélé, d’un dangereux modèle que promeut un système de santé sélectif qui en fait justifierait le choix de soigner les plus jeunes, en sacrifiant les personnes âgées. Une société sans les personnes âgées ne peut s’appeler d’une telle façon ; une société qui ne peut bénéficier de l’indispensable rapport intergénérationnel est une société pauvre, tronquée, incapable de se projeter et de réaliser un futur meilleur pour tous, inclusif, car fruit de diversités qui se rencontrent ». « L’appel – lit-on dans une note diffusée par la Communauté de Saint Égide – naît de l’amère constatation du nombre très élevé de victimes du Covid-19 parmi la population des personnes âgées, en particulier parmi les personnes présentes dans les instituts et dans les maisons de repos, et propose un changement radical de mentalité qui mène à de nouvelles initiatives sociales et sanitaires ». Un rapport de l’OMS révèle, déjà en 2018, que justement « dans les institutions les taux d’abus sont beaucoup plus élevés par rapport aux milieux communautaires » et incluent différentes maltraitances parmi lesquelles « des restrictions physiques, des privations de la dignité, des obligations d’exécutions de tâches quotidiennes, un approvisionnement pour l’assistance insuffisant, de la négligence et un abus émotionnel ». La situation s’est aggravée pendant la pandémie du Civid-19 en déterminant, comme on le sait, un taux très élevé de victimes au sein des institutions, environ le double, par rapport aux personnes âgées vivant à la maison, selon les données que possède l’Institut supérieur des soins de santé. A cet effet, lors de la Journée mondiale contre les abus commis aux personnes âgées, le Mouvement des Focolari s’est uni à la Communauté de Saint Égide, pour le soutien à l’appel international et à la promotion d’une « révolte morale afin que l’on change de direction quant aux soins prodigués aux personnes âgées », en reproposant aussi aux administrations publiques et locales, la mise en œuvre d’un système qui privilégie les soins de santé à domicile et l’assistance pour la population âgée.

Stefania Tanesini

Signez  l’appel ici

#Daretocare, oser et en prendre soin

#Daretocare, oser et en prendre soin

  Elle débutera le 20 juin prochain, en direct au niveau mondial sur You Tube, #daretocare, la campagne des jeunes des Focolari pour « prendre en charge », assumer nos sociétés et la planète. Jesús Morán, coprésident des Focolari : « On a besoin d’un nouvel agenda éthique ; l’attention portée à la société et à la planète a une vocation politique prononcée et une forte dimension planétaire ». « #daretocare », à savoir « oser prendre soin ». Les jeunes du Mouvement des Focolari ont pris au sérieux les paroles du Pape François et de nombreux autres leaders civils et religieux de collaborer concrètement au soin à apporter à la Maison Commune. Par le biais de ce nouveau parcours, ils veulent donc être des citoyens actifs et intéressés par tout ce qui se passe dans le monde afin d’essayer de construire une partie de monde uni. « En ce temps de profonde crise humanitaire, à cause du coronavirus, est en train d’émerger une nouvelle vision – affirme Jesús Morán, coprésident du Mouvement des Focolari – c’est-à-dire la nécessité d’une nouvelle façon de se comporter, de vivre, une sorte de nouvel agenda éthique, comme le disent certains experts. Et dans ce contexte, une catégorie est en train de devenir centrale, et c’est celle du soin à apporter, du fait de prendre en charge, d’assumer, de s’occuper des autres, de la société, de la planète ». Oser porter son attention signifie donc être protagonistes dans la vie de tous les jours afin de résoudre des problèmes, entamer des dialogues pour une société meilleure, être attentifs à l’environnement, et aux personnes quelle que soit la couleur, la religion, la culture. Surtout aujourd’hui où le racisme ressurgit, où la liberté des hommes est mise à mal à cause des régimes totalitaires, où les armes et la guerre veulent imposer leur domination  sur la paix et entre les peuples. Le fait de «  prendre soin » fait partie d’une catégorie très ample, belle, aux multiples facettes – continue Morán -. L’éthique du fait de prendre soin a à voir avec la dignité de la personne,  cela est fondamental , c’est vraiment le cœur de cette attention ; il ne s’agit pas d’une chose intimiste, privée. Au contraire, cette attention a une vocation politique prononcée et une forte dimension planétaire même si elle n’oublie pas la dimension locale parce qu’après, c’est localement que nous prenons soin des autres, c’est justement dans les rapports personnels, dans le local. Mais cette dimension planétaire est importante ». Le Pape François en a parlé le 24 mai dernier lors du cinquième anniversaire de Laudato sii, en organisant une année spéciale de réflexion,  – jusqu’au 24 mai 2021 – afin d’attirer l’attention de tous sur le thème du soin à apporter à la création. Et par création, on comprend non seulement l’environnement qui nous entoure, mais aussi les personnes, la politique, l’aspect social… Chiara Lubich, la fondatrice des Focolari définissait la politique comme étant : «  l’amour des amours ». Le politicien est  celui qui est au service de sa population et, conclut Morán,   « aujourd’hui il y a plus que jamais besoin de ce type d’amour et la catégorie du soin à apporter l’exprime bien, c’est vraiment un concentré de cet amour dont nous sommes en train de parler. Alors la proposition des jeunes des Focolari est celle-ci : mettre l’attention au centre de la politique et de notre vie de citoyens ». Et donc, après un an consacré à des actions et des projets sur la paix, sur les droits de l’homme et sur la légalité, le 20 juin prochain, avec la campagne #daretocare, les jeunes des Focolari ajoutent une autre pièce au puzzle,  celle du « soin à apporter », développé et approfondi autour de cinq thématiques principales : l’écoute, le dialogue et la communication, l’égalité, la fraternité et le bien commun, la participation et le soin apporté à la planète. Et comment le faire ? En suivant la méthodologie typique des « pathways » (parcours pour un monde uni), les parcours qu’ils sont en train de parcourir pour la troisième année : apprendre, agir et partager. Alors : courage et oser. Rendez-vous le 20 juin prochain à 14 heures (Cest+2) avec un événement online mondial sur Youtube pour lancer cette grande idée #daretocare. Pour de plus amples informations, visitez le site de United World Project

                                                                                                                                Lorenzo Russo

Raviver nos relations

L’une des choses sur lesquelles cette période de pandémie a attiré notre attention est l’importance des liens qui composent le tissu social dans lequel chacun de nous est inséré, la qualité des relations qui nous unissent les uns aux autres. Ils sont l’antidote à la solitude, l’indigence et le découragement. L’écrit qui suit, de Chiara Lubich, est une invitation à les renforcer. (…) Il y a une page d’Evangile qui trouve en nous un écho tout particulier et nous indique comment faire. Jésus dit : « Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour […]. » « Ceci est mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres […] » (Jn 15,10-12). Tout se résume dans l’amour réciproque. (…) Comme dans une cheminée allumée il est nécessaire de remuer de temps à autre les braises à l’aide du tisonnier pour que la cendre ne les étouffe pas, de même, dans le grand brasier de notre Mouvement, il est nécessaire de raviver de temps à autre l’engagement de l’amour réciproque entre nous. Raviver nos relations pour qu’elles ne soient pas étouffées par les cendres de l’indifférence, de l’apathie, de l’égoïsme. (…) C’est ainsi que nous aimerons vraiment Dieu, que nous serons l’Idéal vivant ; que nous pourrons espérer que la charité ainsi vécue engendrera en nous des vertus solides qui, presque sans que nous nous en rendions compte, atteindront, avec la grâce de Dieu, la mesure de l’héroïsme. C’est ainsi que nous deviendrons saints. (…)

Chiara Lubich

(Conférence téléphonique, Rocca di Papa, 26 mai 1988) Extrait de : “Ravvivare i rapporti”, in: Chiara Lubich, Conversazioni in collegamento telefonico, p. 327. Città Nuova Ed. 2019.  

Ciao Mark

Un producteur cinématographique indépendant, un citoyen du monde, un passionné de cinéma, de télévision et…de fraternité universelle. Au cœur de la nuit italienne, à 11 heures du matin à Melbourne, l’ultime salut via streaming, à Mark Ruse, producteur de cinéma australien, mort après une très courte maladie à l’âge de 64 ans. Mark n’était pas seulement un producteur indépendant très estimé et aimé de tous dans le circus cinématographique et de la télévision australienne, mais il était un citoyen du monde, qui par le biais de son travail, mais surtout avec son humanité et sa simplicité, avait construit des liens authentiques et profonds avec de nombreuses personnes également hors du milieu cinématographique. Mark Ruse avait débuté la carrière en tant que producteur indépendant et les vingt dernières années, avec son associé, Stephen Luby, ils avaient fondé la Ruby Entertainment, qui a produit une quantité incroyable de films et de séries télévisées, surtout des comédies avec des prix, des reconnaissances, et des indices d’écoute parmi les plus hauts en Australie. Il avait aussi produit des films et des documentaires d’engagement social, liés à l’histoire parfois tragique de leurs terres comme Hoddle Street sur le massacre de 1987 à Melbourne qui lui a valu un important prix international. Mark, était cependant surtout une personne simple et gentille, passionnée par son travail, qui affrontait les difficultés – qui ne manquent pas pour un producteur indépendant – avec légèreté et une bonne dose d’humour. Nous nous étions connus il y a plus de 40 ans en Italie. On se retrouvait nombreux et de différents pays de l’Europe et du monde, sur les collines proches de Rome, et nous partagions ce que dans les années ‘70, Chiara Lubich nous proposait en particulier à nous, Gen, les jeunes des Focolari. Un idéal qui était pour différents motifs, révolutionnaire, qui avait en son centre une dimension spirituelle et personnelle très forte, mais en même temps, également communautaire et globale. La passion juvénile de tous les deux, (cinéma et télévision) allait devenir avec le temps, notre travail, le mien en tant que réalisateur de télévision, le sien en tant que producteur mais également le lieu de vie au sein duquel essayer de porter les idées et les convictions profondes que nous partagions. Au début des années deux mille, nous allions partager la naissance de NetOne, un grand réseau mondial de professionnels des différents milieux de la communication, des régisseurs, des producteurs, des scénaristes, des journalistes qui aujourd’hui comme alors, veut contribuer avec d’autres à une communication différente, que ce soit au niveau des rapports de production que dans le respect du public, le destinataire final de notre travail. Mark a été un infatigable constructeur de ce réseau. Chaque fois que nous nous voyions à Rome, ou à Melbourne, ou dans l’une ou l’autre partie du monde, le discours reprenait exactement là où nous l’avions laissé même s’il s’agissait de mois ou d’années avant. Jusqu’au message d’il y a à peine quelques mois, où il me confiait sa maladie : « Ce sera un voyage, je le sais, mais je veux le partager avec toi et avec tous ceux de NetOne. J’ai embrassé cette nouvelle étape de la vie avec amour ». Il s’en est allé en quelques mois et malgré une dernière conversation via Zoom, peu de jours avant sa mort, où il paraissait joyeux et toujours plein de projets pour le futur. « A la base de ma foi, il y a l’idée de vouloir aimer le prochain – disait-il. – Ce que nous faisons est quelque chose qui doit améliorer la société, enrichir réellement les personnes qui regarderont notre film, et cela est une autre manière de mettre de l’amour dans la société ». Le cinéma australien a perdu un brave producteur, nous du réseau de NetOne, un ami, un compagnon de voyage qui nous a quittés avec la légèreté de son sourire… « We’re crazy, we’re crazy people, but we need to feel part of a family ». C’est vraiment comme ça, Mark, vraiment ainsi.

                                                                                                                                 Marco Aleotti

Avec autorisation de Cittanuova.it

Coronavirus : surmonter la peur et multiplier les solidarités

Maria Voce, Présidente des Focolari, à  « L’Institut Interconfessionnel Elijah » de Jérusalem « Tout ce qui se passe dans la vie est conduit par l’Auteur de l’histoire qui est Dieu, et Dieu veut le bien des hommes […] Donc même s’il arrive parfois que la liberté des créatures ait des effets négatifs, Dieu est capable […] de faire  qu’il en ressorte un bien. » Selon Maria Voce, Présidente du Mouvement des Focolari, c’est le plus grand enseignement que la crise du coronavirus puisse offrir aux hommes. Dans un entretien avec le rabbin Alon Goshen-Gottstein, Directeur de « l’Elijah Interfaith Institute » de Jérusalem, la Présidente du Mouvement des Focolari parle également des avancées possibles que la pandémie peut apporter au monde. L’entretien fait partie du projet Coronaspection, une série d’entretiens vidéo avec des chefs religieux du monde entier, partageant sagesse et conseils spirituels alors que nous faisons face à une crise mondiale (vous pouvez voir ici la bande-annonce du projet, qui résume l’esprit du projet). «Il y a des valeurs qui viennent davantage en évidence en ce moment – dit Maria Voce -, comme la solidarité, l’égalité entre les hommes, le souci de l’environnement. Le monde sortira grandi de cette crise si nous savons surmonter les divisions liées aux préjugés, à la culture, pour voir en chacun un frère et une sœur appartenant à l’unique famille des enfants de Dieu. » Cette  certitude naît d’une profonde confiance en l’homme : « En chaque personne il y a toujours une étincelle de bien sur laquelle on peut bâtir; l’homme répond « parce que l’empreinte du bien est en  lui. » C’est la conviction intime que « Dieu est Amour et aime toutes ses créatures » qui suscite l’espoir. « En effet –  poursuit-elle –  il suffit de regarder autour de soi pour voir des exemples de solidarité. Les efforts des médecins et des infirmières qui essaient de redonner la confiance, le sourire, leur compassion envers les personnes qu’ils n’ont pas réussi à sauver, ont profondément touché les patients qui ont guéri. De plus, « dans notre Mouvement, de nombreuses personnes ont pu se mettre au service de leurs voisins pour leur apporter ce dont ils avaient besoin ; beaucoup d’enfants ont mis à  disposition leurs jouets, pour le réconfort de beaucoup d’autres enfants. » Au niveau des relations internationales – fait observer Maria Voce – « nous voyons des exemples de solidarité dans la participation de médecins et d’infirmières venus d’autres pays en Italie. […] Même au niveau de la réflexion économique, on est en train de tout faire pour que les pays ne pensent pas seulement à défendre leurs propres biens mais à intégrer dans leur propre vision celle des autres pays. » Des témoignages qui ne cachent pourtant pas les défis que la crise nous impose. « À côté des problèmes personnels –  dit-elle –  Il y a ceux qui sont liés à la conduite d’un mouvement international :  prendre des décisions qui impliquent des difficultés sur le plan économique mais aussi humain. À ce point,  j’ai compris qu’il me fallait faire appel à mes collaborateurs directs, pour que les décisions soient partagées, pour que l’intérêt des personnes l’emporte sur tous les autres intérêts. » « Même la peur – observe-t-elle – ne doit pas être niée, mais acceptée, en vue d’être surmontée : je dirais que nous devons apprendre à vivre avec la peur et en même temps ne pas nous laisser  paralyser par elle », en restant – à  l’exemple de Chiara Lubich – « ancrés dans le présent.» « Seul l’amour – a-t-elle conclu, en  citant la fondatrice du Mouvement des Focolari – chasse la peur, et il n’y a pas de peur là où il y a un amour authentique. Ainsi, augmenter l’amour diminue la peur, parce que l’amour nous aide à accomplir des actions que la peur chercherait, au contraire, à conditionner. » Pour voir l’interview complète, cliquez ici

                                                                                                      Claudia Di Lorenzi

   

Mariapolis en ligne aux Philippines

Mariapolis en ligne aux Philippines

« La nécessité aiguise l’appétit ». C’est dans le prolongement de ce dicton que la communauté des Focolari de la région métropolitaine de Manille (Philippines) a organisé la première Mariapolis en ligne les 14 et 15 mai. « Nous étions sur le précipice de la séparation. Nous étions bloqués, nous deux, seuls, nous avons compris que nous devions affronter nos problèmes, mettre de côté nos divergences et repartir de zéro. Merci pour tout votre amour ». Ce n’est là qu’un des nombreux commentaires que nous avons reçus des personnes qui se sont inscrites et qui ont participé via Zoom à la première Mariapolis en ligne, les 14 et 15 mai 2020 aux Philippines. La quarantaine inattendue communautaire à cause du Covid-19 nous a incités à chercher le moyen pour que notre peuple puisse se connecter et se nourrir de la spiritualité de l’unité. L’idée nous est venue à la suite de la diffusion en ligne de la messe pour un petit groupe de membres des Focolari qui s’est vite révélée être un rendez-vous quotidien pour environ deux mille personnes. Nous comprenions que si, d’une part, nous n’avions plus la possibilité de faire nos projets pour « fêter et rencontrer » Chiara à l’occasion de son centenaire, d’autre part, Dieu nous ouvrait cette voie pour le réaliser, même si ce n’est qu’en petits extraits ! L’enthousiasme des participants à la messe, exprimé par leurs messages sur le forum de Facebook, a montré clairement qu’il était possible de faire une expérience de Dieu en 30 minutes en ligne! Entre-temps, nous avons fait nos premières expériences avec Zoom, par exemple pendant la Semaine du Monde Uni et Run4Unity. Nous sentions que nous devions « aller » à la Mariapolis pour être avec et à côté de notre peuple en cette période si difficile. Cela n’aurait pas été simple : les « Mariapolites » étaient à la maison, avec les distractions et probablement en train de se débattre à gérer beaucoup de choses en même temps : surveiller les enfants, préparer les repas, accomplir les tâches ménagères, etc. La disparité des réseaux, dans un pays en développement comme le nôtre, constituent également un grand défi. C’est pourquoi le temps de connexion de notre Mariapolis ne pouvait durer que deux heures durant les deux jours. Nous avons également pensé à l’appeler autrement pour gérer les attentes des personnes. Mais à la fin, à l’unanimité, nous avons gardé le terme « Mariapolis », comme toutes les Mariapolis que nous avons vécues. Nous voulions aussi qu’elle ne soit pas un séminaire en ligne mais une vraie Mariapolis, une ville de Marie, car nous voulions avoir Marie parmi nous, être Elle, comme Chiara nous l’a enseigné, pour porter Jésus au milieu de notre peuple afin que cette expérience puisse éclairer leur expérience de la pandémie. Plus de 950 personnes ont été enregistrées, non seulement des diverses îles des Philippines, mais aussi de pays d’Asie, d’Amérique latine, du Canada, des États-Unis et de certains pays européens. Le programme en ligne, disponible en direct pour un nombre infini de participants, comprenait des chansons, des expériences liées à la situation actuelle de la pandémie, des apports spirituels et une heure de communion profonde en groupes. Un participant a a bien exprimé ce qu’a été cette Mariapolis : « C’était vraiment un signe concret de l’amour de Marie pour nous tous !  Elle est notre mère, elle connaît vraiment nos besoins personnels et ceux partagés. Par le thème choisi, les discours, les expériences et les chansons, Marie nous a nourri par une nourriture appropriée et de justes vitamines pour le corps et pour l’âme ».

Romeo Vital

Quel futur au Liban ?

Quel futur au Liban ?

Le pays des cèdres s’interroge sur les voies d’issues possibles de la grave crise politique, économique et sanitaire qui a explosé récemment. L’espérance ne meurt jamais dans une terre qui,  des vicissitudes, en a eues à n’en plus finir Avec la récente Semaine pour un Monde Uni, la communauté des Focolari libanaise a voulu s’interroger, jeunes et adultes, sur les perspectives difficiles d’une profonde perturbation qui tenaille le pays. Elles sont en effet nombreuses les crises qui s’additionnent : celle politique et sociale, commencée le 17 octobre dernier, avec la thaoura, la révolution du peuple, qui s’est déchaînée contre une classe dirigeante du pays, accusée de corruption et d’incapacité dans la gestion publique ; celle économique, qui a montré sa profondeur en mars dernier, lorsque le gouvernement a déclaré ne pas pouvoir rembourser sa dette d’1,2 milliards de dollars avec l’Union Européenne et ces dernières semaines, avec la chute de la lire libanaise qui, échangée il y a encore quelques mois à 1500 lire pour un dollar, aujourd’hui, voyage sur les 4000 et plus; et enfin, la crise sanitaire due au coronavirus, qui n’a pas eu une diffusion excessive (moins de mille contaminés pour moins de 30 morts) mais qui a tout de même amené le pays à une longue ségrégation, non encore terminée. A cause de  cette situation, les jeunes surtout semblent vouloir répondre à une vieille tradition du pays, c’est-à-dire s’expatrier par manque de perspectives. Il faut rappeler que pour 4 libanais qui habitent le territoire méridional, il y en a environ 12 dispersés dans le monde entier, tout comme ce qui arrive à tant de peuples proches en particulier les juifs, les palestiniens et les arméniens. L’émigration est particulièrement douloureuse pour les libanais qui disent (à juste titre) avoir un pays magnifique, riche en histoire et en beautés naturelles, carrefour méridional de tout type de trafics et de commerces, la patrie de Prix Nobel et de grands marchés, de cinéastes et d’écrivains, de saints et de scientifiques. Il faut également souligner combien la diaspora est une affaire douloureuse, étant donné l’incroyable attachement à la famille que les libanais manifestent à chaque occasion. Dans ce contexte, les Focolari locaux ont organisé un Webinar, auquel ont participé environ 300 personnes de différents pays, du Canada à l’Australie, de l’Espagne à l’Italie, portant comme titre explicite : « Construire un futur en vivant pour la fraternité ». Deux avocates, Mona Farah et Myriam Mehanna ont voulu présenter une des plus graves menaces qui se supportent au Liban, c’est-à-dire la dangereuse absence de certitude du droit. Le Liban, contemporainement, a de sérieuses capacités à trouver les solutions les plus adaptées à la complexité du panorama et possède une tradition très ancienne de capacités juridiques. On comprend dès lors le désir des jeunes de s’expatrier même si on rencontre aussi la volonté de beaucoup de rester afin de construire un Liban plus uni et plus fraternel, dans un contexte dans lequel existent 18 communautés confessionnelles, réunies par un système politique de « démocratie confessionnelle » unique au monde. Ont suivi d’une façon naturelle, les témoignages de deux couples encore jeunes qui, il y a une douzaine d’années, avaient décidé de rentrer au Liban, après quelques années d’expérience de travail à l’étranger, afin de contribuer à la reconstruction du pays après la guerre dite civile. C’est ainsi qu’Imad et Clara Moukarzel (qui travaillent dans le social et l’humanitaire) et Fady et Cinthia Tohme (tous deux médecins) ont témoigné que oui, il est possible de rester ou de retourner afin de ne pas céder un pays riche comme le Liban à des forces réactionnaires. Tony Ward, entrepreneur dans le domaine de la mode de haut niveau, a ensuite raconté sa décision de rentrer dans sa patrie il y a vingt ans, tout en travaillant dans un environnement naturellement mondialisé. Il a raconté comment, dans la crise du coronavirus, il a reconverti sa production pour quelques semaines, en préparation de draps de lit, de masques, et de combinaisons pour les hôpitaux libanais qui traitent des cas du coronavirus. De son côté, Tony Haroun, dentiste depuis plus de trente ans en France, a voulu raconter les difficultés des expatriés surtout culturels, mais a également souligné combien la disponibilité à écouter la voix de Dieu permette de surmonter toute sorte d’obstacles. Michele Zanzucchi également, journaliste et écrivain installé au Liban, a voulu mettre en évidence trois qualités du peuple libanais qui pourront être de grande aide dans la crise sanitaire actuelle : la résilience, c’est-à-dire la capacité à résister aux chocs sans que ceux-ci n’éclatent ; la subsidiarité, c’est-à-dire la capacité à substituer l’État lorsque celui -ci ne réussit pas à assurer les services essentiels ; et enfin la créativité , dont les libanais sont de grands estimateurs, en créant une infinité de projets humanitaires, économiques, commerciaux, politiques et ainsi de suite. Youmna Bouzamel, jeune modératrice du Webinar, a voulu souligner en conclusion combien le Liban semble vraiment fait pour accueillir le message de la fraternité, seule vraie possibilité qu’il a  entre les mains. Si Jean-Paul II avait défini le Liban pas tellement comme une « expression géographique » mais bien plutôt comme un « message », aujourd’hui ce message est avant tout une annonce de fraternité. De grands idéaux et du réalisme conjugués ensemble.

                                                                                                                              Pietro Parmense

Risquer sur sa Parole

L’Évangile est la Parole de Dieu en paroles humaines et c’est pour cette raison qu’il est une source de vie toujours nouvelle, même en ces temps de pandémie. Mais pour qu’elles soient libérées, les paroles de Jésus doivent être mises en pratique, traduites en actes concrets de foi, d’amour et d’espérance. (…) « Sur ta Parole, je jetterai les filets. » (Lc 5,5) Afin que Pierre puisse expérimenter la puissance de Dieu, Jésus lui a demandé la foi : de croire en lui et même de croire sur-le-champ à quelque chose d’humainement impossible, quelque chose d’absurde : pêcher le jour alors que la nuit avait été aussi infructueuse… Nous aussi, si nous désirons que la vie revienne, si nous désirons une pêche miraculeuse de bonheur, nous devons croire et affronter, au besoin, le risque de l’absurde que sa Parole comporte parfois. Nous le savons, la Parole de Dieu est Vie, mais cette vie on l’obtient en passant par la mort. Elle est gain, mais on l’obtient en perdant tout. Elle est croissance que l’on atteint en diminuant. Alors, comment dépasser cet état de fatigue spirituelle dans lequel nous pouvons nous trouver ? En affrontant le risque de sa Parole. Souvent influencés par la mentalité de ce monde dans lequel nous vivons, nous croyons que le bonheur consiste à posséder, à se faire valoir, à se plonger dans les distractions, à dominer les autres ou à satisfaire nos appétits en mangeant, buvant… Mais il n’en est pas ainsi. Essayons d’affronter le risque de rompre avec tout cela. Laissons notre moi courir le risque de la mort complète. Risquons, une fois, deux fois, dix fois par jour… Et le soir nous sentirons renaître avec douceur l’amour dans nos cœurs. Nous retrouverons cette union à Dieu que nous n’espérions plus, la lumière de ses inspirations que l’on ne peut confondre avec rien d’autre resplendira ; sa consolation, sa paix nous envahiront. Nous nous sentirons sous son regard de Père. Placés ainsi sous sa protection, la force, l’espérance et la confiance renaîtront en nous, avec la certitude que le « Saint Voyage » est possible ; (…) nous expérimenterons l’assurance que le monde peut vraiment être sien. Mais il faut risquer la mort, le néant, le détachement. C’est le prix à payer ! (…)

Chiara Lubich

(D’une conférence téléphonique, Rocca di Papa, 17 février 1983) Extrait de : “Rischiare sulla sua parola”, in Chiara Lubich, Conversazioni in collegamento telefonico, p. 108. Città Nuova Ed. 2019.

L’engagement des Focolari pour un monde libéré de toute forme de racisme

L’engagement des Focolari pour un monde libéré de toute forme de racisme

Après les événements de Minneapolis et les manifestations dans le monde, nous nous sentons impuissants et indignés mais nous continuons à croire et à travailler dans un esprit d’ouverture et de participation pour répondre aux attentes les plus profondes de notre époque.

Foto: Josh Hild (Pexels)

« Alors que nous avons encore sous les yeux les événements récents qui mettent une fois de plus en évidence la réalité haineuse de l’injustice raciale et de la violence, nous avons le cœur brisé. Nous nous sentons impuissants et indignés. Pourtant, nous continuons à espérer ». Ce sont là quelques-unes des premières expressions de la déclaration de la communauté des Focolari aux USA qui a exprimé son engagement en faveur d’une justice raciale à la suite des événements de Minneapolis et des protestations auxquelles nous assistons dans le monde entier. Cet engagement est partagé à l’échelle mondiale et nous le réaffirmons ici au nom de tous les membres du mouvement des Focolari dans le monde. Avec le Pape François et avec de nombreux dirigeants religieux et civils, nous affirmons également que « nous ne pouvons tolérer ou fermer les yeux sur aucune forme de racisme ou d’exclusion » et nous nous engageons à « soutenir les actions positives et justes les plus difficiles au lieu des torts faciles de l’indifférence », comme le prétendent les évêques américains. « Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ces atrocités tout en professant le respect de chaque vie humaine. Nous servons un Dieu d’amour, de miséricorde et de justice ». Dans un moment comme celui-ci, « le rêve de notre fondatrice, Chiara Lubich, de voir des pas réalisés dans la réalisation de la prière de Jésus au Père, « que tous soient un » (Jn 17, 21) semble lointain, presque hors de portée[1] ». Nous nous demandons ce que nous pouvons faire à la fois personnellement et au niveau communautaire. Quel changement devons-nous opérer en chacun de nous ? Comment pouvons-nous faire entendre notre voix dans le débat public pour soutenir ceux qui souffrent du racisme et au-delà ? « Notre objectif est de promouvoir un profond esprit d’ouverture et une participation dynamique dans nos communautés culturellement diverses et intergénérationnelles. Nous nous inspirons des paroles de Chiara Lubich : « Soyez une famille » [2] ». Nous croyons et nous continuons l’engagement à donner vie à des communautés locales authentiquement fondées sur la loi évangélique de la fraternité ; un principe et une action qui nous unissent aussi aux frères et aux sœurs de toutes les religions et à ceux qui ne se reconnaissent pas dans un credo précis. Nous voulons consacrer nos efforts en particulier aux plus jeunes qui peuvent ressentir une peur et une appréhension particulières pour leur avenir. Face à des clivages aussi profonds et enracinés, les projets et les initiatives que nous menons peuvent sembler petits ou inefficaces et il reste encore beaucoup à faire. Des projets tels que l’Économie de communion , le Mouvement politique pour l’unité (Mppu) et le Projet Monde Uni, la stratégie globale proposée par les jeunes du Mouvement des Focolari pour faire face aux défis mondiaux sur le terrain, peuvent sembler des gouttes d’eau dans la mer, mais nous sommes convaincus qu’ils contiennent des idées puissantes capables d’aider à répondre aux besoins les plus profonds de notre temps, étant épaulés par de nombreuses personnes, organisations et communautés qui constituent ce réseau invisible capable de sauver l’humanité.

Stefania Tanesini

[1] Statement of U.S. Focolare Movement: our commitment to racial justice – https://www.focolare.org/usa/files/2020/06/Focolare-Statement-on-Racial-Justice.pdf [2] Ibid.

En dialogue avec croyants et les personnes de convictions non religieuses – 2ème PARTIE

 La vocation universelle du mouvement des Focolari consiste à construire la fraternité universelle sans distinction de race, de religion, de conditions économiques et sociales. Nous vous proposons la deuxième partie de l’interview de Luciana Scalacci, membre non-croyante de la Commission internationale et italienne du Centre pour le Dialogue avec les personnes de convictions non religieuses des Focolari. Comment as-tu abordé les Focolari en tant que non-croyante et comment ont-t-il changé ta vie ? Un jour, notre fille nous a écrit qu’elle avait trouvé un endroit pour mettre en pratique les valeurs que nous lui avions transmises : elle avait rencontré la communauté des Focolari à Arezzo. Nous ne connaissions pas le Mouvement, nous étions inquiets, nous voulions voir de quoi il s’agissait. Nous avons tout de suite eu l’impression d’être dans un endroit où l’on respecte les idées des autres, nous avons trouvé une ouverture que nous n’avions jamais rencontrée auparavant. La rencontre avec le Mouvement a été comme une lumière qui m’a redonné espoir dans la possibilité de construire un monde meilleur. Tu as rencontré Chiara Lubich à plusieurs reprises : quelle valeur a eu cette relation personnelle ? En 2000, lors d’une rencontre publique, elle a répondu à la question que je lui avais posée : « …pour nous aussi, l’homme est un remède pour l’homme, mais quel homme ? Pour nous, c’est Jésus, un homme. Prenez-le-vous aussi car il est l’un des vôtres, c’est un homme ». C’est alors que j’ai compris que le Mouvement était le lieu où je pouvais m’engager et j’ai compris pourquoi, même en tant que non-croyante, j’avais toujours été fascinée par la figure de Jésus de Nazareth. C’est alors que Chiara m’a invitée à la rejoindre pour une rencontre personnelle, moi qui ne suis personne. Cette rencontre m’a pénétrée toute entière, je sentais à quel point elle m’aimait. Dans une lettre qu’elle m’écrivait, je percevais des paroles prophétiques : « Très chère Luciana… nous avons fait de nombreux pas ensemble et nous nous sommes enrichies mutuellement. Maintenant, comme tu le dis, nous devons rendre ce chemin plus visible afin que beaucoup d’autres personnes puissent le trouver. Nous connaissons le secret : Continuons à aimer ». En ces années de dialogue, comment sommes-nous passés de la confrontation entre « nous » et « vous » à être « unis en un Nous » ? Le scepticisme initial a été la première chose à surmonter. D’un côté, les non-croyants craignaient qu’il s’agissait d’un geste de prosélytisme ; de l’autre, les croyants craignaient, je crois, que les non-croyants tentent de remettre en question leurs certitudes, leur foi. Chiara est la seule personne qui n’a jamais eu de tels soucis. Nous avons constaté que le dialogue est la grande ressource pour marcher vers l’objectif de la fraternité universelle. Peu à peu, la confiance entre les « deux parties » s’est accrue et nous nous sommes sentis non plus « nous-vous » mais « unis en nous ». Un défi décisif consiste à enthousiasmer les jeunes. Quelles sensibilités rencontrez-vous ? Les jeunes ne sont pas tous informés de l’ouverture aux personnes qui ne se reconnaissent dans une foi religieuse ; ceux que j’ai eu l’occasion de connaître ont montré un intérêt pour cette réalité. Une fille, après nous avoir rencontrés, a écrit : « J’ai ressenti ce dialogue comme une facette de ce précieux diamant que Chiara nous a donné… ne l’encrassons pas ». Cliquez ici pour lire la 1ère partie de l’interview

Claudia Di Lorenzi

La fraternité universelle en dialogue avec les personnes de convictions non religieuses – 1ère PARTIE

Construire un monde uni sans distinction de race, de religion, de conditions économiques et sociales. « En tant que Mouvement, en tant que nouvelle Œuvre née dans l’Eglise, nous avons une vocation universelle, puisque notre devise est : « Que tous soient un ». Nous ne pouvons pas nous passer de vous, parce que vous êtes dans le monde entier, sinon nous enlèverions la moitié ou au moins un tiers de l’humanité et nous l’exclurions, alors que nous disons « que tous soient un ». C’est ainsi que la fondatrice du mouvement des Focolari, Chiara Lubich, explique en mai 1995 les raisons qui ont conduit le Mouvement à rechercher et à développer un dialogue avec les personnes qui ne se reconnaissent pas dans une croyance religieuse. Nous en parlons avec Luciana Scalacci, 73 ans, de Abbadia San Salvatore (Italie). Non croyante, elle est membre de la Commission internationale et italienne du Centre pour le Dialogue avec les personnes de convictions non religieuses des Focolari. Dans le Mouvement, la recherche du dialogue avec les personnes de convictions non religieuses est profondément enracinée. Quelles sont les étapes les plus importantes ? Le « Centre pour le dialogue avec les non-croyants » naît en 1978 et en 1979, pour la première fois, des personnes de convictions non religieuses participent à des rencontres promues par les Focolari. Chiara invite l’ensemble du Mouvement à s’ouvrir aux non-croyants, estimant que nous sommes tous des « pécheurs » et que nous pouvons donc faire un chemin commun de libération et construire ensemble la fraternité universelle. En 1992, le Centre promeut la première conférence internationale intitulée « Construire ensemble un monde uni ». « Votre participation à notre Œuvre est essentielle pour nous », déclare Chiara. « Sans vous (comme sans ses autres composantes), elle perdrait son identité ». En 1994 a lieu la deuxième conférence. Dans son message, Chiara déclare : « Notre but est de contribuer à l’unité de tous, en partant de l’Amour pour chaque personne. Nous verrons donc combien l’aspiration à la fraternité universelle et à l’unité  » est grande dans l’Humanité, à tous les niveaux. Après la mort de Chiara en 2008, la présidente, Maria Voce, confirme à plusieurs reprises que les personnes de convictions non religieuses sont un groupe essentiel du Mouvement. Dans les années 1970, il n’est pas courant qu’un Mouvement d’inspiration chrétienne ouvre ses portes aux non-croyants… quels étaient ses objectifs ? L’unité du genre humain, concrétiser « Que tous soient un », car le monde uni se construit avec les autres et non contre les autres. Sur quelle base repose la possibilité de construire un dialogue entre croyants et non-croyants ? Sur l’existence de valeurs communes, telles que la fraternité, la solidarité, la justice, l’aide aux pauvres. Le point commun est aussi le fait que nous avons tous une conscience personnelle qui nous permet de réfléchir individuellement à ces valeurs mais aussi de manière collective, pour qu’il devienne le patrimoine de tous. Avez-vous rencontré des difficultés sur ce chemin ? Dialoguer à partir de différentes positions n’est pas toujours facile. Il est plus facile de se référer à un contenu concret et de réaliser quelque chose de pratique car la pratique ne fait aucune distinction de couleur, de religion, d’idées. Les difficultés surviennent lorsque nous passons de la pratique aux valeurs, aux idéologies, aux superstructures. Le dialogue peut échouer. Mais ce n’est pas le cas. Chiara a demandé aux croyants et à nous « amis » d’être aussi ouverts d’esprit que possible, non pas pour faire un acte de charité, mais pour s’enrichir mutuellement et faire le voyage ensemble vers un monde meilleur.

Claudia Di Lorenzi

Médecin entre foi et travail

Gambriela- Bambrick-Santoyo travaille comme médecin en médecine interne. Elle est née et a grandi au Mexique à Mexico et est membre active et engagée de la communauté des Focolari depuis 1987. Actuellement elle travaille en tant que Directrice du Programme Associé du service de Médecine interne dans un hôpital dans le Nord du New Jersey, aujourd’hui dans un pic de l’actuelle pandémie du coronavirus COVID-19. Voici un extrait de l’interview réalisée par cruxnow.com Gabriela, peux-tu nous dire dans quelle mesure ta foi catholique et la spiritualité des Focolari inspirent ta vocation à être médecin ? Ma vocation de catholique et faisant partie du mouvement des Focolari, et ma vocation de médecin sont inséparables. Je suis née catholique et j’ai connu le Mouvement des Focolari lorsque j’avais environ dix-huit ans. Cette rencontre a changé ma vie parce cela a été la première fois que je me suis sentie poussée à vivre concrètement l’Évangile de l’ « aime ton prochain comme toi-même ». Cela m’a profondément changée et a été ce qui a guidé mes actions, que ce soit en tant que personne qu’en tant que médecin. Comment cela s’est-il passé pour toi le fait d’être en première ligne dans la pandémie COVID-19 lors du pic du New Jersey ? Cela a mis ma foi à rude épreuve. Surtout la peur de la mort. Cela devient une possibilité très réelle lorsque tu vois tant de morts autour de toi. Une fois que tu dis oui à l’appel de donner notre vie pour les autres, que nous tous, comme chrétiens nous avons, les grâces pleuvent en toi et autour de toi ! Elles le font vraiment ! J’ai dû aussi me demander ce que pouvait signifier « aimer les autres comme soi-même » lors de cette pandémie du COVID. Lorsque j’ai commencé à voir les patients, j’ai eu très peur. Je voulais entrer rapidement… et quitter la chambre le plus vite possible. Puis, coup de théâtre : ma fille, une jeune fille saine de 18 ans, a été hospitalisée avec le COVID. Le soir, elle m’appelait en pleurant de sa chambre d’hôpital en disant : « Maman, j’ai perdu toute ma dignité. Je dois aller aux toilettes et ils ne me laissent pas sortir. Ils ne veulent pas entrer et continuent à me repousser dans ma chambre et à un certain moment j’ai pensé que je devais me soulager par terre sur le carrelage ». Entendre cela de ma propre fille m’a détruite, Charlie, et je me suis demandé si j’étais en train de faire quelque chose de semblable avec mes patients. A ce moment-là, j’ai décidé de changer la manière de donner pleinement ma vie à mes patients, d’avoir plus de compréhension et de ne plus jamais leur faire sentir que je les abandonnais. Cela a dû être difficile d’être ainsi confrontée à la mort au rythme avec lequel tu l’as vue de près ces dernières semaines. Pour nous tous, c’est tellement difficile seulement à l’imaginer. C’est vrai, mais il arrive aussi des grâces. Une de mes patientes de plus de quatre-vingt-dix ans, très malade, savait pratiquement qu’elle allait mourir à cause du COVID-19 et était dans la paix. Mon acte de miséricorde a constitué dans le fait d’être là dans les derniers moments de sa vie. En passant du temps non seulement avec ma patiente mais également avec sa famille au téléphone. Je n’oublierai jamais lorsque je lui ai dit que sa famille l’aimait beaucoup et qu’elle était dans la paix, et qu’elle savait qu’elle était prête et elle m’a serré la main. C’est cela la miséricorde. J’avais un autre patient avec lequel j’ai eu ce que j’appelle une « situation à coup double ». En plus d’être un patient COVID, il était très agressif, pas très stable et il disait qu’il allait me donner un coup de poing si je ne faisais pas X ou Y . Je n’ai pas tout de suite réalisé que cette personne était aussi un fils de Dieu et que je devais le regarder avec patience, amour et miséricorde. Une fois qu’il a vu cela dans mes yeux, sa rage a commencé à s’évanouir. En voie de guérison dans un autre service, il s’est tourné vers moi, m’a souri et m’a dit : « Toi et [l’infirmière X] vous avez été les seules à consacrer du temps à m’expliquer les choses ». Que vous apportent votre robuste vie de prière et vos engagements théologiques par rapport à la manière avec laquelle vous pratiquez la médecine en ces circonstances ? La prière a toujours été un pilier central de ma vie et m’a permis de surmonter cette crise. C’est dans la prière que je trouve paix et réconfort. C’est dans la prière que je me trouve en Dieu. Et puis, je participe aux rencontres hebdomadaires (rencontres zoom) avec ma communauté des Focolari. Toutes ces choses mises ensemble sont pour moi comme l’armature qui me permet d’affronter cette crise. Ici vous pouvez lire l’interview complète : https://cruxnow.com/interviews/2020/04/doctor-balances-faith-work-in-coronavirus-hotspot/

Préférer les « plus petits »

Une des nombreuses conséquences du Coronavirus dans tous les pays, mais plus particulièrement dans les pays les plus pauvres, est d’avoir enlevé à de nombreuses personnes ayant des emplois précaires ou occasionnels, leurs moyens de subsistance.  En cette période, il devient donc encore plus important de regarder autour de soi et de prendre les initiatives les plus variées en faveur de ceux qui sont dans le besoin. C’est l’Évangile : c’est là, dans les « petits », que Jésus nous attend. […]       Jésus a une préférence pour les pauvres, pour les « petits ». Après le triple reniement de Pierre[1], quand il lui pose cette triple question : « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? », à la première réponse affirmative de Pierre, il conclut : « Sois le berger de mes agneaux. » Après les deux autres, il affirme au contraire : « Sois le pasteur de mes brebis. » Par « agneaux », il entendrait – selon les exégètes – les « petits« , les pauvres, ceux qui sont dans le besoin et par « brebis », tous les autres[2]. Jésus démontrait ainsi avoir choisi l’option pour les pauvres bien avant que de nombreux évêques des pays en voie de développement surtout, ne la formulent et la proposent. Du reste, nous le savons : il est venu pour évangéliser les pauvres[3] et il a dit clairement : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait[4]. » Mais si Jésus a déjà montré cette préférence à travers ses paroles et ses actes quand il était en vie, au cours des siècles, son Esprit l’a très fréquemment gravée en ceux qui devaient devenir ses instruments pour de nombreuses personnes : comme, par exemple, saint François, saint Philippe Neri, saint Ignace de Loyola, saint Camille de Lellis, etc. Il en a été de mêmes aussi pour nous. Au début du Mouvement, notre charisme nous a fait prêter avant tout attention – quand nous habitions encore avec nos familles – aux « petits » qui étaient autour de nous : les pauvres, les malades, les blessés, les prisonniers, les sans-logis, les personnes âgées, les enfants… et, plus tard, place des Capucins, dans le premier focolare, aux « petits » qui étaient parmi nous. Nous nous sommes efforcés de résoudre le premier problème en posant des gestes de charité, germes des actions sociales et des nombreuses œuvres qui allaient naître par la suite ; et (de résoudre) le deuxième, en réalisant la communion des biens entre nous tous. Plus tard, nous avons été habituellement poussés à considérer toutes les personnes, à aimer chaque prochain, petit ou pas, comme nous-mêmes et à nous aimer les uns les autres. Et notre manière de vivre a tellement pénétré en tous, qu’elle est devenue la trame du Mouvement tout entier. Mais en cette dernière période […] nous nous sommes à nouveau sentis appelés à mettre à la première place les « petits« . Comment pourrons-nous donc le faire ? Avant tout en considérant de préférence ceux parmi nous qui peuvent se dire « petits » et en pourvoyant à toutes leurs nécessités grâce à une communion des biens libre mais intense, étendue à tout le Mouvement dans le monde. […] Puis, en regardant autour de nous. […] Un mot d’ordre ? Une question à nous poser : « Aujourd’hui, ai-je préféré parmi tous mes prochains ceux qui sont le plus dans le besoin ? »

Chiara Lubich

   (Extrait du message de la téléréunion du 27 juin 1991 à Rocca di Papa) [1] Cf. Jn 18, 15-27 [2] Cf. Jn 21, 15-17 [3] Cf. Mt 11, 5 [4] Mt 25, 40

Depuis le Salvador en quarantaine

Depuis le Salvador en quarantaine

Le témoignage de Rolando, directeur d’une entreprise à San Salvador : préoccupations et attentes pour son Pays en temps de pandémie et le choix, en tant que famille, de vivre pour les autres. Au San Salvador, nous sommes en quarantaine comme sur le reste de la planète. La peur, compréhensible mais, à mon avis, démesurée, a gagné du terrain et pour prévenir la contagion, des mesures allant à l’encontre des droits de l’homme ont été encouragées. Profiter de l’urgence sape la démocratie et, toujours par peur, une grande partie de la population réclame une main ferme. Ainsi, la pandémie a engendré, comme mesure de lutte contre le virus, un retour à l’autoritarisme. Un retour à l’intolérance, à l’absence de dialogue avec des sentiments de colère et de vengeance. À cela s’ajoutent les conséquences négatives sur l’économie avec la fermeture des activités non essentielles, le pourcentage élevé de l’économie informelle, la réduction des remises et le niveau élevé d’endettement motivé dû à l’état d’urgence. Pour moi, cette situation est une détresse collective. Dans ma jeunesse, j’ai vécu la guerre civile et, avec beaucoup d’illusions, l’arrivée du dialogue et la signature de la paix. J’ai suivi le lent processus vers la démocratie, jamais satisfait, mais toujours avec espoir. Je n’aurais jamais imaginé que je verrais à nouveau les forces armées dominer la scène politique et briser l’ordre constitutionnel. C’est une douleur personnelle et sociale qui, parfois, m’a fait perdre mon optimisme. Je pense que dans un avenir proche il y aura une crise économique et sociale qui affectera la démocratie et, en particulier, les personnes les plus vulnérables. La spiritualité de l’unité que nous essayons de vivre dans ma famille, nous pousse tous à prendre des mesures concrètes en faveur de nos proches. Personnellement, plongé dans le télétravail, j’essaie avant tout d’aimer Irène, ma femme, en valorisant l’effort qu’elle fait pour faire face à cette situation difficile, en l’aidant et en comblant les vides, car en raison de la pandémie il n’y a plus les personnes qui venaient nous aider à la maison. Je prépare avec joie les plats que Roxana, notre cadette, aime et j’encourage Irene-Maria, notre aînée, qui étudie à l’étranger. Chaque jour, j’ai des nouvelles de mes parents et je m’occupe de leurs besoins. Nous essayons de soutenir et d’encourager les personnes qui aident depuis chez elles, en assurant leurs salaires, tant que nous le pouvons… Avec les employés de l’entreprise où je travaille, nous mettons en œuvre, avec d’autres responsables, des politiques de soutien économique, qui permettent aux employés de travailler plus facilement à distance pour conserver leur emploi. Je m’engage à soigner  au mieux les relations avec les personnes de mon équipe et à faire preuve de compréhension au vu de leur moindre efficacité. Avec quelques experts en différents domaines, nous échangeons nos expériences, étudions la crise, les modèles économiques, le développement du marché, la politique, conscients de l’occasion qui se présente pour apprendre de nouvelles choses et trouver des idées novatrices pour faire face à l’avenir. Sans que je m’en rende compte, les jours passent vite, et un sentiment de paix remplit souvent mon âme. Je continue à m’inquiéter de la situation sanitaire du pays, de la démocratie menacée, de l’économie, mais je sens, de plus en plus la force de continuer à me battre pour le maintien des valeurs auxquelles je crois, bien qu’à l’extérieur la tempête se déchaîne..

                                       Rolando, El Salvador ( textes recueillis par Gustavo E. Clariá)

 

Évangile vécu : qu’aurait fait Jésus à ma place ?

Une façon de rester uni à Jésus est d’accueillir sa Parole. Elle permet à Dieu d’entrer dans nos cœurs pour les rendre « purs », c’est-à-dire débarrassés de l’égoïsme, aptes à porter des fruits abondants et de qualité. Faire confiance C’était un homme d’une quarantaine d’années, au visage triste, qui avait l’air mal en point : vêtements sales et en lambeaux, odeur d’alcool et de nicotine… Il ne m’a pas demandé d’argent, mais du travail, n’importe quel travail. Il avait clairement besoin d’aide. Qu’aurait fait Jésus à ma place ? J’ai décidé de l’inviter chez moi où j’avais besoin de faire des réparations. Avant cela, il m’avait dit qu’il venait de sortir de prison et qu’il devait payer sa libération conditionnelle, mais qu’il n’avait pas d’argent. De plus sa femme l’avait quitté. Il a donc fait le travail que je lui ai demandé et je l’ai payé. Avant de le conduire là où il passait la nuit, il m’a demandé si j’avais un autre travail à lui proposer. Après avoir parlé à quelques amis, nous lui avons trouvé d’autres choses à faire. Il est revenu plusieurs fois. Entre-temps, la confiance et le respect mutuels ont grandi. Au bout d’un mois environ, il ne s’est plus présenté. J’avais peur qu’il ne soit retourné en prison. Puis, un jour, il m’a appelé sur mon téléphone portable : « Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, pour la confiance que vous m’avez accordée. J’ai pu payer ma libération conditionnelle et acheter un téléphone portable. Maintenant, j’ai un emploi stable. Je suis très heureux ! » (A. L. – Usa) Ce que je crois Je suis coiffeuse et je fais du service à domicile. Un jour, une jeune femme récemment mariée qui attendait un bébé m’a appelée. Malheureusement, elle m’a confié qu’elle envisageait de divorcer parce que sa belle-mère lui rendait la vie impossible. Je l’ai écoutée pendant longtemps, puis je lui ai conseillé d’attendre. Au bout de quelques jours, sa belle-mère m’a appelée pour se faire couper les cheveux. Et immédiatement, elle a parlé en mal de sa belle-fille. « Comme c’est étrange – lui ai-je répondu – il y a deux jours à peine, j’étais chez elle et je ne l’ai entendue que dire des choses gentilles à votre sujet… ».  Quand j’ai revu sa belle-fille, je lui ai dit : « Votre belle-mère a parlé de vous en bien, elle vous aime beaucoup… ».  Quelques jours plus tard, la famille s’est réunie pour une fête… La belle-mère et la belle-fille se sont retrouvées après des mois et ce fut un très beau moment, comme elles me l’ont ensuite raconté. En me remerciant elles m’ont dit : « Qui t’a appris les belles choses que tu nous dis ? » J’ai donc pu leur expliquer que je crois à l’ Évangile qui nous enseigne à être des artisans de paix. (F. – Pakistan) Presque par plaisir Mon mari et moi avions remarqué chez nos enfants un manque de connaissance des bases de la foi chrétienne. Nous nous sommes donc demandé : pourquoi ne pas commencer une sorte de cours de catéchisme en famille ? J’ai commencé avec Mary, Jutta et Ruben, en m’assurant que les contenus étaient simples et en lien avec la vie quotidienne. Ensuite, Jeroen et Rogier, Rose et Michel les ont rejoints… Il en est ressorti une expérience originale, amusante et aussi engageante : il s’agissait en fait de préparer chaque semaine une sorte de leçon que certains enfants écrivaient sur leur ordinateur puis photocopiaient, tandis que d’autres préparaient de jolis dossiers où conserver ces documents. Nos enfants étaient si enthousiastes qu’ils ont souvent invité spontanément leurs amis à participer, du coup d’autres se sont joints à eux. Lorsque nous avons abordé le thème des sacrements, nous avons eu la confirmation qu’ils les avaient peu compris, alors que maintenant ils sont devenus la richesse de notre vie de foi.  Et ce cours de catéchisme, né presque par plaisir, continue… (P.W. – Pays-Bas)

                                                       Propos recueillis par  Stefania Tanesini

(extrait de Il Vangelo del Giorno, Città Nuova, année VI, n.3, avril-mai 2020)  

Aimer un village à la fois, sans s’arrêter !

Aimer un village à la fois, sans s’arrêter !

Expérience de la communauté de Bangalore, en Inde, pendant le confinement du coronavirus « Quand soudain tu découvres que tout se ferme pendant 21 jours et tu ne sais pas ce que sera l’avenir proche… Lorsque le travail qui t’a maintenu jusqu’à présent est arrêté et tu ne sais pas comment continuera la situation, que faire ? Je pense que c’est l’expérience que nous vivons actuellement non seulement en Inde mais dans de nombreux pays. L’Italie a été parmi les premières nations, malheureusement, à faire cette expérience de désarroi. Ici aussi, nous avons connu la même situation. Seulement qu’ici, comme vous l’avez peut-être vu aux nouvelles, il y a 450 millions de personnes qui vivent avec un emploi journalier, sans aucune sécurité. La plupart d’entre elles n’ont aucune épargne. Ne pas pouvoir aller travailler signifie donc manger moins chaque jour et essayer de survivre. Cette question se posait dans la communauté du Focolare di Bangalore. Comment aider les personnes dans le besoin ? Comment faire participer les personnes confinées chez elles ? Tout est parti d’un message sur WhatsApp que l’un d’entre nous a envoyé à Kiran, un séminariste vivant dans un village que nous avons visité il y a quelque temps. « Y a-t-il des familles dans le besoin dans ton village ? » Le village, situé dans l’État indien de l’Andhra Pradesh, compte environ 4560 familles et une paroisse de 450 familles catholiques. Kiran (qui signifie « rayon » dans la langue locale), se promenait et s’était arrêté justement ce soir-là chez différentes familles qui lui ont confié leur peur de l’avenir. Ils mangeaient déjà du kanji (du riz bouilli dans beaucoup d’eau que l’on boit avec du piment vert pour lui donner du goût) depuis plusieurs jours et ils ne savaient pas comment ils feraient pendant ces 21 jours de confinement. Il n’est pas normal que des adultes parlent à un jeune de leurs problèmes et Kiran était rentré inquiet. En ouvrant son téléphone portable, il a vu le message et a compris que Dieu lui donnait une réponse à la question de l’aide à ces familles. Nous nous sommes donc mis au travail. Kiran a repéré les familles qui étaient le plus en difficulté et nous avons préparé le message à envoyer à toutes nos connaissances, avec des détails et des comptes-courants où envoyer l’aide. Nous nous sommes fixé comme objectif d’aider au moins 25 familles par un sac de 25 kg de riz et un sac de légumes, soit assez de nourriture pour une quinzaine de jours pour une famille, pour un coût de 1500 roupies, soit environ 20 euros. La réponse a été immédiate. De nombreuses personnes ont participé ; des familles et aussi de nombreux jeunes. Certains ont donné mille, d’autres trois mille, cinq mille roupies. En quelques jours, nous avons atteint l’objectif fixé. Mais les contributions ont continué d’affluer et nous sommes venus en aide à plus de 30 familles. Avec une moyenne de quatre personnes par maison, cela signifie que cette aide a atteint au moins 120 personnes. Mais nous connaissons aussi des personnes qui ont d’énormes besoins dans de nombreux autres villages. Nous avons alors commencé à les aider également. Aujourd’hui, nous aidons trois villages avec des personnes du lieu qui connaissent bien la situation et savent comment aider de la manière la plus appropriée. Chiara Lubich nous avait enseigné à aimer les personnes, une à la fois ; il nous semble que c’est le cas ici aussi: aimer un village à la fois, mais sans s’arrêter ! C’est peu, ce ne sont que quelques gouttes mais beaucoup de personnes se sont mobilisées. Ici, dans le diocèse de Bangalore, où nous avons également apporté notre contribution, l’effort de l’archevêque à travers le centre social pour aider de nombreux travailleurs bloqués ici à cause du confinement a été et est très important. De Bangalore, nous passons maintenant l’initiative à Mumbai, New Delhi et Goa, afin que ce que nous avons puisse circuler autant que possible. Finalement, comme nous le vivons tous, tout passe et ces quelques gouttes d’amour que nous parvenons à donner restent et remplissent notre cœur et celui des autres ».

La communauté du focolare de Bangalore – Inde

Si vous voulez apporter votre contribution pour aider ceux qui souffrent des effets de la crise mondiale de Covid, allez à ce lien  

Prier avec assurance

Pour faire face à la pandémie, les personnes et les associations, le personnel sanitaire et la communauté scientifique, les gouvernements et les organisations internationales agissent de mille manières. L’ingéniosité et la générosité – souvent héroïque -, ne manquent pas. À tous ces efforts, il convient d’ajouter la contribution décisive qui vient de la prière capable de déplacer des montagnes. (…) Comme chaque enfant de cette terre a confiance en son père, croit en lui, s’abandonne complètement à lui, lui laisse toute préoccupation, se sent en sécurité avec lui en toutes circonstances, même difficiles, même douloureuses, même invraisemblables, ainsi “l’enfant” de l’Évangile fait et doit faire de même à l’égard du Père céleste. C’est là un comportement, le sien, toujours très important, car nous sommes souvent dépassés par des circonstances, des événements, des épreuves que nous ne pouvons surmonter avec nos seules forces et qui nécessitent donc des interventions supérieures. De plus, nous sentons ces jours-ci le besoin particulier d’une grande foi en l’amour du Père et dans sa Providence. (…) Nous avons été et sommes préoccupés, et nous avons pensé (…) à ce que nous pouvions faire. La première réponse qui est née dans notre cœur a été : prier, nous unir tous dans la prière pour conjurer le fléau. Et certainement chacun a plus ou moins commencé à le faire. (…) Prier. Mais il faut prier de façon à obtenir. Et comment ? Saint Jean, dans sa première lettre, a cette très belle et encourageante expression : « … Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et en nous, son amour est parfait. »[1] « En nous, son amour est parfait. » Mais, si en nous son amour est parfait, et tant qu’en nous son amour est parfait, nous sommes parfaits. La perfection de l’amour s’acquiert donc en mettant en pratique l’amour réciproque. Ces jours-ci, (…) nous avons introduit [dans le Règlement des focolarini], une norme qui est fondamentale et essentielle pour eux : le devoir (…) de formuler avec les autres focolarini un Pacte (…), celui d’être prêts à mourir les uns pour les autres, comme le commandement de Jésus l’exige. Mais cette décision, ce Pacte n’est certainement pas le monopole des seuls focolarini qui vivent en communauté. Il est la règle de tous les membres de notre Œuvre. Celle-ci, appliquée, fait en sorte que l’amour en nous soit parfait et que nous soyons parfaits dans l’amour, et ainsi agréables à Dieu. Nous avons donc toutes les conditions pour obtenir les grâces que nous désirons, même celles qui sont nécessaires pour déplacer les montagnes. Je pense qu’il sera utile ces jours-ci, si nous voulons travailler avec efficacité au monde uni, de renouveler entre nous et avec tous ceux que nous rencontrons et qui connaissent notre Mouvement, cette disposition de notre âme. Nous devons, bien sûr, créer d’abord les bases nécessaires, susciter l’atmosphère appropriée pour ensuite, avec courage, pouvoir dire à l’autre : « Avec la grâce de Dieu, je veux être prêt à mourir pour toi », et pouvoir s’entendre répéter : « Et moi pour toi. » Puis, nous devons agir en conséquence, attisant le feu de l’amour envers chaque prochain. (…) Sur cette base nous pouvons prier avec la certitude d’obtenir.

Chiara Lubich

(Extrait d’une liaison téléphonique, Mollens, 13 septembre 1990) [1]Jn 4, 12.

Semaine Laudato si’ pour les cinq ans de l’encyclique du Pape

Semaine Laudato si’ pour les cinq ans de l’encyclique du Pape

Une campagne globale qui a impliqué des milliers de fidèles à travers des séminaires interactifs et formatifs à propos du soin apporté à la maison commune. Établie par le Pape, elle a été organisée par le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral avec le soutien d’un groupe de partenaires catholiques. Du 16 au 24 mai s’est déroulée la Semaine Laudato Si’ intitulée « Tout est relié », une campagne globale à l’occasion du 5ème anniversaire de l’encyclique du Pape François à propos du soin apporté à la maison commune. L’événement a impliqué des communautés catholiques du monde entier en impliquant des diocèses, des paroisses, des mouvements et associations, des écoles et des institutions afin d’approfondir le propre engagement pour la sauvegarde de la Création et la promotion d’une écologie intégrale. Vivement voulue par le Pape, elle a été organisée par le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral avec le soutien de différents partenaires catholiques parmi lesquels le Global Catholic Climate Movement (Mouvement Catholique Global pour le Climat) qui englobe plus de 900 organisations catholiques mondiales dont le Mouvement des Focolari. Au cours de la Semaine, diverses initiatives ont eu lieu online en suivant les lignes conductrices de Laudato Si’. A cause de l’émergence Coronavirus en effet, l’événement s’est entièrement déroulé online par le biais de séminaires interactifs et formatifs. Dans la journée du dimanche 24 mai , l’événement s’est conclu avec une journée mondiale de prières : à midi (heure locale de chaque fuseau horaire), chacun a pu prier pour la Terre avec cette prière. Le Pape a envoyé au cours du mois de mars, un message vidéo dans lequel il encourage les fidèles à participer à protéger notre maison commune. Ensemble, par le biais de l’action et de la foi, nous pouvons résoudre la crise écologique. « Quel type de monde voulons-nous laisser à ceux qui viendront après nous, aux enfants qui sont en train de grandir ? – affirme le Pape – Je renouvelle mon appel urgent à répondre à la crise écologique. Le cri de la terre et le cri des pauvres ne peuvent plus attendre. Prenons soin de la création, don de notre bon Dieu Créateur ». Au cours de ces cinq ans, l’encyclique du Pape a fait bouger les consciences de nombreux citoyens. De nombreuses communautés de personnes sont nées avec l’objectif de faire quelque chose pour l’environnement, poussées par les paroles du Pape sur une vision écologique plus attentive à la Maison Commune. Et pourtant, après cinq ans, ces paroles résonnent très actuelles dans ce monde gangrené par la pandémie du Covid-19. Le Dicastère Vatican pour le Service du Développement Humain Intégral souligne également  combien les enseignements de l’Encyclique sont particulièrement pertinents dans le contexte actuel du coronavirus qui a mis à l’arrêt beaucoup de parties du monde. « La pandémie a touché partout et nous enseigne combien, avec l’engagement de tous, nous pouvons nous relever et vaincre aussi le virus de l’égoïsme social avec les anticorps de la justice, de la charité et de de la solidarité.  souligne don Francesco Soddu, directeur de Caritas Italienne – Afin d’être constructeurs d’un monde plus juste et plus durable, d’un développement humain intégral qui n’abandonne personne ». Pendant cette semaine, il n’a pas seulement été question d’écologie. Les organisateurs se sont posés la question : dans quelle mesure l’économie pèse t-elle en matière de sauvegarde de la Création? Le jeudi 21 mai il y a eu en effet un rendez-vous online avec l’économiste Kate Raworth, de l’Université d’Oxford et de l’Université de Cambridge, une des économistes les plus influentes au niveau international. Cette rencontre rentre également dans le parcours de préparation et de formation à « The Economy of Francesco », l’événement voulu par le Pape qui se tiendra en novembre à Assise où se sont déjà inscrits 3000 jeunes entrepreneurs du monde entier. A propos du thème de la sauvegarde de la Création, « l’économie pèse pour au moins 50 % si nous considérons l’économie individuelle, l’économie des entreprises et l’économie des États ainsi que les effets que tout cela produit sur la pollution de la Planète – soutient l’économiste Luigino Bruni -.  Ensuite, il y a la politique, nos modes de vie, etc…(…). Si nous considérons aussi de quoi dépendent les échecs de ces décennies, le réchauffement global, par exemple, nous nous rendons compte qu’en fait, l’économie capitaliste a réellement une grosse part de responsabilité. Et donc, si nous voulons changer, il faut changer l’économie ». Vivre Laudato Si’ signifie donc témoigner de notre sensibilité pour le thème de la sauvegarde de la Création mais également dans le domaine économique avec nos choix de vie. Nous pouvons contribuer à réaliser une profonde conversion économique et écologique par le biais d’expériences concrètes. Nous devons également comprendre quel changement politique promouvoir afin d’écouter vraiment le cri de la terre et des pauvres.

                                                                                                                                  Lorenzo Russo

       

Évêques : l’exemple attire

Les témoignages du Cardinal Désiré Tsarahazana, Président de la Conférence épiscopale Malgache et de Monseigneur Christoph Hegge, Évêque auxiliaire de Münster (Allemagne) ont été enregistrés lors de la rencontre internationale qui a réuni, en février dernier, 7 cardinaux et 137 Évêques, amis du mouvement des Focolari, à Trente et à la cité-pilote internationale de Loppiano. https://vimeo.com/415941015

Évangile vécu : notre contribution à la paix

La Parole vécue nous aide à sortir de nous-mêmes afin de rencontrer les frères avec amour, en commençant par les plus proches : dans nos villes, en famille, dans chaque milieu de vie. C’est une amitié qui crée un réseau de rapports positifs, en misant sur la réalisation du commandement de l’amour réciproque qui construit la fraternité. Chercher les mots justes Mes enfants de sept et cinq ans jouaient insouciants des dangers. Je n’eus pas le temps de les rejoindre, après l’explosion d’une grenade, qu’ils étaient déjà tous deux étendus par terre, ensanglantés. Nous les prîmes et nous ruâmes vers l’hôpital. En moi, une succession de sentiments :   désarroi, peur, douleur…mais je devais m’occuper des enfants et leur transmettre la paix. Notre fils avait des éclats d’obus dans la tête et fut opéré d’urgence, notre fille était moins gravement atteinte. Pendant la nuit, je veillais à leur chevet. De temps à autre, ils  pleuraient, assaillis par des cauchemars : « Pourquoi nous ont-ils fait cela ? ». Je cherchais les mots justes pour leur faire comprendre que celui qui avait lancé la grenade était certainement quelqu’un qui avait beaucoup souffert,qui n’avait peut-être plus ses parents, et que peut-être ne voulait -il que détruire les canons qui étaient de notre côté…Lorsque les enfants enfin s’assoupirent, je commençai à prier, à les confier à Dieu et à demander que la haine ne reste pas en eux. Aujourd’hui, après des décennies, à propos de cet épisode douloureux, mon fils le considère comme une incitation à donner sa propre contribution pour la paix dans le monde. (R.S. – Liban) Changement d’appartement Lorsqu’à la propriétaire de l’appartement dans lequel nous étions logés, nous avions demandé le permis de faire, à nos frais, des restructurations dans l’appartement, elle ne nous a pas dit qu’elle avait l’intention de le vendre. : ce fut donc logique qu’après avoir effectué ces travaux, en apprenant sa décision, nous nous sommes sentis très mal et trahis. De plus, le nouveau propriétaire, augmenta fortement le loyer au cas où nous aurions voulu rester. C’est ainsi que d’un jour à l’autre, nous nous sommes retrouvés à la rue. Nous nous sommes cependant fiés à la providence, certains que Dieu ne nous aurait pas abandonnés. En effet, peu de temps après, une possibilité s’est présentée qui répondait encore mieux aux exigences de notre famille. Mais la chose la plus importante fut celle de garder avec notre ex-propriétaire, des rapports cordiaux et non imprégnés de volonté de vengeance. Même si elle ne l’a pas déclaré explicitement, elle nous a fait ressentir son sentiment de repentance. L’amitié retrouvée a comblé toute fracture de la relation. (E.V. – Turquie) Désordre Je suis inscrit à la Faculté de Psychologie et je loge avec d’autres collègues dans une maison pour étudiants où nous pouvons bénéficier d’une cuisine commune, lorsque nous ne nous rendons pas au restaurant universitaire. L’un d’entre nous, en plus d’être désordonné en ce qui le concerne, a l’habitude de laisser les choses sales derrière lui . Ce matin, j’étais justement passé en cuisine pour me préparer un café et j’ai tout trouvé sens dessus dessous parce qu’il avait reçu des amis la veille et laissé tout le désordre tel quel. Je n’ai pas été le seul à trouvé ce chaos ; quelqu’un, indigné, a suggéré de ne toucher à rien jusqu’à ce que le coupable s’en rende compte. Peu de temps après cependant, une fois dans ma chambre, en m’apprêtant à étudier, je n’avais pas la paix ; ma pensée allait toujours vers cette cuisine en désordre… Que faire ? Donner une leçon à l’autre ou lui faire un acte de charité ? Sans hésiter, je suis retourné dans la cuisine, je me suis mis à faire la vaisselle, à mettre les poubelles dehors…Mon étude une fois reprise, il m’a semblé comprendre mieux ce que je lisais. La vie avec les autres est une forme d’éducation qui complète les leçons que j’écoute à l’université. (G.T. – France)

                                                                                                                      D’après Stefania Tanesini

(extrait de L’Évangile du jour, Città Nuova, année VI, n.3, avril-mai 2020)

L’aventure divine

Le message de Chiara Lubich qui suit, bouleverse notre façon habituelle de lire les événements joyeux ou douloureux qui tissent la trame de notre vie. Il nous invite à faire un changement radical, une volte-face à 360° à tout regarder avec d’autres yeux, ceux de la foi en Dieu, de l’amour auquel rien n’échappe. Cette conviction intime nous remplit d’espérance et nous fait agir en conséquence, avec courage. […] Si nous aimons Dieu, la vie, notre vie, avec toutes ses circonstances, devient une aventure divine dans laquelle pas un instant ne se passe sans qu’il ait à s’étonner de quelque chose de nouveau. Une aventure divine pleine de trésors à découvrir qui nous enrichissent instant après instant comme autant de petits émaux s’ajoutant continuellement à la mosaïque de notre sainteté. [L’Écriture] (…) dit en effet : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu[1] Tout concourt… pour ceux qui aiment Dieu. Tout. Car rien – nous le croyons – n’est dû au hasard. Aucun événement joyeux, indifférent ou douloureux, aucune rencontre, aucune situation en famille, au travail, à l’école, aucun état de santé physique ou morale, rien n’est dépourvu de signification. Au contraire, personnes, situations ou événements, tout est porteur d’un message qui vient de Dieu et que nous devons savoir lire et accueillir de tout notre cœur.             « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. » Dieu a un dessein d’amour sur chacun de nous. Il nous aime d’un amour personnel et, si nous croyons à cet amour et si nous y répondons par notre amour (voilà la condition !), il mène toute chose à son plein accomplissement. Il suffit de regarder Jésus. Nous savons à quel point il a aimé le Père. Si nous pensons à lui, ne serait-ce qu’un instant, nous pouvons observer combien et de quelle manière il a, pendant toute sa vie, réalisé [cette] cette Parole. Rien, pour lui, n’est arrivé par hasard. Tout a eu un sens. Il a incarné cette Parole, spécialement dans la dernière partie de sa vie. Rien ne s’est passé au hasard dans sa Passion ni dans sa mort. Même l’abandon de la part du Père, épreuve suprême, a contribué au bien car, en la dépassant, il a accompli son Œuvre. Les causes étaient peut-être obscures. Ceux qui l’ont soumis aux souffrances, puis à la mort, ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Non seulement ils ne connaissaient pas celui qu’ils flagellaient et crucifiaient, mais ils ne savaient pas non plus qu’ils étaient complices d’un sacrifice, du Sacrifice par excellence qui allait produire le Salut de l’humanité. Mais parce qu’il aimait le Père, Jésus a transformé toutes ses souffrances en moyens de rédemption ; bien plus, dans ces moments terribles, il a vécu l’heure qu’il attendait depuis toujours, l’accomplissement de sa divine aventure sur la terre. L’exemple de Jésus doit être lumière pour notre vie. Tout ce qui nous arrive, ce qui se passe, ce qui nous entoure et aussi tout ce qui nous fait souffrir, nous devons savoir le lire comme volonté de Dieu qui nous aime, ou comme permission de Dieu qui nous aime là encore.         Tout deviendra alors plus qu’intéressant dans la vie. Tout aura un sens. Tout sera d’une extrême utilité. Nous sommes toujours en voyage, toujours en vie. Gardons courage, la vie peut encore devenir une aventure divine. Le dessein de Dieu sur nous peut encore s’accomplir. Il suffit d’aimer, de garder les yeux ouverts sur sa volonté toujours splendide.

Chiara Lubich

(Extraits d’une conférence téléphonique, Rocca di Papa, 2 août 1984) [1] Rm 8, 28.

« Plus nous aimons notre frère, plus la souffrance s’estompe. »

À l’occasion de la journée de prière, de jeûne et d’invocation pour l’humanité du 14 mai, nous reportons ici la prière de Maria Voce, présidente du Mouvement des Focolari. En ce temps d’épreuve, de solitude, d’angoisse et de désarroi, nous ressentons le besoin de retrouver le sens de la vie et de la mort, de ce qui ne passe pas et demeure à jamais. Nos cœurs, purifiés par la souffrance et désarmés, s’unissent pour t’implorer, Toi, le Tout-Puissant, le Clément, le Miséricordieux, notre Père à tous. Renforce en nous la foi que tout ce que tu permets est pour un plus grand bien, et que rien de ce qui se produit n’est en dehors de Ton infinie bonté. Aide-nous à poursuivre le voyage de la vie avec une confiance renouvelée et dans l’espérance, enracinés dans Ta divine volonté de chaque instant présent. Réconforte ceux qui souffrent pour la perte de parents et amis ; donne leur la force de continuer à avancer et la patience dans l’adversité. Fais que, devant l’angoisse pour l’avenir, la perte d’un emploi, les conséquences économiques et sociales que la pandémie entraîne, nous puissions découvrir, dans ces circonstances, des occasions de vivre la solidarité et de promouvoir la justice. Forge toujours plus en nous, une âme capable d’aimer concrètement, de partager la souffrance de ceux qui pleurent et de se réjouir avec ceux qui sont dans la joie. Donne-nous de considérer l’autre comme nous-mêmes et de désirer pour lui ce que nous désirons pour nous-mêmes. Fais-nous expérimenter, Dieu Très Haut et Tout-Puissant, que plus nous aimons notre frère, nous oubliant nous-mêmes, plus le chagrin s’estompe et, dans notre cœur, ne demeure que la douceur ineffable et tangible de Ta présence. Donne vigueur, santé, protection et sagesse aux médecins, aux infirmières, au personnel de santé et à tous ceux qui se prodiguent en faveur des frères et sœurs malades et dans le besoin, afin qu’ils soient Tes instruments pour accompagner ceux qui leur sont confiés. Ô Dieu, Lumière du monde, fais que les scientifiques soient éclairés par Ta Sagesse, et qu’ils mettent à disposition leurs connaissances pour le bien de toute l’humanité. Soutiens les responsables des nations et tous ceux qui décident du sort des peuples, afin qu’ils sachent prendre des décisions clairvoyantes et trouver des solutions économiques et sociales en faveur des plus faibles. Touche leur conscience, afin qu’ils trouvent tous les moyens possibles pour prévenir les conflits et promouvoir la paix. Fais en sorte que chacun se sente responsable, non seulement de son peuple, mais de l’humanité tout entière. Que Marie, aimée et vénérée par un grand nombre, nous aide à demeurer fermes dans la foi et à porter à tous consolation et espérance. Amen. Télécharger la prière

13 mai : de Trente au monde via le web

L’exposition consacrée à Chiara Lubich dans sa ville natale en Italie s’enrichit d’un parcours virtuel multilingue qui, à travers des photos et des documents, permet aux visiteurs du monde entier de visiter l’exposition. L’ouverture sur le web le 13 mai est une date importante pour Trente et pour Chiara. « Chiara Lubich Ville Monde », l’exposition installée aux Galeries de Trente, lieu de naissance de la fondatrice des Focolari, se transforme et s’enrichit aujourd’hui d’un parcours virtuel. L’exposition, fermée en raison de la pandémie et prolongée jusqu’au début de 2021, peut également être visitée via le web. (http://mostre.legallerietrento.it/chiaralubich). L’exposition à Trente s’inscrit dans le cadre des événements liés au centenaire de la naissance de Chiara. Elle se poursuit ainsi par l’extension sur le web pour actualiser la devise du centenaire : « Fêter pour se rencontrer ».  Le chemin qui serpente à travers l’histoire, la vie, les photos et les couleurs, offre une opportunité de « rencontre » avec Chiara, qui s’étend maintenant au-delà de l’espace d’exposition des Galeries pour offrir un accès aux visiteurs du monde entier. La date choisie pour cette expansion sur le web n’est pas un hasard : l’histoire de Chiara s’est considérablement mêlée à celle de sa ville le 13 mai 1944. Ce jour-là, Trente subit le deuxième grand bombardement qui marqua également un tournant pour le mouvement naissant des Focolari. Parmi les personnes contraintes à quitter la ville vers le bois de Gocciadoro, après avoir eu leur maison endommagée, se trouvait également Chiara. Je me souviens de cette nuit passée à la belle étoile, écrivait-elle des années plus tard, couchée avec les autres à même le sol, de deux mots : étoiles et larmes. Étoiles, parce que, au fil des heures, je les ai toutes vues passer au-dessus de ma tête ; larmes, parce que je pleurais, comprenant que je ne pouvais pas quitter Trente avec ma famille que j’aimais tant. Je voyais alors dans mes compagnes le mouvement naissant : je ne pouvais pas les abandonner. Et il m’a semblé que le Saint-Esprit, pour me faire comprendre sa volonté, m’a suggéré cette maxime que j’avais étudiée à l’école : « Omnia vincit amor », l’amour vainc tout l’amour [1]. Le lendemain matin, Chiara informe ses parents de sa décision de rester à Trente, et peu après, avec ses premières compagnes, elles donnent naissance au premier focolare. La maisonnette qui a abrité le premier focolare est l’une des étapes du voyage virtuel « Chiara Lubich Ville Monde » ; il accompagne le visiteur de la naissance de la fondatrice du mouvement des Focolari en 1920 à l’expansion mondiale actuelle du mouvement. Chiara, elle-même, raconte dans le support virtuel, à travers les photos et les documents sa vie de jeune institutrice, sa consécration à Dieu le 7 décembre 1943, le développement de la première communauté des Focolari ; l’été 1949, le début d’une période de lumière pour Chiara d’où découlera la nouveauté charismatique qui donnera vie à une nouvelle Œuvre dans l’Église. La lumière et les couleurs sont les protagonistes de la dernière partie du parcours qui, à travers des mots et des photos, nous permet de connaître des expériences d’unité, des fragments de fraternité nés du charisme de Chiara qui continue à croître et à se développer dans le présent de l’histoire afin de contribuer à la réalisation de ce qu’elle considérait comme le « testament » de Jésus : « Que tous soient un… » (Jn 17, 21). C’est pour cette page de l’Évangile que nous sommes nées, écrivait Chiara, pour apporter l’unité dans le monde, l’unité avec Dieu et l’unité entre tous nos frères et sœurs.
 Même si nous étions conscientes – explique-t-elle – de l’audace divine du programme que seul Dieu pouvait réaliser, agenouillées autour d’un autel, nous avons demandé à Jésus de réaliser son rêve en nous utilisant si c’était dans ses plans » [2]. Un rêve qui s’est construit dans cette nuit du 13 mai 1944 où, face à l’effondrement général, à la confusion, à l’angoisse de ce jour d’une tragédie inattendue, au milieu des étoiles et des larmes, elle avait choisi de croire  « Omnia vincit amor, l’amour vainc tout ».

Anna Lisa Innocenti

[1] Chiara Lubich, Nascita di una spiritualità, in Michele Zanzucchi, Enzo Maria Fondi, Un popolo nato dal Vangelo, San Paolo, 2003, pp. 9-10. [2] Ibid., p. 17.

Vers une époque nouvelle : celle de la famille universelle

Vers une époque nouvelle : celle de la famille universelle

Que ressort-il de cette pandémie pour la vie sociale et ecclésiale ? Qu’a-t-elle suscité dans le mouvement des Focolari ? Comment vivre cette nouvelle période inconnue qui nous attend ? Dialogue tous azimuts avec Maria Voce. D’une interview à Radio Inblu (Italie) D: Dès le 18 mai, on pourra de nouveau célébrer la messe, avec naturellement toutes les précautions nécessaires. Un bref commentaire… Maria Voce : Nous avons toujours suivi la messe du Pape, il y a eu mille occasions de prier ensemble via internet. Mais nous ne pouvons cacher que le christianisme est une religion incarnée, nous avons donc besoin d’être présents physiquement, de participer plus directement et de manière plus vivante aux mystères du christianisme. Ainsi, participer à l’Eucharistie de manière réelle est sans aucun doute quelque chose qui nous a manqué, un don qui nous est offert à nouveau. Nous sommes donc prêts à faire attention, à prendre toutes les précautions pour ne pas rater cette occasion. : Certes. Ces derniers temps beaucoup de choses se sont passées, nous avons dû remettre en question nos comportements, nos acquisitions… Selon vous, que fait ressortir la pandémie dans la vie sociale, et donc aussi dans la vie ecclésiale ? Maria Voce : Elle fait naître de belles choses, qui peuvent aussi être de mauvaises choses. Une première chose qu’il me semble devoir souligner, c’est l’égalité entre tous ; c’est-à-dire que cette pandémie nous a démontré que, face à ce petit microbe, ce virus qui nous a touchés, les hommes sont tous égaux, car il s’attaque au puissant comme au pauvre, au riche comme à celui qui n‘a rien, à l’enfant comme à l’adulte, à celui qui est en prison comme à celui qui est libre. Dans ce sens nous sommes donc tous égaux. Mais cette pandémie a aussi fait ressortir de nombreuses inégalités qui ne sont pas créées du fait d’être des humains, des hommes, mais qui sont créées par la culture, les préjugés, le style de vie ; c’est ainsi qu’il y a ceux qui peuvent se faire soigner, et ceux qui ne le peuvent pas ; il y a celui qui a une maison où s’isoler, et ceux qui doivent partager avec plusieurs personnes un espace très étroit ; il y a celui qui, malgré la perte de son travail, peut aller puiser dans ses épargnes bancaires, et celui qui, ayant perdu son travail, reste sans aucune ressource, risquant de mourir de faim avec toute sa famille. Ainsi les inégalités sont-elles malheureusement venues encore plus en évidence. Cela doit nous faire réfléchir, car logiquement il y a des inégalités qui ne sont pas voulues par Dieu, pas voulues par la nature humaine, mais voulues par la mauvaise volonté des hommes qui n’ont pas su bien administrer les dons que Dieu nous a faits. Il faut donc réparer ces inégalités – au risque de nous trouver après la pandémie dans une situation pire que la précédente – et tirer au contraire avantage de cette constatation d’égalité, en faisant des programmes qui respectent cette égale dignité de tous. D: Et pour la communauté ecclésiale ? Maria Voce : Pour la communauté ecclésiale, la pandémie a fait ressortir ce qui est essentiel, me semble-t-il, car elle a fait tomber bien des choses : on a vu que ce qui est essentiel, ce n’est pas l’église en tant que murs, mais l’Église en tant que communion ; qu’il n’est pas essentiel d’aller faire chaque jour une visite à Jésus dans le Saint sacrement, mais qu’il est essentiel d’aimer les frères ; il est essentiel de répondre avec amour à celui que l’on côtoie, il est essentiel de retrouver dans l’Évangile les Paroles qu’Il nous a laissées et desquelles nous devons nous inspirer. La pandémie a donc fait tomber bien des choses, au niveau ecclésial aussi. Mais cela ne fait pas que du bien, car cela nous pousse à cette renaissance dont parle sans cesse le Pape François, à cette résurrection, à ce « repartir du début » pour réformer l’Église de manière vitale, et non pas de manière institutionnelle ou formelle. : Quel est le point le plus essentiel de tous ces points essentiels ? Maria Voce : Il me semble que le point le plus essentiel c’est de nous rappeler que nous sommes une unique famille humaine. L’unique famille humaine doit donc nous pousser à prendre soin les uns des autres, à prendre aussi soin de la Création, l’unique maison qui contient cette unique famille ; à en prendre soin avec responsabilité, avec attention, car le christianisme nous fait considérer cette réalité aussi avec responsabilité. Nous sommes tous membres d’une famille, mais nous sommes tous responsables de cette famille ; ainsi chaque personne de cette famille est importante, elle a des droits, mais aussi des devoirs. C’est cette responsabilité collective. Je pense que cela doit nous encourager à émettre des propositions, faire des programmes, à voir ce que l’on peut faire pour arriver vraiment à l’inclusion de tous ; à faire des propositions en économie comme en politique, être capables de viser vraiment le bien commun, et non pas le bien de tel ou tel, non pas les intérêts d’une partie ou d’une autre, mais le bien de tous. Faire donc des propositions qui visent la communion des biens au niveau universel. Et puis l’Église – et nous aussi d’ailleurs comme Mouvement des Focolari – est universelle, elle n’a pas de frontières. L’Église se bat en quelque sorte à armes égales avec le virus ; le virus ne craint pas les frontières, l’Église non plus ; l’Église est universelle, car c’est la famille de Dieu sur toute la terre. C’est à cette famille de Dieu qu’il faut regarder pour voir comment la rendre telle, c’est-à-dire comment créer des structures qui favorisent le développement intégral de tous, qui respectent l’histoire de chaque peuple, la culture de chaque peuple, le mode de vie de chaque peuple, sans vouloir le contraindre dans l’idée de le développer selon nos modèles, selon nos programmes. Et, en même temps, en mettant à disposition les uns des autres les talents que Dieu a donnés à chaque peuple, à chaque culture, à chaque personne ; en les mettant à disposition les uns des autres pour que nous puissions tous ensemble faire du monde cette maison commune toujours plus belle, toujours plus digne d’être habitée par les enfants de Dieu. Maria Voce, en tant que Mouvement des Focolari, comment avez-vous été bousculés par cette période ? Quelles sont vos réflexions ? Maria Voce : Cette période nous a bousculés comme tout le monde, dans le sens que nous nous sommes retrouvés nous aussi, du jour au lendemain, à ne plus pouvoir disposer de nous-mêmes, ni personnellement, ni en tant que Mouvement. Nous avons donc dû changer tous nos programmes. C’est une année importante pour nous, car c’est le Centenaire de la naissance de Chiara Lubich ; et nous avons au programme l’Assemblée générale du Mouvement au mois de septembre ; il y avait aussi en programme plusieurs rencontres préliminaires pour préparer cette Assemblée. Tout cela a volé en éclats d’un seul coup, du jour au lendemain; ainsi nous nous sommes retrouvés face à une incapacité absolue de prévoir, de programmer et de savoir ce que l’on pouvait faire. Cela nous a bien sûr secoués. Mais nous avons appris de Chiara Lubich à vivre l’instant présent, à vouloir faire seulement ce que Dieu nous demande, à ne pas vouloir autre chose que Sa volonté et à chercher ensemble – en nous écoutant les uns les autres, en essayant de comprendre les exigences des uns et des autres –, à écouter ensemble ce que Dieu voulait nous dire à travers ces événements. Pour le faire, nous avons donc changé tous nos programmes, toujours en étant attentif aux préoccupations non seulement de tous ceux qui devaient participer à ces programmes, mais aussi de tous ceux qui, du fait de ces changements, subissaient des pertes économiques, des bouleversements et autres. Nous l’avons fait, nous l’avons fait avec joie, sans nous laisser troubler en rien par tout cela. Et nous voyons que c’était dans les plans de Dieu, car cela nous a amenés à une plus grande essentialité dans la vie, à revoir aussi nos styles de vie ; à une plus grande sobriété dans les décisions d’acquérir telle chose ou de ne pas l’acquérir dans l’immédiat, à renvoyer à plus tard une dépense programmée, à la différer ou à l’annuler pour mettre à disposition son montant pour une nécessité plus immédiate. Cela nous a amenés à nous rendre compte dans quelles conditions vivent toutes nos familles. Beaucoup d’entre nous ont, comme d’autres, perdu leur travail et ne savent pas comment faire ; d’où la mise en œuvre d’une communion des biens plus complète, plus ouverte, plus transparente entre tous. Ainsi avons nous davantage communiqué entre nous les besoins et nécessités, mais aussi ce que la Providence nous a envoyé. Et vraiment, il faut le dire, la Providence nous a fait voir une fois de plus qu’elle est vraie, réelle, que le Père envoie le nécessaire à ses enfants, si ses enfants veulent vivre pour Lui et vivent dans l’amour réciproque. Cela a remis en lumière, en un certain sens, la motivation qui nous anime, cet amour qui est l’amour que Dieu a mis dans nos cœurs, non pas comme focolarini, mais comme personnes, comme êtres humains. Comme focolarini, tout prend encore plus de couleur, car cela devient amour qui va jusqu’à l’unité, c’est-à-dire amour qui nous rend capables de donner la vie les uns pour les autres, de tout risquer. C’est vraiment ce qui a animé le Mouvement dans le monde entier. Le Mouvement, comme l’Église, est universel ; c’est-à-dire que nous avons souffert de ce que souffraient les nôtres en Chine, en Amérique ou au Moyen-Orient, partout, ou aussi en Italie ; nous avons vécu tout cela ensemble afin que ceux d’entre nous qui avaient davantage puissent donner à ceux qui avaient moins. De l’aide est arrivée de Chine, de Corée, du Japon, du Moyen-Orient et de Syrie. Parfois des encouragements, des messages de salutations, mais tous disaient que cette grande famille – qui vit l’Idéal que Chiara Lubich, notre fondatrice, nous a laissé -, voulait être unie et être à disposition des autres à travers cette unité, pour aider le monde à devenir plus uni. D’une interview d’Alessandra Giacomucci pour la rubrique ‘’Ecclesia’’ (Radio InBlu), 8 mai 2020

14 mai: Journée mondiale de prière pour l’humanité

« Avec la journée de prière interreligieuse du 14 mai prochain, le Haut Comité pour la Fraternité Humaine nous rappelle que l’actuelle pandémie a atteint un point de non-retour : nous ne nous en sortirons qu’en cherchant le bien commun, non pas le bien de l’un ou de l’autre, non pas les intérêts d’une partie ou de l’autre, mais le bien de tous. » C’est en ces termes que Maria Voce, présidente des Focolari, a annoncé la pleine adhésion du Mouvement à la journée de prière pour l’humanité, proposée par le pape François le dimanche 3 mai dernier, « afin que le 14 mai prochain, les croyants de toutes les religions s’unissent spirituellement pour une journée de prière, de jeûne et d’œuvres de miséricorde, afin d’implorer Dieu d’aider l’humanité à surmonter la pandémie du coronavirus ». « Nous sommes une grande famille – a encore ajouté Maria Voce – formée de chrétiens, de fidèles de diverses traditions religieuses, ainsi que de personnes sans référence de foi précise. J’encourage chacun à vivre la journée de jeudi prochain, 14 mai, dans un esprit de prière – selon leurs croyances et traditions respectives – de jeûne et d’engagement concret d’aide à ceux qui nous sont proches, surtout les plus faibles et les marginalisés. Nous le réaliserons au niveau local, comme chaque communauté le jugera opportun, toujours en conformité avec les dispositions en vigueur, et dans un esprit de fraternité authentique et effective. »  « Nous sommes sûrs que les prières qui s’élèveront vers Dieu de la part de ses fils et de ses filles seront entendues pour le bien de la grande famille qu’est l’humanité, et que l’épreuve que nous vivons tous, nous rendra vraiment plus forts dans le pèlerinage commun qu’est la vie. »

StefaniaTanesini

L’immensité de Dieu

Le rapport à la nature est devenu de plus en plus central dans notre vie personnelle et dans celle des organisations et des États, ainsi que le devoir de la préserver et de remédier aux dommages que nous lui avons causés. Si la pandémie dont nous souffrons encore a, d’une part, mis en évidence ce devoir qui est le nôtre, d’autre part, elle a donné paradoxalement un moment de répit à la Création. L’expérience spirituelle de Chiara Lubich, décrite ci-dessous, nous ramène à Celui qui est la racine de toute chose : Dieu. « […]Dans un moment de détente, j’ai vu un documentaire sur la nature. Contrairement à d’autres séries télévisées, ce long-métrage a eu un grand effet sur mon âme. En contemplant l’immensité de l’univers, l’extraordinaire beauté de la nature, sa puissance, je me suis spontanément tournée vers le Créateur de toutes choses et j’ai compris de façon nouvelle, l’immensité de Dieu. […] L’impression a été si forte et si nouvelle que je me serais immédiatement jetée à genoux pour adorer, louer, glorifier Dieu. J’ai ressenti un besoin de le faire comme si c’était ma vocation actuelle. Et, comme si mes yeux s’ouvraient maintenant, j’ai compris comme jamais auparavant qui est Celui que nous avons choisi comme idéal, ou plutôt Celui qui nous a choisis. Je l’ai vu tellement grand, tellement grand, tellement grand, qu’il me semblait impossible qu’il ait pensé à nous. L’impression de son immensité est restée profondément en moi pendant plusieurs jours. Et maintenant, lorsque je prie en disant : « Que ton nom soit sanctifié » ou « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit », pour moi, c’est tout autre chose : c’est une nécessité qui vient du cœur. […] Nous sommes en chemin. Quand on voyage, on pense d’avance à la façon dont on sera accueilli à l’arrivée, au paysage, à la ville. On s’y prépare déjà. C’est ainsi que nous devons faire nous aussi. Là-haut, puisque nous louerons Dieu, louons-le dès maintenant. Laissons notre cœur lui crier tout notre amour, qu’il le proclame, avec les anges, avec les saints […] : « Saint, Saint, Saint. » Exprimons-lui notre louange avec nos lèvres et avec notre cœur. Profitons-en pour renouveler les prières quotidiennes que nous disons à cet effet. Et rendons-lui gloire de tout notre être. Nous savons que plus nous nous anéantissons (et nous avons comme modèle Jésus abandonné qui s’est réduit au néant), plus nous crions par notre vie que Dieu est tout. C’est ainsi que nous le louons, le glorifions, l’adorons. Et, ce faisant, le « vieil homme » en nous meurt et sur sa mort vit l’« homme nouveau », la nouvelle créature. Recherchons tous les moments de notre journée pour adorer Dieu, pour le louer. Faisons-le pendant le temps de la méditation, au cours de la visite dans une église ou durant la messe. Louons-le à travers la nature et au plus intime de notre cœur. Et surtout, vivons en étant morts à nous-mêmes et vivants dans la volonté de Dieu et dans l’amour pour nos frères. Soyons nous aussi, comme le disait Élisabeth de La Trinité, une « louange à sa gloire ». Nous goûterons ainsi par avance un peu de « Paradis » et Dieu sera consolé de l’indifférence de beaucoup de cœurs qui vivent aujourd’hui dans le monde.

Chiara Lubich

(Extraits d’une conférence téléphonique le 22 janvier 1987 à Rocca di Papa)

In time for peace : le message du Cardinal Koch

Le Cardinal Koch, président du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des chrétiens, à l’occasion de la Semaine Monde Uni 2020, a envoyé son message vidéo aux participants. En ces temps difficiles que nous traversons, marqués par la crise du coronavirus, beaucoup sont confinés dans leurs appartements, étant obligés à vivre en quarantaine ; rien que le nom évoque plus  les  quarante jours du Carême que la fête de Pâques. Nos services liturgiques eux aussi et en particulier les plus importantes liturgies liées à la Semaine Sainte et à la fête de Pâques, par le biais  des interdictions des états, ont été célébrés dans des églises en l’absence des fidèles, à portes closes, et retransmises via streaming. Cette expérience vécue hors de l’ordinaire, m’a fait penser, d’une manière plus vivante à ce qu’il est advenu dans le passé, un détail du récit biblique de Pâques. L’évangéliste Jean commence son compte-rendu de l’apparition du Christ ressuscité à ses disciples avec ces mots : « Le soir de ce jour-là, le premier de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient fermées, à cause de la crainte qu’ils avaient des Juifs… » (Jn, 20,19). Même si le Seigneur était déjà ressuscité, et était en train de se rendre auprès de ses disciples, ceux-ci étaient encore occupés à vivre le Samedi Saint, comme le démontrent clairement la peur et les portes fermées. En ce lieu assiégé par la peur, toutefois, Jésus vient et change radicalement la situation comme le souligne l’Évangile  : « Et les disciples se réjouirent du fait de voir le Seigneur » (Jn, 20,20). La joie est l’expression visible du fait que le Samedi Saint s’est transformé en Pâques. Aujourd’hui aussi, en ce moment accablé par la crise du coronavirus, nous pouvons nous réjouir car nous savons que le Seigneur ne nous laisse pas seuls avec nos peurs et nos préoccupations, mais il vient aussi au milieu de nous et nous fait don de sa présence et de sa précieuse compagnie. Christ est toujours au milieu de nous, surtout lorsque nous attendons sa venue. Chiara Lubich nous a répété ce message à maintes reprises, sans jamais s’en fatiguer. Lorsque Jésus vient au milieu de nous, il nous apporte aussi un cadeau. Il s’agit du même cadeau qu’il a apporté aux disciples le soir de Pâques. L’Évangile raconte que Jésus se trouva au milieu d’eux et leur dit : « Paix à vous ! ». La paix est le premier don que Jésus a fait à ses disciples après sa résurrection. La paix est le vrai don pascal. La paix est aussi le cadeau que Jésus nous fait aujourd’hui. C’est cette paix que nous, les hommes, ne sommes pas en mesure de créer seuls, mais que nous ne pouvons que recevoir en cadeau. Et pourtant, c’est la paix la plus importante, et toutes les autres formes de paix auxquelles nous aspirons, sont seulement le reflet de cette paix. En effet, seule la paix qui vient du Christ, nous donne cette unité que nous désirons si ardemment : l’unité dans nos communautés, dans notre Église, entre tous les chrétiens et en toute l’humanité. Cette paix, naturellement, ne peut rester enfermée en elle-même. L’Évangile poursuit en racontant qu’après la salutation de paix, Jésus dit à ses disciples : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn, 20,21). Ces paroles nous sont également adressées. Nous aussi sommes appelés à transmettre aux autres, la paix que le Christ nous a donnée, de manière à ce que pour eux aussi, et en particulier pour ceux qui vivent dans la préoccupation et dans la peur, le Samedi Saint puisse à nouveau se transformer en Pâques. Également en cette dure épreuve due au coronavirus, votre leitmotiv est vrai et nécessaire : « In Time For Peace ». De tout cœur, je vous souhaite à tous, un temps pascal joyeux et comblé de paix. Le Seigneur de la Paix Ressuscité vous bénisse et vous protège !

                                                                                                                      Kurt Cardinal Koch

https://youtu.be/PVa0bCLphzE

9 mai, Journée de l’Europe

Une journée de rencontre entre Communautés, Mouvements et Pays pour témoigner de la paix et de la solidarité entre les peuples.  Le 9 mai est la fête du continent européen qui célèbre la paix et l’unité entre les peuples. À la suite de la signature historique, le 31 octobre 1999, de la « Déclaration commune sur la doctrine de la justification » entre les dirigeants de différents mouvements et communautés, catholiques et évangéliques, d’Italie et d’Allemagne, est né le réseau together4europe, un voyage commun à la redécouverte des valeurs de paix et de fraternité du vieux Continent. Cette année, la pandémie de Covid-19 empêche les gens de se voir à l’église, sur les places des villes, dans les rassemblements conviviaux, pour des conférences et des prières. Cela ne signifie pas que les activités de cette journée sont annulées, au contraire : avec beaucoup de créativité, des conférences numériques, des prières, des groupes de discussion et des dialogues en ligne entre communautés, mouvements et représentants politiques ont vu le jour, par exemple, à Utrecht, Graz, Rome, Lyon ou Esslingen. Les événements de cette année ont reçu la bénédiction du Pape François  depuis la réception de sa lettre le 22 avril. Le Pape apprécie le service que le réseau together4europe réalise pour le bien commun  à travers des Communautés et des Mouvements très engagés, inspirés par les valeurs de solidarité, de paix et de justice. Pour la Fête de l’Europe, en communion avec Graz, les Comités Ensemble pour l’Europe d’Italie ont promu et organisé un événement en ligne consacré au Oui à la Création défendant la nature et l’environnement, intitulé « Ḗcologie Intégrale : Utopie durable pour l’Europe », le 9 mai. Grâce aux réflexions de Stefania Papa, professeur et expert en écologie, et de Luca Fiorani, physicien du climat, et à la synthèse vidéo des trois messages du pape François, du patriarche Bartholomée Ier et d’Antonio Guterres (ONU) pour la 50e Journée mondiale de la Terre, nous serons aidés à prendre conscience de la manière dont nous pouvons travailler ensemble pour un meilleur présent et un meilleur avenir, en respectant notre Terre, dans une culture de respect, de coopération et de réciprocité. Ensemble pour l’Europe a en effet pour objectif une « culture de la réciprocité ». Elle permet aux différents individus et peuples de s’accueillir, de se connaître, de se réconcilier, d’apprendre à s’estimer et à se soutenir. Le réseau coordonne de nombreuses activités en faveur de la réconciliation et de la paix, de la protection de la vie et de la création, d’une économie équitable, de la solidarité avec les pauvres et les marginaux, de la famille, du bien des villes et de la fraternité sur le continent européen. La diversité ne doit pas être un motif de peur ou de séparation, mais plutôt une richesse développée et harmonisée pour une Europe unie, vivante et fraternelle. Pour plus d’informations, consultez le site www.together4europe.org

                                                                    Lorenzo Russo

SMU 2020 : Message du Secrétaire Général du Conseil Œcuménique des Eglises (COE)

Nous avons reçu le message du Révérend Dr Ioan Sauca, Secrétaire Général du Conseil Œcuménique des Eglises (COE). Nous le remercions pour son soutien et son encouragement pour cette édition de la Semaine Monde Uni. Faisons nôtre son encouragement à être toujours plus des bâtisseurs et des promoteurs de l’unité dans notre contexte quotidien et pour le monde ! Message à la Semaine Monde Uni 2020 Rév. Prof. Dr. Ioan Sauca Secrétaire général En tant que secrétaire général en exercice du Conseil Œcuménique des Églises, c’est une joie pour moi de vous saluer et de vous encourager à l’occasion de la Semaine de l’unité avec la proclamation solennelle de Pâques : Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! La communion mondiale des Eglises est solidaire avec vous et nous prions pour la guérison et la réhabilitation de l’humanité et de toute la création de Dieu, en particulier en cette période d’incertitude et de peur causée par la pandémie du COVID-19. Dans ces circonstances, nous réalisons encore plus combien nous sommes unis en une seule humanité: nous partageons les mêmes peurs, les mêmes défis et la même aspiration au bien-être de notre unique famille humaine. En outre, à la lumière de la résurrection de Jésus, nous avons également des raisons de partager la même espérance de vie renouvelée en travaillant et en marchant vers le royaume de justice et de paix de Dieu. Vous, les jeunes du mouvement des Focolari, si clairement orientés à unir l’humanité, révélez les dimensions et les aspirations de la vision de Chiara Lubich pour le mouvement œcuménique : de combler non seulement les anciennes divisions entre les chrétiens, mais de vivre à la suite du Christ de manière à guérir le monde. Vous êtes un don pour nos communautés. Votre passion et votre désir de changer le monde inspirent et motivent tous ceux d’entre nous qui sont confrontés à la réalité d’aujourd’hui. De toutes les manières, grandes et petites, cette génération est confrontée aux plus grands défis du changement climatique, de l’inégalité économique, des besoins des migrants et des réfugiés. Comme nous pouvons le constater aujourd’hui, l’expérience numérique de votre génération nous conduit à de nouvelles façons d’analyser et de réfléchir à notre vision commune de l’unité des chrétiens, telle qu’elle est exprimée dans la prière de Jésus en Jean 17:21. Là, Jésus a prié « afin que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi et que je suis en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m’as envoyé ». La vision de Jésus ne se limite pas à notre famille chrétienne, mais inclut toute l’humanité et tout ce que Dieu a créé. Ainsi, malgré les incertitudes et la peur, notre époque est aussi un temps de résurrection avec d’énormes possibilités de se rencontrer et de se mettre au service les uns les autres, sœurs et frères. La prière de Jésus nous rappelle que l’unité grandit pour servir un plus grand besoin. En Jean 20:23, Jésus apparaît à ses disciples qui se sont isolés dans une pièce fermée à clé. Jésus les rassure en leur disant : « La paix soit avec vous ». Mais cela ne s’arrête pas là. En donnant la paix une seconde fois, il ajoute : « Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie ». La tâche et l’appel à travailler pour la paix sont clairs. Alors que vous entamez cette édition de la Semaine de l’unité dans différentes parties du monde, je vous invite à réfléchir aux paroles de Jésus dans le contexte actuel du besoin d’unité et de paix : comment vivons-nous l’unité de Dieu aujourd’hui dans un monde qui souffre ? En tant que jeunes, comment répondons-nous aux inégalités et aux besoins du monde afin que la paix de Dieu puisse habiter l’humanité et la création tout entière ? Genève, 28 avril 2020

https://www.youtube.com/watch?v=-p39HC8PmYM&feature=emb_logo

Ermanno Rossi : « Ne rien demander et ne rien refuser. »

Il a été l’un des premiers religieux à adhérer à la spiritualité du mouvement des Focolari. Un contemplatif en pleine action ; un homme de Dieu immergé dans l’humanité. Que signifie « contemplation » et quel est l’intérêt de la contemplation aujourd’hui ? Comment envisager le XXIe siècle ? En des temps comme ceux que nous vivons, confinés pour Covid et pris par l’inquiétude du lendemain, prendre le temps d’entrer en  contact avec l’Absolu pourrait ne pas sembler être une priorité. Mais il y a quelques jours, j’ai été amenée à reconsidérer cet : j’ai rencontré la figure extraordinaire du père Ermanno Rossi, un dominicain italien, pionnier du mouvement des Focolari dans les années 50, qui nous a quittés ce lundi demPâques. Sa trajectoire existentielle montre que seule une relation intime avec Dieu pouvait la rendre possible. C’est ce que confirme un texte qu’il a rédigé à l’occasion de son 90e anniversaire : « Les difficultés n’ont pas manqué au cours de ma vie ! Je ne me souviens que d’une conviction intérieure qui m’a guidé dans tous mes choix : « Ne rien demander et ne rien refuser. » Cela signifiait pour moi : bien évaluer la tâche qui m’était confiée, y mettre toutes mes forces avec la certitude que Dieu s’occuperait du reste. C’est pourquoi je n’ai jamais rien demandé ni refusé quoi que ce soit, quelle que soit la tâche qu’on me demandait, même si c’était presque toujours contraire à mes sentiments. À mon âge, cependant, je peux vous assurer qu’il valait la peine de faire confiance à Dieu. (…) En plus des difficultés, j’ai eu des grâces extraordinaires. Parmi celles-ci, ma rencontre avec Chiara Lubich et son Mouvement qui a occupé une place très importante. Ce fut le phare de ma vie. » Sa vie fut pour le moins intense : de 1950 à 1955, il est responsable des jeunes novices dominicains ; il écrit que sa cellule était sa voiture : « Je sillonnais constamment tout centre de l’Italie. » C’est au cours de ces années que le père Ermanno est venu dans l’une des premières communautés romaines du mouvement des Focolari et a rencontré Graziella De Luca : « Je ne lui ai posé qu’une seule question : Maintenant que tu es en vie, tout va bien ; mais quand la première génération sera passée, il y aura inévitablement un déclin, comme c’est le cas pour toutes les fondations ». Graziella m’a répondu : « Non ! Tant que Jésus sera présent  au milieu de nous, cela n’arrivera pas. » À partir de ce moment, sa vie a connu une accélération : successivementl recteur et économe d’un séminaire, pofesseur de moarale à Loppiano, il a aussi parcouru toute l’Europe pour faire connaître l’esprit des Focolari à de nombreux religieux. Il a été responsable du Centre missionnaire de sa province religieuse, puis curé de paroisse à Rome et supérieur d’une petite communauté. Avec quel esprit le père Ermanno a-t-il vécu tout cela ? Il le raconte lui-même : « Auu cours de toute ma vie une constante m’a accompagné : je devais chaque fois recommencer à zéro, me « recycler », comme si je devais apprendre un   nouveau métier. Autre constante : au premier impact, la nouvelle situation se révélait toujours douloureuse, puis je la considérais comme providentielle. J’ai maintenant la certitude que les dispositions de la Providence  envers moi sont  les meilleures qui puissent m’arriver. » Dans la spiritualité de l’Unité, le père Ermanno a trouvé le chemin d’une nouvelle relation avec Dieu. Jusqu’alors, il l’ avait cherché dans la solitude. Avec Chiara Lubich, il a découvert que le frère est le chemin direct pour aller à Dieu ; un chemin qui ne requiert pas nécessairement la solitude : il peut aussi être vécu au milieu des foules.

                                                                             Stefania Tanesini

« Abbà, Père ! »

Le texte de Chiara Lubich qui suit nous conduit au cœur de la foi chrétienne. « Nous avons cru à l’amour de Dieu – c’est ainsi que le chrétien peut exprimer le choix fondamental de sa vie . » C’est un choix qui s’avère assez audacieux en ce moment, mais qui n’en est pas moins vrai. Cette fois-ci, nous parlerons encore de la prière : elle est la respiration de notre âme, l’oxygène de toute notre vie spirituelle, l’expression de notre amour envers Dieu, le carburant de chacune de nos activités. Mais de quelle prière voulons-nous parler ? De cette prière, aux richesses infinies et divines, qui est toute contenue dans une parole, dans un seul mot que Jésus nous a enseigné et que l’Esprit Saint a mis sur nos lèvres. Mais allons à son origine. Jésus priait, il priait son Père. Pour lui, le Père était « Abba », le père, le papa auquel il s’adressait avec des accents de confiance infinie et d’amour sans limites. Il le priait en étant au sein de la Trinité où il est lui-même la seconde Personne divine. C’est bien aussi par cette prière toute spéciale que Jésus a révélé au monde qui il était réellement : le Fils de Dieu. Mais comme il était venu sur terre pour nous, il ne s’est pas contenté d’être lui seul dans cette condition privilégiée de prière. En mourant pour nous, en nous sauvant, il nous a faits enfants de Dieu, ses frères, et il nous a donné, à nous aussi par l’Esprit Saint, la possibilité d’être introduits au sein de la Trinité, en Lui, avec Lui et par Lui de sorte que pour nous aussi cette divine invocation, la sienne, est devenue possible : « Abba Père », « papa ! mon papa », notre papa, avec tout ce que cela comporte : certitude de sa protection, sécurité, abandon aveugle à son amour, consolations divines, force, ardeur. Ardeur qui nait dans le cœur de celui qui est sûr d’être aimé… C’est cela la prière chrétienne. Une prière extraordinaire. Une prière que l’on ne rencontre nulle part ailleurs ni dans d’autres religions. Si l’on croit en une divinité, tout au plus on la vénère, on l’adore, on la supplie mais on reste en quelque sorte extérieur à elle. Là non. On entre dans le cœur de Dieu. Et alors ? Rappelons-nous avant tout les hauteurs vertigineuses auxquelles nous sommes appelés en tant que fils de Dieu et, par conséquent, l’exceptionnelle possibilité de prier que nous avons. Naturellement on ne peut dire : « Abba, Père », avec toute la signification que contient ce mot, que si l’Esprit Saint le prononce en nous. Et pour que cela puisse se faire, il faut être Jésus, rien d’autre que Jésus. Le moyen ? Nous le connaissons : Jésus vit déjà en nous par la grâce, mais il y faut encore notre contribution. Celle-ci consiste à aimer, à être dans l’amour envers Dieu et envers le prochain. Puis l’Esprit Saint mettra cette parole sur nos lèvres avec plus de plénitude si nous sommes en unité parfaite avec nos frères, là où Jésus est au milieu de nous. Que la prière « Abba, Père » soit tout particulièrement notre prière. […] Par elle, nous correspondrons pleinement à notre vocation qui est de croire à l’amour, d’avoir foi en l’amour qui est à la racine de notre charisme. Oui, l’Amour, le Père nous aime. Il est notre papa : de quoi aurions-nous peur ? Et comment ne pas voir dans le dessein d’amour qu’il a sur chacun de nous et qui se révèle à nous, jour après jour, l’aventure la plus extraordinaire à laquelle nous pouvions être appelés ? « Abba » est la prière caractéristique du chrétien et de nous, focolarini, en particulier. Si donc nous sommes sûrs de vivre notre Idéal, c’est-à dire si nous sommes dans l’amour, adressons-nous ainsi au Père, comme le faisait Jésus. Les conséquences ? Nous les éprouverons dans notre cœur.

Chiara Lubich

(Liaison téléphonique, Rocca di Papa, le 9 mars 1989) Extrait de : « Abbà, Padre ! », in : Chiara Lubich, Conversazioni in collegamento telefonico, p 355. Città Nuova Ed., Roma 2019.

La paix est au cœur de la Semaine du Monde Uni

Jamais comme cette année, la Semaine du Monde Uni est un événement à la fois local et mondial. Plus de 400 micro et macro événements ont lieu dans 65 pays. Le tout strictement en ligne. Samedi 2 mai, à 12h00 (UTC +2), aura lieu le streaming en direct « #InTimeForPeace Web Event ».  Vous n’avez que l’embarras du choix : vous pouvez commencer la Semaine du Monde Uni (SMU) en participant au Run4Unity en Australie ou au Texas, puis vous joindre à la prière pour la paix à Cuba et aller voir le « café politique » en Argentine. La série Webinair, promue par le Projet Monde Uni, est également très intéressante. Pour les amateurs de World Music, des événements et des concerts sont organisés dans différents pays africains. Et ce qui est formidable, c’est que vous ne devez même pas choisir : vous pouvez participer à tout et en plus, confortablement assis depuis chez vous. Le Covid-19 aurait pu être le patron de la Semaine du Monde Uni 2020 et il n’en a pas été ainsi ; pas seulement en tout cas. #intimeforpeace – à temps pour la paix – est le titre et le slogan de plus de 400 événements programmés dans 65 pays du monde entier. Cela signifie que pendant une semaine au moins, la paix, les droits de l’homme et la légalité feront l’objet de réflexions et d’actions 24 heures sur 24 et sous différentes latitudes ; cela signifie qu’un nombre croissant de personnes croient que la construction d’un monde régi par des règles, des économies, des cultures inspirées par la paix sous toutes ses formes possibles ne peut plus être reportée. Elle commence le 1er mai et jusqu’au 7 mai. Comme disent les jeunes, il y en aura pour tout le monde ! Sur la page web du Projet Monde Uni, il y a un large choix ; comme pour dire qu’il n’y a pas une seule façon de soutenir la paix, de lutter pour les droits de l’homme, de pratiquer la légalité. Que nous fabriquions des masques, que nous distribuions de la nourriture, que nous tenions compagnie à ceux qui sont seuls ou que nous fassions simplement notre devoir en restant à la maison, chaque geste de proximité, de solidarité, de soutien à distance relève du grand parapluie de la paix. Parmi les actions clés de cette SMU, il y a la pétition pour demander la fin de l’embargo contre la Syrie, promue par l’ONG New Humanity et signée par de nombreuses personnalités: l’appel envoyé au Secrétaire Général des Nations unies et au Président du Parlement européen a la force d’un appel mondial pour sauver un pays déjà à genoux après 10 ans de guerre et qui risque maintenant de sombrer dans l’abîme à cause de la menace du Covid.  COMMENT, OÙ ET QUAND SUIVRE LES ÉVÉNEMENTS DE LA SMU L’espace et le conteneur du marathon multimédia « In Time For Peace » est le site www.unitedworldproject.org où vous pouvez également consulter le calendrier des événements locaux. Les événements centraux Samedi 2 mai, à 12h00 (UTC +2), le streaming en direct « #InTimeForPeace Web Event » connectera différentes villes de la planète, en racontant des histoires et des actions, en accueillant des débats et des performances artistiques. Dimanche 3 mai, de 11h à 12h dans chaque fuseau horaire, il y aura virtuellement Run4unity, un événement sportif, un relais non-stop qui embrassera le globe, avec des jeux, des défis, des témoignages et des engagements pour répandre symboliquement un arc-en-ciel de paix sur la Terre.

Stefania Tanesini

www.unitedworldproject.org

 

Évangile vécu : l’autre, ma chance

Tout dépend de la manière avec laquelle on regarde « l’autre », la sœur ou le frère : les situations peuvent se retourner si nous choisissons d’aimer. Des temps durs Krystyna me parlait des temps durs de la Pologne lorsqu’elle était en état de guerre : « Les vivres alimentaires et les produits pour l’hygiène faisaient défaut, nous recevions des choses de la part d’amis qui habitaient dans ce qu’on appelait l’Allemagne de l’Est. Par contre, nos voisins faisaient la fête très souvent avec une utilisation abondante d’alcool. Un jour cependant, nous avons remarqué qu’il y avait un silence inhabituel dans leur appartement et nous avons appris, par leur fillette qui était désormais seule, que la maman était à l’hôpital. J’avais été la trouver en lui apportant du savon et du dentifrice, denrées introuvables à cette époque-là. A peine m’avait-elle vue, qu’elle m’avait montré sa stupéfaction : « C’est vous que j’ai pourtant toujours dérangée, vous qui êtes venue me rendre visite ? Aucun des amis que nous fréquentions n’est venu me trouver. Une fois rentrée à la maison, elle m’invita chez elle. L’accueil fut chaleureux. Puis elle commença à me confier quelque chose de sa triste enfance, le non- sens de sa vie et le besoin de sortir d’un certain cercle vicieux. Je l’avais écoutée avec amour et lui avais assuré que j’allais prier pour elle. Par la suite, l’homme qui vivait avec elle s’en était allé et la fameuse compagnie bruyante avait donc arrêté de fréquenter cette maison. Finalement, cette maman avait pu offrir une vie « normale » à sa fillette ». B.V.- Pologne Un  jeune couple du Sud Arrivés du Sud de l’Italie, ils avaient quitté leur terre pour se transférer au Nord afin de quitter un village où la mafia était dominante. Ils avaient besoin de trouver une maison et un travail tous les deux. Ma propre situation financière n’était pas des plus florissantes, mais avec l’aide de la foi, j’ai commencé à les aider et à chercher avec eux un logement. Malheureusement, lorsque je disais qu’ils venaient du Sud, de nombreuses portes se fermaient. J’ai pleuré avec eux et une fois de plus, j’ai compris que seul un pauvre peut comprendre un autre pauvre. J’ai vécu avec ce jeune couple de nombreuses humiliations, et, lorsqu’à la fin, nous avons trouvé maison et travail, je me suis retrouvée enrichie par ces moments vécus ensemble. V.M. – Italie Les nappes volées Je travaille comme caissière dans un restaurant. Je ne me fais aucun scrupule à demander les restes en cuisine pour les apporter aux enfants qui vivent dans les rues. Ils sont tellement nombreux ceux qui tous les jours, je rencontre sur mon chemin quand je rentre chez moi. Un jour, alors que je descends du bus, quelqu’un m’arrache le sac de mes mains et s’enfuit. Je suis interdite : il y avait dans le sac, dix nappes du restaurant à peine retirées du salon lavoir. Comment faire ? Comment vais-je l’annoncer à mon patron ? Acheter le tissu pour les refaire, c’est impensable, c’est beaucoup trop cher pour moi et je ne sais pas comment le dire à ma maman et au directeur du restaurant. Je suis cependant certaine que le Père Éternel m’aidera. Le jour suivant, je raconte à mon patron ce qui  m’est arrivé, et lui, sans se décomposer, me dit qu’il attend les nappes le plus vite possible. A ce moment-là, une cliente qui a écouté la conversation s’approche et se déclare disponible pour acheter le tissu nécessaire à la confection des nouvelles nappes. Incroyable ! Ma première raison de me réjouir, fut celle de penser aux enfants que j’allais encore pouvoir aider dans la rue avec la nourriture. D.F. – Philippines Confiance Je rencontrai Alvaro dans une brasserie : 35 ans, négligé et avec une barbe mal rasée. Lorsqu’il me demanda de l’aider pour compléter des formulaires de demande d’emploi, je lui donnai rendez-vous dans mon studio le jour suivant. Il se présenta en soirée en disant qu’en réalité il ne cherchait qu’un peu d’amitié. J’eus pour lui de la compassion et surmontant le dégoût dû à l’odeur qu’il émanait, je lui offris un verre de brandy. Il comprit alors que je ne le jugeais pas et commença à me raconter ses problèmes : lorsqu’il était enfant, il avait été abandonné par sa mère et son père avait fini en prison. Les heures passaient et lui, comme s’il en faisait une confession, continuait à me parler de lui-même. Il rayonnait lorsqu’il se rendit compte qu’il faisait jour et en s’excusant, il me salua. Je le revis d’autres fois, je lui fis connaître mes amis qui l’accueillirent avec une même familiarité. Lui voulait donner sa contribution en faisant de petits travaux : un homme capable de tout faire. Il réussit aussi à trouver un travail stable, il fit même carrière, se maria et devint père de deux enfants. Lorsque, des années après, il me raconta tout cela, il était une autre personne. Il avait retrouvé sa dignité, grâce à la confiance que nous lui avions témoignée. A.C. – Italie

                                                                                                                      D’après Stefania Tanesini

(extrait de l’Évangile du jour, Città Nuova, année VI, n.2, mars-avril 2020)

Demander, c’est aussi ‘’aimer’’

Dans son homélie du Vendredi Saint 2020, dans la Basilique de Saint-Pierre de Rome, le Père capucin, Raniero Cantalamessa, a dit qu’« il y a des choses que Dieu a décidé de nous accorder à la fois comme fruit de sa grâce et de notre prière ». Cet écrit de Chiara Lubich est une invitation à collaborer avec Dieu, en demandant des grâces et en nous mettant dans les meilleures conditions possible pour les obtenir. « Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande[1]. » (…) Par cette Parole, Jésus veut nous dire clairement qu’il n’y a pas de communion avec Dieu, de culte vrai, de prière authentique, sans réconciliation avec nos frères. Espérons donc, qu’une telle Parole soit entrée profondément dans tous nos cœurs. Et c’est en raison de cette espérance que je voudrais maintenant vous parler de la prière qui, sur cette base, est certainement reçue par Dieu. Je voudrais vous parler en particulier de la prière de demande, de demande d’aide et de grâces. J’ai l’impression, en effet, qu’on ne lui accorde peut-être pas suffisamment d’importance. Pourquoi ? Aussi pour un motif très noble : ayant abordé notre foi de manière plus approfondie, étant devenus, en pratique, plus religieux, nous avons compris que la religion ne consiste pas seulement à se rendre à l’église pour demander et demander encore, mais qu’elle consiste à aimer Dieu et donc à donner. Et nous engageons notre vie pour mettre en œuvre tous ces principes que notre spiritualité évangélique suggère également, pour faire – comme on dit – toute notre part. C’est certainement un raisonnement plus que valable. Cependant, nous devons faire une considération : aimer Dieu implique d’observer tous ses commandements. Or un des commandements sur lequel Jésus insiste est justement celui de demander : « Demandez et il vous sera donné, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira[2]. » Que devons-nous faire alors ? Demander plus et mieux car c’est ce que Dieu veut. C’est également de cette manière que nous lui manifesterons notre amour. (…) Certainement, nous prions, et cela signifie que nous ne nous appuyons pas seulement sur nos propres forces. Toutefois, nous pouvons nous améliorer dans deux directions : en premier lieu, sans multiplier les prières, mais se rendre mieux compte de ce que l’on demande déjà. Réfléchissons un peu et nous verrons combien de grâces nous demandons dans chacune de nos prières. (…) En second lieu, nous pourrions nous améliorer en priant, comme le disent les saints, en cherchant à obtenir. Et l’on obtient, lorsqu’on demande avec la conscience qu’on ne peut rien faire par nous-mêmes et donc, avec humilité, convaincus en revanche, qu’on peut tout faire avec Dieu, et donc confiants en Lui. On obtient si l’on prie avec persévérance, en demandant toujours avec une insistance pleine d’amour, comme Jésus le désire. Il est donc nécessaire de nous recentrer toujours plus sur ces demandes que nous faisons déjà. Les présenter toujours mieux, avec une vigueur égale à celle que nous mettons à vivre notre Idéal. Ainsi tout sera plus fécond. Et prions tant qu’il en est encore temps. Je me souviens toujours de la recommandation de la maman d’un des premières focolarines avant de mourir : « Priez durant votre vie car à la fin on n’en a plus la possibilité. »

Chiara Lubich

(Extrait d’une conférence téléphonique, Rocca di Papa, 16 février 1984) Texte tiré de :« E’ amore anche domandare », in Chiara Lubich, Conversazioni in collegamento telefonico, p. 145. Città Nuova Ed., Rome 2019. [1]Mt 5,23-24. [2]Mt 7,7.

L’Évangile vécu : quand c’est la foi qui gagne

« La  » foi » – a écrit Chiara Lubich – est la nouvelle façon de « voir », pour ainsi dire, de Jésus. »[1] Avec elle, nous pouvons L’approcher dans chaque personne et Le comprendre en profondeur, Le rencontrer au plus profond de notre cœur. Nous n’avons manqué de rien Un jour, le propriétaire de l’entreprise où je travaille a réuni le personnel et, après avoir énuméré les problèmes à résoudre, il nous a proposé de réduire nos heures de service, avec une baisse de salaire de 30 %, pour éviter les licenciements et continuer à rétribuer tous les salariés. Que faire ? Ce fut une période difficile, vu que j’ai une famille… mais comme cela permettait à un  grand nombre d’entre nous de continuer à travailler, j’ai accepté.  À la maison, ma femme et moi nous sommes engagés à faire confiance à la providence de Dieu et nous avons également associé nos enfants à notre prière, non seulement pour les besoins de notre famille, mais aussi pour d’autres familles en difficulté. Un des premiers signes que Dieu nous avait écoutés fut le remboursement d’une somme que j’avais prêtée à un ami il y a quelque temps et que je n’espérais plus  récupérer. Maintenant que de nombreux  mois ont passé, nous nous rendons compte que non seulement nous n’avons jamais manqué de rien, mais que nos enfants  se sentent désormais beaucoup plus responsables. S.d.O. – Brésil Téléachat Je me trouve très fréquemment dans la situation délicate de devoir dire non à un télévendeur. Souvent, ces appels téléphoniques non désirés arrivent au moment le moins indiqué de la journée. Au fil des ans, j’ai mis en place une série de réponses :  tantôt faire semblant d’avoir un accent étranger et de ne pas comprendre , tantôt  prétexter   d’un manque de temps en  raccrochant rapidement. Cependant, chaque fois que j’ai utilisé ce genre de tactique, je me suis sentie mal à l’aise, sachant que je n’avais rien fait de positif pour cette personne  qui n’avait pas d’autre choix que de travailler dans le téléachat. Que faire alors ? Refuser doucement mais fermement avant que mon interlocuteur fasse ses propositions, pour lui éviter de perdre du temps avec moi ? Mais lorsque je me souviens que la personne qui rend ce service est un prochain à aimer, je l’écoute… mais  plus je l’écoute, plus je suis contrariée lorsque je dois finalement lui signifier mon refus. J’essaie d’apprendre, de lui souhaiter au moins une « Bonne journée ! » avant  de terminer. C.C. – USA Percevoir l’amour Un homme de 52 ans qui s’était tiré une balle dans la tête pour des problèmes familiaux a été admis dans mon service. Par chance, son cerveau ne présentait  aucune lésion, mais en revanche ses yeux avaient été été touchés. L’opération était très compliquée. Lors des visites qui ont suivi, il ne faisait que répéter qu’il voulait mourir. Après la période de soins intensifs, il a été affecté dans mon service, où je profitais de toutes les occasions pour aller le saluer. Un jour, je lui ai demandé : « Sais-tu qui est à côté de toi ? » Et lui de me dire : « Je ne vois pas, mais je pense que c’est la doctoresse qui m’a      opéré. Pendant l’opération, j’ai ressenti beaucoup d’amour ». Je lui ai promis de faire tout mon possible pour sauver au moins un de ses yeux. Un espoir qui s’est confirmé quand  un matin il m’a dit qu’il commençait à percevoir une lueur  lumineuse. Sa vue s’est améliorée de jour en jour. Quelques mois après sa sortie de l’hôpital, il est venu me voir. C’était une personne différente : une nouvelle vie avait commencé pour lui, y compris  dans  son couple . Mais il a surtout tenu à me dire qu’il avait découvert  la foi. Je lui ai répondu  en plaisantant qu’il avait dû perdre un œil pour mieux voir! F.K. – Slovaquie

                                                                                     Propos recueillis par Stefania Tanesini

extrait de :  Il Vangelo del giorno, Città Nuova, année VI, n.2, mars-avril 2020   [1] C. Lubich, Parola di Vita avril 1980, in eadem, Parole di Vita, édité par Fabio Ciardi (Opere di Chiara Lubich 5 ; Città Nuova, Rome 2017), p. 169-170.

Être bien enraciné dans le présent

Être bien enraciné dans le présent

Une manière inattendue de vivre le centenaire de Chiara Lubich. L’intervention de Marie Voce pour l' »Osservatore Romano ».  2 avril 2020 «Célébrer pour rencontrer » est le mot d’ordre que, comme Mouvement des Focolari, nous avons choisi pour commémorer en 2020, dans le monde entier, les 100 ans de la naissance de notre fondatrice, Chiara Lubich. Jusqu’à il y a quelques semaines, ce slogan nous semblait un choix judicieux pour célébrer, sur les modalités les plus variées, la personne de notre fondatrice et le charisme que Dieu lui a donné et qu’elle a généreusement transmis. Nous espérions en effet que les personnes la rencontrent vivante aujourd’hui, qu’elles ne l’évoquent pas comme un souvenir nostalgique mais qu’elles la retrouvent dans sa spiritualité, dans ses œuvres et surtout dans son « peuple », c’est-à-dire dans ceux qui vivent, aujourd’hui, son esprit de fraternité, de communion et d’unité. Et depuis le 7 décembre 2019, nous nous sommes réjouis des très nombreux événements qui ont eu lieu dans le monde entier. Nous aurions aimé que la fête se poursuive. Mais en peu de temps, le scénario a changé et le slogan « célébrer pour rencontrer » risque de paraître anachronique : nous avons, nous aussi, suspendu toute forme de célébration ou d’événement. La pandémie causée par le coronavirus oblige de plus en plus de pays de la planète à prendre des mesures drastiques pour ralentir sa propagation : le confinement et la distance physique sont pour l’instant les instruments les plus efficaces. C’est ce que nous démontrent les indices qui nous parviennent de la Chine, que nous avons suivie avec inquiétude, pendant des semaines. Mais ici en Italie et dans plusieurs autres pays du monde, la situation est encore très grave.

© Horacio Conde – CSC Audiovisivi

Pour beaucoup d’entre nous qui vivons le confinement, c’est une expérience complètement inédite. Elle a non seulement une dimension sociale ou psychologique, mais aussi une forte répercussion spirituelle. Cela vaut pour tous, et en particulier pour les chrétiens. Une situation qui touche également au plus profond, notre spiritualité spécifique en tant que Focolari. Nous sommes faits pour la communion et l’unité. Savoir créer des relations est peut-être la qualité la plus caractéristique d’une personne qui a connu et accueilli l’esprit de Chiara. Et c’est précisément cette dimension qui semble maintenant limitée au maximum. Mais l’amour ne se laisse pas limiter. C’est la grande expérience que nous vivons en ces jours dramatiques et douloureux. Plus que jamais, je reçois du monde entier des témoignages de personnes qui mettent en œuvre la créativité et l’imagination, et qui se donnent aux autres même dans des conditions difficiles et inhabituelles : des enfants qui racontent les petits ou grands gestes d’amour pour surmonter les difficultés du confinement ; des jeunes qui se mettent en réseau pour créer un relais de prière ; des chefs d’entreprise qui vont à contre-courant pour ne pas profiter de l’urgence mais plutôt se mettre au service du bien commun, fût-ce au détriment de leur intérêt personnel. Il y a beaucoup de façons d’offrir soutien et réconfort: par la prière avant tout ; par un appel téléphonique, un message WhatsApp, un e-mail…, afin que personne ne se sente seul, ceux qui sont chez eux, mais aussi les malades et ceux qui font le maximum pour guérir, consoler et accompagner ceux qui subissent les conséquences de cette situation. Et puis il y a des messages de solidarité qui nous aident à ouvrir grand nos cœurs au-delà même de l’urgence coronavirus, comme celui des jeunes de Syrie qui, malgré leurs conditions dramatiques, trouvent la force de penser à nous, en Italie. Ce sont les jeunes qui nous enseignent que ces expériences partagées sur les réseaux sociaux peuvent se multiplier, car le bien aussi peut être contagieux. À travers ces témoignages, une conviction a mûri en moi : le centenaire de Chiara Lubich n’est pas suspendu et le mot d’ordre « Célébrer pour rencontrer » est plus actuel que jamais. C’est notre Père du Ciel, ou peut-être Chiara elle-même, qui nous invite à vivre cette année jubilaire d’une manière plus profonde et plus authentique. Au-delà des conditionnements, et même dans l’impossibilité où nous sommes de célébrer l’Eucharistie ensemble, nous redécouvrons la présence de Jésus, vivante et forte dans l’Évangile vécu, dans le frère que nous aimons et parmi ceux qui – même à distance – sont unis en son nom. Mais de manière toute particulière, notre fondatrice nous fait redécouvrir son grand amour, son époux : Jésus Abandonné – « le Dieu de Chiara » –, comme aime le définir Mgr Lauro Tisi, l’archevêque de Trente. C’est le Dieu qui est allé jusqu’à la limite, pour accueillir en Lui toute expérience de limite et la valoriser. C’est le Dieu qui s’est fait périphérie pour nous faire comprendre que, même dans l’expérience la plus extrême, nous pouvons encore Le rencontrer. C’est le Dieu qui a pris sur lui toute sorte de douleur, d’angoisse, de désespérance, de tristesse, pour nous apprendre que la souffrance acceptée et transformée en amour est une source inépuisable d’espoir et de vie. Tel est le défi de cette urgence planétaire : ne pas fuir, ne pas chercher seulement à survivre pour arriver au but sains et saufs, mais bien nous enraciner dans le présent, en regardant, en acceptant et en affrontant chaque situation douloureuse – personnelle ou concernant d’autres – pour en faire un lieu de rencontre avec « Jésus Abandonné » et trouver, dans l’amour pour Lui, la force et la créativité pour construire des relations de fraternité et d’amour aussi dans cette situation difficile. Pour Chiara, chaque rencontre avec « l’Époux », avec « Jésus Abandonné », était une fête, une célébration. En le rencontrant – j’en suis convaincue – nous la rencontrerons également parce que nous apprendrons, comme elle-même a essayé de le faire, à regarder chaque situation avec le regard de Dieu. Peut-être pourrons-nous, nous aussi, refaire l’expérience de Chiara et de ses compagnes, qui ne s’étaient « pratiquement » pas rendu compte de la guerre ni du moment où elle avait pris fin car, prises par Dieu et par son amour, elles sentaient que la réalité qu’elles vivaient, l’amour concret qui circulait entre elles et beaucoup d’autres personnes dans leur ville, était plus fort que tout. Nous ne savons pas combien de temps durera cette urgence : peut-être des semaines ou des mois. Mais cela passera. Et le monde que nous trouverons au bout du tunnel, nous le construisons maintenant.

Maria Voce

Source Osservatore Romano – https://www.vaticannews.va/it/osservatoreromano/news/2020-04/radicarci-bene-nel-presente.html

 

Elle a terminé la course, Regina Betz (3 janvier 1921 – 17 mars 2020)

Regina Betz est décédée à l’âge de 99 ans le 17 mars. Focolarine allemande, elle était professeure de sociologie, pionnière du mouvement des Focolari en Allemagne et en Russie, passionnée d’œcuménisme et d’engagement pour le renouveau chrétien de la société, Elle était toujours pressée. Depuis que je connais Regina, j’entends son pas accéléré. Non pas celui de qui se sent poussé ou poursuivi, mais plutôt le pas de quelqu’un qui a un but à atteindre et qui ne veut pas perdre de temps. Si, au contraire, elle s’arrêtait à toi, elle était pleinement présente : avec ce regard intelligent et vif, avec ce sourire sans équivoque, canaille, qui illumine toute ta journée. Regina Betz a eu beaucoup à faire dans sa vie. Elle naît à Göttingen (Allemagne) dans une famille catholique. Elle est l’aînée de deux garçons et elle grandit dans une région à majorité luthérienne où l’on vit un œcuménisme naturel, renforcé par la résistance commune au nationalisme hitlérien. Elle passe, la Seconde Guerre mondiale en Italie, elle s’installe à Rome, après avoir étudié l’économie sociale de 1955-1958, pour travailler au Conseil pontifical pour les laïcs. C’est là qu’elle découvre le mouvement des Focolari et qu’elle est frappée par « une lumière et une force » comme elle l’écrira plus tard dans un de ses livres1). Pour en découvrir le secret, elle participe à la Mariapolis de 1958 et découvre – comme elle le raconte – « des chrétiens qui vivent volontairement l’unité » et le modèle d’une « société nouvelle et humaine ». « J’avais enfin trouvé ce que je cherchais depuis longtemps. Je chantais de joie ». De retour en Allemagne, où il n’y a pas encore de focolare, elle poursuit son travail dans l’Église et effectue d’importants voyages en Asie et en Amérique du Sud. En 1966, elle fait partie des Volontaires du mouvement des Focolari lorsqu’elle reçoit l’invitation à enseigner la sociologie à l’école de formation de Loppiano (Italie), où elle se sent encouragée à entrer – à l’âge de 46 ans – comme consacrée au focolare. De 1968 à 1990, elle est professeure de sociologie à Ratisbonne (Allemagne) et est collaboratrice de « l’Institut pour les Églises orientales », ce qui lui permet de rencontrer les chrétiens d’Europe de l’Est et de faire des voyages dans divers pays des Balkans, en Bulgarie et en Roumanie. Elle est particulièrement impressionnée par l’enthousiasme des jeunes communistes, animés par leur amour pour les plus petits. En 1989, on lui propose un poste dans le milieu universitaire à Moscou, ce qui permet d’ouvrir le focolare. « La vie à Moscou s’est avérée être une vie d’ensemble: ensemble au focolare, ensemble avec tant de Russes qui venaient connaître notre vie. J’ai découvert l’âme russe, pleine de générosité et de cordialité. J’ai fait l’expérience d’une grande hospitalité où tout était partagé. Pas de structures mais beaucoup d’amis ». La floraison de la vie autour du focolare a cependant un prix. Comme elle me l’a confié personnellement, Regina tenait à ce qu’en parlant d’elle après sa mort, la partie « sombre » de sa vie soit également partagée. Elle écrit dans son journal de l’époque: « Je n’ai plus rien à donner mais c’est une consolation de savoir Jésus avec moi dans le trou … Pour moi, chaque instant est fatiguant, j’ai peur et je n’arrive pas imaginer que je puisse encore conclure quelque chose ». En 2008, Regina retourne en Allemagne, à la cité œcuménique d’Ottmaring. Ce sont des années empreintes de relations avec les personnes les plus variées, qu’elle suivait par des visites et des milliers de lettres manuscrites pleines de sagesse. Elle était attentive aux événements de l’Eglise et de la société et en parlait. Et même lorsque ses forces diminuent, elle reste fidèle à la Parole de Vie personnelle que Chiara Lubich lui avait donnée : « Quiconque veut sauver sa vie, la perdra ; mais quiconque perd sa vie à cause de moi l’assurera (Mt 16,25) ». « Combien de fois ai-je tout quitté pour recommencer ailleurs à zéro ! Et combien j’en ai retiré : combien d’expériences, combien de connaissances sur la vie des pays et des cultures, combien de relations avec d’innombrables personnes ». Le 17 mars, Regina Betz a terminé sa course et a tout quitté définitivement. Je suis sûr qu’elle a trouvé une vie inimaginable.

Joachim Schwind

  1) Regina Betz, Immer im Aufbruch, immer getragen, Verlag Neue Stadt, München 2014.

Être proches de ceux qui souffrent

Cet écrit de Chiara Lubich aborde un sujet que la pandémie actuelle a beaucoup mis en évidence : la souffrance. Il nous aide à y saisir une mystérieuse présence de Dieu et à voir que rien n’échappe à son amour. Ce regard authentiquement chrétien insuffle l’espérance et nous encourage à faire nôtre toute souffrance : celle qui nous touche directement, comme la souffrance de ceux qui nous entourent. (…) La souffrance ! Elle nous investit parfois tout entiers, d’autres fois, elle nous effleure, mêlant dans nos journées l’amertume à la douceur. La souffrance : une maladie, un malheur, une épreuve, un événement douloureux… La souffrance ! Comment la considérer (…), elle qui est toujours prête à se manifester au cœur de chaque existence ? Comment la définir, comment l’identifier ? Quel nom lui donner ? Qui parle à travers elle ? Si nous regardons la souffrance avec des yeux humains, nous sommes tentés d’en chercher la cause en nous, ou bien en dehors de nous, par exemple dans la méchanceté humaine ou dans la nature, ou en autre chose […]. Il y a peut-être du vrai dans tout cela, mais si nous nous limitons à cette vision des choses, nous passons à côté de l’essentiel. Nous oublions que Dieu se tient derrière la toile de fond de notre vie et que, dans son amour, tout ce qu’il veut ou permet est pour notre bien, pour quelque chose de plus grand. C’est pour cela que les saints reçoivent directement de la main de Dieu chaque événement douloureux qui les frappe. Il est impressionnant de voir qu’ils ne se trompent jamais en cela. Pour eux la souffrance est la voix de Dieu et rien d’autre. Immergés comme ils le sont dans l’Écriture, ils comprennent ce qu’est et ce que doit être la souffrance pour un chrétien. Ils voient la transformation que Jésus y a opérée, et comment il l’a transformée d’élément négatif en élément positif. Jésus lui-même devient l’explication de leur souffrance : Jésus crucifié. Ils arrivent même à la considérer comme pouvant être aimée, voire une bonne chose. C’est pourquoi ils ne la maudissent pas, mais la supportent, l’acceptent, l’étreignent. Ouvrons du reste le Nouveau Testament et nous en aurons la confirmation. Saint Jacques ne dit‑il pas dans sa lettre : « Prenez de très bon cœur, mes frères, toutes les épreuves par lesquelles vous passez[1] » ? La souffrance peut même devenir un motif de joie. Jésus, après nous avoir invités à prendre notre croix pour le suivre, n’affirme-t-il pas : car « Celui qui aura perdu sa vie (et c’est bien là le comble de la souffrance) la sauvera[2]. » La souffrance est donc espérance de Salut. Pour Paul elle est même un motif de gloire, le seul que l’on puisse avancer : « Pour moi, non, jamais d’autres titres de gloire que la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ[3]. » Oui, la souffrance, pour ceux qui la considèrent d’un point de vue chrétien, est une grande chose. Elle nous donne la possibilité de compléter en nous la Passion du Christ, pour notre purification et pour la rédemption d’un grand nombre. Que dire alors à nos proches qui sont aux prises avec la souffrance ? Quel souhait formuler pour eux ? Comment nous comporter à leur égard ? Approchons-les avant tout avec un immense respect : même s’ils n’en sont pas conscients, ils sont en ce moment visités par Dieu. […] Assurons-les de nos prières et de notre soutien afin qu’ils parviennent à prendre directement des mains de Dieu ce qui les tourmente et les fait souffrir, et qu’ils puissent l’unir à la Passion de Jésus, en le faisant fructifier au maximum. Aidons-les à prendre conscience de la valeur de la souffrance. Et rappelons-leur le beau principe chrétien de notre spiritualité, selon lequel une souffrance, si l’on y reconnaît le visage de Jésus crucifié et abandonné, peut se transformer en joie.

Chiara Lubich

  (D’une conférence téléphonique, Rocca di Papa, 25 décembre 1986) Extrait de : “Natale con chi soffre”, in: Chiara Lubich, Conversazioni in collegamento telefonico, p. 265. Città Nuova Ed., Roma 2019.   [1] Jc 1, 2. [2] Mt 10, 39. [3] Ga 6, 14.

Le 50e anniversaire de la « Journée de la Terre » se déplace sur le Net

Le 50e anniversaire de la « Journée de la Terre » se déplace sur le Net

En Italie, la célébration du « Village pour la Terre » se transforme en un marathon multimédia Tout est interconnecté. C’est la clé qui unit les célébrations du 50e anniversaire de l’Earth Day, le 22 avril, à la pandémie de coronavirus qui défie l’humanité aujourd’hui. En cette Journée pour la Terre, l’urgence sanitaire soulève une communauté mondiale qui réclame des modèles économiques et sociaux plus justes. Les célébrations ont lieu à l’occasion du 5e anniversaire de l’Encyclique Laudato Si du Pape François sur le thème de l’écologie intégrale. Le web accueillera des événements dans 193 pays. En Italie, le Village pour la Terre qui se tient selon la tradition à la Villa Borghese, à Rome, se transforme en un marathon multimédia en direct sur la Rai Play et avec des incursions dans d’autres diffuseurs. Nous en avons parlé avec Pierluigi Sassi, président de Earth Day Italia. Le 50e anniversaire de l’Earth Day a lieu, alors que l’humanité est confrontée au défi du coronavirus qui nous amène à revoir nos priorités, nos valeurs et nos objectifs… Aujourd’hui plus que jamais, nous ressentons l’urgence de changer le modèle économique et social qui a régi le développement au cours des dernières décennies et nous voulons donner un message d’espoir, offrir une clé de lecture qui met en évidence la centralité de l’homme et la nécessité de respecter la planète. Nous avons attiré l’attention du monde sur ces questions et c’est ce que fit la décisive Encyclique du Pape François Laudato Si sur le principe de l’écologie intégrale. Une sensibilité mondiale s’est créée aujourd’hui, mais il faut passer à l’action. Le coronavirus alimente cette exigence de changement.

VILLAGGIO PER LA TERRA, Earth Day Italia, Villa Borghese, Roma 21 avril 2018
© Lorenzo Gobbi/Smile Vision Srls

Ce qui ressort de l’observation du développement de la pandémie, c’est l’interdépendance des problèmes et des solutions, élément clé dans la bataille pour la protection de la terre… Le grand concept que le Pape a transmis au monde est qu’il n’y a pas une question environnementale, une question sociale et une question économique, mais qu’il y a une question humaine dans laquelle tous ces facteurs sont interdépendants. Cette conscience devient opérationnelle quand on se rend compte qu’il suffit de peu de choses pour qu’une crise sanitaire comme celle-ci mette en lumière des problèmes qui semblaient déconnectés. L’importance des relations humaines et de l’engagement en faveur de la solidarité économique et sociale apparaît ici. Cette journée a une portée mondiale. Quel est le lien entre les célébrations en Italie et celles dans d’autres pays ? Le coronavirus nous a tous obligés à numériser les célébrations en les mettant sur le Net. Nous avons vu qu’en créant un marathon numérique, de nombreuses connexions ont été créées. C’est la beauté d’un pas en avant qui, presque miraculeusement, dans l’urgence, s’est produit dans un esprit d’unité, et qui aujourd’hui, dans les 193 pays où la Journée de la Terre est célébrée, nous fait sentir plus reliés et nous amène à unir nos efforts pour un plus grand respect de l’homme et de la planète. Comment se dérouleront les célébrations en Italie? Nous avons organisé un marathon multimédia appelé « OnePeople, OnePlanet » pour rappeler que nous appartenons à une seule famille humaine et que nous vivons sur une unique planète. Nous le réaliserons avec de nombreux partenaires médiatiques dont la Rai qui le diffusera intégralement de 8 à 20 heures sur Rai Play, mais aussi par des insertions dans d’autres médias, dans des conteneurs Rai et par des connexions internationales avec de nombreux pays où nous parlerons de peuples indigènes, de déforestation, de la beauté de notre planète.

Claudia Di Lorenzi

Centenaire, les innovations de Chiara: une université à l’échelle mondiale

Centenaire, les innovations de Chiara: une université à l’échelle mondiale

Comment est née l’idée de créer l’Institut universitaire Sophia et comment s’est-il développé jusqu’à ce jour : la portée culturelle du charisme de l’unité de Chiara Lubich ?  L’Institut universitaire Sophia (IUS) est né comme un patrimoine spirituel chrétien en dialogue constant avec les principes sur lesquels les civilisations des peuples ont prospéré et se sont développées. Il est situé à Loppiano (Italie), une cité-pilote des Focolari qui, depuis sa fondation en 1964, est un lieu de formation pour les familles, les jeunes et les adultes, à un style de vie basé sur l’Évangile. Le professeur Piero Coda, Doyen de l’Institut universitaire depuis sa naissance jusqu’en février 2020, explique comment ce projet a été mené à bien au fil des ans. Prof. Coda, comment Chiara Lubich a-t-elle eu l’idée de créer une université ? « Le père Casimiro Bonetti est le capucin qui accompagnait Chiara au début des années 1940. Lors de l’inauguration de l’université en 2008, il m’a confirmé qu’elle avait cette intuition depuis le début ; l’idée est dans l’ADN du charisme de l’unité car il s’agit d’un charisme qui libère une culture, une vision concrète de la personne humaine et du monde. Le départ a été donné concrètement après le rodage dans les années 90 de l’école Abbà qui a commencé avec Chiara à étudier la portée culturelle du charisme en puisant dans l’héritage lumineux du Paradis de 1949 ». Quand est-elle née et comment s’est-elle développée ? « Dans un premier temps, l’université est née avec l’Institut Supérieur de Culture adressé aux Gen (les jeunes du mouvement des Focolari). Il a été inauguré le 15 août 2001 par Chiara avec un discours qui en constitue sa charte. Vu le succès de l’expérience et sous l’impulsion de représentants de la culture tels que Stefano Zamagni, Président de l’Académie pontificale des Sciences Sociales, la planification d’un véritable Institut universitaire a commencé en 2005, sous une forme originale, selon l’idée née du charisme. Il a été érigée par le Saint-Siège le 7 décembre 2007 ». Quel est le lien avec le Saint-Siège ? « Eriger une université, qui ne soit pas immédiatement reconnue par un Etat mais par l’Eglise catholique avec son souffle universel, a été un choix médité de Chiara. Cela signifiait aussi pour elle la reconnaissance, du fait que le charisme de l’unité, comme les grands charismes de l’histoire chrétienne (de Benoît à Dominique et à François, à Ignace de Loyola et à Don Bosco), est un charisme dans lequel l’Église reconnaît la réalisation d’un projet de formation humaine et sociale qui exprime l’Évangile. Avec l’extension ensuite du « processus de Bologne », la reconnaissance bilatérale des diplômes au niveau européen et au-delà, à laquelle l’Eglise participe, des scénarios viables pour l’institution ainsi née ont été envisagés ». Comment a-t-elle évolué au fil des ans ? « Sophia est née et elle s’est développée en marchant sur trois jambes : celle de l’enseignement et de la recherche au niveau universitaire ; celle de l’expérience formatrice partagée dans la vie communautaire entre enseignants et étudiants de toutes les cultures ; celle de la relation avec les expressions concrètes de l’incarnation des valeurs inhérentes au charisme de l’unité dans les différents domaines de la vie sociale, politique et économique. À tous ces égards, de grands progrès ont été réalisés. Il suffit de dire, par exemple, que nous avons commencé avec un seul diplôme et qu’il y en a maintenant quatre : le programme original de la « culture de l’unité » s’est épanoui dans les domaines théologique et philosophique, économique et politique, de l’éducation, du dialogue et de la communication ». Qu’est-ce que Sophia aujourd’hui ? « Sophia est aujourd’hui une confirmation importante, un espoir certain, un investissement stratégique, une confirmation de la valeur et de la pertinence de l’intuition de Chiara. Un espoir que la recherche du nouveau modèle culturel que le changement d’époque nous demande n’est pas une utopie. Un investissement pour promouvoir avec sérieux et vision le développement, non seulement culturel, du charisme de l’unité et de son impact historique ». Dans le passé, il y a toujours eu un Doyen, aujourd’hui il y a un Recteur, qu’est-ce que cela signifie pour l’université ? « Le fait que le département des études du Vatican et l’université aient souhaité ce passage souligne la validité du chemin parcouru et constitue une reconnaissance de l’accès de l’Institut au statut d’Université. On peut également voir un écho de ce que le Pape François nous a dit lors de l’audience du 14 novembre dernier : « Je suis heureux du chemin que vous avez parcouru en ces douze années de vie. En avant ! Le parcours ne fait que commencer » ».

 Lorenzo Russo

   

Faire de la Résurrection une expérience de peuple

Les vœux de Maria Voce, présidente des Focolari, pour cette fête de Pâques : faire l’expérience du passage continu de la mort à la Résurrection grâce à l’amour pour le frère. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons surmonter ce moment douloureux de la pandémie et toute autre souffrance. Pâques 2020 Très chers tous, Cette année, le passage de Jésus de la mort à une vie complètement nouvelle nous interpelle et nous trouve à l’écoute. Et c’est précisément ici que la foi et notre charisme nous viennent en aide : en Jésus crucifié et abandonné – le Dieu de ce présent que nous ne comprenons pas -, nous trouvons la réponse. Même la solitude, dans laquelle nous sommes peut-être contraints de vivre maintenant, vécue avec Lui, peut être peuplée et remplie de Son Royaume[1]. Ce n’est qu’en Le choisissant, en L’étreignant dans chaque souffrance et en L’aimant de manière exclusive que nous et toute l’humanité trouverons le chemin qui nous amènera vers la lumière, vers une nouvelle naissance. JÉSUS EST RESSUSCITÉ ! Faisons l’expérience de passer continuellement de la mort à la Résurrection et proposons-la à beaucoup, à tous. Ainsi nous préparons l’avenir et posons des bases solides au monde qui viendra, lorsque nous nous rencontrerons à nouveau et que nous pourrons de nouveau nous embrasser. BONNE FÊTE DE PÂQUES !     [1] Voir Chiara Lubich, “Dov’è la schiavitù ?”, Fermenti di unità, p. 130, ed. 1963

Le temps de Pâques: isolés mais toujours projetés vers un monde plus uni.

La crise du Corona virus a imposé différentes restrictions dans de nombreux pays et on ne peut sortir de la maison. L’isolement peut être un problème mais la force de la solidarité et l’envie de rester unis et reliés grâce aux réseaux sociaux sont plus forts. Voilà les vœux de Pâques qui se souhaitent dans le monde. https://vimeo.com/406341297

Syrie : bloquons l’embargo

Pour New Humanity, ONG des Focolari, le temps de la paix en Syrie, c’est maintenant. L’appel envoyé au Secrétaire Général des Nations Unies, à la Commission et au Parlement Européen. Nombreuses sont les autorités politiques, civiles et religieuses qui y adhèrent. « Nous demandons de promouvoir une suspension des sanctions économiques au gouvernement syrien de manière à ce que le peuple ait accès aux marchés et aux services financiers internationaux pour recevoir le matériel médical et les fonds nécessaires pour se défendre du virus COVID-19 ». C’est le suc de l’appel fait par New Humanity, ONG des Focolari, en réponse – in primis – au cri de la population syrienne arrivée à la dixième année de guerre civile et actuellement durement éprouvée par la pandémie qui a aussi rejoint ce pays. Mais non seulement : au cri du peuple, s’ajoutent les voix de personnalités du monde entier. Il y a quelques jours, le message d’Antònio Guterres, Secrétaire Général de l’ONU, sur la condition qui nous voit tous unis à combattre l’ennemi commun : « Les nationalités, groupes ethniques et croyances religieuses n’intéressent pas le virus. Il les attaquent tous, indistinctement. Entre-temps, les conflits armés font rage dans le monde. Et ce sont les plus vulnérables – les femmes et les enfants, les personnes portant un handicap, les marginaux, les déplacés – à en payer le prix et à risquer des souffrances et des pertes dévastatrices à cause du Covid-19 ». « Des appels à des fins humanitaires, il y en a eu des centaines pour la Syrie – explique Marco Desalvo, président de l’ONG – mais maintenant on se trouve dans une situation exceptionnelle. Si d’un côté, le Covid-19 nous place tous sur un même degré de vulnérabilité, d’un autre, la réponse que nos états sont en mesure de donner est fortement inégale. Nous avons rédigé cet appel pour le Secrétaire Général des Nations Unies et pour les Institutions européennes afin de demander la suspension, au moins temporaire, de l’embargo pour toute aide médicale et pour les transactions financières, afin que la Syrie puisse  à nouveau se procurer des médicaments et du matériel sanitaire ». « Cet appel n’interfère pas avec les différentes positions politiques  – explique Lucia Fronza Crepaz, ex-députée au Parlement italien, et qui est parmi les promoteurs de l’appel » – au contraire, il veut aller au-delà des partis, car l’objectif de sauvegarder la population civile syrienne est au-dessus de n’importe quel orientation politique ou idéologique ». Ont déjà adhéré à l’appel, différents dirigeants du monde politique, académique, scientifique, religieux et civil italien ou non, comme Romano Prodi, le sous-secrétaire pour le travail et les politiques sociales, le sénateur Steni Di Piazza, Patrizia Toia et Silvia Costa, d. Luigi Ciotti, fondateur du Groupe Abele Onlus et de LIBERIA, Giovanni Paolo Ramonda, Responsable Général de l’Association Pape Jean XXIII (APG23), Michel Veuthey, professeur de droit international à la Webster University (Suisse), Andrea Olivero, président émérite ACLI, Cornelio Sommaruga, ex-président de la Croix Rouge Internationale, P.Bahjat Elia Karakash, ofm. Supérieur des frères franciscains à Damas. Adhère à la pétition sur change.org

Stefania Tansini