Mouvement des Focolari
Les jeunes et le changement : le projet « Time to Change »

Les jeunes et le changement : le projet « Time to Change »

Plus qu’une simple fête de clôture, cet événement a constitué l’étape visible d’un cheminement construit tout au long de l’année par des centaines de jeunes à travers l’Italie et l’Albanie. Il est déjà tourné vers l’avenir, avec l’ambition d’aller plus loin encore et le désir d’impliquer davantage de jeunes, d’équipes et d’actions dans les années à venir, en Europe comme dans le monde.

L’Expo Fest de Time to Change s’est tenu à Castel Gandolfo (Rome, Italie) les 6 et 7 juin. Ce projet a mobilisé environ 1.300 jeunes répartis en 105 équipes, invités à s’engager à travers des actions concrètes de solidarité, de citoyenneté active, de protection de l’environnement, d’inclusion et de paix au service du bien commun.

Près de 600 jeunes issus de 52 équipes se sont retrouvés à cette occasion. Parmi les témoignages recueillis :
« J’ai pris davantage conscience de mes actions et j’ai porté beaucoup plus d’attention à ceux qui vivent dans des situations difficiles. »
« J’ai compris la valeur de certaines amitiés. »
« Je garde dans mon cœur la beauté de ce qui est né et la force silencieuse que ces journées ont engendrée. »
Ces impressions reflètent l’expérience vécue par les participants, protagonistes d’un événement qui a donné la parole non seulement aux neuf équipes finalistes, mais à toutes les réalités engagées dans le projet.

Au cours de la manifestation ont eu lieu les votes et la remise des prix finale. L’équipe Trento Gen Time to Change de Trente a remporté la première place ; Children of the Sun de Tarente s’est classée deuxième ; Time to Change de Milan a obtenu la troisième place. Des prix spéciaux ont été attribués aux équipes du Piémont et de la Vallée d’Aoste, au lycée « Alfonso Gatto » d’Agropoli et à l’équipe albanaise Alboomerang.

À travers des moments de partage, des témoignages, de la musique, de la danse, des échanges, des ateliers et des flash mobs, chaque groupe a pu présenter sa contribution au changement. Une large place a été consacrée aux histoires : celles de jeunes ayant choisi de sortir d’eux-mêmes pour aller à la rencontre des autres ; d’établissements scolaires ayant transformé l’éducation civique en expérience concrète ; de groupes locaux ayant mis en place des activités de soutien scolaire, des initiatives artistiques, des projets environnementaux et des gestes de proximité envers les personnes en situation de fragilité.

Les actions présentées témoignent d’un changement vécu au quotidien. Le lycée linguistique Alfonso Gatto d’Agropoli (province de Salerne), par exemple, a réalisé un projet consacré à la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Les élèves sont allés à la rencontre des passants, leur posant des questions sur les droits fondamentaux, remettant des badges symboliques aux « amis des droits humains » et offrant des exemplaires de la Déclaration à ceux qui souhaitaient mieux la connaître.

Dix-huit jeunes étaient présents en provenance d’Albanie. Le parcours Time to Change les a impliqués dans des activités de théâtre et de peinture pour enfants, des marches écologiques, des moments de formation et des rencontres avec des jeunes accueillis dans des foyers. « Dans cette communauté – explique Regjina Paluca – vivent des jeunes de trois à vingt ans. Certains nous ont raconté avoir grandi dans ces foyers : ils y sont arrivés tout petits et fréquentent aujourd’hui l’université. Cela a profondément touché nos jeunes. Ils ont vu que ces trente jeunes vivent tous dans la même maison, alors qu’eux rentrent chacun chez eux à la fin de la journée. Nous continuerons ce projet à l’avenir, car il se répand comme une traînée de poudre : les jeunes portent en eux une beauté qu’ils souhaitent partager avec leurs amis. »

Une partie essentielle du parcours a également été consacrée aux fragilités personnelles. Les témoignages d’Edoardo, Francesca et Victoria ont évoqué l’isolement, la dépression, l’anxiété, le deuil, l’exclusion et la réconciliation. Des parcours concrets où la souffrance peut devenir un lieu de croissance, de relation, de redécouverte de la foi et d’ouverture aux autres.

Le cheminement a également été inspiré par un poème écrit en 2005 par Margaret Karram, présidente du Mouvement des Focolari. Face au « long mur, haut et gris » de Jérusalem, « qui avance au milieu de la ville en divisant quartiers, routes, terres et familles », elle relit le sens de sa propre vie et les divisions de la Terre Sainte à la lumière de Jésus crucifié et abandonné, espérance contre toute espérance.

Au cours de l’événement, Margaret Karram a remis un trophée itinérant à l’équipe gagnante, Trento Gen Time to Change. Ce symbole accompagnera les prochaines éditions et sera confié chaque année à la nouvelle équipe victorieuse.

Dans son bref message, elle a rappelé qu’il faut du courage pour vivre la paix, une paix qui commence par un changement personnel. « La première paix, c’est Jésus, a-t-elle déclaré. Il est mort pour nous, mais il est ressuscité pour nous donner la paix et pour racheter chacun de nous. »

Comme l’a écrit l’un des participants, Time to Change « ne se contente pas de parler du changement, il le rend possible ». Et la vague lancée par les jeunes continue désormais son chemin, en visant toujours plus haut.

Aurelio Molè
Article et photos publiés sur
focolaritalia.it

Quand le pardon l’emporte

Quand le pardon l’emporte

Depuis que le nouveau curé est arrivé dans un village voisin du nôtre, nous avons commencé à vivre ensemble la Parole de Vie. Il s’agit d’une phrase de la Bible à laquelle, le mouvement des Focolari consacre une attention particulière en ce mois-là, et à partir de cette phrase nous partageons nos expériences. Un soir, les vaches du voisin sont entrées dans mon champ de haricots et ont tout détruit. Ce n’était pas la première fois et, pour cette raison, nous ne nous parlions plus depuis des mois. Pour lui donner une leçon, ma femme, les enfants et moi, avons pris des branches et nous nous sommes mis en route vers sa maison. En chemin, je me suis souvenu de la Parole de Vie et j’ai dit : « Attends un instant ! La semaine dernière, j’ai reçu un feuillet où il était écrit que nous devons pardonner à nos ennemis. Si je vais au catéchisme, qu’est-ce que je vais dire si nous allons punir notre voisin ? » Nous avons décidé d’aller chez lui, en ne parlant pas sur un ton menaçant. Nous voulions simplement lui expliquer ce qui s’était passé et lui demander de faire attention à ses vaches. C’est ce que nous avons fait. Il s’attendait à une confrontation violente et il est resté sans voix. Il s’est agenouillé à mes pieds et s’est excusé à plusieurs reprises. Depuis ce jour-là, nous nous parlons à nouveau et nous nous saluons normalement, mieux encore : nous sommes devenus amis. Une nouvelle joie a envahi notre maison.

S. W. (Guinea-Bissau)

Nieuwe Stad (Belgio) 2026, numéro 2

Photo: © Vilij Corps by Pixabay

EdC : un engagement présent et futur

EdC : un engagement présent et futur

Rencontre, célébration et engagement : trois mots qui résument les 35 ans de l’Économie de Communion (EdC), commémorés du 25 au 30 mai 2026. Plus de 400 personnes ont participé à un programme réparti en deux phases. Lors de la première, les participants ont vécu une expérience immersive au sein de 16 communautés et entreprises latino-américaines qui mettent en pratique la culture de la communion. Lors de la seconde, ils se sont réunis à Buenos Aires, en Argentine, pour un forum international dédié à la célébration du parcours et du présent de l’EdC et à l’engagement pour l’avenir.

Régénérer les « blessures » de l’intérieur vers l’extérieur

La communion, en tant que catalyseur de régénération, cesse de se concentrer exclusivement sur les carences d’un territoire et met en valeur ses richesses sociales, culturelles et spirituelles. C’est pourquoi il a été décidé de partir précisément de là, en allant au plus profond de ceux qui souffrent au quotidien afin d’entrer en relation avec eux et d’imaginer ensemble une économie différente. Seize initiatives issues de trois pays d’Amérique latine ont ouvert leurs portes aux participants à l’événement pour vivre la première partie de cette célébration. À travers des activités de groupe, des visites guidées, des dynamiques participatives et des moments de dialogue, chaque personne a pu écouter, accueillir la réalité de l’autre, la toucher, la comprendre, l’exprimer et la partager.

« J’ai participé à l’expérience dans les Centres Nuevo Sol, à Buenos Aires. Ce qui m’a le plus frappée, ce n’est pas la pauvreté ni même le gouffre des inégalités qui existe dans les banlieues de Buenos Aires, mais la force avec laquelle l’amour tisse des communautés dans cette région. Les défis sont plus difficiles, c’est pourquoi l’amour est plus concret, plus actif et plus proche », a raconté Luz Villafañe, de Tucumán, en Argentine.

Le parcours de l’entrepreneuriat dans l’Économie de Communion

À la suite de cette expérience, les participants se sont réunis à Buenos Aires les 29 et 30 mai et ont pris part à un forum organisé au Centre culturel « Usina del Arte ».

Des voix venues de différents pays, cultures et classes sociales, telles que celles d’entrepreneurs, de startuppers, de leaders communautaires et de populations autochtones, se sont succédé sur scène, illustrant la force transformatrice de cette vocation. Des expériences de petits et grands entrepreneurs, de ceux qui se consacrent à la protection de la terre à travers leurs projets, qui vivent l’interculturalité comme une richesse et font des choix de communion par vocation, comme mode de vie.

Engagements pour l’avenir

Le point culminant de la célébration a été un pacte mondial signé par toutes les personnes présentes, individuellement et collectivement, afin de promouvoir, dans le domaine économique, une culture qui mette les relations humaines au premier plan et vise à mettre en pratique des approches régénératrices, capables de créer la communion. Lors d’une connexion mondiale organisée le matin du 30, près de 300 autres personnes se sont jointes à la salle de Buenos Aires, connectées depuis les quatre coins du monde pour réaffirmer solennellement le pacte qui unit l’ensemble du réseau de l’Économie de Communion.

L’EdC a également présenté deux nouveautés pour célébrer le présent et se tourner vers l’avenir : une nouvelle identité visuelle et une nouvelle application pour mettre en relation des personnes, des entreprises et des projets à l’échelle mondiale. Pour la découvrir, allez sur https://www.globaledc.org/.

Cette grande communauté mondiale aspire à promouvoir la culture de la rencontre, à s’engager pour une économie plus juste, à reconnaître le rôle central des personnes en situation de vulnérabilité et à contribuer à la construction de communautés plus fraternelles à travers les liens. Car, comme beaucoup l’ont partagé lors de l’événement, « personne n’est assez pauvre pour n’avoir rien à donner et personne n’est assez riche pour n’avoir rien à recevoir ».

Ana Tano (Buenos Aires)

Photo © Joaquin Masera – CSC Audiovisivi

Alba Sgariglia : l’expérience mystique du Paradis de 1949

Alba Sgariglia : l’expérience mystique du Paradis de 1949

Alba Sgariglia est diplômée en philosophie et titulaire d’une licence en théologie. Depuis 1975, l’année précédant son entrée dans une communauté des Focolari, elle a travaillé au Centre d’études de ce Mouvement, aux côtés de la fondatrice.

En quoi consistait ton travail au Centre d’études ?

Je me rendais à la bibliothèque de Florence pour faire des photocopies de passages des Pères grecs, que nous traduisions ensuite chez nous afin de rechercher, parmi tant et tant de pages, ces petites phrases qui pouvaient servir à Chiara Lubich pour confirmer ses inspirations. À l’époque, je travaillais avec Marisa Cerini, qui me disait : pour nous, construire l’Ut omnes (Que tous soient Un), signifie entrer dans la pensée des Pères grecs et essayer de comprendre, à partir de là, quelle a été la lumière du charisme que Chiara a reçu. Les années suivantes, j’ai également enseigné la religion dans des lycées de Rome. Puis je suis entrée dans le gouvernement de l’Œuvre pour suivre l’aspect culturel, puis à l’École Abbà, que Chiara a fondée en 1991 pour étudier les écrits de la période dite du Paradis de 49. Enfin, en 2014, Maria Voce (Emmaüs), alors Présidente du Mouvement des Focolari, m’a confié le Centre Chiara Lubich, créé pour préserver, étudier et promouvoir la figure de Chiara.

Que représente ce texte, qui vient d’être publié ?

Le Paradis de 49 est un ouvrage publié à titre posthume, car il a été écrit, préparé et rédigé par Chiara Lubich jusqu’à la fin de sa vie. Elle souhaitait décrire l’expérience mystique qu’elle avait vécue entre 1949 et 1951, en l’accompagnant de notes destinées à en faciliter la compréhension ; ceci afin de remettre au groupe de chercheurs de l’École Abbà un texte accessible, qui puisse servir à la recherche. Le texte contient une expérience mystique que Chiara a toujours dit ne pas pouvoir garder pour elle. Puis, encouragée par de nombreuses personnes, elle a réalisé que c’était un texte pouvant être compris et utilisé par d’autres personnes du Mouvement.

Au début des années 2000, par exemple, elle a expliqué aux jeunes du Mouvement le cœur de cette expérience. Elle s’est aussi rendu compte, petit à petit, que l’expérience rapportée dans le texte pouvait être partagée avec des personnes d’autres religions : au fil des ans, nous avons organisé des symposiums avec des hindous, des bouddhistes et des musulmans, auxquels elle a proposé quelques passages du Paradis de 49. Nous avons également expérimenté le dialogue autour du texte avec des personnes sans référence religieuse, qui ont proposé des réflexions bien plus profondes que ce que nous aurions pu imaginer, soulignant qu’il s’agit d’un texte de grande valeur. De nombreux fondateurs de charismes ont reçu la possibilité de comprendre l’œuvre qu’ils portaient de l’avant, à travers ce qu’on appelle les « visions intellectuelles », dans lesquelles ils perçoivent avec l’intellect ce que Dieu leur fait entrevoir.

Mais comme il s’agit d’un langage mystique, n’est-ce pas difficile à comprendre pour le commun des mortels ?

Le langage mystique est un genre littéraire particulier ; ce n’est ni de la poésie, ni du théâtre, ni de la littérature, ni de la théologie. Par exemple, on peut parfois rencontrer des difficultés d’ordre théologique, car le mystique cherche des mots qu’il ne trouve pas, il tente d’exprimer l’inexprimable : un exercice difficile, au point que Chiara elle-même, alors que nous relisions ces passages, nous demandait souvent : « Comment ai-je pu écrire ces phrases ? Que signifient-elles ? Pourquoi ai-je écrit cela ? »

Cela confirme que, dans ces situations, les fondateurs tentent d’exprimer ce qu’ils « voient » en utilisant les catégories culturelles et les concepts dont ils disposent, et qui sont parfois inadéquats. Par exemple, dans le Paradis de 1949, on trouve des références à la Divine Comédie, car Chiara la connaissait, ou à des philosophes, comme Kant qu’elle avait étudié. Le cadre extérieur peut également avoir une influence : Chiara et ses premières compagnes ont commencé cette expérience dans les montagnes du Trentin (Nord de l’Italie), à Tonadico : c’est une nature qui parle d’elle-même par sa beauté. Cela aussi l’aidait à exprimer des choses qu’elle percevait pour la première fois de sa vie.

Au cours des 18 années qui se sont écoulées depuis la mort de Chiara, vous avez publié des livres qui permettent de mieux comprendre le contexte de l’aventure du Paradis de 1949…

Nous avons continué à approfondir le texte à travers différentes disciplines, en suivant la méthode que Chiara nous avait transmise, c’est-à-dire celle d’examiner chaque chose à la lumière de « Jésus présent au milieu de nous ». Je pense que l’on peut identifier dans ce volume trois dimensions caractéristiques principales : la première est d’ordre didactique, car elle montre comment vivre le Charisme de l’unité et offre une clé de lecture pour la vie ; la deuxième caractéristique peut être qualifiée d’artistique et littéraire, car le texte présente de nombreux genres littéraires : journal intime, lettres, écrits, notes ; enfin, l’aspect doctrinal, car le texte a sans aucun doute une orientation théologique. Il s’agit en effet d’une expérience mystique qui aide à comprendre, d’une part, les réalités du Ciel – Dieu, la Trinité, le Verbe, Marie, la Création, l’enfer, le paradis – et, d’autre part, l’incarnation du charisme dans une Œuvre qui allait être fondée les années suivantes, c’est-à-dire après les années 1949-1951. Chaque fois qu’on lit ces textes mystiques, on comprend de nouvelles choses. C’est aussi ce qui m’arrive chaque fois que je lis ces pages, je comprends de nouvelles choses, tant sur le plan intellectuel que spirituel.

En lisant le texte, Chiara ne semble-t-elle pas un peu prétentieuse à certains moments ?

Il faut comprendre pourquoi Chiara dit ces choses de cette manière. Disons que c’est comme si Dieu, pour exprimer des concepts qui ne peuvent être exprimés par une créature humaine, s’identifiait à cette créature, en regardant les choses à travers ses yeux. C’est cela qui amène Chiara à écrire : « Aujourd’hui, je suis la paternité universelle. » Elle en arrive même à se demander : qu’est-ce que cela signifie ? À ce moment-là, elle s’identifie à cette réalité, afin de pouvoir l’exprimer. Dans les notes de bas de page, elle commente et exprime sa stupéfaction et sa joie de voir que d’autres fondateurs avaient vécu plus ou moins la même chose.

Quel conseil donnerais-tu pour la lecture ?

Je dirais : prenez ce livre et lisez-le quand et comme vous le voulez, à n’importe quel moment… Vous pouvez échanger avec d’autres personnes, ou avec un expert, sur certains passages peu clairs ou plus complexes. Mais je suggère de ne pas se laisser conditionner, car ce texte parle directement à la personne. Ouvrons-le au hasard et lisons la page qui nous tombe sous les yeux. Nous comprendrons alors ce dont nous avons besoin à ce moment-là, car le texte, malgré quelques difficultés, nous touche au plus profond. C’est une expérience mystique, « à laquelle nous pouvons participer », d’une certaine manière. C’est là la nouveauté, comme Chiara elle-même nous l’a expliqué. Elle a toujours veillé à ce que tous puissent participer à son expérience et cet ouvrage nous en ouvre la possibilité.

Giulio Meazzini
Interview publiée initialement dans la revue Città Nuova
Photo: © Francesco Frascella

Se former à l’action politique et sociale

Se former à l’action politique et sociale

À la suite de l’expérience enrichissante partagée avec les jeunes lors du Hackathon 2026, la deuxième phase du programme « Une humanité, une planète : leadership synodal » est en cours de lancement. Il s’agit d’un parcours de formation de 6 mois, en ligne, qui combine approfondissement et dialogue à partir des parcours de chacun, échange de projets et d’expériences, développement d’initiatives ayant un impact local et une portée mondiale.

Il s’adresse aux personnes âgées de 18 à 40 ans ayant une expérience dans la représentation politique, la gestion publique, les mouvements sociaux, les partis politiques et les espaces de plaidoyer ; qui sont engagées dans la transformation sociale et politique ou intéressées par le renforcement de leurs capacités de dialogue, de coopération et d’action collective. Qui sont disposées à apporter leur contribution opérationnelle et intellectuelle tout au long du programme.

D’une durée de 6 mois, entièrement en ligne, totalement gratuit et nécessitant un engagement estimé à 3 heures par semaine, le programme vise à toucher 500 jeunes cette année.

«Nous vivons un moment historique marqué par de profondes tensions géopolitiques, des crises socio-environnementales, une fragmentation sociale croissante et des niveaux élevés de polarisation », déclarent les organisateurs dans leur présentation. « Ces défis nous interpellent : ils mettent en évidence les limites des modèles traditionnels de gouvernance et l’urgence de nouvelles formes de leadership capables de générer du dialogue et d’activer des processus d’action collective afin de promouvoir des objectifs de paix et d’unité.
Dans ce contexte, nous avons choisi un style de leadership synodal : un leadership fondé sur l’écoute, la participation, la co-responsabilité et la construction de solutions partagées.
Si tu crois que la politique peut être un espace pour régénérer les liens, promouvoir le bien commun et prendre soin de l’humanité et de la planète, cet appel est pour toi.
Nous t’invitons à faire partie d’un espace international de formation et de cocreation d’initiatives politiques avec d’autres jeunes leaders provenant de différentes régions du monde, afin de repenser la gouvernance face aux défis actuels ».

La date limite de candidature est fixée au vendredi 19 juin 2026.

Pour obtenir plus d’informations et postuler au programme, consulte le PDF suivant

Par Carlos Mana
Photo: © Joaquín Masera – CSC Audiovisivi

Capacités au service des autres

Capacités au service des autres

Nous contentons-nous de vivre dans un monde où domine «la loi du plus fort»? Où, pour réussir, il faut écraser ou soumettre les autres? Où nous regardons l’autre avec méfiance et, par crainte de perdre ce que nous avons, nous érigeons des barrières physiques ou invisibles? Nous résignons-nous à laisser passer les jours sans espérance, sans trouver de sens à ce que nous vivons? Soyons sincères : est-ce vraiment cela, vivre pleinement?

Dans un monde complexe et incertain, nous avons la possibilité d’être porteurs d’une nouvelle façon de concevoir la vie. Mais pour cela, il faut d’abord en faire l’expérience. Comment?

Nous sommes nés, sans l’avoir demandé, avec des capacités qui nous ont été données: certains ont des facilités pour communiquer, d’autres possèdent une sensibilité artistique et créative; nous disposons tous d’une certaine intelligence, et il se peut que la vie nous ait offert des occasions uniques de nous épanouir. La question est: qu’en faisons-nous? Nous avons deux possibilités: utiliser ces capacités uniquement pour notre bénéfice personnel, en
profitant de ce qu’elles nous offrent, ou bien les mettre au service des autres et les partager.

La deuxième option ne nous garantira peut-être pas un gain économique immédiat – ce qui semble aujourd’hui être le principal moteur du monde, mais elle nous permettra sans aucun doute de contribuer à construire une réalité différente: un monde où la compétition n’est pas une fin en soi, mais un moyen de s’améliorer et de grandir ensemble.

Il ne s’agit pas d’une réalité imposée, mais d’un processus qui commence dans les relations quotidiennes et dans les choix que chacun fait lorsqu’il décide d’agir. Les personnes qui vivent ainsi démontrent, par leurs actes, que le changement est possible. Partout où elles agissent, elles rendent visible un nouveau paradigme et montrent que ce changement est proche.

Avec humilité, nous partageons ce que nous sommes et ce que nous avons; nous accompagnons et offrons notre affection à ceux qui ont besoin de notre chaleur et de notre proximité, en soulageant les souffrances lorsque cela est nécessaire; nous vivons ensemble ces valeurs qui peuvent être un moteur du changement vers une société fondée sur la justice, le respect, la paix et la dignité de tous; une société dans laquelle on encourage le pardon, la réconciliation et où l’on recherche le bien de tous.

Ensemble, nous serons plus forts et plus crédibles, surtout si nous persévérons dans nos choix. Que nos actions ne visent pas la reconnaissance et ne reposent ni sur le calcul ni sur l’intérêt personnel. La transformation est lente, parfois imperceptible, mais si nous faisons preuve de constance, le changement adviendra, prendra de l’ampleur et se consolidera. L’avenir commence à prendre forme.


L’IDÉE DU MOIS est actuellement réalisée par le “Centre pour le dialogue avec les personnes de croyance non religieuse” du Mouvement des Focolari. Il s’agit d’une initiative née en 2014 en Uruguay pour partager avec des amis non croyants les valeurs de la Parole de Vie, c’est-à-dire la phrase de l’Écriture que les membres du Mouvement s’engagent à mettre en œuvre dans la vie quotidienne. Actuellement L’IDÉE DU MOIS est traduite en 12 langues et distribuée dans plus de 25 pays, avec des adaptations du texte pour s’adapter aux différentes sensibilités culturelles. dialogue4unity.focolare.org

Photo: 小鱼 余 en Pixabay

« En chemin, proclamez que le Règne des cieux s’est approché […] Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Matthieu 10, 7-8).

« En chemin, proclamez que le Règne des cieux s’est approché […] Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Matthieu 10, 7-8).

Dans ce chapitre de l’Évangile selon Matthieu, les apôtres viennent d’être choisis par Jésus, qui les appelle par leur nom, leur confère des pouvoirs spéciaux pour chasser les esprits impurs et le don de guérir toute maladie et toute infirmité. Jésus leur donne des instructions sur où et comment accomplir leur mission initiale. Le message qu’ils doivent annoncer est clair : « Le royaume des cieux s’est approché»[1].

L’indication de proclamer « en chemin » le message confié souligne, d’une part, que le vrai disciple est avant tout un prédicateur de proximité et, d’autre part, que le fait même de marcher ensemble doit être une annonce. En effet, dans l’Évangile de Jean, après avoir donné le commandement nouveau, Jésus affirme : « À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples, l’amour que vous aurez les uns pour les autres. »[2].

« En chemin, proclamez que le Règne des cieux s’est approché. […]

[…] Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »

Le royaume des cieux est au cœur du message de Jésus. L’expression similaire « royaume de Dieu » est utilisée dans l’Ancien Testament pour désigner la seigneurie, le gouvernement et l’action salvifique de Dieu dans l’histoire humaine. Il est le souverain du monde et surtout du peuple d’Israël qui attendait un descendant du roi David pour rétablir la place d’Israël parmi les nations. Dans le Nouveau Testament, Jésus lui-même est présenté comme le descendant de David et donc comme roi. À la différence d’un royaume temporel, le « royaume des cieux » est un royaume de paix et de justice, où l’on prend soin des pauvres, où règnent le pardon et la réconciliation, et qui apportera la vie et la lumière à toutes les nations. Il s’agit d’un royaume qui a déjà commencé dans le monde et dans le cœur des hommes, mais qui ne sera pleinement réalisé qu’au retour de Jésus.

« En chemin, proclamez que le Règne des cieux s’est approché. […]

[…] Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »

Jésus annonce que le royaume est proche dans le temps, imminent. À partir des paraboles comme celle du grain de sénevé ou du levain qui fait lever toute la pâte, on comprend qu’il agit de manière mystérieuse et humble, mais tenace et au fil du temps. « Proche » a également un sens spatial. Lorsque les disciples, qui portent la présence de l’esprit de Jésus, s’approchent en marchant, le royaume de Dieu s’approche et, dans l’évangile de Marc, Jésus dit au scribe :

« Tu n’es pas loin du royaume de Dieu [3], » il est probable qu’il voulait dire non seulement « Tu as commencé à comprendre », mais aussi « Tu n’es pas loin de moi. »


« En chemin, proclamez que le Règne des cieux s’est approché. […]

[…] Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »

« Gratuitement » traduit un terme qui, dans le grec original, signifie « en cadeau ». Cela souligne le fait que ce que les apôtres ont reçu ne leur a pas été donné parce qu’ils le méritaient. La source en est la générosité de Dieu et le fait qu’ils ont été choisis pour une mission particulière.

Chiara Lubich écrit : « Le royaume de Dieu doit donc être accueilli. C’est un don que Dieu te fait. En effet, aucun effort humain, aucune tentative ascétique, aucune étude ou recherche intellectuelle ne peut te faire entrer dans le royaume de Dieu. C’est Dieu lui-même qui vient à ta rencontre, qui se révèle par sa lumière ou te touche par sa grâce. Et il n’y a aucun mérite dont tu puisses te vanter ou sur lequel tu puisses t’appuyer pour avoir droit à un tel don de Dieu. Le royaume t’est offert gratuitement [4]. » Dans cet accueil, nous sommes appelés, aujourd’hui encore, à poursuivre la tâche confiée par Jésus aux apôtres, à proclamer par la parole et par les actes la proximité du royaume, à annoncer à chaque être humain un message d’espoir : dans ce monde si tourmenté et incertain, Dieu l’aime immensément, Dieu nous aime tous immensément.

D’après Augusto Parody Reyes et l’équipe de la Parole de Vie.


[1] Mt 10,7.

[2] Gv 13, 35.

[3] Mc 12,34.

[4] Cfr. Chiara Lubich, Parole di Vita,d’après Fabio Ciardi (Opere di Chiara Lubich 5), Città Nuova, Rome 2017, pp. 152-153.

Photo © Birgit Lutzer-Pixabay

Économie de Communion : un parcours de régénération

Économie de Communion : un parcours de régénération

Cinq cents personnes, venues de 43 pays et représentant tous les continents, se trouvent dans différents lieux d’Amérique latine pour participer à un important événement consacré à l’Économie de Communion, à l’occasion du 35e anniversaire de sa création. Ce « chemin de régénération », comme il a été défini, a commencé le 25 mai 2026 et ressemble à un véritable « voyage » de l’Économie de Communion à travers différentes régions, avant de se conclure les 29 et 30 mai à Buenos Aires.
La première étape prévoit l’immersion des participants dans différents projets sociaux présents dans le Cône Sud, et le mot-clé de cette expérience est « rencontre » : rencontre entre des mondes, des vies, des situations et des richesses différentes. Des retrouvailles qui génèrent des relations et des communautés.

« L’Économie de Communion se vit en réunissant des personnes de différents secteurs : des entrepreneurs avec des universitaires, avec ceux qui vivent des situations de pauvreté ou de vulnérabilité, avec les populations autochtones », explique Isaías Hernando, Espagnol et membre de la commission internationale de l’Économie de Communion. « D’une certaine manière, il s’agit de donner un avant-goût de ce que pourrait réellement être une économie différente. Et c’est précisément l’esprit de la première phase de l’événement : il ne s’agit pas seulement de visiter des lieux symboliques, mais d’entrer dans des réalités où cette expérience est déjà visible. Il ne s’agit pas seulement de la montrer, mais de créer un dialogue et une rencontre profonde entre des personnes de cultures différentes et celles qui vivent des situations de fragilité. Une expérience qui met en évidence la vocation de l’Économie de Communion à construire des communautés fraternelles. »

Pourquoi parle-t-on de « régénération » ? Anouk Grevin, Française et coordinatrice de la Commission internationale de l’Économie de Communion, explique : « L’idée de régénération naît du désir de prendre soin des blessures de l’économie, de notre terre. Mais les blessures se régénèrent de l’intérieur : la peau se reconstruit autour de la blessure elle-même. Bien sûr, on peut recevoir de l’aide extérieure, mais tout naît de là. C’est le sens que nous voulions exprimer en pensant au processus de régénération. »

Un projet dont les protagonistes sont précisément ceux qui vivent là où se trouvent les blessures, ceux qui vivent au cœur de profondes souffrances. « C’est un chemin, ajoute-t-elle, dans lequel nous nous sommes tous reconnus, au sein de cette communauté fraternelle et mondiale. Nous n’apportons pas de réponses, nous n’apportons pas de ressources ; nous apportons une expérience de communion qui, en elle-même, veut être génératrice. »

Une caractéristique de l’Économie de Communion est qu’elle exige la participation conjointe de tous les acteurs : entrepreneurs, chercheurs, simples citoyens, salariés, micro-entrepreneurs et personnes en difficulté. Et Grevin ajoute encore : « Ce n’est pas seulement un projet entrepreneurial ou un modèle d’entreprise, mais une communauté de personnes qui construisent ensemble une économie nouvelle, précisément dans des lieux qui ne sont généralement pas associés à l’économie dominante, mais qui génèrent déjà quelque chose de nouveau. »

Les travaux sont en cours. Les expériences vécues depuis la naissance de l’Économie de Communion sont nombreuses, et les journées de Buenos Aires devraient ouvrir de nouvelles perspectives, comme l’espère Hernando : « Je crois que l’intuition que Chiara Lubich a eue en 1991, lorsqu’elle a lancé au Brésil l’Économie de Communion, avait un fort caractère prophétique. Vivre cette expérience et la rendre concrète signifie, d’une certaine manière, anticiper l’avenir. Et dans ce sens, je pense qu’aujourd’hui, ce que l’Économie de Communion est appelée à mettre en lumière, c’est précisément cette prophétie, mais rendue réelle, incarnée à petite échelle. »

Carlos Mana
Photo: Avec l’aimable autorisation de EdC

LES ACTIVITÉS DANS LES DIFFÉRENTS PROJETS SOCIAUX


Le 40e anniversaire du Centre Mariapolis de Trente : générer de la beauté sociale

Le 40e anniversaire du Centre Mariapolis de Trente : générer de la beauté sociale

Il existe des lieux qui ne se contentent pas d’accueillir des personnes. Ils les mettent en relation, générant des liens authentiques, de la confiance et un esprit de communauté. La « beauté sociale » naît de la qualité des rencontres que nous savons construire. « Générer de la beauté sociale » était le titre des événements liés aux 40 ans du Centre Mariapolis Chiara Lubich de Trente (Italie). Pas une célébration, mais un chantier vivant, ouvert et participatif.

Cette vision s’est concrétisée à travers quatre défis, sous la forme de quatre événements ouverts à la ville et à la région.

Un atelier de deux jours avec le Gen Verde Performing Group, un atelier artistique réunissant une trentaine de jeunes âgés de 14 à 20 ans, une expérience concrète de vie en communauté exprimée à travers la musique et la danse. Un événement captivant, vivant et coloré où les jeunes ont pu découvrir, aux côtés des artistes, comment les arts de la scène peuvent devenir un terrain d’apprentissage du travail d’équipe, de la créativité et de l’écoute.

Sur les photos : le Gen Verde ; le colloque organisé par New Humanity dans le cadre du Festival de l’économie (photo : © Paolo Crepaz)

Un colloque promu par New Humanity, l’ONG des Focolari, intégré au programme du Festival de l’Économie et intitulé « Les réalités occultées : entre actualité et opinion, pour des langages désarmés et désarmants ». Cinq experts du monde de la communication ont dialogué sur les thèmes les plus complexes de notre époque et sur leur mise en forme narrative (l’événement est disponible en italien sur le site www.festivaleconomia2026.it/)

Une journée portes ouvertes au cours de laquelle le Centre Mariapolis s’est ouvert à la ville, non seulement en tant que lieu physique, mais aussi comme expérience de rencontre. Une journée d’accueil et d’échange avec les acteurs civils et religieux du territoire. En ouverture, une analyse perspicace de la réalité de nos villes, intitulée « Générer de la beauté pour tous », présentée par Elena Granata, professeure d’urbanisme à l’École polytechnique de Milan (Italie) et vice-présidente de l’École d’économie civile.

Elle a été suivie d’une table ronde avec des contributions précieuses et intéressantes de diverses réalités civiles et ecclésiales du territoire sur la construction d’une ville et d’une communauté plus unies et plus riches dans la diversité. Aux côtés du maire de Trente, Franco Ianeselli, d’Annalisa Pasini, déléguée au domaine du Témoignage et de l’Engagement social du diocèse de Trente, de Sara Alouani, journaliste à Il T Quotidiano, et de Claudio Bassetti, président du CNCA – Coordination nationale des communautés d’accueil du Trentin-Haut-Adige –, Margaret Karram, Présidente du mouvement des Focolari, a apporté sa contribution. Elle a souhaité entamer son nouveau mandat en repartant précisément de Trente, la ville de Chiara Lubich. « D’ici, a-t-elle déclaré, nous regardons vers l’avenir. « De par sa situation géographique, son histoire et sa sensibilité, Trente est appelée au dialogue ; elle ne peut renoncer à sa vocation. Aujourd’hui encore, Trente peut s’adresser au monde en vivant une fraternité qui devient culture, style et pratique ». Des stands et des animations organisés à divers endroits du Centre Mariapolis ont rythmé la journée.

Photo : © Domenico Salmaso

L’après-midi et en soirée, la scène a été occupée par la force artistique irrésistible du Gen Verde Performing Group.

Plus de 1 000 personnes ont participé aux événements du 40e anniversaire : pour tous, une occasion de remettre au centre la valeur des relations, de la « proximité », un dialogue qui n’est pas une fin en soi, comme l’a souligné Margaret Karram, mais « à l’édification de la fraternité universelle, qui n’est pas une option, mais une nécessité : c’est participer à la vie de l’autre. »

Paolo Crepaz

L’intelligence artificielle au service de l’humanité

L’intelligence artificielle au service de l’humanité

Une matinée qui entre dans l’histoire de l’Église. Le 25 mai 2026, dans la salle du Synode au Vatican, le Pape Léon XIV présente sa première encyclique Magnifica Humanitas, sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. Jamais auparavant un Pape n’avait été présent dans la salle où l’un de ses documents magistériels était présenté au public.

L’encyclique porte la date du 15 mai, jour du 135e anniversaire de la promulgation de la lettre encyclique Rerum Novarum du Pape Léon XIII, qui sut reconnaître dans les transformations industrielles de son époque une question profondément humaine et sociale. Cette encyclique défend la personne humaine à l’ère actuelle de l’intelligence artificielle (IA) et appelle à de nouvelles réflexions urgentes sur le rôle et l’avenir du progrès technologique.

Après diverses interventions d’experts et de théologiens, le Souverain Pontife prend la parole et s’attarde sur la « gravité du moment » que nous vivons et qui suscite l’inquiétude au sein de l’Église, appelée à « déchiffrer les choses nouvelles à la lumière de l’Évangile et de la dignité de l’homme ». Il explique qu’elle est née de « l’écoute » des scientifiques et des ingénieurs qui « travaillent avec un enthousiasme sur des technologies capables d’atténuer « d’immenses souffrances ; l’écoute de dirigeants politiques et de fonctionnaires qui ont cherché avec persévérance des règles justes ; l’écoute de parents et d’enseignants profondément inquiets pour l’avenir des jeunes générations ». Et il utilise des mots forts : « L’intelligence artificielle doit être désarmée. Le mot est fort, je le sais – admet Léon –, mais il a été choisi délibérément car ce moment a besoin de mots capables d’attirer l’attention, de réveiller les consciences et d’indiquer des voies à suivre pour l’humanité ».

Le Souverain Pontife rappelle que depuis longtemps « l’Église s’engage en faveur du désarmement nucléaire, au service de la paix et de la dignité de la famille humaine ». Ainsi, « l’Intelligence artificielle doit aujourd’hui être désarmée, car, tout comme l’énergie nucléaire, elle doit être au service de tous et du bien commun. (…) Les décisions concernant la technologie ne doivent jamais être dissociées de la conscience et de la responsabilité ». « Mais lorsque la technologie affaiblit notre sens critique, c’est la paix elle-même qui est menacée. Désarmer, cependant, ne suffit pas. Nous devons construire ». Ensemble.

« Magnifica Humanitas est l’aboutissement d’un parcours du Saint-Siège entamé il y a dix ans », a déclaré Mgr Paul Desmond Tighe, secrétaire du Dicastère pour la culture et l’éducation, lors du point presse avec les journalistes à la Salle de presse. En 2016, un prêtre français a commencé à approfondir certains thèmes liés à la communication et à la technologie. « À San Francisco (États-Unis), il a rencontré des experts qui souhaitaient informer le Saint-Siège des avancées technologiques susceptibles d’influencer l’avenir du monde », poursuit Mgr Tighe. « Pour ces scientifiques, il était important d’avoir l’avis de sages ; ils ont donc sollicité la collaboration du Saint-Siège », et une synergie fondée sur l’écoute mutuelle a vu le jour.

Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic (États-Unis), l’une des principales entreprises d’intelligence artificielle au monde, qui est intervenu lors de la présentation au Vatican, lui fait écho : « Nous avons besoin qu’une partie toujours plus grande du monde – les communautés religieuses, la société civile, les universitaires, les gouvernements – fasse ce que Sa Sainteté a fait ici : prendre tout cela au sérieux, observer attentivement les événements au fur et à mesure de leur évolution et contribuer à ce qu’ils prennent une meilleure direction. Aujourd’hui n’est que le début d’une longue collaboration entre nous, qui construisons cette technologie, et ceux qui parviennent à voir ce que nous ne pouvons pas voir de l’intérieur ».

Divisé en cinq chapitres, plus une introduction et une conclusion, Magnifica Humanitas part d’une thèse : la technologie n’est pas une « force antagoniste par rapport à la personne », ni « un mal en soi ». Le Souverain Pontife affirme que « les injustices ne naissent pas seulement de mauvais choix individuels, mais aussi de structures, de mécanismes, d’ordres économiques et culturels qui produisent des inégalités ». Cela vaut également dans le domaine des nouvelles technologies.

La préoccupation de Léon porte sur le pouvoir qui, lorsqu’il est concentré entre quelques mains, « tend à devenir opaque et à échapper au contrôle public », entraînant le risque d’un développement faussé « qui engendre de nouvelles dépendances, des exclusions, des manipulations et des inégalités ». Et dans ce cas, le regard se porte sur ceux qui contrôlent les plateformes, les infrastructures et les données numériques.

Le Pape Léon XIV réaffirme une fois de plus qu’il n’existe pas de « guerre juste ». Il demande que l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire soit soumise aux contraintes éthiques les plus rigoureuses car « il n’existe aucun algorithme capable de rendre la guerre moralement acceptable ».

Il faut « une politique qui n’abdique pas sa mission ». La vérité doit s’inscrire dans une « écologie de la communication » contre les fausses informations. Le Pape indique quelques outils : la transparence dans les logiques de sélection des contenus, la protection des données personnelles, un journalisme sérieux fondé sur l’argumentation et la vérification, une nouvelle prise de conscience dans l’usage « correct et critique » de l’IA, l’intégration des savoirs.

En conclusion de la lettre, le Souverain Pontife invite les fidèles à habiter les nouvelles technologies à la lumière de l’Évangile, en suivant « un chemin de vie chrétienne sobre et exigeant », afin que, même à l’ère de l’IA, tous puissent témoigner « de la beauté d’une humanité magnifique habitée par Dieu ».

Lorenzo Russo
Photo: © Vatican Media

Cliquez ici pour le texte complet de l’encyclique Magnifica Humanitas du Pape Léon XIV

Le « Paradis de 1949 » s’ouvre au monde

Le « Paradis de 1949 » s’ouvre au monde

Une salle comble, attentive, presque suspendue. Tel était le tableau vendredi 22 mai de la salle Paul VI de l’Université pontificale du Latran (Rome, Italie), où le volume Paradiso ’49 de Chiara Lubich a été présenté pour la première fois au public.

Il ne s’agissait pas d’une simple présentation éditoriale. L’impression générale – recueillie également dans les couloirs et dans les commentaires du public – était celle d’assister à un moment historique : pour la première fois, un texte jusqu’alors peu accessible est ouvertement soumis au débat ecclésial et culturel, dans une salle comble.

Pour accueillir les personnes présentes, Anna Maria Rossi, intervenant au nom du Centre Chiara Lubich – promoteur de la collection des Œuvres de Chiara Lubich – a immédiatement clarifié le sens de l’événement, en rappelant le long travail éditorial qui a conduit à la publication de l’ouvrage. « Ce n’est pas un texte isolé – a-t-elle expliqué – mais il s’inscrit dans un parcours plus large, qui raconte la naissance d’un charisme dans l’Église ».

Des intervenants issus de divers horizons ecclésiaux et universitaires ont présenté les différents contenus. Alessandro Clemenzia, doyen de la Faculté de théologie d’Italie centrale et spécialiste de la spiritualité de Chiara Lubich, a proposé une interprétation percutante : « Il ne s’agit pas de comprendre ce que Chiara a écrit, mais ce que Dieu veut dire de lui-même à travers cette expérience ». Une perspective qui a aidé à saisir la profondeur du texte sans le réduire à un simple document.

Stefan Tobler, Suisse, théologien évangélique et lui aussi impliqué dans la réflexion sur le charisme de l’unité, a attiré l’attention sur la figure de l’auteure : une femme qui, à travers ces pages, « offre le plus intime de sa relation avec Dieu », en se dévoilant avec authenticité.

L’intervention d’Angela Ales Bello, philosophe et spécialiste de la phénoménologie, seule intervenante extérieure au Mouvement des Focolari, était très attendue. Elle a clairement souligné que la mystique n’est pas quelque chose d’« étrange » ou d’ésotérique, mais « une illumination de la réalité vécue dans la foi ». Et elle a mis en évidence un trait original du Paradis de 1949 : une expérience qui implique non seulement la personne, mais aussi la communauté, presque un « nous » qui devient sujet.

Brendan Leahy, évêque de Limerick (Irlande) et – comme Clemenzia et Tobler – lui aussi membre du centre d’études interdisciplinaires du Mouvement des Focolari, l’École Abbà, est intervenu à distance et a souligné la portée ecclésiale du texte.
Le Paradis de 1949, a-t-il affirmé, n’est pas un traité systématique, mais il peut « inspirer de nouvelles perspectives » et aider à comprendre l’Église comme une communion vivante et relationnelle.

Tout au long de la rencontre, on a perçu, à côté de l’enthousiasme, une certaine prudence : comment accueillir un texte aussi intense sans le simplifier ou mal l’interpréter ? La réponse est revenue à plusieurs reprises, presque comme un fil conducteur : on ne peut comprendre le Paradis de 1949 qu’en se laissant impliquer, et non pas seulement en le lisant.

C’est peut-être là le sens le plus profond de cette journée. Avec cette publication, le Mouvement des Focolari fait un pas d’ouverture : ce qui est né comme une expérience vécue est désormais offert à tous. Non pas comme un objet à analyser, mais comme une proposition de vie.

Joachim Schwind
Publié à l’origine sur Citta Nuova
Photo: © Carlos Mana-CSC audiovisivi

Paradis de 49 : la dimension mystique de Chiara Lubich

Paradis de 49 : la dimension mystique de Chiara Lubich

« Remercions ensemble le Seigneur pour la grande famille spirituelle née du charisme de Chiara Lubich. » Telles sont les paroles adressées par le pape Léon XIV, le 21 mars 2026, aux participants de l’Assemblée Générale de l’Œuvre de Marie – Mouvement des Focolari. Comme le rappelle le Pape, Chiara Lubich est connue pour son action de fondatrice, et pour sa « spiritualité de communion », notamment grâce à ses nombreuses publications. Moins connue est l’expérience mystique qui est à l’origine de son Œuvre et dont elle a constamment puisé son inspiration. La publication du Paradis de 49, dans le cadre du vaste projet éditorial de ses « Œuvres » entrepris par le Centre Chiara Lubich et publié par la maison d’édition Città Nuova – dont le présent ouvrage constitue le sixième volume – lève aujourd’hui le voile sur cette période contemplative intense, que l’auteur avait volontairement gardée secrète, qui s’étend du 16 juillet 1949 jusqu’à fin 1951 ; période connue précisément sous le nom de « Paradis de 49 ».

Avant de nous concentrer sur le livre, revenons sur l’événement lui-même, dont le livre est le récit. Le 16 juillet 1949, après avoir assisté à la messe, Chiara veut s’adresser à Jésus et l’appeler par son nom, mais elle n’y parvient pas. Ce qu’elle vient de vivre l’a transformée en Jésus ; elle ne peut donc pas s’appeler elle-même, et de sa bouche sort le mot que Jésus prononçait dans sa prière : « Abbà, Père. » « J’ai cru comprendre – écrit-elle plus tard – que celui qui m’avait mis sur les lèvres le mot “Père” était l’Esprit Saint. » Ce n’est pas simplement un mot, c’est une réalité : « Aussitôt, je me suis trouvée dans le Sein du Père. […] J’étais donc entrée dans le Sein du Père, qui apparaissait aux yeux de mon âme (mais c’était comme si je le voyais avec mes yeux de chair) comme un gouffre immense, cosmique. Et il était tout or et flammes, en haut et en bas, à droite et à gauche. » Dès le premier instant, l’événement revêt des connotations de caractère mystique, que l’on retrouve dans des phénomènes analogues vécus par d’autres mystiques. Cependant, il présente aussi une particularité qui lui est propre, due avant tout à sa dimension unitive, « collective », ecclésiale.

Avant de participer à la messe, Chiara avait scellé un « pacte d’unité » avec Igino Giordani, écrivain italien de renom, parlementaire et père de famille. Ensemble, ils avaient demandé que ce soit Jésus – qui venait par l’Eucharistie dans l’une -, à « sceller» l’unité avec Jésus dans l’autre, tous deux dans une ouverture et une disponibilité totales à son action, comme dans un « calice vide ». C’est ainsi que cela s’était passé : sur elle et sur lui, devenus « vide d’amour », Jésus seul était descendu et était resté. Les deux étaient devenus un unique Christ. L’expérience de l’apôtre Paul se répétait : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20) : leurs deux âmes étaient devenues une seule âme, celle du Christ. C’est cette âme unique qui entre dans le Sein du Père. L’expérience mystique qui est en train de se produire ne concerne pas seulement une personne, mais d’abord deux, puis tout un groupe auquel Chiara communique ce qu’elle vit, en associant sans cesse de nouvelles personnes à cette même expérience : « J’ai eu l’impression de voir dans le Sein du Père une petite troupe : c’était nous. » Dans le Sein du Père, on vit comme une seule Âme (la majuscule est une constante dans la narration de Chiara).

Quelques moments de la présentation à l’Université pontificale du Latran

Lorsque, peu après, survient le phénomène – commun à de nombreux mystiques – des « noces mystiques », ce n’est plus la personne seule qui est « épousée », mais l’ensemble du groupe, devenu une seule Âme. Dès lors commence ce que Chiara appelle « voyager le Paradis », une sorte de voyage de noces durant lequel l’Époux lui montre les réalités du Ciel qui désormais lui appartiennent aussi. Et là, nous pénétrons dans les contenus de ce qu’elle appelle « lumières », « révélations », « compréhensions », expérience et intelligence de la Révélation, d’une telle intensité que Chiara s’identifie à ce qu’elle « voit », découvrant presque de l’intérieur les mystères de la foi. Ce sont des intuitions sur l’Œuvre qui est en train de naître, des orientations pour une pédagogie de la spiritualité de communion, des indications qui se traduisent dans la prière et dans la vie quotidienne : « Sur la terre comme au Ciel. »

Le texte n’est pas de lecture facile, tant du fait du langage mystique, ponctué de paradoxes, de métaphores et d’oxymores, que, surtout, de la densité de son contenu. L’auteur a composé son œuvre sur une longue période, pratiquement jusqu’à la fin de sa vie, sélectionnant et ordonnant les écrits de cette période d’illumination. Nous sommes devant une multiplicité de genres littéraires : des lettres, des pages intimes dans le style d’un journal spirituel, des annotations en vue de conversations, des articles de journaux et des commentaires sur la « Parole de vie », des moments autobiographiques et spéculatifs, et même une fable.
Quoi qu’il en soit, l’expérience, bien que variée, progresse comme suivant un fil d’or qui s’inspire d’une pédagogie divine, « une révélation de mystères joyeux et suaves comme le Paradis, logiques et progressifs comme la vie ». L’ouvrage reproduit le texte dans son intégralité, tel qu’elle a souhaité le transmettre, avec les annotations élaborées au cours d’une minutieuse relecture.

Les intervenants de la présentation : Alessandro Clemenzia, doyen de la Faculté de théologie de l’Italie centrale ; Angela Ales Bello, professeure émérite de philosophie contemporaine à l’Université pontificale du Latran ; Stefan Tobler, théologien et directeur de l’Institut de recherche œcuménique de l’Université « Lucian Blaga » de Sibiu (Roumanie), Brendan Leahy, théologien et évêque de Limerick (Irlande)

L’ouvrage s’ouvre sur deux essais : l’un, d’ordre historique, rédigé par Alba Sgariglia[1], retrace l’histoire et la composition laborieuse du texte ; l’autre, d’ordre théologique, rédigé par Piero Coda[2], met en lumière la nature de l’expérience et la manière dont elle s’inscrit dans le parcours historique de l’Église, tout en en soulignant la nouveauté. Le livre est enrichi d’un glossaire, d’une bibliographie, d’index bibliques et thématiques.

Nous sommes devant un texte fondamental pour la compréhension du charisme de Chiara Lubich, qui va bien au-delà de son Mouvement. C’est une œuvre destinée à faire partie du patrimoine mystico-doctrinal de l’Église, susceptible de parler à chaque homme, « un héritage à partager et à faire fructifier », comme l’écrit Piero Coda.

Comment lire cette œuvre ? « Toutes ces pages que j’ai écrites ne valent rien – annotait déjà l’auteur le 25 juillet 1949 – si celui qui les lit n’aime pas, n’est pas en Dieu. Elles ont de la valeur si c’est Dieu qui les lit en lui. » C’est une règle élémentaire pour la compréhension de toute œuvre : se mettre au même niveau qu’elle. Pour appréhender de manière adéquate le Paradis de 49, il est indispensable de se mettre avec sincérité à l’écoute de l’expérience de son auteur et presque d’entrer avec elle dans ce « Paradis » dont le livre donne témoignage. Chiara Lubich en était convaincue. Lorsque, le 22 novembre 2003, elle reprit la lecture de son écrit, accompagnée d’un petit cénacle de professeurs qu’elle avait réunis autour d’elle – connu sous le nom d’« École Abbà » -, elle nota sur son texte : « Cette fois, nous le lisons dans le but de nous convertir, de le traduire en vie. Nous devons faire en sorte que l’École Abbà devienne ‘Paradis’. Au demeurant, c’est seulement ainsi que l’on peut comprendre les contenus de ces volumes… »

Fabio Ciardi, OMI
Photo: © Carlos Mana – CSC Audiovisivi


[1] Alba Sgariglia est responsable du Centre Chiara Lubich, chercheuse au Centre d’études du Mouvement des Focolari et membre de l’École Abbà pour le domaine théologique et mariologique.

[2] Piero Coda est Secrétaire général de la Commission théologique internationale et professeur d’Ontologie trinitaire à l’Institut Universitaire « Sophia ». Il a été président de l’Association théologique italienne de 2004 à 2011.

Ensemble pour l’Europe au Parlement de Bruxelles

Ensemble pour l’Europe au Parlement de Bruxelles

Le quartier européen de Bruxelles est un dédale de bureaux, de sièges et d’agences opérant au sein de l’Union européenne, dont les acronymes ressemblent parfois à des virelangues. Dans ses rues déambulent des fonctionnaires et des cadres à l’air sérieux et professionnel. En les parcourant, on entend parler différentes langues et on découvre des coutumes singulières. Pourtant, cette diversité ne donne pas une impression de confusion, car l’ensemble est soutenu par un grand calme. Cet ordre somnolent a été brièvement interrompu du 11 au 13 mai, lorsqu’un groupe d’une centaine de jeunes enthousiastes s’est déplacé parmi les institutions de l’Union européenne avec engagement et passion. Ce n’était pas une classe en excursion, loin de là ! C’étaient les jeunes d’Ensemble pour l’Europe, préparés et inspirés, qui vivent l’Europe non pas comme un objectif à atteindre, mais comme leur point de départ assuré pour s’ouvrir au monde entier.

À leurs côtés se trouvaient quelques députés européens et d’autres personnalités publiques : Andrea Wechsler, Antonella Sberna, Leoluca Orlando, Eduard Heger, Jeff Fountain, Giuseppe Lupo, Miriam Lexmann, Gerhard Pross, Nicole Grochowin. Faut-il citer les pays d’origine de ces noms prestigieux ? Ce n’est peut-être pas nécessaire : ils étaient européens. Ajouter qu’il s’agissait d’Italiens, de Slovaques, d’Allemands, de Néerlandais, d’Autrichiens… n’aide pas beaucoup à comprendre les raisons qui ont conduit ces personnes à rencontrer les jeunes.

Ces raisons trouvent leur origine dans la situation de la crise actuelle, où il semble n’y avoir aucune place pour l’unité entre les peuples et les nations. Personne n’est plus en mesure de garantir ne serait-ce que la paix. Dans un tel contexte, Ensemble pour l’Europe a voulu montrer que l’unité n’est pas une option, mais qu’elle marque le fil conducteur de l’évolution historique des peuples européens. Et si aujourd’hui cette trame semble ensevelie sous les décombres des conflits en cours, Ensemble pour l’Europe se donne pour mission de la remettre au jour, en proposant son expérience de collaboration entre chrétiens comme une voie pour reconstruire l’architecture européenne sur les fondements de l’unité. Tous ensemble : membres d’Églises différentes, citoyens de pays différents et, surtout, personnes de générations différentes. Jeunes, adultes et personnes âgées vivent ce présent déchirant et ce n’est qu’en s’unissant qu’ils peuvent en résoudre les contradictions. Le défi est donc aussi intergénérationnel. C’est pourquoi les jeunes d’Ensemble pour l’Europe ont voulu proposer aux députés européens et aux personnalités présentes un « Pacte intergénérationnel », dans lequel est inscrit l’engagement réciproque d’agir pour une Europe creuset de paix et de solidarité.

D’où venaient les 100 jeunes participants ? Outre les Européens (là encore, peu importe qu’ils soient Finlandais, Suédois, Néerlandais, Allemands, Belges, Écossais, Slovaques, Autrichiens, Hongrois, Roumains, Italiens…), il y avait des Américains, des Colombiens, des Sud-Africains, des Chinois, des Canadiens, des Brésiliens et des Mexicains.
Car l’Europe ne vit pas pour elle-même, puisque sa vocation est de s’épanouir à l’échelle mondiale, en mettant à disposition son bagage de valeurs forgées dans le christianisme, vécues dans le dialogue œcuménique, amplifiées par les projets lucides des jeunes d’Ensemble pour l’Europe.

Alberto Lopresti
Photo: © Ensemble pour l’Europe.

Enracinée entre deux rives : dialogue entre foi et identité

Enracinée entre deux rives : dialogue entre foi et identité

Je m’appelle Sarra Marta Lupășteanu, j’ai dix-neuf ans et je suis née à Trente (Italie). Chaque fois que je prononce cette phrase, je réalise à quel point mon histoire entrelace des lieux, des cultures et des croyances qui, souvent, ne se rencontrent pas facilement. Je suis italo-roumaine et surtout orthodoxe, fille du père Ioan, prêtre de l’Église roumaine ici en ville, et de Delia Rodica. Notre église se trouve via San Marco, au cœur du centre historique : un petit monde roumain niché entre le château du Buonconsiglio, des rues et des maisons qui racontent des siècles de catholicisme trentin.

Grandir ici a signifié, dès mon enfance, vivre tout naturellement avec la conscience d’appartenir à une minorité. Pas une minorité fermée ou isolée, mais une présence différente, qui doit souvent se justifier. Quand mes camarades me demandaient pourquoi, à Pâques, nous suivions un calendrier différent ou pourquoi il y avait tant d’icônes dans notre église, je comprenais que mon quotidien et le leur ne coïncidaient pas. Pourtant, je ne me suis jamais sentie divisée : catholiques et orthodoxes, nous croyons au même Dieu, mais avec des traditions, des rites et des sensibilités différentes. C’est précisément sur ce point que naît une réflexion que je garde toujours à l’esprit : il faut dialoguer entre les communautés, mais faire preuve aussi de bonne volonté car la compréhension ne vient pas d’elle-même, il faut la vouloir.

Aujourd’hui, j’étudie la philosophie à l’université de Trente, et ce choix a amplifié ma capacité à observer et à comprendre ce que je vis. Entrer dans un milieu universitaire, où les identités se mélangent et s’affrontent, m’a fait réfléchir encore davantage à ce que signifie appartenir à une confession perçue comme « autre » par rapport à celle de la majorité.

Parfois, j’ai l’impression de marcher sur un pont : d’un côté, ma communauté orthodoxe, avec ses racines, ses chants et ses traditions que j’ai absorbés depuis toute petite ; de l’autre, la société de Trente où je suis née, où j’ai étudié, où j’ai grandi et qui, depuis deux ans maintenant, est aussi ma patrie officielle après avoir obtenu la nationalité italienne. Je parle roumain, je connais les traditions de mon pays d’origine et ma famille m’a appris à les préserver, mais je suis aussi profondément attachée à Trente, à ses rythmes et à ses habitudes. Quand j’entre dans notre église de la rue San Marco, je me sens enveloppée d’une familiarité qu’aucun autre lieu ne m’offre : les icônes dorées, les voix du chœur pendant la liturgie, la communauté qui salue mon père en l’appelant « Părinte ». Et pourtant, cette différence ne m’a jamais fait me sentir étrangère. Au contraire, elle m’a appris à regarder le monde sous plusieurs angles. Dans une ville à forte tradition catholique, la présence d’autres confessions chrétiennes montre que la foi peut être plurielle sans perdre en vérité.

Aujourd’hui, en tant que jeune qui construit son avenir, je sais que mon identité naît de la rencontre de deux dimensions ; c’est une lentille à travers laquelle je me lis moi-même et le monde. C’est la conscience que les racines n’empêchent pas de grandir ailleurs. Je suis un « pont », et j’ai désormais cessé de craindre de rester suspendue : c’est précisément là, entre deux rives, que j’ai appris à vivre. Et c’est dans cet espace que j’ai découvert ma liberté la plus authentique : celle de porter en moi ces deux mondes sans avoir à choisir, en les laissant dialoguer, se compléter et me rendre entière : enracinée et en chemin, le cœur ouvert à l’avenir.

Sarra Marta Lupășteanu
Article publié dans le bulletin des paroisses des Saints Pierre et Paul et de Saint Martin à Trente de décembre 2025
Foto: Chiesa romena di Trento – e Magda Ehlers by Pexels

Des batailles de neige contre la guerre

Des batailles de neige contre la guerre

Des décombres de la guerre à la merveille de la neige : tel est le parcours d’un groupe d’enfants originaires de Gaza, accueillis en Vénétie (Italie) grâce à l’association Padova Abbraccia i Bambini et à la Protection civile. Pour beaucoup d’entre eux, marqués par de profondes blessures physiques et psychologiques, la journée passée dans le Val Saisera, dans le nord-est de l’Italie, a représenté un rare moment d’insouciance.

Cette journée, organisée par l’association Familles Nouvelles du Frioul-Vénétie Julienne (Associazione Famiglie Nuove del Friuli Venezia Giulia), a réuni une quarantaine de personnes, en grande partie des femmes et des enfants. Un événement simple, mais riche de sens : jeux dans la neige, rires, luge dans une convivialité qui a permis, au moins pendant quelques heures, de laisser de côté les souvenirs de la guerre. En ce dimanche de janvier, la neige tant attendue est tombée comme un signe d’accueil, comme pour répondre au souhait exprimé par les plus petits de pouvoir la voir pour la première fois.

Beaucoup de ces enfants sont arrivés en Italie en 2025 grâce à un couloir humanitaire mis en place pour garantir des soins médicaux d’urgence. Parmi eux, on trouve des jeunes enfants mutilés, blessés par des explosions, ou atteints de pathologies impossibles à soigner dans un territoire dévasté par le conflit. Leurs familles portent en elles des histoires douloureuses : des deuils, des séparations forcées, des absences qui pèsent lourdement. Et pourtant, à côté de la douleur, émerge une extraordinaire capacité de résilience. La scène d’une fillette de neuf ans, amputée des deux jambes, qui rit et s’amuse sur une luge, trouvant même la force de danser avec les autres petites filles, est emblématique.

L’imam Kamel Layachi, imam des communautés musulmanes de Vénétie, a joué un rôle de référence entre les différentes réalités concernées, en favorisant la collaboration entre les communautés musulmanes et catholiques. Les paroisses, les associations et les bénévoles ont uni leurs forces pour offrir non seulement une aide, mais aussi des opportunités d’intégration. Les enfants vont déjà à l’école et les mères suivent des cours d’italien, en vue d’un séjour qui pourrait se prolonger dans le temps et déboucher sur des parcours professionnels.

Parallèlement, les besoins sanitaires restent urgents, en particulier pour les prothèses non prises en charge par le service de santé. C’est pourquoi des collectes de fonds ont été lancées, dans le but de redonner autonomie et dignité à ceux qui ont perdu un membre.

La journée à la neige s’est terminée à Tarvisio (Italie). Accueillis par un groupe de Familles Nouvelles de la région, par les bénévoles de l’association Friulclown par le curé de Valbruna, Don Giuseppe Marano, et par le thé et les biscuits offerts par les Alpini, le groupe s’est mis à l’abri du froid pour le déjeuner (préparé par la communauté musulmane de la ville d’Udine) dans la salle paroissiale. La journée s’est terminée par un déjeuner partagé et un moment de prière commune. Un geste simple mais fort, qui a réuni des cultures et des confessions différentes sous le signe de la fraternité. Les paroles des familles palestiniennes traduisent mieux que tout autre chose le sens de cette expérience : gratitude, émotion, soulagement. « Vous avez permis au bonheur de toucher à nouveau nos cœurs », a écrit une mère.

Les bénévoles italiens ont eux aussi beaucoup reçu : dans les yeux de ces enfants, ils ont vu cohabiter douleur et joie, fragilité et force, avec la conscience que, même par de petits gestes, il est possible de reconstruire des fragments d’humanité. Dans un monde marqué par les conflits, cette journée dans la neige a représenté un petit, mais authentique espace de paix.

Expérience recueillie par les Familles Nouvelles du Friuli (Italie)
Photo: FN Friuli

Bolivie : rencontre et amitié sans frontières

Bolivie : rencontre et amitié sans frontières

Azione Famiglie Nuove est une organisation internationale à but non lucratif du Mouvement des Focolari, qui œuvre pour le développement libre et intégral de chaque personne, communauté et peuple, en partant des plus fragiles et défavorisés dans le monde. Depuis 2005, elle est également un organisme autorisé pour les adoptions internationales par la Présidence du Conseil des ministres italiens. Font partie de cette réalité Redi et Giacomo ainsi qu’Annalisa et Sergio, deux couples de Vicenza (Italie) qui ont pu, il y a quelque temps, réaliser leur souhait : retrouver des familles boliviennes rencontrées lors d’un congrès des « Familles Nouvelles » à Castel Gandolfo (Rome). De cette rencontre était né un lien simple et authentique, que personne n’imaginait voir se prolonger jusqu’à se transformer, des années plus tard, en une nouvelle rencontre à l’autre bout du monde.

Profitant de leur présence sur place, les deux couples italiens ont également pu visiter les projets d’AFN en Bolivie : le centre pour l’enfance « Clara Luz » à Santa Cruz et le centre social « Rincón de Luz » à Cochabamba. À Santa Cruz, dans le quartier de La Guardia, le centre « Clara Luz » accueille chaque jour de jeunes enfants et des enfants d’âge préscolaire. « Les salles sont simples, mais soignées et accueillantes, racontent-ils. Ici, les enfants trouvent un environnement éducatif sûr, tandis que les frères et sœurs plus âgés reçoivent un soutien scolaire. » Autour d’eux se développe un travail plus large qui implique également les familles : potagers domestiques, petits élevages et parcours de formation qui aident à construire autonomie et dignité. Le centre « Clara Luz » accueille aussi de jeunes volontaires du « Projet Milonga ».

À Cochabamba, le centre « Rincón de Luz » représente un véritable point de référence pour la communauté. « C’est un lieu qui accueille et soutient les familles dans leur vie quotidienne, affirment les deux couples en visite. Chaque semaine, des colis alimentaires sont distribués, tandis que tout au long de l’année se déroulent des ateliers et des activités éducatives pour les enfants et les parents. »

Lors de leur visite, ils ont été particulièrement touchés par leur rencontre avec Reina, qui raconte les origines du projet. Après une période de formation en tant que famille à Loppiano (Italie), la cité pilote du Mouvement des Focolari, elle avait ressenti fortement le désir d’incarner concrètement l’idéal de Chiara Lubich, la fondatrice. En impliquant toute sa famille — enfants, belles-filles et mari — elle a commencé par accueillir une dizaine d’enfants dans sa propre maison. De là, pas à pas, le projet s’est développé et structuré jusqu’à atteindre aujourd’hui environ 150 enfants, mais les besoins restent importants.

Les familles locales vivent souvent des situations de grande fragilité : pauvreté, solitude, histoires marquées par des deuils et des difficultés. L’histoire d’une grand-mère est emblématique : elle s’occupe de son mari invalide et de sa petite-fille devenue orpheline. « Chaque jour, elle parcourt de nombreux kilomètres pour trouver de quoi manger et, quand elle le peut, elle passe au centre pour recevoir de l’aide », racontent-ils.

Parmi les personnes rencontrées figure également Silvio, l’un des premiers enfants accueillis par le projet. Aujourd’hui, il fait activement partie de la réalité de « Rincón de Luz » : il accompagne les familles avec beaucoup de délicatesse, distribue de l’aide et met son temps au service des autres. On sent que ce lieu est véritablement sa maison.
Ce voyage s’est révélé être une expérience très forte, permettant de « toucher du doigt » non seulement la pauvreté, mais aussi la dignité et la réciprocité entre les personnes de la communauté. « Nous pensions apporter quelque chose, racontent-ils, mais nous avons reçu bien plus. »

De cette expérience naît le désir de poursuivre cette amitié à distance : « Nous avons compris que ce qui est vraiment nécessaire, c’est une présence constante, même modeste, et nous imaginons déjà de nouvelles initiatives pour impliquer d’autres personnes : un dîner solidaire, des moments de partage pour faire connaître le projet, autant de moyens d’élargir l’expérience de famille entre familles, où la distance géographique se réduit et laisse place à une amitié profonde et authentique. »

Par la rédaction

Photo © Mariachiara Bianco e Azione Famiglie Nuove

Evangile vécu : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21)

Evangile vécu : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21)

Apprenons des petits

Je faisais un travail à la maison lorsque je me suis fait une profonde coupure à la main gauche. Tandis que j’essayais d’arrêter le saignement avant de me faire accompagner aux urgences, notre petit-fils Emanuel, âgé d’environ six ans, qui passait la journée chez nous, observait avec attention mon pansement sommaire : « Tu as très mal, grand-père ? ». Je l’ai rassuré et, pour m’aider, il m’a donné… un bonbon ! Peu après : « Tu veux encore un bonbon, grand-père ? Ça te fera du bien ». Recousu, bandé et avec une attelle au pouce gauche (heureusement, le tendon n’était pas touché), à mon retour il est venu à ma rencontre : « Grand-père, comment ça va maintenant ? Peut-être que boire un café te ferait du bien ». « Merci, Emanuel, après le déjeuner : maintenant, passons à table ». Ma femme avait préparé des saucisses qu’il aime beaucoup. Après avoir mangé la sienne, il en a pris une autre du plat, l’a coupée et, sans rien dire, l’a mise dans mon assiette. Après ces attentions faites avec une simplicité émouvante, j’ai repensé que Jésus nous a justement indiqué les enfants comme modèle.

(Giovanni C. – Italie)

Des vacances providentielles

« Oltre noi », une association qui s’occupe de personnes handicapées, organise entre autres activités des vacances à San Bernardino. La présidente, que je connais depuis des années, me propose : « Pourquoi n’enverrais-tu pas Benedetta avec nous ? ». La proposition est tentante, mais la structure d’accueil sera-t-elle adaptée aux personnes en fauteuil roulant comme ma fille ? Après une visite, cela semble être le cas. De plus, notre amie Daniela s’est rendue disponible comme accompagnatrice et il y a aussi l’aide d’un infirmier. Benedetta se montre enthousiaste. J’ai du mal à y croire. Avant le départ, nous participons à un dîner pour rencontrer les autres vacanciers. L’ambiance est joyeuse. Le 3 août, Benedetta et Daniela partent avec notre voiture pour leurs déplacements sur place. J’espère vraiment que mon amie ne se fatiguera pas trop… Je fais confiance et je confie tout à Jésus. Les premières nouvelles de leur part sont rassurantes. À leur retour, je ne reconnais plus ma fille : elle est détendue et extrêmement heureuse, surtout d’avoir pu participer chaque jour à la messe, célébrée précisément dans sa chambre avec Daniela. Dieu est toujours plus généreux !

(M.B. – Suisse)

Quand on n’est pas autonome

Le mois qui vient de s’écouler a été un mois de « passion », au sens le plus charnel du terme. Un mois exceptionnel, où la douleur du corps a été bercée par la tendresse des frères. La hâte de guérir – ce péché d’orgueil de celui qui veut toujours se sentir autosuffisant – m’avait trahi. La période post-opératoire s’était compliquée, le genou avait enflé et le médecin avait été catégorique : repos et glace. Dans cette poche de glace, j’ai trouvé une étrange forme de prière. Je me suis retrouvé « petit », dépendant de mon frère pour un verre d’eau ou pour un trajet en voiture. Mais c’est précisément dans cette fragilité que j’ai redécouvert le trésor de la communauté sacerdotale dans laquelle je vis. J’ai compris que la fraternité ne consiste pas seulement à manger ensemble, mais à avoir la confiance de dire : « J’ai besoin de toi ».

La dépendance envers les autres n’est pas une défaite, mais le certificat de notre humanité. Aujourd’hui, dans mon petit jardin de prêtre à la retraite, je cultive mes quelques mètres carrés de monde. Et tant que j’aurai une voix (et une béquille pour me soutenir), mon jardin sera toujours ouvert à ceux qui cherchent l’espérance.

(Don Peppino G. – Italie)

Par Maria Grazia Berretta

extrait de Il Vangelo del Giorno, Città Nuova, année XII – n° 3- mai-juin 2026

Photo ©Tieffenbrucker456, Alexandra Koch-man, Codi Punnett – Pixabay