On l’appelle « la règle de platine ». Tout le monde connaît la grandeur de la règle d’or (« fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fasse ») et c’est précisément de celle-ci que découle ce qui pourrait en être une évolution encore plus universelle : « efforce-toi de comprendre ce que l’autre voudrait qu’on lui fasse : et agis en conséquence ».
C’est peut-être là que nous pouvons reconnaître l’une des formes les plus authentiques de l’amour : se rencontrer d’égal à égal, chacun avec ses forces et ses fragilités, dans une relation de réciprocité et de respect, en reconnaissant la valeur et la dignité de chaque vie, même dans les contextes les plus difficiles. Il s’agit de porter un regard attentif sur ceux qui nous entourent, sans les ignorer.
« Le véritable amour du prochain – affirme Chiara Lubich – ne fait aucun mal ». [1] En effet, si nous aimons, nous évitons toute forme de mal, tant envers nous-mêmes qu’envers nos frères et nos sœurs. Le premier pas pour aimer son prochain consiste justement à ne pas lui faire de mal. Mais pour parvenir à aimer pleinement, il faut faire preuve de créativité dans l’amour : le pape François nous rappelait qu’il ne suffit pas de ne pas faire de mal à son prochain, mais qu’il faut décider de lui faire du bien, en saisissant toutes les occasions qui se présentent.
Nous le savons, aucun d’entre nous ne peut donner ce qu’il n’a pas, et ce n’est qu’en reconnaissant que nous avons d’abord été aimés que nous pouvons offrir pleinement nos dons aux autres.
Comment vivre, alors, cette « Idée du mois » ? Remettons l’amour au centre de notre vie. Aimons les autres concrètement, avec créativité et imagination, et surtout en les écoutant profondément, « de l’intérieur », du fond du cœur.
Doris, une jeune Écossaise, nous raconte : « Lors de nos visites régulières dans un refuge pour les sans-abris, j’entre dans un monde très différent du mien. Je sais que ce que je ressens n’a pas beaucoup d’importance, car ce qui compte, c’est d’aimer. Un jour, un homme au visage profondément triste m’a confié qu’il se sentait prêt à en finir, qu’il voulait même mourir. Je me suis simplement mise à l’écouter, puis nous avons partagé un sandwich et un café. J’ai compris qu’écouter et être présente étaient déjà une façon de montrer de l’amour. Quand le moment est venu de partir, il m’a serrée fort dans ses bras et m’a sourie, en disant que ce que nous faisions était très important, non seulement pour lui, mais pour tous ceux qui étaient là. J’ai ressenti l’incroyable force de l’amour. Je ne l’ai peut-être pas « sauvé », mais sa gratitude m’a remplie de joie, et cela, en soi, est déjà très fort. »
[1] C. Lubich, Parola di vita settembre 1993, in eadem, Parole di Vita, a cura di Fabio Ciardi, (Opere di Chiara Lubich 5), Città Nuova, Roma 2017, p. 531.
L’IDÉE DU MOIS est actuellement réalisée par le « Centre pour le dialogue avec les personnes de croyance non religieuse » du Mouvement des Focolari. Il s’agit d’une initiative née en 2014 en Uruguay pour partager avec des amis non croyants les valeurs de la Parole de Vie, c’est-à-dire la phrase de l’Écriture que les membres du Mouvement s’engagent à mettre en œuvre dans la vie quotidienne. Actuellement L’IDÉE DU MOIS est traduite en 12 langues et distribuée dans plus de 25 pays, avec des adaptations du texte pour s’adapter aux différentes sensibilités culturelles. www. dialogue4unity.focolare.org
Peut-on ordonner à quelqu’un d’aimer ? Si nous entendons l’amour comme un sentiment, c’est évidemment impossible ! Mais si nous le comprenons comme un don de Dieu, les choses changent.
Paul, dans sa lettre aux Romains, d’où est tirée la Parole de vie, décrit précisément la relation entre la Loi et l’amour, affirmant que l’amour est l’accomplissement parfait de la Loi. Juste avant, il nous a révélé l’origine de cet amour : « Dieu prouve son amour envers nous dans le fait que, lorsque nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous » (Romains 5,8). De même, la première Lettre de Jean dira également : « En cela consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est Lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés » (1 Jn 4, 10).
L’amour ne fait aucun tort au prochain ; l’amour est donc le plein accomplissement de la loi.
Aucun d’entre nous ne peut donner ce qu’il n’a pas. Augustin l’avait bien compris lorsqu’il s’adressait directement à Dieu en affirmant : « Donne ce que tu commandes et commande ce que tu veux[1]. » Nous avons reçu le don inestimable de l’amour de Dieu et nous sommes appelés à ne pas le garder jalousement mais à le faire circuler. De destinataires de l’amour de Dieu, nous pouvons devenir des sujets aimants, appelés à devenir des personnes qui aiment, participant ainsi à la vie même du Père, du Fils et du Saint-Esprit : l’Aimant, l’Aimé et l’Amour.
[1] St Augustin, Confessions, 10, 29,40. 2Romains 13, 8
Nous n’avons aucune autre dette envers personne, nous rassure Paul, si ce n’est cet amour réciproque, car celui qui aime l’autre a accompli la Loi[2].
L’amour ne fait aucun tort au prochain ; l’amour est donc le plein accomplissement de la loi.
« Le véritable amour du prochain, affirme Chiara Lubich, ne fait aucun mal. Il nous fait donc vivre tous les commandements de Dieu, sans exception, car leur premier objectif est de nous faire éviter toutes les formes de mal, envers nous-mêmes et envers nos frères et sœurs, dans lesquelles nous pourrions tomber »[3].
Ainsi compris, les commandements de la Loi, plus qu’une obligation, deviennent un don de l’amour de Dieu : ils ne contraignent pas notre amour, mais le libèrent pleinement.
L’amour ne fait aucun tort au prochain ; l’amour est donc le plein accomplissement de la loi.
Pour parvenir à cette « pleine réalisation », la première étape dans l’amour du prochain consiste à ne pas lui faire de mal. Mais ensuite, il faut devenir créatif dans l’amour : « Il ne suffit pas de ne pas faire de mal à son prochain, nous a rappelé le pape François, il faut choisir de faire le bien en saisissant les occasions de témoigner que nous sommes disciples de Jésus » [4].
Alors, comment vivre cette Parole de vie ? Remettons l’amour au centre de notre vie. Aimons les autres concrètement comme Jésus les aimerait : c’est Lui la plénitude de l’amour entièrement donné à Dieu et à l’humanité. De Lui, nous pouvons apprendre la mesure élevée de l’amour.
L’amour ne fait aucun tort au prochain ; l’amour est donc le plein accomplissement de la loi.
Doris, une jeune Écossaise, nous raconte : « Lors de nos visites régulières dans un refuge pour les sans-abris, j’entre dans un monde très différent du mien. Je sais que ce que je ressens n’a pas beaucoup d’importance, mais ce qui compte, c’est d’aimer. Un jour, un homme au visage profondément triste m’a confié qu’il se sentait prêt à en finir, qu’il voulait même mourir. Je me suis simplement mise à l’écouter, puis nous avons partagé un sandwich et un café. J’ai compris qu’écouter et être présent était déjà une façon de montrer de l’amour. Quand le moment est venu de partir, il m’a serré fort dans ses bras et m’a souri, en disant que ce que nous faisions était très important, non seulement pour lui, mais pour tous ceux qui étaient là. J’ai ressenti l’incroyable force de l’amour. Je ne l’ai peut-être pas « sauvé », mais sa gratitude m’a remplie de joie, et cela, en soi, est déjà très fort. »
Claudio Cianfaglioni et l’équipe de la Parole de Vie.
En vue de la XIe Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création, qui a lieu le 1er septembre, le Pape Léon XIV a rédigé un message intitulé « Martelant leurs épées, ils en feront des socs, de leurs lances, ils feront des serpes » (Es 2,4).
C’est un texte à lire plusieurs fois et à méditer, en partant justement du titre qui reprend l’une des images les plus célèbres de la Bible. Ésaïe imagine qu’un objet conçu pour la guerre est transformé en outil agricole. Ce qui servait à détruire devient un instrument au service de la vie. C’est une très belle image pour exprimer la paix. Et elle s’inscrit dans l’actualité. Aujourd’hui, en effet, des situations délicates persistent, avec des conflits armés qui détruisent l’environnement et menacent la vie de millions de personnes.
Le Pape Léon rappelle le lien profond qui unit la paix, la sauvegarde de la Création et la dignité humaine, en invitant à orienter les ressources vers la vie et la durabilité. « Aujourd’hui, cependant, nous voyons trop souvent se produire exactement le contraire, alors que les efforts continuent d’être orientés vers la violence et la guerre », écrit le Souverain Pontife. La guerre « laisse derrière elle une destruction sociale et écologique qui perdure pendant des générations. De plus, l’interaction entre les conflits armés et la dégradation de l’environnement crée souvent un cercle vicieux qui détruit les écosystèmes, contamine des ressources essentielles telles que l’air et l’eau, et sape la sécurité alimentaire. Ce qui alimente la pauvreté, les inégalités et de nouvelles tensions sociales, qui peuvent à leur tour contribuer à l’émergence de nouveaux conflits ».
La création, c’est la « nature », c’est-à-dire tout ce qui nous entoure ! Et l’homme n’est pas un simple observateur, mais en fait partie intégrante. Et l’espérance d’Ésaïe se traduit aujourd’hui par un appel à « transformer ce qui est mauvais en vie ». Une conversion qui ne peut se faire sans un retour non seulement vers le cœur, mais vers celui qui le guérit : le Seigneur. Car là où l’individu se renouvelle, de nouvelles possibilités s’ouvrent.
« Ce qui a servi à la destruction peut être réorienté vers la vie, pour prendre soin des pauvres, nourrir ceux qui ont faim et préserver la création – affirme le Pape. C’est là le chemin d’une authentique conversion écologique, où les effets de la rencontre avec Jésus-Christ se manifestent clairement dans notre rapport au monde qui nous entoure. La paix commence donc dans le cœur et se reflète à l’extérieur dans nos relations, au sein des communautés et, plus largement, dans le monde ».
Le 1er septembre marque également chaque année le début du Temps de la Création, ce chemin œcuménique de prière et d’engagement pour la sauvegarde de la Maison commune qui s’achève le 4 octobre, fête de saint François d’Assise. C’est une période au cours de laquelle l’Église, avec les autres communautés chrétiennes, est invitée à renouveler son engagement envers la Création, en se laissant guider par la prière, la conversion et des gestes concrets de préservation. Le thème de cette année, « Eau vive », analyse Ézéchiel 47, 9 et 12 comme une puissante vision biblique d’espoir et de guérison écologique. L’image de l’eau vive qui jaillit du sanctuaire de Dieu symbolise la guérison divine qui régénère.
L’engagement des communautés des Focolari dans le monde
Le Temps de la Création est aussi l’occasion de gestes concrets. Parmi les nombreuses initiatives qui nous parviennent de différentes régions, nous nous attardons sur deux d’entre elles en Amérique latine : au Brésil et en Uruguay.
Au Brésil, le projet « Decarbonize » transforme les écoles en lieux où les jeunes peuvent découvrir, comprendre et relever concrètement les défis environnementaux de notre époque.
Les élèves et les enseignants sont impliqués dans un parcours de formation sur le changement climatique, le développement durable et la justice environnementale, qui leur permet non seulement d’acquérir des connaissances, mais aussi de développer leur capacité à s’impliquer et à assumer des responsabilités au sein de leur communauté.
Cette initiative a vu le jour dans le cadre du programme international « Decarbonize » du Global Education Center, mis en œuvre en collaboration avec l’Université de l’Alberta, au Canada. Ce parcours met l’accent sur le leadership des jeunes, la justice climatique, la lutte contre le racisme environnemental et la participation politique, en accord avec l’Agenda 2030, les Objectifs de développement durable, la Charte de la Terre et les droits de l’homme.
Les jeunes ne se contentent donc pas d’écouter ou d’étudier : ils mènent des recherches, partagent leurs découvertes et participent à la vie publique.
L’expérience a pris encore plus de sens lorsque les élèves ont eu l’occasion de participer à des événements institutionnels tels que les conférences de la COP, le Congrès national brésilien et les assemblées législatives des États.
Decarbonize montre ainsi qu’éduquer à la durabilité, c’est aussi donner aux jeunes une voix, des moyens et de la confiance, afin qu’ils puissent devenir des citoyens actifs et des acteurs de la protection de la maison commune.
En Uruguay, à quelques kilomètres de Montevideo, l’expérience du Centre Mariapolis El Pelícano propose une manière concrète et captivante d’éduquer à l’écologie intégrale. Ce centre, né de l’expérience du Mouvement des Focolari, est niché en pleine nature et offre aux enfants un espace où la nature devient un lieu d’apprentissage et de découverte. Grâce à des parcours pédagogiques en plein air, les plus jeunes peuvent entrer en contact avec l’environnement, l’observer, le découvrir et apprendre à le respecter.
En 2022, cette expérience a franchi une nouvelle étape grâce au projet « El Pelícano : centre de ressources écologiques pour l’éducation de la petite enfance», soutenu par le Seed Funding Program de New Humanity.
L’idée est de transformer El Pelícano en un centre de ressources dédié à l’éducation environnementale des plus jeunes. Des ateliers, des excursions dans la nature, un potager biologique et des activités de recyclage deviennent autant d’occasions d’apprendre par la pratique. Un enfant qui cultive un potager, observe une plante, se promène en forêt ou apprend à donner une nouvelle vie à un déchet ne se contente pas d’acquérir une notion : il tisse un lien avec la nature.
Et l’expérience ne se limite pas aux enfants. À travers eux, le projet vise également à impliquer les familles, afin que ce qui est expérimenté et appris puisse se poursuivre dans la vie quotidienne.
El Pelícano nous offre ainsi une expérience précieuse : l’écologie peut être enseignée dès l’enfance à travers la beauté, le concret et la participation, en aidant les nouvelles générations à se sentir partie intégrante de notre maison commune et responsables de sa préservation.
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Pour vous raconter cette histoire, je vous présente mon ami Anthony.
À l’époque, il vivait dans le New Jersey.
Il souffrait d’une maladie rénale chronique et devait subir une dialyse trois jours par semaine. Comme vous pouvez l’imaginer, cela compliquait son quotidien.
Un jour, je me suis dit : « Tiens, je pourrais peut-être lui donner un rein ». C’était une pensée fugace qui me traversait l’esprit et à laquelle je n’ai pas donné suite. Je n’en ai même parlé à personne.
Quelques mois plus tard, je suis parti à la retraite de Pâques. Le premier jour, je me suis rendu à la chapelle pour m’y préparer. Soudain, la question m’est revenue à l’esprit : « Jean-Pierre, veux-tu toujours donner un rein ? »
La question m’a pris par surprise car je n’y avais plus pensé depuis ces mois, mais à ce moment-là, dans la chapelle, j’y ai réfléchi, j’ai prié, et je me suis dit : « Oui, je veux approfondir cette idée et voir si cela peut vraiment devenir une possibilité. »
Le lendemain, lors d’un moment de partage de la retraite, Gidget, la fille d’Anthony, a pris la parole. Elle a partagé comment, pendant son adolescence, sa mère avait beaucoup souffert de lupus et d’une maladie rénale. Aujourd’hui, plusieurs années plus tard, son père est atteint de la même maladie rénale.
Elle poursuivait : « Même si, en tant que famille, nous avons beaucoup souffert, je n’échangerais cette expérience pour rien au monde. » En effet, en reconnaissant Jésus sur la croix à travers cette souffrance, elle s’était sentie plus proche de Dieu. De plus, cela avait considérablement renforcé les liens familiaux.
Après avoir dit cela, Gidget descend de la scène mais remonte et reprend le micro : « Au fait, si cela intéresse quelqu’un, le groupe sanguin de papa est 0 positif ».
Cette phrase m’a fait l’effet d’un coup de poing car je suis aussi 0 positif. J’ai compris que la seule raison pour laquelle Gidget avait partagé cela, c’était pour que je l’entende.
J’ai alors réalisé que Dieu m’avait donné la possibilité, la veille, de prendre cette décision en paix et en toute liberté, seul à seul avec Lui dans la chapelle. C’était un don.
Les choses ont suivi leur cours. Nous en avons parlé avec des membres de la communauté du Focolare, nous avons effectué les analyses de sang et des tissus. Tout était compatible.
Quelques mois plus tard, nous avons procédé à la greffe de rein.
Bien sûr, on parle des conséquences… , qu’on peut vivre avec un seul rein. Mais, je n’y avais pas du tout pensé. Je sentais que ce n’était pas seulement mon choix mais que cela me semblait aussi être un encouragement de la part de Dieu, du genre : « Hé, si tu veux, cela pourrait être une possibilité… » C’était comme une invitation discrète de Sa part à me faire franchir ce pas par amour pour Lui. À cela aussi, j’y avais pensé.
Anthony et moi, avons passé quelques jours à l’hôpital. Je ressentais une immense joie, pas celle du genre « j’ai réalisé quelque chose », mais je percevais que cette joie venait de Dieu. Elle était profonde, immense et tangible. Un vrai cadeau, un moment spécial.
Jean Pierre Slee (Washington – États-Unis) Photo : archives personnelles de JP Slee
Cette vidéo fait partie de la sérieOn Point produite par Focolare Media. Cette série web explore les points clés de la spiritualité du mouvement des Focolari à travers des réflexions et des expériences de vie. Rendez-vous sur Focolare Media ou sur la chaîne YouTubepour accéder à d’autres ressources de ce type, disponibles avec des sous-titres et des doublages en plusieurs langues.
Dans le premier chapitre de son Évangile, Luc nous offre la seule page du Nouveau Testament où les protagonistes sont deux femmes, Marie et Élisabeth.
Immédiatement après avoir reçu l’annonce de l’ange qu’elle allait devenir la mère de Jésus (Lc 1, 26- 38), Marie entreprend ce long voyage. Nous ne connaissons pas les détails du parcours, nous savons seulement qu’elle se dirigea rapidement vers la montagne. Mais pourquoi se rend-elle làbas ?
Marie va partager cette joie avec celle qui, comme elle, a reçu de Dieu la grâce d’attendre un enfant, afin de lui tenir compagnie et de l’aider pendant les derniers mois de sa grossesse. C’est l’histoire de deux femmes, de deux maternités impossibles. Qui mieux qu’elle pouvait la comprendre pour partager cette expérience ? De cette rencontre jaillit le chant du Magnificat.
Alors Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur. »
« Ses paroles sont l’expression d’un grand amour et d’une joie intense, ce qui explique pourquoi son âme et sa vie s’élèvent dans l’esprit. Marie ne dit pas : « Je magnifie Dieu », mais « mon âme » ; comme si elle voulait dire : toute ma vie et tous mes sens sont comme soutenus par l’amour de Dieu […] », [1] écrit Martin Luther dans son commentaire sur le Magnificat.
Le verbe « magnifier », rendre grand, révèle un sentiment de joie suscité par la découverte que Dieu est plus grand que ce à quoi on s’attendait. Cette joie fait écho à une profonde humilité et à un sentiment profond de gratitude et de reconnaissance.
Comme le souligne Ermes Ronchi[1], « le Magnificat est l’évangile de Marie, sa Bonne nouvelle qui touche toutes les générations. » Dix fois, la jeune fille de Nazareth répète : « C’est Lui qui a fait.. » [2], comme une sorte de nouveau décalogue, de dix nouveaux commandements qui renversent la logique du monde.
On se demande spontanément si nous avons conservé le sens de l’émerveillement et de l’étonnement dans notre vie quotidienne et dans notre prière, face à ce que Dieu a accompli et continue d’accomplir. Sans ouverture à la nouveauté et à ses surprises, sans émerveillement, la foi devient une prière fatiguée qui s’éteint progressivement et devient une habitude sociale [3].
Les paroles de cet hymne nous invitent à comprendre l’intervention salvifique de Dieu dans notre histoire personnelle et communautaire, de notre expérience personnelle à celle universelle, du moment présent jusqu’aux cieux nouveaux et à la terre nouvelle que la révolution sociale de l’Évangile inaugure.
Alors Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur. »
Ces paroles nous invitent également à faire de notre vie une louange vivante, à reconnaître chaque jour les « grandes choses », à unir notre voix à celle de Marie pour proclamer que Dieu est fidèle, que sa miséricorde s’étend de génération en génération et que son règne de justice et d’amour s’accomplit déjà parmi nous.
Chiara Lubich avait saisi cette dimension révolutionnaire du cantique de Marie lorsqu’elle écrivait aux jeunes : « Relis le Magnificat, et tu y trouveras la première et la plus puissante page du manifeste social des chrétiens. Es-tu d’accord pour la réaliser ? » [5].
La question reste ouverte et nous interpelle. L’intervention de Dieu ne devrait pas rester confinée à l’intimité du cœur, mais elle doit se manifester dans les relations, dans la vie commune, dans le tissu des générations à venir.
D’après Patrizia Mazzola et l’équipe de la Parole de Vie.
[1]Martin Lutero, Commento al Magnificat, 1520, https://www.associazionealec.it
[2] Ermes Ronchi, écrivain, journaliste, professeur de Théologie, est prêtre de la congrégation des Serviteurs de Marie dans une paroisse de Milan.
[3]Cfr. Papa Francesco, Angelus, Piazza San Pietro, Roma, 4 luglio 2021.
[4] Cfr. Gérard Rossé, Il Vangelo di Luca, Città Nuova, 1992, p.69.
[5]Detti Gen, Città Nuova, Roma 1969, p.57 (4a ed. 1974).
Cela m’a rappelé pourquoi, il y a des années, nous avions choisi d’être des « hommes nouveaux » pour un Monde Uni.
Je suis à l’hôpital. J’aperçois un jeune garçon qui pleure, seul, à l’écart de son groupe. Il suit une formation pour devenir infirmier instrumentiste. C’est sa dernière année. Il lui reste trois mois avant d’obtenir son diplôme.
Je m’approche. Il me raconte que son père a perdu son emploi. Qu’il se rend à l’université avec un vieux vélo appartenant à son frère et qui a fini par se casser. À cause de cela, il doit prendre quatre bus par jour et n’a plus d’argent pour les tickets.« Je compte tout laisser tomber. Je n’en peux plus », me dit-il. », me dit-il.
Je lui donne de l’argent pour recharger sa carte de bus et rentrer chez lui. Il ne l’accepte qu’à condition que je lui donne mon numéro de compte pour me rembourser. Il tient sa promesse trois jours plus tard mais en même temps me confirme le pire : il va interrompre ses études jusqu’à ce que les conditions soient réunies pour les reprendre.
Cette nuit-là, je ne réussis pas à dormir. J’ai son visage en tête. Je pense aux nombreux jeunes qui, comme lui, sont à deux doigts de baisser les bras, prêts à tout abandonner.
Deux jours plus tard, je décroche un petit boulot inattendu. C’est juste la somme qu’il faut. Une pensée limpide me vient à l’esprit, de celles qui ne se discutent pas : « Et si Dieu me l’envoie spécialement pour lui ? »
Je n’hésite pas. Je lui verse le montant pour trois mois de tickets de bus et pour terminer ses études. Ce jour-là, je ne reçois aucune nouvelle.
Il m’appelle 48 heures plus tard. Il n’arrive pas à parler. Il pleure comme on pleure quand l’espoir revient.
Deux années s’écoulent sans recevoir de ses nouvelles. Jusqu’au jour où je reçois un message provenant d’un numéro inconnu : c’est une photo : son diplôme d’infirmier instrumentiste
accompagnée d’une phrase : « Je dois en partie ce diplôme à une personne qui m’a donné un coup de main sans me connaître ».
Je suis ému. Je pleure de joie. Je pleure parce que j’ai compris une chose :
on ne construit pas un monde uni avec des discours. On le construit avec un ticket de bus. Avec un vélo réparé. Tendre la main sans demander son nom.
D’ailleurs, ce jeune n’a jamais su le mien.
Ce qui compte, c’est que, pendant 90 jours, il ait pu poursuivre ses études. Et qu’aujourd’hui, il y ait un infirmier instrumentiste de plus dans les hôpitaux pour sauver des vies, parce que quelqu’un a cru en lui alors qu’il n’y croyait plus.
Parfois, on pense que pour changer le monde, il faut faire je ne sais quoi.
Alors que le monde change parce que quelqu’un peut prendre quatre bus.
Je partage cela non pas pour moi-même, mais parce que nous avons besoin de nous rappeler que nous ne voyons peut-être pas ce que nous faisons, et que cela ne porte ses fruits que deux ans plus tard, sous la forme d’un diplôme, d’une vie, d’un espoir.
Continuons à être ces « inconnus » qui donnent un coup de main.